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03/10/2010

n°551 - Dossier de Palestine - 02-11 - : Suite - : La colonisation de la Palestine se poursuit...

n°551 - Dossier de  Palestine  - 02-11 - : Suite - : La colonisation de la Palestine se poursuit...



L'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources



Dossier de Palestine

      n°551                                                     02-11

                                                                  C.De Broeder & M.Lemaire   

 



Vous retrouverez ce journal 

a) sur mes blogs : 

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b) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

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c) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

d) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

c) sur le site de Robert Bibeau :   http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be 


 


Sommaire

2 Dossier (Suite)

2-2 Silvia Cattori - Entretien avec Kevin Ovenden : De Londres à Gaza.

2-3 Interview : René Naba : Pourparlers Israélo-Palestinien.

2-4 Robert Fisk : « Israël est un membre de l'Union Européenne sans être membre de l'institution » Pardon ?

3 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

3-1 Le chemin vers la paix peut s’élargir.

3-2 Rapport : Comment les enfants des martyrs et des captifs vivent l’Aïd ?

3-3Joseph Dana : La fureur des Palestiniens de Jérusalem après le meurtre de Samir Sarhan.

3-4 Franklin Lamb : 28 ans après le massacre de Sabra et Chatila : l’histoire de Mounir.

3-5 Catoche : Impressions d’un baroudeur en Palestine.

3-6 Qui sifflera en Palestine la fin des colonies ?

3-7 Qui veut la peau de notre solidarité ?


2-2 Silvia Cattori - Entretien avec Kevin Ovenden : De Londres à Gaza.

Soumise par Israël à un siège inhumain, menacée d’asphyxie, depuis ce jour de février 2006 où elle a voté massivement en faveur du Hamas, la population de Gaza n’a pas cédé au chantage de la faim comme l’escomptait Israël.

Le militant britannique Kevin Ovenden, coordinateur du cinquième convoi humanitaire Viva Palestina (*) parti de Londres le 18 septembre 2010 en direction de Gaza, répond ici aux questions de Silvia Cattori.

28 septembre 2010

Thèmes : Gaza Mouvements de solidarité Droit international

Silvia Cattori : Dans quel état d’esprit avez-vous entamé ce cinquième convoi ? Les difficultés et les violences essuyées lors de vos précédentes expéditions [1] ne vous ont-elles pas effrayé ? N’avez-vous pas peur ? 

Kevin Ovenden : Nous n’avons pas peur. C’est mon quatrième convoi vers Gaza. J’étais aussi à bord de la Flottille de la Liberté. Nous sommes conscients des difficultés. Elles sont de deux sortes. Il y a d’une part les difficultés logistiques, les imprévus du voyage, l’organisation de l’aide, l’organisation du transport, car une partie de notre voyage doit se faire par mer. Et il y a d’autre part les difficultés politiques parce que, bien sûr, certains s’opposent politiquement à ce que nous apportions une aide à Gaza. C’est en particulier le cas d’Israël, et de ceux qui collaborent au siège israélien illégal et immoral contre Gaza. Nous sommes donc conscients des difficultés, mais nous n’avons pas peur. D’abord parce que nous ne sommes pas seuls, parce que nous avons des millions de gens qui nous soutiennent. Quand nous sommes arrivés en France samedi, nous avons reçu un soutien extraordinaire. Nous savons que nous sommes massivement soutenus.

Silvia Cattori : Viva Palestina a été créé, en janvier 2009, par le député britannique Georges Galloway, pour apporter une aide humanitaire à la population assiégée de Gaza. Il s’agit d’un problème politique. Votre action n’a-t-elle pas avant tout une portée politique ?

Kevin Ovenden : En effet, notre mission est d’apporter de l’aide, de manière massive, pour mettre en évidence la question politique. Car la question politique est la cause des souffrances à Gaza. Les souffrances, à Gaza, ne sont pas dues à un désastre naturel, comme un tsunami, ou une inondation comme au Pakistan, elles sont dues à l’action politique d’Israël et de ses soutiens, qui affame la population de Gaza. Notre message est que le siège doit prendre fin. Le siège est injuste et insoutenable, et ce message doit passer. Après l’attaque contre le Mavi Marmara, même des hommes politiques qui, historiquement, avaient toujours soutenu les actions d’Israël, se sont permis de le critiquer, par exemple le Premier ministre britannique David Cameron qui, dans une récente déclaration à Istanbul, a décrit Gaza comme une prison à ciel ouvert. Les Israéliens lui ont demandé de corriger ses déclarations, mais il ne l’a pas fait.

Silvia Cattori : Ces convois et flottilles, déterminés à briser le siège qui affame Gaza, soulèvent l’admiration. Néanmoins, jusqu’ici, elles sont restées sans effet sur les autorités israéliennes. N’est-ce pas frustrant ?

Kevin Ovenden : Non, ce n’est pas frustrant, car nous devons nous rappeler que cela dure depuis très longtemps, depuis des décennies, depuis plus de 60 ans. Si vous avez une vision à long terme, il est clair que l’opinion publique dans le monde entier est en train d’évoluer contre Israël, et pas en faveur d’Israël. Vous pouvez le constater sur de nombreuses années. Mais si vous considérez seulement les quatre dernières années, l’attaque israélienne contre le Liban en 2006 a abouti à une défaite militaire et politique et, dans le monde, à une nouvelle compréhension de l’agression israélienne. Puis il y a eu l’attaque contre Gaza en 2008 et 2009 qui a entraîné en Occident un soutien aux Palestiniens plus fort que jamais et qui a mis sous pression ceux qui soutiennent Israël. Et maintenant l’attaque contre le Mavi Marmara a conduit à une délégitimation encore plus forte de la politique israélienne envers la Palestine. Ce n’est donc pas frustrant : si l’on considère le long terme, les choses évoluent dans notre sens.

Silvia Cattori : Ces liens de fraternité entre les peuples occidentaux et des Arabes et musulmans, qui se nouent autour de la mobilisation en faveur de Gaza, ne sont-ils pas ce que craint Tel-Aviv ?

Kevin Ovenden : C’est une très bonne question. Je dois dire qu’il s’agit d’un des développements majeurs entre les peuples du Moyen-Orient, les musulmans, et l’Occident, qui se rassemblent dans le monde, et Israël est très attentif aux conséquences de ce mouvement. C’est pourquoi les Israéliens et leurs partisans essayent de diviser ce mouvement, essayent de le diffamer, de le salir, de prétendre que ce mouvement est du « terrorisme islamique », des choses de ce genre. Ils craignent ce qu’ils appellent une « alliance rouge-verte ». Le rouge pour la gauche historique à l’Ouest, l’idéal historique de la gauche, de liberté, d’anticolonialisme, le meilleur idéal de la gauche, et le vert, non comme la couleur des écologistes mais comme la couleur de l’Islam, des musulmans, des gens qui sont également contre l’injustice et peut-être inspirés par des motivations religieuses. Ils veulent donc briser cette alliance et nous, nous voulons résister grâce à cette alliance.

Silvia Cattori : Raison pour laquelle Israël tente le tout pour le tout depuis 2008 pour faire capoter vos entreprises et cherche à semer la division en incriminant les participants de confession musulmane, comme il l’a montré lors du massacre le 31 mai (1) contre la Flottille de la Liberté ?

Kevin Ovenden : Oui, vous avez tout-à-fait raison. Si vous la suivez, vous voyez que la propagande des Israéliens au sujet de l’attaque contre le Mavi Marmara consiste essentiellement à dire que « les gens qui étaient dans ce bateau n’étaient pas des gens normaux, n’étaient pas des militants pacifistes occidentaux ; les gens qui étaient dans ce bateau étaient des musulmans, des Turcs, des fondamentalistes, des terroristes… » Je dois vous dire que je ne suis pas musulman, et que mon amie Nicole qui était avec moi sur le Mavi Marmara, vient de Nouvelle Zélande et n’est pas musulmane. Ce qu’ils disent pour nous diviser n’est pas vrai.

Silvia Cattori : Ne pensez-vous pas que les forces armées Israéliennes vont à nouveau tout tenter pour faire échouer ce convoi avec, malheureusement, l’aide de Moubarak ?

Kevin Ovenden : Nous verrons. Je pense qu’il va être difficile pour Israël de nous attaquer. Nous serons en mer. Nous passerons dans les eaux où le Mavi Marmara a été attaqué, parce que les Égyptiens insistent pour que nous allions par là. Donc malheureusement nous devons passer par la mer parce que les autorités égyptiennes disent que nous ne sommes pas autorisés à passer par le sud. Je pense qu’il est politiquement impossible pour les militaires israéliens de nous attaquer.

Silvia Cattori : Israël viole toutes les lois internationales. Mais demeure impuni. Lors de sa visite à Paris en avril 2010, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, avait eu le courage politique de qualifier Israël de « principale menace pour la paix régionale » et de « principale cause des guerres et des malheurs au Proche Orient », marquant ainsi un désaccord total avec la politique étrangère du Président Nicolas Sarkozy et de Bernard Kouchner. La voix de M. Recep Tayyip Erdogan est-elle isolée ?

Kevin Ovenden : Je dirais que la position de M. Erdogan est en avance par rapport à la position de la plupart des personnes impliquées, mais qu’il n’est pas isolé. Nicolas Sarkozy représente un extrême en Occident. Je vous ai donné l’exemple de David Cameron, qui est un conservateur, qui est de droite, mais qui est plus critique vis-à-vis d’Israël que ne l’était Tony Blair. Je pense que les hommes politiques occidentaux peuvent être poussés [à modifier leur position, ndt]. Israël et ses amis espéraient que M. Erdogan et son parti politique de l’AKP seraient isolés en Turquie et que l’alliance historique entre la Turquie, l’OTAN et Israël serait rétablie, aussi forte qu’elle l’a été pendant de nombreuses années. Mais cela ne va pas se produire. Si vous regardez les plus récents développements en Turquie (en septembre), il y avait un référendum dans lequel la droite, l’armée, et certaines personnes qui ont été fourvoyées, même à gauche, appelaient toutes à voter contre Erdogan. Les mesures qu’il proposait étaient progressistes. Même si, peut-être, elles ne vont pas assez loin, elles n’en sont pas moins dirigées contre la constitution adoptée en 1982 à la suite du coup d’État militaire de 1980. 58 % des votes ont été en faveur du référendum d’Erdogan. La position d’Erdogan, et de l’AKP s’est renforcée en Turquie. Parce qu’elle reflète les sentiments du peuple turc, et les hommes politiques à l’Ouest comme à l’Est doivent le reconnaître. S’ils pensent qu’ils peuvent tout simplement traiter des gens comme Erdogan ou Hugo Chavez, par des coups d’État militaires, et ainsi de suite, ils font une erreur. Ils doivent comprendre que, si ces hommes d’État sont en place et s’ils ont une voix, c’est parce que des millions de gens pensent de la même façon.

Silvia Cattori : Vous n’ignorez pas qu’Israël peut compter, partout en dehors d’Israël, sur l’aide des sayanims [2]. C’est-à-dire sur ces citoyens de confession juive, qui par déchirement, par patriotisme, collaborent à l’occasion avec les agents du Mossad, participent à la désinformation et à la déstabilisation pour contrer ceux qui se battent contre la politique d’apartheid de l’État juif. Êtes-vous attentif à cet aspect des choses ?

Kevin Ovenden : Bien sûr, nous sommes conscients qu’il y a des gens qui voudraient déstabiliser le mouvement, de l’intérieur. Nous prenons diverses précautions : certaines dont je vais vous parler, d’autres que nous gardons pour nous. Nous examinons les gens, nous évaluons qui vient sur le bateau, nous encadrons les gens pour nous assurer que leur comportement ne compromette pas le convoi.

Silvia Cattori : Nous vous remercions et vous souhaitons bonne route.

Entretien réalisé le 20 septembre 2010, lors du passage du convoi Viva Palestina à Lyon.


(*) Viva Palestina est une association britannique à but humanitaire créée par Georges Galloway.

Voir ici le départ de Londres du cinquième convoi :

Silvia Cattori

http://www.silviacattori.net:80/article1351.html


2-3 Interview : René Naba : Pourparlers Israélo-Palestinien.

La ligue arabe se réunit les 2 et 3 octobre au Caire, en vue de faire le point des négociations israélo palestiniennes, un mois après leur lancement, alors que le moratoire sur le gel des constructions de nouvelles colonies en Cisjordanie occupée est venu à expiration sans qu’il soit prolongé par le gouvernement israélien faisant peser le risque d’une interuption des pourparlers.

Le président Mahmoud Abbas,dont le mandat a expiré, entend obtenir quitus pour la poursuite des négociations, sans la moindre perspective d’une concession de la part de Benyamin Netanyahu, le premier ministre israélien, torpileur des précédents accords d’Oslo(1993).

Anticipant cette évolution, René Naba analyse, dans une interview au journal algérien parue à la mi septembre, la dynamique de ses négociations et leurs enjeux

«C’est le Hamas qui sortira vainqueur de cette pantalonnade palestinienne»

René Naba est le spécialiste du Moyen-Orient ayant été des années le correspondant de l’AFP dans la région.

Correspondant de cette même agence à Alger dont il était ami de feu Boumediene, auteur de plusieurs titres politiques…, il nous révèle ses sentiments d’un terrain qu’il maîtrise bien : la Palestine.

De ces pourparlers palestiniens, il ne retient qu’un mot : mascarades.

Le Jeune Indépendant : L’intérêt est suscité et les yeux du monde arabe sont braqués sur les négociations en cours.

Pouvez-vous nous faire le point sur ces dernières ?

René Naba : Je n’ai pas l’impression que ces négociations suscitent le moindre intérêt. Elles donnent l’impression du déjà vu, le remake d’un mauvais film.
Je décèle néanmoins des intérêts bien compris des participants. Obama, à mi-mandat, cherche à redorer son blason diplomatique alors que le bilan en Afghanistan et en Irak est désastreux (7 200 tués dans ces pays pour la coalition occidentale). Moubarak, accompagné de son fils Jamal, a cherché à accréditer son fils auprès des Israéliens et des Américains, en vue de sa succession. Le roi de Jordanie, un des principaux bénéficiaires de l’aide militaire américaine, en cautionnant de sa présence cette mascarade, justifie ainsi son rôle de sous-traitant de la stratégie américaine au Moyen-Orient.
Reste Benyamin Netanyahou, qui avait torpillé en 1996 les accords d’Oslo. Avant de venir à Washington, et en deux ans de pouvoir, il a gommé le caractère arabe de près de quatre mille villages palestiniens, criminalisé l’enseignement de la «nakba» – la défaite de 1948 – dans les enseignements de la couche palestinienne de la population, accentué la judaïsation de la Cisjordanie. Il n’a pas renoncé à la construction de colonies de peuplement, a obtenu, pour son armée, un système de défense balistique «Dôme d’acier»
et le blocus de Gaza est maintenu. Sa présence porte quitus de l’administration américaine du comportement israélien, en violation manifeste du droit international. Mahmoud Abbas, dont le mandat a expiré, de même que celui de l’Assemblée parlementaire palestinienne, ainsi que celui des instances de l’Organisation de libération de la Palestine, contestée par une large fraction palestinienne, est sous perfusion. Et c’est ce Monsieur, sans légitimité, sans légalité, sans la moindre représentativité, en état de grande faiblesse, qui avait engagé le Monde arabe et musulman sur le point central de leur combat ! Le quatuor est à l’épreuve. Si ces négociations échouent, malgré les concessions continues et interminables des Palestiniens, il importera de dissoudre l’Autorité palestinienne, de démissionner Mahmoud Abbas, et de confier le pouvoir au Hamas, vainqueur a posteriori de la pantalonnade palestinienne, avec une nouvelle stratégie de combat.

Mais on a quand même le sentiment que le dossier du conflit est traité autrement par l’administration Obama. Une autre approche que celle de son prédécesseur. On est allé jusqu’à dire que la nouvelle administration américaine s’est débarrassée du poids du lobby pro-israélien…

Pas du tout. Le dossier est traité par Obama dans le même objectif que ses prédécesseurs, mais dans un habillage différent. Pérenniser Israël, en contrepartie de concessions symboliques pour les Palestiniens, ce qui libérerait les Etats arabes pro-occidentaux, principalement les pétromonarchies, de leur solidarité de façade avec la question palestinienne.
Judas est né dans la zone. Dans le passé, les Etats arabes luttaient pour la cause palestinienne. De nos jours, ils se servent de la question palestinienne pour obtenir des avantages personnels auprès des Etats-Unis et d’Israël. Les Etats-Unis ont désormais conscience que leurs intérêts à long terme dans le monde musulman pourraient ne pas être préservés avec la persistance du prurit palestinien. Ils cherchent à le régler à leur avantage avec le grand basculement des rapports de force internationaux qui est en train de s’opérer, avec l’affirmation de la Chine, de l’Inde, du Brésil, sur la scène internationale, et, sur le plan régional, de la Turquie et de l’Iran.

L’UE a été écartée -preuve en est que la France a fait actionner ses relais diplomatiques- des négociations.

Quelles en sont les raisons selon vous ?
L’Europe brasse de l’air, sans aucune originalité, ni autonomie de décision par rapport aux Etats-Unis et aux groupes de pression pro-israéliens. Songez que Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a inauguré une esplanade à Paris en l’honneur de David Ben Gourion, fondateur de l’armée israélienne, en pleine tourmente de l’assaut israélien contre la flottille humanitaire pour Gaza. La démagogie électoraliste n’est pas toujours de bon conseil et se retourne souvent contre ses propres auteurs. Songez que la grande œuvre diplomatique majeure de Nicolas Sarkozy, l’Union Pour la Méditerranée, a tourné à la catastrophe absolue et ridiculisé son promoteur.

Netanyahou a affiché sa volonté de paix.

Quelle est la part de la sincérité de la ruse. Autrement dit, quel gage donnerait-il à la concrétisation de cette paix ?

Netanyahou n’a rien à perdre. Il a multiplié les pré-conditions à un degré tel que sa campagne imputera aux Palestiniens tout échec, comme cela fut le cas dans les négociations de Way Plantation entre Arafat et Ehud Barak. Il prend des gages auprès d’Obama, qui lui sera redevable de la moindre avancée et devra lui rembourser comptant sur le dossier iranien.

Les différents groupes d’opposition en territoires occupés accepteront-ils à ce point une paix préfabriquée ? Quelles seraient les ripostes ?

L’opposition à l’hégémonie israélo-américaine est une réalité bien ancrée dans la conscience des peuples arabes (je ne parle pas des gouvernants). Libanais et Palestiniens ne se paient pas de mots et ne se contentent pas de paroles verbales. Le combat contre la domination israélo-américaine est un fait collectif tant au Liban qu’en Palestine, la guerre du Liban, 2006, et elle de Gaza, 2008, ont montré au monde leur détermination à s’opposer à l’injustice, l’oppression et la spoliation.

Un mot sur votre ami Arafat ?

Qu’il repose en paix au terme d’une vie de combat. Une belle épitaphe et, a posteriori, une belle victoire morale sur son ennemi irréductible, Ariel Sharon, transformé en légume, une triste fin pour ce général belliqueux et impétueux. Comme quoi la force brute et bestiale ne règle pas tout sur terre.

Entretien réalisé à Paris, Samir Méhalla
René Naba
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LE JEUNE INDÉPENDANT # 3749 DU MERCREDI 8 SEPTEMBRE 2010

www.jeune-independant.net


2-4 Robert Fisk : « Israël est un membre de l'Union Européenne sans être membre de l'institution » Pardon ?

La mort de cinq soldats israéliens dans un accident d'hélicoptère en Roumanie cette semaine à peine fait les gros titres. Il y avait un exercice OTAN-Israël. Bon, d’accord. Maintenant, imaginez la mort de 5 combattants du Hamas dans un accident d'hélicoptère en Roumanie cette semaine. Nous serions encore en train d’enquêter sur ce phénomène extraordinaire.
Maintenant, voyez-vous, je ne compare pas Israël et le Hamas.

Israël est le pays qui a massacré en toute légitimé plus de 1.300 Palestiniens dans la bande de Gaza il y a 19 mois – dont plus 300 étaient des enfants - alors que les vicieux, suceurs de sang et terroristes membres du Hamas ont tué 13 Israéliens (dont trois d'entre eux s’étaient entretués par erreur).
Mais il y a un parallèle.

Le juge Richard Goldstone, l'éminent juge juif sud-africain, a statué dans son rapport d’enquête de l'ONU de 575 pages sur le bain de sang à Gaza que les deux parties avaient commis des crimes de guerre - il fut, bien sûr, à juste titre, traité de « Méchant » par toutes sortes de supporters d'Israël aux Etats-Unis, à juste titre outrés ; son excellent rapport a été rejeté par sept gouvernements de l'UE - et donc une question se pose : Que fait l'OTAN quand il joue à des jeux de guerre avec une armée accusée de crimes de guerre ?
Ou, plus précisément, que fait l'Union Européenne quand elle essaie de se mettre dans les petits papiers des Israéliens ?
Dans un livre remarquablement détaillé – si ce n’est légèrement exaspéré – qui paraîtra en Novembre, l'infatigable David Cronin présentera une analyse au microscope de « nos » relations avec Israël.

Je viens de terminer la lecture du manuscrit. Cela me laisse sans voix.
Comme il le dit dans sa préface, « Israël a développé des liens politiques et économiques tellement forts avec l'Union Européenne au cours des dix dernières années qu'il est devenu presque un État membre de l'Union sans le dire."
En effet, c’était Javier Solana, le sordide chef de la politique étrangère de l'UE (anciennement secrétaire général de l'OTAN), qui a effectivement déclaré l'an dernier qu'« Israël, permettez-moi de le dire, est un membre de l'Union Européenne sans être membre de l’institution ".
Pardon ? E

tions-nous au courant ?

Avons-nous voté pour cela ?

Qui a autorisé que cela se produise ?
Est-ce que David Cameron – qui soutient maintenant avec tant de force l’entrée de la Turquie dans l'UE – est d'accord avec cela ? Probablement que oui, car il a continué à se déclarer lui-même être un ami "d'Israël" après que ce pays ait fabriqué une excellente série de faux passeports britanniques pour ses meurtriers à Dubaï.
Comme le dit Cronin, "la lâcheté de l'UE envers Israël est à l'opposé de ses positions fermes prises lorsque des atrocités majeures se sont produites dans d'autres conflits".
Par exemple, après la guerre russo-géorgienne en 2008, l'Union européenne a nommé une mission indépendante pour savoir si le droit international avait été bafoué, et a exigé une enquête internationale sur les violations des droits de l'homme après la guerre au Sri Lanka contre les Tigres tamouls.
Cronin n’esquive pas la responsabilité de l'Europe dans l'Holocauste juif et accepte qu'il y aura toujours un "devoir moral" pour nos gouvernements afin de s'assurer que cela ne se reproduise jamais - même si j’ai remarqué que Cameron avait oublié de mentionner l'Holocauste arménien en 1915 quand il a fait de la lèche aux Turcs cette semaine.
Mais ce n'est pas le sujet. En 1999, les ventes d'armes Britanniques à Israël - un pays qui occupe la Cisjordanie (et aussi Gaza) et qui construit des colonies illégales pour les Juifs et seulement pour les Juifs sur une terre arabe – s’élevaient à 11,5 millions de Livres ; et en deux ans, cela avait presque doublé et s’élevait à 22,5 millions de livres. Cela comprenait des armes légères, des kits de grenades prêtes à monter et des équipements pour avions de combat et des chars.
Il y a eu quelques refus après qu’Israël ait utilisé des chars Centurion modifiés contre les Palestiniens en 2002, mais en 2006, l'année où Israël a massacré encore 1.300 Libanais, presque tous des civils, dans une autre croisade contre le « terrorisme mondial » du Hezbollah, la Grande-Bretagne lui a accordé plus de 200 licences d’exportation d'armes.
Bien sûr, certains équipements Britanniques vont en Israël via les États-Unis.

En 2002, la Grande-Bretagne a donné un "affichage tête-haute » fabriqué par BAE Systems pour Lockheed Martin qui a été rapidement installé dans les chasseurs-bombardiers F-16 destinés à Israël. L'UE ne s'y est pas opposée. Il faut ajouter que la même année, les Britanniques ont accepté de former 13 membres de l'armée israélienne.
A l'époque de la guerre du Liban en 2006, des avions américains transportant des armes pour Israël ont été ravitaillés en carburant dans les aéroports britanniques (et, hélas, aussi dans des aéroports irlandais).
Au cours des trois premiers mois de 2008, nous avons encore accordé des licences d’exportation d’armes à Israël pour un montant de 20 millions de Livres - juste à temps pour l'attaque d'Israël contre Gaza. Les hélicoptères Apache utilisés contre les Palestiniens, dit Cronin, comportent des pièces fabriquées par SPS Aerostructures à Nottinghamshire, Smiths Industries à Cheltenham, Page Aerospace dans le Middlesex et Meggit Avionics dans le Hampshire.
Dois-je continuer ?

Cela dit en passant, Israël a été félicité pour son aide "logistique" à l'OTAN en Afghanistan - où nous tuons chaque année bien plus d’Afghans que les Israéliens tuent des Palestiniens en général - ce qui n'est pas surprenant puisque le patron de l’armée israélienne Gabi Ashkenazi s’est rendu au siège de l'OTAN à Bruxelles pour plaider en faveur d'un rapprochement avec l'OTAN.
Et Cronin explique de façon convaincante un arrangement financier en "Palestine" extraordinaire - presque tellement beau que c’en est dégoutant. Les millions de livres de fonds de l'UE destinés à des projets dans la bande de Gaza. Ils sont régulièrement détruits par des armes israéliennes fabriquées aux Etats-Unis. Donc, ça fonctionne comme ça. Les contribuables européens casquent pour les projets. Les contribuables américains casquent pour les armes dont Israël se sert pour leur destruction. Ensuite, les contribuables de l'Union Européenne casquent pour tout reconstruire. Et puis, les contribuables américains ...
Voilà, vous avez compris. A propos, Israël a déjà un "programme de coopération particulier" avec l'OTAN, ce qui permet à Israël de faire partie des réseaux informatiques de l'OTAN.
Tout compte fait, il est bon d'avoir de notre côté un solide allié comme Israël, même si son armée est une canaille et que certains de ses hommes sont criminels de guerre. Alors à ce point, pourquoi ne pas demander aussi au Hezbollah de se joindre à l'OTAN : imaginez comment ses tactiques de guérilla seraient bénéfiques à nos gars dans le Helmand.
Et puisque les hélicoptères Apache israéliens tuent souvent des civils libanais – par exemple, une ambulance transportant des femmes et des enfants a été détruite en 1996, par un missile air-sol Hellfire AGM 114C de Boeing - espérons que les Libanais peuvent toujours saluer amicalement les gens du comté de Nottingham, du Middlesex, du New Hampshire et, bien sûr, de Cheltenham.
Robert Fisk

http://www.michelcollon.info/_Robert-Fisk_.html


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