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10/05/2010

n°483 - Les Dossiers 'Géopolitique et Stratégie' d'Irak - 08/05 - : Début :-:Prix Nobel de la Paix : quand Oslo glorifie le mensonge et la guerre.

n°483  - Les  Dossiers 'Géopolitique et Stratégie' d'Irak - 08/05 - : Début :-:Prix Nobel de la Paix : quand Oslo glorifie le mensonge et la guerre.


 

Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme,

 L’information est une arme au service de la paix

    Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre



Les  Dossiers 'Géopolitique et Stratégie' d'Irak

n°483                             08/05/10

C.De Broeder      &       M.Lemaire



Le " Dossiers 'Géopolitique et stratégie' d'Irak " est visible  sur ...

a) sur mes blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

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b) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

c) sur le site de Robert Bibeau :  : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

 

d) sur le site de eva R-sistons:  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

 

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



 

Sommaire :

Tiré à part :

Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

1-1 Dahr Jamail : Opération "Occupation Durable".

1-2 Noam Chomsky sur la politique étrangère d’Obama.(Democracy Now !) 

1-3 Pascal Sacre : Prix Nobel de la Paix : quand Oslo glorifie le mensonge et la guerre.

Fin

1-4 Abdul Ilah Albayaty : En Irak, Obama a choisi la continuation de la criminelle ingénierie sociale.

1-5 Dave Lindorff : Mêmes délits, mêmes crimes.

2 Annexe

2-1 Entretien n°10 - FBI-Saddam Hussein

2-2 James Baker à Tarek Aziz : « Nous vous ferons retourner à l’ère pré-industriel »

2-3 Le discours du président Mahmoud Ahmadinejad à la Conférence de l’examen du TNP 

 


Avant propos

·                    Les militaires américains usent d’un terme générique- Al Qaida- pour désigner les résistants qui osent leur résister... 



1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

 

Pour ceux qui ont souscrit à l'obamania...
1-1 Dahr Jamail : Opération "Occupation Durable".
« Contrairement à la façon dont Bush a essayé de justifier la guerre en Irak dans le passé, Obama vient d’admettre maladroitement – ou par inadvertance – que l’invasion et l’occupation de l’Irak visait à acquérir une influence prédominante sur son pétrole en installant des bases militaires permanentes…
Barack Obama – déclarait, dans un discours intitulé «
Un pas en avant en Irak » :« Réduire nos troupes en Irak nous permettra de redéployer des troupes supplémentaires dans le Nord de l’Irak et dans d’autres endroits de la région en tant que forces de contrôle ‘au-delà de l’horizon’.

Ces forces pourraient aider à empêcher le conflit en Irak de se muer en guerre plus étendue, à consolider les gains obtenus dans le Nord de l’Irak, à rassurer nos alliés dans le Golfe, à permettre à nos troupes de frapper directement les gens d’al-Qaïda où qu’ils puissent se trouver et à montrer clairement aux organisations terroristes internationales qu’elles ne nous ont pas boutés hors de la région. »

Barack Obama l'avait promis durant sa campagne électorale: les troupes américaines allaient quitter l'Irak. Après sept ans de guerre et à l'occasion d'élections législatives dans le pays, les promesses semblent se concrétiser. Du moins si l'on en croit les déclarations officielles.
Le journaliste Dahr Jamail, spécialiste de l'Irak, n'est cependant pas de cet avis. Il nous explique pourquoi le retrait des troupes n'est qu'un mythe.
(Investig'Action)

Un langage clair, sans équivoque
La Stratégie de défense nationale pour 2008 dit ceci : « Les intérêts américains incluent la protection de la nation et de nos alliés contre toute attaque ou coercition, la promotion de la sécurité internationale en vue de réduire les conflits et de favoriser la croissance économique, ainsi que la sécurité des peuples du monde et l’accès de ces derniers aux marchés et ressources planétaires. Afin de poursuivre ces intérêts, les États-Unis ont développé des capacités militaires, des alliances, des coalitions, participé et apporté leur soutien à la sécurité internationale et aux institutions économiques, recouru à la diplomatie et au ‘soft power’ [capacité de persuasion amicale, NdT] pour modeler le comportement des États considérés individuellement et le système international, voire à la force si nécessaire. Ces instruments contribuent à informer le cadre stratégique des plans américains pour l’avenir et ils nous aident dans la réalisation de nos objectifs. »

Elle dit également :« (…) Nos forces seront suffisamment puissantes pour dissuader des adversaires potentiels de poursuivre la constitution d’une armée dans l’espoir de surpasser ou d’égaler la puissance des États-Unis. Pour y arriver, les États-Unis auront besoin de bases et de stations à l’intérieur et au-delà de l’Europe occidentale et de l’Asie du Nord-Est. »
À la lumière d’objectifs aussi manifestes, il est hautement improbable que le gouvernement américain ne tolère jamais un Irak réellement souverain, débarrassé des troupes américaines, soit au sein de ses propres frontières, soit le surveillant depuis l’extérieur.
Le Status of Forces Agreement (SOFA – Statut des conventions militaires) entre les gouvernements irakien et américain fait état d’une poursuite de la présence américaine au-delà du délai d’août 2010 pour le retrait de toutes les troupes de combat, et du délai de 2011 pour le retrait des troupes restantes.
Selon toutes les variantes de SOFA utilisés par les États-Unis pour mandater légalement leur millier de bases – ou presque – à travers le monde, il faut dire que, techniquement, aucune base américaine dans quelque pays étranger que ce soit n’est « permanente ». Par conséquent, même si elles existent depuis des décennies, les bases américaines au Japon, en Corée du Sud et en Allemagne ne sont pas « permanentes ». Au sens technique du terme.
La plupart des analystes sont d’accord pour dire que les États-Unis prévoient de maintenir au moins cinq bases « permanentes » en Irak.

L’écrivain, linguiste et analyste politique américain des plus appréciés, Noam Chomsky, a déclaré: « Les bases [à l’étranger] constituent l’Empire. Elles sont le point de projection du pouvoir et de l’expansion du pouvoir. » Chalmers Johnson, écrivain et professeur émérite de l’Université de Californie à San Diego, y allait du commentaire suivant : « En un sens symbolique, [les bases] constituent une façon de montrer que l’Amérique est là qui veille. »Gordon Adams, depuis très longtemps analyste de l’Université George Washington en matière de défense, a déclaré à l’Associated Press que, dans le contexte élargi du renforcement de la présence américaine au Moyen-Orient, il était préférable d’avoir des bases en Irak que des porte-avions dans le golfe Persique. « Les porte-avions n’ont pas le punch.
Les infrastructures terrestres présentent un énorme avantage. Au niveau de la stratégie, c’est d’un bon sens absolu d’avoir des bases en Irak. »
Selon le professeur Zoltan Grossman de l’Evergreen State College, qui a fait des recherches sur les bases militaires et fait partie depuis plusieurs années du réseau mondial contre les bases à l’étranger, les États-Unis n’ont pas l’intention de lâcher le contrôle de leurs bases en Irak. Le Pentagone, estime-t-il, dispose d’un tas de vieilles ficelles pour masquer leur présence militaire et leurs pressions par les armes.

Dans une interview accordée à Truthout, il faisait remarquer : « Depuis la guerre du Golfe, les États-Unis ne se sont pas contentés de construire des bases pour mener leurs guerres, mais ils ont également mené des guerres afin de laisser des bases derrière eux. Cela a eu pour effet de créer une nouvelle sphère américaine d’influence enfoncée comme un coin dans la région stratégique située entre les États-Unis, la Russie et la Chine. Le Pentagone n’a pas construit ce déploiement de bases permanentes pour simplement les mettre à la disposition des gouvernements qui sont ses clients. »
Et voici la prédiction de Grossman à propos de l’Irak :« Il s’agit de chercher à obtenir un Accord de forces en visite – du genre négocié avec les Philippines – permettant aux forces américaines en ‘visite’ un accès sans restriction à leurs anciennes bases. De la même façon, des exercices militaires communs et permanents permettent d’assurer la présence continue des troupes américaines et d’intimider ainsi les Irakiens. Même après 2011, rien dans le Statut irakien des conventions militaires (SOFA) n’empêchera les bombardiers américains (stationnés au Koweït et ailleurs) d’attaquer des cibles irakiennes quand ils le voudront, exactement comme ils l’ont fait entre 1991 et 2003. Rien n’empêche des attaques par missiles ou à l’aide des Forces spéciales comme nous en voyons aujourd’hui au Pakistan, au Yémen et en Somalie. Rien n’empêche la CIA ou ses sous-traitants de participer à des missions en Irak ou à des opérations de renseignement. »

Pour ajouter du crédit à ce qui précède, nous disposons de l’article 6 du SOFA entre les États-Unis et l’Irak, qui parle de « facilités convenues », alors que l’article 27 fait état de « mesures militaires (…) mutuellement convenues » pour après 2011 et que l’article 28 parle d’un scénario dans lequel l’Irak sera en mesure de « demander » que les États-Unis assurent la sécurité dans la Zone internationale (Zone verte).

19/04
Un discours plutôt sombre
Le chapitre 6 du « 2010 Quadrennial Defense Review Report » expliquait :
« En février 2009, le président Obama a esquissé la réduction du nombre d’effectifs en Irak à 50.000 hommes ainsi que le changement de mission qui interviendra le 31 août 2010. À ce moment, les troupes américaines auront achevé la transition du combat et de la contre-insurrection vers une mission plus limitée, orientée sur l’entraînement et l’aide aux Forces irakiennes de sécurité (2 milliards de dollars ont déjà été mis de côté à cet effet pour l’exercice fiscal 2011) ; sur la protection des militaires, du personnel civil et des installations US ainsi que celle des organisations internationales dans leurs efforts de mise en place de capacités. »
Le rapport explique en outre que les retraits de troupes américaines « se feront en conformité » au SOFA, mais que « le rythme du retrait prendra en considération les progrès certains mais toujours fragiles de l’Irak en matière de sécurité » et qu’il « assurera aux commandants américains suffisamment de flexibilité pour aider les Irakiens à affronter les défis qui apparaîtront alors ».
Le 15 mai 2006, le général John Abizaid qui, à l’époque, supervisait les opérations militaires américaines en Irak, déclara : « Les États-Unis pourraient vouloir garder une présence militaire à long terme en Irak afin de redonner confiance aux modérés face aux extrémistes dans la région et de protéger la production de pétrole. »
Le 12 mars 2010, lors d’une conférence de presse, le major-général [général deux étoiles, NdT] Tony Cucolo, commandant des troupes américaines dans le Nord de l’Irak, déclarait aux journalistes qu’il pourrait être nécessaire de continuer à impliquer des troupes de combat dans le mécanisme de sécurité maintenant la paix entre les forces nationales irakiennes et les forces régionales kurdes, et ce, au-delà de la date limite, en août.
La Stratégie sécuritaire nationale pour les missions américaines à l’étranger propose de « lancer une nouvelle ère de croissance économique mondiale via les libres marchés, le libre échange et l’insistance sur l’ouverture des marchés, la stabilité financière et l’intégration plus profonde de l’économie mondiale ». Cela cadre parfaitement avec la politique préconisée par le Quadrennial Defense Review Report qui dit qu’il y a une capacité déclarée de l’armée américaine à mener des « guerres multiples qui se chevauchent » et à « faire en sorte que toutes les puissances importantes et émergentes soient intégrées au système international en tant qu’actrices constructives et actionnaires ».

Un langage aussi sombre et de tels points faibles dans les documents politiques ont été monnaie courante depuis l’invasion de l’Irak par les Américains voici sept ans.

Cela n’a pas changé avec le SOFA.« La grande probabilité du plan américain visant à garder des troupes en Irak après le 31 décembre 2011 doit se mesurer dans le contexte de l’histoire des violations par les États-Unis du territoire souverain, de l’espace aérien, etc. d’autres pays », a expliqué à Truthout Phyllis Bennis, directrice du New Internationalism Project à l’Institut d’études politiques de Washington, DC. « Pour l’instant, cela apparaît peut-être le plus clairement au Pakistan, où les États-Unis ont très régulièrement attaqué les Taliban ou les partisans d’al-Qaïda à l’aide, à la fois, de forces aériennes et de troupes terrestres (ces dernières en nombre limité), malgré l’opposition déclarée du gouvernement pakistanais, nominalement allié aux États-Unis. »
« Les toutes premières discussions publiques sur la ‘reconversion en mission’ des troupes de combat modifiaient leur assignation officielle de combattants en missions d’‘entraînement’ ou d’‘assistance’, leur permettant ainsi de rester en Irak après la date butoir d’août 2010 qui prévoit le retrait du pays de toutes les troupes combattantes. Ces discussions fournissent le modèle de la façon dont se produira un tel tour de passe-passe verbal », déclare Bennis, avant d’ajouter : « Cela peut ou peut ne pas être lié à la future ‘nécessité’ pour les troupes américaines de rester afin de protéger les effectifs croissants de civils du gouvernement américains assignés en Irak au fur et à mesure que le nombre officiel de militaires diminuera. »Bennis explique que le langage du SOFA repose sur la prétention que l’Irak est une nation souveraine et que le gouvernement irakien choisit librement un partenariat avec le gouvernement américain. Mais la réalité, estime Bennis, c’est que le SOFA a été négocié et signé au moment où l’Irak était (et est toujours aujourd’hui) un pays occupé et contrôlé par les États-Unis.
À l’époque de la signature du SOFA, son gouvernement était dépendant des États-Unis sur le plan de l’aide.

Dans l’article 27 du SOFA, le texte dit : « En cas de menace extérieure ou intérieure d’agression contre l’Irak susceptible de violer sa souveraineté, son indépendance politique ou son intégrité territoriale, ses eaux territoriales, son espace aérien, son système démocratique ou ses institutions élues, et à la demande du gouvernement irakien, les parties entameront immédiatement des délibérations stratégiques et, en cas d’accord mutuel, les États-Unis prendront les mesures appropriées, y compris des mesures diplomatiques, économiques ou militaires, ou toute autre mesure en vue de dissuader une telle menace. »
Alors que l’accord n’est manifestement contraignant que pour trois ans, l’article 30 permet des amendements au SOFA, lesquels pourraient, naturellement, comprendre l’extension de son cadre temporel – et cela semble très probable, vu la position de dépendance, qualitativement parlant, du gouvernement irakien vis-à-vis de l’aide américaine. La même chose est vraie avec l’article 28 qui stipule : « Le gouvernement irakien peut demander aux Forces armées des États-Unis une aide limitée et temporaire pour les missions de sécurité destinées à la Zone verte. »
Et Bennis de conclure :
« Il ne fait pas de doute que les États-Unis désirent depuis de nombreuses années établir et maintenir des bases militaires en Irak, que ces bases soient officiellement ou non désignées comme ‘permanentes’. Je ne crois pas que le Pentagone soit disposé à les céder à l’Irak, en dépit du langage de l’accord qui stipule précisément la chose. En lieu et place, je pense que l’arrangement formel venant après l’expiration de l’actuel SOFA pourrait se faire via quelque accord officiellement ‘bilatéral’ entre Washington et Bagdad, permettant aux États-Unis de ‘louer’, de ‘prendre en leasing’ ou d’‘emprunter’ les bases à un gouvernement irakien supposé ‘souverain’ et ce, sur une base à long terme. La probabilité de la chose augmente avec le nombre croissant de déclarations de responsables militaires et politiques américains faisant largement allusion à la possibilité de la présence à long terme des troupes américaines en Irak au-delà du 31 décembre 2011, ‘si le gouvernement souverain de l’Irak suggérait une telle proposition’ (…) »
Le directeur de faculté de l’Undergraduate College of Global Studies de la Stony Brook University de New York, la professeur Michael Schwartz, a beaucoup écrit sur l’insurrection et sur l’Empire américain.

Il faisait remarquer dans Truthout que « les actions [du président Obama] ont montré très clairement qu’il n’avait pas l’intention de sacrifier une force de frappe de 50.000 hommes, même s’il a dit également qu’il s’en tiendrait au SOFA et qu’il retirerait toutes les troupes de l’Irak fin 2011.
Dans l’intervalle, Gates et divers généraux ont lâché des déclarations hésitantes ou des ballons d’essai disant que la date limite de 2011 pourrait n’être pas applicable et que divers types de forces pourraient rester plus longtemps, soit pour alimenter les forces aériennes, soit pour continuer à former les militaires irakiens, soit pour protéger l’Irak d’une invasion. La moindre de ces possibilités, ou toutes, pourrait se traduire par le maintien d’une force de frappe de 50.000 hommes ainsi que celui de cinq bases ‘durables’. »
Que l’administration Obama ait l’intention de maintenir une présence militaire importante en Irak après 2011, voilà qui est évident au vu de son insistance permanente sur le fait que la « démocratie » doit être sauvegardée en Irak. Schwartz d’expliquer :« En langage de Washington, cela signifie que le gouvernement de l’Irak doit être un allié des États-Unis, une condition qui a été répétée à l’envi par toutes les factions (aussi bien par les républicains que par les démocrates) à Washington depuis les débuts de l’invasion. Étant donné la mauvaise volonté croissante de l’administration Maliki de suivre les dictats américains (par exemple, à propos des contrats pétroliers, des relations avec l’Iran ou des relations avec la province d’Anbar et les autres provinces sunnites), le retrait des troupes laisserait à Maliki plus de liberté encore de poursuivre une politique inacceptable aux yeux de Washington. Donc, même si Maliki se succède à lui-même au poste de premier ministre, les États-Unis pourraient avoir besoin de troupes pour garder la pression sur lui. S’il ne se succède pas à lui-même, les choix alternatifs possibles sont bien plus explicites dans leur antagonisme à l’intégration de l’Irak à la sphère d’intérêts des États-Unis. (…) L’administration Obama ne disposerait plus alors que d’une perspective inacceptable : le retrait aurait pour conséquence que l’Irak adopterait une position guère différente de celle de l’Iran en ce qui concerne la présence et l’influence des Etats-Unis dans le Moyen-Orient. »
Et de conclure en ricanant :« L’un dans l’autre, il y a une infinité de signes montrant que la résultante du retrait des troupes américaines serait que l’Irak se libérerait de l’influence américaine et/ou priverait les États-Unis d’une forte présence militaire dans cette partie du Moyen-Orient qu’à la fois Bush et Obama ont souhaitée et voulu établir coûte que coûte. Tant que je ne verrai pas de signe qu’on a l’intention de démanteler les bases, je continuerai à croire que les États-Unis trouveront l’une ou l’autre raison – avec ou sans le consentement du gouvernement irakien – de maintenir une très importante force militaire (de l’ordre de 50.000 hommes) là-bas. "

L’expansion de la base
L’ambassade des États-Unis en Irak, qui est déjà le plus vaste complexe diplomatique de la planète et qui a les dimensions du Vatican, va probablement doubler en dimension. Robert Ford, le chef de mission adjoint à Bagdad, disait aux journalistes en janvier : « Si le Congrès nous donne l’argent que nous demandons, cette ambassade va avoir deux fois les dimensions qu’elle a aujourd’hui. Elle ne va pas diminuer, elle va s’accroître. »
En 2005, le Washington Post rapportait : « Une rénovation encore plus chère des pistes d’aviation a lieu en Irak, à la base aérienne de Balal, un hub pour la logistique militaire américaine où, pour 124 millions de dollars, les Forces aériennes construisent une rampe pour avions cargos et hélicoptères. Et, plus loin au sud, au Qatar, le fin du fin de la technologie: un centre d’opérations de 10.000 mètres carrés pour le contrôle des avions américains au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Afrique est actuellement construit sous forme d’un bunker géant en béton. (…) L’armée américaine a plus de 1,2 milliard de dollars de projets en construction ou en préparation dans la région du Commandement central – un plan d’expansion dont les commandants américains disent qu’il est nécessaire à la fois pour soutenir les opérations en Irak et en Afghanistan et pour assurer une présence à long terme dans la région. »
Le lieutenant-général Walter E. Buchanan III, qui supervise les opérations aériennes du Commandement central, faisait remarquer : « Comme les forces terrestres diminuent, nous avons besoin des forces aériennes pour être à même d’assurer une présence dans les parties du pays où nous n’avons pas de soldats, afin de garder les yeux ouverts là où nous n’avons pas de soldats sur le terrain. »

En 2007, dans un article intitulé « Les États-Unis construisent une base aérienne à long terme en Irak », NPR rapportait : « La base militaire américaine de Balad, à quelque 60 milles au nord de Bagdad, va rapidement se muer en une des plus vastes installations militaires américaines en terre étrangère. (…) La base est un projet de construction gigantesque, avec de nouvelles routes, des trottoirs et des structures qui s’élèveront un peu partout dans cette forteresse de 40 km2 au centre de l’Irak, le tout avec une perspective portant sur les quelques prochaines décennies. »
Elle sera si importante qu’« il y aura un service régulier d’autobus dans son périmètre afin d’acheminer les dizaines de milliers d’hommes et de contractuels qui vivront sur place. Et les services seront proportionnels à l’importance de la population.

La Subway Sandwich Chain est l’une des diverses chaînes américaines qui auront une antenne ici. Il y aura deux bureaux de poste qui seront à peu près aussi grands qu’un Target ou un K-Mart. Il sera possible d’acheter des articles de consommation allant de l’ordinateur portable à la TV à écran plat ou à la moto Harley Davidson. »
Le rapport ajoutait : « Plusieurs officiers supérieurs de l’armée ont décrit en privé la base aérienne de Balad et quelques autres installations importantes en Irak comme de futures bases d’opérations pour l’armée américaine. » Le terme utilisé est « la feuille de nénuphar », une description du passage des militaires d’une base à l’autre sans jamais mettre un pied au sol entre deux installations.
En septembre 2009, le New York Times écrivait, à propos de Balad :
« Il faut à la masseuse Mila, du Kirghizistan, une heure en bus pour se rendre à son travail, dans cette base américaine tentaculaire. Son salon de massage est l’un des trois de la base, qui s’étend sur 25 km², et il est situé à proximité de la caravane d’une sandwicherie Subway, avec, tout autour, des murs en ruine, du sable et des cailloux. Chez Subway, des travailleurs venus d’Inde et du Bangladesh préparent des sandwiches pour les travailleurs américains à la recherche de saveurs du pays. Quand la pause des préparateurs de sandwiches est terminée, le retour chez eux les emmène le long d’une centrale électrique, d’une usine où l’on fabrique de la glace, d’un centre de traitement des eaux usées, d’un hôpital et de douzaines d’autres bâtiments qu’on voit d’ordinaire dans une petite ville. En plus de six ans, c’est ce que les Américains ont créé ici : des villes dans le sable. (…)

Certaines bases ont des populations de plus de 20.000 habitants, avec des milliers de contractuels et de citoyens du tiers monde qui les font fonctionner. »Camp Anaconda, comme on a appelé la base de Balad, dispose également d’un bassin de natation olympique. Ici, l’usine de mise en bouteille fournit sept millions de bouteilles d’eau par mois aux gens de la base. Cette base possède aussi deux casernes de pompiers et la piste d’atterrissage unique est la plus fréquentée de tout le département de la Defense.
Une histoire publiée en 2006 par Associated Press et intitulée « projeter des bases américaines pose des questions à long terme », donnait le compte rendu suivant :« [À Balad] le béton poursuit sa voie pour de bon, disparaissant dans la brillance de midi, environ 60.000 m³ , une dalle de mille de long qui constitue désormais l’emplacement de 120 hélicoptères américains, un « héliport » du même genre que ceux qu’on trouve aux États-Unis.
Dans une autre base géante, à al-Asad, dans le désert de l’ouest de l’Irak, les 17.000 militaires et travailleurs vont et viennent dans un genre de ville américaine active, avec un Burger King, un Pizza Hut et un concessionnaire de voitures, des feus rouges, des panneaux de circulation et de jeunes à mobylette qui sillonnent les rues. Le budget le plus récent consacre 39 millions de dollars à l’éclairage du nouvel aérodrome, aux systèmes de contrôle du trafic aérien et aux extensions permettant à al-Asad de se raccorder au [de phagocyter le –, NdT] réseau électrique irakien – bref, des caractéristiques typiques d’une base à long terme. À Tallil, outre une nouvelle cantine de 14 millions de dollars, la base aérienne d’Ali doit avoir, pour 22 millions de dollars, une double clôture de sécurité sur tout son périmètre, avec des contrôles aux portes très sophistiqués, des tours de
garde et un ‘fossé d’immobilisation pour véhicule, avec berme’. »
Truthout a contacté le journaliste et cinéaste John Pilger pour lui demander ses points de vue :
« Comme en Afghanistan, l’occupation de l’Irak est davantage une guerre de perception qu’une réalité militaire. Je ne crois pas que les États-Unis aient la moindre intention de quitter l’Irak. Oui, il y aura une ‘réduction’ des effectifs réguliers avec tout ce blabla et ce rituel destinés à convaincre le public américain qu’on procède à un retrait réel. Mais le résultat des remarques en coulisse avancées par les généraux importants qui, eux, sont bien conscients de cette guerre de perception, c’est qu’au moins 70.000 hommes resteront sur place sous des apparences diverses. Ajoutez à cela au moins 200.000 mercenaires. C’est une vieille ruse. Les Britanniques ‘se retiraient’ de ‘leurs’ colonies et laissaient derrière eux des bases-forteresses ainsi que leurs Forces spéciales, les SAS. »« Bush a envahi l’Irak et cela faisait partie d’un plan américain à long terme destiné à restaurer l’un des piliers de la politique et de l’Empire américains dans la région : dans les faits, transformer tout l’Irak en base militaire. L’invasion a mal tourné et le concept du ‘pays en tant que base’ a été modifié en celui d’un Irak contrôlé indirectement par une série de bases-forteresses intimidantes. Ces bases sont permanentes. Le même plan vaut pour l’Afghanistan. Il ne faut pas perdre de vue que la politique étrangère américaine est aujourd’hui contrôlée par le Pentagone, dont l’homme n’est autre que Robert Gates. C’est comme si Bush n’avait jamais quitté la présidence. Sous Bush, il y a eu un véritable coup d’État militaire qui a frappé quasiment tout Washington ; le département d’État [= les Affaires étrangères, NdT] a vu son pouvoir s’effilocher et Obama a fait ce qu’aucun  autre président n’avait jamais fait : il a retiré à l’ancienne administration totalement discréditée tout le pouvoir décisionnel sur la guerre pour muer celui-ci en une bureaucratie à laquelle il a accordé un pouvoir quasiment illimité. La seule façon dont les États-Unis s’en iront, ce sera via une recrudescence de la résistance et il faudra pour cela que chiites et sunnites s’unissent, et je crois que c’est ce qui va se produire. »

Capitaine… mon capitaine
Le 4 mars 2010, invité à l’émission « The Diane Rehm Show » sur NPR, Thomas
Ricks, correspondant militaire pour le Washington Post, déclarait, en  faisant allusion aux promesses de retrait de l’Irak du président Obama : «
Je dirais qu’il ne faut pas le croire, car je ne pense pas que ça va se faire. Je pense que nous allons avoir plusieurs milliers, et même plusieurs dizaines de milliers de militaires américains en Irak, le jour où le président Obama aura terminé son mandat. »Le général George Casey, chef d’Etat-major de l’armée américaine, déclarait en mai dernier que son planning pour l’armée envisageait la présence de troupes de combat en Irak pour une décennie encore et que cela faisait partie d’un engagement américain de tous les instants dans la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme au Moyen-Orient. « Les tendances générales vont dans la mauvaise direction », ajoutait-il, « et elles vont fondamentalement modifier la façon de travailler de l’armée. »L’important analyste de la CIA , Ray McGovern, qui a servi sous sept présidents – de John Kennedy à George H. W. Bush – expliquait à Truthout : « Depuis 2003, je suggère que la guerre de l’Irak soit motivée par l’acronyme ‘OIL’ : le pétrole [oil, en anglais, NdT] , Israël et logistique (les bases militaires destinées à assurer plus avant les intérêts des deux premiers).»En janvier 2008, McGovern écrivait ceci, à propos de déclarations signées par George W. Bush alors qu’il était à la Maison-Blanche :« Contrairement à la façon dont le président George W. Bush a essayé de justifier la guerre en Irak dans le passé, il vient d’admettre maladroitement – ou par inadvertance – que l’invasion et l’occupation de l’Irak visait à acquérir une influence prédominante sur son pétrole en installant des bases militaires permanentes (l’administration préfère le terme de « durables »).
Il a rendu la chose particulièrement évidente en ajoutant une déclaration écrite de sa main au projet de financement pour la Défense , indiquant qu’il ne subirait pas la contrainte d’interdiction légale appliquée aux fonds des
dépenses :« (1) en vue d’établir toute installation ou base militaire dans le but d’assurer le stationnement permanent de forces armées américaines en Irak, ou« (2) en vue d’exercer le contrôle par les États-Unis des ressources pétrolières de l’Irak. »
Lors du Conseil de Chicago concernant les affaires mondiales, le 20 novembre 2006, le sénateur Barack Obama – qui n’était pas encore devenu le commandant en chef de l’armée américaine – déclarait, dans un discours intitulé « Un
pas en avant en Irak » :« Réduire nos troupes en Irak nous permettra de redéployer des troupes supplémentaires dans le Nord de l’Irak et dans d’autres endroits de la en tant que forces de contrôle ‘au-delà de l’horizon’. Ces forces pourraient aider à empêcher le conflit en Irak de se muer en guerre plus étendue, à consolider les gains obtenus dans le Nord de l’Irak, à rassurer nos alliés dans le Golfe, à permettre à nos troupes de frapper directement les gens d’al-Qaïda où qu’ils puissent se trouver et à montrer clairement aux organisations terroristes internationales qu’elles ne nous ont pas boutés hors de la région. »
Le 16 mars 2010, le général David Petraeus, chef du Commandement central américain, expliquait aux législateurs que l’armée américaine pouvait installer un QG supplémentaire dans le Nord de l’Irak, même après la date butoir de septembre 2010. Petraeus déclarait qu’installer un QG dans le Nord de l’Irak était « une chose que nous envisageons ».
Quelle raison y aurait-il de douter des propos de notre commandant en chef quand il affirme qu’il est nécessaire de maintenir une « force de frappe » américaine (d’environ 50.000 hommes) en Irak ou à proximité de l’Irak, afin de garantir les intérêts américains au Moyen-Orient, de permettre à Washington d’agir rapidement contre les djihadistes de la région et de montrer clairement à « nos ennemis » que les États-Unis ne se laisseront pas « bouter hors de la région » ?
Dahr Jamail
24 Mars

Bhaswati Sengupta a également contribué à la rédaction de ce rapport.
Traduit de l'anglais par Jean-Marie Flémal pour Investig'Action

Source originale: Truth Out
http://www.michelcollon.info/index.php?option=com_content&view=article&id=2624:operation-qoccupation-durableq&catid=6:articles&Itemid=11
http://www.truthout.org/operation-enduring-occupation57789


1-2 Noam Chomsky sur la politique étrangère d’Obama.(Democracy Now !) 

 Interview par AMY GOODMAN 

Extrait Irak

AMY GOODMAN : qu’en est-il du mouvement anti-guerre aux Etats-Unis ?

Vous en avez fait partie, vous avez été très actif, depuis la guerre au Vietnam jusqu’à ce jour. Comment voyez-vous les choses par rapport à une personne pour laquelle beaucoup d’entre eux ont consacré d’énormes efforts à faire élire ?

NOAM CHOMSKY : Mon opinion, qui n’est pas très répandue, est que le mouvement anti-guerre est bien plus puissant aujourd’hui qu’il ne l’a été dans les années 60. Dans les années 60, il y eut un moment, en 1969, où le mouvement contre la guerre du Vietnam était très puissant. Mais il faut se souvenir que la guerre a commencé, qu’elle est devenue une vraie guerre ouverte, en 1962. A cette époque, 70.000 ou 80.000 personnes avaient déjà été tuées sous le régime fantoche du Sud Vietnam. Mais en 1962, Kennedy a lancé une guerre ouverte, en faisant bombarder le Sud Vietnam – les avions portaient les couleurs du Sud Vietnam, mais tout le monde savait de quoi il retournait et ça se disait ouvertement même – en autorisant le recours au napalm, l’utilisation d’armes chimiques pour détruire les cultures et la végétation. Il a lancé un programme qui a chassé des millions de personnes des campagnes qui se sont retrouvées regroupées dans ce qu’il faut bien appeler des camps de concentration pour, selon les termes employés, les « protéger de la guérilla » qui avait l’appui de la population, chose que le gouvernement savait parfaitement. On peut voir la même chose aujourd’hui en Afghanistan, si vous prenez la peine de lire entre les lignes les histoires sur la conquête de la ville de Marjah. Nous avons poussé la population vers des camps de concentration pour les protéger de ceux, les guérilleros, qu’ils soutiennent. Il s’agit d’une guerre, vous savez, d’une vraie guerre.

Il n’y a eu aucune protestation, littéralement. Il a fallu des années avant de voir les premiers signes de protestation. Ceux d’entre vous qui sont assez vieux se rappelleront peut-être qu’à Boston, une ville progressiste, au mois d’octobre 1965 – ça faisait déjà trois ans que des centaines de milliers de soldats US étaient occupés à ravager un pays, que la guerre s’était étendue à Nord Vietnam, et ainsi de suite – il y a eu la première tentative de manifestation publique contre la guerre. C’était en octobre 1965. Je devais y prendre la parole. Je n’ai pas pu dire un mot. La manifestation fut violemment dispersée. Beaucoup d’étudiants ont marché pour tenter de disperser la manifestation et il y avait aussi des centaines de policiers. Le lendemain, le Boston Globe, le quotidien le plus progressiste du pays, a consacré toute sa première page à dénoncer les manifestants, pas ceux qui les ont attaqués. Ils ont publié en plein milieu de la page la photo d’un soldat blessé, ce genre de choses. C’était au mois d’octobre 1965, il y avait des centaines de milliers de soldats là-bas, la guerre prenait de l’ampleur. Finalement, des années plus tard, en 1968, on a vu surgir un mouvement anti-guerre d’une certaine importance, vers 67, 68. A cette époque, le Sud Vietnam n’existait déjà plus. Le pays avait été virtuellement détruit. Et c’était la même chose pour une bonne partie du reste de l’Indochine. La guerre s’est poursuivie pendant encore de longues années, avec toutes les conséquences terribles, mais nous ne voulions pas voir la réalité en face, nous ne voulions même pas en parler. Cela dit, le mouvement anti-guerre a obtenu quelques résultats, mais bien plus tard.

Comparons à présent avec l’Irak. Il y a eu d’énormes manifestations avant même le déclenchement officiel de la guerre. Nous savons à présent que Blair et Bush mentaient tout simplement lorsqu’ils disaient qu’ils cherchaient une solution diplomatique. Ils avaient déjà déclenché la guerre. C’est ce qui ressort des fameux rapports de Downing Street (Downing Street Memos) en Angleterre. Il y a eu d’énormes manifestations. Et je crois qu’elles ont eu au moins un effet. La guerre américaine en Irak était déjà terrible. Elle a fait probablement un million de victimes, et chassé quelques millions d’autres hors du pays. C’était assez horrible. Mais cela aurait pu être bien pire. Ils auraient pu faire en Irak ce qu’ils avaient fait au Sud Vietnam. Ca n’a pas été le cas. Il n’y a pas eu de tapis de bombes sur tout le pays par des B52, il n’y a pas eu d’armes chimiques et ainsi de suite. Et je crois que c’est grâce au mouvement anti-guerre. La population était devenue plus civilisée. Je crois que c’est une des tristes réalités des années 60.

NOAM CHOMSKY
interviewé par AMY GOODMAN

Traduction VD pour le Grand Soir. Précision du traducteur : s’agissant d’une interview, le traducteur a tenu à gommer les hésitations du "parler" pour rendre la lecture un peu plus fluide.

Merci de signaler les erreurs et coquilles car errare humanum est. - Version du 30/3 après quelques corrections signalées par les lecteurs. Merci à eux.

TRANSCRIPTION ORIGINALE EN ANGLAIS
http://www.democracynow.org/2010/3/15/noam_chomsky_on_obamas_foreign_policy

URL de cet article
http://www.legrandsoir.info/Noam-Chomsky-sur-la-politique-etrangere-d-Obama-sur-sa-propre-histoire-et-sur-l-importance-de-faire-entendre-son-opinion.html


1-3 Pascal Sacre : Prix Nobel de la Paix : quand Oslo glorifie le mensonge et la guerre.

"Messieurs, remboursez vos prix Nobel de la paix"

Selon Wikipedia, l’encyclopédie en ligne,

Le prix Nobel de la paix récompense « la personnalité ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix » selon les volontés, définies par testament, d’Alfred Nobel.

Cela comprend la lutte pour la paix, les droits de l’homme, l’aide humanitaire, la liberté.

Ce prix est doté d’un montant de 10 millions de couronnes suédoises, soit un peu plus d’un million d’euros.

Au moment où le philosophe hindou Jiddu Krishnamurti rédigeait dans l’indifférence générale les premières pages de son Journal, Henry Kissinger recevait le prix Nobel de la paix en 1973 « pour l’accord de paix au Viêt-Nam ».

Al Gore décrocha le prix en 2007 en même temps que le GIEC, le Groupe Intergouvernemental d’Experts sur le Climat, et son président, Rajendra Kumar Pachaudri, « pour leurs efforts de collecte et de diffusion des connaissances sur les changements climatiques provoqués par l’Homme et pour avoir posé les fondements pour les mesures nécessaires à la lutte contre ces changements » (1).

Barack Obama est le dernier lauréat connu, élu en 2009, « pour ses efforts extraordinaires afin de renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples » (2).

Dans l’imaginaire du public, le prix Nobel de la paix est censé récompenser des efforts déjà accomplis en faveur de la paix ou de valeurs apparentées (droits de l’Homme, coopération internationale, résolution de conflits, diffusion de connaissances pour le bien de l’Humanité).

Avec Barack Obama, le comité Nobel de la paix de Thorbjørn Jagland a introduit une nouvelle notion, selon eux, celle d’un encouragement, une façon de responsabiliser une personne dotée de moyens et de pouvoirs immenses, pour l’encourager à transformer le monde.

D’une récompense, une reconnaissance pour des efforts accomplis, le prix Nobel de la paix servirait également à encourager de tels efforts, sorte de chèque en blanc.

Beaucoup de gens sont tombés dans le panneau de cette propagande.

Beaucoup de gens ne réalisent pas toute l’importance symbolique d’inverser à ce point nos valeurs, en attribuant à des meurtriers, des guerriers et des imposteurs, un blanc-seing, un prix de la paix doté de plus d’un million d’euros, à une époque où des gens pour lesquels ce prix devrait exister vivent avec moins d’un euro par jour.

Henry Kissinger

Le livre de Christopher Hitchens, « Les crimes de monsieur Kissinger », dévoile le vrai visage de l’ancien chef de la diplomatie américaine, pourtant auréolé du prix Nobel de la paix en 1973.

« Henry Kissinger doit-il être déféré devant le Tribunal international (TPI) de La Haye pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité, et pour conspiration impliquant le meurtre, l’enlèvement et la torture ? Oui, répond clairement l’écrivain, journaliste et essayiste anglais, Christopher Hitchens, à travers une enquête serrée, fondée sur des documents secrets, et récemment déclassifiés par les autorités américaines. On apprend comment le Prix Nobel de la paix de 1973 a cyniquement organisé les bombardements de populations civiles au Laos et au Cambodge, comment il a fait assassiner le général chilien Schneider pour tenter de barrer la route à Allende, comment il a installé le général Pinochet, comment il a soutenu secrètement la tentative d’assassinat de Mgr Makarios à Chypre, comment il a ruiné l’expérience d’un régime démocratique au Bangladesh. En fait, ce livre montre, d’une manière exceptionnelle et précise, comment un pouvoir démocratique comme celui des États-Unis peut organiser des crimes à l’échelle mondiale, et révèle également les vraies motivations d’Henry Kissinger : cynisme, argent, pouvoir... »

Au delà de sa politique qui a fait entre autres des milliers de morts au Vietnam, au Laos et au Cambodge, il y a la vénalité et l’impudence d’un homme milliardaire en dollars. C’est une des révélations, sans doute la plus stupéfiante, du livre de C. Hitchens. On découvre en effet qu’aujourd’hui, à travers sa société "Kissinger Associates", Henry Kissinger vend des armes en Lybie, occupe des dizaines de fauteuils dans des conseils d’administrations basés sur les cinq continents et conseille des régimes connus pour leur corruption. » (Eurasie.net) (3)

Cette histoire nous révèle qu’il y a le monde visible, celui auquel les grands médias écrits et télévisuels nous font croire comme étant la réalité : Henry Kissinger méritant le prix Nobel de la paix, d’ailleurs refusé par son homologue vietnamien, Lê Đức Thọ (4).

Et le monde tel qu’il est, Henry Kissinger méritant en réalité d’être déféré devant le TPI pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Pour rappel, en 2004, Henry Kissinger avait été pressenti par George W Bush pour diriger la commission d’enquête officielle sur le 11 septembre 2001. Cet homme sévit toujours.

Al Gore

Al Gore, prix Nobel de la paix 2007, est un menteur et un imposteur.

Beaucoup de personnes l’ont découvert à l’occasion de son film de science-fiction, écologiste et alarmiste, La Vérité qui dérange (An Inconvenient Truth).

Certains le connaissaient comme le Vice Président de Bill Clinton, et le perdant malheureux des élections étatsuniennes de 2000, face à un autre imposteur, George W Bush (5).

35 erreurs officielles ont été relevées dans son film La Vérité Qui Dérange transformant ce documentaire encensé, montré en exemple dans les écoles, en film de fiction au scénario déplorable (6).

La fiction, contre la réalité, une fois de plus.

Un professeur et la justice britannique ont obtenu que dans les écoles anglaises où le film d’Al Gore était diffusé, soient mis en évidence auprès des enseignants et des élèves, son partisanisme, son caractère endoctrinant, et, plus grave encore, ses plus grandes erreurs : 11 mensonges ("inaccuracies") sont ainsi portés à l’attention des enfants et des professeurs (7).

Al Gore s’est enrichi dans le secteur pétrolier (Occidental Petroleum) (8).

L’hormone de croissance bovine transgénique (rBGH) de Monsanto fut imposée à l’agriculture US en 1993 par la FDA, agence fédérale du médicament. Les OGMs furent imposés de force au peuple des Etats-Unis, sans étiquetage, à la fin de l’année 1992 par la FDA. Mr Al Gore n’a pas remis en question cet état de fait et il fallut l’action en justice d’un juriste pour que la FDA “libère”, en 1999, sur demande expresse du tribunal, plus de 40 000 pages de dossiers archivés confidentiels prouvant que les techniciens et scientifiques de la FDA avaient émis d’innombrables réserves quant à la sécurité sanitaire des OGMs. Le responsable de ce dossier, le célèbre Michael Taylor, les avait bien soigneusement rangés à l’ombre. En 1998, le quartet Clinton – Al Gore – Dan Glickman (ministre de l’agriculture) – William Daley (ministre du commerce) lança une campagne forcenée pour obliger l’Europe à accepter les chimères génétiques.

Margaret Miller, Michael R. Taylor, Mickey Kantor sont des exemples, sous Clinton-Gore, de ce qu’on appelle aux Etats-Unis des revolving doors, des portes tournantes, des personnes qui font des allers et retours entre des organismes publics (FDA, Agence de protection de l’environnement EPA, Secrétariat au Commerce) et des multinationales privées justement censées être contrôlées par ces organismes publics. (Source : OGM, semences de destruction, par William Engdahl, Ed. Jean-Cyrille Godefroy, 2008, pp. 27-33).

Aujourd’hui, Michael R. Taylor, autrefois juriste au service de Monsanto, est redevenu un responsable haut placé de la FDA, sous Barack Obama.

C’est le conflit d’intérêt à l’état brut, qui gangrène toutes les couches de notre société et dont l’existence, le danger, la toxicité, restent largement sous-estimés par les populations, malgré les nombreux documents qui l’attestent.

Sur le site http://www.corpwatch.org/article.ph..., le journaliste Bill Mesler, de Washington, nous dresse un tableau plus complet, et moins radieux, de la personne d’Al Gore, que celui propagé par l’image de son film et de son récent engouement pour l’environnement. Beaucoup de sites écologiques sont tombés dans le piège du bonimenteur Gore. Ces sites devraient lire Bill Mesler.

Erreurs, mensonges délibérés, alarmisme et démagogie (9).

Voilà ce que récompense le comité suédois en octroyant le prix Nobel de la paix à ce « héros » de la duplicité.

Barack Obama

Le sénateur de l’Illinois, devenu président de la plus grande superpuissance mondiale en janvier 2009, prix Nobel de la paix en décembre 2009, s’est dit surpris de cette nomination.

Il en a néanmoins profité, lors de la cérémonie de reprise du prix, pour justifier, glorifier même, la politique guerrière, impérialiste et agressive de son gouvernement et promettre que ce n’était que le début (10).

L’encouragement du mythe du fatalisme d’une humanité imparfaite et bestiale, congénitalement violente, situation désespérée et sans issue, ne pouvait être plus grand en récompensant d’un tel prix un homme tenant ce genre de discours, homme que des millions d’êtres humains ont pourtant investi, au lendemain de son élection, d’un espoir démesuré de changement.

Cela encourage, fige l’idée que l’humain ne peut changer, évoluer, condamné en quelque sorte à ne suivre que ses plus bas instincts.

A Oslo, Barack Obama s’est employé à justifier la guerre, à lui trouver des raisons nobles, des excuses universelles, une légitimité évidente, à en faire rougir Georges W Bush et Dick Cheney.

Pour Mr Obama, l’être humain a toujours été violent et le sera toujours. Il ne comprend que la dissuasion, n’obéit qu’au plus fort.

C’est un peu la fin, l’aboutissement d’un processus de légalisation de la guerre et de la torture dont l’obtention du prix Nobel représente en quelque sorte le point culminant. Quelle ironie que celui censé incarner justement l’espoir et le changement, soit en réalité, avec la complicité du comité Nobel, le fossoyeur de toute évolution potentielle, spirituelle, pour l’humanité.

Pour moi et beaucoup d’autres, cette étape conclut les multiples soubresauts nauséeux de la présidence Bush et transforme ceux-ci en un vomissement devenu impossible à réprimer.

Après les multiples discours hypnotiques du président noir, par sa nobelisation, la rhétorique guerrière voilée de bonnes intentions et de promesses perpétuelles est consacrée, et finit de convaincre les gens désinformés qu’on peut faire à la fois le bien et la guerre.

En arriver là valait bien la dépense des deux milliards de dollars pour son élection (11). Le puissant lobby militaro-industriel peut se frotter les mains, ils ont bien investi. Car c’est bien d’une transformation profonde de la société par une inversion de ses principales valeurs, les plus nobles, les plus humaines, qu’il s’agit.

Barack Obama, et son administration, se sont dits surpris d’un tel honneur (12) mais était-ce encore un mensonge, un de plus ?

Il est intéressant de se pencher sur l’article publié sur le site Voltaire, évoquant les dessous de la nomination Nobel et exposant les liens unissant le président du comité d’attribution, Thorbjørn Jagland, aux collaborateurs d’Obama : Corruption, Le dessous du prix Nobel de la paix 2009 (13).

Vice-président de l’Internationale socialiste, Thorbjørn Jagland est un fervent partisan de l’OTAN et de l’entrée de la Norvège dans l’Union européenne. Il fréquente les élites mondialistes et a participé aux travaux du Council on Foreign Relations, de la Commission trilatérale et du Groupe de Bilderberg. Son bilan politique a été entaché par plusieurs scandales de corruption touchant ses proches, notamment son ami et ministre du Plan Terje Rød Larsen (l’actuel coordinateur de l’ONU pour les négociations au Proche-Orient).

Ce milieu est trouble (liens, connexions, financements, pratiques maffieuses), cette réalité dérangeante est inconnue des gens car non rendue publique, ni dans la grande presse écrite, ni dans les médias télévisuels.

Une série d’articles de journalistes et de chroniqueurs mondiaux, en majorité consultable sur internet, le dernier média encore libre, fait pourtant largement état de cette corruption au sein de gouvernements qui disent incarner le Bien dans la géopolitique mondiale (Axe du Bien), de cette corruption au sein des plus grandes institutions, et des ONG qui servent d’autant de paravents et de chevaux de Troie aux lobbys de la guerre et de la désolation *.

Conclusions.

Kissinger, Gore, Obama.

Criminel (14), menteur (15), guerrier au service de lobbys militaristes et belliqueux (16), prêt à mener une guerre nucléaire préventive (17).

Messieurs, remboursez vos prix Nobel de la paix.

Vous ne le méritez pas, aucun de vous trois, et déshonorez ce prix que d’autres ont vraiment mérité.

C’est à La Haye que vous auriez dû atterrir.

Ou bien, Institut Nobel, supprimez cette célébration qui a perdu sa vocation primaire, récompenser « la personnalité ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix ».

Il ne s’agit bien sûr pas des seuls trois millions d’euros, avec intérêts, bien que ce serait une solide première pierre aux 30 milliards de dollars annuels qui seraient nécessaires à l’éradication de la faim dans le monde (à comparer aux 1200 milliards de dollars en armements mondiaux en 2006, aux 100 milliards de dollars d’aliments gaspillés dans un seul pays bien portant d’Occident, aux 372 milliards de dollars de subventions agricoles dans les pays occidentaux, aux 100 millions de tonnes de céréales transformées en éthanol en 2006, aux 32,6 milliards de dollars versés en 2008 à leurs traders méritants, sous forme de primes bonus par neuf établissements de Wall Street qui, dans le même temps, avaient perçu 175 milliards d’aides publiques, etc) (18).

Comme l’écrivain britannique Orwell le démontre avec brio dans son livre 1984, comme les experts en propagande, Hitler et Goebbels, le savaient bien, le monde, la société humaine, sont avant tout contrôlés par des mots et par le sens commun donné à nos plus hautes valeurs.

La manipulation du langage et des valeurs est la première et la plus efficace des étapes de domination et de perversion de l’homme.

Dénaturer des mots nobles, et les valeurs qu’ils transmettent, en les associant à des menteurs, des guerriers et des imposteurs : tel est l’enjeu.

Faire du meurtrier, du manipulateur, de l’escroc, du corrompu, un héros, une figure emblématique récompensée, un modèle, est la première étape décisive dans le blanchiment d’une dictature et le travestissement de tyrans en exemples.

La perversion de toute la société suit inévitablement.

Pascal SACRE

Référence :

Lire à ce sujet les édifiants livres, très documentés, de Jean Bricmont, Impérialisme Humanitaire, et de Maxime Vivas, La face cachée de Reporters sans Frontières, tous deux aux éditions aden.

Sources :

(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_N...

(2) http://nobelprize.org/nobel_prizes/...

(3) Les crimes de monsieur Kissinger, Christopher Hitchens, Ed Saint-Simon, http://www.bibliomonde.com/livre/cr...

(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A...

(5) Hacking Democracy, la démocratie piratée, http://www.reopen911.info/11-septem...

(6) 35 Inconvenient truths, (en anglais) http://scienceandpublicpolicy.org/m...

(7) Court finds truth inconvenient for Gore (en anglais) : http://planetgore.nationalreview.co...

(8) Albert Gore Jr. : Occidental and Oriental Connections (en anglais) : http://www.opinionjournal.com/extra...

(9) Al Gore l’imposteur, http://www.internationalnews.fr/art...

(10) La doctrine Obama : « Dans une humanité imparfaite, la guerre perpétuelle est de mise » http://www.mondialisation.ca/index....

(11) La victoire d’Obama : une élection présidentielle à 2 milliards de dollars, http://www.politique.net/2008110502...

(12) « Ce matin, en écoutant les nouvelles, ma fille est entrée et m’a dit : “Papa, tu es Prix Nobel de la paix” ». Telle est la touchante histoire que le président des États-Unis a racontée à des journalistes complaisants pour attester qu’il n’avait jamais souhaité cette distinction et en était le premier surpris. Sans chercher plus loin, ceux-ci ont immédiatement titré leurs journaux sur « l’humilité » de l’homme le plus puissant du monde. (« Déclaration de Barack Obama à l’annonce du prix Nobel de la paix 2009 », Réseau Voltaire, 9 octobre 2009.)

(13) http://www.voltairenet.org/article1...

(14) Op.cit., Les crimes de monsieur Kissinger

(15) Op.cit., Al Gore l’imposteur

(16) Les deux visages de Barack Obama, par Bill Van Auken, 16 février 2008 http://www.wsws.org/francais/News/2...

(17) Les Etats-Unis, tandis qu’ils s’engagent à ne pas employer d’armes nucléaires contre les Etats qui ne les possèdent pas et se conforment au Tnp, laissent entendre qu’ils se réservent le droit du first strike (première frappe) pour empêcher qu’un pays comme l’Iran puisse les construire. http://www.mondialisation.ca/index....

(18) Mr Jacques Diouf, Directeur de la FAO, lors de son discours d’introduction au Sommet Mondial de l’Alimentation de novembre 1996, déclara : « Ce budget [celui de la FAO] est pourtant inférieur au coût de 6 jours de nourriture pour chiens et chats dans 9 pays développés et représente moins de 5% des dépenses annuelles en produits amaigrissants effectuées par les habitants d’un seul pays développé, pour combattre l’excès de nourriture ». http://www.enoch.over-blog.com/arti...

6 mai 2010

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