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13/06/2010

n°532 - Journal de Palestine - 31-05 au 13-06 : Fin :- « Assaut meurtrier de la marine israélienne contre la flottille humanitaire »

n°532  - Journal de Palestine - 31-05 au  13-06 : Fin :- « Assaut meurtrier de la marine israélienne contre la  flottille humanitaire »



          Face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

     Sa diffusion est un acte de résistance.

                 Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre.

Les médias occidentaux dans leur large majorité ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources.



Journal de Palestine 

- « Assaut meurtrier de la marine israélienne contre la flottille humanitaire »

 

n°532                       31-05 au  13-06

C.De Broeder      &  M.Lemaire



Vous retrouverez ce journal 

a) sur mes blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

 

c) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

 

d) sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 

NB : Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be


Sommaire

7 Dossier

7-1Nadjia Bouaricha : La Sublime Porte se referme sur Israël.

8 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

8-1 Hazem Jamjoum : Par la piraterie, Israël se dévoile aux yeux du monde

8-2 Thomas Sommer : "Nous nous sommes sentis abandonnés par la France"

9 Analyse - Géopolitique et stratégie – Réflexion.

9-1 Rannie AMIRI : Saboter la paix : La vraie raison de l’attaque de la flottille de Gaza.

9-2 Thierry Meyssan : Flottille de la liberté : le détail que Netanyahu ignorait.

9-3 Une semaine est passée depuis l’attaque de la flottille  de la paix dans les eaux internationales.

 


7 Dossier

Ndlr :La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information 

7-1Nadjia Bouaricha : La Sublime Porte se referme sur Israël.
Je condamne de la manière la plus forte ce massacre sanglant…

Cette attaque insolente et irresponsable qui piétine toute vertu humaine doit absolument être punie », cette phrase lancée, hier, par le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, sonne-t-elle le glas des relations privilégiées entre son pays, la Turquie, et Israël ?

Si la réponse à cette question appartient à l’avenir, il y a lieu tout de même de souligner que les relations entre les deux « Etats alliés » sont au plus mal et risquent le pire.

La virulence des propos d’Erdogan creuse en tout cas la tombe de l’entente bilatérale.

Déjà très tendues depuis l’agression israélienne contre Ghaza en 2008, les relations bilatérales entre les deux pays connaissent avec l’attaque de la « flottille de la liberté » un tournant important. Dans un discours prononcé au Parlement hier, Erdogan met la communauté internationale devant ses responsabilités et la somme de « dire non aux agressions d’Israël ». Empruntant un ton fort et sans ambiguïté, le Premier ministre turc accuse Israël, qu’il qualifie « d’abcès ouvert pour la paix dans la région », de cultiver le mensonge. « Vous dites que vous avez riposté à une attaque, arrêtez donc de mentir, nous avons plus qu’assez de vos mensonges », assène-t-il à l’Etat sioniste, en joignant un geste de dégoût. Erdogan hausse davantage le ton pour passer à la menace : « L’amitié de la Turquie est précieuse, mais son inimitié est d’autant plus violente… Israël ne doit pas mettre à l’épreuve la patience de la Turquie. »
Et d’ajouter : « Sachez que nous ne tournerons jamais le dos à Ghaza et nous ne l’abandonnerons jamais », dit-il, comme pour affirmer une position très honorable prise par son pays lors de l’agression de ce territoire palestinien il y a plus d’une année. Les propos d’Erdogan ne sauraient traduire une simple colère passagère, l’attaque israélienne est bel et bien la goutte qui a fait déborder le vase du contentieux israélo-turc. La presse turque est d’ailleurs unanime à dire que le sort en est jeté des relations bilatérales. Israël a perdu un allié fort et
la Palestine a gagné une voix et un soutien précieux.
L’homme malade semble se réveiller et même bien se porter pour donner à
la Turquie un nouveau visage, celui d’un leader qui brandit fièrement l’étendard d’une région stigmatisée et sujette à la répression occidentalo-israélienne. Contrairement aux pays arabes, la Turquie a su se libérer d’une politique étrangère aux ordres des puissances occidentales. Elle s’affirme comme un Etat capable de dire non et de se faire entendre. Sortant de sa chrysalide, la Turquie vole de ses propres ailes et devant le rejet de l’Europe de l’intégrer dans son espace, elle se tourne vers cet Orient d’où elle a tissé son ancien Empire ottoman.
Nadjia Bouaricha

http://www.elwatan.com/La-Sublime-Porte-se-referme-sur

 



8 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

Ndlr : PS : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information 

8-1 Hazem Jamjoum : Par la piraterie, Israël se dévoile aux yeux du monde
Silvia Cattori s’entretien avec Hazem Jamjoum

L'attaque par les commandos israéliens d'un convoi humanitaire en Méditerranée a ouvert les yeux d'une partie de l'opinion publique internationale sur la réalité du blocus de Gaza. Cette prise de conscience citoyenne devrait se traduire par un renforcement du boycott contre les produits de l'apartheid.
Dans l'entretien qu'il a accordé à Silvia Cattori, l'universitaire palestinien Hazem Jamjoum décrit également la situation politique en Palestine occupée, entre un Fatah qui s'accroche au pouvoir, malgré le désaveu populaire, et un Hamas ostracisé par la communauté internationale, bien que démocratiquement élu.

Le 31 mai 2010, les pirates israéliens ont attaqué des navires civils dans les eaux internationales.

L'universitaire palestinien Hazem Jamjoum, 28 ans, de passage à Genève le jour où la marine israélienne a stoppé dans le sang la Flottille de la liberté, répond aux questions de Silvia Cattori.

Silvia Cattori : Ce lundi, 31 mai, avez-vous été surpris en apprenant que la marine israélienne avait attaqué la flottille d'aide humanitaire, et tiré sur les navigants qui voulaient se rendre à Gaza ?

Hazem Jamjoum [1] : L'attaque contre la Flottille de la Liberté était d'une certaine manière attendue car le gouvernement israélien et l'armée avaient fait savoir assez clairement qu'ils n'allaient pas autoriser des militants à entrer à Gaza. J'ai été très choqué lorsque j'ai appris qu'ils avaient tué et blessé de nombreuses personnes. On pouvait s'attendre à ce qu'ils empêchent les bateaux de passer et qu'ils arrêtent les militants.

Mais qu'ils utilisent cette violence, tirent à balles réelles, ce fut un grand choc pour moi.

Je pense que cela montre la logique selon laquelle les militaires israéliens agissent, en ce sens qu'Israël a montré depuis 62 ans qu'il n'avait aucun problème à tuer des gens [2], à commettre des actes de piraterie ou à violer le droit international. Il devient de plus en plus clair qu'Israël considère qu'il peut continuer de perpétrer des meurtres, qu'il s'agisse de Palestiniens ou de non-Palestiniens.

Du reste ce n'est pas la première fois qu'Israël tue des non-Palestiniens.

A l'évidence, la communauté internationale a montré qu'elle ne veut prendre aucune mesure concrète

pour punir Israël ou pour lui demander des comptes pour les crimes qu'il commet.

Silvia Cattori :

L'attaque de la flottille par les troupes de la marine israélienne en pleine mer a soulevé immédiatement une vague de réactions sans précédent. Des réactions bien plus massives contre Israël que lors des bombardements qui, en huit minutes, avaient laissé près de 300 morts sur le sol à Gaza, le 27 décembre 2008. Est-ce à dire que les vies palestiniennes

ne méritent pas la même attention ?

Hazem Jamjoum :

C'est un vaste sujet. Premièrement, je pense que, malheureusement, les médias, tout comme Israël, portent peu d'attention à la vie des Palestiniens et des arabes

en général. Alors que des arabes sont tués quotidiennement en Irak depuis 2003, cela provoque

à peine quelques commentaires à la télévision.

C'est pareil avec la Palestine : Israël tue des Palestiniens depuis 62 ans, et d'une manière de plus en plus massive depuis la seconde Intifada, sans que cela ne fasse d'éclat. Je pense que si cette attaque est si importante pour les médias, c'est parce que, parmi les 700 personnes qui étaient sur ces bateaux, ce sont des internationaux qui ont été tués et blessés.

Depuis le carnage de Gaza en 2008-2009 il y a eu le développement d'un mouvement international très fort ; la critique sur la politique d'Israël a traversé toutes les strates de la société. L'importance donnée par les médias à l'attaque contre la flottille, met en évidence combien le mouvement a grandi. Il y a des milliers de gens qui ont donné leur argent pour financer ces bateaux.

Silvia Cattori : Avez-vous été surpris par le fait que les États-Unis n'ont pas condamné l'acte de piraterie d'Israël et n'ont pas demandé la levée du blocus ?

Hazem Jamjoum : Pas vraiment. Les États-Unis n'ont jamais tenu Israël comme responsable de ce blocus. Il est devenu très clair qu'ils ne feraient rien pour le lever. Raison pour laquelle c'est cette flottille de la liberté  €“ avec le large soutien du mouvement qui se bat pour lever le blocus  €“ qui allait le faire.

Cette flottille apportait une aide humanitaire, mais ce n'était pas une simple action caritative ; c'était

une action politique ; c'était une déclaration politique. L'objectif des organisateurs de la flottille était

que, puisque les gouvernements du monde se montrent incapables de tenir Israël pour responsable de ce blocus médiéval - nous n'avons jamais vu un blocus contre une population comme celui-ci depuis près de 800 ans - la flottille allait le faire.

C'était cela le but de cette flottille. C'est aussi le but de la campagne de Boycott, Désinvestissement

et Sanctions (BDS) lancée en 2005 par toutes les organisations de la société palestinienne ; des partis, des syndicats, etc. Cette campagne a commencé à prendre de l'ampleur et à se développer rapidement après le carnage à Gaza, quand les gens, dans le monde entier, ont commencé à voir Israël pour ce qu'il est : un régime d'apartheid, d'occupation, de colonisation.

Et l'extension de ce mouvement a rendu, même les médias, plus sensibles à la réalité, au fait qu'Israël n'est pas un État destiné à protéger sa population juive, mais un État qui commet des crimes contre les non juifs d'une manière continue.

Silvia Cattori : Pensez-vous que cette attaque en mer permettra d'en finir avec l'impunité et avec la protection qu'Israël a toujours eue de la part de nos médias ?

Hazem Jamjoum : Oui, Israël était très protégé jusqu'Ã maintenant, par les médias, les institutions, les pouvoirs. Surtout en Europe où les organisations juives ont utilisé avec succès la culpabilité du génocide de la seconde guerre mondiale, pour mentir en disant, par exemple, que les Palestiniens étaient partis parce que les dirigeants arabes leur avaient dit de le faire.

Succès obtenu également en faisant peur aux gens qui critiquaient Israël car cela les exposerait à se

voir accusés d' « antisémitisme ».Or quand vous voyez l'armée israélienne utiliser

des chars et des F 16 pour bombarder des populations civiles qui ne sont pas en mesure de se défendre et

n'ont nulle part où aller parce que la frontière est toujours fermée, ou quand vous voyez Israël encercler

des internationaux, des humanitaires, des députés membres de divers parlements, et commencer à tirer

sur eux et sur leurs bateaux, il devient difficile d'accuser ceux qui critiquent l' attentatd'Israël qui agit de la sorte, d'avoir un comportement « antisémite ».

La seconde chose est l'augmentation des gens

de confession juive qui réalisent qu'Israël a fait

cela depuis 62 ans au nom des juifs, en abusant du

nom des juifs pour couvrir ses crimes. Je crois que

 le nombre croissant de juifs qui disent

« Vous ne pouvez pas continuer de dire cela en

mon nom », qui s'opposent au sionisme et à

son fondement, qui s'opposent aux crimes commis

par Israël, est aussi un important phénomène.

Silvia Cattori : Si Israël a pu poursuivre durant 62 ans sa politique d'épuration ethnique, basée sur la haine

et la déshumanisation, n'est-ce pas parce que

sa propagande a toujours réussi à renverser la donne ;

 il a transformé les victimes palestiniennes de

sa politique d'apartheid en terroristes ; présenté

ses voisins arabes et musulmans comme inférieurs, violents, fanatiques ?

Hazem Jamjoum : Pas seulement Israël du reste.

Si vous regardez les films d'Hollywood qui font le portrait des arabes et des musulmans en général, en particulier depuis la soi-disant « guerre contre le terrorisme » - mais même avant - vous constatez que ce portrait,

dans la culture populaire, est une déshumanisation qui

est complètement raciste. Certes, Israël l'a utilisée à

son profit depuis 62 ans.

Ce prétendu « monde civilisé occidental », voit les arabes et les musulmans comme des barbares sauvages,

des sous-hommes. Si vous regardez les médias israéliens, les Palestiniens, les Israéliens arabes

sont décrit comme des sauvages violents,

fous, irrationnels. Il y a là un grand travail à faire

pour gagner ce combat contre les stéréotypes racistes ; contre cette imagerie dégradante à l'égard des arabes

et des musulmans ; et pour expliquer que cette barbarie ne correspond pas à la réalité et que l'histoire montre

tout ce que les civilisations occidentales leur ont en fait emprunté ou, comme on peut le voir dans les musées, physiquement volé.

Silvia Cattori : Ce qui rend le contexte encore plus difficile à comprendre au dehors, est que les autorités de Ramallah et leurs représentants à l'extérieur font

le jeu de l'occupant israélien. Le jour même de l'attaque israélienne contre la flottille, Elias Sambar, représentant palestinien à l'UNESCO, (invité sur la chaîne

de télévision France 2) ne cachait pas cette fracture. « Vous savez ce que je pense du Hamas » disait-il

à Daniel Shek, ambassadeur d'Israël en France,

qui n'avait pas de mots assez durs pour incriminer

le Hamas. Comment comprendre cette complaisance

à l'égard d'un occupant colonial qui martyrise

si cruellement la Palestine et un tel mépris, de la part d'un diplomate palestinien, de l'autorité du Hamas

issue des urnes ?

Hazem Jamjoum : Cette direction palestinienne a mis toute sa stratégie dans un mauvais panier, à savoir l'idée que, en parlant avec Israël et en convaincant

la communauté internationale, elle pourra apporter

la preuve que, d'une manière ou d'une autre,

la négociation pourra aboutir à donner leurs droits

aux Palestiniens.

Au cours des 13 à 14 dernières années, il est apparu parfaitement - et criminellement - clair que

ces négociations bénéficiaient uniquement à Israël qui

les utilise comme méthode pour voler les terres

en renvoyant toujours à plus tard la soi-disant « solution », et en utilisant ce temps pour continuer de consolider

son régime d'apartheid, son vol de la terre palestinienne et la construction de ses colonies.

La diabolisation du Hamas va de pair avec

la diabolisation générale des groupes politiques islamiques, et également avec la préparation

d'une guerre contre l'Iran, le Hamas étant décrit comme faisant partie du camp iranien. Il faut que cela soit clair :

le Hamas est aussi le choix populaire,

élu démocratiquement en 2006, et nous considérons

ce vote comme un vote de rejet des négociations.

Quand les Palestiniens ont voté en 2006 en faveur

du Hamas, ils ont dit au Fatah qu'ils n'acceptaient pas

les négociations. Parce qu'elles ont prouvé qu'elles étaient un échec. Le fait que ce leadership à Ramallah continue les « discussions de proximité » et

les négociations ne fait que prouver que sa stratégie

a échoué.

Silvia Cattori : Il semble que le président Mahmoud Abbas n'ait pas véritablement appelé à mettre fin

au blocus. Est-ce bien ainsi ?

Hazem Jamjoum : Je ne sais pas. Je ne me souviens pas. Ils ont critiqué le blocus à un certain moment, mais

 je ne sais pas s'ils ont vraiment essayé de manière consistante et systématique de travailler au travers

des Nations Unies et au travers de leurs contacts internationaux pour briser le blocus de Gaza.

Il est parfaitement clair que les dirigeants de Ramallah

ont pris très fortement position contre le Hamas et voient le Hamas comme quelque chose qui brise leur monopole politique et comme une menace. Ils suivent la même ligne qu'Israël vis-à-vis du Hamas et cela est extrêmement regrettable ; en particulier quand, parfois, ils saisissent l'occasion de parler de réconciliation avec le Hamas et dans le même souffle ils s'opposent totalement au Hamas et le diabolisent.

Je pense que les deux parties, aussi bien la direction du Fatah que celle du Hamas, doivent revenir

aux demandes fondamentales des gens. Ils doivent couper leurs liens avec le régime d'apartheid

et revendiquer les droits fondamentaux des Palestiniens - le droit de retour des réfugiés et la pleine égalité pour les citoyens palestiniens d'Israël - qui ont été complètement laissés de côté dans l'agenda

du leadership palestinien, alors qu'ils représentent la grande majorité des Palestiniens dans le monde : il y a environ 6,4 millions de réfugiés palestiniens dispersés dans le monde, et environ 1,5 million de Palestiniens qui sont citoyens d'Israël. Ils sont négligés par les deux directions [du Fatah et du Hamas, ndt].

Silvia Cattori : Le refus des États-Unis de condamner Israël au Conseil de Sécurité et d'exiger la fin du blocus israélien vous a-t-il surpris ?

Hazem Jamjoum : Non, je ne suis pas surpris. Les États-Unis sont très clairs ; Israël est l'allié stratégique numéro un des États-Unis dans la région. Ils considèrent Israël comme étant une extension des États-Unis au Moyen Orient. C'est ainsi que le gouvernement des États-Unis voit Israël depuis les années 70.

Je pense que les politiciens états-uniens croient en cette politique ; en dépit du fait que l'intérêt

que représente Israël pour les États-Unis soit extrêmement contestable.

Les militaires états-uniens - tout récemment le général Petraeus - ont dit très clairement que les États-Unis perdent des vies à cause de leur soutien à Israël.

C'est un aveu très exact. Les gens qui, au sein du département d' attentat US ont dit, dès 1948, que

le soutien à Israël est en fait contraire aux intérêts économiques et stratégiques des États-Unis, avaient raison.

Silvia Cattori : Cela ne changera pas ?

Hazem Jamjoum : Je pense que cela changera, que cela doit changer, vu l'élargissement aux États-Unis

du mouvement qui appelle au Boycott, au Désinvestissement et aux Sanctions (BDS) contre Israël, et le soutien au BDS du Green Party qui est le troisième parti, le soutien de politiciens de plus en plus nombreux, en particulier ceux qui ont visité Gaza après le carnage, et ceux qui ont le courage de

dire leur opinion. Mais les politiciens ne peuvent pas simplement s'opposer à Israël car cela entraîne

des conséquences ; cela demande que le mouvement social aux États-Unis devienne plus fort, et je pense que ces mouvements qui sont critiques vis-à-vis d'Israël et demandent la fin de la politique d'apartheid d'Israël sont en train de se développer. Je suis prudemment optimiste. Cela exige plus de travail.

Il ne s'agit pas seulement du soutien des États-Unis. L'Europe est le plus grand importateur de produits israéliens dans le monde, alors que les relations entre

les États-Unis et Israël sont surtout basées sur la finance et les investissements. C'est pourquoi la campagne

de BDS est si importante. Comme marché de produits, l'Europe est le marché principal. Après le marché interne entre Israël et la Palestine, le plus gros est avec l'Union Européenne ; l'Union Européenne a un accord de libre échange avec Israël, et les échanges culturels sont très importants. Tout cela représente un défi.

Exposé d'Hazem Jamjoum (en anglais) sur l'apartheid en Palestine

Silvia Cattori

Journaliste suisse indépendante, de langue maternelle italienne. Les années qu'elle a passées outre-mer, notamment en Asie du Sud-Est et dans l'Océan indien, en contact étroit avec le milieu de la diplomatie et des agences des Nations Unies, lui ont donné une certaine compréhension du monde,

de ses mécanismes de pouvoir et de ses injustices. En 2002, elle fut témoin de l'opération « Bouclier de protection », conduite par Tsahal en Cisjordanie.

Elle se consacre depuis à attirer l'attention du monde sur le sort subi par le peuple palestinien sous occupation israélienne.
Auteur de Asie du Sud-Est, l'enjeu thaïlandais

(éd L'Harmattan, 1979).

4 juin 2010

http://www.voltairenet.org/article165685.html__,_._,___


8-2 Thomas Sommer : "Nous nous sommes sentis abandonnés par la France"
L’intégralité du débat avec Thomas Sommer, coordinateur de la Campagne civile internationale pour la protection du peuple palestinien, vendredi 4 juin 2010.

Coordinateur de la Campagne civile internationale pour la protection du peuple palestinien (CCIPPP), Thomas Sommer, est l’un des neuf Français qui ont participé à la flottille pour Gaza, arrêtée lundi 31 mai par un assaut de l’armée israélienne dans les eaux internationales qui a fait neuf morts.

Au lendemain de son retour en France, il a répondu vendredi 4 juin aux questions des internautes du Monde.fr.

Daniel : Qui êtes-vous ? Sur quel bateau étiez-vous ?

Thomas Sommer : Je fais partie des campagnes civiles internationales pour la protection du peuple palestinien, et on a un site web : www.protection-palestine.org. J’étais sur le cargo grec, le Sophia, où l’on était environ vingt-cinq à trente : Français, Italiens, Suédois...

Emmanuel : Comment s’est formée cette flottille ? Quelle association en a été l’initiatrice ?

Thomas Sommer : Il y a plusieurs associations qui ont mis leur projet en commun : une association grecque, Ship to Gaza, qui représente un collectif d’associations, de syndicats, qui ont mis leurs forces en commun pour acheter un cargo, de l’équipement. Ensuite, il y a l’organisation Free Gaza Movement, qui est à majorité anglo-saxonne. Ensuite Ship to Gaza Suède, un collectif suédois qui a fait la même chose en Suède. Il y a aussi IHH, la grosse organisation humanitaire turque, qui existe depuis au moins dix ou quinze ans. Et aussi une organisation située entre Belgique et Angleterre : Campaign to End the Siege on Gaza, une ONG qui fait du lobbying auprès de l’Union européenne pour faire lever le siège. Ce sont les principales organisations qui ont été le moteur de cette action.

J’ai travaillé avec les amis grecs depuis deux ou trois mois. Eux, ils travaillent sur cette opération depuis quasiment un an. Un cargo, 1 500 tonnes de chargement : imaginez l’ampleur du travail !

J’ai plus travaillé pour essayer de mobiliser les réseaux de députés en France, en Europe, et aussi en termes médiatiques sur d’autres réseaux internationaux. Cette opération avait deux objectifs : d’une part, l’urgence humanitaire ; d’autre part, montrer qu’il faut lever ce siège criminel, inhumain.

Daniel : Comment cela s’est passé sur le bateau ? Avez-vous tenté une quelconque opposition aux forces de l’ordre ?

Thomas Sommer : Ce n’était pas les forces de l’ordre, mais des commandos de la marine israélienne, qui n’avaient rien à faire en plein milieu des eaux internationales. Ce ne sont pas des policiers qui ont arrêté des militants à Tel-Aviv ou Haïfa, mais des commandos qui ont attaqué des civils dans les eaux internationales ! Cela s’est passé de façon violente : de nuit, nous avons été attaqués par des b timents de guerre, nous avons eu droit aux frégates, à des navires énormes, et aussi des Zodiac remplis de commandos cagoulés, habillés en noir, et des hélicoptères de combat.

Cela dit, nous avons eu de la chance. Nous étions assez peu sur notre cargo, il y avait un député suédois, un écrivain suédois de renom, Henning Mankell. Quand les deux Zodiac nous ont abordés, nous nous sommes réfugiés en bloc autour de la cabine du capitaine. Ils ont sorti des Taser et ont tiré à bout portant sur les copains qui étaient les premiers devant eux. Ils sont tombés sur le coup puis ils se sont fait tabasser, et une fois que quatre ou cinq étaient à terre, ils ont sorti les pistolets et fusils mitrailleurs. Nous nous sommes mis à terre, ils sont entrés dans la cabine du capitaine et ont pris le contrôle du bateau. Ensuite, ils nous ont pris un par un et nous ont regroupés dans un coin du bateau.

guy grec : Mais vous aviez été prévenus pendant cinq heures par radio des risques que vous couriez !

Thomas Sommer : Nous, nous avions annoncé que nous allions à Gaza. Sauf que notre cap c’était l’Egypte, car nous voulions arriver le plus tard possible dans la zone des 25 milles au large de Gaza, pour pouvoir négocier. Nous ne nous attendions pas à être attaqués à 4 heures du matin. Les Israéliens nous disaient "Arrêtez-vous". Ils n’avaient pas le droit de le faire, puisque nous étions dans les eaux internationales. Nous le leur avons dit. Nous étions en communication avec les gouvernements turc et grec, les seuls qui auraient eu le droit de nous demander de nous arrêter, et ils ne nous ont rien demandé.

Ben : Sur le Mavi-Marmara, pourquoi transporter des barres de fer, couteaux, etc., sur un bateau en mission humanitaire ?

Thomas Sommer : Sur n’importe quel bateau, on trouve au moins une masse, des couteaux de cuisine, du matériel pour faire de la mécanique... C’est ça qu’ils ont trouvé. Nous aussi, sur notre bateau, les soldats israéliens ont trouvé trois couteaux de cuisine, un cutter, une hache et une masse. Ils nous ont expliqué que c’était des armes. Mais sur n’importe quel bateau civil, on trouve ce genre de matériel. La hache sert en cas d’incendie, pour couper des cordes, par exemple.

Deuxième chose : sur le Marmara, les gens se sont défendus comme ils ont pu. Ils se sont fait tirer dessus et se sont défendus avec ce qu’ils avaient sous la main. Imaginez la même situation en Somalie : un cargo français est attaqué en pleine nuit par des pirates, il y a neuf morts, et on apprend qu’à un moment donné les marins français ont essayé de se défendre. Moi, je pense que ce sont des héros et des victimes.

Ben : Que pensez-vous des vidéos montrant les passagers du Mavi-Marmara attendant les soldats israéliens, armés de barres de fer, avant même que ces derniers ne soient montés sur le bateau ?

Thomas Sommer : Ce que j’ai vu, ce sont des gens qui se sont défendus contre des soldats qui les agressaient de nuit, au milieu des eaux internationales, avec ce qu’ils avaient sous la main. Ces gens avaient le droit de se défendre. Comme ils le pouvaient. Et ils n’ont tué personne. Sur le bateau turc, aucun soldat israélien n’a été tué.

Laurent : Comment avez-vous été traité une fois arrêté par la police israélienne ?

Thomas Sommer : Mal. Beaucoup de mes camarades ont été tabassés. Un journaliste italien de la RAI est allé directement à l’hôpital à son retour, à l’aéroport. Ceux qui n’ont pas été tabassés, comme moi, ont été mis en prison. Nous avons été maltraités. Ils ne nous ont pas torturés, mais nous ont traités comme des chiens.

bert : Certaines des associations turques présentes dans la flottille sont proches du Hamas. Pourquoi des gens de gauche modérés ont-ils pris le risque de s’associer à elles ? L’effet n’aurait-il pas été meilleur si des gens modérés s’étaient mis en route avec une flotte plus petite, mais sans risques d’amalgame avec le Hamas ?

Thomas Sommer : Une association, comme l’association turqui IHH, qui tente d’envoyer du matériel humanitaire dans la bande de Gaza depuis plus de dix ans est forcément en contact avec les autorités locales, à savoir le Hamas. Toutes les ONG qui travaillent à Gaza discutent avec le Hamas. On est obligé à un moment donné de passer par eux. Quant à l’idée de partir de notre côté, sur une flotte plus petite, je pense qu’agir chacun dans son coin n’a aucun sens. L’intérêt est d’avoir une flottille internationale qui agisse. C’est le symbole qu’on a envoyé. Des Turcs, des Anglais, des Italiens, des Français... qui agissent ensemble. A un moment donné, on ne supporte plus que la communauté internationale reste passive face à ce qui se passe à Gaza. Il faut que le siège soit levé. On était une cinquantaine de nationalités à le crier haut et fort.

Helene : Comment s’est passé le retour en France ? Avez-vous été reçus par un membre du gouvernement ?

Thomas Sommer : Personne ne nous a reçus, et très franchement, là-bas on s’est senti abandonnés. La seule personne qu’on a vue quelques minutes dans le sud d’Israël, c’est un attaché culturel du consulat, qui n’avait aucun pouvoir. Ceux qui nous ont sauvés, moi et mes deux copains, ce sont les Grecs et l’ambassadeur grec, qui a fait quelque chose de fantastique qu’il n’était pas obligé de faire. C’est pour cela que nous sommes arrivés en Grèce : les Grecs nous ont pris dans leur avion militaire, et ensuite nous nous sommes débrouillés pour rentrer à Paris. Mais à aucun moment, le gouvernement français ne nous a proposé un rapatriement. Et nous sommes rentrés à nos frais.

Samedi dernier (le 29 mai), dans une dépêche que j’ai sous les yeux, le gouvernement français annonce qu’il est pour la levée immédiate du blocus, "au moment où sept bateaux humanitaires arrivent à Gaza". Donc pour nous, il nous soutenait. Et le Rachel-Corrie faisait partie de la même flottille, il a été retardé par des problèmes techniques. Il avait le même chargement humanitaire contrôlé par les autorités irlandaises, lesquelles ont dit aux Israéliens qu’il était hors de question de toucher à un cheveu des gens qui étaient sur le bateau. Je ne comprends donc pas la position française.

Je veux bien qu’on me dise : Arrêtez le Rachel-Corrie, et la communauté internationale, l’ONU, prendront le relais et enverront toute l’aide humanitaire nécessaire. Mais ce n’est pas ce qui se passe. D’un côté, l’UE appelle à la levée du blocus, et de l’autre, Bernard Kouchner explique que les politiques ne peuvent pas tout faire, le blocus perdure, et rien ne se passe.

Jacques.S : Ne pensez-vous pas qu’il serait plus prudent de faire débarquer les prochains bateaux en Egypte, à El-Arish par exemple, afin que les produits arrivent bien aux habitants de Gaza ?

Thomas Sommer : Savez-vous ce qui est arrivé au convoi qui est parti en décembre et voulait entrer dans la bande de Gaza par l’Egypte ? Cela a été très compliqué, et il n’a réussi à passer que parce que le gouvernement turc a tapé sur la table. Jusqu’à il y a quelques jours, Rafah était fermée, et il a fallu le scandale autour de nos bateaux pour que l’Egypte annonce qu’elle ouvrait Rafah pour laisser passer l’aide humanitaire. Nous, nous voulons des mesures durables, que le blocus soit levé tout de suite, que les dizaines de milliers de tonnes de ciment pour la reconstruction et la nourriture passent. Nous voulons que le blocus soit levé durablement, pas seulement pour quelques mois.

Bouchon : Ce n’était donc pas la première fois qu’une flottille humanitaire (mais aussi à visée politique) partait vers Gaza ?

Thomas Sommer : D’après vous, pourquoi avons-nous choisi la mer ? Parce qu’il y a eu des précédents. Depuis 2008, quatre ou cinq bateaux ont réussi à passer. Cela nous semblait donc le chemin qui donnait le plus de chances de réussite.

Smith.M : N’y avait-il pas d’autre solution, plus douce, pour briser le blocus de Gaza ?

Thomas Sommer : Il y a des solutions très douces : il suffit que la communauté internationale impose à Israël la levée du blocus. Avec si nécessaire des sanctions. Et nous arrêterons de monter des bateaux pour partir pour Gaza. C’est cela la solution douce : que la communauté internationale prenne ses responsabilités et impose la levée du blocus à Israël.

Pierre80 : Que pensez-vous de la terminologie utilisée par la presse nationale pour vous décrire ? J’ai entendu : "activistes pro-palestiniens", "militants palestiniens", et parfois même "militants anti-israéliens" ?

Thomas Sommer : Militant palestinien ? Je ne suis pas palestinien. Militant pro-palestinien ? Si s’élever contre le blocus horrible et l’injustice qui s’exercent contre les Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie, c’est être militant pro-palestinien, alors oui, je le suis. Si l’on prend ce point de vue, l’ONU aussi est pro-palestinienne. Même la France. En tout cas en paroles. Nous leur demandons des actes.

Helene : Attendez-vous une enquête ? Craignez-vous qu’il s’agisse d’une enquête uniquement israélienne ou américano-israélienne ?

Thomas Sommer : Je pense qu’il faut une enquête internationale. On ne peut pas être juge et partie. Je pense qu’il faut mettre les Israéliens face à leurs responsabilités. Ce qui vient de se passer, c’est un acte de piraterie. Quand la marine israélienne attaque des b timents en plein milieu des eaux internationales, tue des gens, kidnappe les civils sur les bateaux, vole le chargement, le bateau, y compris nos bagages, et même nos papiers d’identité – je n’ai plus ni passeport, ni carte d’identité, ni portable ! Je ne sais même pas s’il y a un précédent dans l’Histoire !

Ben : Comprenez-vous le droit d’Israël à se défendre ?

Thomas Sommer : Bien sûr, mais qui les a attaqués ? Ils ne se défendent de rien, ils attaquent des b timents civils. Ils peuvent alors kidnapper la moindre ONG qui déclare qu’il faut envoyer de l’aide humanitaire à Gaza ? Nous ne les avons pas attaqués, c’est eux qui nous ont attaqués. Par ailleurs, est-ce qu’Israël est en guerre contre la Grèce, la Turquie, l’Irlande ? Je ne le pense pas.

Sébastien : Que deviennent les bateaux arraisonnés et les marchandises qui sont à bord ?

Thomas Sommer : On n’en sait rien. A moins que nos gouvernements ne tapent du poing sur la table pour les récupérer, j’ai bien peur que ces bateaux et leur chargement ne disparaissent, comme nos affaires, nos passeports et tout le reste.

Guest : Comptez-vous porter plainte ? Et si oui, qu’attendez-vous de cette plainte ?

Thomas Sommer : J’aimerais pouvoir rencontrer les autorités françaises, au moins sur la question des papiers d’identité. Les passeports appartiennent à l’Etat, donc lui seul peut les récupérer. Pour le reste, bien sûr, nous allons porter plainte devant la Cour internationale de justice, individuellement et collectivement.

Mokhtar gaza : Envisagez-vous de nouvelles actions de ce type ?

Thomas Sommer : Tant que la communauté internationale ne prendra pas ses responsabilités, tant que le blocus ne sera pas levé effectivement, les gens qui trouvent insupportable ce qui se passe à Gaza prendront les choses en main et agiront selon leur conscience. Je pense que cela relève du droit d’ingérence humanitaire, concept mis en place, si je me souviens bien, par Bernard Kouchner. Moi, je peux déjà vous annoncer qu’un bateau français va partir dans les prochains mois. Et j’espère bien être à bord.

Chat modéré par Aline Leclerc

5 juin

http://www.france-palestine.org/article14943.html

 



9 Analyse - Géopolitique et stratégie – Réflexion.

Ndlr : PS : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information

9-1 Rannie AMIRI : Saboter la paix : La vraie raison de l’attaque de la flottille de Gaza.

La vague d’indignation et de condamnation planétaire qui a suivi l’attaque impudente de la pacifique flottille de la paix qui a causé la mort d’au moins neuf militants et fait des dizaines de blessés était prévisible et justifiée. Mais beaucoup se demandent encore pourquoi Israël a jugé nécessaire d’amener par avion un commando d’élite pour se rendre maître d’une flottille civile sans armes transportant 10 000 tonnes d’aide humanitaire vers le territoire assiégé de Gaza. Le convoi de six bateaux était en partie sponsorisé par une organisation humanitaire et naviguait sous pavillon turc quand il a été arraisonné dans les eaux internationales.

L’opinion générale est qu’Israël voulait "envoyer un message" : Voilà ce qui arrivera à quiconque osera s’opposer au blocus maritime et au siège de Gaza.

Cette analyse est juste mais superficielle. La vraie raison de l’assaut israélien est beaucoup plus sinistre : saboter délibérément (pour ne pas dire faire complètement avorter) les pourparlers de paix décisifs avec les Palestiniens et les Syriens et se venger de la Turquie qui a négocié un accord d’échange nucléaire avec l’Iran ( ce qui a discrédité grandement les arguments d’Israël en faveur d’une intervention armée).

La motivation profonde d’Israël était de saboter la paix.

"La dynamique de notre état est l’expansion" est une déclaration célèbre de David Ben Gourion. Et la paix, la stabilité et la diplomatie sont des obstacles aux partisans sionistes de l’acquisition des terres et du contrôle des populations indigènes.

Il y a eu des efforts récents pour faire progresser les pourparlers indirectes, dit "de proximité" sous l’égide des USA entre le gouvernement israélien et le leader palestinien Mahmoud Abbas. Maintenant tout cela est remis en question.

La première phrase d’un communiqué de la Presse Associée du 31 mai impliquait la même chose : "L’assaut sanglant qui a tourné au fiasco d’un vaisseau turc humanitaire complique la t che des USA dans les efforts de paix au Moyen Orient, et augmente l’isolement d’Israël..."

C’est exactement ce qu’Israël voulait. Israël peut facilement supporter "un isolement international" tant que son allié le protège de réelles sanctions. Israël en fait adore l’isolation ; cela lui permet d’opérer avec le sentiment de "n’avoir rien à perdre". L’expropriation de la Palestine s’accélère et il n’y a personne pour mettre des limites à son comportement irresponsable.

De plus l’attaque a eu pour résultat de mettre fin à sa relation avec la Turquie. Israël ne veut pas participer à une solution non militaire du dossier nucléaire iranien comme celle que la Turquie et le Brésil viennent de concrétiser.

Ce ne serait pas la première fois qu’Israël provoquerait délibérément une crise au prix de la vie de civils pour pouvoir poursuivre ses projets expansionnistes, justifier une guerre, ou avoir une raison de partir en campagne :

Six semaines avant les élections de 1996 en Israël, le Premier Ministre Shimon Peres a lancé l’opération "grains de la colère", un raid de deux semaines au Liban au milieu des 20 années d’occupation du Sud de Liban. Au cours de cette opération des Israéliens massacrèrent 106 civils qui s’étaient réfugiés dans un b timent de l’ONU à Qana.

En septembre 2000, quatre mois avant son élection, le Premier Ministre Ariel Sharon (accompagné de 1000 policiers anti-émeutes) s’est pavané sur l’esplanade de Haram al-Sharif où se trouve la mosquée al-Aqsa -le troisième lieu saint de l’Islam- déclenchant la Seconde Intifada.

La commission des droits de l’homme de l’ONU dans une résolution intitulée "sérieuses et importantes violations des droits humains du peuple palestinien par Israël" a condamné "la provocation dont s’était rendu coupable Ariel Sharon, le leader du Likoud en se rendant à El-Haram al-Sharif le 28 septembre 2000, et qui a été à l’origine des événements tragiques qui se sont déroulés à Jérusalem Est et dans les autres territoires occupés de Palestine, causant un grand nombre de morts et de blessés dans la population palestinienne".

Sharon a alors b ti sa campagne électorale sur la répression de l’intifada qu’il avait provoquée.

1500 Libanais furent tués, un million furent déplacés et l’infrastructure civile du pays fut détruite pendant qu’Israël essayait sans succès de détruire le Hezbollah au cours de la guerre de juillet 2006. Le conflit commença quand deux soldats furent capturés en flagrant délit d’espionnage en territoire libanais près de la ville de Aitaa al-Chabb. Comme des années de violation illégale de l’espace aérien libanais n’avaient pas provoqué de réaction, Israël utilisa le prétexte de la capture des deux soldats pour lancer son attaque disproportionnée.

La mesquine logique qui a sous-tendue l’attaque de Gaza de 2008-2009 a déjà été exposée dans un article précédent. ( à savoir les élections de février 2009 en Israël voir http://www.counterpunch.org/amiri12... NdT)

La dernière opération israélienne contre les 700 militants qui apportaient de l’aide humanitaire à Gaza n’est jamais que la derniere d’une série de tentatives criminelles pour détruire tout espoir de paix, de négociation ou de solution du conflit entre Israël, ses voisins et les Palestiniens.

Mission accomplie.

8 juin 2010

Rannie AMIRI 

Rannie Amiri est un commentateur indépendant du Moyen Orient. On peut le contacter à rbamiri@yahoo.com

Pour consulter l’original : http://www.counterpunch.org/amiri06...

Traduction D. Muselet

URL de cet article
http://www.legrandsoir.info/Saboter-la-paix-La-vraie-raison-de-l-attaque-de-la-flottille-de-Gaza-Counterpunch.html


9-2 Thierry Meyssan : Flottille de la liberté : le détail que Netanyahu ignorait.
Une semaine après l’attaque en haute mer d’un convoi humanitaire maritime par les troupes israéliennes de quels éléments nouveaux dispose t-on et quelles premières conclusions peut-on établir ?

[...]

Les stratégies respectives
Lors de sa conférence de presse à New York, le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a indiqué que son gouvernement avait multiplié les contacts préalables avec son homologue israélien pour l’informer du convoi et lui demander de laisser le passage ouvert. 

Autant que l’on puisse savoir, Ankara avait envisagé trois scénarios :
 1. Israël laisse passer le convoi qui est accueilli en fanfare par les Gazaouites. Dans ce cas,
la Turquie démontre que, contrairement à la plupart des gouvernements arabes, elle est indépendante et ne se plie pas aux injonctions de Tel-Aviv.
 2. Israël déroute le convoi et le fait accoster à Ashdod/Isdud. Les marchandises et les humanitaires rejoignent Gaza par la route où ils sont accueillis en fanfare. Tel-Aviv garde la tête haute, et le bénéfice politique est moindre pour Ankara.
 3. Israël sabote la flottille ou l’arraisonne. Dans ce cas, Ankara internationalise l’incident et en profite pour remettre en cause la continuation du blocus. C’est le meilleur scénario, politiquement parlant.

 Le gouvernement israélien a cru disposer d’une autre option : montrer à l’état-major turc que si le gouvernement civil vient aider les Palestiniens, Tel-Aviv peut en retour agiter les séparatistes kurdes ; et montrer une fois de plus, qu’adossé aux Etats-Unis, Israël est au dessus du droit international. Bref, le gouvernement Netanyahu pensait possible de pousser les militaires turcs à perpétrer un cinquième coup d’Etat.

 Dans cette optique, le tandem Netanyahu-Barak a commandité à des mercenaires kurdes une attaque terroriste contre la base militaire navale d’Iskenderun (au sud de la Turquie). Elle a été réalisée le 31 mai peu après 0 heures. Des roquettes ont été tirées lors de la relève la garde, tuant 7 soldats [5].

 Par ailleurs, le gouvernement israélien s’est assuré d’être couvert par Washington [6].

Ainsi que l’a fait remarquer le leader libyen Mouamar Khadafi [7], il est impensable que les forces israéliennes aient lancé une opération de piraterie en Méditerranée sans en informer à l’avance la VIe flotte états-unienne, chargée de combattre la piraterie et le terrorisme dans cette zone, avec laquelle elles travaillent habituellement. L’idée était de saisir les marchandises et de les acheminer à Gaza pour montrer sa bonne foi, tout en arrêtant les militants et en les accusant de liens avec le « djihadisme » pour discréditer le gouvernement démocrate-musulman de l’AKP.

 L’abordage de la flottille pouvait avoir lieu soit de nuit en haute mer, soit de jour dans les eaux palestiniennes. Le gouvernement israélien a choisi la première option de sorte que l’assaut ne soit pas commenté en direct sur les chaînes de télévision satellitaires par la soixantaine de journalistes embarqués par Free Gaza. L’ordre a été donné au moment où se terminait l’attaque de la base navale d’Iskenderun.

 De fait, Israël a bien été couvert par les Etats-Unis, qui (avec la France) se sont efforcés d’empêcher toute décision contraignante du Conseil de sécurité. A l’issue d’une interminable session, celui-ci a accouché d’une indigente déclaration présidentielle [8].

On peut y lire une litanie de vœux pieux sur la libération des prisonniers, l’aide humanitaire aux Gazaouites, et la création d’un Etat palestinien.

En coulisses, le Conseil était divisé sur un point juridique particulier, que nous détaillerons dans un instant. Il s’est montré impuissant à clarifier lui-même les faits : au lieu de créer une Commission d’enquête, il s’est limité à demander « qu’il soit procédé [éventuellement par Israël] à une enquête prompte, impartiale, crédible et transparente, dans le respect des normes internationales ».

Certes, la Commission des droits de l’homme de l’ONU a, quant à elle, institué une mission pour établir les faits, mais sa compétence est limitée [9]. Au demeurant, Israël s’en moque comme il s’est moqué de la mission Desmond Tutu sur les crimes commis à Jenine, ou de la mission Richard Goldstone sur les bombardements de Gaza.

La confusion des territoires
Alors que les agences de presse avaient évoqué 16 morts, le bilan réel serait de 9 tués, sous réserve que les blessés graves ne succombent pas ultérieurement de leurs blessures. Selon la télévision publique turque, les commandos israéliens avaient une liste de personnes à éliminer, mais la résistance des passagers ayant perturbé le plan, seul le poète Raed Salah a été atteint. Il est probable qu’au moment de donner l’ordre de l’assaut, le gouvernement Netanyahu savait que le Mavi Marmara avait été enregistré aux Comores. Les commandos croyaient donc commettre des violences en territoire comorien.
Or, les organisateurs, soutenus par les autorités turques avaient hissé le pavillon turc et non celui des Comores. En outre, ils avaient déployé un gigantesque drapeau turc sur le flanc du cargo. Selon la jurisprudence de
la Cour permanente de Justice de La Haye [10], le bateau n’était donc pas territoire comorien, mais turc. Il avait d’ailleurs déjà changé de nationalité lorsqu’il avait rejoint le reste de la flottille et la République de Chypre lui avait refusé le mouillage à cause de cela.

Tous les débats sur l’échec du renseignement israélien ne portent que sur cela : comment le Mossad a-il pu ignorer le changement de nationalité du cargo ?

Toutes les déclarations gênées de chancelleries, à Washington, à Paris et ailleurs, demandant que les faits soient établis avant qu’elles ne se prononcent sur les conséquences juridiques, portent sur ce point jamais énoncé : au moment de l’assaut, le Mavi Marmara était-il territoire comorien ou turc ? 

La réponse à la question est de la plus haute importance. En effet, la Turquie est membre de l’OTAN et l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord stipule :

« Les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d’elles, dans l’exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l’article 51 de la Charte des Nations Unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d’accord avec les autres parties, telle action qu’elle jugera nécessaire, y compris l’emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l’Atlantique Nord. »

Juste avant que ne se réunisse le Conseil atlantique, la Justice turque a procédé à un nouveau coup de filet pour arrêter des personnalités accusées d’avoir fomenté un complot contre le gouvernement constitutionnel. Parmi les suspects figure l’ancien ministre de la Justice, Seyfi Oktay. Ils auraient appartenu au réseau Ergenekon, version locale actuelle du Gladio… c’est-à-dire des services secrets de l’OTAN. 

La symbolique de ces arrestations est renforcée par la campagne conduite depuis deux ans par les partisans de l’AKP dans les médias. A coup de fictions télévisées et de films de cinéma, ils ne cessent de vulgariser la manière dont les services secrets de l’OTAN organisèrent quatre coups d’Etat militaires successifs dans le pays. Ils ne cessent d’expliquer que les Anglo-Saxons jouent un double jeu, alliés de façade, ils ont alimenté les problèmes kurde, arménien et chypriote pour affaiblir le pays. 

A l’issue d’une longue et pénible réunion à huis clos, le secrétaire général de l’Alliance, Anders Fogh Rasmussen, a lu une déclaration d’une phrase : « J’exige la libération immédiate des civils ainsi que des navires retenus par Israël » [11].

Bien sûr, personne n’a jamais envisagé que l’OTAN contraindrait Israël par la force, mais c’est bien là que se trouve le moyen de pression : pour préserver l’Alliance, les Etats-Unis devaient résoudre le conflit à l’amiable.

 24 heures exactement après la déclaration de M. Rasmussen, le porte parole de l’administration pénitenciaire israélienne annonçait avoir libéré tous les prisonniers étrangers (il conserve en détention ses propres ressortissants impliqués) et être en cours de les acheminer vers leur Etat d’origine ou un Etat d’accueil.

 Ce rebondissement révèle un problème inattendu. L’Alliance atlantique, a été constituée par les Etats-Unis et le Royaume-Uni avec les Etats ressortissant de leur zone d’influence post-Yalta. Ils en étaient les maîtres et les autres membres étaient soumis à leur commandement. Hormis la parenthèse gaullienne, aucun membre n’a osé remettre en cause ce fonctionnement. Or, la Turquie, signe de sa montée en puissance, vient d’utiliser le Traité de l’Atlantique Nord pour forcer la main aux Etats-Unis.

 

Le tête-à-tête Erdogan-Peres continue
En menottant et en tabassant leurs prisonniers, les commandos israéliens hurlaient en riant « One minute ! », « One minute ! ». Ce gimmick fait référence à l’algarade ayant opposé le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan au président Shimon Peres, lors du forum économique de Davos.

Cette provocation verbale a enflammé l’opinion publique turque qui s’estime insultée à travers son Premier ministre. Du coup, elle ne se contente pas d’approuver la réaction de M. Erdogan, mais elle le pousse à en faire plus sur la scène internationale, ainsi que le montrent les derniers sondages.

 C’est pourquoi le Parlement turc a adopté une résolution très offensive qui enjoint le gouvernement de « reconsidérer [les] relations politiques, militaires et économiques avec Israël et [de] prendre les mesures efficaces appropriées » [12].

Le ministère de la Justice a formé un groupe de travail pour examiner tous les recours juridiques en droit interne et international. Il s’appuie notamment sur le mémoire d’une association de juristes londoniens, que nous avons intégralement publié en anglais. [13].

 Le parquet d’Istanbul-Bakirköy a ouvert une enquête [14]. Il a déjà fait procéder aux autopsies médico-légales et aux auditions des protagonistes turcs. Il pourrait inculper rapidement Benjamin Netanyahu et les généraux Ehud Barak et Gabi Ashkenasi pour piraterie, coups et blessures, meurtres, enlèvement et séquestration arbitraire.

Cependant, selon les éléments rassemblés, le procureur pourrait requalifier les faits en crime contre l’humanité. Dans ce cas, les prévenus ne pourraient plus voyager librement sans risquer l’interpellation.

Affirmer le leadership du mouvement sioniste

Si l’on se réfère aux communiqués et points de presse de la Maison-Blanche relatifs aux conversations téléphoniques successives entre le président Obama et le Premier ministre Natanyahu, les Israéliens étaient initialement fiers de leur coup. M. Netanyahu appelle d’abord le président Obama pour s’excuser de ne pouvoir honorer son invitation compte tenu des évènements qui l’obligent à retourner d’urgence à Tel-Aviv. Lors de la seconde conversation, M. Netanyahu raconte sa version des faits, c’est-à-dire qu’il place le président Obama devant le fait accompli. Si les Etats-Unis avaient autorisé l’arraisonnement, ils ne s’attendaient pas à ce carnage. La troisième conversation porte sur la manière de torpiller la réunion du Conseil de sécurité, c’est-à-dire que les Israéliens dictent leur feuille de route aux Etats-uniens.

 La tonalité change lorsqu’on en arrive à la saisine du Conseil atlantique. M. Netanyahu devient difficile à joindre, tandis que la secrétaire d’Etat Hillary Clinton doit affronter son homologue turc, venu la harceler. Elle cherche un bouc émissaire et demande au général Ehud Barack de trouver une solution en faisant porter la responsabilité sur un subalterne, mais celui-ci refuse de faire sauter des fusibles. Non seulement il ne se désolidarise pas du commando qui a effectué le raid, mais il prend la défense de ses soldats et ira même leur rendre visite.

En définitive, les Israéliens doivent libérer leurs prisonniers. Ils ont imposé la situation, mais se sont fait imposer le dénouement. 

Un problème supplémentaire surgit avec le décès de Furkan Dogan. Le jeune homme était double national turco-états-unien. Il s’ensuit que sa famille peut poursuivre l’Etat d’Israël pour meurtre devant les juridictions américaines.


Premières conclusions

Au final, le gouvernement israélien a échoué sur ses deux objectifs. 

La Turquie sort renforcée de cet affrontement, et avec elle le triangle qu’elle forme avec ses alliés syrien et iranien. Au passage, elle a acquis plusieurs cartes. La Justice turque va juger par contumace les ministres et généraux israéliens pour les crimes commis. La mission d’investigation de la Commission des droits de l’homme va ternir un peu plus l’image d’Israël.

Surtout, la Turquie peut jouer une seconde partie.

Selon nos informations, Ankara a informé le département d’Etat que M. Erdogan envisage de briser personnellement le blocus de Gaza, comme François Mitterrand brisa en son temps le siège de Sarajevo [15]. Il pourrait embarquer sur une flotte humanitaire affrétée par des associations et soutenue par des gouvernements, dont l’Iran, la Syrie et le Venezuela. Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, a déjà appelé tous les Libanais à participer à de nouvelles initiatives. Un appel pourrait être lancé aux marins de la Méditerranée, de sorte que des centaines de b timents de plaisance s’y joindraient.

Le tout serait escorté par la marine de guerre turque… membre de l’OTAN.

Cette perspective a effrayé Washington qui se trouve soudain une ardeur nouvelle pour convaincre Tel-Aviv de lever le blocus.

 Par ailleurs, le prestige acquis par la Turquie au cours de cette opération met en relief la collaboration de certains gouvernements arabes avec Israël, particulièrement celui d’Hosni Moubarak.
Ce dernier a en effet activement collaboré au siège de Gaza afin d’empêcher le contact entre le Hamas palestinien et les Frères musulmans égyptiens. Le Caire n’a pas hésité à construire un mur d’acier avec l’argent des Etats-Unis et le savoir-faire de
la France pour emmurer 1,5 million de Gazaouites [16]. Et l’on se souvient de la réponse du ministre des Affaires étrangères Ali Aboul Gheit à qui l’on demandait ce qu’il ferait des femmes et des enfants affamés qui tentaient de passer la frontière. Il répliqua : « Qu’ils essayent, nous leur briserons les jambes ! ».
Du coup, le sang des victimes du Marmara rejaillit sur le gouvernement Moubarak et Alexandrie est au bord du soulèvement. Pour l cher un peu de lest, le gouvernement égyptien a donc décidé d’entrouvrir temporairement la frontière.

 Avant de jouer dans la cour des grands, la Turquie a probablement assuré ses arrières. Notre hypothèse, qui s’appuie sur l’interview de diplomates, est qu’elle a reçu des garanties de la Russie lors du voyage de Dmitry Medvedev au Proche-Orient. Ce scénario semble corroboré par la soudaine annonce de la venue à Ankara, le 8 juin, du Premier ministre Vladimir Poutine pour participer à un sommet auquel il n’était jusque là pas attendu. Il y rencontrera notamment le président iranien Mahmoud Ahmadinejad. La délégation israélienne qui était inscrite renoncera probablement à venir : tout officiel de haut niveau serait à la merci du procureur d’Istanbul-Bakirköy. Celui-ci pourrait inopinément qualifier les faits de crimes contre l’humanité et faire arrêter les officiels.

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[1] « Par la piraterie, Israël se dévoile aux yeux du monde », entretien de Silvia Cattori avec Hazem Jamjoum, Réseau Voltaire, 4 juin 2010.
http://www.voltairenet.org/article165685.html

...

[5] « Israël a t-il mené deux opérations militaires contre la Turquie ? », Réseau Voltaire, 2 juin 2010.

http://www.voltairenet.org/article165631.html

 

[6] « L’OTAN ne pouvait pas ne pas être au courant », par Manlio Dinucci, Réseau Voltaire, 2 juin 2010.

http://www.voltairenet.org/article165627.html

 

[7] « Message de Mouammar Kadhafi à Barack Obama », Réseau Voltaire, 2 juin 2010.

http://www.voltairenet.org/article165634.html

 

[8] « Déclaration du Président du Conseil de sécurité de l’ONU », Réseau Voltaire, 1er juin 2010.
http://www.voltairenet.org/article165629.html

 

[9] « Résolution du Conseil des Droits de l’homme des Nations unies », Réseau Voltaire, 2 juin 2010.
http://www.voltairenet.org/article165676.html

 

[10] S.S. Lotus Case (Fr. v. Turk.), 1927 P.C.IJ. (ser. A) No. 9, at 25.

 

[11] « L’OTAN exige la libération de la Flottille de la liberté », Réseau Voltaire, 1er juin 2010.
http://www.voltairenet.org/article165608.html

 

[12] « Résolution du Parlement turc », Réseau Voltaire, 2 juin 2010.
http://www.voltairenet.org/article165653.html

 

[13] « The Attack on the Gaza Freedom Flotilla and International Law », par Lawyers for Palestinian Human Rights, Voltaire Network, 6 juin 2010.

http://www.voltairenet.org/article165720.html

 

[14] « Ouverture d’une enquête pénale à Istanbul contre les pirates israéliens », Réseau Voltaire, 5 juin 2010.
http://www.voltairenet.org/article165697.html

 

[15] Le 27 et 28 juin 1992, le président français, François Mitterrand franchit en hélicoptère la ligne de front et brise le siège de Sarajevo.

 

[16] « Gaza : la France supervise le prolongement du Mur de séparation », Réseau Voltaire, 26 décembre 2009.

 

Thierry Meyssan

6 juin 2010

http://www.voltairenet.org/article165659.html


http://www.voltairenet.org/article163396.html

 


9-3 Une semaine est passée depuis l’attaque de la flottille  de la paix dans les eaux internationales.

Perses et ottomans au XXI° siècle

Une semaine est passée depuis l’attaque de la flottille  de la paix dans les eaux internationales – très - au large des côtes israéliennes.

L’opération humanitaire a été interrompue par un coup de force militaire qui est, en droit, un acte de piraterie caractérisé. Ayant la forme d’une ONG : Opération Non Gouvernementale elle bénéficiait d’un soutien politique évident du gouvernement turc.  La flottille était partie d’un port turc, avait fait escale dans un port de la République non reconnue de Chypre Nord  et son principal navire arborait le pavillon turc qui avait récemment remplace son pavillon comorien. Les victimes connues sont pour l’heure toutes de nationalité turque, une d’entre elles ayant la double nationalité turque et étasunienne.

Les réactions de la population turque allant jusqu’à des attaques de consulats israéliens auxquelles ont fait écho les manifestants israéliens faisant éclater leu joie devant l’ambassade de Turquie à Tel Aviv  démontrent que l’évènement a pris un caractère d’affrontement politique turco-israélien.

Cet affrontement avait de nombreux signes avant-coureurs : en Janvier 2009  au forum de Davos sévère et spectaculaire attaque verbale du premier ministre turc Erdogan contre le Président israélien Shimon Pérès, amélioration des relations entre la Turquie et la Syrie, en Mai 2010 accord entre la Turquie le brésil et l’Iran pour permettre l’enrichissement de l’uranium iranien hors d’Iran

Pourtant dans les justifications qu’ils ont fourni avant comme après de leur attaque du 31 Mai, les dirigeants israéliens ne s’en sont pas pris à la Turquie et ont feint d’ignorer le soutien du gouvernement turc à l’opération. On a vu que pour le public israélien il s’agissait au contraire d’une leçon sévère, bien que facile militairement,  donnée à la Turquie et en violation flagrante du droit international.

Comme si l’attaque de la flottille n’était qu’une péripétie, Netanyahou s’en est tenu à la position stratégique d’Israël et a réaffirmé  qu’il ne voulait pas que Gaza devienne un port iranien et que ceci justifiait définitivement, ou au moins jusqu’à nouvel ordre international et à respect par Israël d’un minimum de traités et d’accords internationaux, le blocus maritime de Gaza, venant compléter le blocus terrestre déjà condamné mais évidemment  sans suite par le Conseil de sécurité (Résolution n° 1840 du 8 Janvier 2009).

Cette observation conduit à regarder de plus prés les rapports turco-israéliens et leur évolution.

Les rapports militaires sont étroits et l‘accord d’association entre Israël et l’OTAN signé en 2008 qui fait d’Israël un quasi membre de l’OTAN sans en avoir les obligations, en particulier l’acceptation du principe de l’unanimité des décisions a sein de l’Organisation n’ont pu que les conforter. La Turquie n’est pas une puissance nucléaire mais son armée est une des plus importantes de la région et elle manœuvre régulièrement avec l’armée israélienne. L’attaque de la flottille de la paix a eu lieu alors que s’achevaient les manœuvres MINOAS 2010 de l’OTAN en Méditerranée auxquelles Israël était associé.

Ces liens anciens solides et entretenus ont conduit certains à l’hypothèse selon laquelle Israël chercherait à accentuer les tensions connues entre le pouvoir civil  et l’armée turque pour favoriser la reprise en mains par les militaires  (soit par un coup d’Etat soit par des pressions et des menaces) d’une politique étrangère de relatif désalignement vis-à-vis du bloc occidental.

C’est oublier que deux semaines avant l’attaque de la flottille la Turquie, membre de l’organisation depuis 1952 avait voté pour l’accession d’Israël à l’OCDE alors même que l’unanimité des membres était nécessaire. Son opposition lui aurait permis de défendre avec éclat la cause palestinienne puisqu’au nombre des obstacles à cette adhésion figurait les inégalités sociales trop  importantes entre citoyens israéliens et citoyens arabes d’Israéliens. Il n’en a pas été question puisque la Turquie n’a même pas compté au nombre des  3 pays membres qui étaient réticents à cette adhésion.

On en arrive à cette conclusion qu’en l’état actuel de choses, l’attitude anti-israélienne du gouvernement turc est plus une posture pro-palestinienne destinée à l’opinion publique turque qui  s’en satisfait qu’un réel engagement  contre la politique dominatrice d’Israël au Proche-Orient. Elle a l’avantage d’améliorer l’image de la Turquie dans le monde arabe où n’existe pas un gouvernement capable de  s’opposer fortement à la politique d’Israël en Palestine.  Certes La Syrie et le Liban font preuve de fermeté quant à la défense de leur indépendance mais n’exercent aucun leadership dans la défense des droits des palestiniens. La Turquie est donc en passe de se retrouver en position de leader de la politique de résistance à la politique antipalestinienne d’Israël et l’attaque de la flottille aura beaucoup contribué à améliorer encore cette position.

La classe dirigeante turque qui, sur cette question, ne se divise probablement pas entre civils et militaires est en passe de renouer avec un passé  d’influence proprement ottomane quand la Sublime Porte gouvernait l’ensemble du Proche et du Moyen Orient domination qui ne s’acheva, on s’en souvient, qu’à la fin de la première guerre mondiale, la Grande Bretagne  ayant alors suscité des régimes arabes opposés à la domination ottomane. A lire attentivement les discours du ministre des Affaires Etrangères turc et à voir toute l’activité diplomatique du gouvernement Erdogan pour exercer une influence régionale globale que ce soit en mer Noire en Méditerranée cette interprétation ne fait guère de doute.

Le véritable foyer de tension entre la Turquie et Israël n’est pas la question palestinienne mais la question kurde. La Turquie sait et s’en inquiète qu’Israël favorise les kurdes non pas par sympathie pour leur cause, mais comme facteur de déstabilisation que ce soit en Irak où la politique Us/raelienne vise à séparer le Kurdistan et son pétrole du reste de l’Etat irakien, ou en Iran où la minorité kurde peut jouer le même rôle. Ceci étant  l’accroissement des pouvoirs kurdes en Irak inquiète la Turquie car les Kurdes de Turquie peuvent y voir un encouragement dans leur combat.  Le soutien affirmé à la cause palestinienne peut donc bien être une riposte graduée au soutien d’Israël à la cause kurde. Si cette préoccupation est principale pour le gouvernement turc, ce qui est probable dans la mesure où malgré les offres réitérées de dialogue politique du PKK le gouvernement turc poursuit toujours la même politique répressive, on peut caractériser les relations turco-israéliennes comme tendues mais ne prenant certainement pas le chemin de la rupture.

Sur la question de l’enrichissement de l’uranium iranien, la Turquie et le Brésil n’ont fait que reprendre à leur compte une proposition des USA visant à faire enrichir l’uranium à 20% - celui destiné aux applications médicales – par un pays tiers. Que les Etats-Unis se soient ensuite scandalisés de cet accord ne doit pas faire oublier ce fait capital.  D’ailleurs la Turquie  n’a pas d’industrie nucléaire  et elle en est à aspirer à construire deux réacteurs qu’elle commandera probablement à la Russie. Elle ne pourra servir que de point de passage à l’uranium avant et après enrichissement et sert au mieux à occulter aux yeux de médias décidément bien peu curieux que l’enrichissement aura lieu en France. La France qui ne craignant pas les acrobaties de langage pourra en même temps livrer à l’Iran de l’uranium seulement enrichi à 20% et donc sans possibilité d’utilisation militaire et crier  partout que l’Iran a un programme nucléaire militaire caché.

La Turquie membre influent et historique du camp occidental.

C’est ce que démontre sa très ancienne adhésion à l’OTAN et à l’OCDE (1952).

La Turquie n’est pas en train de sortir du bloc occidental et elle vise simplement à accroitre son influence régionale dans le cadre de ce qui se révèle progressivement être une multipolarité bien tempérée qui convient  aux plus perspicaces des dirigeants actuels de Washington.

Ceux-ci essaient de s’infiltrer dans la tendance générale à la multipolarité pour éviter que celle-ci se développe contre eux. Ainsi, le récent accord de coopération militaire Brésil-Etats-Unis  est un moyen d’éviter que le nouveau leadership du Brésil en Amérique du Sud ne s’affirme comme une opposition résolue aux gringos. Il ne s’agit plus pour Washington  de faire barrage à la multipolarité mais de la canaliser. Signe d’affaiblissement sans doute mais manifestation forte d’une ferme détermination à ne pas sortir du jeu.

Dans ce nouveau scénario, la Turquie s’est vue attribuer un rôle très important : celui de faire pièce à l’influence régionale de l’Iran qui est et reste  le véritable cauchemar de l’alliance US/ISRAEL.

Si l’attaque de la flottille peut donner l’illusion aux dirigeants du Hezbollah comme à ceux du Hamas comme au régime syrien que la Turquie est désormais leur plus fidèle soutien elle aura été une réussite et les stratèges de la « multipolarité bien tempérée » auront réutilisé à leur avantage la vieille rivalité historique entre la Perse et l’Empire Ottoman. 

Mais ces mêmes dirigeants savent bien que l’ennemi choisi par l’Empire c’est l’Iran alors que  la Turquie est et reste un ami autant qu’un vassal.

 L’attaque de la flottille est intervenue alors que se déroulait à  partir de la Crète  sous le nom  de MINOAS 2010 un exercice aérien entre l’armée de l’air israélienne et l’armée de l’air grecque dont l’objectif était le suivant : permettre à l’aviation israélienne de faire échec aux missiles anti missiles russes S300  qui sont aujourd’hui installés en Grèce et que l’Iran doit acquérir prochainement. A l’annonce de l’attaque de la flottille, le gouvernement Papandréou a suspendu les  manœuvres qui devaient continuer jusqu’au 3 Juin mais il avait donné son accord car la Grèce membre de l’OTAN comme la Turquie depuis 1952  sait bien que l’ennemi officiel de l’Empire  reste plus que jamais l’Iran et que dans l’état où les banques l’ont mise, elle ne peut rien refuser à Washington.

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