Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

03/09/2010

n° 75 - Journal des Guerres de l'Otan - 30.07 au 03-09 : - Suite - : OTAN : Un engagement dangereux.


n° 75 - Journal des Guerres de l'Otan - 30.07 au 03-09 : - Suite  - : OTAN : Un engagement dangereux.



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



  Journal des Guerres de l'Otan.  n° 75 - 30.07 au 03-09

                                                            C.De Broeder & M.Lemaire                                                                      



Le " Journal des Guerres de l'Otan " est  visible :

a)   sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Robert Bibeau :  http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

c) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

 

NB : Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire.

5 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

5-1 F. William Engdahl* : La nouvelle importance géopolitique de Lubmin.

5-2 Ossama Lotfy : L’OTAN : du Gladio aux vols secrets de la CIA.


5 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication de l'article  ne signifie nullement que la rédaction est d'accord avec l'article mais doit être vu comme information.

5-1 F. William Engdahl* : La nouvelle importance géopolitique de Lubmin.

La politique étrangère allemande est hésitante entre d’une part les liens tissés avec l’ancien occupant états-unien au XXe siècle et, de l’autre, ses intérêts économiques communs avec son partenaire historique, la Russie. Gerhard Schröder incarne ce dilemme. Ancien chancelier atlantisme, il est aujourd’hui le patron d’un consortium russe. Au plan géopolitique, cette contradiction se concentre à Lubmin (près de Rostock), le terminal du gazoduc germano-russe.

Gerhard Schroeder, président de Nord Stream AG

Dans l’histoire de la République fédérale allemande de l’après-guerre, les chanceliers ont tendance à disparaître dès qu’ils s’attellent à des objectifs politiques qui s’écartent trop de l’ordre du jour mondial de Washington.

Gerhard Schröder commit pour sa part deux « péchés » impardonnables. Le premier fut son opposition ouverte à l’invasion anglo-saxonne de l’Irak en 2003. Le second, stratégiquement bien plus grave, fut sa négociation avec la Russie de Poutine pour, en contournant la Pologne hostile à l’époque, amener directement en Allemagne du gaz naturel de Russie grâce à un nouveau grand gazoduc. Transformant Lubmin en pivot géopolitique de l’Europe et de la Russie, la première section du gazoduc Nord Stream a atteint aujourd’hui cette ville côtière de Mecklenbourg-Poméranie sur la mer Baltique.

De fait, Gerhard Schröder devait son poste au soutien silencieux mais influent du président Bill Clinton, qui, selon nos sources au SPD allemand, exigea que la coalition Rouge-Verte de Schroeder, s’il était élu, épaule la guerre des Etats-unis et de l’OTAN contre la Serbie en 1999. Washington voulait mettre fin à l’ère d’Helmut Kohl. En 2005, toutefois, Schröder était beaucoup trop « allemand » pour Washington, et, l’administration Bush aurait fait preuve d’une diligence considérable à soutenir un successeur.

Son dernier acte de chancelier fut d’approuver la construction d’un gazoduc géant appelé Nord Stream, depuis le port russe de Vyborg, près de la frontière finlandaise, jusqu’à Lubmin. En quittant le pouvoir, Schroeder est devenu président de Nord Stream AG, une association d’entreprises entre Gazprom, de l’État russe, et les compagnies allemandes E.ON-Ruhrgas et BASF-Wintershall. Il accentua aussi sa critique publique contre les politiques étrangères des Etats-Unis, accusant son État satellite de Géorgie d’avoir commencé la guerre de 2008 contre l’Ossétie du Sud.

En 2006, Radoslaw Sikorski, le ministre néo-conservateur des Affaires étrangères de Pologne, un proche allié de Washington, compara le consortium Nord Stream au pacte germano-soviétique de 1939. Depuis la débâcle de l’Union soviétique, la politique de Washington fut d’aménager la Pologne comme un fossé pour bloquer toute étroite coopération économique et politique germano-russe, en décidant en particulier d’installer en Pologne la défense antimissile US, et à présent des missiles Patriot, pointés sur la Russie.

Ce mois-ci, malgré l’opposition politique farouche de la Pologne et d’autres pays, quand le tronçon du gazoduc a atteint la terre à Lubmin exactement à la date prévue, le projet Nord Stream de Schröder a rempli ses principaux objectifs initiaux. Quand le deuxième tronçon atteindra la terre plus tard ce mois-ci, et quand commencera l’exploitation du gazoduc à la fin de 2011, transportant 55 milliards de mètres cubes de gaz chaque année dans toute l’Europe, ce sera le plus grand gazoduc sous-marin du monde. L’itinéraire sous-marin traverse exclusivement les eaux territoriales et zones économiques de Finlande, Suède, Danemark et d’Allemagne, en évitant la Pologne et les États baltes d’Estonie, de Lettonie et Lituanie.

De Lubmin, qui sera une station de transfert, le gazoduc OPAL ira en traversant la Saxe jusqu’à la frontière tchèque à 470 km. Les autres voies de gazoducs occidentaux délivreront le gaz russe grâce à des canalisations existantes en Hollande, France et au Royaume-Uni, renforçant ainsi sensiblement les liens énergétiques entre l’UE et la Russie, un développement désapprouvé à Washington. GDF Suez de France, anciennement Gaz de France, vient d’acheter 9 % de part de Nord Stream AG, et la compagnie d’infrastructure gazière NV Nederlandse Gasunie de Hollande en a neuf pour cent, ce qui donne au projet une large participation de l’UE, une prouesse géopolitique majeure pour le gouvernement Medvedev-Poutine devant la forte opposition états-unienne. Nord Stream est désormais un accord de fourniture de gaz à long terme pour alimenter, en plus de l’Allemagne, le Danemark, le Royaume-Uni, la France, les Pays-Bas et la Belgique.

Les flux énergétiques Nord et Sud

Gazprom propose également un deuxième projet de gazoduc majeur, South Stream, qui aboutira par la suite en Italie, pour acheminer sous la mer Noire vers la Bulgarie le gaz depuis la côte sud de Russie. Le 7 juillet, après de longues négociations, le gouvernement bulgare a convenu de participer au projet South Stream de Gazprom.

Le gazoduc South Stream acheminera le gaz russe vers l’Europe occidentale en contournant l’Ukraine, où Washington a déployé ces dernières années des efforts considérables pour pousser le pays dans une posture anti-russe, partisane de l’OTAN. Tel un vestige de l’ère soviétique au moment où les économies des deux pays opéraient comme une seule entité, la plupart des gazoducs russes transitent vers l’ouest à travers l’Ukraine. Cela a laissé Moscou très vulnérable quand, en janvier 2005, une « révolution orange » sponsorisée par les Etats-Unis a porté au pouvoir, sur un programme favorable à OTAN et opposé à Moscou, le candidat de Washington, Viktor Iouchtchenko. Les dernières élections ont considérablement atténué les tensions entre Moscou et Kiev car, tout en gardant des liens avec les deux, le nouveau président, Viktor Ianoukovitch, a engagé l’Ukraine dans une attitude plus neutre à l’égard de Moscou et de l’OTAN. La partie sous-marine du gazoduc South Stream, exploitée conjointement par le russe Gazprom et l’italien ENI, s’étirera sous la mer Noire depuis la partie continentale de Russie jusqu’à la côte bulgare. Dans le cadre du nouvel accord avec la Bulgarie, les gazoducs qui existaient déjà en Bulgarie serviront au transit.

Afin de construire Nabucco, une alternative au gazoduc South Stream qui éliminerait la Russie, Washington a mis une grosse pression sur les principaux pays de l’UE ainsi que sur la Turquie. Jusqu’ici Nabucco n’a guère eu de soutien dans l’UE et il ne dispose pas de sources de gaz suffisantes pour remplir le gazoduc.

L’achèvement de South Stream souderait un lien géopolitique majeur entre les pays de l’UE, l’Europe centrale et la Russie, quelque chose qui représenterait un cauchemar géopolitique pour Washington. Depuis la Seconde Guerre mondiale, la politique états-uunienne a consisté à dominer l’Europe occidentale, d’abord en attisant la Guerre froide avec l’Union soviétique, puis après 1990 en poussant l’OTAN vers l’Est jusqu’aux frontières de la Russie. Une Europe occidentale de plus en plus indépendante, se tournant vers l’est plutôt que vers l’Atlantique, signifierait un renversement majeur dans la domination soutenue de la « seule superpuissance ».

De cette manière, sans le savoir, que les citoyens le réalisent ou non, la charmante station balnéaire de la ville de Lubmin dans le nord de l’Allemagne est devenue de facto un pivot central du drame géopolitique qui se joue entre Washington et l’Eurasie.

F. William Engdahl*

Traduction : Pétrus Lombard

14 juillet 2010

http://www.voltairenet.org:80/article166277.html


5-2 Ossama Lotfy : L’OTAN : du Gladio aux vols secrets de la CIA.

Voilà une semaine était célébré le 30e anniversaire de l’attentat de la gare de Bologne en Italie. Fait marquant de cette journée, aucun représentant du gouvernement Berlusconi n’a assisté à la cérémonie, ce qui a suscité de vives critiques de la part des familles de victimes et des autorités locales, et a soulevé de nombreuses questions sur les raisons de cette absence. Après la sortie récente du livre du juge italien "Rosario Priore", juge d’instruction à l’époque dans des affaires de terrorisme, dont l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro, il nous semble utile de revenir sur un article de 2007 du Réseau Voltaire analysant les objectifs et les moyens utilisés dans cette "stratégie de la tension". Cette période noire de l’Histoire italienne fait aussi l’objet d’un chapitre dans l’ouvrage "Les armées secrètes de l’Otan" du professeur d’histoire Daniele Ganser. La Radio Suisse Romande est allée interviewer le 3 août dernier cet historien suisse qui fait le point sur ce que nous savons aujourd’hui – et ce que nous  ignorons – de ces "années de plomb". Nous avons repris cette interview dans une courte vidéo, située en fin d’article.

Commettre des attentats contre des civils de manière à créer un climat de peur, puis les imputer à ses adversaires politiques pour les discréditer, est une vieille recette des services secrets anglo-saxons. Ce procédé de déstabilisation, adapté à la globalisation, est toujours d’actualité. À l’initiative du Réseau Voltaire, cinquante experts issus d’une douzaine de pays se sont réunis à Paris pour étudier les similitudes entre la « stratégie de la tension », initiée durant la Guerre froide, et la « guerre contre le terrorisme », déclenchée dans la foulée des attentats du 11 Septembre.

Du Gladio aux vols secrets de la CIA. De la « stratégie de la tension » à la « guerre contre le terrorisme ». Un simple survol historique suffit à se convaincre de la continuité, sinon de la correspondance, de ces deux opérations, ne serait-ce qu’au regard de ses commanditaires et de sa zone d’application. Et à poser la question de la « réactivation » du réseau stay-behind en Europe occidentale.

Créé après la Seconde Guerre mondiale, le stay-behind (littéralement : les hommes laissés sur le terrain derrière la ligne de front) devait constituer à l’avance un réseau de résistance en cas d’invasion soviétique en Europe occidentale. Indirectement issu des accords de Yalta et de Postdam, ce réseau était dirigé par la CIA états-unienne et le MI6 britannique pour être installé dans toute l’Europe occidentale (c’est-à-dire dans la zone d’influence anglo-saxonne). Il fut bientôt incorporé dans l’OTAN [1].

Cependant, il ne tarda pas à dépasser sa mission originelle pour prévenir toute influence communiste dans les démocraties occidentales. Il se spécialisa alors dans le trucage des élections, l’assassinat politique et les attentats [2]. Cela s’est notamment produit en Italie, où deux de ces exactions ont particulièrement marqué les esprits : l’assassinat du Premier ministre Aldo Moro en mai 1978, ainsi que l’attentat de la gare de Bologne en mai 1980 [3], dans les deux cas attribués à des groupes extrémistes. Loin de s’arrêter aux frontières italiennes, l’action du stay-behind s’est étendue à tous les États membres de l’OTAN, y compris la France (à l’exception bien sûr des États-Unis, du Canada, et du Royaume-Uni) [4]. Bien souvent, dans l’ignorance des gouvernements des États où il opérait.

Officiellement dissous depuis l’effondrement de l’Union soviétique, le réseau stay behind, dont l’existence n’a été révélée sous le nom de « Gladio » qu’en 1990 par le Premier ministre italien Giulio Andreotti [5], continue aujourd’hui son activité et l’étend à de nouveaux États au fur et à mesure de l’extension de l’OTAN.

Si certains pays, tels que l’Italie et la Belgique, ont mené des enquêtes, voire pour ce dernier, exigé un contrôle parlementaire pour éviter que ce genre de situations ne vienne à se reproduire, la plupart des États européens ont passé cette révélation sous silence [6]. Sans prendre de mesures significatives à l’encontre de cette organisation criminelle. Ils sont restés dans le même état de torpeur lors de l’annonce de la découverte des prisons secrètes de la CIA fin 2005.

La « stratégie de la tension » se serait-elle mutée en « guerre contre le terrorisme » ? C’est en tout cas le point de vue que défend l’historien suisse Daniele Ganser, auteur de Les armées secrètes de l’OTAN et qui a enquêté à travers l’Europe entière pour remonter les filières du Gladio et constituer cet ouvrage unique sur le sujet [7]. Un spécialiste pour qui, la « guerre contre le terrorisme » est aujourd’hui un moyen similaire de manipulation des populations occidentales, en ce sens qu’elle désigne de nouveaux faux responsables d’actes terroristes —les musulmans—, non plus pour contrer la « menace soviétique », mais pour justifier les guerres de ressources des États-Unis.

Ce point de vue, l’ancien colonel de l’armée de terre des États-Unis Oswald LeWinter, qui fut pendant plus d’une décennie le n°2 de la CIA en Europe et le co-président du Comité clandestin de l’OTAN, est venu l’accréditer [8]. Il a confirmé que son service avait infiltré des groupes d’extrême-gauche européens tels que les Brigades rouges en Italie ou Action directe en France ; qu’il avait simultanément recruté des mercenaires anti-communistes à l’extrême droite ; et enfin, qu’il avait organisé divers attentats en les faisant exécuter par l’extrême droite, mais attribuer à l’extrême gauche, voire revendiquer par elle. Il a ainsi déclaré que l’OTAN avait donné l’ordre d’assassiner le général français René Audran, directeur des Affaires internationales du ministère de la Défense (c’est-à-dire chargé des exportations d’armement), après qu’il eut été découvert qu’il était la source des informations divulguées quelques années plus tôt par le journaliste italien Mino Pecorelli [9]. L’assassinat avait été attribué à Action directe, dont cinq de ses membres ont été condamnés à la prison à perpétuité [10].

Continuant sa démonstration, le colonel LeWinter a affirmé avoir participé, au sein de la CIA et aux côtés du MI6, à la création d’Al Qaïda sur le modèle du Gladio. Des groupes islamiques auraient été infiltrés ; des mercenaires auraient été recrutés dans d’autres milieux musulmans ; et des opérations commanditées par les services secrets anglo-saxons seraient attribuées aux premiers alors qu’elles seraient exécutées par les seconds. Cependant, à la différence des groupes européens des années 70 et 80, tous les groupes de façade islamique auraient été regroupés sous un label unique, Al Qaïda.

Le colonel LeWinter a affirmé avoir eu un dernier contact avec Oussama Ben Laden, en 2003 ; un épisode dont la presse portugaise s’était fait l’écho à l’époque.

L’historien états-unien Webster G. Tarpley, qui participait en duplex depuis Washington à cette réunion, est revenu en détail sur l’assassinat du Premier ministre italien Aldo Moro. Un meurtre réalisé par les Brigades rouges, mais commandité à leur insu par l’OTAN, sous l’autorité directe d’Henry Kissinger. M. Tarpley, qui vivait à l’époque à Rome, avait été le premier à révéler les détails du complot atlantique, visant à empêcher la création d’un gouvernement d’union nationale incluant les communistes. Il a observé que les enquêtes ultérieures ont confirmé ses travaux, excepté quant à la localisation d’une société secrète qu’il avait par erreur liée à l’Ordre de Malte alors qu’elle se trouvait au Grand Orient d’Italie (la fameuse loge Propaganda Due dite « P2 », découverte depuis) [11].

Roumiana Ougartchinska a rendu compte de l’enquête qu’elle poursuit depuis plus de dix ans sur la tentative d’assassinat de Jean-Paul II. La confrontation des éléments disponibles permet d’invalider définitivement la célèbre « piste bulgare », théorie selon laquelle l’attentat aurait été commandité par l’URSS et exécuté par un Turc travaillant pour les services bulgares [12]. Il reste qu’il a été établi qu’Ali Agça était le n°3 du stay-behind en Turquie et qu’il a bénéficié de nombreuses complicités en Europe occidentale. Un intense conflit opposait les États-Unis au Saint-Siège, préoccupé d’éviter que l’Europe centrale ne se transforme en champ de bataille entre les deux grandes puissances, à propos de l’Ostpolitik du cardinal Agostino Casaroli.

Pour l’Italien Giullieto Chiesa, parlementaire européen, philosophe et journaliste, la situation est aujourd’hui beaucoup plus grave qu’elle ne pouvait l’être durant la Guerre froide. En effet, si, dans le contexte de l’affrontement idéologique entre les Anglo-Saxons et l’URSS, les hommes du stay-behind pouvaient croire violer les règles démocratiques pour protéger les démocraties, ils ne peuvent aujourd’hui que servir les intérêts des Anglo-Saxons au détriment de leurs alliés.

Le 5 octobre 2001, soit moins d’un mois après les attentats de New York et Washington, les États-Unis et le Royaume-Uni ont informé le Conseil atlantique de la réactivation du stay-behind contre « l’ennemi terroriste ». Ils ont exigé la collaboration des États membres en vertu de l’assistance mutuelle prévue par l’article 5 de la Charte de l’OTAN en cas d’attaque d’un allié. Par la suite, ils ont négocié avec l’Union européenne les facilités d’action dont ils avaient besoin [13]. Enfin, ils ont négocié bilatéralement des réformes législatives permettant aux agents de la CIA et du MI6 d’agir clandestinement dans chaque État membre [14]. Or, l’OTAN n’est plus une alliance militaire entre égaux, mais uniquement un lieu d’exécution des décisions de Washington. Ainsi, récemment, les États-Unis ont-ils pu négocier avec la Pologne et la République tchèque l’installation de leur nouveau système de missiles sans même en informer le Conseil atlantique, qui n’en a débattu qu’après coup.

La Commission d’enquête du Parlement européen, à laquelle Giulietto Chiesa participait activement, a confirmé le rapport de Dick Marty [15] au Conseil de l’Europe [16]. Elle a montré que la CIA a enlevé, séquestré et torturé des musulmans en Europe au cours des cinq dernières années.

Le député polonais Mateusz Piskorski a souligné, quant à lui, que les enquêtes diligentées dans son pays n’ont pas permis d’en savoir plus à propos des prisons secrètes de la CIA sur le territoire national. Au demeurant, si celles-ci ont existé, elle ne l’ont été que sous la présidence d’Aleksander Kwaśniewski et ont certainement disparu avec le président Lech Kaczynski, quel que soit son tropisme pro-états-unien.

Pour conclure, Thierry Meyssan, le président du Réseau Voltaire qui animait cette séance de travail, a souligné que les agissements des services secrets de l’OTAN bafouaient les principes de la souveraineté nationale. Il a une nouvelle fois mis en garde contre l’évolution impériale des États-Unis et a affirmé que leur ingérence était le premier défi auquel devaient faire face aujourd’hui les démocraties occidentales. D’autant que le choix délibéré des victimes —toutes musulmanes— visait à implanter en Europe le « clash des civilisations ». Enfin, en cette veille d’élection présidentielle française, il a rappelé que les accords transatlantiques autorisant l’usage des aéroports nationaux par les avions-prisons de la CIA avaient été secrètement négociés par Nicolas Sarkozy et que celui-ci ne s’en était jamais expliqué. Mais il s’est félicité que la CIA ait hésité à en faire usage de crainte de sabotage de leurs opérations par des officiers républicains des services français.

Ossama Lotfy |

 Réseau Voltaire |

24 avril 2007
Published on août 10, 2010

par GeantVert



 

Les commentaires sont fermés.