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17/06/2010

n°535 - Les Dossiers 'Géopolitique et stratégie' de Palestine - 15-06 -: Suite - : L’OTAN ne pouvait pas ne pas être au courant...

n°535 - Les  Dossiers   'Géopolitique et stratégie' de  Palestine - 15-06 -: Suite  - : L’OTAN ne pouvait pas ne pas être au courant...



L'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance

                 Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources 



Les  Dossiers   'Géopolitique et stratégie' de  Palestine

535 du 15-06

C.De Broeder & M.Lemaire



Vous retrouverez ce journal 

a) sur mes blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Eva Resis       :  no-war.over-blog.com

c) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

d) sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

  

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire

1 Analyse - Géopolitique et stratégie – Réflexion. Suite & Fin

1-5 La légitime défense impérialiste et la légitime défense populaire.

1-6 Jeff Gates : Les Etats-Unis sont-ils en passe de battre Israël à son propre jeu ?

1-7 Belkacem Adda Benyoussef et Chris Den Hond : Christophe Oberlin: "L'embargo accentue le fossé entre la population palestinienne et le monde occidental".

1-8 Une semaine est passée depuis l’attaque de la flottille de la paix dans les eaux internationales – très - au large des côtes israéliennes.

 



1-5 La légitime défense impérialiste et la légitime défense populaire.

Les États-Unis et le projet colonial américano-européen appelé Israël revendiquent tous deux le droit à la légitime défense. Leur revendication à la légitime défense ne connaît pas de frontières. Cette revendication sans limites trouve sa base matérielle économique dans le système impérialiste d'États.

Les dirigeants du projet colonial israélien justifient leur attaque et leur abordage des dix navires de la Flottille pour briser le siège de Gaza en invoquant le droit à la légitime défense. Ils justifient le fait d'avoir blessé et tué plusieurs membres de la flottille comme des gestes de légitime défense de la part de leurs soldats qui ont abordé les navires dans les eaux internationales et rencontré de la résistance.

Le droit à la légitime défense, comme tout phénomène, a des aspects opposés. Ces qualités qui s'affrontent émergent des conditions définies de temps et d'espace. Les conditions de temps et d'espace donnent à cette dialectique, le droit à la légitime défense, sa matérialité historique. Les États-Unis qualifient habituellement de « sécurité nationale » leur droit à la légitime défense.

Les conditions modernes de temps et d'espace ont créé une définition du droit à la légitime défense qui est en contradiction avec la légitime défense impérialiste. Cette définition moderne du droit du peuple à la légitime défense est surgie en opposition au droit impérialiste à la légitime défense et pour nier ce droit.

La base économique du droit à la légitime défense impérialiste partout dans le monde réside dans les conditions, le temps et l'espace suivants :

- la nécessité, pour le système capitaliste parvenu à son stade suprême, d'exporter le rapport social inégal que constitue le capital et de s'assurer que les peuples et les nations partout dans le monde ne bloquent pas ou ne restreignent pas ce capital exporté ;

- la nécessité de défendre le capital exporté contre la résistance inévitable des peuples qu'il exploite et contre la concurrence provenant d'autre capital ;

- la nécessité pour l'impérialisme de s'emparer des sources de matières premières et des marchés partout dans le monde ;

- la nécessité de s'emparer et d'annexer des régions d'importance stratégique comme le canal de Suez, le golfe Persique, la péninsule coréenne, etc.

La nécessité à laquelle fait face l'impérialisme et son droit de se défendre sont en conflit ouvert avec le droit des peuples du monde de se défendre contre l'exploitation par ce rapport social inégal appelé capital, contre le vol de leurs matières premières et contre la domination et l'annexion de leurs marchés, de leurs régions et de leurs affaires politiques.

C'est au fil de plusieurs luttes historiques que la résistance à la légitime défense impérialiste a donné une forme et une définition au droit du peuple à la légitime défense. Le triomphe du peuple russe et de ses alliés par le renversement de l'impérialisme en 1917 et la victoire des peuples du monde contre le fascisme lors de la Deuxième Guerre mondiale y ont joué un rôle particulièrement important. Ces victoires de même que d'autres remportées au XXe siècle ont codifié la définition moderne du droit du peuple à la légitime défense en tant que droit de résister à l'oppression par le rapport social inégal appelé capital, le droit à l'autodétermination des nations et à leur indépendance face à l'impérialisme et le droit du peuple souverain à gouverner ses affaires économiques et politiques et à décider de son avenir.

Les nombreuses victoires remportées par les peuples depuis le début du XXe siècle ont prouvé en pratique que le droit du peuple à la légitime défense ne peut se développer et fleurir qu'en niant le droit à la légitime défense impérialiste. La conscience sociale d'une loi fondamentale des conditions modernes s'est créée : que le droit du peuple à la légitime défense nie le droit à la légitime défense impérialiste et vice versa ; que le droit de l'un ne peut exister sans nier le droit de l'autre. Pour donner naissance à de nouveaux arrangements centrés sur l'être humain sur la base du droit du peuple à la légitime défense, il faut nier la légitime défense impérialiste.

http://www.cpcml.ca/francais/Lmlq2010/Q40101.htm#1


1-6 Jeff Gates : Les Etats-Unis sont-ils en passe de battre Israël à son propre jeu ?

Nb : Ndlr : La publication de l'article ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information

Les Américains peuvent apercevoir, aujourd’hui, la lumière au bout d’un long tunnel obscur – pour peu qu’ils veulent bien regarder. Nous sommes entrés dans ce tunnel en 1948 lorsqu’une enclave de religieux fanatiques induisirent le Président Harry Truman à les présenter comme un ‘état’ méritant reconnaissance internationale, aide et protection. Nous que nous n’ayons été avertis…

En effet, ces extrémistes venaient d’infliger aux Palestinien une épuration ethnique qui rivalisait, de par sa sauvagerie, avec les exactions perpétrées par les fascistes à l’encontre de diverses populations durant la Seconde guerre mondiale. En décembre 1948, Albert Einstein et vingt-sept autres personnalités juives préoccupées nous avaient exhortés « à ne pas soutenir cette ultime manifestation du fascisme ».
Notre non-prise en compte de cet avertissement a abouti au marasme dans lequel nous sommes embourbés aujourd’hui. Einstein et ses collègues avaient prédit qu’un ‘Etat Dirigeant’ était l’objectif de la bande de terroristes qui n’a pratiquement jamais cessé de diriger Israël durant les soixante-deux années écoulées depuis la décision fatale prise par Truman.

L’actuelle coalition gouvernementale autour du parti Likoud se place parmi les pires de par la constance de sa duplicité et sa manipulation effrontée de ses loyaux alliés, les Américains. En raison de notre lien indissoluble avec cette enclave illégale, les Etats-Unis semblent coupables par association, ce qui fait de nous des cibles potentielles de ceux qui en sont les victimes.

Dès le départ, la tromperie fut la fondation sur laquelle cette alliance maudite fut b tie. Pour pouvoir trahir, il faut commencer par se faire des amis. Pour tromper, vous devez commencer par créer une relation de confiance. C’est en cela que réside le fondement de la « relation spéciale » à travers laquelle Tel Aviv a œuvré, à l’insu de notre plein gré, à mettre en œuvre son programme expansionniste.

Pour être en mesure de trahir en pleine lumière, vous devez acquérir une capacité dans ce que les spécialistes ès-sécurité nationale appellent la théorie des jeux. En 2005, le mathématicien israélien spécialiste de la théorie des jeux Robert J. Aumann a reçu le Prix Nobel de Sciences économiques. Cofondateur du Centre d’étude de la Rationalité à l’Université Hébraïque, cet universitaire résidant à Jérusalem reconnaît candidement que « l’école de pensée que nous avons développée ici, en Israël a globalement fait d’Israël le pays leader dans ce domaine ». Le pire, c’est que ce qu’il dit est exact.

Les stratèges israéliens déploient des modèles mathématiques afin d’anticiper les réactions à des provocations dûment mises en scène et à des crises artificielles. En appliquant les algorithmes propres à la théorie des jeux à ces réactions (ainsi qu’aux réactions auxdites réactions), un comportement devient prévisible, à l’intérieur d’une fourchette de probabilités acceptable. Alors que le futur n’est jamais certain, les effets d’une provocation bien planifiée deviennent ‘probabilistes’. Cette sorte de duplicité et d’expertise en matière de théorie des jeux font d’Israël un partenaire dangereux et un imposteur provoquant dès lors qu’on le présente sous les jours d’un partenaire crédible dans une quelconque forme de paix au Moyen-Orient.

Pour les planificateurs de guerres experts ès-théorie des jeux, la paix ne fait pas partie des variables. Pour l’agent provocateur en quête d’un programme secret, le but, c’est la réaction anticipée. Là où Aumann forme ses disciples, ce n’est pas le Centre pour la Morale, la Justice et l’Equanimité. Non, c’est au Centre d’études de la Rationalité [Il ne faut pas confondre…, ndt.]. (Ils savent que) la paix mettrait un terme à l’expansion du Grand Israël et qu’elle est, par conséquent, le type-même du résultat irrationnel à éviter à tout prix.

Mener la guerre par la tromperie

Vu sous l’angle de la théorie des jeux, l’oppression des Palestiniens n’a pas grand-chose à voir avec les Palestiniens. Du point de vue israélien, leur maltraitance a tout à voir avec la meilleure manière de provoquer des réactions susceptibles d’être anticipées – toujours à l’intérieur d’une fourchette de probabilités acceptable. Pour des gens qui se considèrent Elus et au-dessus de toute loi, de tels mauvais traitements est un droit que Dieu leur a accordé. Pour eux, tout autre comportement différent serait tout simplement irrationnel.

Les provocations longuement et amoureusement mitonnées sont la compétence clé de Tel Aviv depuis belle lurette. Pour un agent provocateur qualifié, une réaction anticipée est susceptible de devenir une arme puissante dans son arsenal. En réponse à un massacre de masse sur le sol américain, même un théoricien des jeux moyennement compétent pouvait extrapoler que les Etats-Unis projetteraient leurs forces armées pour chercher à se venger. Gr ce à des renseignements bidon « focalisés » sur un objectif présélectionné, un algorithme de la théorie des jeux pouvait permettre de prédire que notre armée pourrait être redirigée vers l’invasion de l’Irak, un pays qui n’a pourtant joué strictement aucun rôle dans les attentats [du 11 septembre 2001, ndt]. C’est en cela que réside la traîtrise boostée par la théorie des jeux qui réside au cœur-même de cette relation duplice [entre les Etats-Unis et l’entité sioniste, ndt].

Heureusement, nos services de sécurité nationale comprennent, aujourd’hui, le « comment » de cette trahison opaque. Les préoccupations autour de sa source commune se font de plus en plus fortes aux plus hauts de la hiérarchie militaire américaine. Israël et les pro-israéliens, c’est aujourd’hui confirmé, sont ceux qui ont recueilli et diffusé les faux renseignements qui nous ont entraîné dans une guerre sur de faux prétextes.

Ceux qui sont « au jus » pigent, aujourd’hui, que la reconnaissance de cette enclave par Truman s’inscrivait dans le cadre d’une tromperie pluri-décennale qui se poursuit encore aujourd’hui, Israël cherchant à nous entraîner dans un conflit contre l’Iran, voire le Pakistan. Personne n’aime être le dindon de la farce. Pourtant, c’est bien ainsi qu’Israël a traité tous ceux qui ont accepté son amitié. Cela inclut non seulement d’autres pays, mais aussi tous ceux qui, à l’intérieur des communautés religieuses au sens le plus large de ce terme, ont été trompés et induits à croire qu’ils avaient en partage une quelconque identité d’intérêts avec cette « ultime manifestation du fascisme » [pour reprendre l’expression utilisée par Albert Einstein, ndt].

Les services de renseignement reconnaissent l’un après l’autre, et de plus en plus rapidement, la mentalité que l’on retrouve chez tous ceux qui abusent de la bonne volonté et de la confiance d’autrui. Leur méfiance envers les Etats-Unis est en train de se muer en sympathie, et même en pitié.

Une sympathie on ne peut plus mal placée

Les adeptes du marketing de la série des « Malfrats » sont les agents provocateurs qui sont à la source de la terreur-même contre laquelle ils prétendent avoir besoin qu’on les protège. Ceux qui ont besoin d’être protégés, aujourd’hui, sont ceux qui continuent à croire – en dépit des faits – que cet « Etat » mérite le statut que l’on reconnaît volontiers aux autres pays.

Aujourd’hui, la lumière est en train de pénétrer dans les crevasses géopolitiques où cette tromperie a depuis si longtemps opéré dans l’obscurité. La constance de la méconduite israélienne, depuis soixante ans, ne laisse à l’état de droit qu’une unique option : reconnaître la fraude et déchoir Israël de son statut d’état-nation légitime. Juste avant qu’Harry Truman proclam t la reconnaissance [d’Israël, ndt], le dirigeant sioniste Chaim Weizmann lui avait qu’Israël serait une démocratie et non pas ce que Trumann redoutait, à savoir un Etat théocratique et raciste. Aujourd’hui, nous savons qu’il n’est pas jusqu’à la création de cet Etat elle-même qui n’eût été extorquée frauduleusement aux dirigeants américains.

Alors qu’on lui avait donné toutes les opportunités de mener sa barque dans le respect du droit international et des standards de la décence humaine, cette enclave extrémiste a choisi un autre chemin. Etant à la fois les facilitateurs et les cibles de ces extrémistes religieux, les Etats-Unis ont une ardente obligation de prendre la tête [du combat contre l’enclave maudite] en retirant leur reconnaissance [de l’entité sioniste] et en plaçant en sécurité l’arsenal nucléaire désormais aux mains d’Israël.

Tout délai supplémentaire ne pourrait qu’augmenter la probabilité d’une nouvelle opération d’un agent provocateur d’une ampleur au moins équivalente à celle des attentats du 11 septembre 2001 – une opération qui, vous l’aurez deviné, mettrait en scène une autre piste bidon préparée à l’avance afin de diriger les soupçons vers quelques «islamo»fascistes. Avec plus de 80 % des membres du Congrès américain déclarant un « lien indissoluble » avec Israël, les Américains sont confrontés à un futur dangereux, dans lequel nous avons besoin de l’aide des autres pays pour contraindre nos dirigeants à agir promptement.

Il y a soixante ans de cela, nous avions été mis en garde. Aujourd’hui, il est plus que temps de prendre cet avertissement totalement en compte.

Jeff Gates *

[* Jeff Gates est écrivain. Il est substitut, banquier d’investissement, pédagogue et consultant auprès du gouvernement, de grandes entreprises et de dirigeants syndicaux dans le monde entier. Son dernier ouvrage est Guilt By Association - How Deception and Self-Deceit Took America to War (2008) [La culpabilité transitive : Comment la tromperie et l’auto-méprise ont entraîné l’Amérique dans la guerre]. Parmi ses précédents livres, nous citerons Democracy at Risk: Rescuing Main Street From Wall Street [La démocratie en danger : Il faut sauver la Grand-Rue (de Monsieur Tout-le-Monde) contre Wall Street] et The Ownership Solution: Toward a Shared Capitalism for the 21st Century [La solution de la propriété : Vers un capitalisme partagé au 21ème siècle]. Durant vingt ans, il a été le conseiller de décideurs politiques dans le monde entier, ainsi que Conseiller de la Commission sénatoriale américaine des Finances (1980-1987), où il a travaillé en particulier avec le Sénateur Russell Long, de l’Etat de Louisiane].

Original : Can The U.S. Beat Israel At Their Game?

Jeff Gates *

traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier

on Informationclearinghouse.info, 26 avril 2010

http://www.informationclearinghouse.info/article25323.htm

http://www.robertbibeau.ca/palestine/Jeffgates.doc


1-7 Belkacem Adda Benyoussef et Chris Den Hond : Christophe Oberlin: "L'embargo accentue le fossé entre la population palestinienne et le monde occidental".

EMBARGO

Le Pr. Christophe Oberlin, chirurgien, spécialiste réputé pour ses techniques innovantes de réparation des lésions nerveuses, effectue régulièrement des missions de chirurgie et d’enseignement dans la Bande de Gaza.

En janvier 2010, il s’est rendu sur place à l’occasion de sa 28ème mission chirurgicale, en compagnie d’une équipe de médecins européens.

« Trois fois par an, depuis 9 ans, je me rends à Gaza avec mes équipes. C'est pour travailler, mais à chaque fois, on prend un peu la température de l'opinion et on voit cette opinion se modifier au fait des mois et des années.

Et actuellement la température de l'opinion à Gaza n'est pas très bien retranscrite dans nos médias.

Le grand clivage, le décalage s'est constitué très précisément à partir de février 2006, quand le Hamas a gagné les élections. Instantanément, l'aide de l'Union européenne a été stoppée. Lors de cet arrêt de l'aide, une partie de ceux qui soutiennent les Palestiniens n'ont protesté que très mollement, car finalement, l'arrivée au pouvoir du Hamas ne correspondait pas à l'idée que certains se font de leur idéal politique, et on a vu une partie du mouvement de solidarité à la Palestine se retirer doucement ou se ramollir. Et c'est une tendance qui s'est accélérée lorsque le Hamas a pris le pouvoir en juin 2007. Là on a vu apparaître un clivage, et même plus : dans l'argumentaire d'une partie de ce mouvement pour la Palestine anti-Hamas, on retrouve bien souvent quelque chose qui peut constituer une alliance objective avec la partie du Fatah qui est franchement collaboratrice et qui aujourd'hui a basculé pratiquement du côté israélien et américain.

Énorme propagande anti-Hamas

Je me souviens d'avoir été reçu dans un petit village où j'avais soigné un certain nombre de blessés. C'est le nouveau maire Hamas et l'ancien maire Fatah qui m'ont reçu tous les deux, la main dans la main, on a fait le tour des popotes, on est allé voir la grand-mère, ils ont fait la prière ensemble, autrement dit, la société palestinienne est une société profondément islamisée. Et cette séparation de pouvoir politique et religieux qui chez nous est un peu une doctrine rigide, là-bas, c'est un peu différent. Mais il n'est pas question pour le Hamas de participer à un régime politique qui ne soit pas un régime démocratique. Les lois fondamentales sont respectées, les élections (un homme, une femme, une voix; on est élu, on gouverne; on est battu, on rentre chez nous). Il n'est pas question qu'il y ait un pouvoir qui se rajoute au pouvoir politique habituel. Donc c'est un parti qui est bien entendu empreint de valeurs religieuses, mais je dirais de ce que ces valeurs religieuses ont de positif, c'est-à-dire l'éthique, le respect des droits de l'homme, l'égalité, tout ce qui fait la vraie démocratie.

Il y a une énorme propagande anti-Hamas. Il y a très peu de voix qui s'expriment en français pour dire quel est le vrai programme du Hamas. Pourtant ce programme est écrit. Il y a eu un programme électoral en 14 points en février 2006 avant les élections parlementaires, que le Hamas a remporté très largement. D'ailleurs nous l'avions prévu, c'était inscrit dans l'ambiance de l'opinion. Et à la suite de la prise du pouvoir du Hamas en juin 2007 aussi, il y a eu un programme très précis dont personne ne parle. C'est là une partie de la propagande, parce que ce programme est parfaitement démocratique. Alors il y a une propagande en face et moi je souffre quand une partie du mouvement de soutien à la Palestine embraye et en rajoute. Il y a quelques jours on m'a dit: "Le Hamas a supprimé les fêtes chrétiennes, le Hamas réprime la population chrétienne". Je sais que mon ami Mohammed Rantissi a passé avec sa femme les fêtes de Noël avec les petites sœurs de Jésus à Gaza ! Il y a des petites sœurs de Jésus à Gaza qui font un travail social remarquable depuis plus de 30 ans et elles travaillent comme toutes les religieux chrétiens dans les pays musulmans, c'est-à-dire qu'elles sont acceptées à condition de ne pas faire du prosélytisme. C'est la même chose en Algérie.

Travailler le dimanche

Quand on dit: "Des fêtes chrétiennes sont supprimées", qu'est-ce qui se passe à Gaza ? Il y a le vendredi, le grand jour des musulmans, qui est chômé l’après-midi. Le samedi est chômé également. Alors le dimanche ? Ce qu'on me dit là-bas, c'est qu'on est sous siège : est-il raisonnable dans un pays qui est soumis au pire des sièges que les administrations, les écoles, les hôpitaux soient arrêtées de fonctionner deux jours et demi par semaine? Donc la décision n'est pas encore prise me dit-on, mais il est clair qu'on souhaite travailler le dimanche.

On m'a interrogé sur le fait que les garçons et les filles seraient séparés à l'école et que ce serait une disposition nouvelle : ça m'a fait rire, parce que c'est pas nouveau. Ca a toujours été comme ça. Alors je ne porte pas un jugement, je dis simplement, regardons-nous. Il y a pas très longtemps, la séparation entre garçons et les filles étaient la situation dans nos écoles et là-bas ce n'est absolument pas une disposition nouvelle prise par le Hamas.

Il faut un vrai travail de journaliste

Je n'ai pas entendu au cours de mes soirées tête-à-tête avec des responsables politiques Fatah ou indépendants qu’il y ait aujourd’hui des prisonniers politique dans les prisons de Gaza. Je ne dis pas qu'il n'y en a pas, je n'en sais rien, il y a un vrai travail de journaliste à faire, mais des vrais journalistes. C'est très difficile pour des vrais journalistes, des journalistes à peu près indépendants, pour entrer dans Gaza. Il faut avoir une accréditation israélienne. Donc c'est filtrée. Bien des fois il y a eu des "journalistes" envoyés là-bas qui en réalité étaient chargés de donner des renseignements aux Israéliens de façon à permettre des assassinats ciblés ou des arrestations, donc le vrai travail de journaliste n'est pas fait à Gaza, en tous cas par les occidentaux.

Une bonne administration à Gaza

L'une des questions importantes c'est la sécurité. Avant 2005, quand il y avait des colonies à l'intérieur de la bande de Gaza, il n'y avait pas de sécurité, parce que les colonies étaient interfacées, intercalées, enclavées avec une énorme zone de contact avec la population palestinienne et il y avait des tirs toute la nuit, parfois toute la journée, il y avait toujours un risque de se prendre une balle perdue, donc il n'y avait pas de sécurité. Il y avait d'ailleurs énormément de passants, de femmes qui étendaient leur linge qui ont été tuées et notamment à la frontière égyptienne avec les tours israéliennes ; il y a eu des massacres sur la ville de Rafah. Un de mes élèves, le docteur Samir Al Jazy, a été tué chez lui un soir, une balle qui est passée par la fenêtre et qui venait d'une tour israélienne.

Depuis que les colonies ont été évacuées, tout ceci a disparu et on a vu revenir l'insécurité sous une autre forme et je l'ai vécu. C'est dans la période entre le moment où le Hamas avait gagné les élections parlementaires et la prise de pouvoir en juin 2007: février 2006-juin 2007, un an et demi. J'ai fait plusieurs missions à ce moment-là. Là il y avait une véritable insécurité car il y avait effectivement deux polices dans la rue. J'ai vu arriver dans la bande de Gaza des pick-ups chargés de soldats et d'armes toutes neuves, j'ai vu des blindés légers dans la bande de Gaza, donc il y avait une véritable insécurité que nous avons vu disparaître du jour au lendemain à la suite de la prise de pouvoir par le Hamas, le mi juin 2007. Nous avons fait une mission début juillet 2007 et à ce moment-là, il n'y avait pas de coups de feu, on pouvait se promener à pied dans la rue le soir sans aucun problème.

Cette sécurité institutionnelle, organisée persiste jusqu'aujourd'hui et en même temps on assiste au moins visuellement à une bonne administration: les routes ont été dégagées, les trottoirs sont refaits, des carrefours en rond points pour éviter que les voitures ne roulent trop vite, il y a une véritable organisation, il y a des gens qui nettoient la rue, les rues sont propres et on voit qu'il y a une volonté aussi d'essayer de mettre une bonne partie de la population au travail (80% sont au chômage). Des quartiers entiers sont démolis, ont été écrasés sous les bombes en janvier 2009, la plupart de ses b timents totalement détruits – j'ai été très surpris en janvier 2010 – sont coupés en petits morceaux et récupérés pour la reconstruction. Des centaines de jeunes récupèrent du sable sur la plage de Gaza en prévision de la reconstruction. C'est un peu à la Chinoise, quand on n'a pas de moyens, on utilise les moyens humains et on voit que toute cette population est au travail. Ce sont des signes d'une administration qui fonctionne.

Un élément aussi sont les fonctionnaires, ceux qui ont un salaire régulier, étant donné que les entreprises privées ont énormément de difficultés à vivre, il y a des familles entières qui vivent du salaire des fonctionnaires. Là aussi il y a un jeu qui est extrêmement pervers joué par le Fatah, par l'Autorité palestinienne. Les fonctionnaires qui travaillent voient leur salaire coupé par Ramallah. Un policier par exemple m'a dit qu'il ne travaille pas, parce que s'il travaillait, son salaire serait coupé. Il reste donc chez lui à ne pas travailler. J'ai constaté la même chose chez un médecin, ce qui est beaucoup plus grave. Il nous a dit que s'il allait à l'hôpital pour travailler, son salaire serait coupé.

Là aussi, la propagande anti-Hamas s'est fait des gorges chaudes du remplacement des enseignants à l'école et des médecins à l'hôpital, mais il est clair que si un enseignant ne vient pas faire ses cours, il faut que quelqu'un le fasse à sa place. Et on entend rarement critiquer cette politique de sape de l'Autorité palestinienne.

L'embargo n'est pas efficace

Dix ans de siège, d'embargo en Irak ont été une catastrophe qui a d'ailleurs contribué exactement à l'effet inverse de ce que souhaitaient les Américains, c'est-à-dire à monter définitivement et pour une génération voir d’avantage la population irakienne contre les Américains. Et bien là l'embargo a exactement le même effet, c'est-à-dire qu'il accentue tous les jours un peu plus le fossé entre la population palestinienne et le monde occidental. En plus cet embargo sur le plan des salaires n'est pas efficace, tout simplement parce que l'argent vient d'ailleurs. Les Palestiniens n'ont pas besoin de l'argent européen ou américain. Ce n'est pas nouveau d'ailleurs, ils disaient la même chose en 1948: "Nous voulons des accords politiques, nous sommes des citoyens du monde, nous avons une dignité, nous ne sommes pas des mendiants." Les conférences d'Annapolis et d'autres sont ressenties comme totalement grotesques. Je me souviens bien à la fin des bombardements en janvier 2009, alors qu'on parlait de la « reconstruction de Gaza », il y avait l'unanimité autour de moi pour dire: "Nous ne voulons pas d'argent, c'est complètement secondaire".

D'abord on voit une véritable volonté d'organisation de l'alimentation de la population. On le voit au niveau de produits qui viennent encore d'Israël. Il y a quelques dizaines de camions qui passent chaque jour pour un 1 million cinq cents mille habitants. Avant l'embargo, c'était 300 camions par jour. Il y a une lutte entre l'Autorité de Gaza et les Israéliens pour qu'on n'introduise pas n'importe quoi dans la bande de Gaza. Les Israéliens essayent d'envoyer les produits périssables ou quand ils ont des surplus. Et quand ça ne correspond absolument pas aux besoins de la population, il y a une protestation. Un moment donné, ils avaient absolument besoin du blé pour faire de la semoule, qui est quand même la base de l'alimentation, tandis que des produits agricoles en surplus en Israël arrivaient à Gaza.

On ne le dit pas assez, mais les Israéliens ont besoin de la Palestine pour écouler un certain nombre de produits et un certain nombre de producteurs israéliens ne sont pas du tout satisfaits de cet embargo.

Les prix montent, y compris avec les produits israéliens, car souvent ce sont des produits de mauvaise qualité qui ont été stockés à l'air sous la pluie. Il y a 10% de pertes, ce sont des pertes répercutées sur les prix et donc globalement les prix dans les petites boutiques ont augmenté de 30% au cours de l'année qui s'est écoulée. Ca se voit au terme de chiffres d'affaires et il y a donc beaucoup de gens qui n'ont pas les moyens de faire face à cette augmentation.

L'administration est également présente au niveau de l'organisation à l'intérieur de la bande de Gaza. Les colonies évacuées, c'est 30% de la surface de Gaza qui a pu être rendu à l'agriculture et l'idée étant l'autosuffisance – quels sont les produits que nous n'arrivons pas à importer ? Essayons de les produire - Donc il y a une production avec des vaches laitière, il y a de la pisciculture qui a été crée et puis toute une série de produits agricoles strictement concentrée sur les produits qui manquent. Et là actuellement il y a un énorme développement de cette région, il y a des centaines d'hectares qui sont cultivés et qui arrivent au stade de la production et qui se développent à toute vitesse avec un système d'irrigation par goutte à goutte, et ça fonctionne très bien.

Tunneliers enregistrés

Les tunnels ne sont pas des initiatives individuelles incontrôlées, c'est au contraire parfaitement contrôlé. Le maire de Rafah et son conseil municipal qui nous ont reçu, nous ont fait visiter ces tunnels. Tous les tunneliers sont enregistrés officiellement au niveau de la mairie de Rafah avec le nom du propriétaire. Les conditions de rémunération des employés sont précisées en particulier parce que c'est un travail qui est dangereux. Il y a des tunnels qui se sont effondrés, qui ont été bombardés, qui ont été gazés. En cas de blessure ou de décès d'un employé du tunnel, les indemnisations de la famille sont prévues dans ces contrats.

Et donc ces tunnels, il y en a plusieurs centaines, de très grand calibre. Ils fonctionnent à plein rendement. Par exemple en ce qui concerne l'essence: on ne trimballe plus l'essence dans des bidons, il y a des véritables pipes et l'essence est quatre fois moins cher qu'en Israël.

Et n'est pas du tout fini avec le « mur souterrain » égyptien, parce que ce mur est vraiment quelque chose de très curieux même sur le plan conceptuel. Ce mur est une espèce de barrière métallique qui au lieu d'être à l'extérieur est planté dans le sol sur une vingtaine de mètres de profondeur. Donc il est très clair que ceux qui sont capables de construire des tunnels d'un kilomètre, ceux qui ont été capables de faire tomber le mur lorsqu'il était à l'extérieur – souvenez-vous, c'était en janvier 2008, le mur extérieur sur la route Philadelphie a été renversé sur plusieurs kilomètres en une journée – il est clair que les gens qui sont capables de faire ça sont parfaitement capables d'ouvrir un coffre-fort et donc de percer un mur métallique souterrain. Ils sont capables de creuser en dessous. Et ce qui m'a été dit encore ces jours-ci, c'est que ce mur n'a eu que très peu d'effet - bien qu'il soit pratiquement terminé – sur les flux entre l'Egypte et la bande de Gaza.

On peut s'interroger aussi d'ailleurs sur quelque chose de très curieux, c'est que quand on voit du côté Gaza des camions entiers se charger de ciment avec des palettes de ciment qui extraient le ciment, une palette tous les trois minutes, il y a 10 sacs de ciment de 50 kilos, ça fait quand même 500 kilos toutes les trois minutes qui remontent du sol et les camions qui sont chargés à toute vitesse, on ne peut pas s'empêcher de penser que les mêmes camions arrivent de l'autre côté dans le paisible village de Rafah Egypte et que ces camions entiers déchargent leur produit et que finalement il ne se passe rien. Quel besoin y a-t-il de faire un mur souterrain, alors qu'aux yeux de tout le monde les produits arrivent du côté de Rafah. Ca veut dire quoi? Ca veut dire qu'il n'y a aucune autorité du côté de Rafah Egypte pour empêcher tous ces camions d'arriver.

On pouvait savoir d'emblée que la construction de ce mur souterrain serait inefficace, alors pourquoi l'a-t-on construit? Est-ce que ce n'est pas finalement une espèce d'habillage psychologique pour l'opinion internationale. Les Israéliens ne sont pas présents physiquement à Rafah au passage entre Rafah et l'Egypte, mais tous les documents d'identité de ceux qui passent dans un sens ou dans l'autre sont transmis aux autorités israéliennes.

Passer à la vitesse supérieure

Les Palestiniens de Gaza attendent des internationaux qu'ils passent à la vitesse supérieure en ce sens qu'ils ne se contentent pas comme moi d'être de simples témoins ou de simples visiteurs qui viennent, qui prennent trois photos et qui après en parlent dans un petit milieu. Ils attendent beaucoup des actions au niveau juridique car au fond, ce qu'ils demandent c'est la justice, tout simplement. Et il y a des organismes qui sont là pour ça. Donc ils attendent énormément des tribunaux concernant les crimes de guerre, ils attendent énormément de l'inculpation de dirigeants israéliens convaincus de crimes de guerre, ils attendent beaucoup de choses du boycott des produits israéliens car pour eux, il n'y a que par une inversion des pouvoirs de force qu'Israël acceptera de venir à la table de négociations. Car je vous rappelle que la première demande du Hamas c'est des négociations immédiates, directes, sans intermédiaires avec Israël. »

Belkacem Adda Benyoussef et Chris Den Hond

29 Mai 2010

http://lcr-lagauche.be:80/cm/index.php?view=article&id=1674:christophe-oberlin-qlembargo-accentue-le-fosse-entre-la-population-palestinienne-et-le-monde-occidentalq&option=com_content&Itemid=53


1-8 Une semaine est passée depuis l’attaque de la flottille de la paix dans les eaux internationales – très - au large des côtes israéliennes.

Perses et ottomans au XXI° siècle

L’opération humanitaire a été interrompue par un coup de force militaire qui est, en droit, un acte de piraterie caractérisé. Ayant la forme d’une ONG : Opération Non Gouvernementale elle bénéficiait d’un soutien politique évident du gouvernement turc. La flottille était partie d’un port turc, avait fait escale dans un port de la République non reconnue de Chypre Nord et son principal navire arborait le pavillon turc qui avait récemment remplace son pavillon comorien. Les victimes connues sont pour l’heure toutes de nationalité turque, une d’entre elles ayant la double nationalité turque et étasunienne.

Les réactions de la population turque allant jusqu’à des attaques de consulats israéliens auxquelles ont fait écho les manifestants israéliens faisant éclater leu joie devant l’ambassade de Turquie à Tel Aviv démontrent que l’évènement a pris un caractère d’affrontement politique turco-israélien.

Cet affrontement avait de nombreux signes avant-coureurs : en Janvier 2009 au forum de Davos sévère et spectaculaire attaque verbale du premier ministre turc Erdogan contre le Président israélien Shimon Pérès, amélioration des relations entre la Turquie et la Syrie, en Mai 2010 accord entre la Turquie le brésil et l’Iran pour permettre l’enrichissement de l’uranium iranien hors d’Iran

Pourtant dans les justifications qu’ils ont fourni avant comme après de leur attaque du 31 Mai, les dirigeants israéliens ne s’en sont pas pris à la Turquie et ont feint d’ignorer le soutien du gouvernement turc à l’opération. On a vu que pour le public israélien il s’agissait au contraire d’une leçon sévère, bien que facile militairement, donnée à la Turquie et en violation flagrante du droit international.

Comme si l’attaque de la flottille n’était qu’une péripétie, Netanyahou s’en est tenu à la position stratégique d’Israël et a réaffirmé qu’il ne voulait pas que Gaza devienne un port iranien et que ceci justifiait définitivement, ou au moins jusqu’à nouvel ordre international et à respect par Israël

d’un minimum de traités et d’accords internationaux, le blocus maritime de Gaza, venant compléter le blocus terrestre déjà condamné mais évidemment sans suite par le Conseil de sécurité (Résolution n° 1840 du 8 Janvier 2009).

Cette observation conduit à regarder de plus prés les rapports turco-israéliens et leur évolution.

Les rapports militaires sont étroits et l‘accord d’association entre Israël et l’OTAN signé en 2008 qui fait d’Israël un quasi membre de l’OTAN sans en avoir les obligations, en particulier l’acceptation du principe de l’unanimité des décisions a sein de l’Organisation n’ont pu que les conforter. La Turquie n’est pas une puissance nucléaire mais son armée est une des plus importantes de la région et elle manoeuvre régulièrement avec l’armée israélienne. L’attaque de la flottille de la paix a eu lieu alors que s’achevaient les manoeuvres MINOAS 2010 de l’OTAN en Méditerranée auxquelles Israël était associé.

Ces liens anciens solides et entretenus ont conduit certains à l’hypothèse selon laquelle Israël chercherait à accentuer les tensions connues entre le pouvoir civil et l’armée turque pour favoriser la reprise en mains par les militaires (soit par un coup d’Etat soit par des pressions et des menaces) d’une politique étrangère de relatif désalignement vis-à-vis du bloc occidental.

C’est oublier que deux semaines avant l’attaque de la flottille la Turquie, membre de l’organisation depuis 1952 avait voté pour l’accession d’Israël à l’OCDE alors même que l’unanimité des membres était nécessaire. Son opposition lui aurait permis de défendre avec éclat la cause palestinienne puisqu’au nombre des obstacles à cette adhésion figurait les inégalités sociales trop importantes entre citoyens israéliens et citoyens arabes d’Israéliens. Il n’en a pas été question puisque la Turquie n’a même pas compté au nombre des 3 pays membres qui étaient réticents à cette adhésion.

On en arrive à cette conclusion qu’en l’état actuel de choses, l’attitude anti-israélienne du gouvernement turc est plus une posture pro-palestinienne destinée à l’opinion publique turque qui s’en satisfait qu’un réel engagement contre la politique dominatrice d’Israël au Proche-Orient. Elle a l’avantage d’améliorer l’image de la Turquie dans le monde arabe où n’existe pas un gouvernement capable de s’opposer fortement à la politique d’Israël en Palestine. Certes La Syrie et le Liban font preuve de fermeté quant à la défense de leur indépendance mais n’exercent aucun leadership dans la défense des droits des palestiniens. La Turquie est donc en passe de se retrouver en position de leader de la politique de résistance à la politique antipalestinienne d’Israël et l’attaque de la flottille aura beaucoup contribué à améliorer encore cette position.

La classe dirigeante turque qui, sur cette question, ne se divise probablement pas entre civils et militaires est en passe de renouer avec un passé d’influence proprement ottomane quand la Sublime Porte gouvernait l’ensemble du Proche et du Moyen Orient domination qui ne s’acheva, on s’en souvient, qu’à la fin de la première guerre mondiale, la Grande Bretagne ayant alors suscité des régimes arabes opposés à la domination ottomane. A lire attentivement les discours du ministre des Affaires Etrangères turc et à voir toute l’activité diplomatique du gouvernement Erdogan pour exercer une influence régionale globale que ce soit en mer Noire en Méditerranée cette interprétation ne fait guère de doute.

Le véritable foyer de tension entre la Turquie et Israël n’est pas la question palestinienne mais la question kurde. La Turquie sait et s’en inquiète qu’Israël favorise les kurdes non pas par sympathie pour leur cause, mais comme facteur de déstabilisation que ce soit en Irak où la politique Us/raelienne vise à séparer le Kurdistan et son pétrole du reste de l’Etat irakien, ou en Iran où la minorité kurde peut jouer le même rôle. Ceci étant l’accroissement des pouvoirs kurdes en Irak inquiète la Turquie car les Kurdes de Turquie peuvent y voir un encouragement dans leur combat. Le soutien affirmé à la cause palestinienne peut donc bien être une riposte graduée au soutien d’Israël à la cause kurde. Si cette préoccupation est principale pour le gouvernement turc, ce qui est probable dans la mesure où malgré les offres réitérées de dialogue politique du PKK le gouvernement turc poursuit toujours la même politique répressive, on peut caractériser les relations turco-israéliennes comme tendues mais ne prenant certainement pas le chemin de la rupture.

Sur la question de l’enrichissement de l’uranium iranien, la Turquie et le Brésil n’ont fait que reprendre à leur compte une proposition des USA visant à faire enrichir l’uranium à 20% - celui destiné aux applications médicales – par un pays tiers. Que les Etats-Unis se soient ensuite scandalisés de cet accord ne doit pas faire oublier ce fait capital. D’ailleurs la Turquie n’a pas d’industrie nucléaire et elle en est à aspirer à construire deux réacteurs qu’elle commandera probablement à la Russie. Elle ne pourra servir que de point de passage à l’uranium avant et après enrichissement et sert au mieux à occulter aux yeux de médias décidément bien peu curieux que l’enrichissement aura lieu en France. La France qui ne craignant pas les acrobaties de langage pourra en même temps livrer à l’Iran de l’uranium seulement enrichi à 20% et donc sans possibilité d’utilisation militaire et crier partout que l’Iran a un programme nucléaire militaire caché.

La Turquie membre influent et historique du camp occidental.

C’est ce que démontre sa très ancienne adhésion à l’OTAN et à l’OCDE (1952). La Turquie n’est pas en train de sortir du bloc occidental et elle vise simplement à accroitre son influence régionale dans le cadre de ce qui se révèle progressivement être une multipolarité bien tempérée qui convient aux plus perspicaces des dirigeants actuels de Washington. Ceux-ci essaient de s’infiltrer dans la tendance générale à la multipolarité pour éviter que celle-ci se développe contre eux. Ainsi, le récent accord de coopération militaire Brésil-Etats-Unis est un moyen d’éviter que le nouveau leadership du Brésil en Amérique du Sud ne s’affirme comme une opposition résolue aux gringos. Il ne s’agit plus pour Washington de faire barrage à la multipolarité mais de la canaliser. Signe d’affaiblissement sans doute mais manifestation forte d’une ferme détermination à ne pas sortir du jeu.

Dans ce nouveau scénario, la Turquie s’est vue attribuer un rôle très important : celui de faire pièce à l’influence régionale de l’Iran qui est et reste le véritable cauchemar de l’alliance US/ISRAEL.

Si l’attaque de la flottille peut donner l’illusion aux dirigeants du Hezbollah comme à ceux du Hamas comme au régime syrien que la Turquie est désormais leur plus fidèle soutien elle aura été une réussite et les stratèges de la « multipolarité bien tempérée » auront réutilisé à leur avantage la vieille rivalité historique entre la Perse et l’Empire Ottoman.

Mais ces mêmes dirigeants savent bien que l’ennemi choisi par l’Empire c’est l’Iran alors que la Turquie est et reste un ami autant qu’un vassal.

L’attaque de la flottille est intervenue alors que se déroulait à partir de la Crète sous le nom de MINOAS 2010 un exercice aérien entre l’armée de l’air israélienne et l’armée de l’air grecque dont l’objectif était le suivant : permettre à l’aviation israélienne de faire échec aux missiles anti missiles russes S300 qui sont aujourd’hui installés en Grèce et que l’Iran doit acquérir prochainement. A l’annonce de l’attaque de la flottille, le gouvernement Papandréou a suspendu les manoeuvres qui devaient continuer jusqu’au 3 Juin mais il avait donné son accord car la Grèce membre de l’OTAN comme la Turquie depuis 1952 sait bien que l’ennemi officiel de l’Empire reste plus que jamais l’Iran et que dans l’état où les banques l’ont mise, elle ne peut rien refuser à Washington.

COMAGUER

12 juin 2010

http://www.alternatives.ca/fra/journal-alternatives/publications/nos-publications/articles-et-analyses/articles-de-l-exterieur/article/perses-et-ottomans-au-xxio-siecle

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