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02/08/2010

n°492 - Dossier l d'Irak - 01-08 - : (Fin) : - : Nucléaire : Pire Qu’Hiroshima ? L’Héritage Toxique Du Siège De Fallujah.

n°492  - Dossier l d'Irak  - 01-08 - : (Fin)  : - : Nucléaire : Pire Qu’Hiroshima ? L’Héritage Toxique Du Siège De Fallujah.



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre



Les Dossiers d'Irak

N° 492                                                          01/08/09

C.De Broeder & M.Lemaire



 


Le " Journal d’Irak  " est visible  sur ...

a) sur mes blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

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b) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

c) sur le site de Robert Bibeau :   http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

 

d) sur le site de eva R-sistons:  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

 


Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :  

2 Dossier & Point de vue (Fin)

2-8 danielle Bleitrach : Les voleurs de Bagdad  : le pentagone a perdu les pièces comptables.

2-9 Affaire "Pétrole... sans nourriture"

2-10 Branislav Kapetanovic : Armes à sous munitions, « beaucoup de travail reste à faire »…

3 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

3-1 Les veuves victimes de la précarité.

3-2 Les cris et les cauchemars, les râles et les colères d'un peuple fracassé et saigné à vif.

 

 



2-8 danielle Bleitrach : Les voleurs de Bagdad : le pentagone a perdu les pièces comptables.

28 juillet. Selon Europa Press, la BBC et CNN: Un audit fédéral étasunien portan sur 9.100 millions de dollars destinés à la reconstruction en Iraq n’a pu parvenir à expliquer où sont passés 95% des fonds, selon une information publiée par l’Inspecteur Général Spécial pour la Reconstrction de l’Iraq, qui attribue cette défaillance à « la faiblesse des contrôles financiers et de contrôle du département de la Défense » et il demande au pentagone qu’il améliore ses contrôles financiers. Cette disparition doit être mis en relation avec un des nombreux « voleurs de Bagdad », un cas exemplaire celui du fasciste qui fut le véritable président des Etats Unis, le Vice président Dick Cheney.

Mais voyons les faits tels qu’ils se révèlent aujourd’hui

 

L’audit fédéral s’est centré sur le Fond de Développement pour l’Iraq, qui a été créé en mai 2003 par l’Autorité Provisionnelle de la Coalition, a expliqué CNN. Après qu’elle ait été dissoute en juin 2004, le gouvernement iraqien a autorisé le gouvernement étasunien à administrer les fonds utilisés pour la reconstruction. Le Pentagone a contrôlé ces fonds jusqu’à la de 2007, quand ils ont été retirés de son autorité.

Pour faire ce rapport, l’inspecteur général spécial a revisé les registres de huit organisations du département de la Défense qui ont reçu des fonds procédant du Fond de Développement pour l’Iraq. « Cette situation est intervenue parce que la plus grande partie des organisations du Département de la défense qui ont reçu ces fonds n’ont pas mis en place les contrôle requis par le Département du Trésor, et aucune organisation du Département de la défense n’a alors été désignéee comme agent executif pour contrôler l’usage des fonds » a conclu le rapport. « les carences dans les contrôles ont laissé les fonds vulnérables pour des usages inappropriés et perdus sans savoir où », a-t-il ajouté.

Pour sa part, l’armée étasunienne affirme que les fonds n’ont pas nécessairement été perdus, mais que les registres sur les dépenses pourraient avoir été archivés. dans une réponse jointe au rapport, elle affirme que tenter de justifier les dépenses pourrait exiger « certains efforts importants de récupérations des archives » déclare la BBC. On s’en doute.

Le voleur de Bagdad: Dick Cheney et Halliburton

Halliburton est Groupe de bâtiment et travaux publics, et exploitation pétrolière américain fondé en 1919 à Dallas, Texas par Erle Halliburton. Halliburton a eu pour PDG de 1995 à 2000 le vice-président américain de l’administration Bush, Dick Cheney.Le groupe est passé du 7 e rang des fournisseurs de l’armée américaine en 2002 au premier en 2003 après avoir bénéficié de juteux contrats dans des conditions douteuses, notamment pendant la guerre d’Irak.

Le président de la commission de contrôle du gouvernement à la Chambre des représentants, Henry Waxman, avait dénoncé ces marchés attribués sans appels d’offres à l’entreprise Halliburton, la cour suprême avait exigé des comptes et à sa filiale KBR mais sans résultat.(1)

Si comme on l’a vu à propos de l’audit fédéral il est impossible de retrouver la trace de l’usage de 95% des fonds destinés à la reconstruction de l’Iraq et dont nécessairement une bonne partie a du finir dans l’escarcelle du premier groupe de « reconstruction » et de pétroliers qu’est halliburton, on a également égaré tout ce qui pouvait mettre en relation Halliburton et Dick Cheney(2) Un document pourtant existe dans ce sens. C’est en l’occurrence un courriel du Pentagone indiquant que « l’attribution d’un contrat de 7 milliards de dollars à une filiale d’Halliburton, sans appel d’offres, en mars 2003, a été approuvée à tous les niveaux, y compris le cabinet de M. Cheney ».

Le fascisme et les affaires font bon ménage

Le personnage de Dick Cheney est complet.

Disons tout de suite qu’il est un farouche adversaire de l’avortement et tout aussi engagé dans la défense des armes à feu, et que pour être complet il a toujours défendu la torture « patriotique »…Dick Cheney est d’abord un « homme d’affaires » et quelles affaires!!!  mais il fait parallèlement une carrière d’homme politique, dans les années soixante dix il va s’illustrer par ses positions ultraconservatrices comme le refus d’un jour férié en faveur de  de Martin Luther King, Jr. et d’avoir voté contre la création du département fédéral de l’éducation. On lui reproche également d’avoir voté contre l’imposition de sanctions économiques contre l’Afrique du Sud et le régime d’apartheid et d’avoir qualifié Nelson Mandela et l’ANC de terroriste et d’organisation terroriste.

En dehors de ces bagatelles l’essentiel de ses activités est la défense des intérêts pétroliers et du monde des affaires. À partir de 1989, il devient le secrétaire à la défense du président George Bush père (1989-1992)qui appartient lui-même au monde pétrolier très lié à l’arabie saoudite (voir aux trusts de l’Allemagne nazie) et ancien directeur de la CIA.

C’est dans cette fonction qu’il supervise l’opération Just Cause au Panama et l’opération « Tempête du désert » au Koweït en 1991, année où il reçoit la médaille présidentielle de la liberté pour avoir « assuré la défense de l’Amérique dans des temps de grands bouleversements internationaux ».

En 1993, Cheney rejoint le think tank (cercle de réflexion) néo-conservateur American Enterprise Institute (Institut de l’Entreprise Américain) après la défaite de George Bush à l’élection présidentielle.

En 1998, il est un des signataires d’une lettre adressée à Bill Clinton pour demander le renversement de Saddam Hussein en Irak.

En janvier 2001, il devient vice-président des États-Unis.

prend en main la direction du groupe chargé du développement de la politique énergétique incluant parmi ses membres des dirigeants du groupe Enron en dépit de la faillite retentissante de celui-ci.
Le 11 septembre 2001, Cheney prend directement en charge la gestion de la crise suite aux attentats alors que le président est physiquement mis à l’abri et dans l’incapacité temporaire d’exercer ses fonctions.
Il est accusé alors d’avoir poussé le président à l’invasion de l’Irak en plaidant notamment pour une opération militaire contre Saddam Hussein sans la saisine préalable de l’ONU, d’avoir affirmé que le dictateur possédait des armes chimiques et bactériologiques et qu’il avait remis en route son programme de fabrication d’une bombe atomique.

Dick Cheney est accusé également d’avoir persisté à soutenir à tort de l’existence de liens entre le régime irakien et Al-Qaida et affirmer que les soldats américains seraient « accueillis en libérateurs » par la population.
C’est du passé, la vertu règne à nouveau

Ce qu’il faut comprendre et les révélations du Washington Post sur la prolifération des organismes public et surtout privés autour de la sécurité et la défense étasunienne nous y aident, c’est que nous avons un système qui excède le rôle de tel ou tel individu fut-il l’incroyable Dick Cheney.

Malgré le spoil systèm qui voudrait que chaque présidence amène au pouvoir sa propre administration, nous avons une extraordinaire permanence du système dominé par quelques grands secteurs d’affaires d’ailleurs totalement imbriqués comme les pétroliers et la Défense, ce que Eishenhower désignait comme le complexe industrialo militaire. Le fait qu’Obama ait maintenu en poste Robert gates le secrétaire à la défense en témoigne. Désormais n’importe quel président est pris en otage par le système et ne peut contrevenir à la ligne qu’il impose. Surtout quand l’on sait à quel point il existe parallèlement un véritable système de propagande dans lequel sont pris les grands médias qui lancent des campagnes de désinformation chargées d’appuyer ce qui est décidé en matière d’intervention de l’armée.

Enfin, je voudrais signaler que le même travail devrait pouvoir être réalisé sans problème sur la situation française. Si j’ai un peu de temps, il me semblerait utile de travailler sur l’affaire Areva et EDF, comme sur la reprise des intérêts de Thales.

 Notes :

(1) Halliburton et Dick Cheney ne négligent aucun à côté du démantélement de l’Etat dont cet ultraconservateur est un fanatique partisan.Qu’il s’agisse de  la privatisation des prisons où le dit Dick Cheney est accusé de favoriser les mauvais traitement des détenus pour accroître la rentabilité au scandale de l’hopital Walter Reed chargé de l’accueil des blessés de la guerre en iraq. Or, une lettre de septembre 2006 par laquelle l’adjoint de général Weightman évoquait « un risque de défaillance des services de soins » en raison de la pénurie de personnel consécutive à une privatisation des services généraux de l’hôpital.Cette privatisation a été réalisée par un contrat de 120 millions de dollars sur cinq ans pour assurer les services non médicaux et la maintenance des locaux. Ce contrat a été octroyé à l’entreprise IAP, dirigée par Al Neffgen, ancien responsable de KBR, filiale d’Halliburton.Halliburton a obtenu les contrats de reconstruction à La Nouvelle-Orléans après le passage du cyclone Katrina en 2005.

(2) Dick Cheney a reçu près de 1 350 000 stock-options de la part de Halliburton quand il a quitté l’entreprise, d’une valeur totale supérieure à 43 millions de dollars.Il a à ce moment là fait grand bruit autour du don de l’intégralité de cette somme à des organisations caritatives.

Danielle Bleitrach

Publié 29 juillet

http://socio13.wordpress.com/2010/07/29/les-voleurs-de-bagdad-le-pentagone-a-perdu-les-pieces-comptables-par-danielle-bleitrach/#more-25085


2-9 Affaire "Pétrole... sans nourriture"

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU a annoncé le 19 juillet 2010 (1) que de « nombreux besoins » en nourriture, et en abris pour les « personnes déplacées » – euphémisme utilisé pour désigner les Irakiens victimes des opérations de nettoyage ethnique organisées par les milices pro-iraniennes -  prévus par son Plan d’action 2010 ne pourront pas être assurés, faute de moyens financiers. Extraits du communiqué : - Les distributions de nourriture à 800.000 femmes enceintes et allaitantes et à des enfants mal-nourris ont dû être suspendues, 

- Les distributions de nourriture à 960.000 enfants allant à l'école ont également été suspendues,

- Les conditions d'existence de 500 000 personnes affectées par la sécheresse dans les gouvernorats de Soulimaniya et Dohouk sont menacées,

- Le plan d'action pour aider 22.500 familles déplacées vulnérables avec des abris d'urgence va devoir être suspendu. Des milliers de ménages vont devoir continuer à vivre dans des abris de fortune, sans pouvoir se protéger des conditions climatiques extrêmes.

Où passe l’argent du pétrole ?

   Sept ans après l’invasion de l’Irak et le renversement du Président Saddam Hussein, le régime de Bagdad rongé par la corruption (2) quémande toujours des fonds à des pays donateurs, mais avec de moins en moins de résultat. Cette année, sur 187,7 millions de dollars  requis pour la mise en œuvre du plan humanitaire de l’ONU, seulement 12% des promesses de financement ont été honorés. Et pour cause : selon Hussein al-Sharistani, ministre du Pétrole, les revenus pétroliers irakiens se montent à 171 milliards de dollars pour la période 2006 /2009. L’Irak produit aujourd’hui 2,5 millions de barils de brut par jour. Question : où passe l’argent du pétrole ?

   A Bagdad et à Erbil (Région autonome du Kurdistan), les contrats dits de reconstruction sont signés avec des entreprises étrangères en fonction des avances sur commissions qu’ils génèrent. Tant pis si les travaux ne sont pas réalisés, pour des raisons de sécurité ou pour engagements non tenus (3). L’inculpation récente de Tarek Aziz pour « dilapidation des deniers publics » - décision prise sans doute pour relancer l’affaire « Pétrole contre nourriture » et faire chanter des personnalités étrangères – ne trompe pas les Irakiens qui savent que l’argent du pétrole engraisse les comptes bancaires ouverts dans des paradis fiscaux par les politiciens et les chefs de milices parvenus au pouvoir en 2003.

Notes :

(1) Iraq : le manque de fonds menace la distribution de l’aide alimentaire

http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=22456&Cr=Iraq&Cr1=

(2) L’Irak est un des quatre pays les plus corrompus au monde, selon l’ONG Transparency International (rapport 2009).

(3) Lire : Sarkozy et le commerce franco-irakien / Arnaques et pièges en tous genres

http://www.france-irak-actualite.com/pages/Sarkozy_et_le_commerce_francoirakien_avril_2009-1982461.html

 (4) Irak : quand le pétrole assure des revenus juteux

http://www.leblogfinance.com/2010/07/irak-quand-le-petrole-assure-des-revenus-juteux.htmlillesMunier

http://www.france-irak-actualite.com/article-affaire-petrole-sans-nourriture-54249549.html


2-10 Branislav Kapetanovic : Armes à sous munitions, « beaucoup de travail reste à faire »…

Des grandes avancées ont été réalisées afin d’interdire les armes à sous-munitions mais il reste encore du chemin à parcourir, ont dit des activistes lors d’une conférence mondiale sur la Convention sur les armes à sous-munitions (CCM) à Santiago, au Chili.
« C’est bien de voir que plus de 100 gouvernements prennent part à la conférence, y compris des non-signataires comme l’Argentine et le Vietnam. Nous avons aussi été très satisfaits de la vivacité du débat », a dit Thomas Nash, coordinateur de la Coalition contre les sous-munitions (CMC), à IRIN.
La CCM, qui « interdit tout usage, stockage, production ou transfert d’armes à sous-munitions », a été adoptée par 107 états le 30 mai 2008 à Dublin, signée le 3 décembre de la même année à Oslo, et deviendra une loi internationale contraignante le 1er août 2010.
La conférence cherchait à mettre en place un plan d’action pour appliquer la Convention, et elle a préparé le terrain pour la première réunion des Etats Signataires au Laos en novembre de cette année.
« Il reste beaucoup de travail à faire – il y a des pays qui n’ont pas encore signé la convention, et beaucoup d’autres qui l’ont signée mais pas ratifiée », a dit Branislav Kapetanovic, un activiste de la CMC, et ancien démineur venant de Serbie qui a perdu ses mains et ses pieds durant un accident de déminage dans l’ancienne Yougoslavie.
Jusqu’ici, 106 états ont signé la convention et 36 l’ont ratifiée. Les signataires qui doivent encore ratifier la convention sont liés par la Convention de Vienne sur le droit des traités afin de s’assurer qu’ils n’agissent pas à l’encontre de l’objet et du but de la convention, bien qu’ils ne soient pas obligés de mettre en œuvre son contenu comme tel, selon M. Nash.
Pourtant, des militants pour les droits humains disent que la nature même des armes à sous-munitions – également connues comme ‘bombes à fragmentation’ – mettent les civils en danger. Ces armes qui frappent au hasard sont larguées dans les airs ou déployées par des systèmes basés au sol distribuant souvent des centaines de petites bombes, ou sous-munitions, qui peuvent couvrir une zone de la taille de plusieurs terrains de football.
De nombreuses petites bombes n’explosent pas – de par leur conception ou par défaut – et deviennent ainsi une menace pour la vie et les moyens de subsistance durant des années après la fin d’un conflit.

Dans certains cas, comme au Liban à la suite de la guerre de 2006 entre Israël et le Liban, le taux de non-explosion atteignait les 40 pour cent, selon les Nations Unies.
Dans une certaine mesure, la réponse mondiale à l’emploi d’armes à sous-munitions au Liban a initié les efforts pour interdire ces armes une bonne fois pour toute.

Les pays dont les habitants souffrent depuis longtemps des armes à sous-munitions incluent l’Angola, le Kosovo, l’Irak et le Laos.
« Un changement est déjà intervenu – de nombreux pays en sont déjà venus à la conclusion que les armes à sous-munitions constituent une arme sans discernement, et les populations comprennent le danger que constituent ces armes », a dit M. Kapetanovic.

 (IRIN)

14 juin 2010 

http://www.irinnews.org/fr/ReportFrench.aspx?ReportId=89478



3 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

3-1 Les veuves victimes de la précarité.

Hamida Ayed, une mère de trois enfants âgée de 45 ans, fait partie de ces 100.000 femmes qui ont perdu leur mari depuis l'invasion des forces américaines en 2003.

Des femmes qui ne peuvent réellement compter sur l'aide d'un Etat aux moyens limités.(…)

Mme Ayed a normalement droit à 150.000 dinars (103 euros) par mois, plus 15.000 dinars (10 euros) par enfant à charge. Mais après deux ans de démarches administratives, elle n'a toujours pas obtenu les documents nécessaires à sa demande d'aide, et, ne connaissant aucun ami influent pour débloquer la situation, elle a décidé de jeter l'éponge.

Pour joindre les deux bouts, elle vend des sandwichs et des boissons gazeuses à son domicile situé dans une enclave chiite de Bagdad où elle s'est installée après la mort de son mari, tué dans des violences interconfessionnelles en 2007. "Notre vie s'est transformée en souffrance et en désespoir", déplore-t-elle. "Voilà ce que l'occupation (américaine) et les rêves de démocratie nous ont apporté: des orphelins, des veuves, des sans-abri, des déplacés et des fugitifs."

Le gouvernement estime à un million le nombre de femmes qui ont perdu leur mari dans la guerre contre l'Iran (1980-88), la guerre du Golfe (1991), les campagnes de répression contre les chiites et les Kurdes dans les années 1980 et 90, l'invasion de 2003 et les violences qui ont suivi.

Les veuves doivent souvent lutter pour survivre et obtenir des subsides de toute façon insuffisantes. La question de l'aide à ces femmes est devenue une préoccupation majeure pour des organisations non gouvernementales comme pour le gouvernement.

En 2008, le gouvernement a créé le Directorat de l'aide sociale pour les femmes qui prend progressivement en charge le versement d'allocations du ministère du Travail et des Affaires sociales, accusé d'incompétence et de corruption. Nahdah Hamid, la patronne du directorat, se plaint de manquer de fonds pour apporter des aides hors de la capitale et juge une réforme nécessaire pour éradiquer la corruption dans les services du ministère qui gèrent les dossiers des veuves.

La situation était différente sous Saddam Hussein. Le régime, qui bénéficiait de la manne du pétrole, offrait des terrains, des voitures et de généreuses pensions aux veuves de la guerre Irak-Iran. En revanche, les épouses des dizaines de milliers d'Irakiens tués dans des campagnes de répression contre les chiites, les Kurdes et des dissidents politiques n'ont en général reçu aucune aide.

Selon des activistes sociaux, la pauvreté conduit certaines Irakiennes à la prostitution, en Irak mais aussi en Jordanie et en Syrie, qui comptent de nombreux réfugiés irakiens. "Beaucoup de voisins de l'Irak exploitent les femmes irakiennes", affirme la militante Suzan Kazim Kashkoul.

Depuis 2003, les violences meurtrières ont réduit la population de maris potentiels pour les veuves et les femmes célibataires de plus de 30 ans. Autre facteur aggravant: la crise économique et la flambée de l'immobilier, qui rend le logement inabordable pour beaucoup. "La crise économique est la cause principale des problèmes des femmes en Irak", souligne Jinan Moubarak, présidente d'une ONG qui oeuvre à l'éducation des femmes dans le pays.

Imam Kazim, 40 ans, une mère de trois enfants, s'est remariée après la mort de son mari, tué par un obus de mortier en 2007. Mais, victime de violences conjugales de son nouvel époux, un boulanger de plus de dix ans son cadet, elle veut maintenant divorcer.

Elle fait pourtant figure de privilégiée: elle bénéficie d'une pension de réversion mensuelle d'environ 90 dollars (71 euros) et gagne 190 dollars (150 euros) par mois comme gardienne dans une école. Reste qu'avec une facture d'électricité de 60 dollars (47 euros) par mois, un loyer élevé et trois bouches à nourrir, elle explique ne pouvoir acheter que "le strict nécessaire".

Mercredi 14 juillet

AP


3-2 Les cris et les cauchemars, les râles et les colères d'un peuple fracassé et saigné à vif.

Nb dlr : la publication de l’article ne signifie nullement que la rédaction partage l'analyse de l’auteur, mais doit être vu comme information.

Ici s'exprime toute la souffrance d'Irak. Ici, au cœur d'Amman, à quelque mille kilomètres de Bagdad, résonnent les pleurs et les prières, les cris et les cauchemars, les râles et les colères d'un peuple fracassé et saigné à vif. Ici, dans cet hôtel désuet d'un quartier populaire, bat le pouls d'un pays saccagé, devenu fou. Les couloirs sont tranquilles. Le personnel attentif fait en sorte que les pensionnaires en provenance du chaos trouvent un maximum de quiétude et de sérénité entre deux soins vitaux prodigués à l'hôpital tout proche. Pourtant, c'est la guerre que l'on respire ici et que l'on touche du doigt. La guerre, ses stigmates, ses dégâts.

Chaque chambre cache une histoire horrible. Chaque visage, défiguré, raconte une vie brisée. Les blessés qui parviennent dans ce lieu sont parmi les plus graves qui existent. Ce ne sont pourtant que de simples civils. L'un a sauté sur une mine en allant à l'école.

L'autre, jouant au foot sur une place de marché, fut victime d'un attentat-suicide. Un troisième, sortant de sa maison, s'est retrouvé au milieu d'un tir croisé entre Américains et Irakiens. Ils ont perdu des membres, leur corps est en miettes et leur chair brûlée.

Pour chaque mort dans cette guerre sans nom, il faut compter au moins quatre à cinq blessés. Le vieil Amman Palace pourrait être renommé l'Auberge des gueules cassées d'Irak.

"IL N'AVAIT PLUS DE VISAGE"

Abdullah n'avait que 6 ans, le 16 octobre 2006, lorsque sa vie a basculé. C'était un jour spécial, celui des funérailles de son grand-père assassiné la veille par un groupe militaire. Pour la première fois, le petit écolier avait été admis dans le groupe des hommes. Fier et droit, il se tenait près de son père, Dahoud, près de la tente abritant la dépouille du grand-père dans le quartier Shaab de Bagdad, lorsqu'une bombe explosa dans un marché, de l'autre côté de la rue.

Les cris, le sang, la pagaille attirèrent un afflux de sauveteurs et curieux. Dahoud, officier de police, avait trop l'expérience de ce type d'attentat pour ne pas savoir qu'une explosion est souvent suivie d'une seconde, à l'endroit où la foule s'est concentrée. D'un geste assuré, il pria Abdullah et ses proches de ne pas bouger.

C'est alors qu'est arrivée une voiture. A toute vitesse. Avant l'explosion, Dahoud put juste apercevoir le véhicule modifier sa trajectoire et foncer sur le groupe en deuil. Dix secondes plus tard, grièvement brûlé et blessé à une jambe, il sombrait dans le coma. Six membres de la famille furent tués, quinze autres blessés. Uniquement des hommes, les femmes étaient restées à la maison. On les transporta dans les hôpitaux alentours ; ils furent si dispersés qu'il fallut quelques jours pour recenser tout le monde. Et trouver Abdullah. Déchiqueté par la bombe, méconnaissable, il gisait sur un lit du vaste complexe médical où l'avait déposé un voisin.

A son réveil, Dahoud n'eut qu'un seul cri : "Abdullah ! Où est-il ?" La famille lui mentit. "Il va bien, un peu blessé, bien sûr, mais ça va." Dahoud n'y a pas cru. "Conduisez-moi auprès de lui !" Cela prit du temps, le père étant lui-même en très mauvais état. Mais il put se rendre au chevet de son fils. Et là… "Il n'avait plus de visage, dit-il d'une voix grave et posée, la barbe taillée de près et le regard profond. On voyait les os des pommettes, la mâchoire inférieure était broyée, les dents, le nez, un œil avaient disparu. Il lui manquait aussi un pied. Je n'ai pas pu rester."

Il était clair qu'à l'intérieur du système médical irakien, Abdullah, qui ne pouvait ni parler ni s'alimenter, était foutu. Les sanctions internationales et l'embargo à l'encontre de Saddam Hussein avaient gravement détérioré la qualité des soins. Les années de guerre ont achevé d'anéantir le système de santé.

"ABDULLAH, EN IRAK, N'AVAIT AUCUN AVENIR"

L'électricité est une denrée aléatoire et limitée dans les hôpitaux publics, de même que certains produits pourtant indispensables.

Les conditions d'hygiène sont déplorables, aucune opération sophistiquée de plus de deux heures ne peut y être tentée. Les meilleurs spécialistes ont d'ailleurs déserté le pays entre 2004 et 2006, angoissés devant les vagues d'assassinats et de kidnappings touchant le corps médical, certains attentats se produisant à l'entrée même des hôpitaux.

"Des médecins généralistes lui ont prodigué les soins de première urgence, raconte Dahoud. Mais l'hôpital était gorgé de blessés, il en arrivait même chaque jour. Abdullah, en Irak, n'avait aucun avenir." Sa chance fut qu'un docteur jordanien de Médecins sans frontières (MSF) passe un jour dans l'établissement, s'intéresse au cas du petit garçon et informe ses parents d'un programme exceptionnel visant à acheminer en Jordanie les blessés les plus graves afin de leur prodiguer gratuitement les soins sophistiqués adéquats.

LE MONDE MAGAZINE |

17.07

 http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2010/07/17/un-espoir-pour-les-gueules-cassees-d-irak_1388967_3218.html#xtor=AL-32280184


Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières,les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

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