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11/08/2010

n°447 - Les dossiers 'Géopolitique, Réflexion et Stratégie' de l'Afghanistan - 09-08 :- Début - : Peter Galbraith : Nous ne pouvons pas gagner la guerre en Afghanistan".

n°447 - Les  dossiers 'Géopolitique, Réflexion et Stratégie' de l'Afghanistan - 09-08 :- Début - : Peter Galbraith : Nous ne pouvons pas gagner la guerre en Afghanistan".



                          Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix

                              Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre



Les  dossiers 'Géopolitique, Réflexion et Stratégie' de l'Afghanistan

n°447                                                                                                                             09/08/10

C.De Broeder    &   M.Lemaire



Le Dossier " 'Géopolitique, Réflexion et stratégie' de l'Afghanistan " est visible  sur ...

a) Sur nos blog :                           http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

                                                    http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) Sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

c) Sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :

Tiré à part 

Marie Debs : La guerre en Afghanistan et au Pakistan

1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

1-1 Dana Priet et William M.Arkin : Sécurité Nationale S.A.

1-2 Jean Lesieur : Nous ne pouvons pas gagner la guerre en Afghanistan".

Suite

1-3 M'hammedi Bouzina Med : Les raisons de l’enlisement en Afghanistan.

1-4 Gideon Rachman : Cette guerre ne mène nulle part.

1-5 Le retrait hollandais relance le débat sur la guerre.

1-6 Le renseignement américain est-il inefficace, ingérable et dépensier ?

1-7 Lynne O'Donnell : Karzaï devrait assurer avec ses propres forces la ‘sécurité’ du pays d'ici fin 2014.

1-8 Les Allemands n'admettent pas la guerre en Afghanistan.

Fin

2 Spécial France :

2 Le débat que la France n'a pas eu…

3 L’enlisement Afghan : Question écrite d’André Gérin

4 Le PCF réclame un débat

5 Tout faux… ou presque

6 Soldats d’Afghanistan, le sentiment d’être oubliés.

3 Annexe

3-1 Silvia Cattori : Roger Waters, homme et artiste d’exception.

4 Tribune :

4-1 La drogue afghane : un outil de mobilisation en faveur de notre engagement aux confins centre-asiatiques ...



Avant propos

·                    Les militaires américains usent d’un terme générique- Al Qaida- Taliban - pour désigner tous les résistants ...



Tiré à part 

Marie Debs : La guerre en Afghanistan et au Pakistan

Dans cette guerre menée pour dominer l’économie mondiale afin de pouvoir sortir de la crise, l’Afghanistan et la Pakistan ont une position stratégique, non seulement parce que ces deux pays sont placés aux frontières de l’Iran (et, par suite, sur la route du pétrole), mais en raison des richesses en matières premières, découvertes récemment.

En effet, les centres de recherche scientifique et les sociétés étasuniennes ont recensé, depuis 2007, des gisements de métaux précieux et nécessaires pour les industries de pointe. D’où, la concentration des bases américaines dans les régions de l’Est et du Sud-ouest de l’Afghanistan ne relève pas d’un pur hasard.

Et, tandis que les populations afghanes et pakistanaises vivent dans une pauvreté insupportable, leur sol contient pour plus de 2000 milliards de dollars les matières premières suivantes[1][1]: fer, mercure, cuivre, émeraude, rubis, or et argent, bauxite et marbre… Mais, les plus importantes restent, sans aucun doute, celles utilisées dans certaines industries électroniques, et qui faisaient la gloire de la Chine, en plus du lithium qui peut être à l’Afghanistan ce que le pétrole est à l’Arabie saoudite.

Ainsi se comprend la nouvelle phase de la guerre en Afghanistan qui revêt pour l’administration de Barak Obama une importance égalant la guerre de l’Irak pour G W Bush; cette guerre qui va coûter pour l’année en cours, dit-on, 69 milliards de dollars au peuple américain et qui est toujours menée sous le titre de la lutte contre le terrorisme et “Al Qaëda”…

Cette nouvelle guerre impérialiste a, cependant, laissé rapidement ses traces dans les hautes sphères de l’armée des Etats-Unis, aboutissant à des changements qui ne manqueront pas d’avoir de graves répercussions sur la situation militaire en Afghanistan, mais aussi sur la situation politique à Washington.

En effet, un groupe de dirigeants, tant politiques que militaires, voient dans le projet de Barak Obama de poursuivre la guerre et de renforcer la présence militaire dans ce pays va augmenter les massacres sans pour autant donner la victoire. Il faut dire que l’opposition à cette guerre est bien présente parmi les dirigeants du parti démocrate, parce qu’ils trouvent qu’elle coûte déjà assez cher à leur pays, surtout qu’elle commence à s’étendre au Pakistan avec les promesses faites par Obama au gouvernement de ce pays, pour l’aider soi-disant à se débarrasser des “ révoltés afghans” qui ont investi ses frontières occidentales… tandis que le but réel est d’empêcher l’Inde (ou la Chine) de supplanter les multinationales étasuniennes auprès du gouvernement afghan en ce qui concerne  les concessions sur les gisements des métaux précieux.

[2][1] Que le gouvernement de Karzaï tente d’exploiter à son profit avec certains “amis” de Washington.

Marie Debs

3 août 2010

Le Comité des relations internationales du Parti Communiste libanais



1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

1-1 Dana Priet et William M.Arkin : Sécurité Nationale S.A.

Ndlr : La publication de l'analyse ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue de l'auteur, mais doit être vu comme information

Au mois de juin, un graveur sur pierre de Manassas a ciselé une nouvelle étoile parfaite dans le mur en marbre au siège de la CIA, pour l’un des 22 employés de l’agence tués dans la guerre globale déclenchée par les attaques 'terroristes' de 2001.

L’objet de ce mémorial est de rendre un hommage public au courage de ceux qui sont morts en accomplissant leur devoir; mais il dissimule aussi un aspect plus obscur du gouvernement depuis le 11 Septembre : 8 de ces 22 personnes n’étaient pas des officiers de la CIA, mais des sous-traitants privés.
Afin de garantir que les tâches les plus délicates du pays sont exclusivement menées par des gens avant tout loyaux aux intérêts de la nation, la réglementation fédérale précise que les sous-traitants ne peuvent effectuer ce que l’on appelle des « fonctions inhérentes au gouvernement ». Pourtant, selon une enquête du Washington Post qui a duré deux ans, cela se produit sans cesse, aussi bien au sein des services de renseignement que du contre-terrorisme. 

Les étoiles gravées sur le mur de la CIA représentent les personnes qui sont mortes

en accomplissant leur devoir.

Huit étoiles symbolisent des sous-traitants décédés depuis le 11/9.

 

Ce qui n’était à l’origine qu’une mesure temporaire destinée à répondre aux attaques terroristes s’est transformé en dépendance, ce qui soulève des questions quant à la présence trop nombreuse, au sein des effectifs, d’un personnel davantage dédié aux intérêts d’actionnaires privés qu’à l’intérêt public – à se demander si le gouvernement contrôle encore ses activités les plus sensibles. Interviewés la semaine dernière, le Secrétaire à la Defense M. Gates et le Directeur de la CIA Leon Panetta ont tous deux déclaré qu’ils partageaient ces préoccupations.  

L’enquête du Washington Post a révélé l’existence d’un véritable système parallèle aux Etats-Unis, une Amérique "Top Secret" créée au lendemain du 11/9, cachée aux yeux public, qui ne fait l’objet d’aucune surveillance sérieuse, et si complexe qu’il est impossible d’en évaluer l’efficacité.

C’est aussi un système dans lequel les sous-traitants tiennent un rôle de plus en plus important.

Le Post estime que sur les 854.000 personnes ayant l’habilitation secret-defense, 265.000 sont des sous-traitants privés.

Le meilleur exemple de la dépendance du gouvernement à leur égard est la CIA, seule et unique agence du gouvernement autorisée à mener des activités à l’étranger.

Des sous-traitants privés travaillant pour la CIA ont recruté des espions en Irak, versé de pots-de-vin à des informateurs en Afghanistan et assuré la protection des directeurs de la CIA en visite à l’étranger. Des sous-traitants ont participé à l’enlèvement de suspects dans la rue en Italie, interrogé des détenus dans des prisons secrètes à l’étranger et assuré la protection de transfuges cachés dans les banlieues de Washington. Au siège de Langley, ils analysent les réseaux terroristes. Ils ont formé une nouvelle génération d’espions Américains dans le centre de formation de la CIA en Virginie.

Par le biais du processus budgétaire, l’administration de George W. Bush et le Congrès ont grandement facilité la tâche de la CIA et autres agences engagées dans le contre-terrorisme pour leur permettre d’employer davantage de sous-traitants que de fonctionnaires. L’objectif était de limiter le nombre d’emplois fixes et de recruter sans passer par la lourde bureaucratie fédérale ; ils pensaient – à tort, comme cela s’est confirmé par la suite – que le recours aux sous-traitants serait plus économique.

Neuf ans plus tard, l’administration Obama étant déjà bien installée, l’idée que les sous-traitants coûtent moins cher a été rejetée, et l’administration a accompli quelques progrès dans son objectif pour réduire en deux ans le nombre de sous-traitants de 7%.

Cependant, les sous-traitants représentent encore prés de 30 % du personnel des services de renseignement.

« Nous avons trop longtemps dépendu de sous-traitants pour effectuer le travail opérationnel qui devrait être effectué » par des employés de la CIA, a dit Panetta. Mais on ne peut pas les remplacer « du jour au lendemain. Lorsqu’on a été si longtemps dépendant de sous-traitants, reconstituer leur expertise demande du temps. »

Une autre préoccupation de Panetta concerne la sous-traitance confiée à des sociétés privées, dont la responsabilité « revient à leurs actionnaires, ce qui représente un conflit inhérent. »

Ou comme le dit Gates, qui a passé sa vie à entrer et sortir du gouvernement : « On veut des gens qui s’impliquent réellement pour faire carrière, par passion et pour servir leur pays et pas uniquement pour l’argent. »

Aux employés fédéraux expérimentés, les sous-traitants peuvent offrir plus d’argent – souvent le double – que le gouvernement n’est autorisé à  le faire. La concurrence entre sociétés pour recruter des employés ayant une habilitation secret-defense est si rude qu’elles offrent des avantages tels qu’une BMW ou une prime d’embauche de 15.000 dollars, ce qu’a fait Raytheon lau mois de juin pour des développeurs de logiciels ayant des habilitations de haut niveau.

Penser que le gouvernement pourrait économiser de l’argent avec les sous-traitants « est une fausse économie », dit Mark L. Lowenthal, ancien officiel de la CIA, désormais président de sa propre académie de formation (aux techniques) du renseignement.

Tandis que les sociétés vident les agences fédérales de leurs talents, le gouvernement se retrouve avec un personnel de renseignement dont la moyenne d’âge est plus jeune que jamais alors que les employés les plus expérimentés migrent vers le secteur privé. Ceci est vrai pour la CIA, où les employés de 114 sociétés constituent environ le tiers du personnel, soit approximativement 10.000 postes. La plupart sont des intérimaires, souvent d’anciens employés des services de renseignement ou de l’armée qui ont quitté la fonction publique pour travailler moins et gagner plus tout en percevant une pension du gouvernement.

Au sein du gouvernement, ces employés sont affectés à toutes sortes de tâches imaginables.  

Les sous-traitants tuent des combattants ennemis. Ils espionnent les gouvernements étrangers, écoutent les réseaux terroristes. Ils participent à l’élaboration de plans de guerre. Ils recueillent des informations sur les forces locales dans les zones de guerre. Ce sont les historiens, les architectes, les recruteurs des agences les plus secrètes du pays. Ils fournissent du personnel aux centres de surveillance autour de Washington. Ils font partie des conseillers les plus écoutés des généraux quatre étoiles qui mènent les guerres du pays.

Le rôle des sous-traitants privés.

Au fur et à mesure que l’Amérique Top Secret prenait sa croissance, le gouvernement est devenu de plus en plus dépendant des sous-traitants aux habilitations secret-defense équivalents. Voir la Galérie d’images

D’après ceux qui travaillent dans ce secteur, la demande du gouvernement pour des sous-traitants privés ayant l’habilitation secret defense est si forte qu’il y a maintenant plus de 300 sociétés, surnommées "body shops" (NdT : les "chasseurs de corps" pour parodier le terme "chasseurs de tête") spécialisées dans la recherche de candidats, moyennant le plus souvent  50.000 dollars par candidat.

Ce qui complique le remplacement des sous-traitants par des employés fédéraux est que le gouvernement ne connait pas leur nombre. Gates affirme qu’il veut réduire le nombre de sous-traitants  (pour revenir)  au niveau d’avant le 11/9, mais qu’il a du mal à obtenir un recensement précis.

« Je vais vous faire un terrible aveu, » dit il. « Je n’arrive pas à obtenir le nombre de sous-traitants qui travaillent pour le Bureau du Secrétaire à la Defense, » en référence à la direction civile du Département. 

Le Post a estimé à 265.000 le nombre de sous-traitants qui effectuent un travail de  secret-defense. Plusieurs hauts-gradés du renseignement ont confirmé cette estimation après avoir validé notre méthodologie.

La base de données « Top Secret America » du journal contient 1.931 sociétés qui effectuent des tâches au niveau le plus élevé de sécurité.

Plus d’un quart d’entre elles – 533 – ont été créées après 2001; celles qui existaient déjà ont connu une forte croissance. La plupart se portent bien tandis que le reste des Etats-Unis est en proie aux faillites, au chômage et aux saisies immobilières.

Selon la récente description de Gates sur les dépenses en matière de sécurité nationale depuis les attentats du 11/9, la privatisation de la sécurité nationale a été rendue possible grâce à 9 années de « manne » financière.

Avec autant d’argent à disposition, les managers ne se préoccupent pas toujours de savoir si l’argent est dépensé utilement.

« Quelqu’un dit : "faisons une nouvelle étude". Mais comme personne ne partage l’information, chacun fait la sienne de son côté, » dit Elena Mastors qui a dirigé une équipe d’étude sur les dirigeants d’Al Qaeda pour le Département de la Defense. « L’objectif est de gérer un maximum d’études, de placer un maximum de gens un peu partout. Tout le monde est dans une frénésie dépensière. Nous n’avons pas besoin d’autant de gens pour faire tous ça. »

La plupart des sous-traitants effectuent un travail indispensable à la mission fondamentale de l’agence. Ce qui a amené le gouvernement à dépendre d’eux d’une manière que peu auraient pu prévoir : la présence d’intérimaires, initialement engagés le temps d’une guerre, est devenue la norme.

Pas plus tard que la semaine dernière, en saisissant « top secret » dans le moteur de recherche d’un site d’offres d’emploi, plus de 1951 postes à pourvoir se sont affichés pour le secteur de Washington, et 19.759 pour l’ensemble du pays : « Target Analyst » à Reston.  « Spécialiste en infrastructures stratégiques » à Washington DC. « Membre d’un corps expéditionnaire » à Arlington.

« Sans eux, nous ne pourrions pas remplir notre mission. Ce sont nos « réservistes », ils offrent une flexibilité et une expertise que nous ne pouvons acquérir, » a dit Ronald Sanders, ancien chef des ressources humaines pour le Bureau du Directeur du Renseignement National avant de prendre sa retraite au mois de février. « Une fois qu’ils sont à bord, nous les traitons comme de membres  du personnel part entière . »

L’enquête du Post s’appuie sur des documents du gouvernement, des contrats, des descriptions de postes, des registres de propriété, des sites de réseaux sociaux et professionnels sur Internet, sur d’autres données et des centaines d’interviews d’officiels et anciens officiels du renseignement, de l’armée et de sociétés privées. La plupart ont demandé à conserver l’anonymat soit parce qu’il leur était interdit de s’exprimer en public soit parce qu’ils craignaient, disaient-ils, des représailles sur leur lieu de travail pour avoir exprimé leurs préoccupations.

L’enquête s’est concentrée sur le travail relevant du plus haut niveau secret defense car tout ce qui relève du niveau inférieur est trop vaste pour pouvoir être analysé avec précision. Une base de données consultable  sur les organisations gouvernementales et les sociétés privées a été entièrement constituée à partir de documents publics. (Pour une explication sur la décision du journal au lancement de ce projet, veuillez lire la note de la rédaction.)

L’industrie de la sécurité nationale vend bien plus que des avions, des navires et des tanks aux agences militaires et de renseignement. Elle vend la matière grise des sous-traitants. Ils conseillent, informent et travaillent partout, y compris à 10 mètres de profondeur sous le Pentagone, dans un bunker, aux côtés du personnel militaire en treillis de combat en train de surveiller des crises potentielles partout dans le monde.

Tard la nuit, lorsque les larges couloirs du Pentagone sont presque déserts, le Centre de Commandement Militaire National bourdonne pour une bonne raison.

L’accès aux positions des forces armées U.S., où qu’elles soient dans le monde, aux images satellites détaillées ou à la Salle de Crise de la Maison Blanche, s’effectue en temps réel.

Ceci a pour but d’être capable de répondre à n’importe quelle question du chef d’état-major des armées. Pour être prêt 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, il faut  (la présence de) cinq généraux de brigade, un état-major de colonels et d’officiers supérieurs  – et un homme en chemise et cravate mauve qui porte l’insigne rose d’un sous-traitant.

La profession d’Erik Saar s’intitule « Cogniticien ». Dans un des lieux les plus sensibles des Etats-Unis, il est le seul dans la salle  à savoir comment acheminer rapidement des données au loin. Saar et quatre collègues d’une société privée, SRA International, enseignent aux officiers supérieurs à penser en Internet version 2.0. Ils tentent de forcer une culture attachée aux traditions à agir différemment, numériquement.

Offres d’Emploi pour professionnels possédant une habilitation secret-defense.

Les recruteurs des sociétés sous-traitant avec le gouvernement rencontrent les candidats ayant l’habilitation secret-defense à une Foire aux Emplois Ciblés à McLean, en Virginie.

Ce qui signifie parfois qu’il faut demander de l’aide dans des salons de discussion en ligne ou échanger des idées sur des sites internet partagés hors des réseaux militaires (noms de domaine se terminant par .mil), ce qui rencontre une résistance au sein de la culture d’auto-suffisance du Pentagone. « Notre boulot consiste à modifier la perception des dirigeants qui pourraient amener le changement », dit Saar.

Depuis le 11/9, les sous-traitants ont apporté des contributions extraordinaires – quelques bavures extraordinaires aussi – qui ont changé l’histoire et obscurci la perception du public quant à la distinction entre les actions d’officiers agissant pour le compte des Etats-Unis et des employés de sociétés privées qui ont un peu plus qu’un badge de sécurité et une arme.

Les méfaits des sous-traitants en Irak et en Afghanistan ont terni la crédibilité des Etats-Unis aussi bien dans ces pays ainsi qu’au Moyen Orient. Les mauvais traitements infligés aux prisonniers d’Abu Ghraib, certains par des sous-traitants, ont déclenché des appels à la vengeance, toujours d’actualité, contre les Etats-Unis. Les gardes de sécurité travaillant pour Blackwater ont mis de l’huile sur le feu durant cinq années de violent chaos en Irak; ils sont devenus le symbole d’une Amérique folle furieuse.

Dans les zones de guerre, les sous-traitants, surtout ceux qui sont armés, brouillent la « ligne entre l’usage légitime et illégitime de la force, ce qui est exactement ce que recherchent nos ennemis, » a déclaré au mois de juin Allison Stanger, professeur de politique et d’économie internationale à Middlebury College et auteur de « One Nation Under Contract » (Une Nation Sous Contrat – NdT), lors d’une séance de la Commission indépendante sur la Sous-traitance en temps de Guerre.

Des fautes professionnelles se produisent également. Un sous-traitant pour la Defense appelé MZM a payé des pots-de-vin pour obtenir des contrats de la CIA, ce qui a valu à Randy « Duke » Cunningham, qui était membre du congrès de la Californie et qui siégeait à la Commission de la Defense, de se retrouver en prison. Des gardes employés en Afghanistan par ArmorGroup North America, une société privée, ont été filmés dans un scandale de moeurs.

Mais les sous-traitants ont aussi fait progresser la manière de combattre des militaires. Durant les mois les plus sanglants en Irak, le fondateur de Berico Technologies, ancien officiel de l’armée du nom de Guy Filippelli, qui travaillait pour la National Security Agency, a inventé une technologie facilitant la découverte des fabricants de bombes artisanales et aidé à réduire le nombre de victimes causées par des engins explosifs improvisés, selon des officiels de la NSA.

Les sous-traitants ont fourni des plans et du matériel pour la guerre  aérienne sans pilote menée par des drones (véhicule aérien sans pilote), qui ont tué le plus grand nombre de hauts dirigeants d’Al Qaeda et fourni un flot d’images de surveillance. Une douzaine de firmes ont créé une autoroute numérique transnationale qui transmet jusqu’aux postes de commandement situés aux Etats-Unis les données sur les caches terroristes collectées à distance et en temps réel par les drones.

Des sociétés privées sont devenues si imbriquées dans les activités les plus sensibles du gouvernement que sans elles, d’importantes missions militaires et de renseignement seraient impossibles ou aléatoires. Quelques exemples :

* Au Departement du Homeland Security (DHS), le nombre de sous-traitants est égal au nombre d’employés fédéraux. Le Département dépend de 318 sociétés pour les services et le personnel indispensables, dont 19 cabinets de recrutement qui aident le DHS à trouver et embaucher encore plus de sous-traitants. Au bureau qui gère les affaires de renseignement, 6 employés sur 10 appartiennent du secteur privé.

*La NSA, qui mène des surveillances électroniques à travers le monde, embauche les sociétés privées pour lui trouver la plupart de ses innovations technologiques. La NSA travaillait jadis avec un petit nombre de sociétés ; à présent, elle en fait travailler au moins 484 et ce nombre augmente régulièrement.

*Le National Reconnaissance Office ne peut fabriquer, mettre en orbite ou assurer la maintenance de son système de surveillance par satellites, qui photographie des pays tels que la Chine, la Corée du Nord ou l’Iran, sans les quatre sociétés sous-traitantes les plus importantes avec lesquelles elle travaille.

*Chaque organisation du renseignement ou militaire dépend d’un contrat avec des linguistes pour communiquer avec l’étranger, traduire des documents et comprendre des conversations interceptées. La demande pour des employés de langue maternelle étrangère est si forte, et les sommes que le gouvernement est prêt à payer si énormes, que 56 sociétés se font concurrence sur le marché.

*Chacune des 16 agences de renseignement dépend de sociétés privées pour faire fonctionner ses réseaux d’ordinateurs, communiquer avec les réseaux des autres agences, pour collecter et analyser des bribes d’informations qui pourraient indiquer un complot terroriste. Plus de 400 sociétés travaillent exclusivement dans ce domaine pour créer des logiciels et du matériel de réseaux classifiés.

Le recours à des sous-traitants était censé faire réaliser des économies à l’état. Mais ce n’est pas le cas. Une étude de 2008 publiée par l’Office of the Director of National Intelligence a montré que les sous-traitants composaient 29% du personnel des agences de renseignement mais représentaient 49% des coûts. Selon Gates, les employés fédéraux coutaient à l’état 25% de moins que les sous-traitants.

Si le gigantesque Office of Naval Intelligence à Suitland peut servir  de référence, le processus de réduction du nombre de sous-traitants s’effectue lentement. Y travaillent 2.770 personnes, 24/24h, dans la salle de surveillance maritime pour surveiller les navires commerciaux, ou dans les laboratoires scientifiques et techniques, ou encore dans un des quatre centres de renseignement distincts. Mais ce sont les employés de 70 sociétés informatiques qui font tourner la boutique. Ils stockent, traitent et analysent les communications et les données transmises vers et à partir de toute la flotte navale US et  des navires marchands à travers le monde. « Pourrions faire tourner ce bâtiment sans les sous-traitants ? » a demandé le capitaine chargé de l’informatique. « Non, je ne pense pas que nous en serions capables. »

Le Vice-amiral David J. "Jack" Dorsett, directeur du renseignement naval, a dit qu’il pourrait économiser des millions chaque année en transférant 20%  des postes occupés par des sous-traitants à des fonctionnaires. S’Il a reçu le feu vert, le démarrage a été lent. Pour cette année, un seul poste a été transformé et un autre supprimé – sur 589. « Ca me coûte les yeux de la tête, » a dit Dorsett.

- – -

Les allées du pouvoir à Washington s’étirent pratiquement en ligne droite, de la Cour Suprême jusqu’à la Maison Blanche en passant par le Capitol. Continuez vers l’ouest, de l’autre côté de la rivière Potomac, et les centres officieux du pouvoir – les sociétés privées – deviennent visibles, surtout la nuit. Là, dans les banlieues de Virginie, on voit s’illuminer les logos des sociétés de « Top Secret America » : Northrop-Grumman, SAIC, General Dynamics.

Sur les 1931 sociétés identifiées par le Post qui travaillent sur des contrats secret-defense, près de 110 d’entre elles effectuent environ 90% du travail pris en charge par des sociétés privées du monde de la defense-renseignement-sous-traitance.

Dana Priet & William M.Arkin

20 juillet 2010

Washington Post,

Traduction V. D. et apetimedia pour ReOpenNews et le Grand Soir

http://www.reopen911.info/News/2010/07/26/top-secret-america-le-nerf-de-la-guerre-vu-par-le-washington-post-12/



1-2 Jean Lesieur : Nous ne pouvons pas gagner la guerre en Afghanistan".

Ex-n°2 des Nations unies à Kaboul, Peter Galbraith dénonce l'impasse américaine dans la région. 

L'Américain Peter Galbraith, 59 ans, ex-représentant adjoint de l'ONU en Afghanistan, fut chassé de Kaboul à l'automne 2009 parce qu'il avait dénoncé - et prouvé - les tricheries de Hamid Karzaï, le chef de l'Etat sortant, dans l'élection présidentielle.

Ce diplomate a toujours été un militant du Parti démocrate. Ses avis ne passent donc pas inaperçus à la Maison-Blanche.

Au lendemain de la conférence des pays donateurs sur l'Afghanistan et des fuites de documents du Pentagone via WikiLeaks, il commente la situation afghane pour L'Express, dans sa maison de Townshend (Vermont).  

Avez-vous été surpris par ce que racontent les documents de WikiLeaks sur la guerre en Afghanistan et sur les relations des Etats-Unis avec le Pakistan?

Franchement, non. Ces documents ne révèlent rien de nouveau. La Maison-Blanche, les militaires, le Congrès, les experts, tous ceux qui prennent la peine de s'intéresser à ces questions savent depuis longtemps qu'on ne peut pas compter sur nos partenaires supposés, en Afghanistan et au Pakistan.  

Leur publication ne va donc rien changer?

Je ne dis pas cela. C'est une des bizarreries de nos sociétés : la réalité n'est prise en compte par le pouvoir politique qu'à partir du moment où elle est présentée de manière spectaculaire. Cette publication devrait donc avoir de l'impact, même si l'administration Obama s'emploie déjà à répéter que sa stratégie dans la région est la bonne.  

Hillary Clinton a décrit la conférence de Kaboul comme un "tournant" dans la guerre. Vous y croyez?

Autant qu'aux engagements pris par Karzaï pour lutter contre la corruption. Vous confieriez la sécurité de votre banque à un mafieux? C'est une farce.  

Il a été élu et reconnu par la Maison-Blanche, dont il est l'allié...

C'est surtout un type aux comportements bizarres, dont tout le monde dit qu'il abuse du haschisch. Il est président, depuis 2002, d'un pays classé au deuxième rang des plus corrompus du monde (après la Somalie, mais la Somalie n'a même pas de gouvernement). Il a truqué les résultats de l'élection présidentielle dans 1200 bureaux de vote. Il n'a aucune légitimité. Or on ne peut pas gagner la guerre, donc les coeurs et les esprits afghans, sans un partenaire légitime.  

Les guerres "justes", en l'occurrence contre "le terrorisme", se gagnent parfois avec des alliés peu recommandables...

La guerre en question nous coûte beaucoup de vies. Et 100 milliards de dollars par an. L'équivalent de l'assurance médicale. Cela vaut donc le coup de se poser deux questions: la guerre est-elle justifiée? Peut-on la gagner?

Et la première question n'a de sens que si l'on répond oui à la seconde.  

Vous répondez quoi?

Non, évidemment. Nous ne pouvons pas gagner cette guerre.  

La vieille malédiction des empires, toujours défaits par les Afghans?

Pas du tout. L'invincibilité des Afghans est un mythe. Les Soviétiques ont été vaincus par une double intervention étrangère massive, des Etats-Unis et du Pakistan. Quant aux Britanniques en leur temps, c'est uniquement l'ineptie de leurs chefs militaires qui leur a valu ce destin.  

Quoi, alors? Obama ne sait pas faire la guerre?

Il s'est piégé tout seul. Lors de sa campagne électorale, il avait désavoué, à juste titre à l'époque, la mauvaise cible, l'Irak, par rapport à la bonne cible, l'Afghanistan. Mais ce qui était valable quand l'Afghanistan était un sanctuaire pour Al-Qaeda ne l'est plus aujourd'hui. La guerre contre Al-Qaeda, c'est dans les zones tribales du Pakistan, au Yémen et en Somalie qu'il faut la mener. Je suis même sûr qu'il y a plus d'agents opérationnels d'Al-Qaeda en Europe et aux Etats-Unis qu'en Afghanistan. Les taliban n'ont aucun objectif global.  

C'est pourtant bien pour nous protéger du terrorisme que les Alliés font la guerre...

Même si notre sécurité nationale était en jeu, la mission perd tout son sens, puisque nos soldats ne peuvent pas la mener à bien. Au début, notre stratégie était de tuer tous les taliban. Impossible. Ils n'ont jamais tant recruté. Aujourd'hui, on veut les isoler au sein de la société afghane. D'accord.  

Il nous faut un partenaire afghan crédible. Et Karzaï n'est pas celui-là

Mais comme nous sommes des étrangers, il nous faut un partenaire afghan crédible. Et Karzaï n'est pas celui-là: sa légitimité n'est pas reconnue par les Tadjiks dans le nord du pays, et les taliban occupent le Sud. Au bout de huit ans de guerre, d'escalades militaires et de présidence Karzaï, voici le bilan: un Etat mafieux qui compose avec les taliban, une armée infiltrée, une police incapable. Est-ce pour ce résultat que nos soldats meurent? Que l'on dépense des milliards?  

C'est aussi pour empêcher que le Pakistan et ses armes nucléaires ne tombent entre de mauvaises mains!

Malgré son instabilité, ses divisions ethniques, son obsession de la "menace indienne", les jeux bizarres de ses services de renseignement, le Pakistan n'est pas menacé par les taliban. Ceux-ci sont tous pachtouns.

Or cette ethnie représente 15 % de la population pakistanaise. Vous imaginez les Pendjabi les laisser prendre le pouvoir? En plus, le Pakistan a un Etat qui fonctionne.  

La présence des alliés en Afghanistan est donc inutile?

Je n'ai jamais dit cela. Mais il faut se fixer des objectifs réalistes. J'en vois trois principaux : protéger les régions du Nord ; sécuriser Kaboul, où vivent 4 millions d'habitants ; s'assurer que le travail de renseignement dans l'antiterrorisme est efficace. Avec 15 000 soldats, on y arriverait. Au pire, la situation ne serait pas plus mauvaise que ce qu'elle est aujourd'hui. Les taliban contrôleraient Kandahar et des zones rurales - c'est déjà le cas aujourd'hui, malgré nos 100 000 soldats.  

Un retrait, même partiel, serait une lourde défaite pour l'image des Etats-Unis et de leurs alliés...

Faux. Même si nous réduisons nos forces, les résistants n'ont aucune chance de gagner. Tout ce que nous risquons, c'est de prolonger le statu quo. Et l'image actuelle que nous donnons, celle d'un pays embourbé dans une mission qu'il ne peut mener à bien, n'est pas celle d'un pays sûr de sa puissance.

Vos amis démocrates sont au pouvoir à Washington. Que répondent-ils à vos arguments?

En privé, ils sont d'accord avec moi. Obama a d'ailleurs longtemps hésité avant de décider l'escalade. A la différence de George W. Bush, qui est toujours resté obstinément aveugle sur l'Irak, le président actuel est conscient que l'empereur est plus ou moins nu. Mais, en période électorale (les mid-terms approchent), un président peut-il tenir un discours honnête du type "J'ai essayé ; ça n'a pas marché" ? Il a déjà une crise économique à gérer. Vous savez bien qu'aux Etats-Unis, même si la guerre n'est pas populaire, on ne fait pas campagne en apparaissant militairement timide! Les républicains s'en donneraient à coeur joie. Paradoxalement, les plus progressistes des démocrates sont également silencieux. Ils ne veulent pas embarrasser ce président qu'ils aiment.  

Et au sein de l'Otan?

Même les conservateurs britanniques ont de graves doutes sur notre stratégie. Les Néerlandais viennent de se retirer. Les Scandinaves pensent comme moi. Les Canadiens aussi. Mon vieil ami Bernard Kouchner? Il serait là, dans cette pièce avec nous, il dirait exactement la même chose que moi. Mais on ne l'entend pas, ni lui ni les autres. Dommage!

Par Jean Lesieur,

04/08

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/asie/nous-ne-pouvons-pas-gagner-la-guerre-en-afghanistan_910255.html




 

 

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