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28/06/2010

n°439 - Les dossiers 'Géopolitique, Réflexion et Stratégie' de l'Afghanistan - 26/06 - : Début :- : Du cuivre, du lithium, du fer, de l'or, du niobium et du cobalt....

n°439  - Les dossiers 'Géopolitique, Réflexion et Stratégie' de l'Afghanistan - 26/06 - : Début  :- : Du cuivre, du lithium, du fer, de l'or, du niobium et du cobalt....



                          Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix

                              Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre



Les  dossiers 'Géopolitique, Réflexion et Stratégie' de l'Afghanistan

   n°439                                                                                                                             26/06/09

                   C.De Broeder    &   M.Lemaire                       

 



Le Dossier " 'Géopolitique, Réflexion et stratégie' de l'Afghanistan " est visible  sur ...

a) Sur nos blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) Sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

 

c) Sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

 

NB : Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :

Tiré à part :

Dossier : Du cuivre, du lithium, du fer, de l'or, du niobium et du cobalt....

2 L'Afghanistan, futur roi du minerai ?

 Frédéric Koller : Les Etats-Unis ont chiffré la valeur de l’Afghanistan

4 Schetter : «Les richesses du sol ne changeront rien» 

5 L'Afghanistan confronté à de gros obstacles pour exploiter ses richesses minérales.

6 Le lithium complique l’échiquier afghan

7 Karzaï appelle le Japon à investir dans les minerais

1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

1-1 Henry Allen : L’agonie du siècle américain.

1-2 Igor Edilaghine: Les dépenses militaires mondiales ne connaissent ni crise ni effet Obama.

1-3 Allenby : Les insectes cyborgs attaquent!

Suite et Fin

1-4 Fred Kaplan : Les équipements hi-tech ont peut-être changé le visage de la guerre, mais pas sa nature.

1-5 P.W. Singer : Laisser les drones faire la guerre à notre place.

2 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

2-1 L’Afghanistan « est sur la bonne voie », déclare le secrétaire général aux parlementaires de l’OTAN

3 Annexe

3-1John Kozy : Le projet diabolique et criminel appelé États-Unis d'Amérique

 


Avant propos

·                    Les militaires américains usent d’un terme générique- Al Qaida- Taliban - pour désigner tous les résistants ...



Tiré à part : 

Dossier :  du cuivre,du lithium, du fer, de l'or, du niobium et du cobalt....

Quelle "découverte"! ... ainsi les 150.OOO militaires de l'Otan et des USA ne seraient pas en Afghanistan pour défendre les droits des femmes et lutter contre la drogue et Al Qaida?

On comprend mieux pourquoi l'Otan ne quittera pas l'Afghanistan de si tôt. Espérons que le peuple afghan pourra faire comme la Bolivie d'Evo Morales: chasser les envahisseurs, nationaliser toutes ses richesses et les mettre au service du progrès de la population.

CP(Claudine Pôlet)

1 Le minerai afghan vaut des milliards.

Des géologues américains ont découvert de gigantesques réserves de minerais, dont du cuivre et du lithium, évalués à plusieurs milliards de dollars, indique le "New York Times". Ces gisements qui comprendraient également du fer, de l'or, du niobium et du cobalt, seraient suffisants pour faire de ce pays ravagé par la guerre un des premiers exportateurs mondiaux de minerais. Les seules réserves de lithium de l'Afghanistan seraient ainsi comparables à celles de la Bolivie, détentrice des premières réserves mondiales, selon le "New York Times". De même, les réserves de fer et de cuivre seraient susceptibles de faire de l'Afghanistan un des principaux producteurs mondiaux".

(Metro, 15.6.2010)


2 L'Afghanistan, futur roi du minerai ?

Du cuivre, du lithium, du cobalt, mais aussi de l'or... Le sous-sol de l'Afghanistan cacherait des réserves gigantesques de métal, selon des informations révélées ce lundi par le 'New York Times'. Le quotidien évoque des quantités plus importantes que toutes celles connues à ce jour, chiffrées à 1.000 milliards de dollars. De quoi faire dire aux autorités des Etats-Unis que grâce à ces réserves, l'Afghanistan pourrait "devenir le producteur de minerai le plus important dans le monde".

Le 'NYT' cite une note interne au Pentagone, qui dit notamment que l'Afghanistan pourrait devenir "l'Arabie Saoudite du lithium", tant les réserves sont importantes. Et de préciser que le lithium est essentiel dans la création des batteries d'ordinateurs ou de téléphones portables. Les richesses de l'Afghanistan auraient été "décelées par une petite équipe d'officiels du Pentagone et de géologues américains". Le quotidien précise que le gouvernement afghan et le président Hamid Karzai ont été mis au courant il y a peu de temps.

15/6

http://www.boursier.com/vals/all/l-afghanistan-futur-roi-du-minerai-eco-2663.htm


 Frédéric Koller : Les Etats-Unis ont chiffré la valeur de l’Afghanistan

[...] Seul problème: il n’y a rien de nouveau. Les Soviétiques avaient cartographié ces richesses dès les années 1980, et leurs études avaient été publiées dans les revues géologiques occidentales en 2007.

 Il y a six mois, le président Hamid Karzaï évoquait déjà ce chiffre de «mille milliards».

MR

On considérait l’Afghanistan comme l’un des pays les plus pauvres de la planète, on découvre qu’il est richissime.

C’est un mémo du Pentagone opportunément rendu public par le New York Times lundi qui l’affirme: ses montagnes regorgent de fer, de cuivre, de cobalt, d’or et de bien d’autres métaux rares. Le pays de l’opium pourrait se transformer en «Arabie saoudite du lithium» et sa fortune s’élever à «mille milliards de dollars».

En quelques heures, l’information a fait le tour de la planète. Une opération de communication rondement menée. Seul problème: il n’y a rien de nouveau. Les Soviétiques avaient cartographié ces richesses dès les années 1980, et leurs études avaient été publiées dans les revues géologiques occidentales en 2007. Il y a six mois, le président Hamid Karzaï évoquait déjà ce chiffre de «mille milliards».

D’où cette question: pourquoi cet effet d’annonce? Deux hypothèses se dégagent. Alors que l’OTAN piétine et que les résistantss ne cessent de gagner du terrain, les Américains, à la suite des Européens, s’interrogent sur leur présence dans l’Hindu Kuch. Il faut redonner du sens à cette «guerre choisie», comme la qualifie Barack Obama, dont l’objectif initial, rappelons-le, était de punir Al-Qaida et chasser ses protecteurs de Kaboul. Au risque de brouiller le message comme ce fut le cas avec le pétrole en Irak.

Seconde piste: la course au trésor a déjà commencé et les Chinois ont pris une longueur d’avance. Ils ont aligné 4 milliards de dollars pour une mine de cuivre, le plus gros investissement jamais vu à Kaboul, mais ne déboursent pas un sou pour sécuriser le pays, une tâche qui commence à coûter cher aux Américains. Il s’agirait donc pour le Pentagone de faire monter les enchères et de contrer cette influence. Et nous voilà replongés dans le «Grand Jeu», comme au XIXe siècle, lorsque la Grande-Bretagne et la Russie se disputaient la domination de l’Afghanistan. Les joueurs ont changé, mais leur convoitise est immuable. Tant pis pour la paix afghane, car ce pauvre pays riche, dont la valeur marchande est désormais connue, semble condamné à rester un terrain d’affrontement pour les grandes puissances du moment

Frédéric Koller (le Temps)
17.06.2010
http://www.letemps.ch/Page/Uuid/0f191b26-7987-11df-82f9-e...
 

17.06.2010

http://regardsdefemmesmusulmanes.blog.tdg.ch/archive/2010/06/17/les-etats-unis-ont-chiffre-la-valeur-de-l-afghanistan.html


Schetter :  «Les richesses du sol ne changeront rien» 

Conrad Schetter, chercheur au Centre de Bonn sur l’Asie (Bonner Asienzentrum) revient sur les révélations lundi du New York Times sur l’existence de considérables ressources en minerais rares, enfouies sous le sol afghan. Leur valeur est estimée à 1000 milliards de dollars.

Le Temps: Comment expliquer que l’information du NYT, que détenaient semble-t-il déjà les Russes du temps où ils occupaient l’Afghanistan, sorte aujourd’hui au grand jour?

 Conrad Schetter: Le NYT a, semble-t-il, des relations privilégiées avec la Maison-Blanche. Le quotidien est parvenu à plusieurs reprises ces derniers temps à publier des informations confidentielles. En l’occurrence, il est bien sûr difficile de juger dans quelle mesure la Maison-Blanche avait intérêt à ce que ces informations soient publiées maintenant. Ce qui est sûr, c’est qu’on assiste depuis six mois à un regain d’activité diplomatique autour de l’Afghanistan: rencontres du président Karzaï avec le président chinois [Hu Jintao], avec [Mahmoud] Ahmadinejad, visite de [secrétaire d’Etat Robert] Gates à Kaboul… Pourquoi les Américains sont-ils tout à coup nerveux de voir Karzaï rencontrer les dirigeants chinois ou iraniens? Et pourquoi tout à coup cette assurance tranquille du président afghan, qui semble très sûr de lui? Avec l’existence de telles ressources, Karzaï se trouve bien sûr dans un autre rapport de forces. Il n’est plus le président d’un pays pauvre, ce qu’il était encore au début de l’année.

– Hamid Karzaï lui-même viendrait de découvrir l’ampleur de ces richesses? 

– En Afghanistan, de telles rumeurs existent depuis le début de la guerre. Mais on ne connaissait aucun détail. Je pense que le président lui-même a appris très tard l’existence et l’ampleur de ces richesses. 

– Hamid Karzaï estime que c’est «la meilleure nouvelle qu’ait apprise» son pays depuis des années? Une bonne nouvelle pour l’Afghanistan? 

– Pour Karzaï lui-même, c’est certainement une bonne nouvelle. En jouant les alliances avec les grandes puissances les unes contre les autres, il peut renforcer son pouvoir. Il pourra utiliser ces ressources pour lier davantage à lui sa clientèle, pour s’enrichir, enrichir son clan. Il ne faut pas oublier que le gouvernement afghan est l’un des plus corrompus du monde! L’an passé, le ministre des Mines a dû démissionner après qu’on eut appris que la Chine lui avait promis 30 millions d’euros s’il cédait aux Chinois les droits d’exploitation d’une mine de cuivre à proximité de Kaboul! L’exploitation de ces richesses ne changera en revanche rien pour l’essentiel de la population. Même l’effet sur l’emploi risque d’être minime. Lorsque les Chinois construisent une route en Afghanistan, ils amènent leurs ouvriers avec eux! L’exploitation des ressources minières créera peut-être 10 000 à 30 000 emplois. Alors que le taux de chômage est proche de 50% !

Je crains plutôt une nouvelle déstabilisation. Pour un pays entouré comme l’Afghanistan de grandes puissances, dont beaucoup comme la Chine ou l’Inde possèdent l’arme nucléaire, les conditions de départ sont défavorables. Regardez des pays tels que la République démocratique du Congo, l’Angola, la Sierra Leone ou le Liberia: l’existence ou la découverte de vastes ressources sont devenues la source de conflits supplémentaires. Il est intéressant de voir que, alors que les infrastructures dans le pays sont catastrophiques, l’Iran et la Chine ont construit ces derniers temps des voies de chemin de fer et des routes vers l’Afghanistan. Le pays n’est même pas prêt à exploiter ses ressources. Ses voisins le seront bientôt. 

Il serait naïf de croire que l’Afghanistan, un des pays les plus pauvres du monde, puisse devenir une sorte de Suisse d’Asie centrale. Je m’attends plutôt à une course contre la montre entre grandes puissances et entreprises internationales pour s’assurer l’accès à ces richesses. Ce sont eux qui ont le know how pour exploiter ces ressources. 

– Quelles seront les conséquences de ces ressources sur les résistantss? 

– Une grande partie de ces ressources serait située dans le sud-est du pays, là où les résistantss sont le plus fort. Cela risque de les renforcer. Les résistantss possèdent en Afghanistan un pouvoir géostratégique. Le Pakistan les utilise pour agir dans la région. Les Pakistanais chercheront à utiliser les résistantss pour renforcer leur possibilité d’accéder à ces nouvelles ressources. 

– Le président Horst Köhler a démissionné fin mai après des déclarations maladroites pouvant laisser entendre que la Bundeswehr était engagée en Afghanistan pour des raisons économiques. L’article du NYT jette un regard nouveau sur cette démission? 

– Je ne crois pas. Il est vrai que l’Allemagne s’intéresse depuis plusieurs années à la région, mais plus particulièrement à l’Asie centrale (Turkménistan, Ouzbékistan et Kazakhstan), pour ses réserves en gaz et en pétrole. A Berlin, on a toujours pensé qu’en Afghanistan il n’y avait rien à aller chercher. Je n’ai jamais eu un seul instant, au cours de mes conversations avec des politiciens allemands, le sentiment que l’engagement militaire en Afghanistan pouvait être motivé par des raisons économiques. Je pense que Horst Köhler a été maladroit.

Cette grande nouvelle tombe juste au moment où l'aventure militaire US en Afghanistan tourne mal et où il faut trouver des arguments pour rameuter les gouvernements amis qui rechignent à payer plus en leur annonçant un grand partage de dépouilles après la victoire !
 L'information est fortement relayée par le général PETRAEUS chef d'Etat-Major US  
Il faut faire saliver les hyènes !


5 L'Afghanistan confronté à de gros obstacles pour exploiter ses richesses minérales.

 L'Afghanistan serait assis sur près de 1.000 milliards de dollars (819 milliards d'euros) de ressources minérales, selon des géologues américains. Mais plusieurs années, et probablement un accord de paix, seront sans doute nécessaires avant que le pays, en proie à l'insurrection talibane, puisse exploiter cette richesse.

Les vastes ressources minérales de l'Aghanistan (fer, cuivre, cobalt, or...) viennent d'être estimées à au moins 908 milliards de dollars (743 milliards d'euros) par un groupe de travail américain. L'existence d'un tel potentiel économique pourrait être une source d'espoir pour les Afghans, selon les autorités américaines.

"Les Afghans prennent conscience qu'ils ont une source de richesse indigène qui si elle est exploitée correctement leur permettra d'être souverains", explique Paul Brinkley, un haut responsable de la défense qui a dirigé l'étude.

Mais sans une amélioration de la sécurité et des investissements massifs dans l'exploitation minière, cette manne n'est pas près d'être exploitée. Sans parler des effets indésirables qu'elle pourrait générer, comme la corruption ou la guerre civile.

Les obstacles pour exploiter ces richesses sont nombreux. Par exemple, le manque d'infrastructures de base comme les chemins de fer et le réseau électrique. L'Afghanistan devrait achever cette année sa première ligne ferroviaire, qui reliera Mazar-e-Sharif (nord) à l'Ouzbékistan voisin.

Une grande partie des minéraux sont en outre situés dans ou près des bastions résistants, ce qui pourrait encourager les combats pour le contrôle de ces gisements, selon Stephanie Sanok, du Centre pour les études internationales et stratégiques (CSIS) à Washington.

Le groupe de travail de M. Brinkley est arrivé au chiffre de 1.000 milliards de dollars après examen d'une étude réalisée en 2007 par l'Institut géologique américain. Une estimation supérieure est envisageable si l'on prend en compte les réserves non déterminées de lithium qui pourraient se trouver sous des lacs asséchés dans le pays.

Selon le Pentagone, le fer est la première richesse minérale du pays, avec une valeur estimée à 420 milliards de dollars (344 milliards d'euros), devant le cuivre, au deuxième rang avec 273 milliards de dollars (223 milliards d'euros). Mais nombre de sites de gisements potentiels se trouvent dans des zones où la guérilla talibane est active.

Le président afghan Hamid Karzaï a déclaré le mois dernier que selon certaines estimations, les ressources minérales du pays pourraient représenter entre 1.000 et 3.000 milliards de dollars (819 et 2.450 milliards d'euros). Elles constituent une "opportunité énorme", a-t-il déclaré le 13 mai à Washington.

Les géologues estiment que la province de Ghazni (est) renferme de grandes quantités de lithium, ingrédient-clé des batteries de téléphones portables et d'autres produits. Mais de gros gisements ne généreront pas forcément une pluie de dollars étant donné la concurrence internationale et les fluctuations du marché.

Charles Kernot, analyste du cabinet Evolution Securities, à Londres, souligne qu'il faut en général trois à cinq ans avant de commencer l'exploitation d'une mine de lithium. Et il faut prendre en compte la présence ou non d'infrastructures et l'importance du gisement. "La Bolivie veut développer fortement l'exploitation de son lithium au cours des prochaines années, il y a donc un risque d'offre surabondante", précise-t-il.

AP

16-06


6 Le lithium complique l’échiquier afghan

Depuis les révélations que le sous-sol de l’Afghanistan regorge de ce métal précieux, le pays suscite toutes les convoitises.

La Chine, l’Inde et le Japon viennent compliquer la donne dans la région.

Environ 3 000 milliards de dollars (plus de 2 400 milliards d’euros) : c’est la valeur des réserves de minerais de l’Afghanistan, selon les estimations du gouvernement de Kaboul. Celles du Pentagone font état de plus de 1 000 milliards, ce qui est aussi considérable. L’une de ces réserves fait particulièrement rêver : le lithium, un métal rare, composant indispensable des batteries rechargeables, utilisé pour les téléphones et les ordinateurs portables. Selon des experts américains, les gisements de lithium afghans sont comparables à ceux de la Bolivie, qui jouit des premières réserves mondiales. «L’Arabie Saoudite est la capitale mondiale du pétrole et l’Afghanistan va devenir la capitale mondiale du lithium», commentait il y a quelques jours le président Hamid Karzaï, en visite au Japon. Les autres gisements comprendraient du cuivre, du fer, de l’or, de l’argent, du niobium, du cobalt, du béryllium, du gaz et du pétrole, ce qui pourrait faire de ce pays laminé par trente ans de guerres un des premiers exportateurs mondiaux de minerais.

Pions. Que l’Afghanistan soit riche en minerais de toute sorte est un secret de polichinelle. Avant et pendant leur longue occupation du pays (de 1980 à 1989), les Soviétiques avaient déjà établi la carte de nombreux gisements qu’ils n’avaient pu exploiter en raison des attaques de la guérilla. En 2007, une enquête des géologues de l’US Geological Survey (USGS), sur laquelle s’est fondé le Pentagone, les confirmait. Selon un document de celui-ci, les réserves de fer et de cuivre sont estimées à respectivement 340 milliards et 200 milliards d’euros. Il a suffi que, la semaine dernière, le New York Times évoque ces richesses pour que les convoitises percent de toutes parts. Ce qui se dessine dès lors, c’est une nouvelle partie de ce que les historiens appellent le «Grand Jeu», où l’enjeu stratégique cette fois ne sera pas seulement la position géographique du pays mais aussi la conquête de ses richesses.

On compare souvent l’Afghanistan à un grand échiquier. Les joueurs y sont étrangers, souvent des grandes puissances ou d’influents voisins. Les pièces, elles, sont bien afghanes : chefs de tribus, de clans, seigneurs de guerre, émirs, dont les combattants sont autant de pions. Et, au centre, un roi ou un président sans grand pouvoir. Cela fait des siècles que la partie a commencé. Du temps de l’empire des Indes, elle opposait la Grande-Bretagne à la Russie ; lors de la guerre froide, Washington à Moscou, avec en coulisses Islamabad et Téhéran. Après le 11 Septembre, l’échiquier a été bouleversé et la partie a intégré les forces de l’Otan. A présent, risquent de se joindre au Grand Jeu : la Chine, l’Inde, le Japon… «Les ressources afghanes vont provoquer des rivalités, surtout depuis que le monde entier connaît l’ampleur des ressources afghanes», a reconnu le président Karzaï. «J’espère que nous serons capables de gérer à la fois les rivalités de ceux qui pourvoient une aide à l’Afghanistan etaussi à l’intérieur de l’Afghanistan.»

«Rivalités». D’ores et déjà, le «Grand Jeu» pour le minerai afghan a commencé. Il est significatif que les premières informations sur le fabuleux potentiel des gisements afghans soient venues du Pentagone et même le chef du Strategic Command, le général David Petraeus, s’est exprimé. Sans doute ont-elles été divulguées dans la perspective du débat qui se tiendra en décembre sur la conduite de la guerre en Afghanistan.

«Cette réalité [le potentiel minier, ndlr] fait partie intégrante de la stratégie de contre-insurrection du général McChrystal [le chef des forces américaines et alliées en Afghanistan]», reconnaissait récemment le porte-parole du Pentagone, le colonel David Lapan. Pour Washington, toutes ces richesses, une fois exploitées, vont donner des moyens considérables au gouvernement afghan dans sa lutte contre les résistants, notamment en réduisant la misère - qui profite aux islamistes. La Maison Blanche a aussi une autre idée en tête : montrer que ces gisements sont capitaux pour les intérêts économiques américains «En les rendant public, [Washington] dit que l’Afghanistan est importante au-delà de la question du terrorisme. Mais, en fait, cela pourrait raviver les rivalités régionales qui ont été au cœur des problèmes afghans pendant deux siècles», analyse Bruce Riedel, de la Brooks Institution, cité par Reuters.

La bataille est donc loin d’être gagnée. Les gisements sont éparpillés sur l’ensemble du pays, où il n’existe aucune infrastructure permettant de les exploiter. Beaucoup se trouvent dans des régions contrôlées par les résistants. La Chine, en corrompant le ministre afghan des Mines, a déjà réussi à prendre le contrôle de l’immense gisement de cuivre de Mes Ainak, en plein pays taliban, et projette d’y construire un site industriel. Et Karzaï, allié indocile de Washington, est capable de jouer ses partenaires les uns contre les autres. L’éternel retour du «Grand Jeu».

22/06

http://www.liberation.fr/monde/0101642734-le-lithium-complique-l-echiquier-afghan


7 Karzaï appelle le Japon à investir dans les minerais

Le président afghan Hamid Karzaï a appelé vendredi le Japon à investir dans les réserves colossales de minerais découvertes en Afghanistan, qui pourraient faire de ce pays ravagé par la guerre un des premiers exportateurs mondiaux.

Le gouvernement afghan a estimé jeudi à trois mille milliards de dollars la valeur de ces gisements, soit trois plus que les estimations des géologues américains révélées en début de semaine.

Selon un responsable du Pentagone, l'Afghanistan disposerait de réserves énormes de lithium, de fer, de cuivre, d'or, de niobium et de cobalt.

"Les perspectives de l'Afghanistan sont donc très bonnes", a dit le président Karzaï. "L'Arabie saoudite est la capitale mondiale du pétrole et l'Afghanistan va devenir la capitale mondiale du lithium."

Le lithium est un composant indispensable des batteries rechargeables, utilisé pour les téléphones et les ordinateurs portables ainsi que pour les automobiles électriques.

Les seules réserves de lithium de l'Afghanistan seraient comparables à celles de la Bolivie, qui jouit des premières réserves mondiales, selon les experts américains.

"Le Japon est le bienvenu pour participer à l'exploration de lithium", a souligné le président afghan.

"L'Afghanistan doit donner en priorité l'accès aux pays qui l'ont aidé massivement au cours des dernières années", a-t-il ajouté à l'adresse du deuxième pourvoyeur d'aide à son pays après les Etats-Unis.

Le Japon a promis l'an dernier de verser d'ici 2013 jusqu'à cinq milliards de dollars pour la ‘reconstruction’ de l'Afghanistan.

Le président afghan a remercié jeudi le nouveau Premier ministre japonais Naoto Kan pour le soutien solide du Japon.

Mais Tokyo a insisté sur la nécessité d'une meilleure gouvernance de l'Afghanistan miné par la corruption.

20/6

http://www.lepoint.fr/monde/afghanistan-le-president-karzai-appelle-le-japon-a-investir-dans-les-minerais-18-06-2010-468045_24.php



1  Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

1-1 Henry Allen : L’agonie du siècle américain.

Le rêve américain se meurt, et avec lui le siècle de magistère sur le monde que l’Amérique s’était promise à elle-même, au nom d’une destinée manifeste qui n’est plus qu’une illusion dont il convient de se défaire, écrit Henry Allen, qui collabore au Washington Post depuis 39 ans et a obtenu en 2000 un prix Pulitzer pour son œuvre critique.

 Le rêve se meurt.

Voici ce qu’il était : une croyance que le monde avait un amour particulier pour les Américains, pour notre ardente innocence, notre spontanéité un peu gauche, pour notre volonté de partager l’évidente et véritable lumière de la démocratie avec ceux qui se battent encore dans les ténèbres de l’histoire, pour notre énergie imprévisible, notre musique syncopée et nos sourires de joueurs de baseball. Ajoutez à cela la majesté de montagnes violettes et les frissons parcourant des blés couleur d’ambre, et vous voyez de quoi il s’agit [1].

Il est difficile de dire à quel moment précisément est né ce rêve.

Est-ce avec le tour du monde de la Grande Escadre Blanche [2] de Teddy Roosevelt ?

Avec la guerre menée par Woodrow Wilson afin de rendre le monde plus sûr pour la démocratie ?

En 1940, Henry Luce, qui disait aux Américains chaque semaine dans « Time and Life » qui ils étaient, a proclamé « le siècle américain. »

La Seconde Guerre mondiale l’a réalisé.

Ce rêve est devenu le mien avec les bobines d’actualités et les pages du magazine Life, après la Seconde Guerre mondiale, lorsque j’ai vu les images des Français et des Italiens jetant des fleurs à nos troupes qui les libéraient des nazis, de GI rentant à la maison avec leurs fiancées européennes, d’enfants allemands au milieu de décombres, regardant le ciel et encourageant les avions américains qui leur apportaient de la nourriture durant le pont aérien de Berlin.

Né en 1941, j’étais encore très jeune, mais assez grand pour considérer que ces vérités allaient de soi : Nous n’avions pas conquis ; nous avions libéré.

Nous étions toujours les bons, placés du bon côté Malgré les récriminations à propos des Yankees incultes et grossiers, tout le monde, en secret, voulait vivre comme les Américains.

Lorsque ces gens nous jetaient des fleurs, c’étaient nos amis, et non pas des collaborateurs, comme ces femmes françaises dont les villageois ont rasé la tête lorsque leurs petits amis allemands sont partis avant l’arrivée des Américains. Ces femmes sont restées sur place, bien sûr - personne ne voulait être une épouse de guerre de nazis dans l’Allemagne de l’après-guerre.

Ils ont perdu, nous avons gagné. Rien ne permet de se faire autant d’amis qu’une victoire totale, du genre de celles que nous n’espérons même plus. C’est ainsi qu’au Japon, frappé deux fois par la bombe, les jeunes gens ont adopté le baseball

L’Amérique allait diriger le monde, non pas à son profit, mais - pour la première fois dans l’histoire - pour le bien de la planète.

Rêve merveilleux !

Il a subi quelques déconvenues, mais a survécu à notre échec en Corée, notre défaite totale au Vietnam, à notre retrait du Liban, à la catastrophe Somalienne du « Blackhawk Down ».

Il nous a survécus, alors que nous nous ridiculisions, quand notre sauvetage des otages en Iran a sombré dans le chaos la poussière du désert, sans un coup de feu de l’ennemi. Nous ne pûmes même pas ramener tous nos morts pour les enterrer.

Nous avons bombardé un hôpital psychiatrique à la Grenade, pendant que nous libérions le monde de quelque vague menace communiste.

Nous avons bombardé une usine produisant de l’ibuprofène en Afrique, en représailles à une attaque contre notre ambassade à Nairobi. Nous avons bombardé l’ambassade de Chine durant notre guerre aérienne pour libérer le Kosovo.

Le rêve a même survécu à George W. Bush, qui a déclenché une guerre pour débarrasser l’Irak des armes de destruction massive.

Il n’y avait pas d’armes, mais nous avons continué le combat pour sécuriser la démocratie en Irak et avons fini par des séances de torture de masse à Abou Ghraib, qui ont donné ces photos souvenirs si colorées de nos GI Joes et Janes.

Les enfants irakiens jouent-ils déjà au baseball ?

Barack Obama a remporté l’élection présidentielle grâce à une campagne électorale promettant une meilleure guerre, encore plus grande, dans l’Afghanistan voisin. Comme toujours, obéissant au mandat du rêve américain, nous envahissons un pays sans aucune autre raison que son propre bien. C’est ce que les gens ne semblent pas comprendre.

Comme dans la vallée de Korengal, en Afghanistan, que les soldats américains ont abandonné mercredi dernier, cinq ans après l’avoir envahi pour y apporter la vérité, la justice et le modèle américain à des Afghans qui en retour nous ont haï.

Nous leur avons donné de l’argent, toutes sortes de friandises. Mais ils nous haïssaient.

Nous les avons suppliés de nous laisser construire une route qui les relierait au monde extérieur. Ils ont haï la route. Et puisque nous ne l’avions pas compris, ils ont fait exploser six ouvriers du chantier de construction de cette route.

Ils nous haïssaient à un point tel que nous avons du les acheter - 23 000 litres de carburant et une grue - pour nous laisser partir, sans qu’ils nous tuent pour le plaisir.

Nous étions des étrangers. En fait, beaucoup de gens détestent les étrangers. (C’est pourquoi on les appelle les « étrangers ».)

Les gens n’aiment les étrangers que lorsqu’ils viennent en petit nombre pour dépenser de l’argent puis repartir ; ou lorsqu’ils viennent en armées, pour chasser d’autres étrangers encore plus détestés, puis repartent. J’ai pris un jour le thé avec la femme d’un chef de village indonésien. Elle se rappelait comment les Japonais avaient été acclamés pour les avoir libérés des néerlandais, jusqu’à ce qu’ils déportent les hommes dans des camps de travail. Ensuite, les iliens ont applaudi les Américains qui avaient chassé les Japonais.

Nous ne faisons pas l’objet d’un amour particulier. Nous avons nos propres vertus, et nous nous sommes rapprochés plus que toute autre nation de la réalisation de ce commandement de Jésus enjoignant d’aimer nos ennemis. Mais nous nous éveillons de ce rêve.

Et pourtant, nous nous accrochons à lui. John Kennedy avait promis que nous accepterions de payer n’importe quel prix, supporterions n’importe quel fardeau, pour parvenir à le réaliser. Et Ronald Reagan nous a comparés à « une ville sur une colline », vers laquelle les regards du monde se tournaient. Obama électrise ses auditoires lorsque se déploie sa rhétorique messianique de sauveur du monde.

Désormais, tout se passe comme si, sans ce rêve, nous ne serions pas l’Amérique, et qu’un candidat à la présidence ne peut l’emporter sans y croire.

Pourtant, le capitaine Mark Moretti, le commandant de nos forces à Korengal, s’est exprimé ainsi : « Je pense que partir est la bonne chose à faire. »

Le rêve se meurt. Ne le réanimez pas, s’il vous plaît.

Henry Allen,

20 avril 2010


Publication originale Washington Post, traduction Contre Info


[1] Référence aux paroles de l’hymne patriotique America the Beautiful - ndlr

[2] Surnom donné à l’escadre de l’US Navy qui a accompli un tour du monde de 1907 à 1909 - ndlr

http://contreinfo.info:80/article.php3?id_article=3041



1-2 Igor Edilaghine: Les dépenses militaires mondiales ne connaissent ni crise ni effet Obama.

Les dépenses militaires mondiales ont atteint de nouveaux records en 2009 sans connaître l'effet de la crise économique, tirées par les Etats-Unis où le changement d'administration n'a pu renverser les tendances, selon un rapport publié mercredi par le Sipri.

Au cours de l'année écoulée, le monde a consacré 1.531 milliards de dollars (1.244 milliards d'euros) au secteur militaire, soit à prix constant une augmentation de 5,9% par rapport à 2008 et de 49% par rapport à 2000, écrit l'Institut international de recherche pour la paix de Stockholm.

"De nombreux pays ont augmenté leurs dépenses publiques globales en 2009 afin de soutenir la demande et combattre la récession. Même si les dépenses militaires ne faisaient généralement pas partie des stimuli économiques, elles n'ont pas été non plus coupées", commente le responsable au Sipri de la recherche sur les dépenses militaires, Sam Perlo-Freeman.

L'Institut a constaté une hausse des dépenses militaires dans 65% des pays pour lesquels il a pu se procurer des chiffres. 

Les Etats-Unis, toujours largement les premiers en termes de dépenses militaires, ont investi 661 milliards dans ce secteur l'an dernier, soit 47 milliards de plus qu'en 2008. L'augmentation américaine représente plus de la moitié (54%) de la progression planétaire, souligne le Sipri.

Ne disposant pas du chiffre officiel pour la Chine, l'Institut avance une estimation de 100 milliards de dollars. La France est troisième de ce classement avec 63,9 milliards de dollars.

"Les chiffres démontrent aussi que les grandes ou moyennes puissances, comme les Etats-Unis, la Chine, la Russie, l'Inde et le Brésil, les dépenses militaires constituent un choix stratégique à long terme auquel ils s'attachent même en période de difficultés économiques", selon M. Perlo-Freeman.

Une partie des dépenses militaires 2009 sont liées aux "opérations de maintien de la paix", notamment en Afghanistan, qui ont augmenté en termes de personnel et de coûts pour, elles aussi, atteindre de nouveaux records, selon le Sipri.

Au total, 54 de ces opérations de maintien de la paix (sic) se sont déroulées dans le monde au cours de l'année passée pour "un coût connu" et jamais atteint jusque-là de 9,1 milliards de dollars (7,4 milliards d'euros)".

En termes de personnel, les Etats auront déployé 219.278 personnes (89% de militaires et 11% de civils), en augmentation de 16% par rapport à 2008, souligne l'Institut.

"Cette augmentation est liée aux renforcements des troupes sur des théâtres d'opérations de maintien de la paix déjà existants, le plus significativement dans le cadre de la Force internationale de l'Otan en Afghanistan (Isaf)", d'après le rapport.

Les Etats-Unis ont "plus que doublé" leur présence en Afghanistan l'année dernière et les dépenses américaines dans ce pays vont dépasser en 2010 celles prévues pour l'Irak avec respectivement 65 milliards de dollars et 61 milliards prévus dans la proposition de budget 2010, souligne le Sipri

Mais, malgré les efforts de la communauté internationale et du gouvernement afghan pour favoriser un dialogue avec les résistants, à moins que ces derniers "ne jugent que leur position se fragilise, il est peu probable qu'ils se joignent complètement à un processus de règlement politique", estime le chercheur Tim Foxley.

Les dépenses opérationnelles ont par ailleurs concerné la lutte contre le terrorisme et la drogue, note le rapport.

Enfin, le Sipri estime à 8.100 le nombre de têtes nucléaires opérationnelles détenues en 2009 par les huit puissances nucléaires (Etats-Unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne, France, Inde, Pakistan et Israël).

Sur ce nombre, "près de 2.000 étaient maintenues en état d'alerte avancé et pouvaient être lancées en quelques minutes".

 Igor Edilaghine:

AFP–

2 juin



1-3 Allenby : Les insectes cyborgs attaquent!

Toute résistance aux nouvelles technologies militaires est futile.

Vendredi 11 Juin 2010

Cet article est le premier d'une série de trois sur la guerre technologique.

Il a été publié sur Slate.com à la suite d'une conférence organisée par Slate, la New America Foundation et Arizona University qui s'est tenue le 24 mai à Washington DC et dont le thème était: «Warring Futures: How Biotech and Robotics Are Transforming Today's Military—and How That Will Change the Rest of Us» («Les conflits du futur: Comment les biotechnologies et la robotique transforment l'armée d'aujourd'hui - et comment cela va changer les choses pour nous.»)

Des casques télépathiques.

Des essaims d'insectes cyborgs fonctionnant en réseau et équipés de détecteurs pour la surveillance ou de dards empoisonnés pour l'attaque.

De nouveaux médicaments promettant d'améliorer les performances cognitives. (Comment ça, l'Adderall et le Provigil ne vous suffisent pas?).

Des robots armés autonomes.

Une interface cerveau/machine permettant de contrôler des systèmes d'armes par la pensée. La recherche militaire américaine ouvre une multitude de nouvelles pistes et la plupart des technologies ainsi développées finiront par revenir dans le civil, avec des conséquences qu'il est pratiquement impossible de prédire aujourd'hui.

Face à l'inconnu, on pourrait être tenté d'essayer d'arrêter le développement et l'utilisation de ces nouvelles technologies. Mais ce genre d'attitude risque d'avoir aussi peu de succès que le slogan «Il suffit de dire non» dans la guerre contre la drogue, ou que le Luddisme au début de la révolution industrielle.

Quoi qu'il advienne, les États-Unis vont développer ces technologies étranges et inquiétantes, mais peut-être pas pour les raisons que l'on pourrait croire.

L'armée a pour tâche de projeter la puissance américaine dans le monde entier, ce qui est normale pour une superpuissance. Mais l'opinion américaine réagit de plus en plus mal aux pertes humaines, ce qui signifie que la projection de notre puissance doit engendrer le moins de morts possible dans les rangs américains. Dans ces conditions, il devient très difficile de s'opposer à des technologies promettant de sauver des vies américaines, d'autant que la démographie et la situation économique jouent à plein contre l'armée. La génération du baby-boom part à la retraite et des sociétés privées, capables de payer des salaires bien supérieurs à ceux que verse l'Etat, s'arrachent les meilleurs éléments. Les avantages proposés par ces sociétés, comme par exemple l'assurance de ne pas se faire déchiqueter par une bombe improvisée, leur donnent un avantage décisif.

Ces évolutions placent l'armée sous les mêmes contraintes d'efficacité, en terme de nombres de soldats nécessaires à l'accomplissement d'une mission, que le secteur privé. Et la seule véritable solution à long terme est la même que celle appliquée dans les entreprises depuis deux siècles: remplacer le travail par le capital, les soldats à la chair vulnérable par des robots faits de métal, les unités d'infanterie par les insectes cyborgs.

A cet égard, il est intéressant de remarquer que les Predators, capables de survoler l'Afghanistan alors que leur pilote se trouve dans une base près de Las Vegas, ne suffisent déjà plus.

Certes, les drones permettent de réduire les pertes américaines, mais ils mobilisent un soldat par appareil, ce qui est toujours trop cher. C'est précisément ce problème que les robots armés autonomes promettent de résoudre.

Il existe une autre raison tout aussi importante pour laquelle le développement de ces technologies semble inévitable: nous avons atteint les limites de nos capacités mentales. La meilleure preuve en est la généralisation de systèmes dits «d'amélioration cognitive», comme par exemple les systèmes optiques qui balaient le champ de bataille, identifient les dangers potentiels et les signalent au soldat en les classant par ordre de priorité. Mais on trouve la même chose dans le civil, où les constructeurs automobiles comme General Motors ou Ford souhaitent proposer des voitures que même des personnes âgées dont le système cognitif embarqué (leur cerveau) aurait perdu beaucoup de ses moyens, pourraient continuer à conduire. Ces innovations sont la conséquence d'une réalité indépassable. Dans les systèmes complexes, où le flot de données est important, comme sur un champ de bataille ou une autoroute, c'est la bande passante humaine qui est trop faible. Pour dire les choses simplement, nous ne sommes plus assez rapides, ou intelligents, pour faire face aux conditions d'opération que nous avons nous-mêmes créées. La solution? Transférer une partie des fonctions cognitives vers des plateformes technologiques externes. Les moteurs de recherche se substituent à la mémoire. Les systèmes automatisés (comme sur les croiseurs et les destroyers américains équipés du système de défense Aegis) se substituent à la décision humaine lors des phases d'engagement exigeant la plus grande rapidité de réaction. L'être humain individualisé de Descartes meurt et laisse place au moi décentré et omniscient du réseau. Non parce que nous l'avons décidé, mais parce que nous n'avons pas le choix.

Les civilisations tirent parti des technologies dont elles disposent, sinon, elles entrent dans des phases de déclin. Où en est le monde islamique, qui dominaient totalement les sciences et les mathématiques il y a mille ans? Où en est la Chine qui, jusqu'au 19éme siècle, était la plus puissante économie mondiale et était plus avancé que l'Europe sur le plan technologique? (Notons au passage que la Chine a très mal pris ce recul et est aujourd'hui bien décidée à inverser la tendance). Quels succès ont rencontré les grandes puissances dans leurs tentatives de faire disparaître les technologies que, pour une raison ou une autre, elles rejetaient? Les Européens, par exemple, ne sont pas parvenus à restreindre l'utilisation des organismes génétiquement modifiés dans l'agriculture. La maîtrise des technologies de pointe n'est peut-être pas suffisante pour atteindre l'hégémonie mondiale, mais elle est indispensable. Et les principaux acteurs de la scène internationale (États-Unis, Chine, Inde, Brésil, Russie, et sûrement d'autres), le savent très bien.

Il est évident que nous n'avons pas encore développé les capacités individuelles et institutionnelles nous permettant de comprendre, et encore moins de maîtriser, les implications de ces évolutions technologiques. Face à ce constat, il faut se garder de tomber dans un pessimisme noir ou un optimisme béat. Il ne faut pas non plus se fourvoyer dans une attitude de déni en se prenant pour Lord Byron au sommet de sa falaise, les cheveux au vent, rejetant la technologie maléfique par le simple pouvoir de sa volonté. Non, pour réagir à ces évolutions de manière rationnelle et éthique, il faut se confronter sans relâche et avec une vigilance et une lucidité toujours renouvelées à un paysage technologique en constate évolution. L'armée américaine a montré la voie en établissant un solide programme d'analyse des conséquences, aussi bien juridiques qu'éthiques, de l'utilisation des nouvelles technologies sur les théâtres d'opération. C'est dans l'étude des implications de ces progrès pour la société civile que nous échouons pour l'instant. C'est donc là qu'il faut concentrer nos efforts, afin de construire les mécanismes institutionnels et politiques qui nous permettront d'encadrer l'innovation technologique.

 Brad Allenby

Traduit par Sylvestre Meininger

http://www.slate.fr/story/22881/guerre-technologique-insectes-cyborgs-attaquent

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