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23/08/2010

n°4 - L’Amérique d’Obama - 22-08 - : Fin - : Barack Obama et les principes démocratiques.

n°4 - L’Amérique d’Obama - 22-08 - : Fin   - :  Barack Obama et  les principes démocratiques.



L’Amérique d’Obama de A à Z

n°4 du 22-08

C.De Broeder & M.Lemaire

 



 " L’Amérique d’Obama de A à Z" est  visible  sur nos blogs : 

a) sur nos blogs : http://www.dhblogs.be/categories/International.html

                             http://www.lalibreblogs.be/categories/International.html

b) sur le site de Eva Resis :  no-war.over-blog.com

c) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

 Si vous voulez nous contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Sommaire :  

8 Immigration

8-1 Loi très controversée en Arizona

8-2 Sans-papiers aux Etats-Unis...

8-3 La menace des "bébés ancres" et des "bébés terroristes"

9 Islam

9-1 Valérie Samson : Musulmans, une communauté sous surveillance.
9-2 Tariq Ramadan : Expériences américaines : sécurité et liberté.

9-3 “Une fatwa au-dessus de votre tête ?” 

10 Vidéo - Livres

10-1 Vidéo : La nouvelle Grande Dépression.

10-2 John Perkins, confessions d'un corrupteur de nations



”Si vous croyez que le monde ressemblera un jour à celui de Big Brother, détrompez-vous…

 Vous êtes en plein dedans !”
“Lorsqu’on ne s’étonne plus du traçage, de la vidéosurveillance ou de la conservation des données, c’est justement le signal qu’on est entré dans un monde Orwellien”.



8 Immigration

8-1 Loi très controversée en Arizona

La loi anti-immigration de l'Arizona, qui banalisait le délit de faciès selon ses détracteurs, a été suspendue par la justice américaine, ce mercredi. Elle suscite une profonde controverse dans le pays.

Vidéo :  http://www.dailymotion.com/video/xe4oo7_immigration-loi-tres-controversee-e_news


8-2 Sans-papiers aux Etats-Unis...

Entretien avec Sébastien Chauvin

Sébastien Chauvin vient de publier Les Agences de la précarité (éditions du seuil). Dans cet ouvrage passionnant, il raconte son enquête parmi les travailleurs journaliers, souvent sans titre de séjour, de l’industrie légère à Chicago.

 Nous l’avons interrogé sur la question des sans-papiers aux États-unis.

Il y a actuellement un mouvement de sans-papiers en France.

 Tu as étudié le travail des migrants et des sans-papiers aux États-Unis. Ces réalités sont-elles comparables?

Sébastien Chauvin - Selon les pays, la condition de sans-papiers peut recouvrir des réalités très différentes. Dans mon travail, j’ai essayé de décrire ce qu’étaient les conditions de vie et de travail des sans-papiers aux États-Unis en insistant en partie sur ces différences. Tout d’abord, aux États-Unis, ils sont très nombreux: entre 11 et 12 millions, représentant 4 % de la population et plus du tiers du total des étrangers. C’est donc largement plus que les taux français. Par ailleurs, la majorité absolue des sans-papiers aux États-Unis sont mexicains1. Le chiffre est relativement fiable car les sans-papiers étant moins illégitimes qu’en France, ils sont plus facilement recensés. Aux États-Unis, un grand nombre de services locaux, que ce soit les banques, les communes, les stations de police, ne se pensent pas comme des agents de l’État fédéral. Par exemple, des banques vont faire des publicités en direction des sans-papiers, souvent en espagnol, en leur disant qu’ils peuvent ouvrir un compte avec simplement leur passeport, donc sans présenter de titre de séjour. J’ai habité avec une famille de sans-papiers qui, grâce à un numéro de sécurité sociale authentique obtenu par le père à une époque où il était entré avec un visa de tourisme, a pu avoir un crédit immobilier. Les contrôles d’identité sont extrêmement rares. Les polices qui font des contrôles d’identité dans la rue ne les réalisent que si elles peuvent détecter une infraction autre que le séjour. Ce n’est que dans certains États, où le sentiment anti-immigrés est très fort, comme l’Arizona, que des services de police ont pris l’initiative de faire des contrôles routiers visant particulièrement les Latinos, en leur demandant leur permis de conduire alors qu’ils n’en n’ont pas. Après avoir constaté cette infraction, ils les arrêtent et vérifient leut statut en matière de séjour auprès des services fédéraux. Mais la plupart des polices aujourd’hui aux États-Unis considèrent que l’infraction à la législation sur l’immigration n’est pas de leur ressort. Ils ne font donc les vérifications que pour les personnes arrêtées pour autre chose. Par ailleurs, les sans-papiers, notamment mexicains, sont assez fortement soutenus par leurs consulats d’origine. Le consulat mexicain a fabriqué un matricule consulaire sécurisé qui est accepté aujourd’hui dans plus de 160 banques et reconnu par près de 1 100 commissariats de police, dans le but de préserver l’ordre public et donc que les victimes n’aient pas peur de collaborer avec la police.

Quelle place occupent les sans-papiers sur le marché du travail ?

Il y a une certaine image, devenue dominante, qui est celle du travailleur journalier de rue, qui vient vendre sa force de travail tous les matins sur des parkings ou des stations-service. En fait, comme dans bien d’autres pays développés, la majorité des sans-papiers occupent des emplois formels dans l’économie légale. Ce qui signifie qu’ils cotisent, et on a même pu calculer que les cotisations versées sur des numéros faux ou erronés représentaient en 2005 la somme de 56 milliards de dollars, soit 1, 5 % de la masse salariale. Les cotisations versées annuellement équivalaient à 10 % du besoin de financement des retraites par répartition aux États-Unis ! Certains secteurs ont un recours très important aux sans-papiers. 7 millions de sans-papiers sont salariés, ils représentent 5, 4 % de la main-d’œuvre. Dans certains États, c’est plus de 70 % de la main-d’œuvre agricole. Mais ils se retrouvent aussi dans le secteur de la construction, et largement dans l’industrie déqualifiée : usines de poulets, de vêtements... Ils ont pénétré plus largement qu’en France le secteur industriel. Ils sont tellement nombreux qu’une partie d’entre eux sont très bien intégrés au tissu économique américain. Bien qu’il y ait des plafonds indépassables, ils peuvent gravir des échelons. 60 % des salariés sans papiers n’ont pas de couverture santé, ce qui veut quand même dire que 40 % d’entre eux en ont une, et ils l’ont comme salariés d’entreprise, en partie comme tout le monde.

De Bush à Obama, y a-t-il un changement dans les politiques migratoires ?

Il y a un arrêt relatif des raids des services de l’immigration dans les entreprises. Maintenant, ils prennent les listings des entreprises et les vérifient à distance puis ils mettent une amende à celles qui auraient embauché des sans-papiers. Mais cela est fait de manière plus massive que les raids de l’ère Bush: les travailleurs sans papiers ne sont pas arrêtés mais licenciés. Autre changement: le gouvernement oblige les entreprises qui ont des contrats avec le gouvernement fédéral à vérifier les papiers de l’ensemble de leur main-d’œuvre, à l’aide d’un système informatisé. Cela ne veut pas dire que les sans-papiers ne trouvent plus à se faire embaucher, mais cela segmente le marché de l’emploi: le secteur périphérique, loin des entreprises contractant avec l’État fédéral, est le domaine privilégié des sans-papiers. Le gouvernement mène des opérations contre les camionnettes qui servent à les transporter une fois qu’ils ont passé la frontière. Une des réformes récentes les plus controversées est la loi votée, en avril en Arizona, qui donne non plus seulement le droit, mais l’obligation pour les polices locales de vérifier les papiers de tout individu pour lequel il y aurait «un soupçon raisonnable qu’il est non autorisé sur le territoire américain». Ce ne serait pas juste une tolérance informelle du contrôle au faciès, comme en Europe, mais une obligation. Les citoyens ont la possibilité de traîner la police en justice si elle ne respecte pas cette obligation. Face à cela, s’organise, de la part de citoyens mais aussi de villes entières, un boycott de l’Arizona et de ses produits. Par exemple les villes de Los Angeles et San Francisco ont décidé de s’interdire de traiter avec toute entreprise basée dans l’Arizona. Des artistes se mobilisent et annulent leurs concerts en Arizona.

Géographiquement, est-ce que les sans-papiers, les migrants concernent l’ensemble du territoire ou est-ce que c’est limité à certains États?

Historiquement ils ont d’abord été présents dans le Sud des États-Unis. Mais il y a aussi une immigration en chaîne des Mexicains dans le Midwest, ce qui explique qu’il y a beaucoup de Mexicains sans papiers à Chicago, dans le nord du pays. Pendant longtemps, les sans-papiers étaient concentrés dans les quartiers de centre-ville, et maintenant ils s’installent parfois directement dans les banlieues moyennes voire dans des petites villes de milieux ruraux. Le passage par la grande ville n’est plus une étape systématique.

Existe-t-il des formes d’organisation des sans-papiers?

Il y a peu d’organisations fondées sur le seul fait d’être sans-papiers. Par contre, comme ils sont très intégrés, ils sont dans des syndicats, des communautés religieuses, des associations, des amicales basées sur leur région d’origine, des groupes de pression fondés sur l’ethnicité, avec des gens qui ont des papiers. Des luttes syndicales ou parasyndicales se développent en intégrant des sans-papiers, même si elles se heurtent parfois à leur irrégularité, alors que les luttes se déroulant dans les entreprises n’incluent pas pour l’instant l’objectif de la régularisation. À côté, il s’est aussi développé des luttes en rapport avec le droit au séjour. En 2008, l’administration Bush avait essayé d’envoyer à l’ensemble des employeurs américains des millions de lettres leur déclarant que le numéro de sécurité sociale sur lequel travaillait tel ou tel salarié était faux, de manière à les poursuivre si dans les 90 jours, ils n’avaient pas corrigé le numéro ou licencié le salarié. Cette mesure a été attaquée en justice par une coalition formée par les principaux syndicats, les grandes organisations de défense des droits civiques, et le principal syndicat patronal. Et elle n’a finalement pas été appliquée.

Tous ces mouvements amènent-ils à des régularisations importantes de sans-papiers ou à maintenir le statu quo?

Ce qui a lancé les grandes manifestations de 2006 aux États-Unis qui ont regroupé des millions de personnes dans la rue, c’était le vote d’une loi très répressive par la Chambre des représentants, qui allait criminaliser les gens qui aidaient les sans-papiers. Les manifestations réclamaient également la régularisation des sans-papiers aux États-Unis. À l’issue de ces marches, ils ont obtenu l’abandon de cette loi, mais les rapports de forces au Congrès étaient tels qu’ils n’ont pas obtenu une loi de régularisation. Dans l’ensemble, il y a très peu de régularisations. On est donc dans un mélange avec peu de régularisations, mais un régime d’illégalité plus doux que ce que l’on connaît en France, État extrêmement répressif en ce domaine. Il y a la construction durable d’une sous-citoyenneté mais, pour la majorité des travailleurs sans papiers (ainsi que pour leurs employeurs), elle n’est pas invivable au quotidien. Ce n’est pas tant que les employeurs ont intérêt à les maintenir dans l’illégalité, c’est plutôt qu’il n’y a pas une coalition suffisante de groupes ayant un intérêt absolu à leur légalisation. De toute manière, une régularisation massive se produira dans les toutes prochaines années, même si elle sera nécessairement insuffisante.

Comment se structure le champ politique états-unien sur cette question ?

Clairement, les démocrates sont davantage favorables à une régularisation d’ensemble des sans-papiers et les républicains défavorables. Mais une minorité de républicains sont favorables à une régularisation; Bush était pour une régularisation massive. Il y a une majorité de républicains qui bloquent, et ceux-là se sont radicalisés. Mais le mythe national américain se fonde sur la figure de l’immigré. Il est donc difficile de construire durablement un racisme hostile aux immigrés.

mercredi 4 août 2010

Propos recueillis par Nicolas Pantin et Pierre Baton

http://www.npa2009.org/content/sans-papiers-aux-etats-unisentretien-avec-sebastien-chauvin


8-3 La menace des "bébés ancres" et des "bébés terroristes"

Un nouveau danger menace les États-Unis, à en croire certains Républicains, et les médias qui reprennent leurs arguments avec ardeur: les bébés nés sur le sol américain de parents illégaux, ou même de parents terroristes. En vertu du 14ème amendement de la Constitution, ces nouveaux-nés maintenant appelés «bébés ancres» ou «bébés terroristes» obtiennent automatiquement la citoyenneté américaine. L’idée du «bébé ancre», telle que définie par plusieurs élus républicains, est que des clandestins accouchent exprès aux États-Unis pour que leurs enfants bénéficient de la nationalité américaine ou pour qu'ils les aident à régulariser leur statut. Le sénateur Lindsey Graham, sur qui l’administration Obama comptait pour réformer le droit de l’immigration (la Maison Blanche a depuis déchanté) a ainsi résumé la manœuvre : «Les gens viennent ici pour avoir un enfant. Ça s’appelle le "dépose et va-t-en"». Pour avoir un enfant aux États-Unis, ils traversent la frontière, ils vont aux urgences, accouchent et ainsi l’enfant est automatiquement citoyen américain. Cela ne devrait pas être le cas. Cela attire des gens ici pour de mauvaises raisons». Face à cette menace, le sénateur Graham et d’autres républicains sont prêts à toucher au plus sacré, et demandent une réforme du 14ème amendement de la Constitution.

Même au sein du parti républicain, tout le monde n'est pas prêt à aller jusque-là. Sachant qu’une réforme a peu de chances d’aboutir (tous les ans, des lois sont introduites au Congrès pour empêcher que les enfants de clandestins obtiennent la citoyenneté américaine, mais sans aboutir, rappelle ici l’Immigration Policy Center), beaucoup de républicains craignent que ce débat ait surtout pour effet de leur aliéner durablement l’électorat latino. Mais plusieurs pontes du parti, y compris John McCain, Mitch McConnell ou Jon Kyl, se sont prononcés en faveur d’auditions au Congrès sur la pertinence de ce 14ème amendement.

Combien y-a-t-il d'ailleurs de ces «bébés ancres»? Pour tenter de verser au débat un peu de rationalité, le Pew Hispanic Center a publié ce mercredi une étude sur le sujet.

Sur 4,3 millions de naissances en 2008, 340 000 bébés avaient des parents illégaux, estime le Pew. Les clandestins représentent un peu plus de 4% de la population américaine, mais 8% des accouchements (car ils sont tendanciellement plus jeunes et avec des taux de natalité plus élevés que la moyenne américaine).

Peu importe d’ailleurs: si les «bébés ancres» ne suffisent pas à effrayer les Américains, les républicains ont aussi en réserve dans leurs manches les «bébés terroristes». En juin dernier déjà, le représentant du Texas Louie Gohmert a mis en garde la Chambre, disant tenir ses informations d’un agent du FBI en retraite: des terroristes auraient un plan pour «envoyer des jeunes femmes accoucher aux Etats-Unis» puis rentrer dans leurs pays pour “couver” ces petits citoyens américains et «en faire de futurs terroristes». «Et un beau jour, d’ici 20 ou 30 ans, ils pourront être envoyés pour détruire notre mode de vie», poursuit Louie Gohmert. Sa collègue texane Debbie Riddle a repris l’argument, citant elle aussi pour source «d’anciens agents du FBI». Sur CNN mardi soir, le toujours vaillant Anderson Cooper a tenté d’en savoir plus sur ces mystérieux informateurs. «Et bien, pour le moment, je n’ai pas la preuve tangible, là devant moi», a dû reconnaître l'élue texane. Qui n’en démord pas moins: «Nous avons là de sérieuses menaces actuelles que le gouvernement semble ignorer». Ci-dessous, l’échange avec le beau justicier de CNN.

12/08/2010

http://washington.blogs.liberation.fr/great_america/



9 Islam

9-1 Valérie Samson : Musulmans, une communauté sous surveillance.
Premier opus d’une enquête sur l’après 11 Septembre 

Dans la «capitale Arabe de l’Amérique» : Dearborn. 

Demandez autour de vous, demandez à n’importe qui dans le monde : chacun se souvient exactement ce qu’il faisait le 11 septembre 2001, quand deux avions ont frappé les tours du World Trade Center. Et le 12 septembre ? À Dearborn, petite ville du Michigan qui abrite l’une des plus importantes communautés arabo-musulmanes (1) des États-Unis, on a gardé la mémoire des jours qui suivirent avec la même acuité, comme l’aube d’une époque où plus rien ne serait comme avant. 

L’imam Steve Mustapha Elturk se remémore sa fille, à qui «une femme a demandé de retirer son hijab ou de retourner dans son pays… alors qu’elle est née ici», sa salle de prière, «dont les vitres ont été brisées», et contre laquelle «des œufs ont été jetés». «J’ai dû appeler la police pour demander leur protection», se souvient-il. «La communauté a été considérablement affectée, résume-t-il. D’emblée, on nous a montrés du doigt.» 

Dawud Walid, président du CAIR-Michigan (Council on American- Islamic Relations), estime que depuis 2001, les violences et les discriminations contre les Arabes Américains sont en augmentation constante de 75% par an dans l'État. Il cite «les actes de vandalisme contre les voitures, les maisons, les railleries contre les femmes portant le hijab, les discriminations à l’embauche…» 

À Dearborn, on estime toutefois que le pire a été évité. Chacun ici se souvient qu’au plus fort de la poussée de fièvre islamophobe qui s’est emparée d’une partie du pays, deux sikhs furent tués par des extrémistes. Comme pour souligner l’épaisseur des préjugés qui circulaient alors, les assassins s’étaient apparemment dit que des barbus enturbannés ne pouvaient être que musulmans…  

Ici, pas de mosquée incendiée non plus, comme cela a pu se produire ailleurs dans le pays. Sally Howell, co-auteure d’un livre sur le sujet (2), rappelle que l’attitude ferme des autorités locales y fut pour beaucoup. «Dès le 11 Septembre, souligne-t-elle, le sheriff du comté s’est assuré que chaque mosquée était protégée. Chaque maire, chaque officiel, est venu réaffirmer publiquement que les musulmans étaient des membres à part entière de la communauté, et que rien ne leur serait fait.» 

Pourtant, quelque chose a bien changé. «Depuis le 11 Septembre, explique Andrew Shryock, spécialiste de l’Islam, chaque musulman se doit constamment d’apporter la preuve, encore et encore, qu’il est un bon citoyen américain.» Et comment apporte-t-on la preuve qu’on est un bon citoyen américain ? En portant haut et fier les couleurs du pays. 

«Le 12 septembre 2001, les rues et les maisons de Dearborn étaient pavoisées de drapeaux américains. On se serait cru un 4 juillet !, se remémore Andrew Shryock, qui poursuit : D’autres se faisaient tatouer la bannière étoilée sur le corps… Si une jeune fille portant le hijab dans un stade le jour du Super Bowl se mettait à chanter l’hymne national, ça aussi c’était bien vu… On a également vu de nombreuses campagnes de recrutement pour l’armée dans les voisinages musulmans.»  

Surtout, la communauté musulmane est dorénavant, plus que jamais, dans le collimateur des services secrets. Si la CIA a lancé plusieurs campagnes publicitaires très ciblées à la télévision et recrute à Dearborn de façon ouverte depuis plusieurs années pour le besoin de ses opérations à l’extérieur, le FBI, lui, opère dans l’ombre. 

Dawud Walid tient à mettre les choses en perspective : «Bien sûr que le FBI infiltre nos mosquées. Ces pratiques ne sont pas nouvelles. Des leaders politiques et religieux comme Martin Luther King ou Malcom X, à leur époque, étaient constamment espionnés… Nous n’avons aucun problème avec le fait que des gens nous surveillent.» 

Cette attitude de défi est très répandue parmi les Imams et les leaders spirituels de la communauté. À Dearborn, nombre de mosquées ont réagi à ce regain d’intérêt à leur endroit en jouant le jeu de l’hyper-transparence. Sally Howell explique par exemple que «de nombreux lieux de prières se sont équipés de caméras», et que «les sermons y sont systématiquement enregistrés», afin de pouvoir apporter la preuve, le cas échéant, de leur «bonne foi». 

 

L'Islamic Center of America illustre parfaitement cette volonté de transparence et d’ouverture. Sa mosquée, l’une des plus grandes d’Amérique du Nord, s’est dotée d’un chargé de relations publiques, poste qu’occupe Eide A. Alawan depuis quatre ans et demi à titre bénévole. 

«Depuis le 11 Septembre, explique ce dernier, mi peiné, mi amusé, nous avons chaque jour des gens qui viennent nous demander si l’Islam est une organisation terroriste... et pourquoi est-ce que les musulmans tuent d’autres gens... et que veut dire le mot "Jihad"»… Avec des trésors de diplomatie, Eide s’emploie donc à répondre à ces questions. La mosquée organise également des expositions pour expliquer ce qu’est l’Islam, publie livres, DVD et brochures, a ouvert un site Web, et tient à garder ses portes constamment ouvertes à tous les curieux. 

«Est-ce que nous sommes surveillés ?» fait mine de s’interroger Eide A. Alawan. «Oui.» «Est-ce que ça me dérange ? – Non. Nous n’avons rien à cacher.» Il va plus loin «Si demain j’avais la conviction que mon propre frère veut intenter à la sécurité du pays, je n’hésiterais pas à le dénoncer aux autorités. Parce que dans ce pays, explique cet homme dont les ancêtres se sont installés en 1910, nous avons des droits, y compris religieux, qu’on ne nous donnerait pas dans nos pays d’origine.» 

À suivre… 

(1) D’emblée, une précision s’impose : beaucoup d’Arabes à Dearborn ne sont pas musulmans, et vice-versa. Cette communauté est d’une grande diversité : chrétiens (chaldéens, coptes, maronites), musulmans d’Orient et de la Péninsule Arabique (Turcs, Libanais, Syriens, Palestiniens, Yéménites), d’Asie (Indiens, Pakistanais, Bangladais), d’Europe (Polonais, Albanais, Bosniaques), d’Afrique, et Afro-Américains. 

(2) Citizenship and Crisis: Arab Detroit after 9/11, avec Wayne Baker, Amaney Jamal, Ann Lin, Andrew Shryock, Ron Stockton, and Mark Tessler. Russell Sage Foundation Press, 2009.

Valérie Samson 

3 août

http://blog.lefigaro.fr/transamerica/2010/08/musulmans-une-communaute-sous-surveillance.html


9-2 Tariq Ramadan : Expériences américaines : sécurité et liberté.

Avant une première visite en avril, quelques réflexions autour de la situation aux Etats-Unis et les conditions d’un meilleur avenir.

On a beau dire et répéter que l’islam est désormais une religion occidentale, tout semble montrer que cette réalité n’est pas encore intégrée dans l’esprit de beaucoup de citoyens, d’intellectuels et de politiques. Pourtant les faits sont là et les chiffres sont sans appel : au-delà des perceptions négatives, des millions de musulmans, américains et européens, montrent tous les jours qu’ils sont des citoyens ordinaires. Ils ont acquis les trois « l » qui sont la condition d’une appartenance réelle à la société[1] : ils respectent la loi du pays où ils vivent, ils en parlent la langue comme leurs concitoyens et ils sont loyaux en participant et contribuant positivement au bien être de leur société.
La loyauté est une notion complexe car elle repose autant sur une conviction que sur un sentiment qui nait de la relation que l’on a à soi et à son environnement. Le phénomène va dans les deux sens : je dois me sentir bien avec moi-même et mon environnement, vouloir le bien pour ma société et pouvoir m’exprimer librement et même de façon critique. Dans le même temps, ma société doit avoir confiance en elle-même et en moi et ne pas douter de ma loyauté dans le cas où j’énoncerais des critiques de nature politique ou idéologique à l’endroit de la politique de mon gouvernement par exemple. La vraie loyauté du citoyen est toujours critique et c’est dans la mesure où cette critique n’est pas suspecte ni suspectée que se développe un réel sentiment d’appartenance. Malheureusement la loyauté des Occidentaux musulmans est souvent suspectée aujourd’hui et plus particulièrement après les attentats du 11 septembre 2001.
Je l’ai personnellement vécu dans mon expérience avec les autorités américaines et notamment l’administration Bush. Quand j’avais été invité en 2003 au Département d’Etat américain, j’avais été présenté comme un musulman occidental « modéré » qui condamnait le terrorisme et les attentats contre les civils. Plus tard, mes sévères critiques contre l’invasion en Afghanistan et en Irak de même que le soutien unilatéral à Israël, ont soudain remis en question ma « loyauté » aux « valeurs occidentales » et je me suis vu interdit l’entrée aux Etats-Unis au nom du Patriot Act et de la sécurité nationale. Cette situation a duré pendant près de six ans et récemment Mme Hillary Clinton a fait savoir que les causes qui avaient justifié mon interdiction d’entrée n’étaient plus valables.

Les enseignements de cette expérience sont essentiels et multiples. Si la condamnation de l’extrémisme violent et l’impératif de la sécurité ne sont pas négociables, il importe de ne pas, au nom de cette dernière, en oublier nos valeurs et créer des divisions dangereuses pour l’avenir de nos sociétés. Au nom de la sécurité et des intérêts de la nation, on a vu des décisions politiques très graves être avalisées et normalisées. Outre des traitements discriminatoires aux frontières, et parfois tout à fait aléatoires et injustifiés, selon l’origine et la religion des visiteurs ou des immigrés, on a vu apparaître aux Etats-Unis et en Europe des zones de non droit tout à fait inquiétants. On sait ce qu’il en est de Guantanamo et des extraditions extraordinaires (extraordinary renditions) : des individus sont arrêtés, enlevés, enfermés et torturés dans l’ombre de véritables trous noirs juridiques. Instituer la torture au nom de la sécurité, ce n’est pas la sécurité que l’on gagne mais son âme que l’on perd. Ce n’est pas acceptable.
En-deçà de ces situations extrêmes, on a vu s’établir d’autres politiques qui nous rappellent des périodes sombres de l’histoire américaine quand il s’agissait de faire taire les voix « gauchistes » critiques et discordantes. Tout se passe comme si on attendait des musulmans qu’ils prouvent leur loyauté en exprimant une loyauté aveugle au gouvernement de leur pays. Il s’est établi insensiblement une sorte de police informelle des consciences musulmanes qui établit qui est « modéré » et qui est « dangereux ». On parle de démocratie et de liberté d’expression mais, au nom de la sécurité légitime du pays, on estime normal que certains aient moins le droit d’exprimer leurs critiques. Ces dernières seraient d’ailleurs la preuve que « ces musulmans ne sont pas vraiment des nôtres ». Or il s’agit exactement du contraire car un Américain musulman qui critique non violemment et constructivement la politique de son gouvernement envoie deux messages à ces concitoyens : je me sens en confiance, je me sens chez moi, et c’est au nom de mon appartenance que j’apporte la contribution de ma critique au débat démocratique. Instaurer la méfiance, bannir des intellectuels (musulmans ou autres), faire taire les voix critiques, empêcher les débats d’idées est l’expression d’une démocratie qui a peur et qui doute d’elle-même. Cette insécurité profonde ne sera pas dépassée par des mesures de stigmatisation, voire de rejet, vis-à-vis des musulmans car ces mesures accroitront à terme les cloisonnements religieux, culturels et sociaux et donc augmenteront d’autant l’insécurité. La force de nos démocraties se mesure à leur fidélité à leurs valeurs déclarées (dignité, droits et égalité des hommes) de même qu’à leur capacité à protéger et à écouter la parole libre et critique. Le débat d’idées, critique et ouvert, est le seul à garantir la sécurité et ses acteurs sont les plus loyaux des citoyens puisqu’ils savent exprimer leur opinions, voire leurs désaccords, sans remettre (ou voir remettre) en cause leur appartenance. 
[1] J’analyse ces trois « l » dans mon dernier ouvrage : Mon intime conviction, Presses du Châtelet, Paris, 2009

Tariq Ramadan

18 Mars 2010

http://www.tariqramadan.com/spip.php?article11059


9-3 “Une fatwa au-dessus de votre tête ?” 

Terrain glissant

RefugeFromIslam.com propose d’aider les musulmans désireux d’abandonner leur religion.

Une campagne de publicité a été lancée – à coups de slogans douteux, selon un journaliste du New York Times.

Elle n’est pas vraiment omniprésente : seuls 40 bus municipaux sillonnent la ville, recouverts d’une publicité inhabituelle et, soyons francs, d’un goût douteux. “Une fatwa au-dessus de votre tête ?” interpelle l’annonce. Le message s’adresse aux musulmans désireux de se convertir à une autre religion ou d’abandonner leur foi. “Vous subissez des menaces de la part de votre famille ou de votre communauté ?” Cette campagne renvoie à un site Internet, RefugeFromIslam.com, qui se propose d’aider les musulmans new-yorkais dont la vie serait mise en péril par leur désir de conversion. On trouve également sur le site des liens vers d’autres services aux objectifs anti-islamiques divers. Par exemple, “Musulmans contre la charia”, cherche à “informer les musulmans sur les dangers des textes religieux islamiques et sur la nécessité de réformer l’islam”.
Cette publicité est l’œuvre d’une blogueuse conservatrice de 51 ans : Pamela Geller dirige Stop the Islamization of America (SIOA), une association qui s’est donné pour mission d’exposer la nature prétendument rétrograde et répressive de cette religion. “Il faut faire de la pub à destination des personnes qui veulent quitter l’islam, assure-t-elle. Elles sont en danger de mort.”
Qu’en est-il vraiment ? Il ne fait aucun doute que, dans certains pays musulmans, l’apostasie est un crime passible de mort. Peut-être que, dans la communauté musulmane américaine et dans la plus grande discrétion, des menaces de ce genre sont proférées. Mais ce qui est également certain, c’est que les divers sites de Mme Geller n’en fournissent aucune preuve malgré toute la peine qu’elle se donne. Le site mentionné par la publicité placardée sur les autobus parle vaguement d’un “crime d’honneur” qui a eu lieu il y a vingt ans, en Arizona. Il évoque également un fait divers de 2007, concernant un musulman du quartier de Queens, à New York, qui avait tué sa femme à coups de couteau. Rien n’indique que le mobile en était l’abjuration de sa foi par la victime.
Ici, à New York, un projet soutenu par une association musulmane locale, la
Cordoba Initiative, s’est heurté à une virulente opposition. Il s’agissait de convertir une usine désaffectée située à deux rues du site du World Trade Center en un centre communautaire de 13 étages. La Cordoba House – ou “Maison de Cordoue” – devait comprendre une mosquée et un mémorial aux victimes de l’attentat du 11 septembre [2001]. Cela n’étonnera guère de découvrir que Pamela Geller figurait parmi les organisateurs de la manifestation du 6 juin dernier contre ce que ceux-ci appelaient la mégamosquée de Ground Zero. Invitée de l’émission Huckabee de la chaîne de télévision conservatrice Fox News, Mme Geller a soutenu qu’“une mosquée représente l’idéologie même qui a inspiré les attentats du 11 septembre”. C’est pourquoi Cordoba House est “un scandale, une insulte, une humiliation pour tous les Américains”. L’animateur, Mike Huckabee, avait reçu une déclaration écrite de l’American Society for Muslim Advancement qui soutenait que la Cordoba House constituerait précisément un moyen de remédier au fait que les musulmans modérés donnaient l’impression de ne pas condamner l’extrémisme. Ce serait un endroit où les Américains musulmans pourraient non seulement pratiquer librement leur religion, mais également “se dresser aux côtés de [leurs] compatriotes contre l’extrémisme et la violence”.
En réponse, Mme Geller a rappelé aux téléspectateurs de Fox News que les attentats du 11 septembre visaient deux des plus importants symboles de l’Amérique et que la récente tentative avortée d’un terroriste américain d’origine pakistanaise pour faire exploser une bombe à Times Square était dirigée contre un autre. Elle n’a pas tort sur ce point et c’est pourquoi nous parlons ici d’un cercle vicieux. Si d’autres actes de terrorisme sont commis par des musulmans sur le territoire américain, on verra d’autres Américains payer pour faire de la publicité sur les autobus ou engager d’autres initiatives. Ils exprimeront de cette manière leur colère contre l’islam lui-même, mais aussi contre les musulmans des Etats-Unis, et propageront l’idée que l’Amérique est – ou devrait être – l’ennemie de cette religion. Ils feront ainsi le jeu des djihadistes. Car plus nous faisons de tous les musulmans nos ennemis, plus de musulmans ennemis nous aurons.

06.07.

http://www.courrierinternational.com/article/2010/07/06/terrain-glissant



10 Vidéo - Livres

10-1 Vidéo : La nouvelle Grande Dépression.

30 000 Américains se bousculent pour un logement 

Les Américains sont choqués par des images qui leur rappellent que la crise économique n'est pas terminée au pays de l'oncle Sam.

Pas moins de 30 000 personnes se sont précipitées mercredi dernier dans le parking d'un centre commercial en banlieue d'Atlanta pour tenter d'obtenir l'un des... 455 formulaires de candidature à une aide publique au logement.

Les autorités n'avaient pas prévu que la distribution de cette aide susciterait un tel engouement et ont rapidement été débordées. Les fonctionnaires ont dû distribuer les formulaires sous la protection des policiers qui avaient visiblement du mal à contenir la foule. Victime de la chaleur ou de la bousculade, une soixantaine de personnes ont dû recevoir des soins médicaux.

Sur la chaîne d'information MSNBC, l'animateur de talk-Show Ed Schultz a comparé ces images à celles de la crise de 1929 et à la Grande Dépression, note le site Rue89.fr.

Cyberpresse

VIDEO http://www.msnbc.msn.com/id/3032619//vp/38666548#38666548

Plus d'informations sur :

http://www.cyberpresse.ca/actualites/ailleurs-sur-le-web/201008/13/01-4306354-30-000-americains-se-bousculent-pour-un-logement.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B2_ailleurs-sur-le-web_33084_accueil_POS1

http://www.msnbc.msn.com/id/3032619//vp/38666548#38666548


10-2 John Perkins, confessions d'un corrupteur de nations

Confessions d’un assassin financier.

Nb Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information.

Retour sur un ouvrage paru en 2005 mais d’une actualité saisissante, où l’auteur John Perkins, ex-"assassin financier" employé par la très secrète NSA (National Security Agency) décrit les mécanismes mis en place par les Etats-Unis pour affaiblir voire asservir des États au travers de pots-de-vin, de corruption et aussi de prêts énormes que les États "cible" sont ensuite incapables de rembourser.

Le lien avec le 11 Septembre ?

John Perkins explique dans son livre que les attaques terroristes sont le résultat de ces opérations et de la haine qu’elles ont suscitée dans le monde, une analyse sans doute partielle, mais qui n’enlève rien aux révélations sur ces pratiques impériales.

Faut-il étendre la liste des victimes et y inclure la Grèce, et bientôt d’autre pays de la zone Euro ?

GeantVert

juin 15, 2010

Vidéo : http://www.dailymotion.com/video/xa636d_john-perkins-confessions-d-un-corru_news?start=2#from=embed



Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

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