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19/05/2010

n°42 - Géopolitique & stratégie d'Iran - 18-06 - : Suite :- La stratégie de l'Occident pour renverser le régime peut-elle réussir ?

n°42 - Géopolitique & stratégie d'Iran - 18-06  - : Suite  :- La stratégie de l'Occident pour renverser le régime peut-elle réussir ?


Géopolitique & stratégie d'Iran

                                                           n°42 du 18-06                                     C.De Broeder & M.Lemaire



Le dossier « Géopolitique et Stratégie d’Iran » est visible sur les blogs :

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Eva Resis  :  no-war.over-blog.com

c) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

NB : Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Sommaire :  

1-3 Nucléaire : pas de politique américaine pour contrecarrer l’Iran ?

1 Selon Gates, les Etats-Unis n’ont pas de politique pour contrecarrer l’Iran...

2 Moscou refuse son soutien au document final de la conférence à Téhéran.

3 Hassan Moali : Medvedev avertit l’Iran et qualifie le manque de coopération iranien d’«irresponsable »

4 Deepti Choubey : «L’échec des négociations avec l’Iran aura de graves conséquences au Moyen-Orient ».

1-4 Eva R-sistons : La guerre mondiale bientôt ? Elle est inscrite dans la crise... de l'endettement !

1-5 Thierry Meyssan : Basculement stratégique au Proche-Orient.

 



1-3 Nucléaire : pas de politique américaine pour contrecarrer l’Iran ?

"Les États possédant l’arme nucléaire, ceux qui l’ont utilisée ou ceux qui ont menacé de l’utiliser devraient être suspendus de l’Agence internationale de l’Energie atomique (AIEA).", affirmait M. Ahmadinejad lors de la Conférence de Téhéran sur le nucléaire le 17 avril 2010.

Pour le président iranien, le Traité de non-prolifération nucléaire devrait être révisé par les pays indépendants dépourvus de ce genre d’armement.

Toujours à propos du nucléaire, demandant à ce que la structure du Conseil de sécurité de l’ONU soit réformée, il ajoutait : "Un jour, la justice, la paix et la sécurité  seront instaurées dans le monde entier grâce aux efforts d’hommes justes et parfaits, et l’arrogance n’y aura aucune place …"

Puis, M. Mehmanparast, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a récemment annoncé sur Al-Jazeera que l’Iran poursuivait son programme nucléaire, sans omettre de préciser que les Etats-Unis menaçaient  son pays de sanctions depuis trente ans, donc bien avant le lancement même de ce programme. "Même si nous parvenions à un accord avec Washington, ils ouvriraient un nouveau dossier."

Quant aux Etats-Unis, le dossier sur le nucléaire iranien est bel et bien ouvert et la diabolisation contre l’Iran fait son oeuvre à l’international bon gré, mal gré.

Mais, comme nous l’apprend le New York Times, Washington  s’interroge sur la politique à adopter pour contrecarrer l’Iran si les tractations diplomatiques venaient à échouer. Stratège reconnu dans son cercle, le Secrétaire à la Defense, Robert M. Gates, fort préoccupé, prévient la Maison Blanche dans un mémorandum de trois pages, que les Etats-Unis n’ont pas de politique réellement élaborée. Fâcheux, car selon leurs prévisions, l’Iran serait capable d’envoyer une bombe sur les Etats-Unis d’ici 2015.


1 Selon Gates, les Etats-Unis n’ont pas de politique pour contrecarrer l’Iran...

Par David E.SANGER et THOM SHANKER, paru dans le New York Times

Publié le 17 avril 2010

Selon les responsables gouvernementaux connaissant le dossier, le Secrétaire à la Defense Robert M. Gates a averti les officiels de la  Maison-Blanche via un mémorandum secret de trois pages que les États-Unis n’ont pas de politique efficace à long terme pour faire face à l’évolution du potentiel nucléaire iranien.

Selon plusieurs officiels, les analyses hautement classifiées rédigées en janvier pour le conseiller à la sécurité du Président Obama, le Général James L. Jones, sont arrivées tandis que le Pentagone, la Maison Blanche et les services de renseignement travaillaient  à développer de nouvelles options pour M. Obama. Il s’agissait d’une série d’alternatives militaires, encore à un stade de développement, à employer si la diplomatie et les sanctions pour obliger l’Iran à changer de cap venaient à échouer.

Les fonctionnaires ayant connaissance de la note auraient uniquement évoqué la stratégie et  la politique, et non, apparemment, les sanctions concernant les opérations secrètes contre l’Iran ou la façon de négocier avec les alliés du Golfe Persique.

Un haut fonctionnaire qui, comme d’autres, en raison du caractère sensible de la note a parlé sous réserve de l’anonymat, a décrit ce document comme étant "un avertissement sans frais." Mais les officiels de la Maison Blanche ne sont pas d’accord sur ce point. Ils insistent sur le fait que durant 15 mois, ils ont mené des plans détaillés envisageant toutes les éventualités sur le programme nucléaire iranien.

Vendredi, lors d’une interview, le Général Jones a refusé de parler de la note. Toutefois, il a dit : "Concernant l’Iran, on fait ce qu’on a dit qu’on allait faire. Le fait que l’on ne révèle pas au monde toute notre stratégie ne veut pas dire que nous n’avons pas de stratégie pour anticiper sur tout le panel des risques – nous le faisons."

Mais dans sa note, M. Gates a abordé plusieurs sujets, notamment l’absence d’une stratégie efficace que l’Iran pourrait adopter et que plusieurs gouvernements et analystes extérieurs considèrent ainsi : l’Iran pourrait assembler les pièces essentielles à une arme nucléaire – le combustible, les plans et les détonateurs – mais ne pourrait aller jusqu’à assembler une arme totalement opérationnelle.

Dans ce cas, l’Iran pourrait rester signataire du Traité de Non-prolifération Nucléaire tout en devenant ce que les stratèges appellent un Etat à l’armement nucléaire "virtuel."

Selon plusieurs fonctionnaires, la note appelle également à réfléchir sur la façon dont les Etats-Unis pourraient contenir la puissance de l’Iran si celui ci décidait de produire une arme, et sur la manière de gérer l’éventuelle obtention du combustible ou des armes par des groupes terroristes que l’Iran a soutenus, ce qui pour les officiels, est moins probable.

M. Gates n’a jamais mentionné la note en public. Son porte-parole, Geoff Morrell, a refusé de commenter les détails du document, mais a publié une déclaration le samedi, disant : " Le secrétaire estime que le président et son équipe de sécurité nationale ont dépensé énormément d’efforts et de temps pour envisager et préparer le panel complet des éventualités à l’égard de l’Iran.

Poursuivant sur les phrases jusqu’alors ambiguës de l’administration – jusqu’ à quel point les Etats-Unis seraient prêts à autoriser le programme de l’Iran – un haut fonctionnaire a décrit la semaine dernière de façon un peu plus explicite qu’il y a une ligne que l’Iran ne serait pas autorisé à franchir.

Le fonctionnaire a déclaré que les Etats-Unis devraient s’assurer que l’Iran ne puisse "acquérir une capacité nucléaire", une étape à laquelle Téhéran pourrait bien parvenir avant de développer une arme sophistiquée. "Cela inclut la possibilité d’une rupture", a-t-il dit, employant un terme  de spécialistes en nucléaire, s’appliquant à un pays qui renonce tout à coup au Traité de non prolifération, et utilisant sa technologie pour élaborer un petit arsenal.

Deux semaines avant environ, dans une interview du New York Times,  on avait demandé à Mr Obama s’il faisait la différence entre la capacité nucléaire de l’Iran et (les pays) qui avaient une arme totalement développée. "Je ne vais pas analyser cela maintenant" a t-il dit. 

Mais il a noté que la Corée du Nord avait été considérée comme un État à potentiel nucléaire jusqu’à ce qu’elle ait rejeté les inspecteurs et, comme il l’a dit, "soit devenue un  État nucléaire auto-proclamé."

M. Gates, préoccupé, a fait allusion aux agences de renseignements qui pourraient passer à côté du signal indiquant que l’Iran a atteint la dernière étape de production d’une arme. Dimanche dernier, au journal télévisé "Meet the Press" de la NBC, il disait : " Si leur politique consiste à aller jusqu’à franchir le seuil, mais sans assembler d’arme nucléaire, comment peut-on dire qu’ils ne l’ont pas assemblée ? Je ne sais vraiment pas comment on pourrait le vérifier." Mais il a prévenu que l’Iran a rencontré des difficultés de production, disant : " ça va lentement, plus lentement qu’ils ne l’espéraient; mais ils vont dans cette direction."

M. Gates a tenu un rôle crucial dans la présentation de la stratégie de l’administration; on le connait dans sa carrière pour ses avertissements sévères sur de possibles surprises stratégiques.

Pour certains fonctionnaires, sa note devrait être vue sous cet angle : tel un avertissement pour prévenir un président relativement nouveau que les Etats-Unis ne sont pas suffisamment préparés.

Il a écrit cette note après que l’Iran ait laissé passer le délai de 2009 fixé par M. Obama pour répondre à son offre d’engagement diplomatique.

Ce processus tout comme les efforts visant à porter de nouvelles sanctions contre l’Iran ont été débattues. Les fonctionnaires de l’administration espéraient que les révélations de M. Obama en septembre, disant que l’Iran construisait une nouvelle centrale d’uranium enrichi dans une montagne près de Qom, stimuleraient d’autres nations contre l’Iran, mais les réactions ont été moindres.

Les trois mois suivants ont été consacrés à ce qui s’est révélé être des pourparlers diplomatiques infructueux avec l’Iran concernant le changement d’une grande partie de son uranium faiblement enrichi en combustible pour un réacteur médical à Téhéran. Les négociations échouaient au moment où Mr Gates rédigeait sa note.

La note de M. Gates semble refléter les préoccupations du Pentagone et des militaires sur le fait que la Maison Blanche n’ait pas d’alternatives suffisamment bien préparées au cas où toutes les mesures diplomatiques viendraient à échouer. De son côté, l’Amiral Mike Mullen, Président du Comité des chefs d’Etat-major interarmes, a écrit "une notice d’information pour la présidence" à l’intention de son équipe en décembre pour véhiculer un sentiment d’urgence sur la planification des contingences. Il a prévenu qu’une attaque militaire aurait des "résultats limités", mais il n’a fourni aucun avertissement sur les carences de la politique.

"Si le Président fait appelle à des options militaires, nous devons les tenir prêtes," écrit l’Amiral.

Les responsables de l’administration, témoignant devant un comité sénatorial la semaine dernière, ont clairement indiqué que les préparatifs étaient en cours. Ce qu’a fait le Général Jones, disant dans l’interview :  "Le Président a clairement fait savoir dès le commencement de cette administration que nous devions être prêts à toute éventualité." "C’est ce que nous avons fait dès le premier jour, parvenant à constituer une coalition des nations pour isoler l’Iran et la presser de tenir ses obligations."

Durant la même audience devant la commission sénatoriale des forces armées, le lieutenant-général Ronald L. Burgess Jr., directeur de la Defense Intelligence Agency, le général James E. Cartwright, le vice-président du Joint Chiefs of Staff et l’un des officiers militaires les plus expérimentés sur les questions nucléaires ont déclaré que l’Iran pourrait produire du combustible de la catégorie d’une bombe pour au moins une arme nucléaire d’ici un an, mais que deux à cinq ans lui seraient probablement nécessaires pour fabriquer une bombe atomique viable.

L’administration a intensifié les efforts pour contenir l’influence de l’Iran et contrer ses missiles, y compris par la mise en place de batteries anti-missiles Patriot, le plus souvent gérées par les Américains, dans plusieurs États à travers le Golfe Persique. Le Pentagone va également de l’avant avec un plan de defense antimissile régional qui reconfigure l’architecture héritée de l’administration Bush afin de répondre plus rapidement aux intercepteurs sur terre et sur mer.

apetimedia

Published on avril 21, 2010

Traduction apetimedia pour ReOpenNews 

En lien avec l’article Vidéo (V.O.) :

Interview de John Bolton par Fox News à propos de la note de  M. Gates : Stopping the Iranian Threat  / Fox News

Une interview radiophonique de Michel Muller, écrivain et journaliste français, spécialiste des questions internationales : le rôle et la place de l’Iran au Moyen-Orient et le nucléaire iranien / French.irib.ir

Le Général James L. Jones témoigne de l’amitié franco-américaine –

Des sanctions contre l’Iran avant la fin d’avril  / france24.com

Les dernières informations sur le programme nucléaire Iranien /

The Latest on Iran’s Nuclear Program / nytimes.com

Téhéran revendique le droit à l’énergie nucléaire civile / Le Monde diplomatique

Pogramme nucléaire Iranien / Armes de destruction massive en Iran / Wikipedia

France Diplomatie /  Question nucléaire / diplomatie.gouv.fr

http://www.reopen911.info/News/2010/04/21/nucleaire-pas-de-politique-americaine-pour-contrecarrer-liran/


2 Moscou refuse son soutien au document final de la conférence à Téhéran.
La Russie ne soutient pas le document rédigé à l'issue de la conférence internationale de Téhéran sur le désarmement et la non-prolifération nucléaire, a déclaré vendredi devant les journalistes à Moscou le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Andreï Nesterenko.
"Nous ne considérons le document final de la conférence sur le désarmement et la non-prolifération à Téhéran, préparé par la partie iranienne, que comme résumé de son président qui n'exprime que son avis personnel. Ce document n'a pas été examiné par les participants du forum et n'a pas été soumis à leur approbation", a indiqué le diplomate.
La Russie confirme que les discussions à la conférence ont été fructueuses, mais refuse de soutenir le document en question.
Des représentants d'une soixantaine de pays ont assisté à la conférence sur le désarmement nucléaire à Téhéran les 17 et 18 avril derniers qui avait pour thème "l'énergie nucléaire pour tous, des armes atomiques pour personne".
La Russie y a été représentée par son vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Riabkov.
La discussion lors du forum a porté sur un large éventail de mesures pratiques appelées à définir la menace de la prolifération et sur des moyens d'atteindre un monde sans armes nucléaires.

23 avril

http://fr.rian.ru/world/20100423/186540570.html


3 Hassan Moali : Medvedev avertit l’Iran et qualifie le manque de coopération iranien d’« irresponsable »

extrait

Ce retour de Moscou au « droit chemin » américain a évidemment fait plaisir outre-Atlantique.

L’ours blanc semble bien apprivoisé.
Le président russe, si diplomate jusque-là avec son allié Ahmadinejad dans le dossier du nucléaire, n’en peut manifestement plus.

Ses dernières accointances avec Barack Obama y sont sans doute pour quelque chose. Lentement et par doses homéopathiques, Dmitri Medvedev s’aligne progressivement sur la ligne d’attaque de ses partenaires du Conseil de sécurité, moins la Chine.

Hier, le jeune président russe qui a déjà avoué son admiration pour son « ami » Obama, a haussé le ton en direction des dirigeants iraniens qu’il a qualifiés crûment d’« irresponsables ».
Pour un président russe, c’est une première. Cela risque même de froisser son « co-président » Poutine, qui ne se laisse pas dicter la conduite à tenir à l’égard de ses partenaires arabes et musulmans.

Pis encore, Poutine ne cache pas sa sainte méfiance vis-à-vis des Etats-Unis.

Medvedev lui, a franchi la ligne rouge : « Jusqu’à présent, l’Iran n’a pas fait montre de la compréhension voulue et continue à se comporter d’une manière irresponsable », a-t-il déclaré à une radio du Danemark, où il entame une visite d’Etat de deux jours. Plus menaçant, le président Russe a précisé que « Si l’Iran persiste dans cette attitude alors, de notre côté, nous n’excluons rien, y compris des sanctions. » « Il est clair que les sanctions sont, par nature, mauvaises et sont rarement efficaces.
Cependant, lorsque tous les autres moyens sont épuisés, nous n’avons pas d’autre choix », a-t-il souligné. Voilà qui confirme la réddition de
la Russie au club des sanctions contre l’Iran et qui conforte l’éventualité d’une résolution contraignante. Et ce retour de Moscou au « droit chemin » a évidemment fait plaisir outre-Atlantique. Pour cause, l’ours blanc semble bien apprivoisé. Le département d’Etat américain s’était déclaré, lundi, satisfait de sa coopération avec la Russie sur l’Iran qu’il a qualifiée de « constructive et efficace ».
L’ours blanc apprivoisé
Les positions de Washington et de Moscou sur le dossier nucléaire iranien n’ont jamais été aussi proches, selon la diplomatie américaine. « Les dirigeants russes ont réaffirmé leur volonté de travailler activement, dans le cadre du Conseil de sécurité de l’Onu, sur la nouvelle résolution américaine relative au programme nucléaire iranien », avait déclaré le sous-secrétaire d’Etat américain, Daniel Russell. Selon lui,
la Russie a fait preuve d’un « sens des responsabilités et a adopté une position constructive et efficace ». Eh oui, à Washington, quand une grande puissance déclare l’Iran « irresponsable », elle est fait forcément preuve de responsabilité et à droit à de la respectabilité de l’oncle Sam. Le couple Obama-Medvedev semble uni pour le meilleur (sanctionner l’Iran) et contre le pire (réduction des arsenaux nucléaires). Ahmadinejad devrait désormais se contenter de l’amitié de Lula et Ho-Jintao pour espérer bomber encore le torse.
Hassan Moali

28 avril

http://www.elwatan.com/Il-a-qualifie-son-manque-de 


4 Deepti Choubey : « L’échec des négociations avec l’Iran aura de graves conséquences au Moyen-Orient ».
Deepti Choubey : Experte en non-prolifération nucléaire et en désarmement,

Elle analyse les résultats du sommet de Washington sur la sécurité nucléaire, où l’Iran était en ligne de mire.
Al-ahram hebdo :
Le président Barack Obama est à la recherche d’une interdiction totale de tout usage commercial de l’uranium hautement enrichi. A quel point cet objectif ambitieux est-il réalisable ? Pensez-vous que le sommet sur la sécurité nucléaire a pu faire avancer les choses ?
Deepti Choubey : Le sommet sur la sécurité nucléaire a réussi dans le sens où il est parvenu à trouver un terrain commun d’entente non seulement sur la signification de la menace en provenance des divers pays, mais également sur les moyens d’engager une action commune contre ces menaces. Que les objectifs du sommet soient accomplis ou non dans le délai de quatre ans fixés par les participants à la rencontre, il est toujours préférable de fixer une date butoir, afin que les pays se sentent engagés à respecter leurs engagements. La tenue d’un second sommet en 2012 aiderait les pays à continuer sur cette même voie, afin qu’ils soient capables de faire état de leur progrès et d’identifier les efforts encore à accomplir.
— La récente déclaration émise par la conférence de Washington sur l’uranium ne peut être effective sauf si les Etats non signataires du Traité de Non-Prolifération nucléaire (TNP) acceptent de placer leurs installations nucléaires sous surveillance internationale.

Comment voyez-vous cette faiblesse du sommet de Washington ?
— L’Iran dispose actuellement d’une très petite quantité d’uranium enrichi. Le faible niveau d’enrichissement de cet uranium est à utiliser dans les réacteurs et n’est pas destiné à la fabrication d’armes atomiques.
La Corée du Nord, quant à elle, a annoncé qu’elle était sur le point d’achever un programme d’enrichissement d’uranium qui, selon Pyong Yang, est destiné à faire fonctionner un réacteur nucléaire à eau légère. Il est pourtant difficile de savoir s’ils ont effectivement en leur possession de l’uranium enrichi du passé ou bien s’ils s’adonnent à des activités courantes pour en avoir. Avec le temps, il serait important d’avoir une meilleure surveillance de ces matériaux. Mais pour le moment, ceci n’est absolument pas vital pour la déclaration globale émise par la conférence de Washington.
— Comment voyez-vous l’évolution de l’actuel bras de fer entre l’Occident et l’Iran autour de son programme nucléaire ?
— Les principales grandes puissances déploient un énorme effort pour faire passer un message à l’Iran, l’appelant à modifier sa position afin de rétablir la confiance avec la communauté internationale. Si ces puissances sont capables de démontrer leur unité, tel qu’elles l’ont fait en octobre dernier lors de leur réunion avec l’Iran à Genève, cela amènerait Téhéran à reconsidérer sa démarche actuelle. Un autre signal fort peut venir aussi des pays ne possédant pas l’arme nucléaire et faisant partie du mouvement de non-alignement. Ceux-ci devraient être plus sceptiques quant aux activités nucléaires iraniennes. Ils peuvent persuader l’Iran d’entreprendre les mesures nécessaires pour prouver au monde que son programme nucléaire est exclusivement destiné à des fins pacifiques.
Le résultat des négociations courantes entre les grandes puissances et l’Iran peuvent être graves et peuvent porter atteinte à la portée du TNP. Si la confiance n’est pas instaurée entre l’Iran et la communauté internationale, les Etats qui ne possèdent pas d’armes nucléaires, particulièrement ceux du Moyen-Orient, auront tout intérêt à affaiblir le système du TNP. Mais si, au contraire, des mesures concrètes sont prises pour calmer les appréhensions autour des ambitions nucléaires de l’Iran, le système du TNP pourra gagner en force.
Plusieurs critiques ont été adressées au TNP, notamment concernant la façon dont les signataires traitent avec le système d’inspection et les moyens de respecter les règles de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA). Pensez-vous qu’il y a moyen de changer le cours des choses ?
— L’un des points faibles du TNP est l’absence de dispositions contraignantes pour les engagements des Etats membres. Raison pour laquelle ce sont l’AIEA et le Conseil de sécurité de l’Onu qui tiennent ce rôle. Cependant, tous les pays ont un rôle à jouer dans l’application et le renforcement des règles du traité de non-prolifération. L’une des opportunités pour concrétiser le contenu du traité s’offre aux pays membres lors de la tenue en mai de la conférence de suivi du TNP. Les Etats peuvent choisir de renforcer le rôle de l’AIEA, définir les conséquences pour les Etats qui violent le traité, et enfin créer les conditions susceptibles de faciliter le désarmement, dans l’avenir, des Etats reconnus par le traité comme dotés de l’arme nucléaire.
Quelles sont vos prévisions pour la conférence de suivi du TNP ?
— Le pire scénario serait de ne pas réaliser de progrès importants. Cependant, le scénario le plus probable serait celui où les pays s’efforceraient par diverses mesures de démontrer leur volonté de renforcer le système de non-prolifération. Et dans ce sens, la conférence de suivi est cruciale. Il est tout de même dangereux d’aller trop loin dans les attentes. La conférence ne peut pas dissiper les ressentiments répandus contre le TNP. Plutôt, les décideurs des grandes puissances, les diplomates, les ONG et les médias doivent être plus réalistes dans leur attente de la conférence de suivi. Celle-ci doit être conçue comme une opportunité pour les Etats membres du TNP de le stabiliser et de regagner leur confiance en sa valeur. La conférence sera inévitablement surchargée par des débats virulents qui avaient auparavant miné la confiance que les Etats membres avaient dans les bénéfices du TNP. La véritable action pour consolider le TNP doit émaner d’une conviction bien ancrée selon laquelle le TNP serait la garantie de sécurité de tous les pays.
La plupart des gouvernements des pays en voie de développement rejettent les restrictions imposées à leurs programmes nationaux de production de l’énergie nucléaire. Croyez-vous que le TNP doit œuvrer davantage à protéger les pays en développement contre un traitement inique de la part des grandes puissances ?
— La prochaine conférence de suivi devrait contribuer à réduire les suspicions autour d’une possible transgression des droits. Toutes les propositions autour du cycle de production du combustible nucléaire sont aujourd’hui volontaires. Les débats autour de cette question doivent reposer aujourd’hui sur une compréhension commune selon laquelle le TNP ne confère pas le droit à l’usage civil de l’énergie atomique, mais il le reconnaît. Le TNP fixe les conditions qui régissent les assistances aux pays qui en ont besoin pour produire de l’énergie atomique à des fins civiles. Néanmoins, les gouvernements ont un rôle à jouer dans la détermination des règles régissant le commerce de la technologie nucléaire ainsi que dans le renforcement du contrôle sur les exportations de cette industrie. L’industrie elle-même aura aussi une influence importante sur l’état qu’aura un monde avec une prolifération de réacteurs nucléaires et sur son état de sécurité ou d’insécurité. Entre-temps, la conférence de suivi est une occasion pour les Etats de forger un accord pour dire qu’un monde où l’enrichissement de l’uranium prend de l’ampleur serait incompatible avec l’insécurité, saperait la propagation de l’industrie nucléaire dans le monde en développement et diminuerait les possibilités d’un désarmement nucléaire.
Deepti Choubey : Experte en non-prolifération nucléaire et en désarmement, est vice-directrice du programme de politique nucléaire à la fondation Carnegie aux Etats-Unis.
Propos recueillis par Ezzat Ibrahim

Semaine du 21 au 27 avril 2010, numéro 815
http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2010/4/21/invi0.htm


1-4 Eva R-sistons : La guerre mondiale bientôt ? Elle est inscrite dans la crise... de l'endettement !

Partie de la Grèce, franchissant l'Europe, la crise gagnera la City, enrôlant l'Otan... pour la "Der de der" du moment... 
La crise de 1929 ? Rien, à côté de l'actuelle !
L'Europe est dans le collimateur des spéculateurs, de la City: Elle cherche à réguler les Marchés financiers mondiaux, au moins dans les intentions. Intolérable pour les libéraux, inacceptable pour les requins de la Finance ! Elle est donc attaquée, notamment via les Agence de notation. Grèce, puis Portugal, Espagne, Italie... on imagine l'effet de domino !

L'endettement des Etats est tel, que la situation est explosive. Je rappelle les propos de Jacques Attali: "L'endettement est source de guerres planétaires". Alors, guerre mondiale bientôt ?
Le jour où le cœur de la Finance mondiale (la City, à Londres) sera touché, ainsi que les intérêts de la famille royale anglaise, l'Iran sera attaqué.

Effet de domino là aussi: La guerre s'étendra dans le monde entier. Tragique fuite en avant !

L'Europe qui, via des dirigeants comme Sarkozy, a complètement lié son destin à celui des Anglo-Saxons (et donc par ricochet aussi à Israël, clone des USA) qui décident des guerres, sera au premier rang. Sa création avait été justifiée par le besoin de paix des peuples, c'était la raison officielle. En réalité, les USA feront sur le continent leurs guerres par procuration, par le truchement de l'Europe enchaînée par l'article V du Traité de l'OTAN (prêter assistance à un pays en guerre), et en réalité aussi, l'Europe a été constituée comme tremplin du NOM, du Nouvel Ordre Mondial broyeur de paix, de nations, de libertés, d'emplois... Seuls grains de sable: Le particularisme de deux grandes puissances, la Russie et  la Chine, et les Musulmans, guère friands de mercantilisme, de compétition, avec leur Charia, leur finance islamique, etc §. C'est dans ce cadre qu'il faut comprendre les violentes attaques dont ils sont l'objet, en France, mais aussi dans toute l'Europe, et même partout, via les médias aux ordres de l'occident impérial.  En polarisant l'attention sur la burqa ou sur les minarets (comme en Suisse), par exemple, on dresse les citoyens, indirectement, contre les Arabes, contre les Musulmans, contre... l'Iran, en définitive, désormais présenté comme l'ennemi incontournable, bien que les motifs soient fallacieux. La guerre est proche, avec l'assentiment des citoyens, vivement remontés contre les Musulmans. Vraiment, avec leur accord ?

Seront-ils dupes ?

C'est un autre débat. Mais la manipulation est totale, et permanente, via les Médias aux ordres du Grand capital apatride, prédateur et guerrier... Citoyens, à vos jardins, à vos catamarans équipés pour le Pôle nord, à vos campings-cars, à vos grottes, à ce que vous voulez, mais en étant solidaires les uns des autres !     

La guerre mondiale est inévitable.

L'endettement des nations est trop lourd, et la cupidité des financiers trop grande !

Les guerres, d'ailleurs, génèrent beaucoup de profits: Multinationales de l'armement, de la chimie, de la reconstruction, du Pétrole...

Et les Médias (ceux de France sont aux mains des industriels de l'armement) sont là pour les relayer, inciter les citoyens à partir en guerre: "Mourir pour la patrie", d'un Benoît Duquesne ou d'une Marie Drucker. Reportages sur les Armées, qui recrutent, ou sur la Légion étrangère. Mourir pour la Patrie ! Non, pour les multinationales apatrides. Nos jeunes, de la chair à canons ? Sans emploi, il faut leur en trouver un. Et cela rentre aussi dans le programme de dépopulation, on fait d'une pierre deux coups ! Pandémies, cancers provoqués par la consommation de pesticides, agriculteurs ruinés, désespoir lié à l'absence de perspectives, suicides liés au chômage, aux OGM (comme en Inde, par centaines de milliers), aux critères de rentabilité... les guerres ne dévorent pas assez de vies !
Les peuples sont destinés à faire les guerres dont ils ne veulent pas, et ceux qui les programment, à s'en protéger et à récolter, ensuite, les bénéfices engrangés. 
La guerre n'est jamais la solution. Elle est le problème majeur de l'humanité !
Le regretté Abbé Pierre disait: Déclarons la guerre à la misère; certes. Mais notre devoir est aussi de déclarer la guerre à la guerre...
eva R-sistons à l'intolérable 
 Ce que j'ai compris, c'est qu'un fossé sépare le monde musulman (attaché à l'Islam, à la Charia) du monde occidental : Celui de l'éthique (notamment en finance). Les Anglo-Saxons et leurs alliés en sont dépourvus...

eva R-sistons

http://www.alterinfo.net/Grece-UE-City-OTAN-et-guerre-mondiale-L-accaparement-des-terres_a45857.html


1-5 Thierry Meyssan : Basculement stratégique au Proche-Orient.

L’échec du remodelage du Grand Moyen-Orient a laissé le champ libre à une nouvelle alliance, celle du triangle Téhéran-Damas-Ankara. La nature ayant horreur du vide, Moscou comble l’espace laissé vacant par Washington. Le vent a tourné et il souffle fort. En quelques mois, c’est tout l‘équilibre régional qui a été bouleversé.

L’équilibre du Proche-Orient a été entièrement modifié au cours des derniers mois. Tout d’abord, les capacités et les positions de plusieurs acteurs ont changé.

 Les forces armées israéliennes, qui avaient enchaîné victoire sur victoire durant des décennies, ne sont plus capables de maîtriser le terrain. Au cours de leur offensive contre le Liban (2006), puis contre Gaza (2008), elles ont montré qu’elles ont accru leur puissance de destruction, mais qu’elles ne parviennent plus à atteindre les objectifs qu’elles se fixent, en l’occurrence détruire le Hezbollah et le Hamas.
En outre, leur arsenal, alimenté autant que de besoin par les Etats-Unis, ne garantit plus leur domination. Leurs chars sont devenus vulnérables aux RPG russes, alors qu’ils formaient l’outil central de leur blitzkrieg. Leur marine est menacée par les missiles sol-mer livrés par
la Chine au Hezbollah et désormais dotés des systèmes anti-brouillage qui leur manquaient en 2006. Enfin, leur domination aérienne ne résistera pas longtemps à la prolifération des S-300 russes, en cours de livraison dans la région.

 La quasi-indépendance du Kurdistan irakien organisée par les Etats-Unis, le développement économique de ce quasi-Etat sous tutelle israélienne, et le soutien trop visible des USA aux séparatistes kurdes du PKK ont contraint les militaires turcs à un revirement complet. L’Alliance atlantique n’apparaît plus comme la garante de l’intégrité territoriale turque et Israël devient un ennemi.
Si Ankara veille à ménager Washington, le ton n’a cessé de monter avec Tel-Aviv depuis l’algarade opposant Recip Erdogan à Shimon Peres lors du Forum de Davos, à l’incident diplomatique relatif à la série télévisée
La Vallée des loups.

 Le chaos irakien et la création du quasi-Etat du Kurdistan ont contraint les Etats riverains à se concerter pour se protéger de la contamination. D’autant que Washington a tenté de les déstabiliser tous pour les tenir à l’écart du jeu irakien. Ainsi les Etats-Unis et Israël ont soutenu en sous-main les séparatistes kurdes de Turquie (PKK), ceux d’Iran (Pejak) et ceux de Syrie.
Par conséquent, l’axe Iran-Syrie a fait place à un triangle Iran-Syrie-Turquie. Celui-ci dispose d’une légitimité historique sans équivalent.
Depuis
la Révolution islamique, l’Iran est le chef de file des chiites. Après la destruction du Baas irakien par Paul Bremmer, la Syrie est devenue le leader incontesté du camp laïque. Enfin, la Turquie, héritière du califat, est le berceau du sunnisme. A eux trois, ces Etats couvrent la presque totalité du champ politique proche-oriental.
Cette alliance clos le chapitre du Divide et Impera (diviser pour régner), que les puissances coloniales avaient su appliquer pour dominer cette très vaste région. Elle met particulièrement un point final à
la Fitna, c’est-à-dire à la guerre civile musulmane entre sunnites et chiites. Déjà le roi Abdallah d’Arabie saoudite avait invité le président iranien Ahmadinejad à faire avec lui le pèlerinage à La Mecque, dont il est le gardien. Mais la Turquie est l’héritière des Ottomans, et à ce titre incarne le sunnisme historique.
De plus, pour Ankara, ce nouveau triangle élargit enfin un horizon bouché par les interminables atermoiements de l’Union européenne.

 La dé-baasisation de l’Irak, c’est-à-dire la chasse ouverte contre les anciens cadres administratifs du pays, a provoqué un exode massif. En six ans, plus d’un million d’Irakiens ont été accueillis en Syrie. Cette hospitalité arabe inclut l’accès gratuit sans contrepartie aux établissements scolaires et universitaires ainsi qu’à l’ensemble du système de santé. Dans un premier temps, cette ample vague migratoire a provoqué une grave crise économique dans le pays, mais une fois digérée, elle lui apporte des cadres très qualifiés et une nouveau dynamisme.

 Les troubles organisés par les Etats-Unis au Yémen ont contraint la famille royale saoudienne à soutenir la politique du roi Abdhallah d’apaisement avec la Syrie et l’Iran. Par voie de conséquence, le clan libano-saoudien Hariri a été prié de se réconcilier avec le président Bachar el-Assad et de reconnaître la légitimité de l’armement de la Résistance libanaise.
Du coup, le résultat ambigüe des élections législatives truquées —gagnées en voix par la coalition conduite par le général Aoun et le Hezbollah, mais gagnées en sièges par la coalition pro-US formée autour du clan Hariri et de l’extrême-droite chrétienne— a changé de signification et ouvert la voie à un gouvernement d’union nationale. Tandis que des chefs de guerre comme le socialiste Walid Jumblatt opéraient un virage à 180° pour s’aligner sur le sens du vent.

Cependant, cette évolution est fragile, Washington ayant peut-être la possibilité de déstabiliser la nouvelle troïka.
Quoi qu’il en soit, plusieurs tentatives de renversement de Bachar el-Assad par des généraux corrompus ont été éventées avant même qu’ils ne puissent passer à l’acte.
Les multiples attentats orchestrés par
la CIA dans les provinces non-persanes d’Iran n’ont pas donné le signal de révoltes séparatistes. Tandis que la révolution colorée, organisée par la CIA et le MI6 à l’occasion de l’élection présidentielle, a été noyée par une marée humaine. Aux quelques dizaines de milliers de contestataires des quartiers nord de Téhéran a répondu une manifestation monstre de 5 millions de personnes.
Enfin, Washington semble dans l’incapacité d’user une nouvelle fois du Gladio pour instaurer une dictature militaire en Turquie. D’une part parce que la nouvelle génération de généraux turcs n’est plus arc-boutée au kémalisme et d’autre part parce que le gouvernement démocrate-musulman de l’AKP s’est appliqué à démanteler l’Ergenekon (version actuelle du Gladio turc).

Washington et Tel-Aviv peuvent aussi monter des dossiers mensongers pour justifier d’actions militaires.
Ainsi ont-ils laissé entendre depuis 2007 qu’Israël aurait découvert et bombardé un centre de recherche militaire nucléaire en Syrie et que l’Iran conduirait un vaste programme de même nature. Plus récemment, les mêmes puissances ont accusé
la Syrie d’avoir fait entrer des Scud au Liban.
Toutefois ces imputations ne résistent pas plus à l’analyses que celles délivrées par le secrétaire d’Etat Colin Powell au Conseil de sécurité des Nations Unies à propos des prétendues armes de destruction massive irakiennes. Les diverses inspections de l’AIEA n’ont mit en évidence que des activités civiles, et la force de maintien de la paix des nations Unies au Liban a démenti la présence de Scud dans le pays.

L’entrée en scène de la Russie

La perte d’influence des Etats-Unis est si palpable que le général David Petraeus, commandant en chef du Central Command a sonné l’alarme à Washington. A ses yeux, le jeu joué par les Israéliens non seulement en Palestine, mais surtout en Irak, a plombé les projets états-uniens dans la région.
Plus encore, l’enlisement des GI’s en Irak et en Afghanistan en fait des otages de
la Turquie, de la Syrie et de l’Iran, seuls en mesure d’apaiser les populations révoltées.
Dans une complète inversion des rôles, l’allié stratégique du Pentagone est devenu un boulet, tandis que ses ennemis régionaux sont ses boucliers.

Prenant acte de l’échec du remodelage US du Grand Moyen-Orient, Moscou s’est repositionné sur la scène régionale lors du voyage du président Dmitry Medvedev à Damas et Ankara.

Concernant les conflits avec Israël, la Russie a réaffirmé que le règlement politique devait être fondé sur les résolutions pertinentes de l’ONU (incluant l’inaliénable droit au retour des Palestiniens) et les principes de la conférence de Madrid (restitution des territoires occupés, dont Jérusalem-Est et le Golan syrien, en échange d’un Traité de paix).
En outre, Dmitry Medvedev a confirmé la préférence russe pour la solution à deux Etats. Compte tenu de la présence d’un million d’ex-Soviétiques en Israël, Moscou veut prévenir un exode prévisible en cas de chute du régime sioniste. Dans cette perspective, il a souhaité une réconciliation entre le Fatah et le Hamas, et a rencontré Khaled Mechaal, le leader politique de
la Résistance palestinienne, alors même que celui-ci est qualifié de « terroriste » par les Etats-Unis. Il s’agit bien d’un pas décisif de la Russie : le président Medevedev avait refusé par trois fois de recevoir M. Mechaal de passage à Moscou, il a cette fois eu une entrevue avec lui, et qui plus est à Damas. A cette occasion, le président russe a souligné l’urgence croissante de la situation humanitaire à Gaza et déploré le désintérêt de Washington à résoudre ce drame.
Enfin, faisant allusion aux menaces israéliennes de bombarder les convois d’armes passant de Syrie au Liban, il a mis en garde Tel-Aviv contre une escalade de la tension.

La Russie soutient le rapprochement politique et économique en cours entre l’Iran, la Syrie et la Turquie. Les trois Etats leaders au Proche-Orient sont entrés dans une phase d’intense coopération. En quelques mois, ils ont ouvert leurs frontières et libéralisé leurs échanges à marche forcée. Leurs économies bloquées par les années de guerre ont été soudainement ventilées. La Russie entend ne pas rester à l’écart de cette nouvelle zone de prospérité. Immédiatement, Ankara et Moscou ont abrogé la nécessité de visas pour leurs ressortissants. Ainsi un Turc peut entrer sans formalité en Russie alors qu’il n’y est toujours pas autorisé ni aux USA, ni dans l’Union européenne, bien que la Turquie soit membre de l’OTAN et candidate à l’UE.

Moscou a créé des instances permanentes de concertation à haut niveau, aux plans diplomatique et économique, avec Damas et avec Ankara, qui contrastent avec la politique des Etats-Unis.
En début d’année, la secrétaire d’Etat US, Hillary Clinton, avait sommé
la Syrie de prendre ses distances avec la Résistance. Pour toute réponse le président Bashar el-Assad s’était immédiatement affiché aux côtés de son homologue iranien Mahmoud Ahmadinejad et du secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah et avait signé un document ironiquement qualifé de « Traité de distance réduite ». La rencontre avait été improvisée de sorte que Khaled Mechaal n’avait pas eu le temps de s’y rendre, mais le Hamas était associé à la démarche.
Mettant ses menaces à exécution, le président Barack Obama a répliqué en reconduisant pour deux ans des sanctions économiques contre
la Syrie.

Rosatom et Atomstroyexport, qui terminent la construction d’une centrale nucléaire civile en Iran (Bushehr) et sont en discussion pour de nouvelles, en construiront une autre en Turquie pour 20 milliards de dollars. Elle devrait être inaugurée dans sept ans. Un projet similaire est à l’étude en Syrie. Le manque d’électricité, dans une région qui a souffert des bombardements israéliens, est le principal handicap au développement économique. Du point de vue proche-oriental l’empressement russe à construire ces centrales n’est pas tant imputable à un appétit commercial qu’à une volonté de donner aux peuples concernés le moyen d’accélérer le développement économique que les Occidentaux leur ont si longtemps interdit.
En outre Stroitransgaz et Gazprom vont assurer le transit du gaz syrien vers le Liban, Beyrouth étant empêché par son voisin israélien d’exploiter ses importantes réserves off shore.

Au plan militaire, la Russie a pris livraison de sa nouvelle base navale en Syrie. Celle-ci lui permettra de rétablir l’équilibre en Méditerranée dont elle est plus ou moins absent depuis la dissolution de l’URSS. Elle a également confirmé la prochaine livraison de missiles S-300 à Téhéran afin de protéger l’Iran des menaces de bombardement états-uniennes et israéliennes.

Tout en stigmatisant les provocations iraniennes, les diplomates russes ont répété qu’ils ne croient pas aux accusations occidentales à propos de prétendus programmes nucléaires militaires iranien ou syrien. Alors que le protocole des Etats riverains de la Caspienne ne prévoit qu’une fourniture d’armes à l’Iran si celui-ci était attaqué, le président Medvedev a évoqué une possible intervention directe de la Russie et mis en garde les Etats-Unis contre une guerre en Iran qui dégénérerait en Troisième Guerre mondiale. Sur ce fondement, il a apporté son soutient au projet de dénucléarisation de la région, c’est-à-dire de démantèlement de l’arsenal nucléaire israélien. L’affaire vient d’être portée devant l’AIEA.

En octobre 2009, la Turquie et l’Arménie établissent —enfin— des relations diplomatiques. L’espace caucasien s’ouvre pour Ankara (de gauche à droite les présidents turc et arménien, Gül et Sargsyan).

Moscou attache une importance particulière à aider la Turquie à régler ses contentieux séculaires avec la Grèce et l’Arménie, incluant les conflits de Chypre et du Haut-Karabagh. De la sorte, Ankara pourrait s’éloigner définitivement de Tel-Aviv et de Washington et reprendre sa complète indépendance. Des pas importants, mais insuffisants, ont été accomplis par le président Abdullah Gül vis-à-vis d’Erevan. Passant outre 95 ans de haine, la Turquie et l’Arménie ont établi des relations diplomatiques. D’autres avancées devraient suivre vis-à-vis d’Athènes avec la bénédiction du patriarche orthodoxe Cyril Ier de Moscou. De ce point de vue, la visite de Recip Erdogan en Grèce est un événement historique qui relance le processus de réconciliation en Mer Egée, amorcé dans les années 30 et interrompu par la Seconde Guerre mondiale.

Bouleversant la stratégie US en Mer Noire et dans la Caspienne, Ankara a accepté un gigantesque investissement russe pour la construction d’un pipe-line reliant Samsun à Ceyhan. Il devrait permettre d’acheminer le pétrole russe de la Mer Noire vers la Méditerranée sans avoir à emprunter les détroits, impropres au transit de matières polluantes. Identiquement, Ankara étudie sa possible participation au projet de gazoduc russe South Stream. Si celle-ci devait être confirmée, elle rendrait inutile le projet concurrent des Etats-Unis et de l’Union européenne, Nabucco.

En définitive, le soutien russe garantit la pérennité du triangle Téhéran-Damas-Ankara face à l’hostilité des Etats-Unis et de l’Union européenne. L’équilibre stratégique du Proche-Orient vient de basculer. L’onde de choc pourrait se propager au Caucase.

Thierry Meyssan

15 mai 2010

Meyssan : Analyste politique français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace.

Il publie chaque semaine des chroniques de politique étrangère dans la presse arabe et russe. Dernier ouvrage publié : L’Effroyable imposture 2, éd. JP Bertand (2007Thierry Meyssan*

 http://www.voltairenet.org:80/article165394.html


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