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11/10/2010

n°502 - Les Dossiers 'Géopolitique et Stratégie' d'Irak - 10-10/10 - : Début - : La fin des combats et la nécessité de justice -

n°502 - Les  Dossiers 'Géopolitique et Stratégie' d'Irak - 10-10/10 - : Début - : La fin des combats et la nécessité de justice -


Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme,

 L’information est une arme au service de la paix

    Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre


Les  Dossiers 'Géopolitique et Stratégie' d'Irak

n°502                            10/10/10

C.De Broeder      &       M.Lemaire



Le " Dossiers 'Géopolitique et stratégie' d'Irak " est visible  sur ...

a) sur mes  blog :  http://www.dhblogs.be/categories/International.html

                              http://www.lalibreblogs.be/categories/International.html

b) sur le site http://turkmenfriendship.blogspot.com/2007/10/journal-dir...

c) sur le site de Eva Resis  :  no-war.over-blog.com

d) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be


Sommaire :

Tiré à part 

Jamilé Ghaddar : La fin des combats et la nécessité de justice

Abus systématiques des détenus

Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

1-1 Geopolintel : Moussab Al Zarqaoui, une créature du Rendon Group ?

1-2 Gilles Munier : L’Aqmi sert aussi de couverture aux services secrets occidentaux.

Fin

1-3 Pascal Sacre : Réflexions à froid sur le 11 septembre 2001.

2 Annexe

2-1 Jean Guisnel : La France pourrait autoriser le mercenariat, interdit depuis 2003.

 


Avant - propos

Les militaires américains usent d’un terme générique- Al Qaida- pour désigner les résistants qui osent leur résister...



Tiré à part 

Jamilé Ghaddar : La fin des combats et la nécessité de justice

Le 31 août, Obama a annoncé « la fin de la mission de combat » en Irak, ce qui amène à se demander ce que cela augure pour l'Irak et son peuple. Le retrait des forces militaires sous commandement étasunien se fait sous les auspices d'une Convention sur le statut des forces (SOFA) de 2008 entre les États-Unis et le gouvernement irakien. La SOFA spécifiait que les forces dirigées par les États-Unis se retireraient des régions urbaines à la fin de juin 2009 et se retireraient complètement du pays à la fin de 2011. Avec la SOFA, l'armée étasunienne a aussi relâché ou transféré tous les détenus sous sa garde aux autorités irakiennes et leur a aussi rendu le contrôle des prisons. Ces prisons comprennent le camp Cropper, près de l'aéroport international de Bagdad, le camp Taji, au nord de Bagdad, et le camp Bucca, près de Bassorah.

Actuellement, les États-Unis ont 50 000 soldats en Irak et les opérations militaires se poursuivent, mais pas un mot encore sur les dédommagements pour les pertes humaines et matérielles massives qu'ils ont causées. Que les États-Unis retirent ou non tous les soldats d'ici la fin de 2011, ou qu'ils transfèrent ou non certains pouvoirs aux autorités irakiennes, il est absolument crucial pour eux de maintenir leur contrôle sur le pays. C'est là le épineux problème : comment se dépêtrer d'une guerre coûteuse, prolongée et impopulaire tout en s'arrangeant pour sauvegarder leurs intérêts impérialistes en Irak et dans la région. Cette situation où l'envahisseur se positionne avec une nouvelle stratégie pour protéger ses intérêts en Irak appelle à la vigilance.

Tous ceux et celles qui se soucient des droits humains en Irak et de l'avenir de l'Irak en tant que pays indépendant servant les intérêts de son peuple doivent se méfier de cette prétention de fin de la mission de combat. La responsabilité des forces d'occupation dirigées par les Américains pour ce qui se passe en Irak va bien au-delà du retrait des troupes. Après avoir ravagé le pays et son peuple durant sept ans d'occupation brutale, précédée par des décennies d'ingérence impérialiste, ces pays impérialistes sont responsables des difficultés et des défis que confronte l'Irak, et cela dans n'importe lequel scénario post-occupation. Il est ridicule de laisser entendre que les États-Unis et leurs alliés puissent envahir un pays, détruire l'ensemble de son infrastructure, empoisonner son environnement naturel et infliger des dommages indicibles à son peuple, puis simplement s'en aller en déclarant que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Tout au long de l'occupation, les forces anglo-américaines ont semé la violence et encouragé les divisions sectaires et les éléments criminels et corrompus. Dans ce contexte de violence, d'orchestration de l'indigence et de la corruption, on a imposé un gouvernement irakien sans égard aux conditions, à la pensée ou à l'histoire du peuple irakien. Il était naturel qu'un système imposé de la sorte fonctionne mal et soit instable. C'est le résultat final de cette prétention des États-Unis à vouloir apporter la démocratie et la liberté à l'Irak. C'est dans ce contexte qu'il faut voir les prétentions d'Obama d'en être arrivé à « la fin des combats » : c'est de la désinformation. En présentant le retrait des troupes comme étant l'enjeu, Obama fait de la désinformation en s'éloignant de la question centrale pour le peuple irakien et les peuples du monde : tenir responsables les États-Unis et leurs alliés pour leurs crimes.

Le Canada, même s'il a officiellement refusé de participer à l'invasion et ensuite à l'occupation, est un de ces alliés. Il joue depuis le début un rôle vital au sein de la soi-disant « Opération liberté » en Irak. Les généraux canadiens ont notamment assumé le rôle d'assistants commandants dans des opérations des militaires américains et la Marine canadienne sert dans le golfe Persique de plate-forme de lancement pour les raids de bombardements en Irak.

Les États-Unis et d'autres pays qui ont participé à cette agression, comme la Grande-Bretagne et le Canada, ont la responsabilité de verser les dédommagements au peuple irakien pour les crimes qu'ils ont commis. Sans réparations et sans justice pour les crimes commis, il est impensable que le peuple irakien puisse rebâtir son pays dans un proche avenir et les Irakiens seront évidemment blâmés pour ce qui suit. On leur reprochera leur incapacité à surmonter les problèmes causés par ces forces étrangères. Il faut briser la culture de l'impunité créée par l'occupation pour que le peuple irakien puisse recommencer à neuf.

La situation appelle à la vigilance face à cette désinformation et aux tentatives d'inscrire les crimes des forces d'occupation des autorités irakiennes à qui elles ont donné naissance dans les aspirations futures du peuple irakien qui, avec sa résistance, est à la recherche d'une Irak vraiment sécuritaire, indépendante et juste.

Réparations et justice pour l'Irak ! Non à l'impunité !

http://www.cpcml.ca/francais/Lmlq2010/Q40157.htm#2


Abus systématiques des détenus

Le 13 septembre, Amnesty International a publié son rapport intitulé New Order, Same Abuse : Unlawful Detentions and Torture in Iraq (« Le nouvel ordre et les mêmes abus : les détentions illégales et la torture en Irak »). Dans ce rapport, Amnesty souligne les graves et systématiques violations des droits humains subies par des milliers de détenus aux mains des forces d'occupation sous commandement américain et des autorités irakiennes soutenues et formées par l'armée américaine. Les violations incluent la torture, la détention illégale et le refus des procédures prévues par la loi et sont infligées principalement aux Irakiens résistant à l'occupation.

Dans l'ensemble, le rapport dépeint une situation d'impunité totale pour ces crimes. En dépit de la loi irakienne et du droit international applicable, comme le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, les violations documentées des droits fondamentaux des détenus se poursuivent sans que les responsables soient poursuivis. Le rapport d'Amnesty International révèle que même si des enquêtes de certains abus ont été annoncées, à cause d'un tollé général, aucune action significative en a résulté. « Dans tous les cas, les responsables de violations n'ont pas été traduits en justice. » Le rapport conclut en ajoutant que « l'échec à traiter sérieusement et efficacement de la torture et des autres violations des droits humains [...] a créé une culture de l'impunité. »

Selon le rapport :

- Environ 30 000 prisonniers irakiens sont actuellement détenus, la grande majorité pour avoir exercé leur droit de résister à l'occupation. Une telle résistance est indifféremment appelée « terrorisme » par les forces sous commandement américain et les autorités irakiennes. Par conséquent, la majorité sont détenus en vertu d'une loi datant de 2005 contre le terrorisme, qui prévoit la peine de mort pour quiconque « provoque, planifie, finance et facilite l'activité des terroristes ». Cette même prévoit la prison à vie pour toute personne cachant ou donnant refuge aux terroristes.

- La plupart des prisonniers sont détenus illégalement, sans mandat d'arrêt, inculpation ni procès, et ont été torturés, soumis à des conditions de détention inhumaines et se sont vus refuser les visites par des membres de leur famille.

- Certains sont détenus depuis l'invasion en 2003 tandis que d'autres restent en prison même si les tribunaux ou les juges d'instruction ont ordonné leur libération pour manque de preuves ou de motifs suffisants pour les emprisonner.

- De nombreux détenus ont « disparu » après leur arrestation et les familles continuent à les chercher. Certains ont été détenus dans des centres de détention secrets, l'un des plus notoires est à l'ancien aéroport Muthanna au centre de Bagdad. Cette installation secrète a été révélée au grand jour en avril 2010 lorsqu'il fut découvert que plus de 400 personnes y étaient détenues. Ces disparitions forcées « constituent en soi un mauvais traitement ou de la torture à cause des souffrances considérables à lesquelles font face les personnes détenues sans contact avec le monde extérieur, et sans savoir quand ou même si elles ne seront jamais libérées ou auront le droit de revoir leur famille ».

- De nombreux détenus ont été arrêtés sur la base d'informations fournies par des informateurs payés ou capturés dans un coup de filet à l'occasion d'une descente, lors d'arrestations de masse ou enlevés de force d'une voiture par des individus masqués ou habillés en civil.

- Les quelques détenus amenés en cour l'ont été presqu'exclusivement sur la base d'aveux obtenus sous la torture, incluant des centaines de personnes condamnées plus tard à mort.

- La torture inclut le viol ou la menace de viol, les coups subis avec des câbles et des tuyaux, des chocs électriques sur les parties sensibles du corps, la suspension prolongée par les membres, le prélèvement des ongles des pieds à l'aide de pinces, l'asphyxie à l'aide d'un sac de plastique sur la tête, la perforation du corps à l'aide d'une perceuse et être forcé à s'asseoir sur des objets pointus tels que des bouteilles brisées. Ces actes de torture ont été appliqués sans distinction aux femmes, enfants et hommes, certains ayant de graves problèmes de santé. Le rapport souligne l'usage considérable de la torture, en précisant que « le ministère irakien des Droits de l'homme a documenté 574 allégations de torture au cours de 2009 [...] mais cela représente presque certainement rien d'autre que la pointe d'un gigantesque iceberg. »

- Un nombre important de personnes sont mortes en détention, y compris lors de leur transfert, au cours de l'interrogatoire ou peu de temps après l'interrogatoire.

Le rapport fait également valoir que même si ces violations des droits humains ont été faites au nom de la sécurité, la situation sécuritaire en Irak n'a jamais été aussi pire que maintenant alors même que l'occupation illégale de l'Irak a échoué à réaliser son but déclaré d'améliorer la qualité de vie des Irakiens ou la situation des droits humains dans le pays.

Le rapport souligne que :

- Des centaines de milliers de personnes ont été tuées. On estime à au moins 151 000 morts entre 2003 et 2006 mais le chiffre exact est inconnu.

- Les services de base n'existent plus ou fonctionnent à peine, y compris la santé et l'éducation.

- La fourniture en eau et électricité est, au mieux, intermittente ; 70 % des Irakiens n'ont pas accès à l'eau potable et 80 % n'ont pas accès à des installations sanitaires fonctionnelles.

- Le chômage se situe officiellement à 50 %, mais en réalité, il est beaucoup plus élevé.

- Environ quatre millions de personnes ont fui à l'étranger ou sont déplacées dans le pays.

- Malgré la richesse pétrolière du pays, des millions d'Irakiens sont aux prises avec la pauvreté et la malnutrition grandissantes, dont les femmes souffrent particulièrement.

Il y a violation des droits fondamentaux des prisonniers irakiens et l'impunité parce que cela sert les forces sous commandement américain comme moyen d'atteindre leur but de contrôler la région, ses ressources et les peuples. Grâce à de tels crimes, ils visent à éliminer la résistance du peuple irakien à l'occupation et bloquer sa lutte pour affirmer son droit à l'autodétermination. Dans l'ensemble, l'impérialisme a détruit l'infrastructure de l'Irak et donné naissance à une culture de l'impunité, créant des défis gigantesques pour le peuple irakien qui n'en continue pas moins de lutter courageusement pour l'indépendance et la justice.

http://www.cpcml.ca/francais/Lmlq2010/Q40157.htm#2



1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

1-1 Geopolintel : Moussab Al Zarqaoui, une créature du Rendon Group ?

Les sept sacrifiés du mensonge : du 11 Septembre à la guerre contre l’Irak

lundi 26 juillet 2010

Chapitre VII

En 2003, l’ennemi public numéro Un, Oussama ben Laden, resté insaisissable, l’administration américaine s’est trouvée un nouveau « cerveau » d’al-Qaida en la personne d’un jordanien nommé Abou Moussab al Zarqaoui.

Son nom est cité pour la première fois au début de l’année à la tribune des Nations Unies. Dans son réquisitoire contre le régime irakien, Colin Powell, affirme qu’il est le « chaînon manquant » entre Oussama ben Laden et Saddam Hussein. Et selon lui, une offensive contre l’Irak, devenue la nouvelle base du terrorisme international, est tout à fait justifiée.

Mais Colin Powell « a oublié » de mentionner deux faits d’importance : d’une part que al Zarqaoui est un opposant idéologique de Saddam Hussein, et d’autre part, que les États-Unis n’ont pas détruit sa base du Nord de l’Irak lorsqu’ils en ont eu la possiblité. Pourquoi ?

Si aucune preuve de lien entre le régime de Bagdad et al-Qaida n’a pu être apportée finalement à la suite de ces allégations, la « popularité » d’Abou Moussab al Zarqaoui s’est tout de même accrue au fil de la médiatisation de ses « exploits » supposés. En mettant à prix dix millions de dollars sa tête, Washington a participé à la construction de son mythe.

Le réseau Voltaire analyse le cas Zarqaoui comme suit : « Dès le début de l’invasion de l’Irak, Abou Moussab al Zarqaoui devient l’ennemi public n°Un. Son groupe armé, Ansar al-Islam, est labellisé al-Qaida en Irak. On lui attribue l’enlèvement et la décapitation du travailleur humanitaire japonais Shosei Koda (octobre 2004) ; des attentats contre des civils à Najaf et Karbala (décembre 2004) ; l’exécution de l’ambassadeur d’Égypte Ihab Al-Sherif (juillet 2005) ; l’attentat au marché de Musayyib ( juillet 2005) ; la torture et la décapitation des deux GI’s Thomas Lowell Tucker et Kristian Menchaca (juin 2006) ; l’enlèvement et l’assassinat de quatre diplomates russes, Fyodor Zaitsev, Rinat Agliuglin, Oleg Fedoseyev et Anatoly Smirnov (juin 2006) et quantité d’autres crimes. Dans l’imaginaire collectif, il prend le visage d’un fanatique sanguinaire après l’égorgement de Nick Berg. »

Abou moussab Al Zarqaoui est donc « vendu » aux médias et à l’opinion publique comme le terrible chef d’al-Qaida en Irak. Cependant il est parallèlement celui dont le général Georges W. Casey Junior a dit qu’il lui a fabriqué des papiers (! ?) et dont le commandant des opérations psychologiques en Irak, Mark Kimmit, a rapporté textuellement que : «  le programme PsyOp/Al Zarqaoui en Irak était la campagne d’information la mieux réussie. »

Le Washington Post a reconnu que le rôle de Zarqaoui a été délibérément exagéré par le Pentagone pour obtenir le soutien de l’opinion publique et des autres états dans la guerre au terrorisme menée par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

La « campagne » sur Zarqaoui est abordée dans des documents militaires. On peut voir écrit « Diabolisation de Zarqaoui/réponse xénophobe en levier » dans une note d’un briefing militaire américain de 2004 qui liste les méthodes appliquées : « Opérations des médias, Opérations spéciales 626, PsyOp [terme militaire américain pour le travail de propagande] » (Washington Post, 10 avril 2006)

Difficile de démêler le vrai du fabriqué dans la légende des personnages du terrorisme international ! La légende Zarqaoui est-elle inventée en totalité dans un laboratoire de la désinformation, ou, partant d’une base réelle, lui a-t-on seulement grossi quelque peu les traits pour justifier des interventions militaires ?

Qu’aurait fait Bush sans Oussama ben Laden se demande Michael C.Ruppert dans son ouvrage « Crossing the Rubicon » ? Les conclusions de l’auteur vont très loin : « Je crois, dit-il, que ben Laden a été et demeure toujours un agent de la CIA, du gouvernement des États-Unis et de Wall Street. » Cela expliquerait pourquoi le terroriste le plus pourchassé de la planète n’a jamais été pris. Alors Zarqaoui, agent simple, double ou triple ? Un agent qui se respecte ne l’avoue jamais.

Que sait-on finalement de véritablement établi sur Zarqaoui ? Sa biographie officielle est pour le moins confuse.

Il serait donc né en Jordanie dans une famille pauvre de neuf enfants. À l’âge de douze ans, il quitte l’école et trouve refuge dans les camps palestiniens à la périphérie d’Amman. A l’âge de vingt ans, il part s’entraîner dans un camp de moudjahiddin pour lutter contre l’occupant soviétique en Afghanistan… et ce n’est qu’en 1990 qu’il revient en Jordanie. En 1999, le nom de Zarqaoui est prononcé lors de l’attaque de l’Hôtel « Padisson Sas » d’Amman. Le complot déjoué, Zarqaoui est incarcéré, puis gracié. Il part alors au Pakistan, puis retourne en Afghanistan. En 2002, Zarqaoui lutte avec les Talibans contre les forces états-uniennes. On dit que pendant une embuscade, il est gravement blessé à un pied, ce qui ne l’empêche pas de fuir jusqu’en Irak où, dans un hôpital de Bagdad, on l’ampute de son pied blessé. Par la suite, l’invasion anglo-états-unienne trouve Abou Moussab al Zarqaoui au Nord de l’Irak, dans la zone kurde, lieu idéal pour continuer la « guerre sainte » à la tête de sa troupe de combattants, « Ansar al-Islam », composée de quelques centaines de fondamentalistes. Enfin, en avril 2003, après la chute de Bagdad devant l’offensive des forces des États-Unis, Zarqaoui et son groupe sont signalés au centre de l’Irak, dans la zone nommée le « triangle sunnite ».

Zarqaoui est donc catapulté sur la scène médiatique en février 2003, à peine six semaines avant l’invasion états-unienne de l’Irak. Al-Zarqaoui devient en quelques jours à peine une « pointure » du terrorisme international. La consécration arrive quelques semaines plus tard, quand le président Bush Jr le qualifie d’homme le plus dangereux de la planète, après ben Laden. Le 8 février 2003, une alerte anti-ricin est déclenchée aux États-Unis. Dans une lettre expédiée à l’adresse du leader de la majorité républicaine au Sénat, on découvre une poudre blanche suspecte. Immédiatement, les autorités avancent le nom de Zarqaoui, l’identifiant comme le possible cerveau de l’opération. La National Rewiew de février 2003, fournit les arguments suivants : « Il est bien connu que Zarqaoui, ingénieur biochimiste de son métier, et chef de l’organisation al-Qaida, se cachait en Afghanistan, où fut trouvé des traces de ricin ainsi que d’autres poisons. » Mais quand a-t-il trouvé le temps de faire des études de chimiste, lui qui aurait quitté l’école à 12 ans, aurait vécu dans des camps de réfugiés et serait devenu combattant à 20 ?

Activiste fanatique présumé, Al Zarqaoui semble être hyper actif dans ce domaine. Ce super terroriste prépare du ricin pour sa correspondance états-unienne, enterre des bombes radiologiques, organise et coordonne son réseau en Europe et entre al-Qaida et Saddam Hussein. Même l’invasion de l’Irak ne le freine pas.

The Weekly Standard, revue proche des néoconservateurs du PNAC, écrit en mai 2004 : « Al-Zarqaoui a commandé non seulement l’assassinat de Nick Berg, mais encore le carnage de Madrid le 11 mars, le bombardement des Shiites en Irak le même mois, l’attentat kamikaze du port de Basrah le 24 avril. Avant le 11 septembre 2001, il complotait afin de tuer des touristes israéliens et américains en Jordanie. » Storytelling…

Il est en outre troublant de constater que certaines victimes de Zarqaoui sont des personnages gênants pour la coalition : des hommes suspectés d’espionnage, des journalistes qui bravent la censure militaire, des activistes d’organisations humanitaires … A qui rendait-il vraiment service en s’attaquant à ces personnes ?

Même sa fin est un récit changeant. Un article de Ria Novosti de juin 2006 rapporte les propos de Donald Rumsfeld suivants : « L’ironie veut que le leader d’al-Qaida en Irak ait été éliminé alors que le gouvernement contre lequel il luttait a obtenu un succès important. » Selon lui, cette avancée portera un coup foudroyant aux terroristes en Irak. C’est en intervenant à la session des ministres de la Defense de l’OTAN à Bruxelles que le chef du Pentagone a annoncé la mort d’Al Zarqaoui lors d’une frappe aérienne en Irak. « Ce sera un choc pour tout le système d’al-Qaida et non seulement en Irak. Dans le même temps, le peuple irakien y gagnera beaucoup  ».

La version officielle dit qu’après une longue traque, les américains qui pistent le conseiller spirituel de Zarqaoui, cheikh Abdel Rahman, localisent Zarqaoui au Nord-Ouest de Bagdad. Un commando de la Task Force 77 l’ encercle et deux F-16 décollent. Des tirs sont échangés et craignant de le voir échapper, l’état-major ordonne à un F-16 de larguer une première bombe de 250 kg suivie d’une autre par le second avion. Puis les américains laissent la police irakienne arriver la première sur les lieux et constater la mort du chef terroriste.

Le Réseau Voltaire analyse cette version de cette façon : « Avec l’aide des services de renseignements jordaniens, les forces de la Coalition auraient localisé al Zarqaoui. Elles auraient alors décidé de ne pas l’arrêter, mais de l’éliminer en bombardant lourdement son refuge. Elles auraient pulvérisé les bâtiments, mais l’auraient retrouvé vivant sous les décombres. Il n’aurait pas tardé à succomber à ses blessures. Cependant, les services jordaniens ne sont pas certains d’avoir participé à cette opération. Et personne n’a touché la formidable prime promise aux indicateurs. Enfin aucune autorité indépendante n’a été autorisée à vérifier quoi que ce soit sur le terrain et le corps ne sera pas rapatrié en Jordanie empêchant ainsi toute identification indépendante. »

Un témoignage vient contredire la version du général américain Caldwel. Abou Moussab al Zarqaoui n’est pas mort et est même conscient après le bombardement de sa cache selon un témoin irakien qui raconte que le terroriste a été battu à mort par les soldats US. Cet homme affirme à l’agence Associated Press Television New avoir vu des militaires américains battre un blessé ressemblant à Zarqaoui jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il fait un récit similaire au Washington Post. Au départ, le général américain avait affirmé qu’Abou Moussab al Zarqaoui avait été tué sur le coup lors du bombardement de sa cache. Il change son récit et dit qu’il est mort des suites de ses blessures après avoir esquissé une tentative de fuite au moment de l’arrivée des GI’s.

Quoi qu’il en soit, après la mort de Zarqaoui, le père de Nick Berg a déclaré ne pas être certain que Zarqaoui soit l’assassin de son fils. Et la branche irakienne du réseau al-Qaida en Irak a annoncé que l’organisation avait désigné cheikh Abou Hamza Al-Mouhajer pour lui succéder. Zarqaoui mort, un autre endossera le rôle que les PsyOps décideront de lui faire jouer…

La rédaction Geopolintel.

http://www.geopolintel.fr/article173.html


1-2 Gilles Munier : L’Aqmi sert aussi de couverture aux services secrets occidentaux.

Gilles Munier, secrétaire général des Amitiés franco-irakiennes, au Jeune Indépendant

Journaliste au magazine Afrique Asie, Gilles Munier anime débats et conférences ici et là dans le monde arabe et occidental.

Il a été un élément incontournable lors de la politique de pétrole contre nourriture – infligé à l’Irak – dont il a subi quelques histoires qu’il n’y a pas lieu de citer dans cet entretien qu’il a bien voulu nous accorder.

Le Jeune Indépendant : Les évènements se précipitent au Sahel, le rapt des expatriés français alimente toutes les hypothèses. Certains ne veulent même plus s’avancer en analyses… Quelle est votre réaction ?
Gilles Munier : Les enlèvements avec rançon relèvent du gangstérisme. Ils discréditent la cause que l’on prétend défendre.
Mais dans cette affaire, il faut être franc : Sarkozy a semé le vent, il récolte la tempête. Il a joué avec le feu dans une région stratégiquement convoitée par les Américains qui veulent y implanter l’Africom, le commandement régional américain pour l’Afrique, malgré les réticences des pays du Sahel, notamment l’Algérie. Cette région est de ce fait sujette à toutes les manipulations. On l’a constaté en Irak : «Al-Qaïda» est une appellation qui sert aussi de couverture aux services secrets occidentaux. C’est le cas de l’Aqmi.
Est-ce à dire que ces ouvertures aux services secrets occidentaux remplaceront les troupes militaires et justifient le repli de l’armée américaine en Irak, à titre d’exemple ?
On peut le dire. Mais la situation est devenue intenable pour les troupes américaines qui ne sortaient plus beaucoup de leurs bases pour ne pas augmenter le nombre de morts, car il ne faut pas croire qu’il n’y a eu que 4 700 soldats tués. Selon des ONG américaines indépendantes, le chiffre tournerait plutôt autour des 35 000 tués.
C’est d’ailleurs celui fourni par
la Résistance et ce n’est pas aux Algériens qu’il faut raconter des histoires : ils savent ce que coûtent de part et d’autre sept ans de guerre ! Et puis, les Etats-Unis pouvaient difficilement mener en même temps deux guerres : en Irak et en Afghanistan. Alors, Obama a réduit la voilure, comme disent les marins. Mais, il ne faut pas se leurrer, près de 50 000 GI’s sont toujours en Irak, des bases américaines sont en construction, les Forces spéciales – Bérets verts et autres - ratissent le pays à la recherche de résistants. La guerre d’Irak est loin d’être finie, elle change seulement de forme.
Quand le pétrole irakien impose les règles !
Le pétrole et la sécurité d’Israël étaient les enjeux de la guerre d’Irak, dont il faut rappeler qu’elle a débuté en 1990 avec l’embargo. Le pétrole a été dénationalisé et est aux mains des Occidentaux ou de leurs alliés. Le pétrole coule, sans que l’on sache vraiment qui en profite. En tout cas, pas le peuple irakien. Moqtada al-Sadr a demandé la renégociation de tous les contrats et il a raison.
L’Irak est votre spécialité justement. Quelle est la situation du peuple irakien aujourd’hui ?
Les Irakiens sont au comble du désespoir. Leur situation est pire qu’à l’époque de l’embargo international. La corruption, la prostitution, la drogue et le crime font des ravages. Toutes les familles ont été touchées par la guerre de 2003 et par l’occupation. Des dizaines de milliers de familles sont parquées dans des bidonvilles à la lisière des villes, d’autres vivent dans le no man’s land entre l’Irak et
la Jordanie. Les exilés, la fine fleur de la nation, se comptent par millions. Pendant ce temps, les dirigeants se remplissent les poches. Prenons l’exemple des députés : ils touchent 25 000 $ par mois pour donner l’illusion d’un pays démocratique, tandis qu’en Irak le salaire moyen est de 500 $ et qu’un bon tiers des habitants est sans emploi. Et je ne donne là qu’un aperçu du bilan du renversement du président Saddam Hussein…
Autre sujet également d’actualité, les pourparlers israélo-palestiniens. Nous avons le sentiment qu’ils sont frappés du sceau de l’embargo. Qu’en est-il exactement?
Je ne vois pas ce que Mahmoud Abbas peut négocier, sinon retarder un petit peu la colonisation de nouveaux territoires palestiniens. Rendre publics leurs entretiens mettrait le chef de la soi-disant Autorité palestinienne encore plus en difficulté, et surtout gênerait la campagne électorale de Barak Obama de mi-mandat. Il faut que les électeurs démocrates aient l’impression que le président américain tient ses engagements au Proche-Orient. Obama sait que les Israéliens «jouent la montre», mais ce qui le préoccupe le plus, c’est sa réélection dans deux ans. Son fameux discours du Caire n’était en définitive que de la poudre aux yeux des Arabes.
L’avenir n’est porteur de rien de positif pour les Palestiniens, sinon de crainte !
On se dirige vers une nouvelle guerre israélo-arabe, plus terrible encore que les précédentes. Ses effets ne se feront pas seulement sentir dans la région, mais dans tous les pays arabes et musulmans. On verra bien alors de quel côté pencheront les chefs d’Etat muselés par Washington. Les paroles ne suffiront pas pour calmer la colère des peuples. Le monde a changé au fil des guerres israélo et américano-arabes. Grâce à Internet, l’information circule presque en temps réel. J’ai confiance en la génération nouvelle qui va prendre le relais un peu partout. Un vent d’air frais soufflera bientôt du Maghreb au Machrek.
Quelle menace reste-t-il entre l’Iran et l’Irak ? Du même coup avec Israël ?
L’Irak subit deux occupations : l’américaine et l’iranienne. Ceux qui sont au pouvoir, ou qui veulent les remplacer, sont tous arrivés dans les fourgons de l’armée américaine, mollahs compris, à l’exception notable de Moqtada al-Sadr. Le nettoyage ethnico-religieux, c’est-à-dire antisunnite, a placé Bagdad sous la coupe des Gardiens de la révolution iranienne et des groupes irakiens qu’ils manipulent.
Par ailleurs, il est toujours question de l’option israélienne : la partition du pays. L’idée est de créer deux sortes d’émirats pétroliers : au nord, le Kurdistan auquel on adjoindrait les champs pétroliers de Kirkouk et de Mossoul, au sud, un soi-disant «Chiitistan» comprenant les régions de Nadjaf et de Bassora. Ces projets ne datent pas d’hier. Israël a toujours eu pour objectif de diviser les pays arabes sur des bases ethniques ou sectaires.
Il nous reste à espérer que
la Résistance irakienne fasse avorter tous ces projets et libère le pays. Pour l’instant, seules les armes parlent. Un premier résultat a été obtenu avec le retrait partiel des troupes américaines, après le départ de leurs alliés britanniques et autres. Le combat continue. Mais la voie parlementaire ne doit pas être négligée. Elle me semble être également un moyen d’éliminer les collaborateurs des occupations. Il faut lutter pour la tenue de véritables élections démocratiques en Irak, c’est-à-dire avec la participation de partis issus de la Résistance.

Gilles Munier est l’auteur du Guide de l’Irak et des Espions de l’or noir.
Entretien réalisé à Paris par Samir Méhalla

Source : France-Irak.actualité

http://www.michelcollon.info/Le-fleau-que-les-Americains.html


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