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27/05/2010

n°528 - Les Dossiers 'Géopolitique et stratégie' de Palestine- 25-05 - : Fin : - Le colonial, le criminel de guerre et la supplétive indigène.

n°528 - Les  Dossiers  'Géopolitique et stratégie' de  Palestine- 25-05 - : Fin  : - Le colonial, le criminel de guerre et la supplétive indigène.



L'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance

                 Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources 

                        



Les Dossiers 'Géopolitique et stratégie' de Palestine

n°528 du 25-05

C.De Broeder & M.Lemaire



Vous retrouverez ce journal 

a) sur mes blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Eva Resis       :  no-war.over-blog.com

c) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

d) sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

  

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



 

Sommaire

2 Annexe

2-1 eva R-sistons à l'intolérable : Tout va pour le mieux, dans le meilleur des nouveaux mondes !

2-2 Pour la solidarité avec la cause palestinienne.

2-3 Aymeric Chauprade : « La France vit une épuration sourde ».

2-4 Gidéon Lévy : Expulser un clown par mesure de sécurité ? C’est une plaisanterie ?.

2-5 Sylvain Cypel : Le grand malaise des juifs américain.

2-6 Alain Gresh : Gaza-Berlin

 


2 Annexe

2-1 eva R-sistons à l'intolérable : Tout va pour le mieux, dans le meilleur des nouveaux mondes !

Tout va très bien, Mme la Marquise !

Le monde se porte à merveille. La preuve, c'est qu'on nous le dit dans les Médias.

Elle est pas belle, la vie ? Et les Médias sont dignes de confiance, naturellement ! La preuve, nous arrivons en 43 e position en matière de liberté d'information.

Il y a pire ! Donc, soyons heureux. De gré ou de force !

Et en Europe, tout va très bien Mme la marquise, comme ailleurs: Les monnaies plongent, les Etats sont surendettés, ils sont même au bord de la faillite. Toutes les protections sautent, et les citoyens perdent leurs emplois, leurs activités, leurs foyers, leurs familles. Tous sdf ?

Et alors, c'est la liberté ! A nous le toit du monde ! Le bonheur est dans la rue. Certains lanceront les pavés de la colère ? Le Traité de Lisbonne, imposé aux bonnes gens, a prévu leur cas: Peine de mort pour les émeutiers. Le bonheur est dans le cimetière !

Comme je l'ai écrit récemment, en actualisant un peu : Le Pouvoir en Allemagne tangue, l'Anglais est divisé, la Belgique est au bord de la scission, la Grèce est sur le point d'exploser, la France de Sarkozy est contestée, la Pologne est décimée, et le tout est incapable de faire front commun à l'heure des périls, sauf pour s'enchaîner à l'OTAN et donc aux guerres impériales. La boucle est bouclée ! En Europe, tout va très bien Mme la Marquise.

Et ailleurs ?

Les marées sont noires, le climat se réchauffe et on grelotte comme jamais, les peuples premiers sont chassés de leurs terres par les employés des Compagnies pétrolières, les eaux des rivières sont polluées, et les récalcitrants sont parqués, enfermés, torturés ou exterminés, comme au bon vieux temps des Peaux-Rouges. Le bonheur est dans ce qui reste des forêts tropicales... 

Aux Etats-Unis, l'American Way Of Life se résume au document que je viens de voir sur les Chaînes Parlementaires: Les retraités travaillent jusqu'à la mort. Une dame de 93 ans est filmée en train de travailler, le document lui est dédié; elle est morte pendant le tournage, en pleine activité. Le travail ne tue pas, le ridicule, oui. La première valeur moderne, aujourd'hui, c'est le travail (quand il y en a, ce qui est un autre débat).  Cotisez pour votre retraite, bonnes gens, vous ferez la fortune des Caisses de Retraite.

Au moins ! Donc, soyons heureux.

Au fait, les gangs ne se sont jamais portés aussi bien. Les jeunes peuvent, s'ils préfèrent, s'enrôler pour l'Armée, premier employeur aux USA. On a les emplois que l'on peut !

Vous ne pouvez pas payer les frais d'inscription à l'Université (quelques milliers d'euros ) ? Direction l'Armée. Même chose pour les candidats à l'intégration. C'est le moyen le plus sûr, si vous revenez du champ de bataille, si vous ne devenez pas fou au retour, si vous n'êtes pas handicapé pour toujours. Vous êtes passés au travers des gangs, de l'Armée, des guerres, de l'Hôpital, du cercueil, de l'Asile ? Soyez heureux, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. C'est ce que doivent penser, aussi, tous les Américains qui dorment aujourd'hui à la belle étoile, au mieux dans leur voiture ou sous tente. Le bonheur est dans les prés !  

En Inde, les OGM se répandent, progrès oblige. La plus grande démocratie du monde, américaine bien entendu, les impose aux paysans. Ils les goûtent, puisqu'on les y a contraints, et ils se suicident après avoir été ruinés. Tout va pour le mieux, dans le meilleur des mondes possibles ! Anglo-saxon, cela va sans dire.

A Gaza, la prison est à ciel ouvert. Oui, à l'air libre, et tout le monde y a droit. De quoi vous plaignez-vous, bonnes gens ? Vous pouvez vous baigner et même pêcher, à condition de ne pas vous éloigner de quelques mètres.  Le bonheur pour tous !  Et vos enfants n'ont pas besoin de billes. Ils jouent à lancer des pierres sur les soldats qui stationnent dans leurs villes, et reçoivent des balles. Et puis, ils n'ont pas besoin de s'amuser à la guerre, elle est partout. La surpopulation ? Pas chez eux, bientôt ! Gaza est le champ d'expérimentation favori des nouvelles armes du peuple élu. Avec à la clef des malformations pour tous les nouveaux nés. L'eau ? Détournée. Et retournée au fournisseur malgré lui polluée, usée. Inutile de construire une maison, une fac, une usine, un aéroport , ils sont aussitôt bombardés. Les enfants jouent dans les ruines, pas besoin de parcs d'attractions. Vous êtes écologiste ou cultivateur ? Regardez les oliveraies ou les champs, ils franchissent la frontière. A moins que les frontières ne franchissent les lois internationales...

Vous avez dit flexibilité ? C'est ça, la modernité, sans doute. Votre conjoint fait un voyage à l'étranger ? Adieu le conjoint. La loi du retour est pour le peuple si bien élu. De qui, au fait ? Ah, de Yahvé. Ya bon Yahvé ! Allez, la vie est belle, à Gaza, puisque les Médias ne nous disent pas qu'elle ne l'est pas.

En Afrique, les âmes charitables de France, ont partagé leurs réserves de sang contaminé avec les descendants des esclaves.  30 % d'Africains malades du Sida ! Au moins. Ceux qui ne le sont pas sont priés d'accueillir les décharges nucléaires, ou les VIP d'Areva, ou les spécialistes du pillage des ressources. Et de bien les accueillir, s'il vous plaît !  S'ils s'avisent de choisir un Lunumba, pas de quartier ! Et s'ils ne sont pas contents de leur sort, s'ils rêvent de goûter aux bienfaits de l'Occident, voici les requins, le désert ou les camps de transit ou d'internement. Tout est décidément pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles !

Les guerres ne sont plus locales, défensives, exceptionnelles, elles deviennent planétaires, préventives, permanentes, nucléaires même, en tous cas avec les armes de destruction massive les plus modernes. On peut même se mettre devant un écran et viser, de chez soi, confortablement installé, les petites créatures humaines.

Et nouveauté suprême, les guerres sont silencieuses; pas de publicité, surtout ! Le coup de l'Irak, très médiatisé, très spectaculaire, c'est fini. Le progrès, là encore ! L'American way of life happy.

L'Irak ? Oui, un million et demi de morts, sans compter toutes les victimes de l'embargo. Et les blessés, les handicapés, les réfugiés (quatre millions, dit-on)... Le bonheur complet, apporté par les missionnaires anglo-saxons, grands amateurs de liberté, disent-ils, et pourvoyeurs de démocratie devant l'Eternel, chargés par ce Dernier, cela va sans dire, mais en le disant cela va mieux, de répandre le Bien sur la planète, en implantant partout des bases militaires pour permettre aux autochtones de goûter leurs bienfaits, et en bombardant les récalcitrants à leurs Révolutions permettant à chacun d'en voir de toutes les couleurs...

Après la Yougoslavie, en Europe même - mais en Europe slave ! - , voici les bombardements en Irak ou en Afghanistan, au Yemen, au Pakistan, au Soudan, etc etc, ils sont partout, ces bons soldats Américains ! Même à Haïti, où ils font de l'aide humanitaire à la pointe des fusils.

Pour les remercier, on les reçoit en déroulant des tapis bien rouges.

Oui, très rouges... Le rouge est la couleur du bonheur !

Couleur sang, pas couleur pouvoir populaire. 

Chavez porte une chemise rouge... pour combien de temps encore ? Au Honduras, le rouge est celui du sang des martyrs. Ils ont osé soutenir leur Président ! Les Américains ont imposé leur vision du bonheur. Allons, tout va pour le mieux dans le monde du Nouvel Ordre, imaginé par les Anglo-Saxons !

Encore une marque de leur sollicitude ? Des murs partout. Entre les hommes, entre les groupes religieux, entre les ethnies, entre les riches et les pauvres, entre les militaires et les civils, entre les autochtones et les étrangers...

Choisissez votre mur, Msieur-Dame ! Pas de bonheur sans mur. On a célébré la chute du Mur de Berlin ? Celui de l'argent l'a remplacé. Et celui-là est coriace !

Allons, bonnes gens, réjouissez-vous ! Les Décideurs, les vrais, pas ceux qu'on met en avant, les vrais, donc, s'amusent à programmer des conflits militaires, des pandémies, des crises, des guerres économiques... Ils ne savent plus quoi inventer pour faire notre bonheur: Les pesticides,  Haarp, le Codex Alimentarius, les boucliers fiscaux ou anti-missiles, etc, etc !  

Et le bonheur passe évidemment par la compétition. Citoyens, battons-nous les uns contre les autres ! C'est l'ultime forme de la félicité moderne. Aimons notre prochain à condition qu'il soit terrassé, par terre, et aimons surtout l'argent. L'Argent ! L'Argent-Dieu. Dieu-Mâmon, bien sûr ! C'est la foi d'aujourd'hui. Elle nous promet le bonheur sur terre, et une éternité de délices avec le Bon Dieu... ou le diable. On n'arrête pas le progrès ! 

Réjouissez-vous, bonnes gens. Tout est pour le mieux dans le meilleur des nouveaux mondes. Et décidément, plus que jamais, tout va très bien, Mme la Marquise

Eva R-sistons à la barbarie de cette civilisation.

eva R-sistons à l'intolérable


2-2 Pour la solidarité avec la cause palestinienne

A l’appel du Parti Communiste libanais, du Front populaire pour la libération de la Palestine, du Front populaire démocratique pour la libération de la Palestine et du Parti du peuple palestinien, une rencontre de solidarité avec le peuple palestinien s’est tenue, le jeudi 13 mai, au syndicat de la presse libanaise.

Ont participé à cette réunion, en plus des représentants des quatre partis précités, les représentants du Parti socialiste progressiste, le Courant patriotique libre, le Mouvement Amal, le Part nationaliste syrien, l’Organisation de l’action communiste, le Front de libération palestinien, le Parti du dialogue national, la Tribune de l’unité nationale, la Ligue des enseignants du secondaire, la Fédération de transport, la Fédération nationale des ouvriers et employés au Liban, la Ligue des droits de la femme libanaise, le parti démocratique populaire, la Ligue des travailleurs, le Mouvement FATH, le Front de la lutte populaire palestinienne, le Parti démocratique libanais, le Comité de suivi des anciens détenus libanais en Israël et le Congrès populaire libanais.

Les interventions

La réunion fut ouverte par l’intervention du président du syndicat de la presse, Mohammad Baalbaki, qui a insisté sur la nécessité de l’union des forces politiques palestiniennes. Puis, ce fut Dunia Khodr, membre du BP du Parti du peuple palestinien, qui présenta le projet du communiqué commun.

La dernière intervention, faite au nom des quatre partis, fut présentée par Khaled Hadadah, Secrétaire général du PCL, qui donna un aperçu des problèmes endurés par le peuple palestinien en Cisjordanie et dans le secteur de Gaza, insistant sur le rôle des Etats-Unis dans toutes les agressions contre les Palestiniens, mais aussi contre les peuples arabes en Irak, au Yémen, au Soudan, en Syrie et au Liban. Hadadah a aussi évoqué l’aide illimitée que Washington et ses alliés européens dispensent à Israël, tant sur le plan militaire qu’économique et politique, rappelant à ce propos la décision des membres de l’OCDE d’accepter la candidature de ce pays, malgré qu’il ait intégré les territoires qu’il occupe aux plans présentés à cet organisme… Hadadah a appelé les responsables palestiniens à s’unir et à proclamer sans plus tarder la formation de l’Etat palestinien indépendant. Il a demandé au gouvernement libanais de mettre en application le contenu de son programme en ce qui concerne l’aide qui doit être dispensée aux réfugiés palestiniens.

Le communiqué commun :

Le peuple palestinien subit, aujourd’hui, une nouvelle agression, soutenue par les mêmes puissances et qui rappelle celle qui a eu lieu, il y a 62 ans.

En effet, à la suite des promesses faites, il y a moins d’un an, par Barak Obama dans son discours au Caire où il a proclamé Israël « Etat des juifs du monde », les agressions israéliennes se sont multipliées : des milliers de nouvelles habitations pour les colons dans les zones occupés, d’autres milliers prévues, la poursuite de la « judaïsation » de la partie arabe d’Al Qods, la poursuite de la construction du mur de séparation et du blocus contre Gaza

Cependant, ces mesures ont atteint leur summum avec les dernières mesures visant au « transfert » de 70 mille nouveaux palestiniens, dont 40 000 de la Cisjordanie et Al Qods, sous prétexte qu’ils vivent « illégalement » sur leur propres terres!!! Pendant ce temps, les gouvernements arabes sont sourds et muets et la Ligue arabe s’est abstenue de publier un communiqué à cet égard, tandis que nous voyons les Etats-Unis, et avec eux les responsables de l’Union européenne, dispenser toute aide nécessaire à Tel Aviv. Ainsi, Washington menace tantôt le Liban, tantôt la Syrie, à propos des armes de la Résistance libanaise, tandis qu’il fournit à Israël toutes sortes d’armes et d’aide, surtout en ce qui concerne les colonisations, l’Etat palestinien.et l’OCDE.

Et si nous élevons la voix contre ceux qui ont planifié le nouveau complot contre la Palestine, mais aussi ceux qui l’appuient, nous trouvons dans le mutisme des dirigeants arabes un rappel de ce qui s’était passé en 1948. Voilà pourquoi, nous appelons les forces palestiniennes à revenir à la raison, à s’unir face à leurs détracteurs et à proclamer leur Etat indépendant ayant Al Qods pour capitale.

Nous appelons aussi toutes les forces vives des peuples arabes à montrer leur solidarité agissante avec le peuple palestinien.

Nous appelons, enfin, le gouvernement libanais à mettre en exécution les projets visant à améliorer la situation des réfugiés palestiniens, mais aussi à trouver des solutions aux problèmes en suspens, en particulier la reconstruction du camp de Nahr Al Bared


2-3 Aymeric Chauprade : « La France vit une épuration sourde »
Interview d’Aymeric Chauprade

Hugues Wagner : On vous a accusé d’être un partisan de la théorie du complot alors que vous n’êtes pas réputé comme tel. Que s’est-il passé ?

Aymeric Chauprade : Tout est parti d’un article de Jean Guisnel dans l’hebdomadaire français Le Point du 5 février 2009, qui a demandé ma tête au ministre de la Défense parce que j’ai osé faire écho aux théories non conformistes sur le 11 septembre 2001.

Mon dernier ouvrage commence en effet par un chapitre sur le 11-Septembre. J’ai voulu montrer que le choc des civilisations, c’est d’abord le fait qu’une immense partie de l’humanité, en dehors du monde occidental, ne croit pas à la version officielle de cet événement donnée par le gouvernement américain et qui est devenue la version obligatoire des médias occidentaux.

Dans « Chronique du choc des civilisations » – qui est un atlas de géopolitique mondial et pas du tout un livre limité au 11 septembre –, je propose la synthèse, à ma connaissance la plus aboutie qui existe à ce jour, de ce qui pourrait être un scénario alternatif à la version officielle. Je ne prends pas parti. J’expose les arguments des tenants de cette théorie dite du complot et je ne conclus pas. Je reste prudent. Mais mon « crime » est d’avoir osé présenter de manière crédible et donc convaincante ces éléments de contestation de la version officielle.

Je suis un scientifique, j’ai une première formation de sciences mathématiques et physiques avant d’être passé à la science politique. Pour avoir creusé le sujet (surtout aux États-Unis) et pour avoir beaucoup parlé de cela avec des experts français du renseignement (qui eux ne parlent pas mais n’en pensent pas moins), je peux vous dire que j’ai des doutes plus qu’importants quant à la version officielle. En tout cas, je ne vois pas au nom de quoi il serait interdit de penser sur ce sujet. On aurait le droit d’imaginer des choses horribles sur les musulmans ou sur n’importe quelle civilisation, mais dès que cela touche aux Américains, et plus encore à Israël, c’est quasiment un crime contre l’humanité que d’imaginer que des cyniques aient pu concevoir un tel crime.

Hugues Wagner : Vous venez de faire suspendre, par le tribunal administratif, la décision du ministre. Pouvez-vous à nouveau donner des cours ?

Aymeric Chauprade : Après un premier référé, nous en avons fait un deuxième en montrant que la décision menaçait mon économie personnelle. Le juge des référés a jugé qu’une liberté fondamentale, celle des droits de la défense, avait été gravement bafouée. Je suis tombé sur un juge indépendant et juste, dans une France de plus en plus verrouillée médiatiquement et politiquement.

Même quand tout est verrouillé, il faut toujours croire en la France.

Conséquence : théoriquement je peux reprendre mes cours. Évidemment, dans la pratique c’est plus compliqué. Le ministère de la Défense va devoir dire clairement quelle faute j’ai pu commettre.

En réalité, tout le monde sait que la vraie raison de mon éviction est que j’étais le dernier représentant, dans les institutions de défense, de la ligne gaulliste en politique étrangère. Je suis pour un monde multipolaire et non pour cette folle politique de « l’Occident contre les autres » que représentent ceux qui sont au pouvoir maintenant en France.

Hugues Wagner : Quelles ont été les réactions de vos élèves et collègues, notamment du Collège royal militaire supérieur du Maroc, où vous enseignez ?

Aymeric Chauprade : Je suis extrêmement touché par les très nombreuses manifestations de solidarité que j’ai eues. Pas seulement l’immense majorité des officiers français de l’École de guerre, mais aussi les étrangers. Les stagiaires africains étaient très en colère notamment, ceux des pays arabes aussi. J’ai reçu, plus discrètement des témoignages d’amitié venant de pays asiatiques. Mon éviction est interprétée, à juste titre, comme la manifestation évidente de la rupture de la France avec les fondamentaux de sa politique étrangère d’équilibre. J’attends de voir ce que va faire le Collège des forces armées Royales du Maroc. J’y enseigne depuis six ans et j’ai toujours donné satisfaction. On aimait à Rabat ma liberté d’expression. Je suis employé directement par les Marocains et non par la partie française. Normalement, le Maroc n’étant plus un protectorat, je m’attends à ce que rien ne change, malgré les pressions.

Hugues Wagner : Que pensez-vous de la réintégration par la France du commandement de l’Alliance atlantique (Otan) ?

Aymeric Chauprade : Elle est contraire à l’intérêt de la France et nous n’avons pas eu de véritable débat sur ce sujet à l’échelle nationale. Je suis frappé de constater à quel point les médias français sont verrouillés par les relais d’influence américain et israélien qui ont totalement neutralisé toute possibilité de débat. Depuis la sortie de ce commandement en 1966, il y avait un consensus de droite et de gauche. La « valeur ajoutée » de la France sur la scène internationale tenait en partie à cette position singulière, à cet héritage de la troisième voie, j’ose dire de non-alignement, car si la France est bien d’Occident, elle ne doit pas pour autant réduire sa politique mondiale à une politique occidentale. Sa vocation est de défendre l’équilibre multipolaire, pour que toutes les civilisations aient leur place dans l’Histoire.

Hugues Wagner : Une alliance est-elle dirigée contre un objectif, la Russie, la Chine, l’Iran, le terrorisme ?

Aymeric Chauprade : Les Américains ont remplacé la lutte contre le communisme par celle contre le terrorisme. Cette nouvelle idéologie vise à coaliser les anciens alliés de la guerre froide. Logiquement, il aurait dû y avoir une Europe puissante après la guerre froide.

 Or, qu’avons-nous aujourd’hui ?

Une Europe certes économique, mais géopolitiquement parlant composante d’un bloc transatlantique dominé par les États-Unis. Le président Chirac a tenté de s’opposer à cela avec son acte courageux en 2003 avec l’affaire d’Irak. Je suis convaincu que ce qui se passe aujourd’hui est le retour de bâton de 2003. Les Américains se sont dits : « ces Français se sont opposés sur l’Irak ; c’est un raté, changeons les choses en France et ils ne s’opposeront pas demain sur l’Iran ».

Hugues Wagner : L’ancien premier ministre français Dominique de Villepin a déclaré que l’Otan était « totalement sous contrôle américain ». Est-ce votre avis ?

Aymeric Chauprade : Il a raison. Villepin a été l’honneur de la France à la tribune de l’Onu en 2003. Aujourd’hui, comme d’autres, il a raison de rappeler cette évidence : après la disparition du Pacte de Varsovie, l’Otan aurait dû disparaître. Elle n’a pas disparu parce que cela a été, dès 1990, une priorité des États-Unis de l’étendre et de la renforcer. L’organisation de l’Europe centrale et orientale va de pair avec l’élargissement de l’Union européenne. Et les Américains, voyant que l’Allemagne poussait pour reconstruire son espace d’influence à l’éclatement de la Yougoslavie, ont compris qu’il y avait là un potentiel de guerre susceptible de redonner une raison d’exister à l’Otan. Avec la Yougoslavie, l’Otan a glissé vers la guerre d’ingérence manichéo- humanitaire…

Hugues Wagner : Est-il vrai que vous défendez une théorie du choc des civilisations, notamment au travers d’une opposition entre l’Europe (Russie incluse) et l’islam ?

Aymeric Chauprade : Les civilisations sont un facteur important de l’Histoire mais je ne réduis pas l’Histoire au choc des civilisations. Les civilisations existent, on ne peut le nier. Et dans la longue durée, la problématique de la hiérarchie de puissance entre les civilisations est une réalité. L’Occident européen est devenu moteur de la mondialisation au XVIe siècle et a supplanté l’islam en le contournant grâce à l’ouverture des grandes routes maritimes qui ont permis d’atteindre l’Asie. Aujourd’hui, peut-être que l’Asie est en train de prendre la tête de la mondialisation et que ce qui nous menace est une guerre de l’Amérique n’acceptant pas son déclassement. Jacques Sapir soutient, très intelligemment, que si l’Amérique n’arrive plus à faire l’ordre américain elle fera le désordre… Je crois à ces réalités-là. Donc il n’y a pas que l’islam et les Européens ; ces rapports de force entre civilisations existent aussi entre Chinois et Indiens, entre Indiens hindouistes et musulmans, etc.

Je crois qu’Européens et Russes ont un destin commun à construire et qu’ils doivent bâtir un rapport équilibré avec le monde musulman. La France doit développer une politique arabe intelligente car équilibrée. Les Russes ont l’expérience de l’islam caucasien et centre-asiatique depuis le XVIIIe siècle alors que les Américains n’y comprennent rien.

Hugues Wagner : Certains prétendent que vous pourriez avoir été victime d’une « campagne d’épuration » menée par un cercle néoconservateur proche du pouvoir comme l’auraient été les journalistes Richard Labévière de RFI, ou Moktar Gaoud et Agnès Levallois de France 24…

Aymeric Chauprade : Ce n’est pas une supposition c’est un fait avéré.

La France est en train de vivre une épuration douce et sourde (regardez mon cas : alors que j’ai gagné contre un ministre, aucun quotidien national n’en a fait état) de tous ceux dont la pensée va à l’encontre des intérêts d’Israël et des États- Unis. Cela peut paraître difficile à croire, mais c’est pourtant la vérité. Qu’il s’agisse de gens de gauche ou de la droite conservatrice, tous ceux qui « tombent » ont un point commun : leurs analyses ne vont pas dans le sens des intérêts américains et israéliens.

Aymeric Chauprade

Éditeur de science politique et d’histoire depuis 1994 et professeur de géopolitique depuis 1999, Aymeric Chauprade est également consultant international pour de grands groupes français ou pour des États sur les contentieux géopolitiques.
Il a publié plusieurs ouvrages, notamment « Géopolitique, constantes et changements dans l’histoire » (Éd. Ellipses), devenu un manuel de référence, et plus récemment « Chronique du choc des civilisations » (février 2009, Éd. Dargaud), qui a provoqué son éviction brutale de sa chaire de géopolitique.

6 juillet 2009

Aymeric Chauprade

Source :
http://www.afrique-asie.fr/_medias/dossiers/evenement%204...

http://sos-crise.over-blog.com/ext/http://www.silviacattori.net/article883.html


2-4 Gidéon Lévy : Expulser un clown par mesure de sécurité ? C’est une plaisanterie ?.

Qui prétend que l’humour juif a disparu en Israël ?

Qui peut nier que même les organismes d’état les plus secrets ont leur moments de légèreté, entre les assassinats ciblés et les intrigues ?

Si vous pensez que le processus de fascisation, d’isolation, de nationalisme et de militarisation d’Israël ne donne pas envie de rire, alors écoutez ce que Barak Ravid a relaté dans Haaretz, jeudi dernier.

Un clown espagnol - ça commence comme une blague, n’est-ce pas ? - a atterri en Israël.

Pas n’importe quel clown, le plus grand clown d’Espagne, Ivan Prado. Il pensait traverser le contrôle des passeports rapidement (un citoyen espagnol, même clown, n’a pas besoin d’autorisation spéciale pour entrer dans l’état démocratique d’Israël) prendre ses bagages et aller à Ramallah.

Ce plaisantin voulait organiser un festival de clowns à Ramallah et pas ailleurs. Ce fut l’erreur de sa vie, une idée vraiment idiote.

D’abord quel besoin les Palestiniens ont-ils de voir des clowns d’autres pays ?

Ils en ont bien assez chez eux, merci !

Et de toutes façons de quoi pourraient-ils bien rire à Ramallah ?

En un clin d’œil, un expert du Shin Bet est apparu, un vaillant gardien d’Israël, pour emmener ce plaisantin et l’interroger sur ses liens avec des "groupes terroristes". Prado, ce stupide clown, a refusé de répondre. L’agent du Shin Bet (un clown moins connu) a sans doute pense qu’il avait été choisi pour sauver la journée.

Bref, après six heures d’attente pénible à l’aéroport international de Ben Gourion, un officiel du Ministère de l’Intérieur a dit à Prado : " Vous êtes expulsé. Prenez le premier avion pour Madrid, c’est la place des plaisantins comme vous".

Ce qui a derechef changé Prado en Prophète de l’Apocalypse. Aussitôt arrivé en Espagne, il a condamné Israël dans la presse locale, comparant le sort des Palestiniens à celui des Juifs dans la Pologne du temps de guerre.

Exactement les blagues polonaises dont nous avons besoin.

L’ambassadeur israélien à Madrid a envoyé un communiqué urgent à Jérusalem demandant :" Qu’est-ce que vous avez fait ?". Le Ministère des Affaires Etrangères a répondu brièvement "Raisons de sécurité". La colère a secoué l’Ambassade qui souhaitait obtenir une information plus circonstanciée afin de pouvoir répondre aux médias espagnols convaincus que l’expulsion d’un clown pour des raisons de sécurité ne pouvait être qu’une plaisanterie.

Mais ni les services de sécurité du Shin Bet ni le Ministère de la Défense ne se donnèrent le mal de répondre à l’ambassadeur. "Cet homme a refusé de fournir une information complète aux agents de sécurité sur ses liens avec les organisations terroristes de Palestine en particulier" a dit le Shin Bet interrogé par Haaretz.

Ce qui signifie en clair : Prado, selon le Shin Bet qui sait tout, a des liens avérés avec les groupes terroristes palestiniens sinon il ne voudrait pas organiser un festival de clowns à Ramallah. Et en plus il a refusé d’avouer ces liens. Mais quels "groupes de terroristes" ? Le Jihad Islamique, ou les brigades des Martyrs d’Al-Aqsa peut-être ? Al-Qaida ? Les Forces Quds d’Iran ? Et quels liens ? Le clown voulait-il apporter de grandes quantités de rires à des éléments hostiles ? Des bombes de plaisanteries aux Jihadistes ? des vannes dévastatrices au Hamas ? "Vous trouvez peut-être cela drôle" a déclaré un représentant des Affaires Etrangères peu après, "mais l’incident a détérioré l’image d’Israël à l’étranger, notamment quand Israël a refusé de s’expliquer".

Prado n’est pas le seul.

Si tout cela n’était pas si insensé, grotesque et horripilant nous nous tordrions de rire. Mais des dizaines de visiteurs étrangers ont été refoulés de la même manière ces derniers mois, parce qu’ils étaient soupçonnés de sympathie envers les Palestiniens - une sérieuse offense sans nul doute. Ces personnes, n’écoutant que leur conscience, étaient venues soutenir les Palestiniens mais la Police de la Pensée de l’aéroport les a démasquées. L’historien juif américain Norman Finkelstein a été expulsé parce qu’il soutient la solution d’un état pour résoudre le conflit du Moyen Orient et qu’il pense qu’Israël fait commerce de l’Holocauste. S’il avait demandé à remplir le formulaire de nouvel immigrant il aurait été accueilli à bras ouverts au titre de la Loi du Retour. Mais il vient en visite et ose critiquer ? Qu’on le renvoie tout de suite en Amérique !

Trois militants suédois d’un organisme de formation regroupant des Juifs et des Palestiniens ont été récemment expulsés aussi, ainsi qu’un journaliste américain qui a travaillé pendant des années pour l’agence d’information palestinienne Ma’an.

Quelqu’un a-t-il jamais entendu dire qu’une personne venue soutenir moralement ou financièrement les colons les plus extrémistes ait jamais été expulsée ?

Je vous en prie, ne faites pas rire le Shin Bet ou le Ministère de l’Intérieur !

Gidéon Lévy

Haaretz, 9 mai 2010
http://www.haaretz.com/print-editio...

Traduction D. Muselet

http://www.legrandsoir.info:80/Expulser-un-clown-pour-des-mesures-de-Securite-C-est-une-plaisanterie-Haaretz.html


2-5 Sylvain Cypel : Le grand malaise des juifs américain.

Le général James Jones, patron du Conseil de sécurité nationale américain, était récemment l'invité d'honneur du 25e anniversaire du Washington Institute for Near East Policy (Winep), un groupe de réflexion très favorable à la diplomatie israélienne. Vu les dissensions entre la Maison Blanche et Jérusalem, il crut détendre l'atmosphère avec une blague. Un taliban meurt de soif dans le désert. Il trouve l'échoppe d'un juif et lui demande de l'eau. Le marchand lui répond qu'il ne vend que des cravates. Le taliban s'insurge. "Calmez-vous, rétorque le marchand. Mon frère tient un restaurant de l'autre côté de la colline. Il aura de l'eau." Le taliban s'en va et revient une heure après, la gorge en feu. "Votre frère m'a dit que pour entrer dans le restaurant je dois porter une cravate"...

Le général James Jones, patron du Conseil de sécurité nationale américain, était récemment l'invité d'honneur du 25e anniversaire du Washington Institute for Near East Policy (Winep), un groupe de réflexion très favorable à la diplomatie israélienne. Vu les dissensions entre la Maison Blanche et Jérusalem, il crut détendre l'atmosphère avec une blague. Un taliban meurt de soif dans le désert. Il trouve l'échoppe d'un juif et lui demande de l'eau. Le marchand lui répond qu'il ne vend que des cravates. Le taliban s'insurge. "Calmez-vous, rétorque le marchand. Mon frère tient un restaurant de l'autre côté de la colline. Il aura de l'eau." Le taliban s'en va et revient une heure après, la gorge en feu. "Votre frère m'a dit que pour entrer dans le restaurant je dois porter une cravate"...

La salle s'est esclaffée. Mais le rédacteur en chef de l'hebdomadaire juif The Forward s'est inquiété : "La blague est-elle drôle ou déplacée ?" De fait, elle est connue en Israël - l'Arabe prenant la place du taliban. Mais quelle image des juifs, ou plutôt des Israéliens (c'est à eux que le général faisait référence), renvoie-t-elle ? Elle place l'Israélien dans une attitude dominatrice et indifférente à la souffrance de son interlocuteur ; et reflète la détérioration de l'image de l'Etat juif et de sa politique aux Etats-Unis.

Au niveau institutionnel, le lobby pro-israélien y garde, certes, une capacité d'influence considérable. L'American-Israeli Cooperative Enterprise se plaît à indiquer que 14 sénateurs sur 100 sont juifs. A la Chambre, ils sont 7,1 % (31 sur 435 représentants). Un indéniable succès pour une communauté constituant 2 % de la population. L'immense majorité de ces élus soutient activement Israël.

L'Aipac, le lobby pro-israélien officiel, a joué un rôle moteur dans deux récents messages envoyés à Barack Obama, le pressant de "galvaniser la communauté internationale pour qu'elle prenne des mesures immédiates et radicales" contre l'Iran, qu'il a fait signer par 81 sénateurs et 366 représentants. Au sein du lobby, beaucoup s'inquiètent d'une funeste évolution de l'image de l'Etat juif, y compris dans la population juive. Beaucoup la datent de l'offensive sur Gaza, à la charnière 2008-2009.

La délégitimation ultérieure organisée par Israël du juge Richard Goldstone, le rapporteur de l'ONU sur les "crimes de guerre" commis par Tsahal, a été très efficace sur le plan institutionnel : ce rapport est aux oubliettes. Mais elle a été catastrophique vis-à-vis de l'opinion publique, aggravant la défiance envers le gouvernement israélien. Bernard-Henry Lévy, aujourd'hui initiateur de l'appel des intellectuels juifs européens craignant que la "faute morale" que constitue "l'occupation et la poursuite ininterrompue des implantations" en territoire palestinien ne favorise la "délégitimation (d'Israël) en tant qu'Etat", s'en était aperçu.

Après avoir défendu l'opération militaire à Gaza en France, M. Lévy avait été houspillé, deux mois plus tard, à l'université de New York par le spécialiste du Proche-Orient Mark Danner. Il avait constaté combien la salle était loin d'être acquise à son point de vue d'alors.

Depuis, ce mouvement s'est accru. Ainsi, une controverse est organisée chaque mois à New York par l'association Intelligence Squad, sponsorisée par la fondation Rosenkranz. On pose une question à un vaste auditoire, puis on fait débattre deux "pour" et deux "contre", et on repose la question. Le 9 février, le thème était : "Les Etats-Unis doivent-ils mettre fin à leur "relation spéciale" avec Israël ?" Au départ, 42 % de l'auditorium répondaient "non", 33 % "oui" et 25 % étaient indécis.

Après la joute entre deux notabilités favorables au statu quo - l'ancien ambassadeur israélien à Washington, Itamar Rabinovich, et Stuart Eizenstadt, ex-secrétaire au commerce de Bill Clinton - et deux opposants à la "relation spéciale" - Roger Cohen, du New York Times, et le politologue de Columbia Rachid Khalidi -, 49 % voulaient y mettre fin, 47 % la maintenir. Les indécis avaient basculé en défaveur d'Israël.

Non seulement l'image "morale" d'Israël se dégrade aux Etats-Unis, mais nombre de juifs ont plus de difficulté à s'identifier à cet Israël-là. Le 2 mai, une manifestation de soutien avait lieu devant le consulat israélien à New York. Les voix critiques dans la communauté y ont été vilipendées sur un ton qui ressemblait à celui d'André Darmon, rédacteur en chef d'Israël Magazine à Jérusalem, intitulant sa chronique récente, sous la photo de BHL : "Les cons"...

Le New York Times du 6 mai consacrait à ces "cons" l'ouverture de son cahier de politique intérieure. L'enquête abonde d'exemples de juifs de divers horizons mal à l'aise devant la politique israélienne, et inquiets que ses soutiens américains se réduisent progressivement aux cercles politiques les plus droitiers, cabrés dans la détestation de M. Obama. "La plupart ont des sentiments mêlés, explique Tamara Kolton, femme rabbin d'une obédience réformée. Ils soutiennent Israël, mais c'est compliqué."

Un autre bon mot aujourd'hui en vogue est symptomatique du doute qui s'installe : "Bibi Nétanyahou veut tellement la paix qu'il est disposé à en discuter pendant encore cinquante ans." Dans la plus grande communauté de la diaspora juive, il fait de moins en moins rire.

Sylvain Cypel

22.05.10

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/05/21/le-grand-malaise-des-juifs-americains_1361102_3232.html


2-6 Alain Gresh : Gaza-Berlin

Extrait

nb : Ndlr : La publication de l'article ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information

Le cinquième forum de la télévision Al-Jazeera vient de s’ouvrir à Doha, Qatar.

Ici, les nouvelles principales concernent le départ pour Gaza d’une flottille de neuf bateaux afin de briser le blocus et d’apporter du matériel pour aider à la reconstruction, ainsi que du matériel médical et scolaire, à ce petit territoire où s’entassent 1,5 million de Palestiniens, étranglés depuis plusieurs années.

Les navires les plus grands viennent de Turquie, mais ils devraient être rejoints par d’autres vaisseaux qui partiront d’Athènes et de Crète (« Aid convoy sets off for Gaza », Al-Jazeera English, 23 mai).

L’opération se place sous l’égide de « The European Campaign to end The Siege on Gaza », sur le site duquel on trouvera tous les détails et le suivi de l’action en cours.

Un des éléments importants est évidemment l’implication des autorités turques dans cette opération. Le premier ministre turc Recip Erdogan s’est personnellement engagé dans cette action.

La volonté israélienne d’interdire à la flottille l’accès à Gaza risque de détériorer encore plus les relations entre Israël et un pays musulman qui était, jusqu’à ces dernières années, un de ses principaux alliés.

Le blocus de Gaza dure depuis au moins juin 2007, date qui a marqué la rupture entre le Fatah et le Hamas.

Quoi qu’on pense de ces événements, pourquoi la population civile devrait-elle en payer le prix ?

Il s’agit, ni plus ni moins, d’une prise d’otage par les autorités israéliennes.

Les destructions commises lors de l’agression israélienne de décembre 2008 ont rendu la situation encore plus insupportable, forçant même l’Union européenne et les Etats-Unis à demander la levée du blocus. Mais comme ces déclarations n’ont été suivies d’aucune action, d’aucune sanction, le gouvernement israélien poursuit une politique qui relève du crime de guerre.

Les preuves en sont multiples, notamment un rapport, encore un, des Nations unies (« Un rapport de l’ONU dénonce le blocus israélien dans la bande de Gaza », LeMonde.fr, 23 mai) : « Selon un rapport de l’ONU, le blocus qu’Israël impose à la bande de Gaza continue d’entraver gravement la reconstruction des bâtiments et infrastructures détruits lors de l’offensive israélienne de décembre 2008-janvier 2009. A ce jour, seuls 25 % des dégâts ont pu être réparés, plus d’un an et demi après l’offensive dévastatrice “plomb durci”. »

Cette tentative de briser le blocus fait la Une d’Al-Jazeera, alors qu’il y a fort à parier que les télévisions françaises ou américaines ne lui accordent aucune place. Il ne s’agit pas seulement de différence de perspective ; ici, on y voit une preuve de plus de ce que le discours de l’Europe et des Etats-Unis sur les droits humains n’est que pure propagande.

Pour en revenir au cinquième forum d’Al-Jazira, il a été ouvert par une longue intervention de Robert Fisk, journaliste au quotidien The Independent (Londres), l’un des meilleurs et des plus courageux journalistes couvrant le Proche-Orient. Son allocution est disponible sur l’une des chaînes d’Al-Jazira, mais je n’ai pas été capable de la retrouver, je laisse le soin à un lecteur de le faire et j’ajouterai le lien.

Il intervenait sur les liens entre médias et pouvoir et a surtout développé une analyse des termes que les journalistes emploient et qui, en réalité, sont déjà des prises de position : « processus de paix » pour parler des négociations israélo-palestiniennes ; « combattants étrangers » (en Afghanistan et en Irak), alors que l’on oublie que les principales forces étrangères sont américaines et occidentales ; « parties en conflit », pour occulter que l’on a affaire à un occupant et un occupé.

PS Selon le quotidien Haaretz, « Israel to Europe : Stop your citizens from sailing to Gaza with aid » (Jack Khoury et Barak Ravid, 17 mai), le gouvernement israélien a demandé aux gouvernements européens d’empêcher leurs citoyens de participer à la tentative de briser le blocus de Gaza. Selon le journal, certains des diplomates ont dit que leur gouvernement s’y emploierait !

Source : Les blogs du Diplo

Doha, 23 mai 2010



 Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières,les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

" Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19


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