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29/07/2010

'n° 73 - Géopolitique et stratégie ' des Guerres de l'Otan - 29-07 :Fin - OTAN, OSCE, OTSC face à face à Alma-Ata.

'n° 73 - Géopolitique et stratégie ' des Guerres de l'Otan - 29-07 :Fin   - OTAN, OSCE, OTSC face à face à Alma-Ata.


Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'Otan et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



'Géopolitique et stratégie 'des Guerres de l'Otan

n° 73- 29-07

C.De Broeder & M.Lemaire



Vous retrouverez ce journal 

a) sur mes blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Robert Bibeau :   http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

c) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com  - http://no-war.over-blog.com/

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire.

1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

1-3 Hélène Nouaille : Hillary Clinton dans la périphérie russe.

1-4 Jean Géronimo : Kirghizstan : entre révolution et incertitude, Moscou au cœur du Grand échiquier.

2 Dossiers

2-1 Karl Müller : Les Etats membres de l’OTAN envisagent-ils un changement de cap?


1-3 Hélène Nouaille : Hillary Clinton dans la périphérie russe.

“ L’engagement américain dans le Caucase et en Asie centrale fut plus que discutable. Depuis l’effondrement de l’URSS en 1991, les Etats-Unis usèrent de figures de rhétorique, mais ils ne surent pas entreprendre une action à la fois raisonnée et concertée ” écrivait Fiona Hill en 2001. En effet, remarquait cette spécialiste de l’Eurasie à la Brookings Institution, “ le Caucase et l’Asie centrale ne (faisaient) pas partie, traditionnellement, des intérêts vitaux des Etats-Unis ”. La situation a évolué après 1991 avec “ l’émergence d’une quinzaine d’Etats indépendants et la découverte de gisements considérables de pétrole en mer Caspienne ” qui ont “ poussé l’administration Bush (père) et surtout Clinton à mettre en oeuvre une stratégie un tant soi peu élaborée ”. Ajoutons que Bill Clinton avait Zbigniew Bzrezinski comme conseiller, qui redéfinissait la nécessité d’un containment autour de la Russie (The Grand Chessboard, 1997).

Que reste-t-il aujourd’hui de cette stratégie et quel sens donner à la tournée d’Hillary Clinton, qui s’est rendue en Ukraine, en Géorgie, en Arménie et en Azerbaïdjan, avec escale en Pologne, du 1er au 5 juillet derniers ?

Les Russes ont assez peu apprécié, si l’on en croit Ria Novosti, cette incursion dans une “zone d’intérêts privilégiés” de Moscou. Bien sûr, explique Andreï Fediachine, “ en Europe de l’Est et dans le Sud du Caucase, on estime depuis un certain temps que l’administration de Barack Obama « a oublié » ses partenaires de l’Est en préférant développer ses relations avec la Russie et la Chine (...). Ainsi, la Secrétaire d’État s’est rendue en « zone d’intérêts privilégiés » de la Russie afin d’y « ramener les États-Unis », dont la présence, sous l’administration de George W. Bush, avait été si significative que, par exemple, la Géorgie n’avait pas eu peur de provoquer une guerre dans le Caucase ”. Pourtant, de fait, Barack Obama a bien parlé de remise à zéro (3) des relations avec Moscou après la forte poussée de l’administration Bush dans la périphérie russe (révolutions colorées en Ukraine, dans le Caucase et en Asie centrale).

La coopération de la Russie pour les besoins logistiques des armées engagées en Afghanistan était devenue prioritaire. Comme l’était l’appui de Moscou dans les négociations avec l’Iran. Or, remarque l’ancien ambassadeur M. K. Bhadrakumar pour Asia Times (4), “ la capacité de Moscou à influencer l’Iran a fortement décliné avec le spectaculaire refroidissement les liens russo-iraniens. Washington pourrait ne plus considérer désormais comme utile la position de Moscou sur la question nucléaire iranienne ”. Ce sont effectivement la Turquie et le Brésil qui ont critiqué les dernières sanctions prises contre l’Iran quand les Etats-Unis ont obtenu un relatif alignement de Moscou. “ Or l’Iran était un enjeu majeur dans la perspective de cette remise à zéro ”. D’autres enjeux reviennent donc au premier plan pour les Etats-Unis, enjeux anciens et nouveaux – guerre en Afghanistan oblige, entre autres aspects, depuis 2001.

Des enjeux anciens d’abord, si l’on veut bien prendre un peu de recul. Si les Etats-Unis n’ont pas eu “ d’intérêt national vital dans le Caucase et en Asie centrale ” avant les années 90, nous dit encore Fiona Hill (1), “ la redécouverte des ressources énergétiques de la mer Caspienne ” a changé la donne. “ Ce n’est qu’après la signature des grands contrats entre les compagnies pétrolières américaines et les gouvernements du Kazakhstan et de l’Azerbaïdjan, en 1993-1994, que la région commença vraiment à apparaître sur les écrans radars du public américain. Les Etats-Unis se mirent alors à considérer les ressources de la mer Caspienne comme l’une des rares possibilités de diversifier l’approvisionnement énergétique mondial hors du Moyen-Orient ”. On se souvient que dans un premier temps, les sollicitations de Washington ont été très bien accueillies par les pays nouvellement indépendants (ouverture de bases militaires, aides financières américaines etc).

Jusqu’en 2003 et l’invasion de l’Irak. Prudemment, les plus enthousiastes (l’Azerbaïdjan par exemple) rééquilibrent leurs relations, certains (l’Arménie) se retournant même vers leurs attaches russes traditionnelles, l’Asie centrale riche en énergie (Kazakhstan) n’étant pas de surcroît insensible aux avances chinoises. Et puis, ajoute Fiona Hill, la méconnaissance américaine de la région a nui aux intérêts de Washington. La première erreur “ fut de considérer que le Caucase et l’Asie centrale formaient un tout et ce malgré les profondes différences historiques, politiques et culturelles entre les Etats qui le composent. La seconde fut de ne pas prendre conscience des intérêts historiques des puissants voisins (...). Le Caucase et l’Asie centrale constituent pour la Russie, la Turquie et l’Iran une zone frontalière stratégique ”. Aujourd’hui, nous pouvons ajouter les intérêts de la Chine, très présente en Asie centrale (5).

Défaut de perspective qui a eu pour effet, au fil des années, de déconcerter les pays concernés et de rendre moins aisée la mainmise américaine sur les ressources énergétiques. Ainsi en matière d’hydrocarbures le projet de pipeline Nabucco, destiné à contourner la Russie depuis les champs riches de la Caspienne (avec l’Azerbaïdjan comme pays clef) peine-t-il à trouver des financements quand son concurrent russe South Stream est en bonne voie (Moscou a par ailleurs offert à l’Azerbaïdjan d’acquérir tout son gaz naturel au prix européen). Le soutien imprudent de George Bush au très remuant président géorgien Mikhaïl Saakashvili, que les Russes soupçonnent d’avoir apporté son aide à la rébellion islamique tchétchène, a conduit à l’irruption d’une guerre brève en août 2008 – et à l’affirmation de la présence russe sur sa frontière sud (Abkhazie, Ossétie du Sud) sans que Washington ne se trouve en position de répliquer.

En Asie centrale, qui reste un lieu d’affrontement entre grandes puissances (au 19ème siècle entre la Russie impériale et l’empire britannique, lutte d’influence décrite comme le Grand Jeu par Kipling en 1901), le nouvel enjeu pour les Etats-Unis est double : logistique à court terme (la base de Manas, au Kirghizistan, est essentielle à l’approvisionnement des troupes en Afghanistan) et stratégique puisqu’il s’agit de contrer la double emprise russe et chinoise sur la région. Patrick Dombrowsky, fondateur et directeur du centre européen sur l’Asie médiane souligne, pour la lettre confidentielle Asie 21 (5), l’activité “ inédite ” de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) autour de son sommet annuel, tenu mi juin à Tachkent (Ouzbékistan). “ Les rencontres se multiplient, notamment autour de la Russie et de la Chine, autour desquelles est évoqué pour l’OCS un rôle plus ambitieux que celui qui est le sien depuis sa création, en 2001 ”.

Certes, ajoute-t-il “ l’organisation ne regroupe stricto sensu que six membres : Chine, Russie et quatre “petits” Etats centrasiatiques (Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan et Tadjikistan). Cependant, avec des statuts différents, 23 autres Etats asiatiques sont désormais associés aux activités de l’OCS. Cet ensemble de 29 partenaires, qui s’étend de la Biélorussie et de l’Iran au Kamtchatka, couvre la quasi-totalité du continent asiatique ”. Notant la création d’un premier forum en 2001 “ en même temps que l’irruption des Etats-Unis au coeur de la géopolitique asiatique par leur intervention en Afghanistan ”, il relève l’efficacité de l’outil pour limiter les ambitions américaines aux yeux des puissances asiatiques. Si, dit-il encore, l’effervescence actuelle n’est pas “ conjoncturelle ”, elle pourrait être “ le signe d’une volonté des puissances asiatiques (Russie, Chine mais aussi Inde et Asie du Sud-Est) de voir se développer un partenariat continental échappant à l’emprise occidentale sur le paysage international actuel ”.

Dans ce contexte – et en tenant compte, en Europe, du rapprochement nouveau entre la Pologne et la Russie – comment faut-il comprendre la tournée d’Hillary Clinton dans la périphérie russe ? Si elle a réaffirmé d’anciennes promesses de soutien américain partout et reparlé anti-missiles en Pologne, elle a, écrit Andreï Fediachine (2)“ constamment fait remarquer que bien que Moscou et Washington fassent un « redémarrage », cela ne signifiait pas que durant cette phase ils devaient penser « à l’unisson » sur tous les problèmes sans exception, ce qui devait encourager tous les opposants au redémarrage entre les États-Unis et la Russie sans exception sans, toutefois, aucun engagement concret ”. Ce qui fait dire à notre confrère américain George Friedman (Stratfor) que si elle n’a pas apporté “ de contribution substantielle, la visite de la secrétaire d’Etat était toutefois symbolique ”. Et, ajoutent les deux analystes russe et américain, qu’elle renouvelait les bases d’un projet plus précis.

“ En fait, Hillary Clinton avait des objectifs plus importants dans le Caucase que l’expression symbolique du soutien à Mikhaïl Saakashvili. La plus importante des visites a plutôt été celle faite à l’Azerbaïdjan avec la rencontre du président Ilkham Aliev. En tenant compte de tous les problèmes pakistanais, c’est l’Azerbaïdjan qui devient l’une des zones de transit les plus importantes pour l’approvisionnement des forces armées américaines et des forces de l’alliance en Afghanistan” explique Fediachine. “ Depuis le début de l’invasion en 2001, les avions de transport américains ont effectué des dizaines de milliers d’escales en Azerbaïdjan. Le Pentagone utilise également les ports et les communications ferroviaires d’Azerbaïdjan pour l’approvisionnement des forces armées ”. De plus, ajoute George Friedman “ si nous regardons une carte, nous voyons que l’Azerbaïdjan borde à la fois la Russie et l’Iran. Cette seule position stratégique est un atout majeur pour les Etats-Unis. Ajoutez le pétrole de Bakou et l’investissement des compagnies américaines et l’Azerbaïdjan devient plus attractif encore ”.

Faut-il voir ici l’amorce d’une stratégie américaine “ raisonnée et concertée ” ? Déjà en 2001, Fiona Hill écrivait dans sa conclusion que “ les Etats de la région doivent tirer aujourd’hui les leçons d’une décennie d’incohérence américaine. La plus importante est sans doute qu’ils doivent se laisser guider par leur propres intérêts (...) - et non (par les) priorités politiques, économiques et de sécurité des Etats-Unis ”. Ni, ajoute-t-elle, par les priorités d’aucune autre puissance. On peut entendre cet appel à la sagesse. Sur le terrain cependant, les choses ont été et sont différentes parce que les enjeux énergétiques, politiques, militaires sont considérables, du Moyen-Orient à la banlieue chinoise – c’est un nouveau Grand Jeu qui se met en place, plutôt qu’une promesse de paix dans une région compliquée par les disparités ethniques, religieuses, les incertitudes politiques, la méfiance quand ce ne sont pas les conflits (statut du Nagorno-Karabakh entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan (6) par exemple) entre voisins.

La constante est la volonté américaine de promouvoir ses intérêts et c’est cela qu’Hillary Clinton est venue dire, en prenant le risque d’agacer considérablement Moscou dont la valeur stratégique paraît moindre qu’elle ne l’a été aux yeux de Washington. Pour l’heure.

Hélène Nouaille

Notes :

(1) Fiona Hill, Hill Fiona, Neal Mercedes. Une stratégie incertaine : la politique des Etats-Unis dans le Caucase et en Asie centrale depuis 1991. In : Politique étrangère N°1 - 2001 - 66e année pp. 95-108.

(2) Ria Novosti, le 6 juillet 2010, Andreï Fediachine, Hillary Clinton en “zone d’intérêts privilégiés” de la Russie

(3) Voir Léosthène n°502/2009 Sommet USA Russie, oui et non à la fois (accès libre)

(4) Asia Times, le 10 juillet 2010, M K Bhadrakumar, US Russia reset on the skids

(5) Lettre confidentielle Asie 21 n° 29 mai 2010, Patrick Dombrowsky, Quel rôle pour l’Organisation de coopération de Shanghai (sur abonnement)

(6) Arménie News, le 12 juillet 2010, Le statut du Nagorno-Karabakh est le problème clef pour l’Arménie

Léosthène, Siret 453 066 961 00013 FRANCE APE 221E ISSN 1768-3289.

Directeur de la publication : Gérald Loreau (gerald.loreau@neuf.fr)

Directrice de la rédaction : Hélène Nouaille (helene.nouaille@free.fr) Copyright©2010.

La Lettre de Léosthène. Tous droits réservés.

La lettre de Léosthène, le 14 juillet 2010, n° 595/2010 - Cinquième année. Bihebdomadaire. http://www.leosthene.com/

dimanche 18 juillet 2010, par Comité Valmy

http://www.comite-valmy.org:80/spip.php?article756



1-4 Jean Géronimo : Kirghizstan : entre révolution et incertitude, Moscou au cœur du Grand échiquier.

‘’Le Kirghizstan a été et reste un partenaire stratégique de la Russie’’

Natalie Timakova Porte-parole du Kremlin (reprenant les propos officiels du président D. Medvedev)

Après l’Ouzbékistan et l’Ukraine, Washington risque de perdre un pivot clé de sa stratégie d’influence dans l’ex-espace soviétique. En effet le renversement, début avril, d’un régime kirghiz jusque là pro-occidental – bien que guidé par un certain pragmatisme, l’obligeant à ménager la Russie – retire à l’Etat américain une de ses pièces maitresses sur l’échiquier eurasien. Même si, à priori, ce dernier n’a pas eu une attitude neutre dans ce coup d’Etat, qu’il aurait même plutôt ‘’encouragé’’ selon certaines sources locales. Une fois de plus mise devant ‘’le fait accompli’’, Moscou a été obligée de replacer ses pions sur le Grand échiquier, dans le but de maximiser ses gains issus de ce changement politique brutal et inattendu et, par ce biais, stopper son recul en Eurasie post-communiste. Et surtout, elle veut faire de la crise kirghize un symbole fort de sa reprise en main de son ancien Empire.

Fondamentalement, cette crise politique représente donc pour Moscou une indéniable opportunité stratégique pour se replacer en Asie centrale et, à terme, y relancer son leadership régional . Même si cette crise reste, pour reprendre l’affirmation officielle du premier ministre V. Poutine, ‘’une affaire intérieure du Kirghizstan’’ . Mais pour l’heure, dans le but d’éviter l’embrasement d’une région politiquement fragilisée et de préserver ses intérêts nationaux, la Russie a besoin d’un pouvoir ‘’fort’’ au Kirghizstan, selon le souhait du président D. Medvedev, exprimé le 20 avril 2010 . En d’autres termes, dans l’optique d’éviter un chaos géopolitique, la Russie est contrainte de réactiver sa politique étrangère dans sa périphérie post-soviétique, dans un sens plus paternaliste envers ses anciennes républiques. De ce point de vue, il nous semble légitime de revenir sur cette évolution porteuse d’incertitudes géopolitiques et in fine, d’en cerner les véritables enjeux. Implicitement, cela nous conduira à centrer notre analyse sur une question majeure : assiste-t-on à un tournant décisif dans le devenir politique de l’ancienne URSS ? Par définition, ce tournant est étroitement corrélé au futur rôle - et statut - de la Russie au sein de cette dernière transformée le 8 décembre 1991, par le Traité de Minsk, en Communauté des Etats indépendants (CEI).

Reflux de la vague libérale

La récente révolution kirghize - sanctionnée par la chute du président Kourmanbek Bakiev - exprime un renversement de tendance en zone post-soviétique fondamentalement marquée, depuis la disparition de l’URSS en décembre 1991, par la progression géopolitique de l’influence américaine. Car cette ‘’révolution’’ s’inscrit dans un contexte plus large de recul des révolutions ‘’colorées’’ - à orientation libérale - insidieusement encouragées par l’Occident et qui ont successivement touché la Géorgie (2003), l’Ukraine (2004) et le Kirghizstan (2005). Perçu par Washington comme un avertissement à l’encontre de sa politique expansive axée sur la pénétration d’un espace longtemps interdit, ce reflux de la vague libérale ‘’de couleur’’ apparait, en définitive, comme la condition permissive au retour du leadership russe en Eurasie post-communiste. Et surtout, il exprime l’échec de la ligne Brzezinski - amorcée en phase de Guerre froide - de déstabilisation et de compression de l’autorité russe sur son espace post-impérial, considérée comme nuisible pour l’avenir de la région.

Dans son essence, cette seconde révolution kirghize exprime deux éléments : d’une part, la radicalisation d’une forme d’instabilité politique en Asie centrale et d’autre part, la continuation de la partie d’échecs entre russes et américains – médiatisée par la Chine – au cœur de l’espace eurasien. Car l’Asie centrale - dont le potentiel énergétique conditionne le caractère stratégique - se retrouve au centre d’une lutte d’influence entre les deux anciens leaders de la Guerre froide, avides d’y instaurer une forme stable et légitime de domination, en vue d’objectifs géopolitiques fondamentalement opposés. Or, dans un premier temps, une conséquence majeure de l’éviction de K. Bakiev est de fragiliser les autres régimes autoritaires d’Asie centrale, encore imprégnés d’une forte culture soviétique et redoutant désormais, une ‘’contagion révolutionnaire’’ particulièrement menaçante pour leur pouvoir. Dans un second temps, la crise kirghize risque de remettre en cause certaines alliances politiques régionales, impliquant l’Amérique et intégrées par celle-ci dans son offensive eurasienne. De ce point de vue, cette crise aura un impact certain sur le rapport de force américano-russe structuré en Eurasie post-communiste et qui, à terme, devra intégrer la menace chinoise. En cela, elle se présente comme une source potentielle d’instabilité.

Dans cet axe, le président ouzbek Islam Karimov a confirmé le 20 avril 2010, que la situation actuelle au Kirghizstan était ‘’contraire aux intérêts des pays voisins’’ . Pour éviter cette contagion, ces derniers seront certainement tentés d’intensifier la répression contre les dérives extrémistes et alternativement, de renforcer la verticale du pouvoir – dans l’optique finale de verrouiller toute forme d’expression spontanée du peuple et de l’opposition. Dans la vision russe, une première priorité sera de stabiliser le nouveau régime kirghiz, dans la mesure où ce dernier - en tant que membre des organisations politico-militaires de l’OTSC et de l’OCS - est un verrou essentiel de la structure sécuritaire en Asie centrale dont Moscou apparait, en dernière instance, comme l’ultime garant. Dans ses grandes lignes, cette préoccupation stratégique a été réitérée, le 26/04/2010 par le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Grigori Karassine : ‘’La Russie contribuera à instaurer (au Kirghizstan, ndlr) un pouvoir légitime et durable. Un Kirghizstan souverain et stable est une composante indissociable de la sécurité de la région centre-asiatique’’ . Dans ce but, Moscou continuera à fournir une aide multi-dimensionnelle à Bichkek.

Révolution et instabilités eurasiennes

Ce véritable coup d’Etat ouvre donc une période de grande incertitude dans une région centre-asiatique particulièrement convoitée et pour un régime kirghiz qui, jusque là, a pratiqué une politique de louvoiement entre les deux puissances russe et américaine, appelée ‘’politique pluri-vectorielle’’. Globalement, cette politique pragmatique de nature consensuelle et coopérative visait à se rapprocher des puissances majeures tout en privilégiant, en théorie, les intérêts nationaux du Kirghizstan mais, en réalité, œuvrant pour les intérêts d’une élite politique rentière repliée sur son pouvoir. Il s’agit donc d’une ligne extérieure réaliste, intégrant les nouveaux rapports de force en Eurasie - dont l’émergence de nouvelles puissances - et, de ce fait, contrainte de s’appuyer sur un partenariat pluriel. Au delà, cette stratégie du président Bakiev - empreint de méfiance vis à vis de V. Poutine - cherchait à éviter une trop grande dépendance à l’égard du puissant voisin russe et, par ce biais, à réduire ses capacités de ‘’pression’’ sur le régime kirghiz. Or, une partie du peuple kirghiz resté fidèle à Moscou n’a pas accepté cette séparation progressive du ‘’grand frère russe’’, dont l’apport durant la période soviétique - via la redistribution opérée par le plan - a été particulièrement bénéfique. Et cela, d’autant plus que la ligne réformiste de K. Bakiev appliquée dans la sphère économique - et génératrice d’une déstructuration du tissu social - a partiellement échoué.

A l’origine issue d’une révolte populaire - insidieusement manipulée par des forces extérieures - l’action politique contre le régime népotique de Bakiev semble doublement justifiée par la corruption des élites dirigeantes et la marginalisation sociale d’une partie du peuple kirghiz, privé des fruits de la croissance. L’assistance financière généreusement accordée par la Russie a été honteusement détournée et confisquée par la nomenklatura au pouvoir, par nature intéressée au statu-quo politique et donc, au maintien de Bakiev à la présidence. Aujourd’hui, ce dernier a été d’ailleurs accusé d’enrichissement personnel illégal et conséquent, parfois au profit de son proche entourage (au moins 200 millions de dollars transférés à l’étranger, juste avant sa chute ). Ce contexte socio-politique défavorable, aggravé par la montée rapide des inégalités et de la pauvreté - 40 % de la population sous le seuil de pauvreté - a fini par couper le Pouvoir central de son peuple et surtout, a conduit à délégitimer son autorité. Et cette fragilité des équilibres socio-économiques est accentuée par le fait que 45 % du PIB kirghiz est constitué par les envois des travailleurs expatriés - reflétant en cela, l’extrême faiblesse et dépendance de l’économie kirghize. Dans ce climat social dégradé, la hausse excessive des prix des matières premières a été un véritable catalyseur et en définitive, poussé le peuple au soulèvement. Juste retour des choses.

Depuis la révolution ‘’des tulipes’’ de 2005, le Kirghizstan s’est sensiblement rapproché de Washington et a pratiqué, sur le plan économique, une (apparente) politique libérale visant à assurer la transition vers le marché pour in fine, obtenir les bonnes grâces financières de son nouveau ‘’protecteur’’. Mais, de manière globale, cette inflexion libérale s’inscrit dans une stratégie de long terme d’insertion à l’économie mondiale. En effet, le Kirghizstan a été le premier Etat de la CEI à être admis à l’OMC en 1998, suite à la privatisation totale (en partie détournée) de son économie en 1992-1993 et dans le même temps, il est devenu le ‘’pays-pilote’’ pour les aides des institutions financières internationales. Dans ce contexte, l’Initiative de la dette (PPTE) - sous la double impulsion du FMI et de la Banque mondiale, levier de la gouvernance libérale - a contribué, sous le prétexte de réduire la dette et la pauvreté, à accélérer cette orientation pro-occidentale en imposant un modèle libéral centré sur l’assainissement, la compétitivité et l’ouverture de l’économie kirghize. Et surtout, cette orientation est en totale rupture avec l’ancienne spécialisation productive imposée par la division du travail socialiste. Par définition déconnecté de l’héritage russe structuré sous le soviétisme, ce modèle économique vise donc, de manière implicite, à émanciper le Kirghizstan de la domination - et de la culture - russe. A terme, il s’agit de créer une nouvelle forme de dépendance à l’égard de la culture libérale.

Manas et la trahison de Bakiev

De façon mécanique, ce rapprochement avec Washington a conduit le pays à s’éloigner de la puissance russe, considérablement affaiblie par la transition post-communiste et dont l’autorité dans l’ancien espace soviétique a perdu de sa légitimité, donc de sa force. Progressivement - et sous la ‘’bienveillance’’ de certaines ONG occidentales politiquement hostiles et enclines à manipuler l’opinion publique, via les médias - l’autorité russe a été de plus en plus contestée et à terme, perçue comme une ingérence étrangère et néfaste. En fait, dés 2001, avec l’installation de la base militaire de Manas justifiée par la politique anti-terroriste issue du ‘’11 septembre’’, la puissance américaine a cherché à consolider sa présence en Asie centrale, au détriment de Moscou. De ce point de vue, la ‘’croisade’’ contre Al-Qaïda et l’extrémisme religieux a été instrumentalisée à des fins politiques – dans le but ultime d’accélérer l’expansion militaire américaine. Et cette présence militaire en Asie centrale sera, par la suite, renforcée par l’implantation d’une autre base en Ouzbékistan - fermée en 2005, suite à une ‘’dispute politique’’du président ouzbek Karimov avec le pouvoir américain, à l’issue des sanglants événements d’Andijan.

Moscou a très mal ressenti cette présence américaine sur son espace d’influence traditionnelle, considéré comme un symbole exclusif de son passé (soviétique) de ‘’grande puissance’’. Elle perçoit cette présence comme une mise en cause de ses prérogatives historiques et de son ‘’droit de regard’’ sur une terre considérée comme son monopole géopolitique. En conséquence, elle perçoit cette provocante avancée américaine - associée à celle de l’Otan - comme l’expression concrète de sa marginalisation politique sur la scène eurasienne. D’autant plus que sous l’impulsion de G.W. Bush, l’impérialisme politico-militaire de la puissance américaine a repris une certaine vigueur, tout en se considérant comme le bras armé de la justice internationale. Ainsi, en dépit d’une attitude initialement ‘’compréhensive’’ au nom de la lutte anti-terroriste, Moscou s’est par la suite efforcée de persuader Bakiev de fermer la base américaine de Manas, moyennement des ‘’facilités’’ financières . Car, au-delà d’un symbole politique fort, la base de Manas - en concurrence avec la base russe de Kant - tend à cristalliser la lutte américano-russe pour la domination en Asie centrale. Et surtout, la fermeture de Manas permettrait à Moscou d’une part, de supprimer un avant-poste clé de la progression américaine dans une zone névralgique et d’autre part, de contrôler les itinéraires septentrionaux de transit otanien vers l’Afghanistan, qu’elle souhaiterait voir exclusivement passer – contre rémunération – sur son territoire. De manière objective, la fermeture de Manas ferait de Moscou un partenaire incontournable et, par ce biais, lui donnerait un indéniable moyen de pression - et d’influence - sur la politique américaine en zone post-soviétique. En mars 2009, à son grand soulagement, le président Bakiev prend la décision d’expulser les américains de la base. A l’époque, Moscou espère amorcer un reflux de la puissance américaine en Asie centrale. Espoir vain.

Structurellement, le président Bakiev a joué sur un rapport de force un temps favorable pour lui et surtout, sur une surenchère entre Etats russe et américain en concurrence pour élargir leur espace politique. En fait, Bakiev a joué sur les deux tableaux : d’abord il a cherché à ‘’monnayer’’ la présence américaine, via la révision du loyer annuel de la base - désormais 60 millions de dollars, multiplié par trois en 2009 - et l’octroi de diverses aides économico-financières ; ensuite, il s’est efforcé de tirer le maximum d’avantages d’une Russie redoutant de perdre son vieil allié kirghiz et par ce biais, une base militaire lui permettant d’être actif - donc crédible - en Asie centrale et d’y exercer une sorte de veille sécuritaire. Au total, le pouvoir kirghiz aurait reçu en mars 2009 - contre la promesse de fermer la base - prés de 2 milliards de dollars de son ‘’protecteur’’ russe . Cette ‘’collaboration’’ multi-dimensionnelle fructueuse avec les Etats russe et américain a permis, en définitive, d’accélérer le développement des infrastructures stratégiques dans la région mais dans le même temps, d’enrichir le ‘’clan Bakiev’’. Or après avoir optimisé ses gains financiers et géopolitiques sur la base de sa politique pluri-vectorielle - en fait, de prédation - Bakiev a fait brusquement volte-face. Après d’âpres négociations avec son partenaire américain, il est en effet revenu sur sa décision de supprimer la base de Manas pour la transformer le 23 juin 2009 en ‘’centre de transit’’ vers l’Afghanistan, en vue (officiellement) d’y soutenir les opérations de la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF). Nouvelle appellation ‘’politiquement correcte’’ - mais foncièrement hypocrite - pour atténuer la juste colère de Moscou. Ultime et inutile provocation

La fuite du président

L’orgueilleuse Russie, de retour sur le Grand échiquier eurasien, a perçu cette décision comme une véritable trahison et pour cette raison, n’a rien fait pour empêcher le coup d’Etat, certes fomenté d’une manière plus ou moins directe de l’extérieur. Cela explique – et justifie – le ‘’lâchage’’ politique de Bakiev, obligé de fuir le Kirghizstan le 16 avril 2010, sous la pression populaire. Car on ne peut impunément jouer avec la confiance - et les roubles - de l’Etat russe, désormais enclin à se faire respecter dans son Etranger proche, terre historique de domination. Implacable sanction.

Jean Géronimo

Docteur en Economie

Spécialiste de l’URSS et des questions russes Université Pierre Mendès France, Grenoble

jeudi 27 mai 2010,

par Comité Valmy

Spécialiste de l’URSS et des questions russes Université Pierre Mendès France, Grenoble

Mail : Jean.Geronimo@upmf-grenoble.fr

CREPPEM

Centre des Recherches Economiques sur la Politique Publique en Economie de Marché


I) http://fr.rian.ru/ex_urss/20100408/186419560.html ‘’Kirghizstan : le peuple mécontenté par le pouvoir’’, Kremlin, 8/042010.

II) De ce point de vue, on doit reconnaitre que Moscou avait (également) un intérêt objectif à la réussite de ce coup d’Etat contre K. Bakiev. Mais selon moi - et cela n’engage que moi - elle n’est pas à l’origine de ce dernier, ne faisant en définitive que surfer sur cette opportunité politique.

III) http://fr.rian.ru/ex_urss/20100407/186416613.html : ‘’Poutine appelle pouvoir et opposition à la retenue’’, 7/04/2010.

IV) http://fr.rian.ru//ex_urss/20100420/186506273.html : ‘’La Russie veut un Kirghizstan stable et prospère’’, D. Medvedev, 20/04/2010.

V) L’opposition kirghize a dissous le parlement et le gouvernement avant de former un gouvernement provisoire le 7 avril 2010, à la suite de troubles ayant fait plus de 80 morts et près de 1.500 blessés à Bichkek et dans d’autres régions du pays. Le président Bakiev, venu au pouvoir en 2005 par un coup d’Etat appelé la ’’révolution des tulipes’’, a quitté le pays le 16 avril.

VI) http://fr.rian.ru//ex_urss/20100420/186510537.html : ‘’La situation au Kirghizstan contraire aux intérêts des pays voisins’’, I. Karimov, 20/04/2010.

VII) On rappellera : OTSC (Organisation du Traité de sécurité collective) et OCS (Organisation de coopération de Shanghai).

VIII) http://fr.rian.ru//ex_urss/20100426/186551753.html : ‘’Le Kirghizstan reçoit 20 M USD d’aide russe’’, 26/04/2010.

IX) Le 28 avril 2010, le Parquet général kirghiz a évalué à plus de 44 millions de dollars les fonds détournés dans le cadre d’affaires économiques pénales impliquant l’entourage des Bakiev. Par ailleurs, 23 actions en justice ont été intentées contre le proche entourage de Bakiev, pour corruption et blanchiment d’argent sale, ainsi que pour des privatisations illégales. Sources : http://fr.rian.ru//ex_urss/20100428/186572396.html : ‘’Kirghizstan : 44 M USD détournés par l’entourage des Bakiev’’, Parquet général kirghiz, 28/04/2010.

X) http://fr.rian.ru//ex_urss/20100417/186490132.html : ‘’Kirghizstan : 200 M USD volés par la famille du président déchu’’, Gouvernement provisoire, 17/04/2010.

XI) http://fr.rian.ru/discussion/20100421/186476417.html : ‘’Un coup d’Etat très ordinaire’’, H. Natowicz, RIA Novosti, 21/04/2010.

XII) Sous l’impulsion de la gouvernance libérale informelle – FMI et Banque mondiale – l’Initiative PPTE (‘’pour les pays pauvres et très endettés’’) a le noble objectif de favoriser le désendettement structurel de pays pauvres, dont la charge de la dette serait économiquement insoutenable. Dans son essence, l’Initiative cherche à lier l’aide financière en vue de la réduction de la dette à un programme précis, fondé sur des mesures libérales de réforme des structures productives et d’insertion efficace dans le système économique mondial. Il s’agit, notamment, de créer les conditions structurelles de production endogène d’un surplus macro-économique destiné au renforcement des capacités d’investissement et surtout, au remboursement de la dette. On peut donc remarquer l’aspect conditionnel de l’aide, implicitement destiné à imposer les paramètres du modèle libéral et par ce biais, renforcer les structures de l’économie de marché. En définitive, l’Initiative vise à réduire le poids des valeurs russes - héritées du soviétisme - dans la vie sociale et économique et par ce biais, à éroder l’influence historique de Moscou en Asie centrale.

XIII) Moscou a alors promis à Bichkek une aide désintéressée de 150 millions de dollars, 300 millions de dollars de crédit à taux préférentiel et de rayer la dette kirghize de 180 millions de dollars.

XIV) http://fr.rian.ru/discussion/20100517/186705684.html : ‘’La Russie de retour en ex-URSS’’, Hugo Natowicz, RIA Novosti, 17/05/2010.

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article670



2 Dossiers

Ndlr : La publication de l'article  ne signifie nullement que la rédaction est d'accord avec l'article mais doit être vu comme information.

2-1 Karl Müller : Les Etats membres de l’OTAN envisagent-ils un changement de cap?

La contribution des citoyens à la recherche de solutions constructives est un acte démocratique

Les réactions des gouvernements des Etats membres de l’OTAN aux crises mondiales et à celles qui surviennent au sein de leurs Etats ont permis de découvrir que la poli­tique de ces gouvernements ne forme pas un bloc d’airain. Dans la recherche d’une nou­velle politique, il existe de grandes divergences de vues entre ces gouvernements et même en leur sein et dans leur entourage.
Ces divergences se manifestent par ex­emple:
•    dans des controverses sur la politique ­budgétaire, sur la régulation de la finance ou sur la réduction des dettes publiques, qui se sont manifestées ouvertement pendant la phase préparatoire du G20 de Toronto.
•    dans des controverses au sujet de la poli­tique à mener en Afghanistan,
•    dans des controverses fondamentales sur la politique future de l’OTAN imposée par la nécessité de faire des économies.
La démission de l’ancien Président de
la République fédérale d’Allemagne Horst Köhler et le licenciement du commandant en chef de la Force internationale d’assistance et de ­sécurité (FIAS) en Afghanistan Stanley A. McCrystal en constituent deux signes révélateurs parmi beaucoup d’autres. Les controverses au sein de la classe politique dont font état les médias, ne sont pas du vent. Elles reposent sans doute sur des analyses, des conceptions et des idéologies divergentes ainsi que sur des convoitises matérielles.
Où ces controverses nous mèneront-elles? La pire des choses serait l’escalade de conflits entre des Etats ou des régimes dictatoriaux au sein des Etats.
Mais ce n’est pas une loi de l’histoire et la question de savoir si ceux qui n’ont pas de meilleures idées choisiront cette solution dépend surtout de ce que la majorité des citoyens feront.
Car les incertitudes, les divergences de vues et les controverses au sein de la classe politique offrent aussi une marge de ma­nœuvre – ce qui est le propre d’une démocratie – pour donner plus de poids à la voix de la raison et de l’humanité.
La condition en est que l’on ne laisse plus les think tanks s’exprimer et formuler des idées de politiques futures. La société civile, c’est-à-dire les citoyens et les citoyennes responsables ont la possibilité et le devoir de s’intéresser aux problèmes mondiaux, de réfléchir à des solutions pour sortir de la crise et de se réunir dans ce but, même publiquement.
Il ne sera si difficile de rester ferme.
Intéressons-nous à ceux qui:
•    souhaitent sérieusement que l’on régule de manière judicieuse les marchés financiers déchaînés;
•    tentent de faire quelque chose contre le chômage massif et veulent donner à chacun un travail digne;
•    veulent donner une forme plus sociale à la politique et réduire le clivage entre les pauvres et les riches afin d’éliminer la pauvreté et la détresse, et cela dans leur propre pays et dans le monde entier;
•    luttent pour que les hommes puissent déterminer leur destin dans la liberté et l’égalité;
•    s’engagent en faveur d’une éducation plus humaniste;
•    misent non pas sur la poursuite de la guerre en Afghanistan mais sur des négociations;
•    cherchent à renforcer les ponts entre les hommes et les peuples partout dans le monde et luttent pour faire respecter le droit international et les droits humains.
Et si nous découvrons qu’il existe des interlocuteurs valables au sein de la classe poli­tique, ne jouons pas la carte d’une opposition fondamentale. Il vaut sans doute beaucoup mieux analyser les différents points de vue présents au sein de la classe politique et d’accorder plus de poids, et un poids plus durable, à ceux qui prennent davantage en compte les intérêts de l’ensemble des citoyens.
Les citoyens qui mènent ce dialogue de manière objective œuvrent en faveur de davantage de démocratie dans ce pays: politiquement, socialement, économiquement. On se rend de plus en plus compte qu’au cours des 20 dernières années, nous avons été confrontés à un mélange de mondialisation radicale et capitaliste d’une part et internationaliste de l’autre part, de libre circulation des capitaux, de marchés financiers déchaînés, d’injustice sociale, de guerres, de désorientation éthique, d’avilissement intentionnel des jeunes et de perte croissante de liberté et de démocratie. Les démarches entreprises pour améliorer la situation dans l’un ou l’autre de ces domaines feront que la raison aura de nouveau une chance de s’imposer dans tous les domaines.

Karl Müller    

12 juillet 2010 

http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=2251x



Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

 

  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

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