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24/04/2010

n° 328 - Les dossiers 'Géopolitique, Réflexion et Stratégie' de l'Afghanistan - 22-04 - : Fin : - Les signes annonciateurs d’une troisième guerre mondiale s’accumulent.

n° 328 - Les  dossiers 'Géopolitique, Réflexion et Stratégie' de l'Afghanistan - 22-04 - : Fin  : - Les signes annonciateurs d’une troisième guerre mondiale s’accumulent.



                          Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix

                              Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre



Les  dossiers 'Géopolitique, Réflexion et Stratégie' de l'Afghanistan

   n°328                                                                                                                             22/04/10

                   C.De Broeder    &   M.Lemaire                       



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :

2 Brèves

2-1 La guerre ou la paix…

2-2 Quand les Afghans s'ennuient des résistants.

2-3 Un article critique de l’intervention militaire française en Afghanistan.

3 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

3-1 Des groupes de réflexion canadiens réclament une "révision générale" de l'OTAN.

4 Annexe 

4-1 Noam Chomsky sur la politique étrangère d’Obama, sur sa propre histoire et sur l’importance de faire entendre son opinion (Democracy Now !)

4-2 La relation entre Sarkozy et Obama est très saine».



2 Brèves

2-1 La guerre ou la paix…

Le rendez-vous entre Marines et chefs de tribus a été fixé au milieu du désert, entre Marjah et Sistani, des bastions de la résistance.

Une vingtaine de chefs de tribus attendent, assis en cercle, l’arrivée des Marines américains.

Un grand tapis vert a été disposé. Au premier rang, les chefs de tribus les plus âgés. Derrière, des hommes plus jeunes, l’œil noir.

« Il y a des résistants assis parmi vous. Je le sais, je l’ai encouragé. Et c’est bien », dit le lieutenant-colonel Brian Christmas, commandant des Marines dans le nord de Marjah, cette région rurale épicentre depuis la mi-février de l’opération Mushtarak, la plus importante offensive de l’Otan en Afghanistan depuis la chute des résistants.

« Tous les résistants ne sont pas mauvais. Certains ont été influencés par les étrangers, en Iran et au Pakistan. Mais maintenant, les résistants devraient déposer les armes et travailler avec vous (les chefs de tribus, ndlr)», ajoute l’officier américain.

Certains Afghans se lissent la barbe. Au second rang, où sont assis les résistants selon le lieutenant-colonel Christmas, les hommes regardent leurs pieds ou égrènent leur chapelet.

« Aussi longtemps qu’il y aura la paix à Sistani, les Marines et l’armée afghane resteront en dehors de la ville », assure le lieutenant-colonel.

« Mais si nous voyons ici de plus en plus de résistants, que nos renseignements continuent de nous indiquer que des bombes sont fabriquées ici et apportées à Marjah, alors mon boulot sera de venir rétablir la sécurité », dit l’officier sous forme d’ultimatum.

« Dites à vos résistants d’arrêter de poser des mines artisanales sur les routes », demande-t-il en rappelant qu’un Marine a été blessé par une bombe cachée dans une carcasse de chèvre transportée par un âne.

Cartes d’identité
Ces derniers jours, au moins neuf militaires américains ou afghans ont été blessés par quatre bombes artisanales. Et des combats ont opposé quotidiennement Marines et résistants.

Selon les Marines, certains résistants viennent combattre à Marjah avant de retourner se cacher à Sistani.

« Je leur propose le choix entre les armes et notre aide. J’espère qu’ils vont choisir notre aide », résume le lieutenant-colonel.

L’offre est simple : des puits, des écoles et des mosquées.

Mais les chefs de tribus s’inquiètent davantage des fouilles de véhicules, des contrôles d’identité aux abords de Sistani.

« Parfois, il faut attendre deux heures pour être contrôlé », se plaint un Afghan à la longue barbe noire.

« Le temps de fouille est de 18 minutes en moyenne maintenant. Nous progressons », rétorque Christmas.

Les fouilles continueront, indique-t-il, mais les Afghans auront bientôt des cartes d’identité, ce qui facilitera le travail des Marines.

Les chefs de tribus veulent des écoles, des fournitures scolaires et des dizaines de puits.

« Nous commencerons par des puits près des marchés, parce qu’ils servent à toute la communauté. Et ensuite, on passera aux cas individuels », promet le Marine.

« Nous voulons six petites écoles », dit un Afghan.

« Ok, dites moi où et on les construira », répond le lieutenant-colonel.

Les Américains promettent de revenir plus tard pour fixer sur une carte l’emplacement des futures installations.

Les Afghans soulèvent le problème de la distance entre l’école et les fermes les plus reculées. Les Américains répondent qu’ils peuvent rémunérer un habitant pour le ramassage scolaire.

Les habitants de Sistani pouvant travailler à la construction seront prioritaires pour être embauchés et payés par les Marines pour construire ces édifices.

28/3

http://www.lequotidien.re/actualites/france-monde/98652-afghanistan-les-marines-negocient-dans-les-bastions-résistants-la-guerre-ou-la-paix.html


2-2 Quand les Afghans s'ennuient des résistants.

Il y a encore dix jours, Mohammad Omar menait une vie paisible de paysan dans le sud de l'Afghanistan. Les résistants contrôlaient certes son village, mais ses champs de pavot fleurissaient. Tout a changé avec l'arrivée des soldats afghans et étrangers.

Avec le départ des résistants, qui contrôlaient depuis deux ans ce coin de la vallée du Helmand, l'avenir de ce fermier d'une quarantaine d'années, et celui de ses champs de pavot, est des plus flous.

«La sécurité était parfaite sous les résistants. Personne ne pouvait voler sans être puni immédiatement», dit Mohammad Omar, sous le soleil hivernal, à Haji Qari Saheb, dans le district de Nad Ali.

Et il se demande ce que le gouvernement afghan peut proposer d'aussi bien que les résistants.

C'est dans cette zone, et dans le district voisin de Marjah, que 15 000 soldats de l'OTAN et de l'armée afghane ont lancé le 13 février une vaste offensive visant à déloger les résistants de la région.

Le président afghan Hamid Karzaï et ses soutiens occidentaux ont promis d'apporter sécurité et prospérité dans les zones contrôlées jusque là par les résistants.

«Il ne s'agit pas de tuer le maximum de résistants», avait assuré le ministre de la Defense Abdul Rahim Wardak au début de l'offensive.

«Il faut séparer les habitants des résistants, étendre la gouvernance et poser les fondations pour des projets de reconstruction», avait-il ajouté.

L'opération Mushtarak (Ensemble, en dari) comprend une phrase militaire, qui pourrait durer encore plusieurs semaines, et une phrase d'instauration d'une administration (émanation d'un État qui lui-même n'est qu'embryonnaire).

Le gouvernement assure avoir tiré les leçons du passé quand les troupes faisaient fuir les résistants qui attendaient patiemment le retrait des soldats de l'OTAN et de l'armée afghane pour revenir et reprendre le contrôle de leur territoire.

Mais à Haji Qari Saheb, un hameau de maisons rudimentaires entouré de champs de pavot, les habitants ont aussi tiré les leçons du passé.

«Je n'aime pas la police», dit Khaksar. «Ils nous volaient, intimidaient nos jeunes, nous prenaient nos motos. Nos jeunes avaient tellement peur qu'ils n'osaient pas sortir de chez eux», assure cet habitant. 

«Je préfère les résistants aux policiers. Nous avons souffert de la présence de la police, nous n'en voulons pas, ce sont des voleurs», dit-il.

La méfiance à l'égard de la police, et par extension à l'égard du gouvernement, sera difficile à surmonter, pour l'analyste politique Haroun Mir.

«L'incapacité du gouvernement à établir puis consolider une bonne gouvernance dans les villes et villages reculés était l'une des principales raisons de la résurgence des résistants», explique M. Mir.

Le lancement d'un programme financé par les États-Unis pour l'éradication du pavot avait également favorisé la popularité des résistants auprès d'une population dont la culture de l'opium est le seul moyen de subsistance.

«Tout le monde produit de l'opium. Je suis inquiet. Les résistants n'avaient rien contre l'opium. De fait, ils nous encourageaient même à en produire», dit Khaksar.

L'Afghanistan est le premier producteur mondial d'opium. La majorité de sa production provient de la province du Helmand et génère 2,8 milliards de dollars par an.

«Nous allons éradiquer l'opium à Marjah et Nad Ali une fois que la sécurité et les autorités seront instaurés», déclare Zalmaï Afzali, un porte-parole du ministère de la lutte antidrogue.

24 février

http://www.cyberpresse.ca/international/moyen-orient/201002/24/01-954734-quand-les-afghans-sennuient-des-résistants.php?utm_source=bulletinCBP&utm_medium=email&utm_campaign=retention


2-3 Un article critique de l’intervention militaire française en Afghanistan.

 Jugement de relaxe prononcé en faveur de CAPJPO-EuroPalestine

La 7ème Chambre de la Cour d’Appel de Paris a confirmé jeudi un jugement de relaxe prononcé en faveur de CAPJPO-EuroPalestine, poursuivie par le ministère de la Defense pour un article critique de l’intervention militaire française en Afghanistan, au lendemain de l’embuscade d’Uzbin où une dizaine de soldats avaient été tués par la résistance locale, et une vingtaine d’autres blessés.

Rappelons d’abord qu’en portant plainte contre notre association, en septembre 2008, le ministre de la Defense Hervé Morin n’avait fait que céder aux exhortations du lobby sioniste (dans le cas d’espèce, le grotesque Sammy Ghozlan et l’Union des Patrons Juifs de France).

Soudainement submergés de sollicitude pour l’armée française, les adorateurs de Tsahal avaient en effet multiplié les pressions afin que des poursuites soient engagées contre nous.

Morin s’exécuta, et CAPJPO-EuroPalestine fut amené à comparaître au printemps 2009 devant le tribunal correctionnel, pour « injures » et même, excusez du peu, « apologie de meurtre ».

Défendue par Antoine Comte, notre association fit valoir ses arguments, notamment le fait que c’est bien une sale guerre que mènent la France et l’Otan en Afghanistan. De plus, avions-nous dit, il serait honteux que des gens qui, comme nous, dénonçons le colonialisme de l’Etat d’Israël, renoncions à ces mêmes idées quand c’est l’armée de notre propre pays qui commet une agression. Nous fûmes entendus une première fois, et relaxés.

Mais le parquet fît appel de ce jugement. Renonçant à l’accusation potentiellement la plus sérieuse au plan pénal, celle de « l’apologie de meurtre », le gouvernement voulait quand même obtenir une condamnation de CAPJPO-EuroPalestine pour injure de l’institution, parce que dans l’ article incriminé, nous avions évoqué « les risques d’un sale métier », au sujet des engagés français tombés à Uzbin.

L’audience devant la Cour d’Appel a eu lieu en décembre. Olivia Zémor, Présidente de CAPJPO-EuroPalestine, et M° Comte, développèrent à nouveau nos arguments, Antoine Comte soulignant qu’il était tout de même inquiétant pour l’avenir de la vie démocratique en France que le premier débat un tant soit peu sérieux sur l’expédition militaire otanienne et française en Afghanistan se déroule … devant un tribunal.

L’arrêt rendu jeudi par la Cour d’Appel est bref dans ses attendus. Il a le mérite de reconnaître qu’on a encore le droit de critiquer, y compris en termes très vifs, voire « choquants », la guerre en Afghanistan.

Nous avons pour notre part d’autant moins l’intention de nous priver d’un tel droit que la sale guerre se poursuit à 7.000 kilomètres de Paris, avec son cortège de terreur et de bombardements de populations civiles, et que l’Otan ne cesse d’y envoyer des renforts.

CAPJPO-EuroPalestine

18-03-

http://www.europalestine.com/spip.php?article4865



3 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

3-1 Des groupes de réflexion canadiens réclament une "révision générale" de l'OTAN.

Nb : Ndlr : La publication de l'analyse ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue des auteurs mais doit être vu comme information

Une étude approfondie par deux des principaux instituts canadiens s'intéressant à la Defense, aux affaires étrangères et à la sécurité énonce 10 recommandations percutantes concernant la réforme et le renouvellement de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN).

"Il y a, pensons-nous, un certain nombre de concepts qui devraient guider le renouvellement de l'OTAN", explique Paul Chapin, ancien haut fonctionnaire des Affaires étrangères et auteur principal de l'étude. "Même aujourd'hui, d'énormes actifs militaires sont encore consacrés à une Defense territoriale statique, particulièrement dans les pays européens. L'Alliance finance encore ses opérations en s'appuyant sur des arrangements archaïques qui pénalisent ceux qui sont les plus consentants à apporter leur aide. Et, les États démocratiques clés, non-membres de l'OTAN, doivent être une partie plus intégrale des discussions en matière de politiques et des décisions concernant notre sécurité collective".

"Le Concept stratégique actuel remonte à 1999 et il est inspiré par une monde avant 9/11 qui n'existe plus", a déclaré le colonel à la retraite Alain Pellerin, directeur exécutif de l'Institut de la Conférence des associations de la Defense (Institut de la CAD), qui a publié le rapport de concert avec l'Institut Canadien de la Defense et des Affaires Étrangères (ICDAE). "Les défis que doit affronter la sécurité d'aujourd'hui sont de nature mondiale, un fait que la carte routière stratégique se doit de reconnaître."

Le rapport, intitulé "La sécurité dans un monde d'incertitude : un point de vue canadien sur le nouveau concept stratégique de l'OTAN", sera distribué à plusieurs centaines de politiciens, d'universitaires et d'officiers militaires supérieurs dans tous les pays membres et partenaires de l'OTAN. Les collaborateurs qui ont participé à la rédaction du document constituent un véritable "bottin mondain" de la Defense, de la sécurité, de la diplomatie et des milieux universitaires, et comprend un ancien Ministre de la Defense, des anciens chefs de l'état major de la Defense, un ancien président du Comité militaire de l'OTAN, un greffier du Conseil privé, des ambassadeurs à la retraite, un sénateur, et d'éminents historiens et universitaires.

Voici quelques-unes des principales conclusions du rapport :

- S'engager à une nouvelle formule de financement des opérations. Le principe actuel a été particulièrement onéreux pour les États-Unis et le Canada qui ont eu à déployer, maintenir et rapatrier personnel et équipement sur des distances beaucoup plus grandes que les membres européens afin de contribuer aux opérations de l'OTAN. Entre temps, des douzaines de projets d'infrastructure de l'OTAN en Europe bénéficient toujours d'un financement commun et notamment de programmes hérités de l'époque de la Guerre froide; - Retenir le principe du consensus comme base de la prise de décisions de l'Alliance, mais réformer la lourde structure de comités et les encombrants processus de prise de décisions de l'OTAN ; - Chacun des déploiements opérationnels récents des forces de l'OTAN a illustré le profond besoin pour un corps civil de réaction rapide et expéditionnaire alimenté par l'expertise qui se trouve dans les cinq douzaines de membres et de partenaires de l'Alliance. - Améliorer les relations avec les pays et les autres organisations qui partagent le fardeau et le prix que réclame le maintien de la sécurité internationale. 

"Je n'ai jamais mâché mes mots quant aux raisons et aux façons de réformer l'OTAN", a déclaré le major-général à la retraite Lewis MacKenzie, un des collaborateurs de l'étude. "C'est un document qui combine une vision de l'avenir de l'OTAN avec quelques recommandations qui sont vraiment enracinées dans la réalité. Si l'OTAN devait retenir plusieurs, ou même un petit nombre, de ces recommandations, l'organisation s'en porterait déjà beaucoup mieux."

"L'OTAN a besoin du Canada ... et le Canada a besoin de l'OTAN", affirme M. John Scott Cowan (Ph. D.), Président de l'Institut de la CAD. "Et là encore, l'expérience de l'Afghanistan a montré aux Canadiens la nécessité du renouvellement de l'Alliance, pour une Alliance qui colle plus à nos intérêts, qui est plus agile et qui répond mieux aux défis actuels qui se posent à la sécurité mondiale. Mais cela ne veut pas dire qu'il faille retourner à la case départ - on a de meilleures chances de succès à bâtir sur ce qui existe déjà qu'à tout recommencer."

En avril 2009, lors de leur plus récent sommet à Strasbourg-Kehl, les chefs d'État et de Gouvernement ont chargé le Secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen, d'élaborer un nouveau Concept stratégique qui aura pour fonction de guider l'Alliance dans les années qui viennent. Depuis ce temps, l'OTAN a entrepris une ambitieuse série de consultations, ce qui, pour le moment, augure bien pour les difficiles discussions qui sont encore à venir. Le rapport de l'Institut de la CAD / ICDAE veut présenter un point de vue canadien qui contribuera aux travaux et aux négociations entre les membres de l'OTAN qui auront lieu pendant l'été et l'automne de 2010, dans le but d'aboutir à une entente lors du sommet de l'OTAN, à Lisbonne, à l'automne cette année.

"Notre intention est de contribuer à influencer la discussion actuelle et le débat en cours sur ce que devrait être l'avenir de l'OTAN", a déclaré Alain Pellerin.

 23 mars

Le rapport complet est disponible sur le site Web www.natoconcept.ca

http://www.newswire.ca/fr/releases/archive/March2010/23/c3911.html



4 Annexe 

4-1 Noam Chomsky sur la politique étrangère d’Obama, sur sa propre histoire et sur l’importance de faire entendre son opinion (Democracy Now !)

Extrait

AMY GOODMAN : le ministre de la Defense Robert Gates a rencontré des dirigeants des Emirats Arabes Unis et de l’Arabie Saoudite la semaine dernière pour obtenir leur soutien à une nouvelle série de sanctions contre l’Iran et son programme d’enrichissement d’uranium. Tandis que l’administration Obama intensifie ses efforts pour obtenir l’appui de la Russie et de la Chine pour durcir les sanctions, la France et la Finlande on laissé entendre que l’Union Européenne pourrait prendre des mesures unilatérales contre l’Iran si aucune résolution n’était adoptée à l’ONU.

Tandis que les Etats-Unis, l’Union Européenne et Israel renforcent leurs pressions sur l’Iran, nous avons passé une heure en compagnie du linguiste et dissident mondialement connu, Noam Chomsky, dont la dernière conférence commence par une analyse critique de la politique des Etats-Unis à l’égard de l’Iran. (…)

Nous commençons par un extrait de sa conférence prononcée au Harvard Memorial Church à Cambridge, Massachussets.

AMY GOODMAN : Nous sommes avec le professeur Noam Chomsky que nous avons interviewé au Harvard Memorial Church à Cambridge, Massachusetts. Ma première question porte sur son analyse de la politique étrangère du Président Obama

NOAM CHOMSKY : Lorsqu’Obama a pris ses fonctions, ou lorsqu’il a été élu, un haut fonctionnaire de l’administration Bush – je crois qu’il s’agissait de Condoleezza Rice – a prédit que sa politique étrangère serait dans la continuation de celle du deuxième mandant de Bush. Le deuxième mandat de Bush était différent du premier. Le premier mandat était agressif, arrogant, envers le monde entier, y compris les alliés, et il a produit un effet assez négatif – à cause de sa politique mais aussi à cause de son style – sur le prestige des Etats-Unis, qui est tombé plus bas que jamais auparavant. Ce qui portait atteinte aux intérêts de ceux qui décident de la politique étrangère – les milieux d’affaires et les sociétés privées, les décideurs, etc. Il y a donc eu beaucoup de critiques de leur part au cours du premier mandat. Le deuxième mandant était quelque peu différent. D’abord, les personnages les plus extrémistes ont été débarqués. Rumsfeld, Wolfowitz, quelques autres, ont été envoyés se mettre au vert. Ils n’ont pas pu se débarrasser de Cheney, parce que Cheney était le gouvernement, et ils ne pouvaient pas se débarrasser du gouvernement. Mais beaucoup d’autres sont partis, et la politique est retournée à la norme, une norme plus ou moins centriste. C’est-à-dire qu’on parlait un peu plus de négociations, un peu moins d’agressions, ce genre de choses. Et on a adopté une attitude plus polie envers les alliés. Notre politique n’avait pas vraiment changé, mais elle était devenue plus présentable. C’était ça, la prédiction sur la politique d’Obama. Et c’est bien ce qui est arrivé.

En fait, il y a un exemple pour illustrer ce phénomène. Un peu anachronique, mais je crois qu’il s’applique. En 1962, au moment de la crise des missiles à Cuba, lorsque le monde a dangereusement frôlé le bord du précipice – le moment le plus dangereux de l’Histoire a dit Arthur Schlesinger, conseiller de Kennedy – au summum de la crise des missiles, les décideurs US envisageaient de prendre des mesures qui pouvaient détruire l’Europe, et la Grande-Bretagne en particulier, et ils le savaient. Ils étaient là, le plus sérieusement du monde, en train d’échafauder des scénarios qui se concluaient par la destruction de la Grande-Bretagne. En fait, non seulement ils prenaient ça au sérieux, mais ils prenaient même des mesures qui poussaient dans ce sens. Mais ils se sont bien gardés de le dire à la Grande-Bretagne. La Grande-Bretagne est censée entretenir une relation spéciale avec les Etats-Unis. Les Britanniques à l’époque étaient plutôt mécontents parce qu’ils n’arrivaient pas à savoir ce qui se tramait. Tout ce que le premier Ministre, MacMillan, arrivait à savoir, c’était ce que ses services de renseignement lui transmettaient. On en était donc là, avec l’élite parmi l’élite du pays qui dressait des plans qui pouvaient aboutir à la destruction de la Grande-Bretagne, sans les tenir informés.

C’est à ce stade qu’un haut conseiller de l’administration Kennedy – je crois qu’il s’agissait de Dean Acheson – est entré dans la discussion, et il a précisé la notion de « relation spéciale ». Il a dit que la relation spéciale avec la Grande-Bretagne signifiait que la Grande-Bretagne était notre lieutenant ; le terme de rigueur est « partenaire ». Et les Britanniques, bien sûr, aiment bien entendre ce mot. Eh bien, c’est ça la différence entre Bush et Obama. Bush leur disait simplement « vous êtes notre lieutenant. Si vous ne faites pas ce que l’on vous dit de faire, vous n’êtes plus utiles ». En fait, ce sont les termes que Colin Powell a employés à l’ONU, je crois. « Faites ce que nous vous disons de faire. Vous n’êtes que notre lieutenant, sinon oubliez... » C’est quelque chose de désagréable à entendre. On préfère entendre « vous êtes notre partenaire. » Vous savez, dans le genre « je vous aime ». Ensuite, discrètement, en coulisses, nous les traitons comme des lieutenants, mais ce n’est pas grave. Je pense que c’est là que réside la différence principale.

AMY GOODMAN : qu’en est-il du mouvement anti-guerre aux Etats-Unis ? Vous en avez fait partie, vous avez été très actif, depuis la guerre au Vietnam jusqu’à ce jour. Comment voyez-vous les choses par rapport à une personne pour laquelle beaucoup d’entre eux ont consacré d’énormes efforts à faire élire ?

NOAM CHOMSKY : Mon opinion, qui n’est pas très répandue, est que le mouvement anti-guerre est bien plus puissant aujourd’hui qu’il ne l’a été dans les années 60. Dans les années 60, il y eut un moment, en 1969, où le mouvement contre la guerre du Vietnam était très puissant. Mais il faut se souvenir que la guerre a commencé, qu’elle est devenue une vraie guerre ouverte, en 1962. A cette époque, 70.000 ou 80.000 personnes avaient déjà été tuées sous le régime fantoche du Sud Vietnam. Mais en 1962, Kennedy a lancé une guerre ouverte, en faisant bombarder le Sud Vietnam – les avions portaient les couleurs du Sud Vietnam, mais tout le monde savait de quoi il retournait et ça se disait ouvertement même – en autorisant le recours au napalm, l’utilisation d’armes chimiques pour détruire les cultures et la végétation. Il a lancé un programme qui a chassé des millions de personnes des campagnes qui se sont retrouvées regroupées dans ce qu’il faut bien appeler des camps de concentration pour, selon les termes employés, les « protéger de la guérilla » qui avait l’appui de la population, chose que le gouvernement savait parfaitement. On peut voir la même chose aujourd’hui en Afghanistan, si vous prenez la peine de lire entre les lignes les histoires sur la conquête de la ville de Marjah. Nous avons poussé la population vers des camps de concentration pour les protéger de ceux, les guérilleros, qu’ils soutiennent. Il s’agit d’une guerre, vous savez, d’une vraie guerre.

Il n’y a eu aucune protestation, littéralement. Il a fallu des années avant de voir les premiers signes de protestation. Ceux d’entre vous qui sont assez vieux se rappelleront peut-être qu’à Boston, une ville progressiste, au mois d’octobre 1965 – ça faisait déjà trois ans que des centaines de milliers de soldats US étaient occupés à ravager un pays, que la guerre s’était étendue à Nord Vietnam, et ainsi de suite – il y a eu la première tentative de manifestation publique contre la guerre. C’était en octobre 1965. Je devais y prendre la parole. Je n’ai pas pu dire un mot. La manifestation fut violemment dispersée. Beaucoup d’étudiants ont marché pour tenter de disperser la manifestation et il y avait aussi des centaines de policiers. Le lendemain, le Boston Globe, le quotidien le plus progressiste du pays, a consacré toute sa première page à dénoncer les manifestants, pas ceux qui les ont attaqués. Ils ont publié en plein milieu de la page la photo d’un soldat blessé, ce genre de choses. C’était au mois d’octobre 1965, il y avait des centaines de milliers de soldats là-bas, la guerre prenait de l’ampleur. Finalement, des années plus tard, en 1968, on a vu surgir un mouvement anti-guerre d’une certaine importance, vers 67, 68. A cette époque, le Sud Vietnam n’existait déjà plus. Le pays avait été virtuellement détruit. Et c’était la même chose pour une bonne partie du reste de l’Indochine. La guerre s’est poursuivie pendant encore de longues années, avec toutes les conséquences terribles, mais nous ne voulions pas voir la réalité en face, nous ne voulions même pas en parler. Cela dit, le mouvement anti-guerre a obtenu quelques résultats, mais bien plus tard.

Comparons à présent avec l’Irak. Il y a eu d’énormes manifestations avant même le déclenchement officiel de la guerre. Nous savons à présent que Blair et Bush mentaient tout simplement lorsqu’ils disaient qu’ils cherchaient une solution diplomatique. Ils avaient déjà déclenché la guerre. C’est ce qui ressort des fameux rapports de Downing Street (Downing Street Memos) en Angleterre. Il y a eu d’énormes manifestations. Et je crois qu’elles ont eu au moins un effet. La guerre américaine en Irak était déjà terrible. Elle a fait probablement un million de victimes, et chassé quelques millions d’autres hors du pays. C’était assez horrible. Mais cela aurait pu être bien pire. Ils auraient pu faire en Irak ce qu’ils avaient fait au Sud Vietnam. Ca n’a pas été le cas. Il n’y a pas eu de tapis de bombes sur tout le pays par des B52, il n’y a pas eu d’armes chimiques et ainsi de suite. Et je crois que c’est grâce au mouvement anti-guerre. La population était devenue plus civilisée. Je crois que c’est une des tristes réalités des années 60.

AMY GOODMAN : Et l’Afghanistan ?

NOAM CHOMSKY : L’Afghanistan est un cas intéressant. Cette guerre nous a été vendue comme une riposte « juste » - mais toutes les guerres sont « justes » - pour combattre le terrorisme, comme une riposte à une attaque terroriste. Cette idée est tellement ancrée qu’il me faudrait plus de temps pour en parler. L’important ici est que ce n’était pas là le véritable objectif de cette guerre.

Si l’objectif de cette guerre était d’isoler Al Qaeda, d’éradiquer le terrorisme, il y avait des moyens plus directs pour y arriver. Si vous retournez dans le passé, le mouvement djihadiste était très critique envers les attaques du 11 Septembre. Des fatwas étaient prononcés par les religieux les plus radicaux, de l’université Al Azhar par exemple, le principal centre théologique, qui condamnaient Al-Qaeda, Oussama Ben Laden et les attaques résistants. Ils disaient que ce n’était pas musulman, qu’ils n’auraient jamais fait une chose pareille, etc. Alors, si on voulait réellement éradiquer le terrorisme, la chose la plus évidente à faire aurait été d’isoler Al-Qaeda, de tenter de gagner du soutien, y compris celui du mouvement djihadiste, et bien sûr celui de la population qu’ils essaient de mobiliser. Vous savez, les résistants se voient comme une sorte d’avant-garde. Ils essaient de mobiliser les gens à leur cause. Tous les spécialistes du terrorisme le savent. On aurait donc pu le faire à ce moment-là, et on aurait pu procéder à l’identification des coupables ce qui, soi-dit en passant, était impossible parce qu’ils n’en savaient rien, chose qu’ils ont admis après coup. Mais ils auraient pu essayer de les identifier, les présenter à la justice – avec de vrais procès, sans tortures – ce qui aurait fortement réduit, sinon éradiqué, le terrorisme islamique.

Eh bien, ils ont fait tout le contraire. Ce qu’ils ont essayé de faire, c’est de mobiliser la population et le mouvement djihadiste en faveur d’Al-Qaeda. C’est exactement l’effet produit par l’invasion de l’Afghanistan suivie plus tard par celle de l’Irak. C’est aussi l’effet produit par Guantanamo et Bagram et d’autres centres de torture. Tous ceux qui y ont participé savent parfaitement qu’ils ont crée des résistants.

AMY GOODMAN : Pensez-vous qu’Obama devrait faire juger les prisonniers de Guantanamo à New-York ?

NOAM CHOMSKY : Ca dépend si vous voulez faire partie des pays civilisés ou être un état voyou. Si vous voulez être un état voyou, faites ce qui vous plait. Vous pouvez torturer, tuer, tout ce que vous voulez. Si vous voulez faire partie du monde civilisé, et si vous voulez diminuer l’attrait du mouvement djihadiste extrémiste, alors faites les juger par des tribunaux civils.

En fait, le fait même qu’ils se trouvent à Guantanamo constitue un scandale. Cest quoi, Guantanamo ? Guantanamo a été volé à Cuba par la force des armes, il y a un siècle. Ils ont dit « donnez-nous Guantanamo, sinon… ». Cuba était alors sous occupation militaire. Ils appellent ça un traité, et le traité de Guantanamo, si vous voulez l’appeler ainsi, autorisait les Etats-Unis à l’utiliser comme base navale. Mais ce n’est pas à ça qu’elle sert. Elle a d’abord servi pour parquer les réfugiés haïtiens. Lorsque les haïtiens fuyaient les dictatures soutenues par les Etats-Unis, les Etats-Unis leur refusaient l’asile politique. On disait qu’ils n’étaient que des réfugiés économiques. Les gardes-côtes tentaient de les intercepter, et si certains arrivaient à passer, on les envoyait à Guantanamo. Voilà à quoi servait cette base.

En fait, la base sert à fabriquer des résistants. Ce n’est pas mon opinion, c’est l’opinion de ceux qui y ont mené les interrogatoires, comme Matthew Alexander, qui a écrit un article à ce sujet. Il a dit que c’était un moyen très efficace pour fabriquer des résistants. Un moyen qui inspire, qui transforme beaucoup de gens en résistants, notamment ceux qui ont été arrêtés quelque part pour une raison quelconque.

Alors oui, si vous le voulez vraiment, si votre objectif est de réduire la menace du, disons, terrorisme islamiste, et si vous voulez faire partie du monde civilisé, vous devez les juger devant un tribunal civil. Mais la plupart de ceux qui sont à Guantanamo… c’est vraiment scandaleux... on y trouve des gamins de quinze ans qui ont été arrêtés parce qu’ils portaient un fusil au moment où le gouvernement des Etats-Unis envahissait leur pays. C’est ce qu’on appelle un terroriste. Et c’est probablement le cas pour l’écrasante majorité des prisonniers à Guantanamo. Si le but était d’être civilisé et de réduire la menace terroriste, on aurait du les enfermer dans une prison aux Etats-Unis. Ce n’est pas un problème de sécurité. Ils ne vont pas s’évader d’une prison de haute sécurité, et ils n’ont pas de pouvoirs magiques pour aller répandre un poison ou je ne sais quoi. Evidemment, une telle option n’arrangeait pas le gouvernement des Etats-Unis parce qu’il n’avait pas de preuves contre eux.

Ils ont été envoyés à Guantanamo avec l’idée de les soustraire aux droits garantis par les lois américaines. Vous pouvez toujours faire semblant qu’ils n’étaient pas sous la juridiction des Etats-Unis, et que les lois américaines ne s’appliquaient donc dans leur cas. Finalement, la Cour Suprême, après de longues hésitations, a fini par concéder qu’ils avaient bien des droits. L’administration Bush a accepté la décision. Pas Obama. L’administration Obama tente actuellement de faire annuler un jugement rendu par un juge de droite, nommé par Bush, qui a dit que la décision de la Cour Suprême s’appliquait aussi à la prison de Bagram, le centre de torture en Afghanistan. L’administration Obama tente de contrer ce jugement, ce qui signifie que la décision de la Cour Suprême n’est qu’une farce. Si vous voulez torturer quelqu’un, ne l’envoyez pas à Guantanamo parce que la Cour Suprême a déclaré qu’on ne pouvait pas torturer à Guantanamo ; alors vous l’envoyez à Bagram. Alors si vous arrêtez quelqu’un au Yémen, ou n’importe où, et que vous voulez le soustraire au droit international, au droit US par la même occasion, OK, pas de problème, envoyez-le à Bagram. C’est ça la position officielle de l’administration Obama.

C’est pour ces raisons que même les plus virulents spécialistes de l’anti-terrorisme, comme Michael Scheuer, disent que les meilleurs alliés d’Al Qaeda et d’Oussama Ben Laden sont les Etats-Unis, parce que nous faisons exactement ce qu’ils veulent que nous fassions. Ce qu’ils veulent, c’est vendre leur croisade au monde musulman, en disant qu’il y a des types qui cherchent à les tuer et qu’ils faut se défendre. Oui, vraiment, nous faisons tout ce qu’ils demandent.

AMY GOODMAN : Pouvez-vous nous parler de votre carrière, des moments où vous avez eu à faire des choix, à prendre des risques en quelque sorte. Que diriez-vous aux gens, aux jeunes notamment, sur la notion de courage en politique ?

NOAM CHOMSKY : Je n’aime pas trop parler de moi. Cela n’a pas d’importance. Mais puisque vous me posez la question… J’ai été un résistant toute ma vie, depuis mon enfance. Mais j’ai commencé à faire des choses concrètes lors de mon engagement dans le mouvement anti-guerre, vers 1962. En 1962, on voyait bien ce qui se passait. Ce n’était pas vraiment caché. Et j’ai décidé de m’impliquer en organisant le mouvement anti-guerre. Il n’y avait pas vraiment de risques, mais ça voulait dire qu’il fallait sacrifier pas mal de choses. Ce sont des combats dans lesquels on ne peut pas s’engager à moitié. Il faut s’y engager à fond, c’est une occupation à temps plein.

AMY GOODMAN : Etiez-vous déjà (un professeur) titularisé à l’époque ? En 1956 vous étiez enseignant au MIT (Massachussetts Institute of Technology)

NOAM CHOMSKY : 1955. Je ne me souviens plus de l’année. Ca peut vous paraitre étrange aujourd’hui, mais le MIT à l’époque avait deux caractéristiques intéressantes. La première était qu’il était entièrement financé par le Pentagone. Je travaillais dans un laboratoire qui était financé à 100% par trois corps d’armée différents. La deuxième était que c’était le centre principal de résistance du mouvement anti-guerre. Je ne parle pas de critique ou de protestation, je parle de résistance, c’est-à-dire l’organisation d’activités de résistance, des activités illégales. Et le Pentagone s’en fichait parce que, contrairement à ce que beaucoup de gens croient, l’une des principales fonctions du Pentagone est de camoufler le mode de fonctionnement de l’économie. Les gens aiment à répéter qu’il s’agit d’une économie de marché libre, mais la plupart des inventions sont produites par le secteur public, les ordinateurs, l’internet, les avions, tout ça. En réalité, c’est le secteur public qui prend en charge les coûts de développement et qui assume les risques, et si quelque chose finit par marcher, on en fait cadeau au secteur privé. C’est ce qu’ils appellent le marché libre. Lorsque l’économie était tirée par les produits électroniques, c’est le Pentagone qui servait de couverture. On nous disait de faire ceci ou cela parce que les Russes allaient débarquer. En réalité, ils s’en fichaient.

J’ai commencé à m’impliquer en 1962. A l’époque, ça voulait dire que lorsque je donnais une conférence dans une église, c’était généralement devant 4 personnes, le prêtre, l’organisateur, un ivrogne qui était entré par hasard et un type qui voulait me tuer.

En 1966, 1965, j’ai tenté d’organiser – avec un ami , décédé depuis - une résistance nationale anti fisc. Nous avons obtenus quelques résultats. Nous avions donc pris quelques petits risques. Mais en 1966 une résistance plus sérieuse a commencé à s’organiser.

AMY GOODMAN : vous faisiez la grève de l’impôt ?

NOAM CHOMSKY : je n’ai pas payé mes impôts pendant des années. Dans mon cas, le fisc n’aurait eu aucun mal à se faire payer, il leur suffisait de le déduire de mon salaire. Mais les réactions du fisc étaient assez aléatoires pour ce que j’ai pu en juger. Certains pouvaient se voir confisquer leur maison. D’autres sont allés en prison. On peut donc dire qu’il y avait une sorte de risque liée à notre activité. Mais plus grave était le soutien direct à la résistance, soutenir les résistants, les déserteurs, etc. Cela a commencé en 1966 pour devenir public en 1967. Là, il y avait un véritable risque. Mon épouse et moi avions trois enfants. Elle est retournée à ses études, dix-sept ans après, parce que nous estimions que je pouvais finir en prison. Et je n’en suis pas passé bien loin. Le procès avait été programmé pour 1968 et j’étais le principal accusé. J’ai été sauvé, avec tous les autres, grâce à l’offensive du Têt. L’offensive du Têt a été déclenchée en janvier 1968 (offensive militaire décisive vietnamienne - NdT), et les milieux d’affaires US ont décidé que les Etats-Unis devaient se retirer, que la guerre devenait trop couteuse.

AMY GOODMAN : de quoi étiez-vous accusé ?

NOAM CHOMSKY : de conspiration pour échapper à la conscription, ou pour renverser le gouvernement ou quelque chose comme ça. Je pourrais vous parler de ces procès pour conspiration, c’est intéressant. Il m’arrivait d’en parler, mais cette fois-ci, c’était du concret, du réel. Si l’offensive du Têt n’avait pas été déclenchée, j’aurais probablement passé quelques années en prison.

AMY GOODMAN : vous êtes passé en procès ?

NOAM CHOMSKY : les procès ont été annulés au lendemain de l’offensive du Têt. Il y avait un procés qui avait déjà commencé, le procès Spock, où il n’y avait que des innocents sur le banc des accusés. Le jugement a été annulé en appel, mais surtout à cause de l’offensive du Têt. Les milieux d’affaires se sont contentés de dire « faites gaffe ». En fait, en 1968, ils ont envoyé un groupe de soi-disant « sages » - quelques hauts dirigeants de Wall Street – à Washington où ils ont remis au président ce qu’il faut bien appeler une liste de consignes. C’était un véritable jeu de pouvoirs. Ils ont dit au président Johnson « arrêtez les bombardements. N’essayez pas de vous faire réélire. Entamez les négociations et le retrait des troupes. » Et il a suivi les consignes au pied de la lettre. Puis Nixon est arrivé et a changé de méthode. La partie visible de l’escalade militaire a décliné. Je dis visible parce que les pires atrocités de la guerre ont été commises après, en 1969, puis la guerre s’est étendue au Cambodge et au Laos, où elle a empiré. Mais tous ces développements étaient plus ou moins cachés. Et ils le sont encore de nos jours. Mais la tension dans le pays est retombée et une de leurs décisions a été l’annulation des procès, parce que le gouvernement voulait faire la paix avec les étudiants. Ca aussi c’est une histoire intéressante. Toujours est-il que les procès ont été annulés.

Il y avait donc bien quelques risques. La désobéissance civile n’est pas une partie de plaisir. On peut se faire tabasser ou quelque chose dans ce genre, passer quelques jours en prison, ce qui n’est jamais agréable, mais ce n’est tout de même pas non plus le genre de risques que peuvent prendre des dissidents dans d’autres pays.

C’est une décision à prendre et qui vous appartient, parce qu’on ne peut pas y entrer qu’à moitié. Soit c’est sérieux et vous y allez carrément, soit vous participez à une manifestation, vous oubliez et vous retournez à votre travail et rien ne change. Les choses ne changent que par un travail dévoué et consciencieux.

Il parait qu’on n’a pas le droit de dire des choses gentilles sur le Parti Communiste, n’est-ce pas ? C’est comme une sorte de règle établie. Pourtant, une des raisons pour lesquelles le « New Deal » a fonctionné, qu’il a eu un impact, c’est parce qu’il y avait des gens qui étaient là, présents tous les jours, sur tous les fronts. Sur celui des droits civiques, du droit du travail, en train d’organiser, de faire ce qu’il y avait à faire, ils étaient là, prêts à faire tourner les machines à ronéotyper – il n’y avait pas d’internet à l’époque - et à organiser des manifestations. Ils avaient une mémoire. Le mouvement avait une mémoire, chose qu’elle n’a plus aujourd’hui. Aujourd’hui, tout le monde doit recommencer à partir de zéro. Mais à l’époque, le mouvement avait une mémoire, une sorte de tradition, et les gens étaient toujours présents. Et en examinant les choses de plus prés, vous constaterez que le mouvement était largement dirigé par le Parti Communiste. Ils ont fini par le détruire, et c’est ce qui manque aujourd’hui, ce genre d’individus dévoués qui comprennent qu’ils ne gagneront pas dés demain, qu’il va falloir travailler, qu’ils connaîtront de nombreuses défaites, qu’ils vivront des moments agités, et qu’il se passera beaucoup de choses désagréables, mais que s’ils persistent, ils arriveront à quelque chose. C’est grâce à ça que nous avons connu le mouvement pour les droits civiques et le mouvement ouvrier, et ainsi de suite.

Il y a une leçon à en tirer. Dans les années ’70, il y avait une coupure, très nette, très visible, entre l’opinion élitiste – les journaux, les universitaires d’Harvard, etc - et l’opinion publique. Je dis bien l’opinion publique et pas seulement le mouvement anti-guerre. Chez ces élites, celles qui ont le droit de s’exprimer – et que vous pouvez lire, c’est donc facile à vérifier – la condamnation la plus extrême de la guerre qu’on pouvait trouver était qu’il s’agissait d’une erreur qui s’est finalement révélée trop coûteuse. C’était la condamnation la plus ferme qu’on pouvait trouver chez ces gens-là. Quant à l’opinion publique, environ 70%, selon les sondages, disaient que ce n’était pas une « erreur », que la guerre était fondamentalement mauvaise et immorale. La coupure était donc très nette.

Je crois que la leçon à retenir, c’est par exemple, lorsqu’Obama était admiré pour son opposition à la guerre, parce qu’il trouvait que c’était une erreur. Là nous aurions du lui rappeler les généraux nazis, après la bataille de Stalingrad, qui, eux-aussi, trouvaient que c’était une erreur que de se battre sur deux fronts à la fois. Or, la question n’est pas de savoir si s’agit d’une erreur ; la question est de savoir si c’est fondamentalement mal et immoral. C’est ça la leçon que nous devons tirer. L’opinion publique le comprend déjà, mais il faut arriver à en faire quelque chose et à s’organiser.

AMY GOODMAN : je vais conclure avec une citation dont je n’arrive pas à retrouver l’auteur. « je revois ma vie et toutes les fois où je pensais avoir été trop loin, et à présent je réalise qu’en fait je n’avais pas été assez loin. »

NOAM CHOMSKY
interviewé par AMY GOODMAN

Traduction VD pour le Grand Soir.

Précision du traducteur : s’agissant d’une interview, le traducteur a tenu à gommer les hésitations du "parler" pour rendre la lecture un peu plus fluide.

Version du 30/3 après quelques corrections signalées par les lecteurs. Merci à eux.
http://www.democracynow.org/2010/3/15/noam_chomsky_on_obamas_foreign_policy


4-2 La relation entre Sarkozy et Obama est très saine».

INTERVIEW - Le général Jones a reçu la correspondante du Figaro et trois autres journalistes français et européen dan son bureau de l'aile Ouest à la Maison-Blanche, juste avant la visite du président Sarkozy aux Etats-Unis, qui commence dimanche à New York.

Le président Sarkozy est visiblement le premier chef d'Etat à être reçu pour un dîner privé à la Maison-Blanche. Pourquoi était-il important de le recevoir ainsi et maintenant ?

Barack Obama souhaitait recevoir le président Sarkozy depuis le premier jour de son arrivée aux affaires. Le président et la première Dame ont bénéficié de la formidable hospitalité des Sarkozy à plusieurs reprises et la question était juste de trouver le bon moment. Il y a quelques semaines, ils se sont dit qu'il serait bien d'organiser cette rencontre à l'approche du sommet nucléaire. Ce n'est pas un secret que le président et la première Dame aiment beaucoup le président Sarkozy et son épouse. Ils se réjouissent à l'idée de les recevoir à la Maison-Blanche.

Le dîner était une idée française ?

Il y avait un désir mutuel de trouver une date favorable pour la visite. Mais je pense que c'est le président et Madame Obama qui ont eu l'idée du dîner.

Les diplomates français n'hésitent pas à dire que l'un des buts de cette visite est de démontrer que, contrairement à la rumeur médiatique, la relation Obama-Sarkozy est bonne. Que pouvez-vous dire de cette relation ?

Le président Obama apprécie beaucoup le fait que depuis son arrivée aux affaires, Nicolas Sarkozy ait mené un certain nombre d'actions, dont son soutien sans réserve à l'Otan et la réintégration des forces françaises dans la structure militaire de l'Alliance atlantique. Nous avons de notre côté soutenu la nomination d'un officier français à Norfolk, comme commandant suprême allié pour la transformation de l'Otan, ainsi que la création d'un commandement tournant pour l'état-major opérationnel allié de Lisbonne, qui reviendra régulièrement aux militaires français. Nous avons énormément apprécié aussi le soutien que les Français ont apporté à nos revues stratégiques, à commencer par celle de 2009 sur l'Afghanistan. L'appui persistant du président Sarkozy à notre stratégie et sa contribution en termes de forces nous a beaucoup aidés. Il s'est montré un allié très constant et utile dans notre approche vis-à-vis de l'Iran. Il a également été un conseiller influent et un soutien, pour nos efforts au Moyen-Orient…Je sais que sur toutes les grandes questions, aussi bien professionnellement que personnellement, il est très apprécié par le président Obama.

Vu la réintégration de la France dans l'Otan, comment les négociations de Paris pour vendre des bateaux Mistral à Moscou ont-elles été perçues à Washington ? Une vente de ce type pourrait-elle se révéler un facteur de déstabilisation ?

Ces négociations sont évidemment quelque chose que nous avons noté. Mais ce n'est le sujet d'aucune discorde sérieuse entre la France et les Etats-Unis. Nous sommes nous-mêmes engagés dans un réchauffement actif de nos relations avec la Russie. Je ne pense donc pas que cette affaire soit un sujet de préoccupation particulièrement important pour nous. Je n'ai personnellement jamais évoqué ce sujet avec mon homologue français et le président ne l'a pas fait non plus à ma connaissance.

Les Français font apparemment pression sur vous pour que vous vous engagiez plus résolument au Moyen-Orient. Ces pressions ne vous indisposent pas ?

La relation d'Obama avec Sarkozy, mais aussi la chancelière Merkel ou le premier ministre britannique sont des relations très suivies. Ces quatre-là échangent fréquemment et de manière directe. Le président Obama sait défendre son point de vue sur les sujets qui lui tiennent à cœur et je sais qu'il respecte les conversations directes et sans ambigüité. C'est à mon avis l'un des bons côtés de la manière de faire des deux hommes l'un avec l'autre.

Alors que la relation entre les Etats-Unis et Israël traverse une forte période de tension, Barack Obama a justement eu une conversation, destinée à évoquer le dossier avec les trois alliés que vous mentionnez. Y a-t-il des désaccords sur la manière de procéder avec Israël ?

Les quatre dirigeants ont échangé et leurs vues semblent converger pas diverger. Chacun peut avoir son opinion précise sur ce qu'il faut faire et quand, mais le fait qu'il y ait cet échange d'informations et d'opinions a une grande valeur, que l'on parle du Moyen Orient, de l'Iran du Pakistan et ou l'Afghanistan. En bref, la relation entre Sarkozy et Obama est très saine. Le fait qu'ils se sentent bien l'un avec l'autre leur permet d'être directs et clairs. Ils n'essaient pas d'être trop polis. Ils parlent franchement.

Qu'a donné la rencontre avec Nétanyahou ?

Je ne pense pas que le président puisse caractériser cette rencontre comme un succès, ni d'ailleurs comme une absence de succès, mais plutôt comme une discussion très franche sur des questions dont on parle maintenant depuis des semaines. Je pense que nous arrivons peut-être au point où nous pourrions voir le début de ces fameuses conversations indirectes (entre Palestiniens et Israéliens). Il y a encore du travail à faire, mais les choses semblent aller dans une meilleure direction. Il faut juste faire en sorte que ces négociations ne capotent pas rapidement, obtenant des assurances maintenant des deux parties.

Les Français sont inquiets du résultat de la posture nucléaire américaine. Quand sera-t-elle présentée ?

La posture nucléaire américaine est presque prête. Mais avant qu'elle soit rendue publique, nous consulterons nos alliés. Nous sommes, nous l'espérons, à la veille de conclure nos négociations avec les Russes sur le traité Start. Le président Obama et le président Medvedev devraient se parler ce vendredi pour confirmer qu'ils sont bien en accord avec les équipes. Ce sera la première étape. Puis nous passerons à la posture nucléaire puis au sommet nucléaire.

La conversation d'Obama et de Medvedev serait l'ultime échange avant de sceller un accord ?

Nous l'espérons.

Avez-vous lâché beaucoup dans cette conversation avec les Russes ?

Dans toute négociation, vous devez faire des compromis, mais en tenant compte de vos propres lignes rouges et celles des Russes. Mais je pense que nous avons protégé nos intérêts tout en montrant au monde notre volonté de réduire le nombre d'armes nucléaires.

Que peuvent vous apporter les Français sur le Moyen-Orient ?

Il y a deux types de gens : ceux qui pensent que le conflit israélo-palestinien et l'Iran sont les deux faces d'un même problème et qu'il faut s'en occuper de concert ; et ceux qui pensent qu'il y a un plus grand danger, l'Iran, dont il faut s'en préoccuper en priorité. Mais cela n'est pas la philosophie du président, ni celle de Sarkozy ou de Merkel. Nous avons une vue stratégique pour la région, qui consiste à essayer d'affronter de front les deux problèmes. Nous voulons lancer des négociations de proximité israélo-palestiniennes de manière à ce qu'elles soient significatives et durables. Sur l'Iran, nous voulons voir aboutir le processus ONU, afin de permettre, s'il n'y a pas de changement de comportement sur le nucléaire de la part de Téhéran, de déboucher sur des sanctions de poids capables d'avoir un impact. L'aide de la France ? Sur l'Iran comme le processus de paix, le président Sarkozy nous a aidés en soutenant le processus à l'ONU mais aussi en assurant le leadership sur cette question à l'intérieur de l'Union européenne, de même que Merkel et Brown.

Dans quels termes la question iranienne a-t-elle été évoquée avec Nétanyahou ?

Pour Israël, l'Iran est une menace existentielle. Ils vivent dans le voisinage et se sentent menacés. Les Etats-Unis sont engagés de manière permanente dans la Defense d'Israël. Mais au-delà de ça, l'Iran n'a pas réussi à nous convaincre de leurs intentions pacifiques. Nous allons maintenant vers une nouvelle étape, avec nos alliés européens en négociation avec les Chinois et les Russes. Nous avançons en bloc. Et c'est un gros bloc. L'Iran a la clé qui permettrait de mettre fin à la pression.

Israël a plusieurs fois exprimé son désir d'agir non pas en bloc, mais en solo pour aller frapper les installations nucléaires iraniennes en cas d'échec des pressions occidentales. Est-ce que cela a évoqué avec Obama ?

Nous comprenons l'appréhension israélienne, mais nous sommes aussi engagés dans cette affaire chaque jour avec un grand nombre de pays. Nos ambassadeurs travaillent jour et nuit pour arriver à trouver un consensus sur les sanctions à prendre, et envoyer un message fort à l'Iran. Israël est tout à fait disposé à regarder ce processus porter ses fruits. Je ne pense donc pas que nous soyons à la veille d'une crise imminente en matière d'utilisation des forces militaires.

Combien de temps pour avoir une résolution à l'ONU ?

On pense à la fin avril.

Sur l'Afghanistan, allez-vous demander des renforts à Sarkozy ?

Nous signalerons à tous nos alliés que nous manquons d'entraîneurs pour l'armée et la police afghanes. Nous avons plus besoin d'entraîneurs que de troupes de combat. C'est l'une des seules lacunes de l'opération actuelle mais elle est critique, tant il est important de mettre sur le terrain une présence militaire et policière afghane aussi vite que possible. Nous espérons avoir de l'aide dans ce domaine. Les besoins sont de plusieurs milliers d'hommes.

Vous vous attendez à une réponse positive de la France ?

Nous espérons qu'avec la rencontre des deux présidents, cela sera sur la table…

Dans un récent discours, le secrétaire à la Defense Robert Gates a laissé percer sa frustration et sa colère, soulignant le peu d'investissement des Européens dans leur capacité de Defense, et mettant en garde contre une démilitarisation de l'Europe. Le président Obama partage-t-il cette frustration ?

- Vous pourriez retrouver les propos d'un certain commandant de l'Otan (le général James Jones lui-même, NDLR), qui s'est étonné plusieurs fois du fait que la plus grande alliance militaire du monde ne puisse envoyer trois hélicoptères en Afghanistan ! Quand on regarde les chiffres objectifs de l'effort énorme concédé par les Américains sur le terrain, on se demande comment on ne peut trouver ces trois hélicoptères dans une alliance qui compte 28 membres. Mais je dis toujours aussi pour équilibrer ce jugement, que je n'avais jamais vu depuis 2003 de meilleure coopération dans l'alliance que celle qui s'est déployée en Afghanistan cette année. 40% des forces déployées sont non-américaines. Des millions d'euros sont dépensés. Nous avons réussi une vraie percée dans notre perception de l'Afghanistan et du Pakistan. Il y a une nouvelle énergie, un nouvel espoir de succès. Ce que nous devons faire, c'est réfléchir à la meilleure manière d'augmenter notre effort d'entraînement, même s'il faut pour cela convertir des troupes de combat en équipes de formateurs.

Pouvez-vous dire un mot de l'affaire des avions ravitailleurs ? Quatre dirigeants européens ont envoyé une lettre au président Obama, s'inquiétant d'une possible menace de protectionnisme, après le retrait de la candidature du partenaire d'EADS Northrop Grumman, face à Boeing. Le président répondra-t-il à Sarkozy pendant la rencontre ?

Je suis sûr que le président répondra volontiers sur ce sujet, mais je me dois d'éviter d'en parler, ayant été, avant de prendre mes fonctions, dans le conseil d'administration d'une des firmes impliquées. La seule chose que je peux dire est que le secrétaire à la Defense Robert Gates a assuré le président que l'appel d'offres offrirait des garanties de concurrence égales à toutes les parties.

L'élection d'Obama avait suscité une vague d'enthousiasme en Europe. Puis est venue la déception, l'idée qu'il n'était pas aussi motivé et intéressé par l'Europe que celle-ci l'avait imaginé. Maintenant que le dossier de la santé est derrière Obama, prendra-t-il plus de temps pour les affaires européennes.

Ce qui est intéressant, c'est que nous entendons les mêmes plaintes sur notre Hémisphère, sur l'Asie…Le fait est que le président a rencontré plusieurs fois le président Sarkozy, qu'il a fait deux visites en France, qu'il a été à Londres pour le G20, à Aquilo pour le G8, qu'il s'est rendu à Copenhague…Il a passé plus de temps en Europe que partout ailleurs et a voyagé dans sa première année plus que n'importe quel président avant lui. Les affaires intérieures ont pris certes beaucoup d'attention dans cette première partie de l'année, mais il va évidemment revenir sur la politique étrangère. Il pourrait être amené à aller à Prague pour signer le traité de désarmement nucléaire prochainement.

Son futur voyage en Indonésie sera-t-il une manière de relancer son appel au monde musulman ?

Le président est extrême sérieux dans sa démarche d'ouverture au monde musulman. Cela sera sans aucun doute l'un des piliers fondamentaux de sa présidence. Ceux qui travaillent à ses côtés savent à quel point ce sujet lui importe. Parce qu'il pense que c'est ce qu'il faut faire pour tenter de faire du monde un endroit meilleur et plus sûr. Le Moyen-Orient est certainement un endroit où l'avancée de la paix pourrait envoyer un message très fort au reste du monde sur le fait qu'il y a un chemin vers un monde meilleur. Mais il faut aussi gérer la situation afghane et dialoguer avec le Pakistan. Autant de dossiers qu'il doit mener de front. Sans parler de tous les problèmes internes qui se posent.

25/3

http://www.lefigaro.fr/international/2010/03/26/01003-20100326ARTFIG00386-la-relation-entre-sarkozy-et-obama-est-tres-saine-.php



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  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

 

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