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13/07/2010

n°488- Journal d'Irak - 20/06 au 11/07 - : Fin -:- La charge de la brigade médiatique.


n°488- Journal d'Irak -  20/06  au 11/07 - : Fin  -:- La charge de la brigade médiatique.



Journal d'Irak

n°488                 du 20/06                  au 11/07/10

C.De Broeder & M.Lemaire



Le " Journal d’Irak  " est visible  sur ...

a) sur mes blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Eva Resis  :  no-war.over-blog.com

 

c) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :

2 Lutte pour la libération du territoire.

3 Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos

3-1 Vidéo  : Irak : en attendant la reconstruction

3-2 Un soldat US inculpé après avoir divulguer une vidéo montrant un hélicoptère mitraillant des civils.

3-3 Stephen LENDMAN : Révéler les méfaits des autorités peut s’avérer dangereux : les « lanceurs d’alerte » en ligne de mire.

3-4 John Pilger : La charge de la brigade médiatique .

 


2 Lutte pour la libération du territoire

Les combats par provinces

1-1 Bagdad

22-06

Les attaques ont débuté lorsqu'un engin explosif, qui visait apparemment un convoi transportant un responsable du ministère des Transports, a manqué sa cible, tuant deux passants. L'attaque s'est produite dans le secteur de Dora, dans le sud de la capitale.

Abdullah Loaebi, directeur général du service de transports privés du ministère, n'a pas été touché. Des sources policières et hospitalières ont confirmé que deux personnes avaient été tuées et huit autres blessées.

AP

22-06

Une bombe a visé le bureau d'un parti religieux dans la capitale, blessant dix personnes, dont huit gardes, selon des sources policières et hospitalières.

AP

24-06

L’explosion d'une bombe dans l'est de Bagdad a tué deux policiers et en a blessé quatre autres, selon un policier. Quatre passants ont également été blessés.

AP

29/6

Un civil et un policier ont été tués et neuf personnes blessées par l'explosion d'une bombe dans le centre de Bagdad

29/6

Un général de l'armée a été tué dans l'explosion d'une bombe qui avait été attachée à son véhicule à Kazimiyah, un quartier dans le nord de Bagdad, selon des sources policières et hospitalières.

Ap

29-06

Un responsable du conseil provincial de Bagdad, Qahtan Abdul-Hussein, est mort dans l'explosion d'une bombe fixée à son véhicule alors qu'il passait un contrôle de sécurité dans le quartier dans le nord de la capitale, selon un communiqué diffusé par le conseil.

AP

01-07

Jeudi, un membre de la milice collaboratrice Sahwa est mort dans l'explosion d'une bombe placée en bordure de route, près de sa patrouille dans le sud-ouest de Bagdad.

Cinq personnes, dont trois civils, ont été blessés dans cette attaque.

AP

01-07

Dans l'ouest de la capitale, un soldat a été tué, par une bombe en bordure de route qui a visé sa patrouille. Sept personnes, dont trois civils ont été blessés.

AP


1-2 Province d'Anbar (vaste territoire à l'ouest de Bagdad comprenant les villes de Amiriya, Baghdadi, Diyarah, Falloujah, Habbaniyah, Haditha, Haqlaniyah, Hawija Hit, Houssabayh, Karabilah,  Khaldiyah, Koussaïba, Mahawil, Oubaïdi, Ramadi (capitale de la province d'Al-Anbar,) Kaïm (à la frontière avec la Syrie), Sindjar & Zaidan

Ramadi (capitale de la province d'Al-Anbar

4/7-

Une kamikaze a tué trois personnes en actionnant sa charge explosive au sein du gouvernorat de la province d'Anbar, dans l'ouest de l'Irak, annoncent les autorités.

Parmi les 39 blessés, dit-on de source proche des hôpitaux, figurent 13 policiers. La kamikaze a frappé dans la salle de réception du gouvernorat à Ramadi, à une centaine de km à l'ouest de Bagdad.

AP

  

Falloudja, à 50 km à l'ouest de Bagdad,

02-01

Un policier a été tué et deux autres ont été blessés vendredi par l'explosion d'une voiture.

http://fr.news.yahoo.com/


1-5 Province de Diyala

Bakouba

22-06

Une moto piégée visant une patrouille de l'armée irakienne a explosé dans la capitale de la province, Bakouba, blessant huit civils.

AP

Buhriz

22-06

Une bombe dissimulée dans une voiture transportant le chef d'un groupe de collaborateurs a ensuite explosé à Buhriz, ancien fief de Saddam Hussein à 60km au nord de Bagdad, dans la province de Diyala.

Le commandant Ghalib al-Karkhi, porte-parole de la police, a précisé que la déflagration avait tué Raad al-Mujamai, chef d'une milice Sahwa.

AP

 

 


1-4 Province de Ninive (Mossoul (capitale de la région nord du pays - à 375 km au nord de Bagdad,) Hawijah, Kassak"(70 km au nord-est de Mossoul) & Tall Afar )

Mossoul

24-06

Un kamikaze portant des explosifs s'est fait sauter à un barrage de la police, tuant quatre policiers et en blessant quatre autres. Saad Abdul-Moneim, un responsable de la morgue de Mossoul, a confirmé le bilan des tués.

AP


1-6 Province du Ta'mim

Kirkouk (Capitale de la province)

01-07

Un militaire a été tué par des tirs provenant d'un véhicule alors qu'il marchait dans la rue en tenue de civil tard mercredi.

AP


1-7 provincede Salaheddine

Baïdji, ville située à 180 km au nord de Bagdad

29/6

Quatre policiers ont été tuées et treize autres blessées mardi par l'explosion d'une bombe au passage d'une patrouille de police dans le nord de l'Irak, rapporte la police. L'explosion s'est produite dans le centre de Baïdji, ville située à 180 km au nord de Bagdad. Parmi les tués, figure le lieutenant-colonel Hussein Ahmed Hussein, chef des services de renseignement de la police de Baïdji et chef de tribu, a-t-on précisé de source policière locale.

AFP



L’Irak en chiffres (depuis le début de la guerre de conquête en mars 2003)



Peuple

 

Civils tués (depuis l'occupation)   

1 366 705 ( chiffre  minimum)

Civils blessés (depuis l'occupation) 

 1.148.250( chiffre très très minimum)

Civils violés (par les troupes d'occupations)

2.507     (voir Ibrahim Allousch

Civils/Résistants arrêtes : (une dizaine par jour...)

8.945   (chiffre minimum)

Résistants (décrit tel quel ) tués

4.121 ( chiffre minimum)

Résistants (décrit tel quel ) blessés

3.888   (chiffre minimum)

En prison

1.900 (chiffre minimum)

Embargo

750.000 enfants (chiffre minimal)

Embargo

750.000 adultes (chiffre moyen)

 

 

Militaires irakiens tués pendant l'invasion

45.596 (chiffre minimal)

Civils tués pendant l'invasion

120.200 (chiffre minimal)

 

 

Coalition

 

Nombre de Soldats tués (ou morts...) 

34.7057

Soldats rapatriés (blessés ou malades)

74.4102

(*) dont 10% meurent en cours de route ou à l'hopital)

 

Disparus (dans la nature)

1.014

Désertions

5.501

Mutinerie

2 corps + 25

Aide psychologique

66.108***

Suicides

Mercenaires tues                                                                                 

5.683 (chiffre très minimal)

933

non-combattants accidentés,

27 103

Policiers/soldats/miliciens irakiens  tués

13.449

Policiers /soldats/miliciens irakiens blessés

27210 (chiffre minimal)

Policiers /soldats irakiens disparus (dans la nature)

13.916

 

 

Autres tués (collaborateur)

5747

Autres blessés (collaborateur)

9.771

 

 

Nombre d'attaques de la résistance de 2003 à 2008:

Oléoducs, les infrastructures pétrolières & d'électricité

164.001,

464 attaques (grand minimum)

Infrastructures du rail

195 attaques (idem)

Hélicoptères

104  ++              (idem)

Avions (& drone)

28 ++



Ces  totaux sont obtenus par le recoupement (si possible) des chiffres des pertes communiqué par la résistance & les médias occidentaux + XINHUANET


 


Number Of Iraqis Slaughtered In US War And Occupation Of Iraq "1,331,578"


Cost of U.S. War and Occupation of Iraq

                                              732.927.995.841

 

12H21

http://www.costofwar.com/

http://www.nationalpriorities.org/costofwar_home
For more details, click here.

 



3 Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos

Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information

3-1 Vidéo  : Irak : en attendant la reconstruction

http://videos.arte.tv/fr/videos/irak_en_attendant_la_reconstruction-3300862.html


3-2 Un soldat US inculpé après avoir divulguer une vidéo montrant un hélicoptère mitraillant des civils.

Un soldat américain soupçonné d'avoir divulgué une vidéo d'une bavure (…) de l'armée américaine à Bagdad qui a coûté la vie à des civiles et à deux employés irakiens de l'agence Reuters en 2007, a été inculpé, c'est ce qu'a annoncé mardi l'armée d'occupation américaine.
 Au total, 12 chefs d'inculpation ont été retenus lundi contre Bradley Manning, actuellement dans un centre de détention de l'armée américaine au Koweït, selon un communiqué militaire.
 Ce soldat de 22 ans est à la fois poursuivi pour "des violations au Code de justice militaire et des infractions au Code pénal des Etats-Unis, et pourrait à terme être renvoyé devant une cour martiale", selon le texte.
  L'armée précise que le soldat Manning est notamment accusé d'avoir été "sans autorisation en possession d'une vidéo classée d'une opération militaire filmée à, ou près de, Bagdad le, ou autour du, 12 juillet 2007 et d'avoir volontairement (...) transmis la vidéo, ou fait en sorte que la vidéo (...) soit transmise à une personne non autorisée à la recevoir". 

Le communiqué ne donne aucune précision sur la nature de l'opération.  
Mais en avril, le site américain WikiLeaks, qui s'est donné pour mission de diffuser des informations très sensibles en maintenant l'anonymat de ses sources, avait diffusé une vidéo choc montrant des images, prises par un hélicoptère Apache mitraillant des civils à Bagdad le 12 juillet 2007.
 Plusieurs personnes avaient péri, dont le photographe Namir Hussein, 22 ans, et son chauffeur Saïd Chmagh, 44 ans.
  Vue par plusieurs millions d'internautes sur YouTube et les téléspectateurs du monde entier, la vidéo de 17 minutes est accompagnée de commentaires crus de l'équipage de l'Apache.
 Dans la vidéo, les pilotes de l'Apache, qui prétendent prendre la caméra d'un des employés de Reuters pour un lance-grenade RPG, affirment avoir repéré "cinq ou six individus avec des AK-47" et demandent la permission "d'ouvrir le feu", ce qu'ils obtiennent presque instantanément.
 Après la fusillade, l'un des pilotes relève qu'il y a désormais "un tas de cadavres" sur place. "Regarde moi ces pourritures crevées", dit l'un. Un autre réplique: "chouette".
 Dans un message sur Twitter, Wikileaks réagit à l'inculpation du militaire en dénonçant l'impunité dont jouit "l'équipage de l'Apache à la gâchette facile".
 Le porte-parole du Pentagone, Bryan Whitman, avait alors indiqué que l'enquête portait sur la divulgation d'une vidéo classée secret défense et de quelque 260.000 câbles diplomatiques confidentiels au site WikiLeaks.
 WikiLeaks avait indiqué dans un message sur Twitter que les informations selon lesquelles il aurait reçu ces câbles diplomatiques étaient "fausses".  

07/07/2010
 http://www.almanar.com.lb/NewsSite/NewsDetails.aspx?id=145299&language=fr


3-3 Stephen LENDMAN : Révéler les méfaits des autorités peut s’avérer dangereux : les « lanceurs d’alerte » en ligne de mire.

Les « Whistleblowers » ("lanceurs d’alerte" ou ceux qui dénoncent les abus en tous genres ou organisent des fuites à la presse) sont-ils désormais une espèce menacée ?

L’administration Obama leur livre une guerre qu’aucune autre administration n’a osé livrer.

Où il apparaît que les lanceurs d’alerte sont poursuivis avec plus de célérité que les criminels qu’ils dénoncent. Où il apparaît que les gouvernements, celui des Etats-Unis en tête, comptent de plus en plus sur le secret de leurs activités et supportent de moins en moins la transparence.

Où il apparaît que le Pentagon a lancé une chasse à l’homme contre le fondateur de Wikileaks, le site qui a publié, entre autres, la vidéo de l’hélicoptère américain à Baghdad. Jusqu’où nous entraîneront-ils vers le côté obscur de la gouvernance ? - Le Grand Soir

Le 16 avril, le journaliste John Cole écrivait : « Le message est clair – si vous torturez des gens et détruisez les preuves, vous vous en tirez sans même une remontrance. Mais si vous dénoncez une activité criminelle du gouvernement, vous êtes poursuivis. »

En fait, c’est encore pire que ça. Sous l’administration Bush, la torture était une politique officielle.

Elle l’est toujours sous Obama qui a absout les tortionnaires de la CIA, malgré les preuves incontestables de leur culpabilité. Mais en révélant cette information vous risquez d’être poursuivis pour diffusion de secrets d’état et mise en danger de la sécurité nationale.

Le 7 juin, Elisabeth Bumiller écrivait dans le New York Times, en titre, « Un ex-hacker (pirate informatique – NdT) dénonce celui qui a livré des données de l’Armée à la presse », en expliquant que l’analyste des services de renseignement de l’armée, Bradley Manning, a raconté à Adrian Lamo qu’il avait transmis les informations suivantes à Wikileaks (site spécialisé dans la publication de documents « dérangeants » - NdT) :

- 260.000 télégrammes diplomatiques US classifiés et la vidéo d’une frappe aérienne (US) en Afghanistan qui a tué 97 civils l’année dernière, » et

- une « vidéo explosive (39 minutes) sur l’attaque par un hélicoptère américain à Bagdad qui a tué 12 personnes, dont deux employés de l’agence de presse Reuters ». Manning l’a qualifié de « meurtre collatéral », un crime qu’il s’est senti obligé de révéler.

Lamo a déclaré aux autorités militaires, « j’ai dénoncé Brad Manning parce qu’il a révélé des documents. Je n’aurais jamais (et je n’ai jamais) dénoncé un Criminel Ordinaire Honorable. Ce n’est pas la même chose. » Il n’a pas expliqué en quoi un criminel pouvait être honorable.

Le 7 juin, le commandement militaire en Irak a arrêté Manning, en déclarant dans la langue de bois du Pentagone : « Le Département de la Défense prend la gestion des documents classifiés très au sérieux parce que cela touche à notre sécurité nationale, à la vie de nos soldats, et à nos opérations à l’étranger. »

A ce jour, Manning n’a pas encore été inculpé et se trouve en détention au Koweit en attendant qu’il soit décidé de son sort.

Le 6 juin, sur le site wired.com, Kevin Poulson et Kim Zetter ont publié un article intitulé « Un analyste du renseignement militaire US arrêté dans le cadre de l’enquête sur la fuite d’une vidéo à Wikileaks », en expliquant : « la division d’enquête criminelle de l’armée a arrêté Manning après que Lamo l’ait dénoncé.

Le Département d’Etat a déclaré ne pas être au courant de l’arrestation. Le FBI n’a pas fait de commentaire. Plus tard, le Département de la Défense a confirmé son arrestation pour avoir livré des informations classifiées. Selon un porte-parole de l’armée, Gary Tallman : « Si vous avez une habilitation en matière de sécurité et que vous fournissez volontairement ou involontairement des informations classifiées à quelqu’un qui n’a pas d’habilitation ou qui n’a pas besoin de connaître ces informations, vous violez les règles de sécurité et éventuellement la loi. »

Manning a déclaré : « Partout où il y a un site états-unien, il y a un scandale diplomatique qui éclate. C’est de la diplomatie à l’air libre. Une anarchie mondiale sous format CSV (format de stockage de données des programmes d’analyste/présentation tels que Excel – NdT) . C’est un Climategate à l’échelle de la planète, et époustouflant par son ampleur. C’est à la fois magnifique et terrifiant. (Les documents décrivent) des activités politiques clandestines quasi-criminelles. (Ils appartiennent) au domaine public et ne sont pas stockés quelque part sur un serveur casé dans un coin obscur à Washington, DC. (Notre gouvernement est impliqué dans) des choses incroyables, des choses horribles. »

Manning a révélé le meurtre de sang froid de civils innocents et de journalistes, tandis que les auteurs riaient sur la vidéo comme s’il s’agissait d’un jeu – le public ignore que les règles d’engagement au combat du Pentagone appliqués en Irak et en Afghanistan visent aussi bien les civils que ceux soupçonnés d’être des combattants.

Le 11 juin, Scott Shane, dans le New York Times, titrait : « Obama Choisit la répression contre ceux qui livrent des informations à la presse. » et écrivait : « Au cours de ses 17 mois de mandat, le Président Obama a déjà dépassé tous ses prédécesseurs en matière de poursuites engagées contre les auteurs de fuites à la presse, » et citait des poursuites lancées contre Thomas A. Drake (voir ci-dessous), et contre James Risen, du Times, qui a reçu un assignation (délivrée par Bush et Obama) pour l’obliger à révéler les sources de son livre « State of War : The Secret History of the CIA and the Bush Administration » (Etat de Guerre : l’histoire secrète de la CIA et de l’administration Bush – NdT)

Lucy Dalglish, directeur exécutif de Reporters Committee for Freedom, explique : « le message envoyé est clair, si vous êtes l’auteur de fuites à la presse, nous vous attraperons. Selon moi, il n’y a absolument aucune différence (entre Bush et Obama) et (il) semble y accorder plus d’attention. Tout ça n’annonce rien de bon. »

Le procureur général Eric Holder a signé l’assignation et son porte-parole au Ministère de la Justice, Mattew Miller, a dit : « D’une manière générale, nous avons toujours dit que nous prenions très au sérieux la fuite d’informations classifiées »

L’avocat de Risen, Joel Kurtzberg, a expliqué que l’assignation était en rapport avec un article sur les mesures clandestines entreprises par la CIA pour subvertir le supposé programme iranien de développement d’armes nucléaires. « Nous allons nous battre pour la repousser, » a-t-il dit. « Jim est un journaliste chevronné et adhère aux plus hauts principes de la profession. Et il a l’intention de tenir parole quant à la confidentialité de sa ou ses sources. »

La maison d’édition de Risen, Simon et Schuster, s’occupe de l’affaire mais selon une déclaration de Time : « Cependant, notre opinion est que la confidentialité des sources est vitale pour livrer l’information au public, et une assignation émise plus de quatre ans après la publication du livre ne parait pas faire le poids devant la nécessité de protéger un auteur. »

Une session de « grand jury » convoquée une première fois en 2006 par le ministre de la justice de Bush, Michael Mukasey, n’avait pas pris de décision dans les délais. Holder va convoquer une nouvelle commission. Risen risque un procès et une peine de prison pour refus de révéler ses sources, chose qu’aucun journaliste ne devrait faire.

Wikileaks : qu’est-ce que c’est ?

Wikileaks se qualifie de « service de renseignement du peuple » et se décrit comme « un service public pluri juridictionnel ayant pour objectif de protéger les « lanceurs d’alerte », les journalistes et les militants qui auraient des informations sensibles à communiquer au public », un public qui a le droit de savoir.

Ce n’est que lorsqu’ils connaissent « les véritables plans et comportements de leurs gouvernements » qu’ils peuvent décider s’ils leur accordent ou non leur confiance, ou comme l’a déclaré Jack Kennedy le 27 avril 1961 : « Le terme même de secret est répugnant dans une société libre et ouverte ; et en tant que peuple nous sommes intrinsèquement et historiquement opposés aux sociétés secrètes, aux serments secrets et aux actions secrètes. Il y a longtemps, nous avons décidé que les dangers d’une dissimulation excessive et injustifiée de faits importants sont nettement plus grands que les dangers avancés pour les justifier. »

Wikileaks croit que « les fuites fondées sur des principes ont favorablement influencé le cours de l’histoire ; elles peuvent changer le cours de l’histoire présente, elles peuvent nous mener vers un avenir meilleur. » Elles peuvent révéler les abus de pouvoir en « comptant sur le pouvoir de l’information ouverte qui permet aux citoyens de traîner en justice des gouvernements et des entreprises répressifs et corrompus, » et aider à transformer des démocraties formelles en véritables démocraties.

Le Secret et la répression des lanceurs d’alerte et des journalistes sous Obama

Sous Obama, plus que jamais, nous vivons dans une société secrète, où les lanceurs d’alerte et les journalistes sont visés pour avoir fait leur travail – Helen Thomas (doyenne des journalistes accrédités à la Maison Blanche qui a récemment pris sa retraite après avoir fait des commentaires sur le lobby sioniste aux Etats-Unis – NdT), injustement pilonnée par le lobby pro israélien, a déclaré au mois de juillet dernier, au cours d’une conférence de presse de Robert Gibbs à la Maison Blanche, que l’administration « contrôlait la presse, », puis a ajouté « C’est choquant, vraiment choquant... Pour qui nous prennent-ils, des marionnettes ? Ils sont censés ne pas se mêler de nos affaires. Ce sont des fonctionnaires. C’est nous qui les payons. »

Dans une interview à CNCNews.com du 1er juillet 2009, elle a dit que même Nixon n’avait jamais exercé un tel contrôle sur la presse. Elle a dit : « Nixon n’a pas essayé. Ils ne pouvaient pas contrôler (les médias). Ils n’essayaient pas... Je ne dis pas qu’il n’y a jamais eu d’informations contrôlées, mais cela atteint des niveaux jamais vus. Ils ne s’en cachent même plus. Ils s’en fichent que vous en soyez conscients ou pas. Ils devraient avoir honte. »

Au mois de février 2009, une loi Free Flow of Information Act (loi sur la liberté de circulation de l’information) a été présentée devant la chambre des Représentants et le Sénat. Au mois de mars, la chambre des Représentants l’a voté à une écrasante majorité. Depuis, elle est bloquée dans une commission du Sénat.

A l’époque, l’administration Obama a réduit la portée du texte malgré un fort soutien du congrès – sous prétexte que la sécurité nationale primait sur le droit du public de savoir, que les procureurs devaient pouvoir obliger les journalistes et les lanceurs d’alerte à révéler leurs sources. La loi n’a jamais été définitivement adoptée mais l’administration actuelle l’invoque pour tenter d’empêcher la divulgation d’informations qu’elle veut censurer, et avec plus d’agressivité qu’aucune autre administration précédente. Encore une mesure de l’homme qui avait promis le changement.

Thomas Drake fait partie des cibles de l’administration Obama, ancien « cadre supérieur » de l’ancienne Agence de Sécurité Nationale, inculpé le 15 avril 2010, sous plusieurs accusations de « détention volontaire d’information classifiée, obstruction de justice et fausses déclarations, » selon le Procureur Lanny A. Breuer, de la Division Criminelle.

Selon l’inculpation en dix points, il aurait fourni à un journaliste du Baltimore Sun, Sibohan Gorman, des documents classifiés de la NSA relatifs à l’agence. En fait, elle a écrit sur le gâchis et les erreurs de gestions du projet « Trailblazer » (un programme déstiné à analyser les données sur les réseaux informatiques), et sur des activités d’espionnage illégales. Le 18 mai 2006, elle a écrit un article intitulé « la NSA abandonne un système légal de récupération de données sur les communications téléphoniques » où elle a écrit : « Une fois le feu vert donné par le Président Bush à la NSA pour recueillir secrètement et analyser les données téléphonique locales – une autorisation qui ne faisait aucune mention de la protection des identités – les agents officiels ont considéré que le cryptage des données était inutile et l’a abandonné ».

Cela dit, son article parlait surtout de Trailblazer, un projet de 1,2 milliards de dollars qu’un participant a qualifié de « plus gros gâchis actuellement en cours dans le monde du renseignement, » chose que le public avait le droit de savoir.

Les fuites de Drake ont révélé des activités d’espionnage illégales de la part de la NSA, une énorme quantité de gâchis et de fraudes, ainsi que la formation d’un état de sécurité/surveillance nationale public/privé, ce qui avait pour résultat d’inciter les profiteurs à entretenir la peur pour le plus grand bien de leur chiffre d’affaires.

En tant que candidat, Obama avait promis la transparence, la responsabilité et la réforme des politiques extrémistes de Bush. En tant que président, il a usurpé de pouvoirs de surveillance non contrôlés, dont les écoutes téléphoniques sans mandat, l’accès aux données personnelles, le suivi des transactions financières, le suivi des courriers électroniques, l’usage de l’Internet et des téléphones portables pour recueillir des données secrètes pour d’éventuelles inculpations.

Il réclame aussi l’immunité du Ministère de la Justice pour les procès intentés pour espionnage illégal, une exigence qu’aucun membre du Congrès ou de l’administration n’avait formulée, pas même Bush et ses alliés Républicains.

Le résultat est que son état de sécurité nationale s’en prend désormais aux militants, aux dissidents politiques, aux manifestants anti-guerre, aux musulmans, aux immigrés latinos, aux avocats qui les défendent, aux lanceurs d’alerte, aux journalistes qui révèlent les crimes fédéraux, la corruption, ceux qui refusent de dévoiler leurs sources, et Wikileaks, cité dans un rapport du Pentagone de 2008 comme une menace majeure pour la sécurité des Etats-Unis qu’il serait important de fermer en identifiant ses sources, en les décourageant et en les poursuivant. Nous allons y revenir.

A une époque ou le gouvernement agit de plus en plus en s’entourant de secret, en versant dans l’illégalité et en trahissant la confiance du public, les révélations et le débat ouvert sont indispensables. Sans les lanceurs d’alerte, Wikileaks et les journalistes courageux, c’est la transparence de la société qui est mise en cause.

WIKILEAKS, 15 mars 2010, a publié : « les services secrets US veulent détruire Wikileaks »

Le fondateur du groupe, Julian Assange, a décrit un rapport de 32 pages de février 2008 des services de contre-espionnage « pour marginaliser définitivement l’organisation. » Deux ans plus tard, l’objectif n’as pas (encore) été atteint.

Le rapport qualifie Wikileaks de « menace potentielle à la protection des forces, au contre-espionnage, à la sécurité opérationnelle (OPSEC), à la sécurité de l’information (INFOSEC), une menace pour l’Armée des Etats-Unis, (mettant en danger) le personnel du Ministère de la Défense, les sites et les installations. De telles informations (pourraient aider) les services de renseignement et de sécurité étrangers, des forces militaires étrangères, des insurgés étrangers, et des groupes terroristes étrangers (en leur fournissant) de l’information (qu’ils pourraient utiliser pour attaquer) les forces US, à la fois à l’intérieur des Etats-Unis qu’à l’extérieur » - une langue de bois typique du Pentagone pour exagérer les menaces et décourager les lanceurs d’alerte qui révèlent les crimes et des méfaits du gouvernement, choses que le public a le droit de connaître.

En réponse, Wikileaks a dit que la protection des sources était une haute priorité. Il agit « pour dénoncer les pratiques douteuses, les comportements illégaux et les méfaits des agences gouvernementales, des entreprises ainsi que des régimes répressifs » à l’étranger, dont certains agissent ainsi avec la complicité de Washington.

Ces objectifs – dénonciation des méfaits, exigence de responsabilité, soutien aux principes démocratiques d’une société libre et ouverte – sont autant de choses pour lesquelles les gouvernements sont censés oeuvrer. Mais lorsque ce n’est pas le cas, ce sont des organisations comme WikiLeaks qui représentent le plus haut degré de patriotisme et méritent nos louanges au lieu d’être espionnées, attaquées et détruites.

Parmi ses nombreuses accusations du Département de la Défense contre Wikileaks :

- Wikileaks a peut-être des taupes au sein du Département de la Défense qui fourniraient des données sensibles ou classifiées

- utilise son site pour fabriquer et manipuler l’information

- possède 2000 pages de documents de l’armée sur les forces US et les forces de la Coalition en Irak et Afghanistan

- possède des informations sur le type et la quantité d’équipements affectés à la Commande Centrale US

- Julian Assange a rédigé et co-signé des articles, basés sur des fuites, « pour faciliter les initiatives au Congrès US qui visent à retirer les troupes US en coupant les financements de(s) la guerre(s) »

- des fuites qui « pourraient aider les forces ennemies à planifier des attaques terroristes, (choisir) le type et l’emplacement le plus efficace pour placer des bombes » et employer d’autres méthodes pour attaquer les troupes et convois US, ainsi que les bases militaires.

- les données publiées sont des données mal interprétées, manipulées qui constituent de la désinformation et de la propagande.

- le 9 novembre 2007, un rapport a indiqué que les forces US « avaient très probablement violé la Convention sur les Armes Chimiques, » et possède 2.386 armes chimiques de première catégorie en Irak et Afghanistan.

- le même rapport accuse le Département de la Défense d’avoir illégalement employé du phosphore blanc lors de l’attaque en 2004 de la ville (irakienne) de Falloujah

- l’administration Bush a été accusée de tortures et d’avoir refusé à la Croix Rouge internationale l’accès aux détenus de Guantanamo.

- des détails ont été fournis sur le recours par l’armée aux tactiques de guerre asymétrique, techniques et procédures lors de l’assaut d’avril 2004 contre Falloujah et

- de nombreuses autres accusations et préoccupations mentionnées dont la crainte que « des organisations étrangères... des services militaires étrangers, des insurgés étrangers ou des groupes terroristes financent ou soutiennent matériellement WikiLeaks.org »

Le Département de la Défense conclut que réussir à identifier, poursuivre, et mettre fin aux activités des lanceurs d’alerte « porterait un coup et pourrait détruire » les opérations de Wikileaks et décourager d’autres à fournir des informations. Il a aussi insisté sur « la nécessité d’un gros programme auprès du contre-espionnage, de l’antiterrorisme, de la protection des forces, de la collecte d’informations, d’INFOSEC, et d’OPSEC pour former le personnel militaire » sur comment éviter les fuites et dénoncer les « activités suspectes ».

Julian Assange se sent investi d’une mission : la transparence totale. Wikileaks est une ressource vitale pour fournir des informations importantes sur comment les gouvernements et les entreprises trahissent les intérêts du public. Eu égard à la tradition américaine de crimes de guerre, de corruption et autres abus de pouvoir, il n’est pas étonnant que le Département de la Défense s’en préoccupe, heureusement sans succès jusqu’à présent. Selon WikiLeaks : ses activités sont « le meilleur moyen à notre disposition pour générer une véritable démocratie et une bonne gouvernance auxquelles aspire toute l’humanité » et pourraient réussir, avec d’autres et avec force et détermination, à faire passer l’idée que le changement vient toujours du bas vers le haut, jamais du haut vers le bas. Une leçon qu’il faut assimiler pour agir en conséquence.

Une dernière remarque

Le 10 juin, Philip Shenon, de Daily Beast, écrivait en titre « La chasse à l’homme du Pentagone ». Il écrivait : « Préoccupés par le fait que Wikileaks serait sur le point de publier un lot de télégrammes secrets du Département d’Etat, les enquêteurs recherchent désespéramment son fondateur, Julian Assange. »

Au début du mois de juin, Julian Assange devait prendre la parole à un forum organisé à New York (New York’s Personal Democracy Forum), mais on lui a conseillé de ne pas s’y rendre pour raisons de sécurité. A la place, il est intervenu via Internet (Skype) depuis l’Australie.

Interviewé par Ellsberg (*) au sujet d’Assange, le célèbre lanceur d’alerte Daniel croit que ce dernier pourrait être en danger : « j’ai moi-même été la cible d’un escadron de la Maison Blanche. Le 3 mai 1972, une dizaine d’agents de la CIA, des anciens de la Baie des Cochons, des émigrés cubains, ont été acheminés de Miami avec l’ordre de « m’infliger une incapacité totale ». Ellsberg a demandé si cela voulait dire le tuer. La réponse fut « Cela signifie vous infliger une incapacité totale. Il faut comprendre que ce types n’emploient jamais le mot « tuer » ». Assange est-il en danger ? « Absolument. Pour les mêmes raisons que je l’ai été... Obama prétend à présent avoir un droit de vie et de mort, d’être le juge, le jury et le bourreau des citoyens américains, sans procès » qu’ils soient résidents ou à l’étranger, sans parler des non-américains, n’importe où dans le monde. L’état de droit peut aller se faire voir. « Aucun président n’a jamais eu de telles prétentions et peut-être personne depuis Jean 1er. »

Le conseil d’Ellsberg à Assange : « Restez hors des Etats-Unis. Pour le reste, continuez de faire ce que vous faites. Ce que vous faites est important. Assange oeuvre pour la démocratie et l’état de droit précisément en défiant les régulations sur le secret de l’information, des régulations qui ne sont pas des lois, dans la plupart des cas. Il fait du très bon boulot pour notre démocratie, » chose qu’Obama, comme ses prédécesseurs, tente de corrompre tous les jours.

Stephen Lendman
http://www.sjlendman.blogspot.com/

Traduction VD pour le Grand Soir

(*) Note du Grand Soir : Daniel Ellsberg est à l’origine de la fuite en 1971 des célèbres "Pentagon Papers" qui dénonçaient les mensonges du Pentagon pendant la guerre du Vietnam. Dans un article (en anglais) publié par http://www.consortiumnews.com/2010/061510.html, Robert Parry souligne la différence de traitement par la "grande" presse de l’époque - qui s’est montrée solidaire d’Ellsberg en publiant à tour de rôle les "papiers" - et la presse d’aujourd’hui qui dénigre Manning pour avoir diffusé la vidéo de l’hélicoptère américain à Bagdad.

Stephen LENDMAN
7 juin 2010

URL de cet article
http://www.legrandsoir.info/Reveler-les-mefaits-des-autorites-peut-s-averer-dangereux-les-lanceurs-d-alerte-en-ligne-de-mire.html


3-4 John Pilger : La charge de la brigade médiatique .

Dans sa dernière colonne pour New Statesman, John Pilger décrit comment l’omniprésence de la culture du système médiatique en Zunie ouvre la voie à un état de guerre endémique. Et malgré toutes les colonnes de journaux et les heures d’émission qui en sont pleines, le lavage de cerveau ne prend pas. Il suggère qu’il s’agit de « la plus grande vertu de la Zunie. »

La présentatrice de la télévision a fait une interview partagée sur l’écran avec un journaliste qui s'était porté volontaire pour être témoin à l'exécution d'un homme condamné à mort depuis 25 ans dans l'Utah. « Il avait le choix, » a dit le journaliste, « l'injection létale ou le peloton d'exécution. « Oh là là, » s’est emballée la présentatrice. Top d’un déferlement de publicités pour la restauration rapide, un blanchissant de dents, l’agrafage de l'estomac*, la nouvelle Cadillac. Suite à cela, la guerre en Afghanistan a été présentée par un correspondant en sueur dans un gilet pare-balles. « Holà, il fait chaud, a-t-il henni sur sa moitié d'écran. « Faites attention à vous, a répliqué la présentatrice. « Coming up » était une émission de téléréalité dans laquelle la caméra observait un homme en train de purger sa peine d’emprisonnement dans un réduit de prison.
[* Ndt : C’est dommage qu’on n’ait pas encore ça chez nous, à moins que j’ai mal vu. Imaginez un peu le truc : vous regardez négligemment le JT tout en grignotant les queues de radis laissées par la gente politique, et voilà qu'un charcutier en blouse verte vous propose de vous ligaturer le gésier pour vous empêcher de vous empiffrer.]

 

      Le lendemain matin, je suis arrivée au Pentagone pour une entrevue avec l'un des hauts fonctionnaires du président Obama, un décideur en matière de guerre. Il y a eu une longue ballade le long de corridors brillant ornés de tableaux de généraux et d’amiraux festonnés de rubans. La pièce réservée aux entretiens avait été agencée à cet effet. Elle était bleue et d’un froid glacial, dépourvue de fenêtre et de caractère, à l’exception d’un drapeau et de deux chaises, des accessoires destinés à créer l'illusion d'un lieu de pouvoir. La dernière fois que je suis allé dans une salle comme celle du Pentagone, un colonel nommé Hum a interrompu mon entrevue avec un autre décisionnaire de guerre, au moment où j'ai demandé pourquoi tant de civils innocents sont tués en Irak et en Afghanistan. Ils étaient des milliers à l’époque, ils sont plus d'un million à présent. « Arrêtez la bande ! » avait-il beuglé.

 

      Il n'y avait pas de colonel Hum cette fois-ci, juste l’attestation polie des militaires rejetant qu’il s’agirait d’un « fait banal » pour la soldatesque de recevoir l'ordre de « zigouiller chaque saloperie de mère. » À l'Associated Press le Pentagone a dit dépenser 4,7 milliards de dollars en relations publiques pour gagner le cœur et l’esprit, non pas des récalcitrants des tribus afghanes, mais des Zuniens. C'est ce qui est connu sous le nom de « domination de l'information, » et les gens des relations publiques sont des « guerriers de l'information. »

 

      Le pouvoir impérial zunien monte grâce à une culture médiatique dans laquelle le mot impérial est tabou. L’aborder serait sacrilège. Les campagnes coloniales sont vraiment des « guerres contre le discernement » (wars of perception) écrit l’actuel commandant, le général David Petraeus, dont les termes et stipulations sont popularisés par les médias. La « narration » est la parole accréditée car elle est post-moderne et dénuée de contexte et de réalité. Le témoignage narratif sur l'Irak dit que la guerre est gagnée, et celui sur l'Afghanistan raconte que c'est une « guerre juste. » Que ce ne soit pas vrai non plus n'est pas la question. Ils mettent en avant une « grande allégorie » de menace constante et la nécessité de la guerre perpétuelle. Selon Thomas Friedman, un célèbre chroniqueur du New York Times, « Nous vivons dans un monde de menaces imbriquées tombant en cascade, qui ont le potentiel de bouleverser notre pays à tout moment. »

 

      Friedman encourage l’attaque de l’Iran dont l'indépendance est intolérable. Voilà la vanité psychopathe d'une grande puissance que Martin Luther King décrivait comme « le plus grand pourvoyeur de violence du monde. » Il a ensuite été abattu.

 

      La psychopathie est applaudie à travers la culture corporative populaire montrant la mort d'un homme préférant le peloton d'exécution à l’injection létale à la télévision, le film oscarisé The Hurt Locker et le nouveau documentaire primé sur la guerre, Restrepo. Les directeurs des deux films refusent d’admettre la violence et donnent de la dignité à l'invasion « apolitique. » Et pourtant, derrière la façade caricaturiste, l'objectif est grave. La Zunie est engagée militairement dans 75 pays. Elle a quelque 900 bases militaires à travers le monde, de nombreuses entrées sur les sources de combustibles fossiles.

 

      Mais il y a un problème. La plupart des Zuniens sont opposés à ces guerres et à dépenser des milliards de dollars pour elles. Le fait que leur lavage de cerveau foire si souvent constitue la plus grande vertu de la Zunie. C'est souvent dû aux non-conformistes courageux, en particulier ceux qui sortent de la centrifugeuse du pouvoir. En 1971, l'analyste militaire Daniel Ellsberg a divulgué des documents connus sous le nom de Documents du Pentagone, qui exposaient le mensonge de quasiment tout ce racontaient deux présidents sur le Viêt-nam. Beaucoup de ces initiés ne sont même pas des renégats. Une partie de mon carnet d'adresses est remplie de noms d'anciens officiers de la CIA qui ont osé parler. Ils n'ont aucun équivalent en Grande-Bretagne.

 

      En 1993, au moment de l'invasion meurtrière du Timor oriental par l'Indonésie, l’agent des opérations de la CIA à Jakarta, Philip C. Liechty, m'a raconté que le président Gerald Ford et Henry Kissinger, ministre des Affaires étrangères à l’époque, avaient donné le feu vert au dictateur Suharto et fourni secrètement les armes et la logistique dont il avait besoin. Quand les premiers rapports de massacres sont arrivés sur le bureau de Liechty, il a commencé à changer. « Ça n’allait pas, » a-t-il dit. « Je me sentais mal. »

 

      Melvin Goodman est aujourd’hui un savant de l’université Johns Hopkins à Washington. Il a été pendant plus de 40 ans dans la CIA et s’est élevé au rang d’analyste principal du monde soviétique. Lorsque nous nous sommes rencontrés l'autre jour, il a décrit la conduite de la guerre froide comme une série d'exagérations grossières de l’« agressivité » des Soviétiques ignorant délibérément leur intelligence à s’acharner à éviter à tout prix la guerre nucléaire. Cette vision est corroborée des deux côtés de l’Atlantique par les fichiers officiels levés du sceau du secret. « Ce qui importe pour les durs de Washington, » disait-il, « c’est la manière dont pourrait être exploitée la perception d’une menace. » En tant que directeur adjoint de la CIA dans les années 80, l’actuel ministre de la défense, Robert Gates, n'a cessé de faire du battage médiatique sur la « menace soviétique » et, selon Goodman, il est en train de faire la même chose aujourd'hui pour « l'Afghanistan, la Corée du Nord et l'Iran. »

 

      Peu de choses ont changé. En 1939, en Zunie, W. H. Auden écrivait :

 

Tandis que s’évanouissent les espoirs brillants

D'une piètre décennie malhonnête,

Obsédant notre vie privée,

Des vagues de colère et de peur

Se répandent dans les régions brillantes

Et noircies de la Terre [...]

Ils fixent sur le miroir

Le visage de l'impérialisme

Et le préjudice planétaire

John Pilger

Samedi 10 Juillet 2010

Traduction copyleft de Pétrus Lombard

Original : www.johnpilger.com/page.asp?partid=580



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  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

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