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17/08/2010

n°139- Dossiers Analyse, Géopolitique et stratégie - : 17-08 - Fin - : Un été chaud au Proche-Orient

n°139- Dossiers  Analyse, Géopolitique et stratégie - : 17-08 - Fin - : Un été chaud au Proche-Orient

 



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



Dossiers  Analyse, Géopolitique et stratégie

n°139 du 17-08

C.De Broeder & M.Lemaire

 



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Le " dossiers du liban" est  visible  sur mes blogs : http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/ 

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b) sur le site de Eva Resis   :  no-war.over-blog.com

c) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

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Sommaire :  

1 Géopolitique du Moyen-Orient

1-4 René Naba : Le Tribunal spécial sur le Liban à l’épreuve de la guerre de l’ombre. 

2 Annexe

2-1 Karim Farouk Lakjaa : Armes à sous-munitions, entre progrès du droit et progrès technologiques.

2-2 Entrée en vigueur de la convention sur les armes à sous-munitions.

2-3 Kapetanovic : Armes à sous munitions, « beaucoup de travail reste à faire ».



1-4 René Naba : Le Tribunal spécial sur le Liban à l’épreuve de la guerre de l’ombre

Part 2/3

III -Les Libanais «des analphabètes secondaires»,

Le Liban,  banc d’essai de la théorie de la désorientation informative et de la dissension sociale

Paris, 10 août 2010-  La neutralisation de cet important lot d’agents pro israéliens, dont un officier supérieur en charge de la lutte antiterroriste au sein du renseignement militaire libanais, le général Fayez Karam, fait gravissime, proche collaborateur du général Michel Aoun, principal allié chrétien du Hezbollah, témoigne du degré d’infiltration d’Israël dans l’appareil libanais. Il révèle, par contre coup, la porosité de la société libanaise et sa vulnérabilité. Une société pourtant l’une des plus rebelles du monde arabe, mais, paradoxalement, la plus affligée par le phénomène de désorientation informative, la plus affectée par la théorie de la dissension sociale.

Théâtre de la première et de la plus longue guerre civile urbaine de l’époque contemporaine, le terrain y est davantage propice aux manipulations du fait de la division ethnico communautaire du pays, l’institutionnalisation du confessionnalisme en tant que mode de gouvernement, et, du communautarisme en tant qu’horizon indépassable de la société. Ce phénomène s’est amplifié du fait de la guerre intestine par l’effondrement des structures familiales et la recomposition des alliances claniques, donnant lieu à une prolifération de groupuscules se proposant de développer des solidarités parallèles en marge des réseaux habituels. Un phénomène accentué par un vigoureux prosélytisme religieux d’origine anglo saxonne, particulièrement au sein des couches paupérisées de la population, ainsi que par la cupidité à tout crin d’une fraction du patronat libanais mû par un capitalisme cosmopolite apatride.

Pionnier d’un journalisme pluraliste, voire quasi anarchique, le Liban comptait déjà, à son indépendance en 1943, 132 publications dont 17 quotidiens et 15 revues hebdomadaires pour une population de 1,5 millions d’habitants et une superficie de 10.400 km2, record mondial absolu pour la densité démographique per capita, alors que la presse du Golfe était encore à ses premiers balbutiements et que l’analphabétisme était le lot général d’une grande fraction de l’ensemble arabe. Vingt ans plus tard, à la faveur de la guerre civile (1975-1990), sous l’impulsion des factions combattantes, le Liban se flattait de disposer d’une cinquantaine de télévisons privées et de plus de cent cinquante stations radio, faisant du pays par rapport à sa population de quatre millions d’habitants, la plus forte concentration médiatique du Moyen orient et sans doute du tiers monde.

Véritables rhéteurs de la géostratégie mondiale, non sans quelque prétention parfois, davantage portés sur la casuistique que sur la dialectique, –Byzance et sa querelle sur le sexe des anges est à portée de vol de Beyrouth–, les Libanais, sont, en fait, dans le domaine de l’information, au-delà des apparences, les victimes privilégiées d’un processus de désinformation par la surinformation, de véritables «analphabètes secondaires», un phénomène qui se traduit par une perte de repères, un état propice à toutes les manipulations, propices à tous les emballements qui expliquerait cette disponibilité libanaise à la sous traitance des guerres pour le compte d’autrui.

Plus connue dans le langage journalistique sous le nom de «théorie du combat des chiens», la théorie de la dissension sociale, corollaire de la désinformation, consiste à exacerber les antagonismes sociaux et à susciter la guerre civile entre communautés en vue de faire diversion sur un conflit majeur ou de préparer la partition du pays. Expérimentée au Liban, lieu de préfiguration des guerres d’épuration ethnique de l’ère post soviétique, cette théorie a été mise en œuvre avec succès dans l’ancienne Fédération de Yougoslavie, en Irak et en Afghanistan par Peter Galbraith, fils de l’économiste John Kenneth Galbraith, ancien interface pour le compte de la CIA de Benazir Bhutto, ancien premier ministre du Pakistan, assassinée en 2007.

Tout au long d’une séquence d’un demi-siècle, les pays occidentaux en général, les Etats-Unis en particulier, auront exercé le monopole du récit médiatique, particulièrement en ce qui concerne le Moyen orient, un monopole considérablement propice aux manipulations de l’esprit, qui sera toutefois brisé, avant la percée médiatique de la chaîne transfrontière «Al-Jazira», à deux reprises avec fracas, avec des conséquences dommageables pour la politique occidentale: la première fois en Iran, en 1978-79, lors de la «Révolution des cassettes» du nom de ces bandes enregistrées des sermons de l’Imam Ruhollah Khomeiny du temps de son exil en France et commercialisées depuis l’Allemagne pour soulever la population iranienne contre le Chah d’Iran. La deuxième fois à l’occasion de l’Irangate en 1986, le scandale des ventes d’armes américaines à l’Iran pour le financement de la subversion contre le Nicaragua. Un scandale, est-il besoin de le rappeler, qui a éclaté au grand jour par suite d’une fuite dans un quotidien de Beyrouth «As-Shirah», mettant sérieusement à mal l’administration républicaine du président Ronald Reagan.

Hormis ces deux cas, les Etats-Unis et Israël auront constamment cherché à rendre leurs ennemis inaudibles, au besoin en les discréditant avec des puissants relais locaux ou internationaux, tout en amplifiant leur offensive médiatique, noyant les auditeurs sous un flot d’informations, pratiquant la désinformation par une perte de repères due à la surinformation en vue de faire des auditeurs lecteurs de parfaits «analphabètes secondaires». Non des illettrés, ou des incultes, mais des êtres étymologiquement en phase de processus de «désorientation», psychologiquement conditionné et réorienté dans le sens souhaité, dont l’ignorance constitue, paradoxalement, une marque de supériorité. «Pur produit de la phase de l’industrialisation, de l’hégémonie culturelle du Nord sur le Sud, de l’imposition culturelle comme un préalable à l’envahissement et à l’enrichissement des marchés, l’analphabète secondaire n’est pas à plaindre. La perte de mémoire dont il est affligé ne le fait point souffrir. Son manque d’obstination lui rend les choses faciles. Il apprécie de ne pouvoir jamais se concentrer et tient pour avantages son ignorance et son incompréhension de tout ce qui lui arrive», soutient l’auteur de l’expression, l’allemand Hans Magnus Einsensberger,  dans un ouvrage au titre prémonitoire «Médiocrité et folie».

La frénésie diplomatique occidentale au Liban, sans pareille partout ailleurs dans le monde, a conduit un intellectuel libanais, l’économiste Georges Corm, ancien ministre des finances, a asséné un vigoureux rappel à l’ordre aux « Chers ambassadeurs des grandes puissances»: «Vous vous fondez si bien dans le paysage politique que l’on en vient à oublier que vous êtes des ambassadeurs et l’on vous compte le plus souvent comme faisant partie des plus hautes autorités responsables du pays. (…) Dans les périodes de crise, votre passion pour le Liban est telle que vous n’hésitez pas à vous adresser publiquement et directement à nous, en faisant fi des conventions de Vienne», écrira-t-il dans une lettre ouverte publiée le 16 juillet 2010 dans la revue libanaise «Magazine».

A des moments cruciaux de son histoire, le Liban a constitué une passoire, mais le plus petit pays arabe a quelque peu compensé cette faille en enregistrant deux faits d’armes glorieux contre Israël, en 2000 et en 2006, unique pays arabe à revendiquer un tel palmarès, unique pays arabe à avoir provoqué un dégagement militaire israélien de son territoire, sans négociations, ni traité de paix. A sa décharge, toutefois, comparaison n’est pas raison, le Liban ne détient pas le monopole de la connivence israélienne.

Des instructeurs israéliens sont présents en Irak, particulièrement dans la zone kurdophone, pour l’encadrement et la formation des soldats kurdes, les anciens peshmergas, sollicités pour des opérations de maintien de l’ordre à Bagdad au cours du premier semestre de 2007. Le magazine News night du 19 septembre 2006 avait présenté des images exclusives de vastes installations et de ces entraînements. Interop et Colosseum, deux sociétés israéliennes de mercenariat serviraient de couverture à cette activité de l’armée israélienne. Les officiers transiteraient par Djibouti pour masquer leur origine. Les Israéliens auraient pris la succession de sociétés américaines de mercenariat, déjà présentes au Kurdistan irakien depuis la création de la zone de non survol, à l’issue de l’opération Tempête du désert, en 1991. Ces deux sociétés agissent de concert avec le Shin Beth, les services de renseignements israéliens, et, s’agissant du Moyen-Orient, en coordination avec le bureau des «minorités périphériques», le vocable par lequel les services israéliens désignent les ressortissants des pays arabes qu’ils croient susceptibles de collaborer avec eux, comme ce fut le cas lors de la guerre du Liban avec les Forces Libanaises (1975-2000), et comme c’est le cas dans la nouvelle guerre d’Irak.

Sous couvert de double nationalité, des Israéliens sont présents sous uniforme de l’armée américaine, depuis 2003, comme spécialistes de la guérilla urbaine à Fort Bragg. C’est dans ce centre des forces spéciales américaines, en Caroline du Nord, que fut mise sur pied la fameuse Task Force 121 qui, avec des peshmergas de l’UPK du président irakien Jalal Talabani, procéda à l’arrestation de l’ancien président irakien Saddam Hussein. La coopération israélo américaine se développa en outre sur le terrain extrajudiciaire avec la liquidation de 310 scientifiques irakiens entre avril 2003 et octobre 2004. Des hommes d’affaires israéliens interviennent en outre comme sous-traitants de sociétés jordaniennes ou turques sur le marché irakien. En 2008, le site Internet Roads to Iraq décomptait 210 entreprises israéliennes intervenant masquées sur le marché irakien, véritable aubaine pour les agents recruteurs du Mossad. Le Roi Hussein de Jordanie passe pour avoir été un «indic» de la CIA et la dynastie marocaine bride mal son tropisme israélien exacerbé, comme en témoignent le concours du Mossad à l’élimination du chef de l’opposition marocaine Mehdi Ben Barka et le déploiement de l’Institut Amadeus, sous traitant officieux de la diplomatie marocaine. Sans compter l’Arabie saoudite, principal bénéficiaire des coups de butoir d’Israël contre le noyau dur du Monde arabe.

IV – Une parodie de justice, un vaudeville tragique

Ni le cinéaste américain Mel Brooks, Ni Eddy Murphy, ni aucun autre facétieux d’Hollywood n’aurait imaginé pareil vaudeville tragique. En cinq ans de fonctionnement, le tribunal aura accumulé les faux pas, comme en un comique de répétition, privilégiant, sans craindre la subornation de témoins, une enquête à charge, exclusivement à charge contre la Syrie d’abord, ses alliés au Liban ensuite, incarcérant arbitrairement quatre officiers supérieurs libanais, qu’il sera contraint de relâcher, quatre ans plus tard, faute de preuve. Une désinvolture qui a entraîné une cascade de démission, -cinq en deux ans, deux procureurs et deux greffiers en chef et une porte parole- (7), faisant du Tribunal spécial sur le Liban, unique tribunal ad hoc en la matière, la risée universelle.

Un magma absolu. Un capharnaüm.  Décryptage.

L’incarcération des généraux Jamil Sayyed et Ali al Hajj avait pour objectif déguisé d’écarter des postes sensibles des services de sécurité des responsables de confession chiite, particulièrement avertis de l’affairisme syro-haririen, pour leur substituer des sunnites (le général Achraf Riffi et le colonel Wissam al Hassan), en phase avec les desiderata des revanchards, Jacques Chirac et Saad Hariri, le tandem à l’origine de la mise en œuvre du Tribunal international. Achraf Riffi a été promu général, en avril 2005, deux mois après l’assassinat de Rafic Hariri et propulsé à la tête des forces de sécurité. La désignation à la vindicte publique des quatre officiers supérieurs hâtivement impliqués et arbitrairement incarcérés pour leur rôle présumé dans l’attentat anti-Hariri répondait au souci des dirigeants pro occidentaux de neutraliser des «témoins gênants». L’instrumentalisation de magistrats libanais pour une besogne contraire à la souveraineté de la justice libanaise en vue de valider la piste syrienne dans l’assassinat de Rafic Hariri, a desservi la cause de la justice internationale et de la magistrature libanaise, dont l’épilogue a fait l’effet d’un coup de massue, sur le plan psychologique, sur le camp occidental.  Les généraux Jamil Sayyed, directeur de la sûreté nationale, Ali Hajj, directeur des renseignements généraux, Raymond Azar, directeur du renseignement militaire, et Moustapha Hamdane, chef de la garde présidentielle, étaient détenus depuis le 30 août 2005. Le juge a jugé leur dossier trop léger pour les maintenir en détention. Aucun d’eux, curieusement, n’a fait l’objet d’une inculpation. Aucun d’eux, non moins curieusement, n’a été réintégré dans ses fonctions, ni fait l‘objet d’aucune réparation morale ou matérielle. Leur Libération, le 29 avril 2009, a retenti comme un camouflet pour leurs détracteurs.

Marwane Hamadé, un vibrionnaire pourfendeur du Hezbollah à la tête d’un ministère noyauté par les Israéliens

L’antenne pirate israélienne du relais hertzien du Mont Barouk est située dans la région montagneuse du Chouf, fief de Walid Joumblatt, partenaire de Saad Hariri dans la révolte anti syrienne. Son installation s’est faite sous le mandat du lieutenant de Walid Joumblatt du temps de son passage au ministère des télécommunications, Marwane Hamadé, à une période charnière allant de 2005 à 2008, c’est-à-dire du début de l’enquête internationale sur l’assassinat de Rafic Hariri, principalement fondée sur le décryptage de communications biaisées par les services israéliens, à son épreuve de force avec le Hezbollah en mai 2008, en passant à la guerre de juillet 2006 où il s’était placé à l’avant-garde de la dénonciation du mouvement chiite. Le plus ferme partisan du démantèlement du réseau de transmission autonome du Hezbollah s’est trouvé être, curieusement, à la tête d’une administration noyautée par les taupes israéliennes: Un des grands experts de l’OGERO, Milad Eid, l’organisme gestionnaire du câble sous marin reliant Beyrouth au Sud Liban, la zone de déploiement du Hezbollah, s’est révélé être un grand espion d’Israël et le régulateur des transmissions filaires de l’Etat libanais équipé d’un logiciel de conception israélienne. Habituellement prolixe particulièrement dans les médias français, Marwane Hamadé, vibrionnaire pourfendeur de l’omnipotence du Hezbollah, est mutique depuis la révélation du noyautage de son ancienne administration. L’interlocuteur privilégié du proconsul américain Jeremy Feltman, le chouchou de Bernard Kouchner, ministre français des affaires étrangères qu’il avait mis dans la confidence au sujet de l’assaut contre le système des communications du mouvement chiite ne s’est jamais expliqué sur le fait d’attribuer à une société israélienne KAPIRA, sous couvert d’une société écran française, la gestion des communications transitant par l’organisme gouvernemental OGERO, ni sur son comportement à tout le moins désinvolte sur l’ensemble du dossier. En plein naufrage politique, le flamboyant stratège de «la révolution des Cèdres» n’est maintenu au seuil de la ligne de flottaison que par la volonté de son mentor Joumblatt. L’homme le plus détesté de la banlieue sud de Beyrouth a dû se faufiler, sous forte escorte, dans le cortège funéraire lors des obsèques de Cheikh Mohamad Fadlallah, guide spirituel de la communauté chiite libanaise, en juillet 2010, en vue de la présentation de ses condoléances, dans une démarche interprétée comme une forme de repentance, signe indiscutable de la disgrâce d’un homme au halo de «martyr vivant» écorné.

Se pose alors la question du bien fondé de sa requête. N’aurait elle gagné en crédibilité si elle avait été précédée d’une épuration de son ministère des espions israéliens ? Par extension, se pose la question de savoir si l’attentat dont il a été victime, en 2004, dans la foulée de la résolution 1559 de l’ONU enjoignant la Syrie à retirer ses forces du Liban, constituait un coup de semonce de ses adversaires contre son trop grand tropisme occidental? Ou bien s’agissait-il d’une tentative de camouflage pour le crédibiliser dans sa démarche qui s’est révélée a posteriori criminelle en ce qu’elle aurait débouché, si elle avait abouti, à la paralysie complète du Hezbollah, voire à son anéantissement, dans son combat contre Israël ? La même question se pose en ce qui concerne Elias el Murr, autre girouette de la vie politique libanaise, beau frère de Gébrane Tuéni, et, surtout gendre du président Emile Lahoud, victime lui aussi d’un attentat en 2005 dans la mesure ou l’antenne pirate israélienne a été greffée sur l’antenne pilote de Murr TV (MTV), la propre chaîne de la famille du ministre libanais de la défense. La question mérite d’être posée à l’égard de cibles nullement anodines sur cette coïncidence curieuse et troublante.

La profusion des faux témoins, une dizaine au total, record mondial absolu de tous les temps, fera du tribunal spécial un véritable capharnaüm. Telle une curée sur un magot, appâtée à coups de dépositions monnayées, la profusion ne relevait certainement pas du hasard. Elle résultait des calculs des divers protagonistes de la coalition occidentale dans la satisfaction de leurs objectifs, complémentaires dans leur finalité mais contradictoires dans leurs priorités.

Le faux transfuge des services de renseignement syriens, Zouheir Siddiq (8), présentait une aubaine pour le tandem Hariri-Chirac pour l’implication de la Syrie. Théâtrale en diable, c’est lui qui a pris l’initiative de convier à sa résidence de Marbella, (Espagne), Detliv Mehlis pour lui narrer son témoignage, aux mépris des règles élémentaires de la procédure.  Et l’inspecteur allemand, sans crainte du ridicule, de s’empresser d’opiner, sans le moindre recoupement de précaution. Ténébreux personnage, c’est lui qui a désigné, en premier, les quatre officiers supérieurs libanais dans l’attentat anti-Hariri, de même que le beau frère du président Bachar al Assad, le colonel Assaf Chawkat, chargé de la sécurité du régime syrien. Témoin clé, il sera traité avec tous les égards dus à son rang de Témoin Roi. Un roi vénal. Son témoignage aurait été monnayé pour la coquette somme de cinq millions de dollars, un fait qu’il aurait lui-même clamé sur le réseau hertzien au cours d’une communication cellulaire avec un membre de sa famille. Siddiq aurait avoué à son frère être devenu «millionnaire» en récitant ce qu’il lui avait été demandé de dire, notamment les noms de sept officiers du renseignement syrien et de quatre généraux libanais prétendument impliqués dans l’assassinat. Durant son séjour en France, il résidait dans la localité cossue de Chatou, dans la région parisienne, gracieusement, aux frais du contribuable français. Devenu témoin encombrant pour Jacques Chirac, le pensionnaire posthume de son ami assassiné, Siddiq sera expulsé vers les pétromonarchies du Golfe, alors que le Liban réclamait son extradition, exfiltré à l’aide d’un faux passeport délivré par Nicolas Sarkozy à l’époque ministre de l’intérieur. Convoyé par deux officiers français, il sera remis à Abou Dhabi aux services de sécurité égyptiens et maintenu depuis lors sous bonne garde.

Le saoudien Faysal Akbar (9), par sa revendication de son appartenance à «Al Qaida» et sa connexion syrienne, représentait, quant à lui, un parfait alibi pour l’administration Bush en vue de la mise en cause de la Syrie, et de la justification de l’invasion de l’Irak et de la poursuite de la «Guerre contre le terrorisme». L’homme a avoué sa participation à l’assassinat de Rafic Hariri, annonçant au passage aux enquêteurs, tel un appât, sa proximité avec Aboul Moussab Al Zarkaoui, le commandant opérationnel d’Al Qaida en Irak….de quoi faire rêver le renseignement américain sur une possible capture de Oussama Ben Laden, leur ennemi public n° 1. Il  se rétractera par la suite accusant des «étrangers» de lui avoir soufflé le nom d’Assaf Chawkat, beau frère du président syrien Bachar al Assad, en tant que commanditaire de l’assassinat de Rafic Hariri.

Un troisième faux témoin, Ahmad Merhi, au palmarès à faire pâlir Illich Ramirez Sanchez, le fameux Carlos, le croquemitaine de l’Occident de la décennie 1970-1980, a prétendu, lui, avoir trempé dans tous les complots tramés depuis le 11 septembre 2001 (attentat de New York) au 14 Février 2005 (Assassinat Hariri). Il s’arrangera pour entrer dans les bonnes grâces des services de renseignements du Danemark. En échange de la protection danoise, il leur offrira sa collaboration dans la dénonciation des meneurs des manifestations anti danoises dans le Monde arabe, organisées à la suite de la publication des caricatures du prophète dans un journal danois. Cet indic multicarte se révélera être surtout impliqué dans l’assassinat du ministre libanais de l’industrie, Pierre Gemayel, le fils de l’ancien président de la république Amine Gemayel, et mêlé aux troubles du camp palestinien de Nahr el Bared (Nord-Liban).

Un quatrième, un syrien trafiquant de drogue, Akram Chakib Mourad, extralucide, aurait repéré la Mitsubishi, la camionnette qui a déclenché l’explosion, six mois avant son vol et son affectation à la mission suicide au Liban, alors qu’elle était encore au Japon. Il aurait même avoué l’avoir aperçu dans la banlieue sud de Beyrouth, le fief du Hezbollah alors qu’elle se trouvait encore au Japon.

Un cinquième, un palestinien agent du Mossad, condamné par la justice militaire et expulsé du Liban, en 2003, y reviendra, en 2005, sous une nouvelle identité, à l’aide d’un passeport suédois pour déposer cotre la Syrie et ses alliés libanais. Expulsé du Liban sous le nom de Abdel Basset Bani Awdah, il reviendra sous le nom de Antonius Bani Awdah estampillé sur un passeport suédois. L’allemand Detliv Mehlis, qui lui avait promis le financement d’une opération de chirurgie esthétique pour le rendre méconnaissable, lui conférera la protection découlant du statut de «témoin privilégié. Il cloisonnera l’affaire et conservera par devers lui son témoignage, dont il s’en servira comme d’un fil conducteur dans son enquête, jaloux de son butin, ne partageant ses informations avec aucun autre de ses collègues jusqu’à la découverte du pot aux roses.

Curieusement, la piste de l’unique personne qui a revendiqué publiquement l’assassinat, Ahmad Abou Addas, le jour de l’attentat depuis la chaîne transfrontière «Al Jazira» a été négligée. L’homme habitant du secteur ouest de Beyrouth, avait disparu de son domicile trois semaines avant l’attentat et sa disparition signalée par son père aux services de police. «Salafiste Jihadiste», selon la désignation dont il se revendiquait, il vouait aux gémonies «tous les dirigeants arabes qui gouvernaient d’une manière contraire à la volonté de Dieu » et tenait des propos hostiles à Rafic Hariri.

Les connexions sulfureuses de Gébrane Tuéni.

Pis, dernière et non la moindre des anomalies, le «héros martyr» de la presse libanaise, Gébrane Tuéni, pour stupéfiante que cela puisse paraître, entretenait des relations d’affaires avec la Mafia. Le symbole du printemps de la liberté du Liban et fer de lance du combat anti syrien louait sa voiture blindée aux fins de rentabilisation de son coût à un chef de gang libanais opérant au sein de la Mafia en Bulgarie. Le véhicule blindé, acquis à 350.000 dollars, était loué à raison de mille dollars par jour, durant les nombreux déplacements à l’étranger du directeur du journal «An-Nahar». Les deux derniers locataires de cette voiture étaient un mafieux libanais opérant en Bulgarie et un ancien garde de corps du chef d’une formation milicienne de la droite libanaise, recyclé par les affaires mafieuses en Europe orientale. La voiture a été rendue à son propriétaire la veille du retour de M. Tuéni de Paris. Les enquêteurs internationaux et la presse occidentale ont toujours incriminé la Syrie, sans jamais soulever l’hypothèse d’un règlement de comptes mafieux visant le locataire et non le propriétaire de la voiture, ou l’hypothèse d’une connexion entre l’attentat et les activités de l’ancien garde du corps milicien, un attentat par défaut en somme. Le préposé au louage, en fait le rabatteur de cette clientèle glauque, était lui-même en relations d’affaires avec le syrien Hassam Hassam, un autre grand faux témoin, faisant de cette enquête internationale un véritable nœud de vipère par son déroulement et ses effets dévastateurs sur la paix civile libanaise.

Un «prix Gébrane Tuéni» est décerné chaque année à un journaliste arabe qui s’est distingué dans le domaine de la Liberté de la presse, sans que le bénéficiaire ou le public, voire même le jury, ne soient avertis des connexions sulfureuses du journaliste, passé à la postérité en tant comme symbole du combat démocratique au Liban et dans le monde arabe, alors qu’il était généralement décrié au sein de l’opinion libanaise comme le parfait représentant des alliances rotatives du Liban de l’après guerre avec le pouvoir et le pouvoir de l’argent, tout comme d’ailleurs son oncle Marwane Hamadé et son beau frère Elias el Murr, trois politiciens qui auront sinistré l’engagement politique par leur contorsionnement permanent. Sauf à entretenir la confusion mentale et la perdition morale, quelles vertus pédagogiques recèle l’exaltation des êtres de grande versatilité et de moindre moralité pour l’ édification civique des générations futures ?

Un véritable capharnaüm.

Le journal Al-Akhbar qui a consacré, fin juillet 2010, un dossier complet sur le dysfonctionnement du Tribunal spécial, a énuméré le nom d’une dizaine de faux témoins (Zouheir Siddiq, Faysal Akbar, Ahmad Merhi, Hassam Hassam, Abdel Basset Bani Awdah, Ibrahim Jarjoura, Akram Chakib Mourad, Iman Ali, Lou’ay as Saka), sans qu’il ait été possible de déterminer, avec certitude, au terme de quatre ans d’audition, si cette somme documentaire répondait aux diktats de leurs commanditaires, ou, résultait, au contraire, d’une imagination fertile, de la mystification, d’une tentative d’intoxication ou d’extorsion de fonds ou plus simplement d’entrisme et de contre manipulation en vue de discréditer les opérateurs occidentaux. Un morceau d’anthologie, à l’allure d’une conjuration de colportes, en tout état de cause, révélatrice des phobies occidentales et de leurs présupposés idéologiques sur les motivations profondes de «la guerre contre le terrorisme».

En contrechamps, la Syrie aura eu un comportement nettement plus expéditif et martial. Répondant à la requête internationale, elle avait pris la précaution de filmer l’interrogatoire de son principal témoin, le Général Ghazi Kanaan, son ancien pro consul au Liban, non pas tant pour sa participation au complot, mais pour se servir de ses propres aveux comme d’une pièce à conviction contre sa propre  personne. Le Général Kanaan sera «suicidé» dans la foulée de son interrogatoire, sanction de sa connivence avec le clan Hariri dans la réforme de la carte électorale libanaise qui a eu  pour effet de faciliter le retour au pouvoir de l’ancien premier ministre, et de son enrichissement fabuleux, de l’ordre de 800 millions de dollars, selon les estimations les plus généralement admises.

10 août 2010

René Naba

Références :

7 - La liste des démissionnaires du Tribunal Spécial sur le Liban: Deux greffiers en chef, Robin Vincent juin 2009 et David Tolbert, 12 janvier 2010; Deux procureurs, le controversé Detlev Mehlis (Allemagne) et le belge Serge Brammentz, 2010; enfin, la porte parole, la libanaise Radhia Achour, 24 mai 2010.

8- Zouheir Siddiq, qui se présentait comme un membre important des services secrets syriens au Liban et prétendait tout savoir sur l’implication de la Syrie dans l’assassinat du Premier ministre libanais Rafic Hariri, était en fait un escroc protégé par Rifaat al-Assad, ancien dirigeant syrien, réfugié en Espagne qui rêvait de renverser son neveu, le Président Bachar al-Assad. Selon Der Spiegel (22/10/05) Siddiq avait avoué à son frère être devenu «millionnaire» en récitant ce qu’il lui avait été demandé de dire, notamment les noms de sept officiers du renseignement syrien et de quatre généraux libanais prétendument impliqués dans l’assassinat. Dans une interview au quotidien koweitien Al-Siyassah, en date du 12 avril 2010, il a affirmé que le Cabinet de Nicolas Sarkozy, à l’époque ministre de l’Intérieur, lui avait remis, «pour le protéger», un faux passeport tchèque lui permettant de quitter le territoire français alors que le Liban réclamait son extradition. Il a été condamné en 2009 à Abou Dhabi à 6 mois de prison et expulsé pour être entré dans les Emirats Arabes Unis avec de faux papiers d’identité. Il s’est justifié en affirmant ne pas savoir que «ce passeport était faux».

9 – Cf. Dossier Spécial sur les dysfonctionnements du Tribunal Spécial sur le Liban à propos de l’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri, réalisé par le Journal libanais Al Akhbar et diffusé sur plusieurs épisodes Mardi 27 juillet 2010: «Au-delà des faux témoins, une révélation sur les enquêtes, Faysal Akbar, le saoudien qui est allé au devant des enquêteurs», par Hassan Alik; Mercredi 28 juillet «Des brèches dans les règles de fonctionnement du Tribunal : Ahmad Merhi, le témoin muet, l’homme des services de renseignements du 11 septembre (attentat de New York 2001), au 14 février (Assassinat Hariri 2005) par Hassan Alik et Omar Nachabbé (chroniqueur judiciaire du journal et membre du Carnegie Endowement for International  Peace – Middle East  Center –Beyrouth  – Liban).

René Naba

Suivra…

3me volet de ce papier le 19 août

Les Etats-Unis une justice à la carte, la France en suspicion légitime

La criminalisation du Hezbollah, une guerre de substitution à l’Iran



2 Annexe

2-1 Karim Farouk Lakjaa : Armes à sous-munitions, entre progrès du droit et progrès technologiques.
Les armes à sous-munitions (ASM) ont causé, au cours des dernières décennies, de cinquante mille à cent mille victimes. 98% d’entre-elles sont des civils et plus du tiers ne sont autres que des enfants.
Une trentaine d’Etats comme l’Afghanistan, le Cambodge, l’Iraq, le Kosovo, le Liban, le Laos,
la Serbie, le Vietnam, parfois même plusieurs années après l’arrêt de conflits, demeurent pollués par ce type d’armes qualifiées de non discriminantes. C’est donc avec une impatience et un soulagement certains qu’une partie de la Communauté internationale (plus particulièrement de la Société civile internationale composée d’ONG) attend le 1er août 2010, date à laquelle, la Convention sur les ASM (CSASM) entrera en vigueur.
De la seconde guerre mondiale au Vietnam en passant par la guerre froide
Employées pour la première fois lors de la seconde guerre mondiale, les ASM ont poursuivi une longue et prolifique carrière avec la guerre froide. Considérées comme un élément important de la capacité de défense, elles eurent comme fondement à leur doctrine d’emploi, la volonté de briser les concentrations de blindés et d’infanterie du bloc de l’est, au moyen de vecteurs multiples, divers et souples tant aériens que terrestres. A cela s’ajoutèrent deux autres qualités synonymes de succès pour un armement : une durée de vie ou de conservation extrêmement longue et la capacité de couvrir de grandes superficies rapidement, par saturation de zone.
Présentées comme un système autorisant une économie de force, elles furent appréhendées comme un outil efficace pour tout corps militaire car lui permettant de triompher d’un adversaire supérieur numériquement. Aujourd’hui, elles constituent une arme particulièrement adaptée aux forces expéditionnaires projetées en territoire hostile (Afghanistan et en Iraq).
Pour toutes ces raisons, les ASM furent massivement employées notamment par les Etats-Unis. 285 millions furent déversés sur le Vietnam, le Laos et le Cambodge, vingt millions sur l’Iraq et le Koweït lors de la première guerre du Golfe ; trois cent mille sur le Kosovo (1999) ; deux cent cinquante mille sur l’Afghanistan (2001); 1,8 million sur l’Iraq (2003). L’Union soviétique les utilisa en Afghanistan. Israël en usa également contre
la Syrie (1973), le Liban (1978, 1982 et 2006). Le Maroc fit de même contre le Polisario au Sahara occidental de 1975 à 1988.

Avec la fin de la guerre froide, elles connurent une nouvelle prolifération horizontale : en Asie centrale (Nagorny Karabakh (1992 – 1994), Tadjikistan (1992 – 1997), Tchétchénie (1994 – 1996), Géorgie (2008)) ; Dans les Balkans (Bosnie (1992 – 1995), Croatie ( 1995), Albanie (1998 – 1999)) ; En Afrique (Angola (1992 – 1994), Soudan (1996 – 1999) Sierra Léone (1997), Ethiopie /Erythrée (1998), République démocratique du Congo (1998 – 2003)).

Des effets persistants et étendus
Il n’est donc pas étonnant que chaque année, les ASM fassent de 15 000 à 20 000 nouvelles victimes directes (préjudice corporel). Il est vrai que les effets des ASM sont persistants dans le temps et étendus géographiquement. Le Laos est ainsi, trente ans après la fin de la guerre du Vietnam, pollué par 75 millions d’ASM. Celles-ci se retrouvent sur le sol, dans le sol (jusqu’à cinquante centimètres de profondeur), dans la végétation, voire à l’intérieur des bâtiments. Cette situation, que l’on peut généraliser à l’ensemble des théâtres militaires où ont été employées des ASM résulte de l’une de leur spécificité. Près de 15% à 40% d’entre-elles n’explosent pas lors de leur largage et deviennent de fait des quasi-mines. Au point que les troupes américaines4 furent gênées par leur propre ASM en 1991, en Iraq. 6% des pertes militaires US leur furent imputables. De ce point de vue, leur impact peut être
considéré comme supérieur à celui de l’armée iraquienne. Il perdurera, d’ailleurs dans le temps. Les opérations d’élimination - neutralisation au Koweït se prolongèrent sur la période 1991 - 2002 avec un coût approchant 1 milliard de dollars, et permirent de récupérer près de cent huit tonnes d’ASM.
Leur usage en 2006 par l’Israeli Defense Forces au Liban donne également une exemplification précise de leurs effets. Les ASM israéliennes déployées, l’ont principalement été dans les 72 heures précédant le cessez-le feu, organisé par la résolution 1701 du Conseil de sécurité, ce verrou du monde selon les propos du professeur Jean-Pierre Colin. Leur efficacité tactique fut alors réduite à une simple action visant à ralentir le retrait du sud Liban des forces paramilitaires appartenant au Hezbollah, mais aussi à les gêner lors d’un inévitable retour. 4 millions (de types M-26/M-77, M-85, BLU-63) furent déversées sur le pays du cèdre, polluant 48 millions de m² de terre selon le bureau des affaires du désarmement des Nations Unies, dont 16 millions uniquement au sud Liban. 40 % (soit 1,6 million) n’ont pas explosé. Elles ont induit une perte économique dans l’agriculture d’environ vingt trois millions d’euros et des
pertes économiques globales pour le Liban de cent cinquante trois millions à deux cent trente trois millions d’euros. Leur impact est également environnemental. En juillet 2008, lors de feux de forêts sis sur les localités d’Aley et de Souk el Gaharb, la sécurité civile libanaise ne put intervenir afin d’éteindre les foyers en raison de la présence d’ASM. L’explosion de celles-ci au sein des incendies aggrava la crise. Le bilan humain est également lourd, avec trois cent cinquante victimes civiles libanaises de 2006 à 2008.
Ce n’est donc pas un hasard si en novembre 2008, Beyrouth accueillit la 1ère Convention régionale sur les ASM au Moyen-Orient. Sous la pression internationale, Israël dû révéler aux autorités libanaises une partie de ses plans de largage de 2006. Ce geste s’inscrit, au demeurant, en application de la résolution 1701, dont le paragraphe huit contient une disposition relative à la communication à l’ONU des cartes des mines terrestres posées au Liban.
Des stocks qui se décomptent par centaines de millions Avec les stocks d’ASM dont disposent environ quatre vingt cinq pays « possesseurs » (par analogie avec les termes du TNP qui évoquent des Etats détenteurs de l’arme nucléaire), il y a de quoi reproduire en de nombreuses occasions l’espèce libanaise.
En effet, selon l’OTAN, l’arsenal mondial est constitué en 2010, de plusieurs milliards de sous-munitions. 90% de ce stock se trouve entre les mains de six Etats qui n’entendent pas s’en dessaisir : Chine, Etats-Unis, Inde, Israël, Pakistan, Russie. A eux seuls, les Etats-Unis détiennent sept cent trente millions de sous-munitions dont quatre cent quatre vingt millions de modèles anciens. En 2009, Washington a déclaré que le respect des termes de
la Convention sur les armes à sous-munitions (CSASM) entrait en contradiction avec sa sécurité nationale.
Une trentaine d’Etats producteurs appartenant majoritairement à l’OTAN ou faisant partie de ses alliés
Trente quatre Etats ont produit ou produisent encore deux cent dix types d’ASM. Quatre vingt cinq sociétés les manufacturent. Elles sont majoritairement européennes (50%) et américaines (10%). Israël apparaît comme l’un des principaux producteurs. La firme Israeli Military Industries, à elle seule, a produit plus de soixante millions d’ASM de type M-85. .
La Convention sur les armes à sous-munitions, une première avancée du droit international humanitaire et du Jus in bello (droit dans la guerre)
L’adoption par cent sept Etats lors de la conférence de Dublin, le 30 mai 2008, de
la CSASM, puis sa signature officielle à Oslo, le 3 décembre 2008, par quatre vingt quatorze Etats ont été rendues possible par l’action d’ONG agissant depuis de nombreuses années mais aussi par la dénonciation de l’usage israélien fait au Liban en 2006.
Avec la trentième ratification, seulement quinze mois après l’ouverture à Oslo à la signature, cet instrument deviendra le 1er août 2010, un nouvel outil normatif du droit international humanitaire et du Jus in bello.
Cette Convention réaffirme trois principes essentiels : les moyens de la guerre ne sont pas illimités ; Les belligérants se doivent de respecter la distinction entre population civile et combattants ; Ils doivent une protection générale aux populations civiles.
De ces trois principes découle la prohibition de la détention d’ASM, de leur production et de leur usage pour les Etats parties à
la Convention. Ce système d’arme est défini comme toute munition classique conçue pour disperser ou libérer des sous munitions explosives d’un poids inférieur à vingt kilogrammes.
L’œuvre des promoteurs de
la Convention confère une protection relativement large aux populations civiles face aux ASM dont les victimes sont identifiées comme toute personne subissant de leur fait, un préjudice corporel, psychologique, matériel, social, direct ou indirect y compris par le biais de leur famille.
Les Etats qui souverainement rejoignent cette nouvelle norme se soumettent volontairement à des obligations internationales (mais aussi nationales) inédites.
Ainsi, tout Etat partie doit assurer la destruction des stocks d’ASM, sous sa juridiction, au plus tard huit ans après l’entrée en vigueur de
la Convention pour cet Etat, avec la possibilité d’une dérogation de quatre années supplémentaires. Il doit procéder à la dépollution des zones contaminées sous sa juridiction ou son contrôle dans les dix ans au plus tard (avec là aussi une possibilité d’une dérogation de cinq années supplémentaires). Il doit assistance aux victimes d’ASM sous sa juridiction, coopération et assistance aux Etats touchés par des sous-munitions. Au titre de mesures de transparence, il doit adresser au Secrétaire général des Nations Unies, des rapports détaillés sur ses stocks et ses actions de dépollution, dans les 150 jours au plus tard qui suivent l’entrée en vigueur de la Convention puis chaque année. Enfin, il doit prendre des mesures nationales d’application et de transposition et promouvoir
l’universalisation de ce nouvel instrument destiné pour reprendre les termes de Raymond Aron, à limiter le volume de violence dans les relations internationales.
La CSASM permet donc de stigmatiser le comportement d’Etats qui se caractérise par l’emploi de cette arme et par sa justification.
A l’exemple d’Israël qui tirera des ASM sur des villages libanais ou sur des zones urbaines à forte densité de population à Gaza, lors de l’opération « Plomb durci », en affirmant qu’elles constituent une « arme légitime soumise au droit international humanitaire ».


Le cas de la France
A
l’opposé, la pratique étatique française semble un modèle. Depuis, 1991, la France n’a pas employé d’ASM. En 1986 – 1987, sous la présidence de François Mitterrand dont le premier ministre était alors Jacques Chirac, elle n’avait pas hésité à en faire usage à Waid Doum au Tchad contre les forces libyennes.
Mais cette époque est révolue, depuis 2002,
la France ne produit plus d’ASM. En 2006, elle a décidé de ne plus utiliser sur ses Lanceurs de Roquettes Multiples (LRM) la roquette M-26 dotée de six cent quarante quatre sous-munitions M-77.
Sur cette lancée,
la France a donc rejoint la CSASM et s’est soumise à l’interdiction de leur mise au point, de leur fabrication, de leur production, de leur acquisition, de leur stockage, de leur conservation, de leur cession, de leur importation, de leur exportation, de leur commerce, courtage, transfert, et de leur emploi.
Elle a aussi fait adopter par la représentation nationale, le 6 mai à l’unanimité des sénateurs et le 6 juillet à l’unanimité des députés, un projet de loi transposant en droit interne la nouvelle norme internationale et prévoyant des sanctions pénales pour tout national violant
la CSASM.
E
n application de ces deux textes, elle devra donc procéder à la destruction de ses stocks d’ici 2018, en dehors d’un stock maximum de cinq cent sous-munitions préservées pour l’apprentissage des démineurs. La France sauvegardera, au demeurant, ses obus BONUS anti-char constitués de deux sous-munitions de 6,5 kilogrammes chacune, et ses missiles SCALP délivrant chacun dix sous-minutions anti-piste KRISS, de 5,1 kilogrammes chacune.
L’élimination de vingt deux mille roquettes M26 (stockées à Neubourg et Manière-les-Verdun) et de treize mille Obus d’artillerie à GRenade ou OGR (entreposés à Salbris, Miramas, Brienne et Le Rozellier) coûtera trente cinq millions d’euros, dont six millions destinés à la construction d’un incinérateur (hypothèse de Bourges Subdray). Autour de celui-ci est adossé le projet d’une filière industrielle qui pourrait sous-traiter pour l’OTAN, la destruction des ASM des vingt Etats (sur vingt huit) membres de cette organisation qui sont parties à
la CSASM. En effet, les stocks sont imposants : Royaume Uni 38,7 millions, Allemagne trente trois millions, Pays-Bas vingt six millions, France quinze millions, Norvège trois millions. Or, il n’existe à ce jour en Europe que deux installations, l’une en Allemagne l’autre en Italie, dotées de la capacité de détruire des ASM. L’incinérateur français serait donc le troisième
pole européen. Après s’être fait une réputation dans le retraitement des déchets nucléaires, l’hexagone pourrait s’en tailler une autre.
Parmi les différentes techniques de destruction des ASM, (explosion à l’air libre, explosion confinée, cryofracture, immersion en mer enfouissement terrestre),
la France a choisi l’incinération. Or, celle-ci entraîne une production de monoxyde d’azote, qui n’est autre qu’un des principaux polluants atmosphériques, auquel il faut ajouter d’autres contaminant de l’eau, de l’air et du sol.
En la matière
la CSASM est précise : l’élimination des stocks doit se faire dans le respect des normes de protection de la santé publique et de l’environnement. A ce titre, les opérations se déroulant en France devront respecter le règlement CE n°1013/2006 du Parlement européen et du Conseil du 14 juin 2006, la Convention de Bâle, sans oublier au plan interne, le code de la défense, le code du travail et le code de l’environnement.
Réduction du nombre d’Etats «détenteurs» sur fond d’évolutions technologiques
La CSASM, nous l’avons écrit, constitue une avancée sérieuse du Jus in Bello et du droit humanitaire. Elle va conduire à une réduction sérieuse du nombre d’utilisateurs et détenteurs d’ASM. Pour autant, 90% des stocks de ce type d’armes détenus par six Etats, restent en dehors de ce dispositif normatif international arraché sous la pression des ONG.
Ces 6 Etats sont engagés dans une prolifération verticale qui vise à améliorer la performance des ASM par le biais de sauts technologiques permis par une amélioration des capteurs (sensor fuzed weapons, les sous-munitions étant amorcées par un senseur), du système de guidage, des effets (antipersonnels et/ou antivéhicules), des capacités de vol et d’attente au-dessus de la zone de frappe. Il est possible de se demander si les Etats industrialisés qui, comme
la France, ont rejoint la CSASM, ne l’ont pas fait uniquement car ils n’ont plus la capacité ou la volonté de disputer cette course technologique et industrielle. Au demeurant, sur les théâtres militaires en cours, leurs alliés en disposent et en usent. Qui plus est, le progrès technologique va jusqu’à la mise en œuvre de dispositifs d’autodestruction ou d’auto neutralisation comme pour la M-85 israélienne. Avec lui, les ASM de nouvelles générations prétendent perdre
leur caractère meurtrier pour les populations civiles et gagner le label « d’arme légitime soumise au droit international humanitaire ». La population du sud Liban peut témoigner de l’inanité d’une telle affirmation. En définitive, ne nous voilons pas la face. Les ASM, ont de tout temps été utilisées en 1er lieu contre les populations. Elles visent les civils en les contraignant à évacuer leur habitat pour isoler, démarquer et priver de soutien les combattants qui s’opposent aux forces expéditionnaires, voire perturber et déstabiliser le fonctionnement de sociétés. Après les conflits, elles empêchent la reprise d’une ville normale et la reconstruction. D’autant qu’elles frappent l’avenir, à savoir les enfants qui constituent de trente à quarante pour cent de leurs victimes directes.
Evolutions technologiques et guerres contre les nouveaux barbares devraient donc prolonger la carrière prolifique des ASM et permettre au complexe militaro industriel d’en développer une nouvelle génération, vendue comme une arme qui «sauvera des vies».
Karim Farouk Lakjaa
* Docteur en droit international Diplômé du Centre d’Etudes Diplomatiques et Stratégique de Paris Ancien vice-doyen de
la Faculté de Droit et de Science politique de Reims Animateur du Cercle d’Etude et d’Analyse Juridique Internationale et Stratégique

http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5141159


2-2 Entrée en vigueur de la convention sur les armes à sous-munitions.

La convention interdisant les armes à sous-munitions est entrée en vigueur dimanche et le Comité international de la Croix-Rouge et les ONG qui luttent contre ces armes espèrent qu'elle va forcer les grandes puissances militaires à renoncer à leur utilisation.

La convention sera applicable six mois après la ratification par plus de trente pays du traité conclu en décembre 2008 à Oslo et signé à ce jour par 107 nations.

Le texte interdit l'emploi, la production, le stockage et le transfert de cette catégorie d'armes.

Pour le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, cette convention est une "avancée majeure" pour débarrasser le monde de ces "armes ignobles".

Les bombes à sous-munitions sont larguées par voie aérienne ou tirées par voie terrestre. Le conteneur s'ouvre dans les airs et éjecte les sous-munitions, de la taille d'une balle de tennis, qui se dispersent sur de larges zones.

5 à 40% des sous-munitions n'explosent pas au contact du sol et peuvent rester actives pendant des années durant lesquelles elles peuvent tuer ou blesser des civils, dont des enfants, plus vulnérables car ils sont tentés de les ramasser.

La Coalition contre ces armes estime le stock mondial à plus d'un milliard de bombes. De grandes puissances militaires comme la Chine, la Russie, les Etats-Unis et Israël, qui en possèdent la plus grande partie, ont refusé de signer la convention.

Les Etats-Unis disposeraient de stocks d'armes contenant environ 800 millions de sous-munitions.

22 des 29 Etats membres de l'Otan ont signé le texte, dont le Royaume Uni, l'Allemagne et la France qui possèdent chacun des stocks estimés à 50 millions de sous-munitions.

Le président du CICR, Jakob Kellenberger, a salué l'entrée en vigueur de la convention, qui "va stigmatiser l'utilisation des armes à sous-munitions". "Nous espérons que l'entrée en vigueur (de la Convention) va aussi avoir un effet sur les pratiques des Etats qui n'y ont pas encore adhéré".

Ces armes ont été notamment utilisées durant la guerre du Vietnam, dans les Balkans ainsi qu'au Liban sud en 2006, et continuent de faire des victimes.

Au Laos, 300 personnes en moyenne seraient tuées ou blessées chaque année par des sous-munitions larguées durant la guerre du Vietnam.

L'Afghanistan a signé la convention. Le coordonnateur de la Coalition contre ces armes, Thomas Nash, souligne que la force de l'Otan a décidé depuis 2003 ne pas y employer ces armes.

Publié par NASR

Les échos.fr

http://nasr-moqawama.blogspot.com/search?updated-max=2010-08-01T14%3A11%3A00Z&max-results=7


2-3 Kapetanovic : Armes à sous munitions, « beaucoup de travail reste à faire ».

Des grandes avancées ont été réalisées afin d’interdire les armes à sous-munitions mais il reste encore du chemin à parcourir, ont dit des activistes lors d’une conférence mondiale sur la Convention sur les armes à sous-munitions (CCM) à Santiago, au Chili.
« C’est bien de voir que plus de 100 gouvernements prennent part à la conférence, y compris des non-signataires comme l’Argentine et le Vietnam. Nous avons aussi été très satisfaits de la vivacité du débat », a dit Thomas Nash, coordinateur de la Coalition contre les sous-munitions (CMC), à IRIN.
La CCM, qui « interdit tout usage, stockage, production ou transfert d’armes à sous-munitions », a été adoptée par 107 états le 30 mai 2008 à Dublin, signée le 3 décembre de la même année à Oslo, et deviendra une loi internationale contraignante le 1er août 2010.
La conférence cherchait à mettre en place un plan d’action pour appliquer la Convention, et elle a préparé le terrain pour la première réunion des Etats Signataires au Laos en novembre de cette année.
« Il reste beaucoup de travail à faire – il y a des pays qui n’ont pas encore signé la convention, et beaucoup d’autres qui l’ont signée mais pas ratifiée », a dit Branislav Kapetanovic, un activiste de la CMC, et ancien démineur venant de Serbie qui a perdu ses mains et ses pieds durant un accident de déminage dans l’ancienne Yougoslavie.
Jusqu’ici, 106 états ont signé la convention et 36 l’ont ratifiée. Les signataires qui doivent encore ratifier la convention sont liés par la Convention de Vienne sur le droit des traités afin de s’assurer qu’ils n’agissent pas à l’encontre de l’objet et du but de la convention, bien qu’ils ne soient pas obligés de mettre en œuvre son contenu comme tel, selon M. Nash.
Pourtant, des militants pour les droits humains disent que la nature même des armes à sous-munitions – également connues comme ‘bombes à fragmentation’ – mettent les civils en danger. Ces armes qui frappent au hasard sont larguées dans les airs ou déployées par des systèmes basés au sol distribuant souvent des centaines de petites bombes, ou sous-munitions, qui peuvent couvrir une zone de la taille de plusieurs terrains de football.
De nombreuses petites bombes n’explosent pas – de par leur conception ou par défaut – et deviennent ainsi une menace pour la vie et les moyens de subsistance durant des années après la fin d’un conflit.

Dans certains cas, comme au Liban à la suite de la guerre de 2006 entre Israël et le Liban, le taux de non-explosion atteignait les 40 pour cent, selon les Nations Unies.
Dans une certaine mesure, la réponse mondiale à l’emploi d’armes à sous-munitions au Liban a initié les efforts pour interdire ces armes une bonne fois pour toute.

Les pays dont les habitants souffrent depuis longtemps des armes à sous-munitions incluent l’Angola, le Kosovo, l’Irak et le Laos.
« Un changement est déjà intervenu – de nombreux pays en sont déjà venus à la conclusion que les armes à sous-munitions constituent une arme sans discernement, et les populations comprennent le danger que constituent ces armes », a dit M. Kapetanovic.

 (IRIN)

14 juin 2010 

http://www.irinnews.org/fr/ReportFrench.aspx?ReportId=89478



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" Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19


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