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16/05/2010

n°432 - Les dossiers 'Géopolitique, Réflexion et Stratégie' de l'Afghanistan - 15/05 -: Début :- Les raisons de la guerre des États-Unis en l’Afghanistan.

n°432 - Les  dossiers 'Géopolitique, Réflexion et Stratégie' de l'Afghanistan -  15/05 -: Début  :-   Les raisons de la guerre des États-Unis en l’Afghanistan.


 


                          Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix

                              Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre



Les  dossiers 'Géopolitique, Réflexion et Stratégie' de l'Afghanistan

   n°432                                                                                                                             15/05/10

                   C.De Broeder    &   M.Lemaire                       



Le Dossier " 'Géopolitique, Réflexion et stratégie' de l'Afghanistan " est visible  sur ...

a) Sur nos blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) Sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

 

c) Sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

 

NB : Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :

1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

1-1 “Les guerres de Bush pour le pétrole”.

1-2 Hocine Malti : Politique générale américaine en matière de ressources pétrolières.

1-3 Les raisons de la guerre des États-Unis en l’Afghanistan.

1-4 Volker Bräutigam : Troisième Guerre de l’opium.

1-5 Interview Noam Chomsky sur la politique étrangère d’Obama.

Fin

2 Annexe

2-1 Discours d’Obama le 28 mars à Baghram.

2-2 Dave Lindorff : Mêmes délits, mêmes crimes - Plaidoyer pour la destitution de Barack Obama.

2-3 Pascal Sacre : "Messieurs, remboursez vos prix Nobel de la paix".

2-4 Eva R-sistons : Tout va pour le mieux, dans le meilleur des nouveaux mondes !

2-5 Emrah Kaynak : Le rôle des dissidents dans la stratégie de subversion.



Avant propos

·                    Les militaires américains usent d’un terme générique- Al Qaida- Taliban - pour désigner tous les résistants ...



1  Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

1-1 “Les guerres de Bush pour le pétrole”.

L’article suivant est extrait d’un document étoffé publié sur Algeria-Watch : “Les guerres de Bush pour le pétrole”.

Les préparatifs d’une intervention en Irak ont été amorcés avant même l’investiture de  G. W. Bush à la présidence des Etats-Unis, et non après les attentats du 11 septembre 2001. Les néo-conservateurs parvenus à la Maison Blanche avaient donc déjà planifié l’invasion du pays. Sans plus attendre, la toute première réunion du Conseil National de Sécurité de janvier 2001 abordait le sort réservé à l’Irak.

Afin de mieux cerner le sujet, nous faisons suivre ce document d’une vidéo de l’interview de Paul O’Neill (1) qui fut Secrétaire au Trésor dans l’administration Bush, et de Ron Suskind,(2) ex-Chef du service de politique intérieure du Wall Street Journal, qui délivre les résultats de son enquête au travers de son livre “The Price of Loyalty”. Enfin, nous vous invitons à parcourir un bref historique, néanmoins fort intéressant, des tractations menant à l’invasion de l’Afghanistan.

Posted by Équipe Signes des Temps on April 23, 2010

Reopen911


1-2 Hocine Malti : Politique générale américaine en matière de ressources pétrolières.

Les guerres de Bush pour le pétrole : l’Afghanistan

Cette première partie traitant de la politique générale américaine en matière de ressources pétrolières, et plus particulièrement de l’Afghanistan.

Grande était la déception des participants du rallye Lisbonne - Dakar quand on leur a annoncé, en toute dernière minute, la veille du départ de la capitale portugaise, que l’épreuve était annulée ! Les rêves et les économies des uns, les ambitions et les contrats de sponsoring des autres s’étaient, tout d’un coup, envolés.

Le groupe Amaury, organisateur de la course, déclarait avoir pris cette décision à la demande expresse du ministère français des affaires étrangères, qui avait eu connaissance de menaces de l’organisation terroriste Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), qui projetait de s’attaquer à la caravane lors de la traversée de la Mauritanie. Il rajoutait qu’il n’avait pas obtenu de plus amples informations, car lui avait-on dit, c’était un secret d’Etat.

Il faut croire qu’il devait effectivement s’agir de très grosses menaces, couvertes d’un énorme secret d’Etat, du moment que les efforts et le travail fournis durant toute une année par les organisateurs étaient ainsi sacrifiés, que les millions d’euros engagés pour la préparation de l’épreuve partaient en fumée et que la soif d’aventures de plus de 500 concurrents s’évanouissaient.

Quel pouvait être cet énorme secret d’Etat qui avait fait que l’on avait permis à l’AQMI de remporter une victoire politico-médiatique sans précédent en obtenant l’annulation du plus grand rallye-raid au monde ? Une victoire qui a du certainement rehausser son prestige auprès de nombre de jeunes du monde arabo-musulman et lui valoir probablement des recrues qui ont rejoint ses rangs.

Une autre partie sortait incontestablement vainqueur de cet imbroglio sportif et politique : les Etats-Unis. La thèse qu’ils développent depuis quelques années déjà, selon laquelle le Sahel était devenu une zone de non droit, un nouvel Afghanistan dans lequel allait s’installer Al Qaïda, se trouvait ainsi renforcée ; de même, était confirmé le rôle de gendarme de la région qu’ils se sont attribués au lendemain des attentats du 11 septembre.

En annulant le Dakar, les organisateurs remettaient en lumière les deux partenaires de ce couple infernal, qui n’en demandaient peut être pas tant. Couple infernal, car là où se trouve Al Qaïda, on voit apparaître l’armée américaine, et à l’inverse quand celle-ci débarque quelque part, on voit immédiatement Al Qaïda se manifester. Et comme à chaque fois, pour peu que l’on fouille un petit peu, on retrouve derrière les “affrontements” George W. Bush - Oussama Ben Laden, les énormes intérêts des compagnies pétrolières américaines.

La politique pétrolière de George W. Bush

Moins de deux semaines après son installation, en février 2001, à la Maison Blanche, George W. Bush créait un comité de travail dénommé NEPD Group (National Energy Program Development). Sous la présidence du vice président Dick Cheyney, ce comité était chargé de faire le bilan de la politique et des besoins énergétiques du pays et de proposer un programme de développement du secteur de l’énergie pour les 20 années suivantes.

Aux yeux du pouvoir américain, le bilan fait par le groupe de travail était plus qu’alarmant ; jamais l’Amérique n’avait été autant déficitaire en énergie depuis la décennie 70, marquée par des embargos et par le premier choc pétrolier. Bien que la production nationale en pétrole ait augmenté de près de 40% par rapport à ce qu’elle était à l’époque, il n’en reste pas moins que les Etats-Unis avaient importé, en l’an 2000, 52% de leur consommation depuis l’étranger. Le NEPD prévoyait que si ce rythme de consommation se maintenait, les Américains importeraient deux barils sur trois 20 ans plus tard. Il se profilait donc, pour la première puissance mondiale, une dépendance de plus en plus grande de l’étranger en matière pétrolière.

Le NEPD group en concluait que ce déficit énergétique porterait inévitablement atteinte à l’économie nationale, au standard de vie américain et constituerait un très grave danger pour la sécurité du pays. Le mot était lâché : la sécurité du pays était menacée ! Les néo cons de la Maison Blanche décidèrent alors que tous les moyens, diplomatiques, politiques, économiques, militaires, toutes les voies, pacifiques, violentes, légales, illégales, la guerre, les alliances contre nature, tout devait être mis en œuvre pour remédier à la situation.

Le NEPD proposait de moduler les relations des Etats-Unis avec les pays producteurs de pétrole en fonction de l’état des lieux dans chacun d’entre eux ; il recommandait aussi les lignes générales de la politique à adopter vis-à-vis des grandes régions pétrolifères du monde, qui permettrait aux compagnies pétrolières américaines de s’y installer durablement. Il appartenait alors au Président et à son exécutif de programmer les voies et moyens nécessaires pour aider ces compagnies à pénétrer ces zones et à prévoir les moyens humains et matériels que l’Etat fédéral utiliserait pour protéger leurs intérêts.

Ainsi pour le Moyen Orient, il était prévu d’encourager et soutenir les tentatives d’ouverture à l’investissement étranger des secteurs pétroliers de l’Algérie, du Koweït, d’Oman, du Qatar, des Emirats Arabes Unis et du Yémen. Le résultat anticipé d’une telle démarche était d’aboutir à terme à la privatisation totale de l’industrie pétrolière de ces pays, que les multinationales prennent les choses en mains au détriment des compagnies nationales, ce qui signifiait la disparition de l’OPEP et le retour au système des concessions des années cinquante.

Cette même recommandation d’amélioration du climat pour l’investissement étranger était retenue pour une autre grande région pétrolifère du monde, celle de la mer Caspienne. Il y était programmé la réalisation de certaines infrastructures de transport, dont des oléoducs et des gazoducs nommément cités, qui traverseraient le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie.

L’Afrique est la troisième grande région pétrolifère traitée dans le rapport du group NEPD ; Il y constatait que de par sa qualité et de par sa proximité, le pétrole africain représentait pour les raffineries de la côte Est des Etats-Unis, le meilleur du marché. Le rapport insistait par ailleurs tout particulièrement sur l’importance de certains investissements réalisés par les compagnies pétrolières américaines au Tchad, au Nigeria, au Bénin, au Togo ou au Ghana. Ces deux constatations laissaient prévoir déjà à l’époque ce qui allait se passer plus tard dans la région du Sahel.

L’Afghanistan

Depuis la chute du mur de Berlin et le démantèlement de l’Union soviétique, les compagnies pétrolières américaines se sont ruées sur le nouvel Eldorado représenté par les pays d’Asie centrale, l’Azerbaïdjan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan, le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Tadjikistan, tous extrêmement riches en pétrole et gaz. Leur caractéristique principale est qu’ils sont enclavés ; aussi est-il nécessaire de construire des milliers de kilomètres de gazoducs et d’oléoducs pour transporter le pétrole et le gaz produits jusqu’à des ports d’évacuation en Méditerranée ou dans l’Océan Indien. Par ailleurs, ces pays sont entourés par la Russie au nord, la Chine à l’est et l’Iran à l’ouest, autant de pays considérés ennemis par les Américains et par lesquels ces pipelines ne doivent donc pas transiter ; ne restent plus alors que deux possibilités, l’Afghanistan au sud et la Géorgie à l’ouest.

C’est encore durant les années Clinton que la compagnie pétrolière Union Oil Of California (UNOCAL) avait lancé, en association avec les Saoudiens de Delta Oil, la construction d’un gazoduc destiné à évacuer le gaz produit au Turkménistan vers l’océan Indien à travers l’Afghanistan et le Pakistan. C’est ce que l’on a appelé le Cent Gas Project. A cette date - nous sommes au milieu des années 90 - la guerre civile faisait rage en Afghanistan ; ils étaient plusieurs chefs de guerre, de plusieurs ethnies différentes, à se battre pour la prise du pouvoir après la chute du pouvoir communiste hérité de l’occupation soviétique. Chacun de ces chefs exigeait d’Unocal le paiement d’une dîme pour laisser le chantier de construction traverser sans encombre la portion de territoire qu’il contrôlait.

Unocal avait considéré que de toutes ces milices, seuls les Talibans constituaient une force disciplinée et en mesure d’imposer cette discipline à l’ensemble du pays. De concert avec la CIA, elle décida alors de soutenir l’effort de guerre des Talibans, en leur fournissant de l’argent, des armes et des renseignements ; leur allié, Oussama Ben Laden et son organisation Al Qaïda bénéficièrent de la même assistance. Les Talibans, qui étaient cantonnés jusque là dans une poche autour de Kandahar, lancèrent alors une offensive de grande envergure qui leur permit de battre à plates coutures les Burahuddin Rabbani, Shah Messaoud et autres et à prendre le pouvoir dans tout le pays.

La coopération entre Unocal et les Talibans s’intensifia jusqu’au mois de décembre 1998, quand l’entreprise annonça avoir renoncé à la réalisation du Cent Gas Project. Mais avant d’en arriver là, l’exploitation du gaz du Turkménistan avait eu pour résultat que les Américains avaient financé et renforcé le pouvoir de ceux qu’ils allaient considérer, peu de temps après, comme leurs pires ennemis et auxquels ils allaient faire la guerre. On comprit aussi plus tard, avec l’arrivée de George W. Bush et des pétroliers texans à la Maison Blanche, que le projet Cent Gas n’était nullement abandonné et qu’il ne s’agissait en réalité que d’un report, ce que les nominations à différents hauts postes de responsabilité auxquelles il a procédées et les nombreux évènements survenus après son accession au pouvoir nous ont amplement démontré.

Condoleezza Rice nommée conseillère à la sécurité avant d’accéder au poste de secrétaire d’Etat avait été membre du conseil d’administration d’Unocal. Hamid Karzai, futur chef de l’Etat afghan, chef d’une grande tribu pachtoun, était chargé, au sein d’Unocal des contacts et négociations avec les Talibans. Zalmay Khalilzad, afghan d’origine, qui fut nommé au poste d’ambassadeur à Kaboul, avant d’être transféré plus tard, au même poste, à Bagdad et aux Nations Unies, faisait également partie du staff d’Unocal, où il s’occupait lui aussi de contacts et de négociations avec les Talibans. James Baker qui a eu la responsabilité de nombreux dossiers sensibles sous l’administration de George W. Bush, dont celui du Sahara Occidental, a fait lui aussi partie des nombreuses personnalités ayant travaillé pour Unocal.

Par ailleurs, au sein du groupe de contact d’Unocal avec les Talibans, on trouvait aussi une proche de l’ex roi d’Afghanistan Zaher Shah, Leili Helms, épouse du neveu de Richard Helms, ex patron de la CIA. D’ailleurs, les Talibans avaient leur propre mission diplomatique aux Etats-Unis, dont les bureaux se trouvaient dans le Queens à New York.

Notons aussi que c’est la fameuse société Enron, très proche du clan Bush, qui a entrepris les études de faisabilité du projet Cent Gas et que parmi ses actionnaires, on trouvait celui qui a été six années durant ministre de la défense des Etats-Unis, Donald Rumsfeld, ainsi que le haut représentant d’Etat US au commerce et actuel président de la Banque mondiale, Robert Zoellick. De son côté, le vice président d’Enron, Thomas White a été nommé secrétaire d’état à l’armée par George W. Bush.

Enfin quelques autres menus détails nous démontrent que jusqu’au 11 septembre l’option Cent Gas n’avait pas disparu de l’agenda des affaires, puisque jusqu’à cette date, une liaison téléphonique permanente avec les Talibans avait été maintenue par la division Asie du sud du Bureau de l’intelligence et de la recherche du département d’Etat ; de même, l’assistante du secrétaire d’Etat pour l’Asie du sud et ex officier de la CIA, Christina Rocca, avait rendu plusieurs visites aux représentants diplomatiques des Talibans à Islamabad.

A l’heure qu’il est, le projet est entrain de revivre une seconde vie ; aux dernières nouvelles la Maison Blanche exercerait des pressions sur les Pakistanais pour les pousser à construire un terminal gazier marin d’où serait évacué le gaz du Turkménistan.

Qu’en est-il par ailleurs des relations avec Oussama Ben Laden ? On sait que les relations de la CIA avec les services de renseignements pakistanais, l’Inter-Services-Intelligence (ISI) ont de tous temps été sulfureuses et que celles de l’administration américaine avec le régime de Pervez Musharraf n’ont jamais été non plus très claires. L’ex-première dame du Pakistan, Benazir Bhutto a été assassinée le 27 décembre 2007, après avoir échappée à une première tentative d’assassinat, le jour de son retour d’exil le 18 octobre. Le 2 novembre 2007, elle donnait une interview à la chaine de télévision Al Jazeera, dans laquelle elle disait qu’elle avait informé par écrit le président Pervez Musharraf de ses doutes quant à ceux qui avaient commandité l’attentat raté contre sa personne. Parmi les pistes possibles, elle a cité ce “personnage très important dans la sécurité, un ancien officier militaire impliqué avec le Jaish-e-Mohammed, l’un des groupes de Maulana Azhar ... et impliqué aussi avec Omar Sheikh, l’homme qui a assassiné Oussama Ben Laden”.

Par cette phrase Benazir Bhutto nous remémore un certain nombre de choses que l’on avait quelque peu oubliées. Tout d’abord la mort d’Oussama Ben Laden. Mort assassiné, mort dans un bombardement, mort de sa maladie chronique des reins ? Toutes ces versions ont circulé. Celle de l’ex-première ministre vient s’ajouter à celles de George W. Bush lui-même, de Pervez Musharraf, de Hamid Karzai et du FBI ; certains journaux ont même écrit que ses funérailles sont intervenues le 26 décembre 2001. Cette déclaration nous remémore aussi que de très sérieuses sources avaient, en leur temps, rapporté qu’il avait subi des dialyses rénales dans un hôpital de Peshawar sous la protection de l’ISI et probablement avec l’accord du président pakistanais. Elle nous rappelle enfin qu’il avait effectué un séjour très médiatisé à l’hôpital américain de Dubaï en juillet 2001 et qu’il avait reçu la visite du chef d’antenne locale de la CIA, Larry Mitchell.

En parallèle à toutes ces annonces de sa mort, Oussama Ben Laden s’est manifesté épisodiquement par des enregistrements audio ou vidéo, des manifestations qui ont eu lieu à des moments critiques pour George W. Bush ; on se souvient, entre autres, de son apparition dans un enregistrement vidéo à la veille des dernières élections présidentielles américaines, ce qui avait énormément aidé le président américain pour sa réélection. Benazir Bhutto était une personne respectable et probablement très bien informée ; alors Oussama Ben Laden est-il encore en vie ? Reconnaissons que, pour le moins, c’est un personnage très commode puisqu’on peut le déclarer mort ou le ressusciter selon les besoins et les intérêts du moment ! Quel extraordinaire personnage aussi, puisque les Etats-Unis d’Amérique le déclarent ennemi numéro 1 mais le traitent, tout comme le font d’ailleurs leurs alliés pakistanais, avec les égards dus à un chef d’Etat !

Quant à l’homme que Benazir Bhutto cite dans son interview, qui aurait assassiné Oussama Ben Laden, Ahmed Omar Sheikh, c’est le type même de l’agent de l’ISI, manipulateur et manipulé, qui a collaboré avec la CIA, avec les Talibans, avec Al Qaïda et avec Oussama Ben Laden lui-même. Il est aujourd’hui prouvé que cet homme a viré, sur ordre du directeur de l’ISI de l’époque, le général Mahmoud Ahmed, la somme de 100 000 dollars sur le compte de Mohamed Atta, chef du commando qui a exécuté les attentats du 11 septembre. Certaines sources affirment même que l’ISI seraient derrière ces attentats. Ces informations sont parfaitement connues des services secrets américains.

Tous ces éléments nous amènent à constater, qu’au nom de la recherche de pétrole et de gaz, les Etats-Unis sont disposés à accepter tous les compromis, à fermer les yeux sur tous les coups fourrés, à participer à toutes les manipulations, voire de les orchestrer. Il est tout aussi clair que c’est la position stratégique et géopolitique particulière de l’Afghanistan, entouré de zones riches en pétrole et gaz, qui constitue la véritable raison de la guerre dans ce pays et de son occupation. Depuis 2001 l’Afghanistan n’est rien d’autre qu’un état satellite des Etats-Unis, un état pivot dans la politique d’accaparement des ressources pétrolières de la région, au seul bénéfice de l’Amérique.

Références :

  Where the quest for oil meets the war on terror, par Raffi Khatchadourian
  Afghanistan, the Talibans and the Bush oil team, par Wayne Wadsen
  Why did we invade Irak anyway ? Putting a country in your tank, par Michael Schwartz
  America at war in Macedonia, par Michel Chossudovsky
  Military bases, construction contracts and oil production in North Africa, par Jeremy Keenan
  Enregistrement vidéo de l’interview du 2 novembre 2007 de Benazir Bhutto au canal anglais d’Al Jazeera.

dimanche 6 avril 2008

Hocine Malti - Algeria-Watch  

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=4110


1-3 Les raisons de la guerre des États-Unis en l’Afghanistan.

Voici un bref historique publié sur Alexander’s Gas & Oil Connections, sur les raisons de la guerre des États-Unis en l’Afghanistan :

04-08-08 Question : sur la remarque d’Ahmadi-Nejad disant que les États-Unis ont utilisé le prétexte des attentats du 11 Septembre pour attaquer l’Afghanistan et l’Irak :

Sean McCormack, porte-parole du département d’Etat américain répond : “Eh bien, je n’ai pas lu tous ses commentaires, mais pour le prétexte, nous sommes allés en Afghanistan, car c’est de là que l’attentat est parti.

11 octobre 1996 : les pipelines sont la clé de  “L’une des grandes valeurs du 21e siècle”
Le
Daily Telegraph publie un article intéressant sur la politique des pipelines en Afghanistan.
Derrière les affrontements tribaux qui ont profondément affecté l’Afghanistan se trouve l’une des grandes valeurs du 21ème siècle, les fabuleuses réserves d’énergie de l’Asie centrale…

“Les dépôts sont énormes”, a déclaré un diplomate de la région. “Le Kazakhstan à lui seul pourrait contenir plus de pétrole que l’Arabie saoudite. Le Turkménistan est déjà connu pour ses réserves de gaz classées au cinquième rang mondial.” [Daily Telegraph, 10/11/1996]

4 décembre 1997 : des représentants des taliban visitent Unocal au Texas
Les représentants des taliban sont invités au siège d’Unocal au Texas pour négocier leur soutien pour les pipelines. A l’époque, George W. Bush, le futur président, était gouverneur du Texas. Les taliban semblent consentir à un accord de deux milliards de dollars pour les pipelines, mais ils ne feront affaire que si les États-Unis reconnaissent officiellement le régime taliban. Les taliban rencontrent des officiels des États-Unis. Selon le
Daily Telegraph, “Le gouvernement américain, qui par le passé avait qualifié la politique des taliban contre les femmes et les enfants de méprisable, semble désireux de plaire aux fondamentalistes pour décrocher le contrat lucratif des pipelines.

Selon un correspondant de la BBC régionale : “La proposition de construire un gazoduc à travers l’Afghanistan fait partie d’une course à l’international pour profiter du développement des ressources de la mer Caspienne riche en énergie.” [BBC, 12/4/1997; Daily Telegraph, 12/14/1997]
On a affirmé que les taliban ont rencontré des responsables d’Enron au Texas (conf. 1996-11 septembre 2001).  A l’époque,  Enron, basé au Texas, avait des intérêts financiers importants dans les pipelines (conf.  24 Juin 1996).

Les taliban ont également rendu visite à l’universitaire Thomas Gouttierre, de l’université du Nébraska et consultant pour Unocal, qui a également été rétribué par la CIA pour son travail en Afghanistan (conf. 1984-1994 et décembre 1997). Gouttierre les a emmenés visiter le Mont Rushmore. [Dreyfuss 2005, pp. 328-329]

12 février 1998 : Le Vice président d’Unocal préconise les pipelines afghans devant le Congrès
Le Vice-président d’Unocal, John J. Maresca – devenu plus tard ambassadeur spécial en Afghanistan – témoigne devant la Chambre des représentants que, jusqu’à ce qu’un gouvernement unique, unifié, favorable soit mis en place en Afghanistan, le pipeline trans-afghan ne sera pas construit.
Selon lui, un pipeline à travers l’Afghanistan permettrait de produire dans le bassin de la Caspienne 20% de tout le pétrole hors OPEP dans le monde d’ici 2010. [Congrès américain, 12/2/1998]

Mi-avril 1998:  Les officiels américains rencontrent les taliban; promouvoir les pipelines afghans.
Bill Richardson, ambassadeur américain à l’ONU, rencontre les responsables des taliban à Kaboul. (Toutes ces réunions sont illégales, car les Etats-Unis reconnaissent toujours officiellement le gouvernement que les taliban ont chassé, comme étant le dirigeant légitime de l’Afghanistan.)
Des responsables américains en poste désignent le projet sur le pétrole et les gazoducs comme  “
une fabuleuse opportunité” et sont particulièrement motivés par la perspective “de contourner l’Iran, ce qui offre une autre voie pour les pipelines.” [The Boston Globe, 20/9/2001]
Richardson tente de persuader les taliban de livrer ben Laden aux Etats-Unis, tout en promettant de mettre fin à l’isolement international du régime taliban s’ils coopèrent. [Reeve 1999, p. 195]

21 juillet 2001: Un officiel américain menace les taliban d’une éventuelle action militaire en octobre si (le projet des) pipelines n’est pas poursuivi.
Trois anciens responsables américains, Tom Simons (ancien ambassadeur américain au Pakistan), Karl Inderfurth (ancien sous-secrétaire d’État aux Affaires du Sud asiatique), et Lee Coldren (ex-experts sur l’Asie du Sud au Département d’Etat) se réunissent avec les agents du renseignement pakistanais et russes dans un hôtel à Berlin. [Salon, 16/8/2002] Il s’agit de la troisième conférence non-officielle d’une série appelée “Brainstorming sur l’Afghanistan.”
Les représentants des taliban ont assisté aux précédentes réunions, mais celle-ci a été boycottée en raison de l’aggravation des tensions. Toutefois, l’ISI pakistanais rend compte de la réunion aux taliban. [
The Guardian, 22/9/2001]

Lors de la réunion, Coldren transmet un message des fonctionnaires de Bush. Il dira plus tard: “Je pense qu’il y a eu une discussion sur le fait que les États-Unis ont été tellement dégoûtés par les taliban qu’ils pourraient envisager une action militaire.” [The Guardian,  26/9/2001]
Les comptes rendus varient, mais l’ancien Secrétaire pakistanais aux Affaires étrangères Niaz Naik dira plus tard que de hauts responsables américains à la réunion lui ont raconté que l’action militaire pour renverser les taliban en Afghanistan est prévue “avant que les premières neiges ne commencent à tomber en Afghanistan, vers la mi-octobre au plus tard. ” Le but est de tuer ou de capturer ben Laden et le chef taliban, et e Mollah Omar, de renverser le régime taliban, et d’installer à sa place un gouvernement de transition afghan modéré. La Russie et l’Ouzbékistan participeraient également.

Naik dit aussi: “On pouvait douter que Washington renoncerait à son plan, même si les taliban livraient immédiatement Ben Laden.” [BBC, 18/9/2001]
Une menace particulière est posée lors de cette réunion : les taliban peuvent choisir entre “un tapis de bombes” – l’invasion – ou “un tapis d’or” – les pipelines. [Brisard et Dasquié, 2002, p. 43.]
Naik soutient que la déclaration des “tapis ” est de Tom Simons. Simons affirme : “I
l est possible qu’un espiègle participant américain, après quelques verres, ait pu penser qu’il était malin d’évoquer des tapis d’or et des tapis de bombes. Même les Américains ne peuvent résister à la tentation d’être espiègle.” Naik et les autres participants américains nient le fait que les pipelines aient été sujet à problème lors de la réunion. [Salon, 16/8/2002]

2 août 2001: Dernière tentative pour sécuriser le marché sur les pipelines : des officiels américains rencontrent secrètement l’ambassadeur taliban.
Christina Rocca, directrice des affaires asiatiques au département d’État, rencontre secrètement l’ambassadeur taliban à Islamabad, apparemment dans une dernière tentative pour conclure un marché sur les pipelines. Rocca était précédemment en charge à la CIA des contacts avec les groupes de guérilla islamique; elle a supervisé la livraison de missiles Stinger aux moudjahidin afghans dans les années 1980. [Irish Times, 19/11/2001; Brisard et Dasquié, 2002, pp. 45; Salon, 8/2/2002]
Vers la même époque, les responsables de l’ambassade américaine à Islamabad ont eu des entretiens secrets avec Rasoli Hameed, le chef de la sécurité des taliban.

9 février 2002: Les dirigeants pakistanais et afghans relancent l’idée de pipelines en Afghanistan
Le président pakistanais Pervez Musharraf et l’afghan Hamid Karzaï annoncent leur accord pour “
coopérer dans tous les domaines d’activité“, y compris le projet du gazoduc d’Asie centrale, qu’ils disent être “dans l’intérêt des deux pays.” [Irish Times, 9/2/2002; Gulf News, 2/9/2002]

14 février 2002 : Les bases militaires s’alignent sur la route des pipelines afghane
Le quotidien israélien
Ma’ariv note : “Si l’on regarde la carte des grandes bases américaines créées [durant la guerre en Afghanistan], on est frappé de voir qu’elles sont totalement identiques à l’itinéraire de l’oléoduc projeté vers l’Océan Indien. ”
Ma’ariv précise également  : “
Oussama Ben Laden ne comprenait pas que ses actions servaient les intérêts américains … Si j’étais un partisan de la théorie du complot, je penserais que ben Laden est un agent américain. N’en étant pas , je ne peux que m’étonner de la coïncidence “. [Chicago Tribune, 18/3/2002]

Source: http://truthgonewild.blogspot.com

Traduction apetimedia pour ReOpenNews


Note ReopenNews

Paul O’Neill : appelé par son ami Dick Cheney au poste de Secrétaire au Trésor en janvier 2001, Paul O’Neill a été pendant deux ans au cœur de l’administration Bush. Mais sa liberté de ton, sa réputation de “diseur de vérités” dérangent. En décembre 2002, il est limogé. “Le Président veut que j’annonce publiquement mon désir de retourner à la vie privée. Je n’ai jamais menti pendant tout ce temps et je ne vais pas m’y mettre aujourd’hui. Il peut bien nommer qui il veut… Mais je ne dirai pas que c’est moi qui démissionne.

Ron Suskind :  journaliste américain, R. Sunskind vit à Washington. Chef du service de politique intérieure du Wall Street Journal de 1993 à 2000, il a reçu le prix Pulitzer en 1995.  Aujourd’hui, il collabore au New York Times Magazine et au Esquire Magazine. Source

Ron Suskind est l’auteur de : “The Price of Loyalty“, publié en janvier 2004 chez Simon & Schuster. Ce best-seller a été traduit en français sous le titre Le roman noir de la Maison Blanche par les éditions Saint-Simon, il peut être commandé en ligne. “Plus de dix-neuf mille documents qui, couplés avec les témoignages de Paul O’Neill lui-même et de plusieurs hauts fonctionnaires, permettent au journaliste Ron Suskind de révéler au grand jour les mensonges et les véritables ambitions du gouvernement Bush. En s’appuyant sur des preuves tangibles, ce récit brûlant, qui a déclenché une vive polémique à sa sortie aux États-Unis, décrit dans les moindres détails les coulisses de l’hyper-puissance américaine.”

http://www.futurquantique.org/?p=5198


1-4 Volker Bräutigam : Troisième Guerre de l’opium.

Certains critiques, particulièrement sarcastiques, affirment que la guerre en Afghani­stan est certes sans espoir, mais qu’elle protège pour le moins la culture du pavot à l’Hindou Kouch. C’est ne voir cette culture que comme une conséquence de la guerre alors qu’il apparaît clairement qu’il s’agit d’un des objectifs de guerre des Etats-Unis.
93% de l’opium cultivé dans le monde, servant à la production de morphine et d’héroïne, viennent d’Afghanistan. En 2007, il s’agissait de 8200 tonnes, l’année suivante on en était à 8300; la récolte de l’année dernière fut moindre, du fait d’une mauvaise récolte, il n’existe pas encore de données chiffrées.
Selon les Nations Unies, 95% de l’opium afghan sont transformés en héroïne, donnant ainsi 80 tonnes d’héroïne pure.

Près de la moitié, soit plus de 35 tonnes, fut introduite en 2009 en Russie (selon des sources convergentes de l’ONU et de la police des stupéfiants russe).

On peut supposer – car il n’existe pas de données concrètes – qu’une bonne partie est transportée plus loin, notamment dans les centres urbains de la République populaire de Chine.
Il est donc déposé, rien qu’en Russie, trois fois autant d’héroïne qu’aux Etats-Unis, au Canada et en Europe. Victor Ivanov, directeur du Service fédéral de contrôle de la drogue (en russe: FSKN) déclara au Conseil OTAN-Russie (COR), le 23 mars à Bru­xelles, que le déferlement de drogue venant d’Afghanistan dépasse tout ce qu’on peut imaginer.

Un million de personnes auraient succombé depuis 2001 (lorsque la guerre fut déclenchée et l’Afghanistan occupé par les troupes des Etats-Unis et de l’OTAN) du fait des produits opiacés venant de l’Hindou Kouch. Selon Ivanov: «Toutes les familles sont touchées directement ou indirectement.» 21% de l’héroïne répandue dans le monde, venant d’Afghanistan, ont été déposés sur les marchés noirs de Russie, et malgré tous les efforts entrepris par Moscou, la tendance est croissante.
Si l’on ajoute à ces 21% les données concrètes de l’ONU (production mondiale de 86 tonnes d’héroïne), on peut estimer que les consommateurs russes auraient con­sommé 18 tonnes de drogue, venues de l’héro­ïne – que 17 autres tonnes de l’héroïne pure déversée en Russie auraient été transportées en Chine. On comprend pourquoi Moscou et Péking conclurent, il y a trois ans, un accord de coopération transfrontalière dans la lutte contre le déferlement de drogue. Le com­merce de la drogue menace la santé publique, de même que la stabilité économique et de politique intérieure des deux Etats.
Le directeur du service de la santé russe, Dr Gennadij Onichtchenko, a déclaré qu’en Russie mouraient chaque année, du fait de la consommation de surdoses d’héroïne, entre 30 000 et 40 000 jeunes gens. A cela il fallait ajouter 70 000 décès dus aux maladies collatérales provoquées par une surcon­sommation de drogue (Sida, septicémie, etc.). On estime à 2 millions, voire 2 millions et demi, d’individus des jeunes générations entre 18 et 39 ans étant accrochés à la drogue, 550 000 sont enregistrés officiellement. Chaque année 75 000 nouveaux toxicomanes apparaissent, essentiellement des étudiants et de jeunes diplômés.
Peut-on déjà parler d’une décapitation de l’élite intellectuelle de la Russie? Les toxicomanes russes dépensent chaque année l’équivalent de 17 milliards de dollars pour se procurer de l’héroïne, selon l’agence de presse RIA Novosti. La police a démantelé, rien qu’en mars de cette année, 200 laboratoires servant à préparer l’héroïne pour la vente à ciel ouvert.
Les républiques d’Asie centrale et le Pakistan ont à souffrir des mêmes maux que la Russie. Dans ces pays on assiste à une connexion entre la contrebande de drogue et la dissémination du sida, comme c’est le cas en Iran depuis des décennies.
L’héroïne destinée à la Russie, venant d’Afghanistan, passe par le Tadchikistan ou par l’Ouzbékistan (les deux pays se trouvant sous l’influence des Etats-Unis). On se permet de supposer que les services secrets américains organisent eux-mêmes ce trafic. Il est vrai qu’Ivanov avait proposé au Conseil OTAN-Russie à Bruxelles de faire détruire au moins 25% des surfaces afghanes de cul­ture de l’opium. Cependant, l’OTAN, dominée par les Etats-Unis, refusa. James Appathurai, porte-parole de l’OTAN, s’exprima cyniquement envers les journalistes: «Nous ne pouvons pas anéantir la seule source de revenus pour des gens qui vivent dans le deuxième pays le plus pauvre du monde, alors que nous n’avons pas d’alternative à leur offrir.»
Un mensonge effronté. Les Etats-Unis et leurs vassaux non seulement mènent une «guerre contre le terrorisme» dans l’Hindou Kouch (dans un intérêt géostratégique et en vue de matières premières et de transfert d’énergie), mais en plus ils soutiennent ouvertement les bases de revenus des paysans afghans cultivant le pavot.
Avant la guerre, sous le régime des Résistants, la culture du pavot en Afghanistan était étroitement contrôlée. Le pavot n’était autorisé que comme aliment. Qui le transformait en drogue, et diffusait celle-ci, risquait la peine de mort. La part de vente d’héroïne sur le marché mondial ne dépassait pas les 5%. Cela étant, les paysans afghans n’étaient pas plus pauvres qu’aujourd’hui. Il en alla de même lors de l’attaque soviétique et du gouvernement communiste en Afghanistan, la production de drogue étant réduite à sa plus simple expression. Elle ne prit son élan que lors de la subversion causée par les Etats-Unis (soutien et armement des Moudjahidin du peuple, ce qui donna plus tard les Résistants).
Le marché afghan vendit, l’année der­nière, du pavot pour 3,4 milliards de dollars US (source: J. Mercille de l’Université de Dublin). Les paysans n’en gardèrent que 21%; les 75% restant furent encaissés par les alliés corrompus des Etats-Unis et par l’OTAN: des fonctionnaires gouvernementaux, la police locale, des marchands régionaux et des transitaires. 4% revinrent, comme de bien entendu, aux Résistants, sous l’œil bienveillant de l’OTAN. Car l’ennemi doit être maintenu en vie – dans l’intérêt d’une présence sans faille des Etats-Unis. Comprenne qui pourra!
La Russie en appelle en vain aux décisions de l’ONU, qui contraignent tous les Etats de s’engager contre le marché noir de la drogue. On comprend alors la colère d’Ivanov envers le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, à Bruxelles, l’OTAN s’étant tout simplement refusé d’entreprendre quoi que ce fût contre la culture du pavot en Afghanistan.
Cela rappelle, en plus moderne (menée cette fois-ci par les Etats-Unis), la «Guerre de l’opium», menée dans les mêmes buts que ceux des Anglais lors des première et deuxième Guerres de l’opium (1839–1842 et 1856–1860) contre l’empire chinois de la dynastie des Qing. L’imposition de l’opium à l’Empire du Milieu provoqua, comme on le sait, la désintégration totale de la société chinoise et une instabilité politique à l’intérieur du pays dont le résultat fut la Révolte des Boxers en 1900 – la révolte souhaitée par les Européens leur donnant le prétexte pour l’invasion.
Les Nations Unies pourraient maintenant mettre en route leur mandat FIAS, par lequel ils ont légitimé, après coup, l’intervention de l’OTAN en Afghanistan, afin de renforcer la lutte contre la culture du pavot et d’offrir une véritable alternative par des cultures dans le sens d’une vraie aide dans la reconstruction. Cela contraindrait les forces d’occupation des Etats-Unis et de l’OTAN à faire cesser la production d’opium. Jusqu’à présent on n’a pas vu une telle résolution. Ce qui laisse aussi rêveur.
L’opium, et son dérivé l’héroïne, attaque les êtres humains jusque dans leurs tréfonds génétiques. Comme à l’époque dans l’empire de Chine, cela se passe aujourd’hui en Russie, dans la République populaire de Chine et chez leurs voisins. Washington et l’OTAN utilisent l’arme de la drogue, un poison qui a fait ses preuves, contre leurs deux principaux concurrents, Moscou et Péking. C’est un combat fondamental dans la guerre d’Afghanistan, mais dont on ne parle pour ainsi dire pas ouvertement.    •

Volker Bräutigam

 3 mai
(Traduction Horizons et débats)


1-5 Interview Noam Chomsky sur la politique étrangère d’Obama.

Extrait

AMY GOODMAN : Nous sommes avec le professeur Noam Chomsky que nous avons interviewé au Harvard Memorial Church à Cambridge, Massachusetts. Ma première question porte sur son analyse de la politique étrangère du Président Obama

NOAM CHOMSKY : Lorsqu’Obama a pris ses fonctions, ou lorsqu’il a été élu, un haut fonctionnaire de l’administration Bush – je crois qu’il s’agissait de Condoleezza Rice – a prédit que sa politique étrangère serait dans la continuation de celle du deuxième mandant de Bush. Le deuxième mandat de Bush était différent du premier. Le premier mandat était agressif, arrogant, envers le monde entier, y compris les alliés, et il a produit un effet assez négatif – à cause de sa politique mais aussi à cause de son style – sur le prestige des Etats-Unis, qui est tombé plus bas que jamais auparavant. Ce qui portait atteinte aux intérêts de ceux qui décident de la politique étrangère – les milieux d’affaires et les sociétés privées, les décideurs, etc. Il y a donc eu beaucoup de critiques de leur part au cours du premier mandat. Le deuxième mandant était quelque peu différent. D’abord, les personnages les plus extrémistes ont été débarqués. Rumsfeld, Wolfowitz, quelques autres, ont été envoyés se mettre au vert. Ils n’ont pas pu se débarrasser de Cheney, parce que Cheney était le gouvernement, et ils ne pouvaient pas se débarrasser du gouvernement. Mais beaucoup d’autres sont partis, et la politique est retournée à la norme, une norme plus ou moins centriste. C’est-à-dire qu’on parlait un peu plus de négociations, un peu moins d’agressions, ce genre de choses. Et on a adopté une attitude plus polie envers les alliés. Notre politique n’avait pas vraiment changé, mais elle était devenue plus présentable. C’était ça, la prédiction sur la politique d’Obama. Et c’est bien ce qui est arrivé.

En fait, il y a un exemple pour illustrer ce phénomène. Un peu anachronique, mais je crois qu’il s’applique. En 1962, au moment de la crise des missiles à Cuba, lorsque le monde a dangereusement frôlé le bord du précipice – le moment le plus dangereux de l’Histoire a dit Arthur Schlesinger, conseiller de Kennedy – au summum de la crise des missiles, les décideurs US envisageaient de prendre des mesures qu’ils savaient pouvaient détruire l’Europe, et la Grande-Bretagne en particulier. Ils étaient là, le plus sérieusement du monde, en train d’échafauder des scénarios qui se concluaient par la destruction de la Grande-Bretagne. En fait, non seulement ils prenaient ça au sérieux, mais ils prenaient même des mesures qui poussaient dans ce sens. Mais ils se sont bien gardés de le dire à la Grande-Bretagne. La Grande-Bretagne est censée entretenir une relation spéciale avec les Etats-Unis. Les Britanniques à l’époque étaient plutôt mécontents parce qu’ils n’arrivaient pas à savoir ce qui se tramait. Tout ce que le premier Ministre, MacMillan, arrivait à savoir, c’était ce que ses services de renseignement lui transmettaient. On en était donc là, avec l’élite parmi l’élite du pays qui dressait des plans qui pouvaient aboutir à la destruction de la Grande-Bretagne, sans les tenir informés.

C’est à ce stade qu’un haut conseiller de l’administration Kennedy – je crois qu’il s’agissait de Dean Acheson – est entré dans la discussion, et il a précisé la notion de « relation spéciale ». Il a dit que la relation spéciale avec la Grande-Bretagne signifiait que la Grande-Bretagne était notre lieutenant ; le terme de rigueur est « partenaire ». Et les Britanniques, bien sûr, aiment bien entendre ce mot. Eh bien, c’est ça la différence entre Bush et Obama. Bush leur disait simplement « vous êtes notre lieutenant. Si vous ne faites pas ce que l’on vous dit de faire, vous n’êtes plus utiles ». En fait, ce sont les termes que Colin Powell a employés à l’ONU, je crois. « Faites ce que nous vous disons de faire. Vous n’êtes que notre lieutenant, sinon oubliez... » C’est quelque chose de désagréable à entendre. On préfère entendre « vous êtes notre partenaire. » Vous savez, dans genre « je vous aime ». Ensuite, discrètement, en coulisses, nous les traitons comme des lieutenants, mais ce n’est pas grave. Je pense que c’est là que réside la différence principale.

AMY GOODMAN : Et l’Afghanistan ?

NOAM CHOMSKY : L’Afghanistan est un cas intéressant. Cette guerre nous a été vendue comme une riposte – « juste », mais toutes les guerres sont « justes » - pour combattre le terrorisme, comme une riposte à une attaque terroriste. Cette idée est tellement ancrée qu’il me faudrait plus de temps pour en parler. L’important ici est que ce n’était pas là le véritable objectif de cette guerre.

Si l’objectif de cette guerre était d’isoler Al Qaeda, d’éradiquer le terrorisme, il y avait des moyens plus directs pour y arriver. Si vous retournez dans le passé, le mouvement djihadiste était très critique envers les attaques du 11 Septembre. Des fatwas étaient prononcés par les religieux les plus radicaux, de l’université Al Azhar par exemple, le principal centre théologique, qui condamnaient Al-Qaeda, Oussama Ben Laden et les attaques terroristes. Ils disaient que ce n’était pas musulman, qu’ils n’auraient jamais fait une chose pareille, etc. Alors, si on voulait réellement éradiquer le terrorisme, la chose la plus évidente à faire aurait été d’isoler Al-Qaeda, de tenter de gagner du soutien, y compris celui du mouvement djihadiste, et bien sûr celui de la population qu’ils essaient de mobiliser. Vous savez, les terroristes se voient comme une sorte d’avant-garde. Ils essaient de mobiliser les gens à leur cause. Tous les spécialistes du terrorisme le savent. On aurait donc pu le faire à ce moment-là, et on aurait pu procéder à l’identification des coupables ce qui, soi-dit en passant, était impossible parce qu’ils n’en savaient rien, chose qu’ils ont admis après coup. Mais ils auraient pu essayer de les identifier, les présenter à la justice – avec de vrais procès, sans tortures – ce qui aurait fortement réduit, sinon éradiqué, le terrorisme islamique.

Eh bien, ils ont fait tout le contraire. Ce qu’ils ont essayé de faire, c’est de mobiliser la population et le mouvement djihadiste en faveur d’Al-Qaeda. C’est exactement l’effet produit par l’invasion de l’Afghanistan suivie plus tard par celle de l’Irak. C’est aussi l’effet produit par Guantanamo et Bagram et d’autres centres de torture. Tous ceux qui y ont participé savent parfaitement qu’ils ont crée des terroristes.

AMY GOODMAN : Pensez-vous qu’Obama devrait faire juger les prisonniers de Guantanamo à New-York ?

NOAM CHOMSKY : Ca dépend si vous voulez faire partie des pays civilisés ou être un état voyou. Si vous voulez être un état voyou, faites ce qui vous plait. Vous pouvez torturer, tuer, tout ce que vous voulez. Si vous voulez faire partie du monde civilisé, et si vous voulez diminuer l’attrait du mouvement djihadiste extrémiste, alors faites les juger par des tribunaux civils.

En fait, le fait même qu’ils se trouvent à Guantanamo constitue un scandale. Cest quoi, Guantanamo ? Guantanamo a été volé à Cuba par la force des armes, il y a un siècle. Ils ont dit « donnez-nous Guantanamo, sinon… ». Cuba était alors sous occupation militaire. Ils appellent ça un traité, et le traité de Guantanamo, si vous voulez l’appeler ainsi, autorisait les Etats-Unis à l’utiliser comme base navale. Mais ce n’est pas à ça qu’elle sert. Elle a d’abord servi pour parquer les réfugiés haïtiens. Lorsque les haïtiens fuyaient les dictatures soutenues par les Etats-Unis, les Etats-Unis leur refusaient l’asile politique. On disait qu’ils n’étaient que des réfugiés économiques. Les gardes-côtes tentaient de les intercepter, et si certains arrivaient à passer, on les envoyait à Guantanamo. Voilà à quoi servait cette base.

En fait, la base sert à fabriquer des terroristes. Ce n’est pas mon opinion, c’est l’opinion de ceux qui y ont mené les interrogatoires, comme Matthew Alexander, qui a écrit un article à ce sujet. Il a dit que c’était un moyen très efficace pour fabriquer des terroristes. Un moyen qui inspire, qui transforme beaucoup de gens en terroristes, notamment ceux qui ont été arrêtés quelque part pour une raison quelconque.

Alors oui, si vous le voulez vraiment, si votre objectif est de réduire la menace du, disons, terrorisme islamiste, et si vous voulez faire partie du monde civilisé, vous devez les juger devant un tribunal civil. Mais la plupart de ceux qui sont à Guantanamo… c’est vraiment scandaleux... on y trouve des gamins de quinze ans qui ont été arrêtés parce qu’ils portaient un fusil au moment où le gouvernement des Etats-Unis envahissait leur pays. C’est ce qu’on appelle un terroriste. Et c’est probablement le cas pour l’écrasante majorité des prisonniers à Guantanamo. Si le but était d’être civilisé et de réduire la menace terroriste, on aurait du les enfermer dans une prison aux Etats-Unis. Ce n’est pas un problème de sécurité. Ils ne vont pas s’évader d’une prison de haute sécurité, et ils n’ont pas de pouvoirs magiques pour aller répandre un poison ou je ne sais quoi. Evidemment, une telle option n’arrangeait pas le gouvernement des Etats-Unis parce qu’il n’avait pas de preuves contre eux.

Ils ont été envoyés à Guantanamo avec l’idée de les soustraire aux droits garantis par les lois américaines. Vous pouvez toujours faire semblant qu’ils n’étaient pas sous la juridiction des Etats-Unis, et que les lois américaines ne s’appliquaient donc dans leur cas. Finalement, la Cour Suprême, après de longues hésitations, a fini par concéder qu’ils avaient bien des droits. L’administration Bush a accepté la décision. Pas Obama. L’administration Obama tente actuellement de faire annuler un jugement rendu par un juge de droite, nommé par Bush, qui a dit que la décision de la Cour Suprême s’appliquait aussi à la prison de Bagram, le centre de torture en Afghanistan. L’administration Obama tente de contrer ce jugement, ce qui signifie que la décision de la Cour Suprême n’est qu’une farce. Si vous voulez torturer quelqu’un, ne l’envoyez pas à Guantanamo parce que la Cour Suprême a déclaré qu’on ne pouvait pas torturer à Guantanamo ; alors vous l’envoyez à Bagram. Alors si vous arrêtez quelqu’un au Yémen, ou n’importe où, et que vous voulez le soustraire au droit international, au droit US par la même occasion, OK, pas de problème, envoyez-le à Bagram. C’est ça la position officielle de l’administration Obama.

C’est pour ces raisons que même les plus virulents spécialistes de l’anti-terrorisme, comme Michael Scheuer, disent que les meilleurs alliés d’Al Qaeda et d’Oussama Ben Laden sont les Etats-Unis, parce que nous faisons exactement ce qu’ils veulent que nous fassions. Ce qu’ils veulent, c’est vendre leur croisade au monde musulman, en disant qu’il y a des types qui cherchent à les tuer et qu’ils faut se défendre. Oui, vraiment, nous faisons tout ce qu’ils demandent.

NOAM CHOMSKY
interviewé par
AMY GOODMAN

Traduction VD pour le Grand Soir. Précision du traducteur : s’agissant d’une interview, le traducteur a tenu à gommer les hésitations du "parler" pour rendre la lecture un peu plus fluide. Merci de signaler les erreurs et coquilles car errare humanum est.

TRANSCRIPTION ORIGINALE EN ANGLAIS
http://www.democracynow.org/2010/3/15/noam_chomsky_on_obamas_foreign_policy

URL de cet article
http://www.legrandsoir.info/Noam-Chomsky-sur-la-politique-etrangere-d-Obama-sur-sa-propre-histoire-et-sur-l-importance-de-faire-entendre-son-opinion.html


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