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18/09/2010

n°549 - Les Dossiers 'Géopolitique et stratégie' de Palestine - 13-09 - : Début :- : "Nous sommes plus proches que jamais d'Al Qods".

n°549 - Les  Dossiers   'Géopolitique et stratégie' de  Palestine - 13-09 - : Début :- : "Nous sommes plus proches que jamais d'Al Qods".


L'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance

                 Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources 



Les  Dossiers   'Géopolitique et stratégie' de  Palestine

549 du 13-09

C.De Broeder & M.Lemaire



Vous retrouverez ce journal 

a) sur nos blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Eva Resis       :  no-war.over-blog.com

c) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

d) sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

  

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be

 

Sommaire

1 Analyse - Géopolitique et stratégie – Réflexion.

1-1 Israel Shamir : Le truc génial à faire.

1-2 Alain Faujas : Le PIB par Palestinien est inférieur de 30 % à ce qu'il était en 2000.

1-3 Pierre-Yves Salingue : A quoi sert Salam Fayyad ?

Suite

1-4 Pierre-Yves Salingue : Les fantassins français de Salam Fayyad.

1-5 Yahia Gouasmi : L'influence du lobby pro-israélien aux États-Unis. Et en France... ?

Fin

1-6 Sayed: "Nous sommes plus proches que jamais d'Al Qods".

2 Annexe

Est-ce qu’Israël dirige les Talibans ?

2-2 Gordon Duff : Les attentats du 11 septembre vus par une conspirationniste.

Pièce Jointe

Gilles Devers : Les réfugiés palestiniens et le droit au retour.



1 Analyse - Géopolitique et stratégie – Réflexion.

Ndlr : La publication de l'article ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information

 

1-1 Israel Shamir : Le truc génial à faire.
L’Etat Unique n’est absolument pas une vision apocalyptique de Fin du Monde. C’est parfaitement faisable, et ce serait une évolution mutuellement bénéfique.

Les partisans juifs nationalistes d’un Seul Etat devraient être encouragés à nous rejoindre.

- « Non : tu dois finir ET ta viande ET tes légumes ; ne trie pas le fromage de ton sandwich et ne laisse pas le pain dans ton assiette » : c’est ce que nous disons à un enfant difficile qui tente de nous mener en bateau et de ne manger que ce qu’il veut en attendant le dessert. Choisir et picorer est une habitude déplorable, à la table familiale.

Cela vaut pour les colons israéliens et pour les juifs nationalistes, tout aussi bien. Enfin – ils ont mis le temps ! -, ils commencent à reconnaître les avantages de l’Etat Unique entre la Mer et le Jourdain, au lieu d’avoir un ghetto juif et des bantoustans arabes…

C’est ce que le journaliste du Haaretz Noam Sheizaf nous dit dans un article au titre éloquent de Fin de Partie. Parmi les nouveaux adeptes de l’Etat Unique, l’on trouve le président de la Knesset Rubi (Reuven) Rivlin, qui a dit : « Il est préférable, pour les Palestiniens, de devenir des citoyens de l’Etat (israélien), plutôt que nous divisions le pays », et l’ancien ministre de la Défense Moshe Arens, qui est prêt à accorder la citoyenneté israélienne aux Palestiniens vivant en Cisjordanie. Ce sont des poids lourds de la politique israélienne, et ils sont (semble-t-il)  soutenus par d’autres membres du Likoud, comme la députée Tzipi Hotovely et des colons de première bourre comme Uri Elitzur, des rabbins comme le Rav Froman, de Tekoa, ainsi, dans une certaine mesure, que par l’icône des colons Hanan Porat.

Ils évoquent l’idée d’accorder aux deux millions et demi de Palestiniens de la Cisjordanie la citoyenneté israélienne et tous les droits qui vont avec. C’est là un pas dans la bonne direction, qu’il faut encourager. Cela ne suffit assurément pas, mais, comme premier pas, c’est pas mal. Toutefois, certains de ces juifs veulent picorer et choisir. Ainsi, Adi Mintz, ancien directeur du Yesha Council, voudrait qu’Israël annexe 60 % de la Judée-Samarie, dont les 300 000 habitants palestiniens se verraient accorder la citoyenneté israélienne. C’est trop peu, trop tard. Un tel projet, qui semble sortir de la cervelle d’un lièvre, n’a aucune chance d’être considéré acceptable par les Palestiniens, ni d’ailleurs par aucune personne se respectant, où que ce soit.

 « Si vous voulez les terres, alors prenez-les, mais avec ceux qui y vivent », avait répondu Glubb Pasha, en 1948. Le commandant de la Légion Arabe se voyait contraint de concéder la Vallée d’Ara aux juifs ; les juifs voulaient – déjà, à l’époque, comme maintenant – avoir les terres, sans les Palestiniens. Glubb refusa. Finalement, les juifs cédèrent, et les habitants du Wadi Ara restèrent chez eux, reçurent la nationalité israélienne et prospérèrent. Voilà ; ça, ça pourrait servir de modèle. Mais pas le « et vas-y que je picore, et vas-y que je choisisse ». Sinon, le reste de la Palestine se retrouvera avec beaucoup de monde enfermé dans de minuscules enclaves.

Toute la Palestine et tous les Palestiniens qui y vivent – c’est là un minimum faisable, dans un premier temps. C’est bien moins que ce que les Palestiniens revendiquent ; en effet, ils veulent, tout à fait raisonnablement, voir les réfugiés rentrer du Liban, de la Syrie et de la Jordanie. Les Palestiniens veulent aussi recouvrer les biens qu’ils ont perdus à cause de lois racistes, en particulier à cause de la Loi sur les Propriétaires Absents. Toutefois, ces exigences pourraient être débattues avec plus de profit dès lors qu’il y aurait de quatre à cinq millions d’électeurs palestiniens, en Israël…

Même les nationalistes juifs les plus éclairés et les plus conciliants ne veulent pas s’emparer de Gaza, car la bande de Gaza, ça représente peu de terres et beaucoup de Palestiniens. Cela compromet, bien sûr, une véritable solution, mais l’absorption de la totalité de la Cisjordanie, avec la totale citoyenneté accordée à tous ses habitants, serait probablement acceptable, comme premier pas dans la bonne direction. En même temps, la réintégration de Gaza pourrait commencer et demander, disons, un an ou deux ; à la fin de cette période, Gaza serait totalement intégrée et ses habitants jouiraient, eux aussi, d’une citoyenneté totale.

Est-ce là quelque chose de réellement faisable, ou bien sommes-nous, là encore, en présence d’un énième exemple de distorsion sioniste implantée dans notre discours afin de semer la confusion, comme l’a écrit notre ami Gilad Atzmon ? Il faut y aller prudemment, à mon avis. L’Etat Unique est bon pour les Palestiniens, et ils sont une majorité à le préférer à la soi-disant « indépendance » sous la houlette de Mahmud Abbas, et même d’Ismaël Haniyyé. Toutefois, l’Etat Unique est bon, aussi, pour les juifs, et pas seulement pour les Palestiniens. C’est bon pour le business israélien. C’est bon pour un demi-million de colons juifs qui pourraient rester chez eux. C’est bon pour les juifs orientaux, qui seraient réintégrés dans leur milieu arabe natal. C’est bon pour les Russes, qui sont, de toutes les manières, considérés comme des « juifs de seconde catégorie ». C’est bon pour les juifs honnêtes, car ils y trouveront la tranquillité d’esprit. Leur psychose de la persécution, peut-on espérer, finirait par se dissiper. Bref, les juifs ne regretteraient pas outre-mesure le changement, exactement de la même manière que les Sud-Africains n’ont aucune nostalgie pour l’époque de l’apartheid. La paix avec les voisins permettra une intégration totale dans la région (du Moyen-Orient) et, généralement, l’intégration est une bonne chose, pour les juifs. 

L’Etat Unique n’a rien d’une vision apocalyptique de Fin du Monde. C’est une évolution parfaitement faisable et bénéfique. Pourquoi cela ne s’est-il pas produit jusqu’ici, c’est une question de psychologie, plutôt que de Realpolitik. Traditionnellement, les juifs ont toujours été contre les mariages mixtes, depuis l’époque d’Ezra, qui chassa tous les couples mixtes de l’Etat juif naissant. En dépit du déclin de la religiosité juive, les juifs nationalistes ont hérité ce trait. Le nationalisme juif s’est constitué au 19ème siècle ; les juifs nationalistes (les juifs « fiers de l’être ») partagent l’horreur du mélange racial d’Hitler et redoutent la dissolution de leur « race pure et sans tache ». Ils croient, et ils ont raison, qu’une coexistence pacifique encouragera les mariages mixtes, qui dilueront le précieux sang juif, la précieuse race juive, le précieux ADN juif ; appelez ça comme vous voudrez. De fait, aux Etats-Unis, en Russie et en Europe, les mariages mixtes représentent plus de 50 % des unions. Si la guerre est le seul moyen d’empêcher les mariages mixtes, alors, choisissons la guerre, concluent-ils. La guerre est bonne, car « elle empêche la société israélienne de se désagréger », a dit l’historien israélien Ilan Pappe.

Ce judaïsme guerrier de type national-socialiste est dépassé, il a été sapé, d’une part, par l’américanisation de l’Israël de la ligne verte et, d’autre part, par l’influence du terrain. Les colons, des gens insupportables, vivent à proximité des endroits les plus charmants et délicieux en Palestine. Il n’est donc pas surprenant qu’aux yeux de certains d’entre eux les terres soient devenues plus importante que le sang. Non seulement le sang à verser, mais aussi le sang à mélanger. D’ailleurs, le propriétaire du quotidien Ha’aretz, Amos Shocken, a écrit un texte défendant l’intégration totale et l’assimilation mutuelle des juifs et des Palestiniens. Le livre pionnier de Shlomo Sand, Comment le peuple juif a été inventé, qui dézingue le concept d’une race juive pure et ancestrale, a eu un succès énorme auprès des juifs israéliens, qui sont apparemment prêts à recevoir ce message.

Un lecteur étranger pourrait être surpris par le soutien apporté par les nationalistes juifs à cette idée (de l’Etat Unique) que la gauche sioniste israélienne rejette avec une telle véhémence. Toutefois, pour nous, les Israéliens, cela n’a rien d’étonnant, à la lumière de l’effondrement organisationnel et moral de la gauche sioniste, ces dernières années. Après tout, c’est la gauche sioniste qui nous a donné la Nakba, sous Ben Gourion, et un tas de colonies, sous Rabin et Barak. C’est la gauche sioniste qui a aussi inventé le Mur et le slogan d’apartheid : « Nous chez nous, et eux chez eux ! »

Ali Abunimah nous a à juste titre rappelé qu’« en Afrique du Sud, ce n’était pas les détracteurs de l’apartheid traditionnels blancs progressistes qui ont supervisé le démantèlement du système, mais bien le National Party, c’est-à-dire le parti qui avait lui-même instauré l’apartheid ». De fait, le ‘libéralisme’, au sens de ‘progressisme’, ne mène nulle part, et il en va de même de l’attitude hypocrite de la gauche. Il y a certes, chez les colons, des éléments parfaitement imbuvables, mais ils ne sont pas pires que l’Israélien moyen. Beaucoup d’entre eux sont même tout à fait humains. Leurs voisins palestiniens en sont conscients. De fait, Raja Shehadeh conclut ses merveilleuses Promenades en Palestine par une rencontre charmante avec un jeune colon qui était descendu au bord d’une rivière pour sa fumette. Shehadeh et le colon se passent et se repassent le joint, comme un calumet de la paix.

Gilad Atzmon et Ali Abunimah affirment l’un comme l’autre que les nationalistes juifs se sont juré de maintenir un « Etat démocratique juif », par opposition à un « Etat pour tous ses citoyens ». Ce n’est que trop vrai. Un Etat juif démocratique, cela signifie un Etat démocratique pour les juifs et juif pour tous les autres. Toutefois, Lincoln et ses contemporains, qui affranchirent les esclaves, ne s’attendaient pas à ce qu’un Noir deviendrait,  un jour, Président des Etats-Unis, et pourtant, c’est arrivé, grâce à la dynamique qu’ils ont enclenchée. De même, dans le cas qui nous occupe, que des millions de Palestiniens s’inscrivent sur les registres électoraux : dès lors, ces petits problèmes seront réglés.  

Il faut que nous encouragions les partisans juifs nationalistes de l’Etat Unique à nous rejoindre. Le temps est peut-être venu d’organiser une Conférence pour un Seul Etat, comme nous l’avons fait, voici quelques années, à Lausanne. Mais, cette fois-ci, avec des colons et des gens du Hamas, et avec tous les autres, tous ceux, quels qu’ils soient, qui veulent vivre dans une Seule Palestine, une Palestine Complète, pour reprendre les termes utilisés par Tom Segev.

Source et traduction : Marcel Charbonnier

Samedi 24 juillet 2010

http://www.palestine-solidarite.org:80/analyses.Israel_Shamir.240710.htm


1-2 Alain Faujas : Le PIB par Palestinien est inférieur de 30 % à ce qu'il était en 2000.

La lecture du rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) publié mardi 31 août sur l'assistance apportée en 2009 au peuple palestinien ne rassure pas sur l'état de santé économique de celui-ci.

Et ce, malgré des statistiques presque flatteuses annonçant une croissance en hausse de 6,8 % et un taux de chômage en baisse de 1,6 %.
Selon le rapport, ces chiffres ne traduisent "en aucune manière une reprise". Les problèmes de sécurité alimentaire "restent omniprésents et sont particulièrement graves à Gaza où 60 % de la population sont touchés".

Après une année 2008 marquée par la crise économique, l'amélioration aurait dû être plus substantielle si les acteurs économiques palestiniens n'avaient été pénalisés par les bouclages pratiqués par les autorités israéliennes, par la dégradation de l'appareil productif et par l'obligation de recourir à des devises étrangères (shekel, dollar ou dinar jordanien) qui rendent prohibitifs les coûts des transactions.

Mais la construction du mur de séparation, l'implantation de nouvelles colonies israéliennes et la confiscation des terres palestiniennes ont fait aussi sentir leurs effets délétères.

Le taux réel de chômage dans les territoires occupés serait de 30% et le produit intérieur brut (PIB) par habitant y demeure inférieur de 30 % à ce qu'il était en 2000, avant l'Intifada. Selon les auteurs, "la situation est bien pire à Gaza [+1 % de croissance] qu'elle ne l'est en Cisjordanie [+8,5 %], où l'économie souterraine et informelle a connu un essor sans précédent pour compenser l'effondrement du secteur productif".

UN TERRITOIRE CORSETÉ

L'économie des territoires occupés est largement dépendante de celle d'Israël.

Leur déficit commercial à l'égard de leur plus proche voisin représente 65 % de leur déficit total. Il a atteint 2,6milliards de dollars (2 milliards d'euros) en 2009, soit un chiffre supérieur aux 2,4 milliards de dollars d'aide internationale versés annuellement aux Palestiniens. Cette aide profite donc indirectement et en priorité… à Israël.

Le rapport affirme que – quoique "vitale" – l'aide des donateurs au peuple palestinien "ne sera économiquement efficace que lorsque les autorités israéliennes lèveront les mesures de bouclage et le blocus de Gaza". Deux calculs le prouvent. D'abord, l'addition des coûts indirects de la guerre, du blocus de Gaza et des bouclages en Cisjordanie se situe entre 600 et 800 millions de dollars par an, soit 13 % du PIB. Si l'on y ajoute les coûts des dégâts causés par l'intervention militaire israélienne à Gaza en 2008-2009, les pertes totales s'élèvent à 3,1 milliards de dollars pour la période 2008-2010.

D'autre part, la Cnuced a calculé qu'une injection de 1,6 milliard de dollars d'aide à l'investissement public entre2010 et 2012 entraînerait une hausse annuelle du PIB palestinien inférieure à 1 % en moyenne, si le corset sécuritaire était maintenu tel quel.

En revanche, la même somme dépensée, cette fois, dans un contexte d'apaisement avec levée du blocus de Gaza et assouplissement du bouclage de la Cisjordanie générerait une croissance annuelle de 14 % et pourrait créer 80 000 emplois par an.

Alain Faujas

Article paru dans l'édition du 02.09.10


1-3 Pierre-Yves Salingue : A quoi sert Salam Fayyad ?

La Collaboration en Palestine (1/3)

En Cisjordanie, transformée en bantoustan palestinien, un président dont le mandat a expiré a nommé un Premier ministre, Salam Fayyad, sans le faire investir par le Conseil législatif. M. Fayyad a formé un gouvernement fantoche dont les forces de sécurité sont commandées par un général états-unien et dont les institutions économiques sont placées sous tutelle. A quoi sert donc cette pathétique mise en scène, s’interroge Pierre-Yves Salingue.

Ali Abunimah, fondateur et éditorialiste du site Electronic Intifada, a récemment publié un article critiquant ce qu’il nomme « la fausse (ou hypocrite) campagne de boycott de l’Autorité Palestinienne ».

Il y accuse notamment Salam Fayyad, le « Premier ministre non élu basé à Ramallah », de vouloir torpiller la campagne de BDS et aussi de tenter de récupérer les actions de terrain de la « résistance populaire ».

Peu de temps avant, Jamal Juma, coordinateur palestinien de la campagne contre le mur (Stop the Wall), avait déclaré que « l’Autorité Palestinienne cherchait à paramétrer la résistance pacifique contre le mur d’apartheid en fonction de sa propre vision pour en prendre le contrôle ».

Au même moment, Mousa Abu Maria, coordinateur de Palestine Solidarity Project et animateur du comité populaire de Beit Ommar, arrêté tour à tour par l’armée israélienne et par la police de l’Autorité, analysait le soudain intérêt de l’Autorité Palestinienne pour la résistance populaire non violente comme « une offre voilée de Fayyad pour prendre le contrôle d’un mouvement populaire ».

Ces quelques exemples illustrent une réalité qui ne fait pas mystère en Cisjordanie. Là-bas, nombreux sont ceux qui ont compris que le contrôle des actions de « la résistance populaire » est devenu un enjeu politique important.

Le « libéral » issu d’un coup de force

Salam Fayyad a été fourni clés en mains par le gouvernement états-unien et les différents pays « donateurs » qui l’ont imposé à Arafat en qualité de ministre des Finances en 2002.

Nul ne devrait remettre en cause sa volonté de servir ses compatriotes : après des études en université américaine et quelques années passées à la Banque mondiale, il a mis en pratique son « droit au retour » en acceptant en 1995 la responsabilité de « représentant du FMI » dans les Territoires de l’Autonomie Palestinienne.

En 2007 il a été désigné Premier ministre par Mahmoud Abbas qui venait de tenter un coup de force contre le Hamas à Gaza avec son acolyte Mohammed Dahlan. Après la débandade de leurs forces financées par les USA, Abbas a décrété l’Etat d’urgence, a assisté sans mot dire voire a encouragé le durcissement du blocus de Gaza et l’arrestation des membres Hamas du Conseil législatif où ils étaient majoritaires.

Celui qu’on nous présente parfois comme un « libéral » n’a éprouvé aucun état d’âme à profiter d’un putsch pour prendre la place du Premier ministre élu par la majorité Hamas du Conseil législatif palestinien.

Depuis 3 ans, alors que sa liste n’ avait obtenu que 2,4 % des suffrages lors des élections remportées par le Hamas, il est le « Premier ministre » d’un gouvernement qui n’a jamais été ratifié par un vote du Conseil législatif palestinien et il a été nommé par un « président » dont le mandat est achevé depuis 18 mois !

Curieusement, ses nombreux admirateurs occidentaux ne semblent pas choqués par ce « léger » déficit de légitimité démocratique !

Construire un Etat sous occupation ?

Le plan prêté au nouveau sauveur des Palestiniens est le suivant : eu égard à l’impasse des négociations, l’Autorité modernisée par Fayyad va faire la démonstration du sérieux palestinien sur le terrain et, à un moment donné, il apparaitra clairement aux yeux de la communauté internationale que le seul obstacle au règlement du conflit, c’est l’occupation… [1]

Naïveté ou soumission ? Voici ce qu’en dit Bernard Sabella, un membre du Conseil législatif proche de Fayyad : « L’insistance sur la non-violence chez nous, les Palestiniens aujourd’hui, est en accord avec le plan de M. Fayyad pour arriver à une position où la communauté internationale va regarder la Palestine et dire : Voilà, les Palestiniens sont bien développés dans leurs institutions, et même dans leur mentalité. Alors, pourquoi ne pas leur reconnaître un État ? »

Fayyad affirme qu’il sera alors en capacité de forcer la main de la communauté internationale pour exiger la conclusion d’un accord mettant un terme à l’occupation de 1967.

Il y aurait donc désormais deux options dans la recherche de la reconnaissance de l’Etat palestinien : celle d’Abbas axée sur la poursuite des négociations et fondée sur l’espoir d’un changement d’attitude du gouvernement des USA ; et celle de Fayyad consistant à agir sur le terrain pour établir les fondations économiques sans attendre la création de l’Etat.

En réalité ces deux attitudes ne sont nullement contradictoires. Abbas et Fayyad sont deux étoiles jumelles qui unissent leurs efforts dans l’espoir que la communauté internationale va leur octroyer « un Etat » et tant pis s’il s’agit d’un bantoustan totalement soumis économiquement à l’économie israélienne, sans souveraineté et principalement voué au contrôle policier des Palestiniens. Et tant pis aussi si cet « Etat » sert demain de justification à l’oubli de la question palestinienne qui sera réduite à quelques épisodes d’un banal « conflit frontalier entre deux Etats voisins » !

Fayyad sait que la combinaison de la structure des accords d’Oslo et de l’occupation militaire israélienne rend l’Autorité totalement dépendante d’Israël et que c’est toujours l’intérêt de l’Etat sioniste qui commande.

Le flic et le banquier : au service de la paix pour le Capital

Keith Dayton est un général de l’armée de terre US. Il dirigea l’Iraq Survey Group, dont le rapport final conclut que les armes de destruction massives de Saddam Hussein existaient bien, mais qu’elles ont été sorties d’Irak avant que le pays ne soit attaqué, et qu’on en a perdu la trace. En décembre 2005, il a succédé au général William Ward comme coordinateur de sécurité entre l’Autorité Palestinienne et Israël. A ce poste, il est le commandant de facto des forces de sécurité de l’Autorité palestinienne.

Si le blocus financier a été levé et si le quadrillage militaire s’est un peu allégé en Cisjordanie, c’est parce que le maintien sur place des forces d’occupation israéliennes et la participation active des collaborateurs palestiniens, notamment dans l’action répressive des forces policières palestiniennes placées sous le commandement du général états-unien Keith Dayton, le permettaient.

Comme Dayton l’a expliqué, l’USSC (United States Security Coordinators — Equipe états-unienne de coordination de la sécurité) est là « non pas pour apprendre à combattre Israël, mais pour maintenir l’ordre et la loi, respecter tous les citoyens et faire régner la loi afin qu’ils puissent vivre en sécurité et en paix avec Israël. »

La mission de cette force policière est avant tout le contrôle de tout mouvement populaire. Certains commentateurs occidentaux n’ont pas manqué de noter la faiblesse des manifestations de protestation des habitants de Cisjordanie lors de l’agression meurtrière contre Gaza fin 2008.

Là encore Dayton explique :

« Pendant cette période, les Israéliens ont gardé un ’profil bas’ ; chaque jour, ils se coordonnaient avec les forces de sécurité palestiniennes. Par exemple, le commandant palestinien appelait le commandant israélien pour lui dire ’’Une manifestation se déroulera du point A au point B. Elle passe près du check-point de Bet El. Nous apprécierions si, pendant deux heures, vous pouviez quitter le check-point afin que nous puissions contrôler la manifestation, ensuite vous pourrez reprendre position.’’

Dayton rapporte ensuite les propos d’un officier israélien : « L’USSC est en train d’accomplir un travail formidable. Plus les Palestiniens feront le boulot et moins nous devrons le faire ». [2]

La mission première de Fayyad ne devrait faire aucun doute : il est là pour contribuer à réunir les différentes conditions favorables à la liquidation de toute résistance authentique, quelle qu’en soit la forme, violente ou non violente.

Il n’est évidemment pas seul à la manœuvre et bénéficie de l’appui encore nécessaire de Abbas, du soutien contraint et pas toujours enthousiaste du Fatah et de la complicité plus ou moins discrète de dirigeants d’ONG dont la survie dépend de l’USAID ou de l’argent de Fayyad.

Quant à la « gauche palestinienne », elle semble n’avoir comme seule stratégie que réclamer l’unité et la réconciliation, refusant d’admettre que, dans les présentes circonstances, toute réconciliation ne pourrait se faire que sur le dos de la Résistance et au détriment des droits fondamentaux du Peuple palestinien.

Fayyad est un jalon important dans la mise en place d’une Autorité dépolitisée, une simple administration de gestion du quotidien des Palestiniens « sous sa forme techniciste éloignée de tout engagement patriotique » [3].

C’est aussi ce que dit Azmi Bishara : « L’ancien officiel de la Banque mondiale, qui se vante d’être pragmatique, offre des solutions au jour le jour à la place d’une cause nationale ».

Pour autant, dans cette « gestion du quotidien », la relative amélioration de certains aspects de la vie des habitants de Cisjordanie, par la levée temporaire de certains barrages à l’entrée des villes palestiniennes et par la permission donnée aux Palestiniens d’emprunter certains segments de routes précédemment réservées aux seuls Israéliens, n’a pas modifié en profondeur la situation des Palestiniens ordinaires dont l’immense majorité ne fréquente pas les dancings de Ramallah où le coca se paye 4 € et ne pourra pas devenir propriétaire d’ un appartement à Rawabi.

Aussi, dans un contexte global d’intensification de la chasse aux militants du Hamas et plus généralement de la répression à l’encontre de tous ceux qui contestent sa politique de complicité active avec l’occupation, Fayyad doit donner le change et ne peut pas être réduit au rôle de collaborateur actif et dévoué de l’occupant.

Neutraliser la résistance populaire

Il a donc décidé d’occuper, pour mieux les neutraliser, les deux terrains où s’exprime aujourd’hui la lutte contre l’occupation en Cisjordanie : d’une part « la résistance populaire » et d’autre part le boycott d’Israël.

Diverses luttes ont été spontanément engagées à partir de 2002 par des villageois confrontés aux premiers travaux de construction du mur (Jayyous, Bil’in…). Elles ont souvent pris la forme de manifestations régulières contre le mur, pour la défense du libre accès aux terres et aux villages de plus en plus cernés par les colonies. Ignorées des principales factions politiques et méprisées par l’Autorité, elles sont restées isolées pendant plusieurs années.

Stop the Wall Campaign, puis l’appel BDS en 2005 ont été les premiers à tenter de relier entre elles ces recherches d’une alternative d’une part à la faillite de la stratégie des négociations de paix et d’autre part à l’impossibilité d’une participation populaire à la deuxième Intifada militarisée. Mais la situation a changé. Les négociations sont devenues inexistantes et l’isolement des actions armées a mené la deuxième Intifada dans l’impasse.

Depuis quelques temps, Stop the Wall et BDS sont confrontés à la concurrence de deux organismes : le Comité national et le Comité de coordination. Le premier a été créé par le Fatah dès 2005 et a été réactivé depuis sa dernière conférence nationale, après l’été 2009. Le second est sous le contrôle du gouvernement de Fayyad et il prétend vouloir organiser l’ensemble des responsables des comités populaires de Cisjordanie.

Fayyad ne lésine pas sur l’utilisation de l’argent et les différents comités populaires ne sont pas logés à la même enseigne dans la distribution ! Comme le dit avec franchise Mohamed Kattib, l’un des leaders du comité de Bil’in soutenu par l’Autorité, « La pression médiatique et l’argent qui a coulé à flot ont créé des tensions. Chacun veut sa part… » [4].

Et puis, la répression des manifestations par l’armée israélienne aboutit à de nombreuses destructions et à des arrestations. Il faut rémunérer des avocats, payer les cautions et les amendes, rendre visite aux prisonniers dans des prisons israéliennes éloignées, etc.

Tout cela coûte cher et celui qui paye entend bien en tirer un avantage politique. On peut le constater en étudiant les déclarations finales des conférences internationales qui se sont tenues à Bil’in ces dernières années. Quand la présence de Fayyad en 2009 et l’absence de l’Autorité palestinienne dans la lutte sur le terrain avaient fait l’objet de critiques acerbes et que la conférence avait alors mis la priorité sur la campagne BDS, 2010 a confirmé l’influence croissante de l’Autorité sur de nombreux comités populaires.

En mobilisant des moyens financiers importants et en n’hésitant pas à user de la répression sélective contre certains dirigeants, avec souvent la complicité active des forces de l’occupation, Fayyad semble avoir réussi là où Mustapha Barghouti et le Fatah avaient échoué dans leurs tentatives de récupération.

En avril 2010 à Bil’in, les porte-paroles de BDS ont assisté à la rétrogradation de leur action au deuxième rang et vu un « boycott des produits israéliens provenant des colonies » se substituer au boycott d’Israël !

Fayyad est donc l’homme orchestre d’un dispositif qui permet de faire des projets de zone industrielle, des projets de développement touristique, qui favorisent le boom de l’immobilier et des commerces de luxe à Ramallah… mais un dispositif qui ne met pas fin à l’occupation et qui n’empêchera pas l’armée israélienne, si elle le décide demain face à une nouvelle révolte populaire palestinienne, de détruire toute cette pacotille dont seule tire profit aujourd’hui une petite élite palestinienne qui ambitionne de trouver sa place dans le projet néolibéral de Grand Moyen-Orient.

La réalisation du plan néolibéral de Fayyad passe évidemment par la liquidation de toute résistance authentique, puisque ce plan intègre l’occupation israélienne comme un état de fait inébranlable. [5]

(A suivre…)

27 -08 - 2010

Pierre-Yves Salingue


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