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24/08/2010

n° 5 - L’Amérique d’Obama de a à z - 23-08 - : Suite -: - Est-ce-que Washington planifie un holocauste nucléaire?

n° 5 - L’Amérique d’Obama de a à z - 23-08 - : Suite -: - Est-ce-que Washington planifie un holocauste nucléaire?



L’Amérique d’Obama

n°5 du 23-08

C.De Broeder & M.Lemaire



 " L’Amérique d’Obama de A à Z" est  visible  sur nos blogs : 

a) sur nos blogs : http://www.dhblogs.be/categories/International.html

                             http://www.lalibreblogs.be/categories/International.html

b) sur le site de Eva Resis :  no-war.over-blog.com

c) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

 Si vous voulez nous contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Sommaire :  

3 Orwell ou le ‘Big Brothers’

3-1 William M. ARKIN, Dana PRIEST: Top Secret America : Le voisinage des Services Secrets. 

3-2 L'armée US renvoie d'Afghanistan ses véhicules de contrôle des foules.

3-3 Thierry Meyssan : Révélations: La Mare (1942-1955), un service secret privé financé par Washington.

3-4 Jean-Claude Paye : Répression politique : L’espace aérien sous contrôle impérial.



Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information.



”Si vous croyez que le monde ressemblera un jour à celui de Big Brother, détrompez-vous…

 Vous êtes en plein dedans !”
“Lorsqu’on ne s’étonne plus du traçage, de la vidéosurveillance ou de la conservation des données, c’est justement le signal qu’on est entré dans un monde Orwellien”.




3 Orwell ou le ‘Big Brothers’

3-2 William M. ARKIN, Dana PRIEST: Top Secret America : Le voisinage des Services Secrets. 

La communauté du renseignement poursuit ses activités dans les banlieues de la nation. Si son travail est invisible, son impact se fait réellement ressentir.

ReOpen911 : La National Security Agency (NSA) est l’organisme spécialiste par excellence de la cryptologie – le chiffrement et le déchiffrement des données.

Son impressionnant réseau de stations d’écoute et de satellites intercepte et analyse les communications (les émissions radio, la TV, les satellites, le téléphone, les réseaux sans fils, la messagerie électronique) du monde entier au prétexte de prévenir toutes sortes d’agressions. Elle s’est dotée de systèmes informatiques de reconnaissance vocale et d’ordinateurs comme le "CRAY" dernière génération. Ces machines des plus puissantes au monde, seraient donc capables de déchiffrer les moindres données.

Bien que le complexe de Fort Mead, l’un des sites de la NSA, occupe déjà l’équivalent de la superficie du Pentagone, il rogne un peu plus chaque année sur les terres agricoles. 38 000 employés y travaillent régulièrement. 10 000 autres devraient venir renforcer l’effectif d’ici 15 ans. Dans quel but ? Pallier à la hausse du chômage ? Curieusement, les habitants de la région ne semblent rien voir de tout cela, comme si ce monde à part, cette superpuissance autoproclamée dans leur voisinage immédiat n’existait pas. Pourtant une gêne ambiante, sourde, pèse sur les habitants.

Le Washington Post, dans cet article tiré de son dossier Top Secret America que nous avons récemment abordé, nous invite à faire le tour du propriétaire de la NSA et ses environs à Fort Meade, Maryland.

L’entrepôt de brique n’est pas que cela. Franchissez la porte et là, caché un peu plus loin, on découvre un détail sur le personnel de la sécurité : une flotte de véhicules utilitaires sportifs noirs, blindés pour résister aux tirs et aux explosions.

Sur le terre-plein central le long de la rue principale, les panneaux ne sont pas des publicités pour des maisons à vendre ; ils invitent les employés ayant l’accréditation top-secret sécurité à un salon d’embauche au Café Joe, qui est tout sauf un lieu normal de restauration.

Le nouvel immeuble de bureaux couleur bronze est réellement une sorte d’hôtel où les entreprises peuvent louer des chambres protégées des écoutes.

Même la plaque d’égout entre deux bâtiments de faible hauteur n’est pas que cela. Entourée de béton cylindrique, il s’agit du point d’accès à un câble du gouvernement. "TS / SCI", chuchote un fonctionnaire, soit les abréviations pour "top secret" et "information sensible compartimentée » – ce qui signifie que peu de gens ont le droit de connaitre les informations qui transitent par le câble.

Tous ces lieux existent hors de Washington, ce qui équivaut à une géographie alternative des États-Unis, celle que dessinent la concentration des organisations gouvernementales top-secret et les entreprises qui travaillent pour elles. Ce faisceau de Fort Meade est le plus important parmi la douzaine de groupes (de ce genre) à travers les États-Unis, les centres nerveux du Top Secret America aux 854.000 employés.

D’autres (groupes) se situent à Dulles-Chantilly, Denver-Aurora et Tampa. Ils correspondent tous à la version des villes traditionnelles sous antenne militaire : ils dépendent financièrement du budget fédéral et sont culturellement définis par leur tâche exceptionnelle.

La différence, bien sûr, c’est que l’armée ne relève pas de la culture du secret. Dans les groupes du Top Secret America, une carte à puce numérique liée au cordon tour de cou de la société, est souvent le seul indice du lieu de travail. Le travail n’est pas discuté. Pas plus que les interventions. Les débats sur le rôle de l’Intelligence dans la protection du pays se produit uniquement lorsque quelque chose se passe mal et que le gouvernement enquête, ou lorsqu’une information classifiée est divulguée sans autorisation et qu’elle se transforme en nouvelles.

L’existence de ces groupements est si peu connue, que la plupart des gens n’en prennent pas conscience lorsqu’ils approchent de l’épicentre de Fort Meade ; même lorsque le GPS sur le tableau de bord de leur voiture se met soudain à donner des instructions erronées, piégeant les conducteurs dans une série de demi-tours, parce que le gouvernement trouble les signaux dans les proches environs.

Lorsque cela se produit, c’est que le point zéro – La National Security Agency- est proche. Mais, difficile de dire où. Les arbres, les murs et le paysage vallonné occultent la présence de la NSA de la plus part des points de vue ; les barrières en béton, les postes de garde fortifiés et les panneaux d’avertissement arrêtent ceux qui n’ont pas l’autorisation d’entrer sur les terres de la plus grande agence de renseignement des États-Unis.

De nombreux Américains ne se rendent pas compte que le travail top-secret pourrait s’exercer dans leur voisinage.

Par delà les obstacles se trouvent de gigantesques immeubles imposants, rangées après rangées. Derrière les vitres opaques résistant aux explosions, 30 000 personnes environ, lisent écoutent et analysent pour la plupart le flot continuel de conversations interceptées, vingt quatre heures par jour, sept jours par semaine.

De la route, il est impossible de définir l’étendue de la NSA, même si ses bâtiments occupent une surface de 6,3 millions de pieds carrés – environ la taille du Pentagone – et si elles sont entourés de 453.247 m2 de places de stationnement. Aussi massive qu’elle puisse paraître, des documents indiquent que la NSA est destinée à s’étendre avec l’intégration de 10.000 employés de plus au cours des 15 prochaines années et 2 milliards de dollars pour financer la première phase d’expansion, soit une augmentation globale d’envergure qui portera l’espace immobilier du groupement de Fort Meade à près de 14 millions de pieds carrés.

Le siège de la NSA se trouve sur la base militaire de Fort Meade qui accueille 80 locataires du gouvernement, dont plusieurs grandes organisations du renseignement.

Chaque année, celles -ci injectent 10 milliards de dollars dans les salaires et les contrats dans l’économie de la région – un chiffre qui permet d’expliquer le reste de Fort Meade, qui s’étend sur plus de 16.000 m dans toutes les directions.

Les entreprises qui prospèrent hors de l’agence et à proximité des autres organismes du renseignement se situent juste au-delà du périmètre de la NSA.

Dans certaines parties du groupe, elles occupent des quartiers entiers. Dans d’autres, elles forment des parcs d’affaires sur plus d’un kilomètre. Un chemin privé, contrôlé par des panneaux d’interdiction aux "avertissements" en jaune, les relie au campus de la NSA.

L’un des plus grands parcs est le National Business Park – de larges tours de verres angulaires se répartissent, dissimulés, par blocks sur 1 153 354 m2. Les occupants de ces bâtiments sont des sous-traitants. Ailleurs, là où ils sont mieux connus du public, ils minimisent volontairement leur présence. Mais dans le National Business Parc, un lieu où seuls d’autres entrepreneurs auraient une raison de se rendre, les enseignes de leurs bureaux sont énormes. Elles brillent dans la nuit de rouge vif, de jaune et de bleu : Booz Allen Hamilton, L-3 Communications, CSC, Northrop Grumman, General Dynamics, SAIC. Le groupe de Fort Meade représente plus de 250 entreprises – soit 13 % de toutes les entreprises Top Secret America. Certaines ont plusieurs bureaux, : Northrop Grumman en possède 9, SAIC en a 11. Les entreprises effectuent un travail top-secret dans les 681 sites du groupe Fort Meade.

Sur les sites, les employés doivent se soumettre à des règles strictes, envahissantes. Ils passent régulièrement par le détecteur de mensonge, signent des formulaires de non-divulgation, remplissent de longs rapports après un voyage à l’étranger. Ils sont entrainés pour gérer les voisins fouineurs et les amis curieux. Certains sont formés pour endosser de fausses identités.

S’ils boivent trop, empruntent trop d’argent ou sympathisent avec des citoyens de certains pays, ils peuvent perdre leur accréditation secret, celle-ci étant le passeport pour un emploi à vie à la NSA tout comme dans les organismes de renseignement apparentés.

Par chance, ils excellent en mathématique : pour être capable de faire ce qu’elle fait, la NSA s’appuie sur le plus grand nombre de mathématiciens au monde. Elle a besoin de linguistes et d’experts en technologie, ainsi que de cryptologues, surnommés "Crippies." Beaucoup se savent être des ISTJ, les initiales pour « introversion, sentiment, pensée, jugement », un ensemble de traits de la personnalité repéré par le test de personnalité Myers-Briggs qui prévaut dans le groupe de Fort Meade.

La bonne blague : "Comment décririez-vous un extraverti à la NSA ? C’est le seul à regarder les chaussures des autres."

"Elles font partie des personnes les plus brillantes au monde", a déclaré Ken Ulman, cadre au département de Howard, l’un des six départements de la sphère d’influence géographique de la NSA. "Elles exigent de bonnes écoles et une qualité de vie élevée."

Les écoles, en effet, sont parmi les meilleures, et certaines vont adopter un cursus cet automne qui enseignera à des élèves âgés de 10 ans le style de vie nécessaire à l’obtention d’une accréditation secret et le genre de comportement qui pourrait le disqualifier.

Près d’une école, des bus scolaires jaunes sont alignés le long d’un bâtiment où le personnel des alliés, la "Surveillance des Cinq" – les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande – partagent les informations top-secret concernant le monde entier.

Les bus déposent les enfants dans les quartiers les plus riches du pays ; l’aisance est un autre attribut du Top Secret America. Selon les données du service de recensement, 6 des 10 plus riches comtés des États-Unis se trouvent dans ces groupes.

Le comté de Loudoun, classé le plus riche du pays, contribue à fournir de la main-d’œuvre pour le National Reconnaissance Office à proximité qui gère les satellites espions. Le comté de Fairfax, en deuxième position- accueille la NRO, la CIA et le Bureau du directeur du renseignement national (DNI). Le Comté d’Arlington, classé au neuvième rang, accueille le Pentagone et les agences de renseignement majeures. Le Comté de Montgomery, classé 10e, est le foyer de l’Agence Nationale du Renseignement Geospatial- (NGIA). Et le comté de Howard, classé troisième, est le foyer de 8.000 employés de la NSA.

"S’il s’agissait d’une usine Chrysler, on parlerait Chrysler sur les pistes de bowling, Chrysler aux réunions du Conseil, Chrysler, Chrysler, Chrysler" dit Kent Menser, employé au ministère de la défense qui soutient le comté de Howard pour une adaptatation à la croissance aux environs de Fort Meade. "Les gens qui ne font pas partie de l’effectif de la NSA n’apprécient pas totalement son impact sur leur vie."

* * * *

L’impact de la NSA et autres organisations secrètes de ce groupe ne sont pas seulement financiers. Ils régulent même la fluidité du trafic un certain jour, lorsqu’ une camionnette blanche sort d’un parking pour se fondre dans la circulation à midi.

Cette camionnette blanche est suivie de cinq autres identiques.

Dans chacune d’elles, deux agents du gouvernement qui suivent des cours à l’Académie de Formation du Contre-Espionnage, tentent de ne pas se perdre sur les routes locales lors de leur « surveillance discrète » – il s’agit ici de suivre un formateur qui joue le rôle de l’espion. Le véritable travail de ces agents issus de l’Armée, des Douanes et autres agences gouvernementales, consiste à identifier les espions et terroristes étrangers qui visent leurs organisations, à localiser les espions et recueillir des preuves pour prendre des mesures à leur encontre.

Mais aujourd’hui, ce sont des stagiaires reliés les uns aux autres par des radios et des plans de rues spécialement conçus à leur intention. Chaque année, environ 4000 agents fédéraux et militaires participent à des cours de contre-espionnage dans l’agglomération de Fort Meade ; en tant qu’agents, ils se déplacent sans éveiller l’attention des habitants qui vaquent à leurs occupations.

L’agent qui voyage sur le siège passager dans l’une des camionnettes blanches tient les cartes sur ses genoux tandis qu’il déplace frénétiquement des pastilles jaunes pour tenter de suivre les positions des autres camionnettes et celle du suspect, surnommé « le lapin ».

D’autres agents accélèrent et font la course à 90km/h pour tenter de suivre le lapin tout en se prévenant les uns les autres de la présence de la police locale : elle ne sait pas que ces camionnettes qui slaloment dans la circulation sont conduites par des agents fédéraux.

Soudain, le lapin n’est plus qu’à un pâté de maisons devant la camionnette la plus proche. Il grille le feu à l’orange puis disparaît tandis que les agents se retrouvent coincés au feu rouge.

Feu vert.

Un agent hurle alors en vain devant le pare-brise « Allez ! » à la voiture qui traîne devant. « Dégage ! Dégage ! Dégage ! »

« On l’a perdu, » râle sa partenaire tandis qu’ils s’efforcent de le rattraper.

Finalement, les agents terminent leur filature à pied devant la librairie Borders à Columbia où le lapin est réapparu. Six hommes en polos et pantalons aux dégradés kakis inspectent les rayons de magazines et déambulent dans les allées.

Leur instructeur est embarrassé. « La partie la plus difficile, c’est l’attitude », confie-t-il, tout en observant les agents entrain de suivre le lapin dans le magasin rempli de femmes en baskets et d’enfants en tongs. « Certains n’arrivent pas à se détendre suffisamment pour adopter le bon comportement… Ils devraient avoir l’air de flâner, mais ils restent là, à observer par-dessus un livre, sans bouger. »

Ailleurs dans le quartier, Jerome James, l’un des résidents, parle du bâtiment qui a surgi juste à la limite de son jardin. « Avant, il n’y avait que des terres agricoles, puis un jour ils ont commencé à creuser, » dit il. « Je ne sais pas ce qu’il s’y passe, mais cela ne me dérange pas. Je n’y pense pas. »

Le bâtiment protégé par des barrières et des grillages, est plus grand qu’un terrain de football. Aucune enseigne ou panneau pour l’identifier. Il y a bien une adresse, mais Google Maps ne la reconnaît pas. Si vous la saisissez, une autre adresse apparait systématiquement : « 6700 ».

Pas de nom de rue.

Juste « 6700 ».

Bill Brown, à gauche, et Jerome James s’occupent de la propriété de James dans une banlieue de Maryland, qui jouxte un bâtiment sécurisé. (Photo by Bonnie Jo Mount / The Washington Post) | Galerie Photos

Justin Walsh est dans l’un de ces bâtiments ; chaque jour, il passe des heures juché sur une échelle pour inspecter les faux plafonds d’une des plus grandes organisations du Top Secret America. Walsh est spécialiste en sécurité industrielle au sein du Département de la Défense. Chaque groupe a son propre Walsh, que ce soit à Fort Meade, ou dans le dédale souterrain des bâtiments de Crystal City à Arlington, près du Pentagone, ou dans les parcs d’affaires high-tech près du Centre National de Renseignement Spacial à Dayton, Ohio.

Quand il n’est pas sur une échelle, Walsh trifouille la photocopieuse pour s’assurer qu’elle ne puisse reproduire les secrets stockés dans sa mémoire. Ou bien il teste le démagnétiseur, un aimant géant qui efface les données des disques durs classifiés. Ou alors, il dissèque le système d’alarme, sa fibre optique et le codage utilisé pour envoyer des signaux à la salle de contrôle.

Dans l’Amérique Top Secret, tout est réglementé par le gouvernement : l’épaisseur de l’acier des barrières, la qualité des sacs en papier pour le transport des documents classifiés, l’épaisseur des murs et la hauteur des faux planchers insonorisés.

Autour de Washington, 4000 bureaux de sociétés privées gèrent l’information classifiée, soit 25% de plus que l’an dernier, selon le superviseur de Walsh, et l’équipe de Walsh a en permanence 220 bâtiments à contrôler dans son programme d’inspection. Le moindre bâtiment doit faire l’objet de contrôles ; tout nouveau bâtiment doit être inspecté de fond en comble avant que la NSA n’autorise ses occupants à ne serait-ce qu’établir une connexion téléphonique avec l’agence.

Il y aura bientôt un nouveau bâtiment de quatre étages à Fort Meade, près d’un quartier tranquille et sécurisé de pavillons haut de gamme. Son constructeur affirme qu’il peut résister à un attentat à la voiture piégée. Dennis Lane affirme que ses ingénieurs ont mis plus de boulons dans chaque poutrelle d’acier de la charpente que ne l’exige la norme pour garantir que la structure ne s’effondrera pas en cas d’imprévu.

Lane, vice-président de la société de construction Ryan Commercial, est devenu lui-même une sorte de fouineur lorsqu’il s’agit de travailler pour la NSA. A 55 ans, il a vécu et travaillé toute sa vie dans l’ombre de la NSA et s’est adapté à sa présence croissante au sein de sa communauté. Il recueille des informations commerciales par le biais de son propre réseau d’informateurs, des cadres dirigeants comme lui qui espèrent faire une bonne affaire sur le dos d’une organisation dont la plupart des voisins n’ont jamais entendu parler.

Il repère le moment où la NSA ou d’autres organisations secrètes du gouvernement louent un bâtiment, embauchent d’avantage de sous-traitants ou font appel aux entreprises locales. Il suit les projets de construction, les délocalisations, les changements au sein des sociétés privées. Il sait que les planificateurs locaux estiment que 10.000 emplois seront créés par la NSA , tout comme 52.000 autres par le biais d’agences de renseignement qui s’installeront à Fort Meade.

Lane était déjà au courant de toutes les rumeurs avant l’annonce officielle disant que le prochain commandement militaire géant, US Cyber Command, serait dirigé par le général quatre étoiles actuellement à la tête de la NSA. « Ce cyber-machin sera énorme, » dit-il. « Un cyber commandement pourrait intégrer tout l’immobilier actuellement disponible sur la zone ».

Lane le sait, car il a été témoin de la croissance post-11/9 de la NSA. A présent elle absorbe chaque jour 1,7 milliards de communications : courriers électroniques, forums, messageries, adresses IP, numéros de téléphone, appels téléphoniques et conversations sur téléphones mobiles.

A sa manière, Jeani Burns en a été témoin aussi.

Burns, une femme d’affaires à Fort Meade, prend un verre un soir après le travail. Elle fait un geste en direction de quelques hommes qui se tiennent près du comptoir.

« Je peux les repérer, » dit-elle. Le costume. La coupe de cheveux. Le comportement. « Ils ont ce regard, comme s’ils avaient peur que quelqu’un vienne leur poser une question à leur sujet. »

Des agents secrets viennent ici aussi, chuchote-t-elle, pour les surveiller, « pour s’assurer que personne ne parle trop. »

Burns est bien placée pour le savoir – elle vit avec un de ces hommes secrets depuis 20 ans. Avant, il travaillait pour la NSA. A présent, il est l’un de leurs sous-traitants. Il a fait la guerre. Elle ne sait pas où. Il fait quelque chose d’important. Elle ne sait pas quoi.

Elle raconte qu’elle est tombée amoureuse de lui il y a 20 ans et, que depuis, elle a passé sa vie à s’adapter. Lorsqu’ils sortent avec des amis, dit-elle, elle les appelle avant pour les prévenir : « Ne lui posez pas de questions. » Parfois les gens le comprennent, mais lorsque ce n’est pas le cas, « c’est dur à dire, mais nous ne sortons plus avec eux. »

Elle le décrit comme un « observateur. C’est moi la suspecte, » dit-elle. « Cela me gêne qu’il ne m’emmène jamais en voyage, ne pense jamais à quelque chose d’excitant à faire… J’ai l’impression d’être trompée. »

Mais elle dit aussi : « Je le respecte vraiment pour ce qu’il a fait. Il a consacré sa vie pour maintenir notre mode de vie, et il n’en retire aucune reconnaissance du public ».

Pendant ce temps, à l’extérieur du bar, le bourdonnement est continu. La nuit, aux confins du Parc d’Affaires National, des fenêtres de bureaux sont encore éclairées ci et là. Les 140 chambres de l’hôtel Marriott Courtyard sont toutes louées, comme d’habitude, à des clients tel cet homme à la réception qui dit seulement qu’il « travaille pour l’armée ».

A l’intérieur de la NSA, il y a un va-et-vient permanent de mathématiciens, de linguistes, de techniciens et de cryptologues. Ceux qui partent descendent par l’ascenseur au rez-de-chaussée. Chacun porte une petite boite en plastique avec un code-barres. Elle contient une clé de porte qui résonne à chaque pas. Pour ceux qui travaillent ici, ce son signale le changement d’équipe.

Tandis que les employés qui prennent leur poste passent le tourniquet, ceux qui partent glissent leur badge d’identification dans une fente. Une trappe s’ouvre. Ils déposent leur boite contenant la clé puis sortent en passant par un tourniquet. Ils quittent le parking et roulent lentement vers les barrières et portails qui protègent la NSA, où ils croisent une longue file de voitures qui roulent en sens inverse. Il est presque minuit à Fort Meade, la capitale du Top Secret America, un lieu qui ne dort jamais et qui s’étend un peu plus chaque jour.

Le Grand Soir et ReOpen911

William M. ARKIN, Dana PRIEST

Traduit par V.D. et apetimedia pour ReOpenNews et le Grand Soir.

SOURCE : http://projects.washingtonpost.com/...

30 juillet 2010
http://www.legrandsoir.info/Top-Secret-America-Le-voisinage-des-Services-Secrets.html


3-2 L'armée US renvoie d'Afghanistan ses véhicules de contrôle des foules.

L’armée renvoie d’Afghanistan ses véhicules de contrôle des foules en sol américain
La semaine dernière, l’armée américaine a ordonné que tous ses véhicules « humvee » qui utilisés comme arme de dispersion des foules (par la douleur) soient ramenés en sol américain.
Ces véhicules « ADS » (« Active Denial Systems ») ont été conçus pour maîtriser les soulèvements et pour contrôler les populations. Cette arme qui souffle des vagues de chaleur insupportable sur l’ennemi a été retirée de l’Afghanistan par l’armée américaine.
Le système « ADS » a coûté environ £42
million à développer et était sur le point d’être déployé pour disperser les membres des Talibans qui attaquaient les forces américaines.
L’arme, qui provoque une douleur intense sans causer de dommages physiques durables [connus], a été retirée de la zone de guerre la semaine passée sans que les chefs de l’armée américaine expliquent
pourquoi un tel volte-face.
Le « ADS », qui a été développé pendant 20 ans, travaille en envoyant un faisceau d’ondes à haute fréquence à la vitesse de la lumière. Ce faisceau peut couvrir l’ensemble du corps d’une personne, qui cause une douleur atroce, en chauffant l’eau et les molécules de graisse se trouvant sous la peau.
Le faisceau peut frapper quelqu’un jusqu’à 1/3 de mille de distance et la douleur cesse seulement quand la personne se déplace de la route. Un porte-parole du ministère américain de la Défense a déclaré : « La décision de rappeler les armes aux États-Unis a été prise par les commandants sur le terrain en Afghanistan ».
Ndlr : Pourquoi l’armée américaine ramène ces véhicules qui servent d’arme de maîtrise des foules en sol américain maintenant ?
Ces armes ont été testées sur les Talibans, mais elles ont finalement été destinées à être utilisées contre les Américains en cas d’émeutes. Si les armes n’étaient pas efficaces, ils ne dépenseraient pas des millions de dollars pour les réexpédier en sol américain…
Récemment, il a été révélé que les Marines des États-Unis ont reçu, secrètement, des formations avec les forces de police locale dans les villes américaines. Nous apprenons maintenant que l’armée est en train de récupérer leur équipement anti-émeutes en Amérique.Qu’est-ce qui se passe ?
Il est évident que le gouvernement des États-Unis s’attend à un temps de troubles dans les mois qui viennent.

www.toutsaufsarkozy.com/cc/.../EklpyEkypEAjiWVpBc.shtml


3-3 Thierry Meyssan : Révélations: La Mare (1942-1955), un service secret privé financé par Washington.

Durant la Seconde Guerre mondiale et la Guerre froide, Washington utilisa un service de renseignement privé international, la Mare (the Pond).

Parmi ses meilleurs informateurs… le tueur en série français Marcel Petiot. C’est ce que révèlent des archives de la CIA nouvellement déclassifiées.

Publiées en 1980, les mémoires de John Grombach ont été qualifiées de fantaisistes par la presse. Elle sont aujourd’hui recoupées par les archives.

L’existence d’une organisation secrète états-unienne en Europe, le Pond (littéralement « la mare », et par extension familière l’océan Atlantique) dans les années 1942-1955 a été mise en doute.

Les mémoires publiées par son fondateur ont été sévèrement critiquées comme relevant plus du roman que de l’Histoire. Or, les archives de cette organisation ont été retrouvées en 2001, d’abord remises à la CIA, puis aux Archives nationales des Etats-Unis, en 2008.

Elles ont été ouvertes au public en avril 2010 et l’on commence juste à en mesurer la portée.
La Mare apparaît sous les dénominations successives de Special Service Branch, puis de Special Service Section enfin de Coverage and Indoctrination Branch. Elle était familièrement dite la Mare (Pond) ou le Lac (Lake) par opposition à la Baie (Bay) pour la CIA.
Son activité comprenait la cryptographie, l’espionnage politique et les actions clandestines. Elle employait plus de 600 espions dans 32 pays en leur certifiant qu’ils travaillaient exclusivement pour les Etats-Unis et non pour les Alliés en général. La Mare avait été créée par l‘armée de terre des Etats-Unis, sous l’autorité du renseignement militaire. A l’issue de la Seconde Guerre mondiale, elle prit son indépendance et continua à fonctionner comme un réseau privé, sous-traitant de l’US Army, du département d’Etat, de la CIA, voire du FBI. Elle fut dissoute en 1955 dans le contexte d’une réorganisation et d’une centralisation du renseignement et parce que son chef s’était compromis avec le sénateur Joseph McCarthy auquel il vendait des informations sur « l’infiltration communiste ».
La Mare était dirigée par le colonel John V. Grombach, dit le Frenchy (le Français), un ancien producteur de CBS Radio, spécialiste des transmissions cryptées incluses dans les programmes radio.
Cette organisation avait été créée avec le soutien de la société néerlandaise d’électroménager Philips, qui en assurait le financement et la logistique. A l’approche des nazis, les dirigeants de Philips avaient été exfiltrés des Pays-Bas avec leur gouvernement par les Britanniques. Ils s’étaient réfugiés aux Etats-Unis d’où ils continuaient à gérer leur société. Leur bureau de relations publiques à New York servait de couverture et de quartier général à la Mare. Par la suite Philips continua d’entretenir d’étroites relations avec les services de renseignement et l’armée US ; ses dirigeants participèrent activement à la création du Groupe de Bilderberg, le cercle d’influence de l’OTAN. Plusieurs autres grandes sociétés offrirent des couvertures à la Mare, dont American Express Co., Remington Rand, Inc. et Chase National Bank.
Les renseignements collectés par la Mare ont parfois été de très haut niveau. Ainsi, cette organisation privée mena t-elle des négociations avec le maréchal Herman Göring durant les six derniers mois de la guerre mondiale. Ou encore, elle suivit en détail les premiers essais nucléaires soviétiques. Cependant, il n’est pas établi que ces renseignements soient parvenus au sommet de la bureaucratie washingtonienne et aient été correctement exploités. La Mare fut particulièrement active en Hongrie où elle était en contact avec l’amiral Miklós Horthy durant la guerre, et d’où elle exfiltra Zoltán Pfeiffer et sa famille, durant l’occupation soviétique.
 

Le docteur Marcel Petiot lors de son procès aux assises.

Un détail étonnera les lecteurs français. La Mare collecta de précieux renseignements sur la Gestapo parisienne par le truchement d’un de ses agents… Marcel Petiot, le célèbre tueur en série. Le docteur Petiot était un déséquilibré, plusieurs fois interné en psychiatrie, mais aussi un esprit brillant. Il tenait un cabinet médical à Paris où il traitait des officiers de la Gestapo et de la Reichswehr. Il rapporta le premier le massacre des officiers polonais à Katyn et la construction des V1 et V2 à Peenemünde. En 1944, ses voisins découvrirent à la faveur de ce qui semblait être un incendie de cheminée, que des corps humains dépecés brûlaient dans sa chaudière. Il fut accusé d’avoir tué et incinéré 27 personnes à qui il avait promis de les exfiltrer vers l’Argentine. On évalua à 200 millions de francs de l’époque —une somme considérable— les bijoux et liquidités volés à ses victimes. Ce butin ne fut jamais retrouvé. Contre toute évidence, le docteur Petiot affirma n’avoir tué que des nazis et des collaborateurs et revendiqua 63 meurtres. Il fut condamné à mort et guillotiné sans que l’on ait jamais accordé le moindre crédit à ses dires, pourtant aujourd’hui confirmés, qu’il avait parfois agi pour un groupe clandestin anti-nazi.

Les lecteurs allemands et autrichiens seront, quant à eux, surpris d’apprendre que la députée Ruth Fischer, qui dirigea le Parti communiste allemand durant la République de Weimar et co-fonda le Parti communiste autrichien, était un agent de la Mare. Ceci explique son retournement ultérieur et la déposition qu’elle fit au Sénat des Etats-Unis devant la commission McCarhty pour dénoncer son frère Gerhart.
En définitive, la Mare aura préfiguré les grandes sociétés privées de renseignement actuelles. Ses espions n’agissaient pas par patriotisme, mais envisageaient leur activité comme un business en temps de guerre, chaude ou froide. Son recrutement était hétéroclite, allant d’un tueur en série à une politicienne corrompue. Durant la Guerre mondiale, le Pentagone payait ses services sans état d’âme, durant la Guerre froide, trois départements fédéraux lui sous-traitèrent des opérations qu’ils voulaient externaliser pour les soustraire au contrôle parlementaire.
Thierry Meyssan 

Analyste politique français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Il publie chaque semaine des chroniques de politique étrangère dans la presse arabe et russe. Dernier ouvrage publié : L’Effroyable imposture 2, éd. JP Bertand (2007).


3-4 Jean-Claude Paye : Répression politique : L’espace aérien sous contrôle impérial.

Rappel :

Malgré quelques velléités du Parlement européen, l’Union européenne a cédé aux exigences des États-Unis : l’espace aérien transatlantique est désormais largement sous le contrôle de Washington. L’administration états-unienne a non seulement placé sous surveillance ses propres ressortissants et a interdit à des dizaines de milliers d’entre eux de se déplacer, mais les passagers européens sont aussi directement sous son contrôle. Les États-Unis ont la possibilité de faire évoluer unilatéralement les accords signés et ainsi, à terme, si il n’y a aucune réaction, de refouler ou d’empêcher des ressortissants européens de s’embarquer vers les USA, même si leurs papiers sont en règle.

À travers les différents accords installant un contrôle des passagers aériens, l’Union européenne abandonne progressivement sa propre légalité, afin de permettre au droit états-unien de s’appliquer directement aux ressortissants européens sur le territoire de l’Union. On assiste ainsi à la mise en place d’un ordre juridique impérial qui a pour objet de placer l’espace aérien transatlantique directement sous la juridiction de l’administration des États-Unis.

Suite à un accord intérimaire avec la Commission de l’Union européenne, les douanes états-uniennes ont, depuis le 5 mars 2003, accès aux systèmes de réservation des compagnies aériennes situées sur le territoire de l’Union. Il s’agit de contrôler des données liées aux comportements de passagers ordinaires, c’est à dire de personnes non recensées comme dangereuses ou criminelles, afin de vérifier, par rapport à un schéma théorique, si tel passager pourrait constituer une menace potentielle. Toute personne est traitée comme un criminel en puissance.

L’objectif est d’établir des « profils à risques ». On détecte ainsi des individus présentant un ensemble de caractéristiques qui pourraient « justifier » une surveillance spéciale ou même une arrestation préventive à l’arrivée sur le sol états-unien. Rappelons que l’USA Patriot Actpermet d’arrêter, sans inculpation, et de détenir indéfiniment, sans jugement, toute personne étrangère soupçonnée de participer à une activité d’une organisation désignée comme terroriste.

Une violation de la vie privée

Le Parlement européen a manifesté plusieurs fois son opposition à cet accord, notamment dans une résolution datant du 31 mars 2004 [1], en déclarant que l’accès des autorités états-uniennes est « illégal aux termes du droit national et du droit européen sur la vie privée ». Cet avis négatif n’a pas empêché le Conseil de se soumettre à nouveau, par une Décision du 17 mai 2004 [2] , aux injonctions des autorités états-uniennes.

Ayant un rôle purement consultatif, le Parlement a saisi la Cour européenne de Justice afin de faire casser cet accord. Cependant, comme la Cour a refusé d’appliquer la procédure accélérée d’examen, c’est seulement en mai 2006 qu’elle a donné partiellement raison au Parlement européen. Mais, le jugement porte exclusivement sur la forme et non sur le fond. Il rejette le texte uniquement pour « défaut de base juridique appropriée » et ne parle aucunement de la violation de la privée des personnes dont les données sont transmises aux autorités états-uniennes. Il estime seulement que le premier pilier (communautaire) de l’Union ne peut servir de base à un accord relevant de la coopération policière et judiciaire.

Ainsi, le 23 juillet 2007, l’Union européenne et les États-Unis ont signé, cette fois dans le cadre du

troisième pilier, un nouvel accord sur le traitement et le transfert de données des passagers [3]. Ce dernier texte inscrit dans la durée l’accord provisoire, conclu le 19 octobre 2006.

Comme c’était déjà le cas en 2004, Les informations communiquées, appelées Passagers Name Record, ne se limitent pas aux noms, prénom, adresse, numéro de téléphone, date de naissance, nationalité, numéro de passeport, sexe, mais comprennent les adresses durant le séjour aux USA, l’itinéraire complet des déplacements, les contacts à terre ainsi que des données médicales. Y sont reprises des informations bancaires, tels les modes de paiement, le numéro de la carte de crédit et aussi le comportement alimentaire permettant de révéler les pratiques religieuses.

Un accord dissymétrique

Les accords de 2007, comme le texte de 2006 [4], aggravent encore les dispositions de 2004. Selon un principe de disponibilité, l’ensemble des données sont consultables par toutes les agences états-uniennes chargées de la lutte antiterroriste, alors que, sur le papier, les accords de 2004 réservaient cette consultation aux seules agences de douane.

La période de rétention des informations passe de 3 ans et demi à 15 années. En outre, ces données pourront être placées pour une durée de 7 ans dans des « bases de données analytiques actives », permettant un « profiling » massif.

Les autorités états-uniennes ont maintenant la légitimité de transmettre ces informations à des pays tiers. Ces derniers auront accès aux données transmises par les compagnies européennes selon les conditions de sécurité fixées par le département US, l’Union européenne ayant accepté « de ne pas interférer » concernant la protection des données des citoyens européens transférées dans ces pays [5].
Le nouveau texte renforce un cadre dissymétrique d’échanges entre les États-Unis et l’Union européenne. Les compagnies sont tenues de traiter les données PNR stockées dans leurs système informatique de réservation selon les demandes des autorités états-uniennes, « en vertu de la législation américaine ». Ainsi, les États-Unis ont profité de ces nouveaux accords afin de répondre à de nouvelles exigences du Département US de la Sécurité de la Patrie (US Department of Homeland Security) [6]

et d’intégrer les changements intervenus dans la législation états-uniennes [7] .

Primauté du droit états-unien

Le droit états-unien est primordial. L’administration des États-Unis se réserve le droit d’avoir sa propre interprétation de l’accord conclu entre les deux parties. Cette lecture est contenue dans la lettre, placée en annexe. Ce qui a un double avantage pour le Département de la Sécurité de la Patrie. D’une part, il peut définir unilatéralement le contenu (conditions de traitement, de transfert, de destruction et d’extension du champ des données) de certains engagements auxquels l’accord fait référence. D’autre part, les engagements formels, de protection des données et de défense des droits des passagers européens n’ont aucune valeur contraignante et peuvent être modifiés unilatéralement.

Le cadre à travers lequel les données PNR peuvent également être utilisées ne se limite pas à la lutte contre le terrorisme, mais peut être aussi utilisé pour « tout objectif additionnel ». Des informations concernant l’origine raciale, les opinions politiques, la vie sexuelle peuvent être utilisées dans « des cas exceptionnels » et c’est le département de la sécurité intérieure lui-même qui détermine ce qui est un cas exceptionnel.

Ces accords sont à peine signés que les États-Unis ont annoncées leur intention d’insérer davantage d’exceptions dans le Privacy Act [8] en ce qui concerne la gestion de l’Automated Targering System. Ce système est prévu pour lutter contre le terrorisme, mais il couvre aussi « toute activité qui viole la loi états-unienne ». Il contient notamment les données PNR des passagers aériens. Tout changement dans la gestion de ce système va automatiquement modifier unilatéralement le contenu de l’accord PNR. Le projet prévoit que l’ensemble de ces données pourront faire l’objet d’une seconde inspection [9], c’est à dire être vues par d’autres agences disposant de listes globales de surveillance et croisées avec des banques de données venant de pays tiers..
À travers ces modifications légales, il s’agit d’augmenter les pouvoirs du département de la Sécurité de la Patrie (Department of Homeland Security). L’objectif fixé est de n’autoriser la personne à voyager qu’après que ses données PNR aient été contrôlées et « éclaircies » [10].

Vers des listes d’interdiction de vol vers les USA ?

Il s’agirait là, si ce projet est adopté, d’une mutation qui modifie la nature même du système de contrôle et, ainsi, de l’accord qui vient d’être signé avec l’Union européenne. Les autorités administratives états-uniennes auraient la possibilité d’interdire arbitrairement de vol vers les États-Unis tout ressortissant européen, même si la personne dispose de tous les documents nécessaires. On rejoindrait ainsi le système états-unien. Aux États Unis, les listes de passagers aériens permettent à l’administration de déterminer arbitrairement qui peut utiliser l’avion et se déplacer. Ainsi, plus de 110 000 personnes, dont une majorité de citoyens états-uniens, ont leur mobilité perturbée ou sont interdits de vol, car elles sont reprises, soit sur une liste « de personnes à surveiller » ("watch list"), soit sur une liste « interdit de vol » ("no fly list") . La chaîne de télévision CBS avait réussi, en 2004, à se procurer un exemplaire de la liste « à surveiller ». Elle faisait 540 pages et contenait les noms de « 75 000 personnes à fouiller avec beaucoup d’attention et éventuellement à ne pas laisser monter à bord d’un avion » [11]. Les opposants à la guerre en Irak sont des cibles privilégiées de cette procédure.Pour Naomi Wolf [12] , la liste "des personnes à surveiller" a été établie à partir de 2003, suite à une directive présidentielle adressée aux agences de renseignement. Cette directive leur ordonne d’identifier et surveiller "les personnes dont on peut craindre qu’elles aient des intentions ou des contacts terroristes". La CIA/NSA et le FBI établirent une liste de noms qui fut remise à toutes les agences aériennes .

À cette liste, on doit ajouter 45 000 personnes interdites de vol, car inscrites sur une No Flight List. Cette dernière, qui n’incluait que 16 personnes avant le 11 septembre, a d’abord été étendue aux personnes soupçonnées d’être en contact avec des organisations terroristes puis aux opposants politiques, qui sont ainsi bloqués dans leurs déplacements et, dans les faits, interdits de sortie du pays par la « Transportation Security Administration ». Ainsi, les personnes ayant critiqué la politique du gouvernement sont, fouillées intégralement, intimidés, arrêtées administrativement ou interdites de vol.

En conséquence, le Conseil de l’Union européenne a engagé ses ressortissants dans un système de contrôle des passagers aériens à destination des USA, qui donne aux autorités états-uniennes la possibilité de faire évoluer cette procédure selon leurs propres finalités et ainsi, à terme, si il n’y a aucune réaction, d’empêcher arbitrairement tout passager européen d’embarquer vers les États-Unis .

Jean-Claude Paye

13 octobre 2007

Sociologue. Derniers ouvrages publiés : La Fin de l’État de droit, La Dispute 2004 ; Global War on Liberty, Telos Press 2007.

 

[1] « Observatory on the exchange of data on passengers (PNR) with USA », Statewatch.

[2] Journal Officiel des Communautés européennes, L 183/83, le 20/5/2004

[3] « Processing and transfer of passenger name record data by air carriers to the United"States Department of Homeland Security - "PNR », Conseil de l’Union européenne, 11304/07, Bruxelles le 18 juin 2007.

[4] Accord entre l’Union européenne et les Etats-Unis relatif au traitement et au transfert des données des dossiers passagers (PNR) par les transporteurs aériens européens au ministère américain de la sécurité intérieure, Journal Officiel de l’Union européenne , L298, le 27.10.2006, (Lex Europa).

[5] « MEPs fear that new PNR agreement fails to protect citizens’ data », Statewatch News Online, 12/07/2007.

[6] L’usage s’est imposé, à tort, dans la presse francophone de traduire Department of Homeland Security par « Département de la sécurité intérieure ». Ce choix reprend la terminologie en vigueur dans la vieille Europe distinguant sécurité intérieure (la police) et sécurité extérieure (l’armée). Or, tel n’est pas du tout le sens de Homeland Security. Cette expression, qui choquait les défenseurs des libertés constitutionnelle aux États-Unis et choque encore en Europe, est apparue peu avant le 11 septembre 2001. Elle signifie « Sécurité de la Patrie » et implique une compétence non-territoriale : il s’agit de défendre la Patrie (c’est-à-dire l’idée que l’on se fait des États-Unis), en s’ingérant partout dans le monde si nécessaire, et non de défendre le simple territoire. Donald Rumsfeld, notamment, à souligné que la distinction classique entre civil et militaire, était désormais abolie. Ndlr.

[7] « EU-USA agreement renegociated to meet US demands », Statewatch News Online.

[8] « Overview of Privacy Act of 2004 », May 2004.

[9] Op cit, « Automated Targering system », 2007/08/06.

[10] Department of homeland Security, Privacy Act of 1974, Implementation of Exceptions, Proposed Rules of the Federal Register, Notice of proposed rulemaking, 2007/08/23, Télécharger

[11] Noami Wolf, « Are you on the Government’s No Flight List ».

[12] « Aux USA plus de 100 000 opposants sont interdits de prendre l’avion », Réseau Voltaire, 6 septembre 2007.

http://www.voltairenet.org/article151993.html


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