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16/10/2010

n°57 - Dossier d'iran du 15-10 – Suite : L'Iran n'est pas une menace pour le monde arabe.

n°57 - Dossier d'iran du 15-10 – Suite  : L'Iran n'est pas une menace pour le monde arabe.



Dossier d'Iran   n°57 du 15-10

                               C.De Broeder & M.Lemaire



 Le "dossier d'Iran" est  visible  sur les blogs : 

a) sur mes blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Eva Resis      :no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

 

c) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

Si vous voulez-nous contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse:fa032881@skynet.be 



Sommaire :  

2 Dossier & Point de vue.

2 -1 Ahmadinejad a l'ONU le 23 septembre 2010.

2-2 Thierry Meyssan : Le débat indirect Ahmadinejad-Obama

2-3 Propos inconvenants aux Nations Unies..

2-4 René Naba : Le président Ahmadinejad à Beyrouth

 


2 Dossier & Point de vue.

2 -1 Ahmadinejad a l'ONU le 23 septembre 2010.

Ce qui suit n'est pas la version intégrale de l'intervention du président iranien à l'assemblée générale de l'ONU le 23 septembre 2010, mais un résumé "officiel".

Il en ressort quand même clairement que, une fois de plus, nos medias ont dit quelques contre-vérités et commis un grand nombre d'omissions.

C'est provoquant d'affirmer que le système capitaliste et l'ordre mondial actuel n'apportent aucune solution aux problèmes des sociétés?

C'est offensant, de faire une analyse du "11 septembre 2001" différente de la version officielle, pourtant profondément contestée?

C'est intolérable, de montrer que le motif invoqué de la lutte contre le terrorisme après les attentats du 11/9 ne justifiaient en rien l'invasion de l'Afghanistan, et l'occupation de l'Irak? ni les centaines de milliers de morts provoqués par ces guerres?

Les medias ont également "oublié" les propositions du président Ahmadinejad de faire une contre-enquête de l'ONU sur les attentats du 11/9.

Ils ont ignoré l'appel du président iranien à "l'énergie nucléaire pour tous, les armes nucléaires pour personne", sa demande de condamnation d'Israël comme seul détenteur d'armes nucléaires au Moyen Orient, et pour ses crimes commis contre le peuple palestinien à Gaza et son agression de la flotille humanitaire,

et sa revendication d'une réforme de l'ONU par la suppression du droit de veto.

Autant de propositions saluées par de nombreux pays membres de l'ONU... mais pas par la "communauté internationale" (c'est à dire les USA et l'UE!) qui s'est retirée de la session ONU aux premières paroles de Ahmadinedjad (sans doute suivis par leurs medias qui n'ont pas rapporté son discours...) (CP

Assemblée générale Soixante-cinquième session Plénière - 11e et 12e séances plénières – matin et après-midi (Site de l'ONU)

M. MAHMOUD AHMADINEJAD, Président de la République islamique d’Iran, a affirmé que le système capitaliste et l’ordre mondial actuel s’étaient avérés incapables de fournir des solutions appropriées aux problèmes des sociétés. Opposant les « divins prophètes » du monothéisme à l’égoïsme et à l’avarice, il a affirmé que l’appât du gain et de la domination avait remplacé le monothéisme, « portail vers l’amour et l’unité ». Évoquant les affres du colonialisme, il a constaté qu’au début du siècle dernier, de belles paroles sur la liberté, les droits de l’homme et la démocratie avaient suscité l’espoir de guérir les profondes blessures du passé, mais que ces rêves avaient failli.

Le Président iranien s’est ensuite longuement attardé sur les attentats du 11 Septembre, estimant qu’à l’issue des attaques, une « machine à propagande » avait laissé entendre que le monde entier était exposé au « danger énorme » du terrorisme et que le seul moyen d’y faire face était de déployer des forces en Afghanistan. Finalement, l’Afghanistan, puis peu de temps après l’Iraq ont été occupés. M. Ahmadinejad a recensé « trois points de vue » sur les auteurs des attaques. Il a d’abord fait état d’un groupe terroriste très puissant et complexe, capable de défier les services secrets et la sécurité des États-Unis. Ensuite, il a souligné que « certains segments au sein du Gouvernement américain » avaient « orchestré » les attentats pour inverser la tendance du déclin de l’économie des États-Unis et « sauver le régime sioniste ». Enfin, selon lui, ces opérations ont pu être menées par un groupe terroriste, mais bénéficiant de l’appui du Gouvernement américain, lequel aurait « profité de la situation ».

Lors de l’énoncé de ces points de vue, la délégation des États-Unis, suivie de plusieurs autres, notamment européennes, ont quitté la salle de l’Assemblée générale.

Dans son discours, le Président iranien a ensuite estimé qu’une « enquête approfondie » aurait dû être menée par un groupe indépendant afin d’identifier les responsables et d’établir un « plan rationnel » de réaction. Est–il rationnel de lancer une guerre classique qui a provoquée la mort de centaines de milliers de personnes pour combattre un groupe terroriste, a–t-il notamment demandé. Il a, de même, réclamé la création par les États-Unis d’un groupe d’enquête indépendant afin qu’à l’avenir, les points de vue divergents sur les événements du 11 septembre ne soient plus interdits. Il a également annoncé que l’an prochain, l’Iran accueillerait une conférence consacrée à la lutte contre le terrorisme.

S’agissant de la situation en Palestine, M. Ahmadinejad a affirmé que « les sionistes » avaient commis des « crimes horribles » contre des « peuples sans défense » au Liban et à Gaza. « Ce régime, qui jouit du plein appui de certains pays occidentaux, menace régulièrement les pays de la région, tandis que ceux qui s’opposent à ce régime se voient imposés le label de terroriste et d’antisémite », a lancé le Président iranien. « En Europe et aux États-Unis, toutes les valeurs, même celle de la liberté d’expression, ont été sacrifiées sur l’autel du sionisme », a—t-il poursuivi. Il a ensuite plaidé en faveur du retour des réfugiés palestiniens dans leur terre natale et leur droit à la souveraineté.

Le Chef de l’État iranien en est ensuite venu au dossier nucléaire, et a affirmé que l’énergie nucléaire était un « cadeau des cieux » et un des meilleurs moyens de réduire la pollution liée à la consommation de pétrole. Il a également dit que la bombe nucléaire était « l’arme la plus inhumaine » et qu’elle devait être entièrement éliminée. Il a ensuite dénoncé le fait que « certains membres permanents » du Conseil de sécurité aient créé, selon lui, un amalgame entre l’énergie nucléaire et la bombe atomique, et mis l’énergie nucléaire hors de la portée de la plupart des États en créant des monopoles et en exerçant des pressions sur l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Il s’est également insurgé contre l’arsenal nucléaire du « régime sioniste ». M. Ahmadinejad a ensuite proposé de proclamer l’année 2011 l’année du désarmement nucléaire avec pour slogan: « l’énergie nucléaire pour tous, les armes nucléaires pour personne ».

Le Président iranien a par ailleurs affirmé que l’inefficacité de l’ONU avait pour cause sa « structure injuste ». Il a préconisé une réforme structurelle de l’Organisation, l’annulation du droit de veto, et a souhaité voir l’Assemblée générale devenir son plus important organe et que celle-ci finalise la réforme de l’ONU d’ici à un an.

À nouveau sur la question de la non-prolifération, M. Ahmadinejad a affirmé que la Déclaration de Téhéran, rendue possible, a-t-il précisé, grâce à la bonne volonté du Brésil et de la Turquie, avait constitué une mesure extrêmement constructive de rétablissement de la confiance. L’Iran, a-t-il ajouté, s’est toujours tenu prêt à dialoguer sur la base du respect et de la justice. Il a dénoncé les mesures d’intimidation et les sanctions qui ont été brandies contre « la logique évidente » de l’État iranien, lesquelles détruiraient, selon lui, la crédibilité du Conseil de sécurité. « Nous nous tenons prêts à débattre sérieusement et librement avec le Chef d’État américain afin d’exprimer notre point de vue transparent », a assuré le Président iranien.

29 septembre 2010


2-2 Thierry Meyssan : Le débat indirect Ahmadinejad-Obama.

Le discours de M. Ahmadinejad à l’ONU a donné lieu à une vaste campagne de désinformation en Occident et à une prompte réponse de M. Obama en direction du peuple iranien. Au-delà des dépêches d’agence biaisées et en s’appuyant sur les textes originaux,

Thierry Meyssan expose les vrais enjeux du débat indirect qui oppose les deux chefs d’Etat.

Les présidents iranien et états-unien viennent de se livrer à une inhabituelle joute verbale qui a été relatée de manière fragmentaire et déformée par les médias occidentaux. Mahmoud Ahmadinejad s’est exprimé le 23 septembre 2010 dans l’après-midi à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies [Barack Obama lui a répondu le lendemain matin au micro de la télévision BBC en persan Ces deux interventions forment un ensemble qui illustre le changement de stratégie de part et d’autre. Il ne s’agit plus de se poser en champions de deux camps opposés, de deux visions du monde, en s’invectivant, mais d’appeler les populations respectives à la révolution..

Il y a un an, Washington espérait pouvoir renverser l’administration Ahmadinejad en manipulant des foules dans une énième édition des prétendues révolutions colorées

L’opération, conduite à l’occasion de l’élection présidentielle de 2009, a échoué. Elle a cependant permis de fixer dans l’imaginaire occidental une représentation fantasmagorique de l’Iran qui serait une dictature. Dans le pays, elle a eu l’effet inverse de celui escompté. Les électeurs de l’opposition ont été massivement surpris et indignés par la mauvaise foi de leur candidat et sa volonté de prendre le pouvoir par la rue à défaut d’y arriver par les urnes. Quant au vainqueur de l’élection, il a perdu son goût du compromis et décidé de raviver la Révolution islamique dans sa radicalité. Le fossé entre les classes populaires et la haute bourgeoisie commerçante s’est creusé. La CIA et la NED planifient de nouvelles actions, mais il ne s’agit plus dans l’immédiat de renverser le régime, juste de le déstabiliser pour l’affaiblir au plan international.

De son côté, Téhéran n’avait jamais envisagé de porter le fer aux Etats-Unis. Pendant longtemps, ils ont été considérés comme un bloc, une puissance coloniale alliée et successeur de l’Empire britannique, un Grand Satan protégeant les crimes israéliens. Aujourd’hui, l’administration Ahmadinejad a noué des liens avec des intellectuels et des artistes dissidents. A ses yeux, les Etats-Uniens sont des gens de bonne volonté qui prennent lentement conscience d’être gouvernés par des tyrans. A terme, des révoltes sont prévisibles qu’elles prennent une forme révolutionnaire ou sécessionniste. La Révolution islamique doit s’allier avec les dissidents actuels pour combattre avec eux le système dominant.

C’est là qu’intervient le discours de Mahmoud Ahmadinejad. Il y a d’abord récusé la théorie du choc des civilisations, énoncée par Bernard Lewis et popularisée par Samuel Huntington

Pour ces penseurs, ce choc est inévitable. Les Occidentaux n’ont d’autre choix que de s’y préparer militairement afin de tuer plutôt que d’être tués. Pour le président iranien, ceci est absurde. A l’heure de la globalisation, le développement des échanges commerciaux et culturels permet aux gens de se découvrir et de s’apprécier mutuellement. Quant aux juifs, aux chrétiens et aux musulmans, leur foi commune dans le Dieu unique doit les conduire à établir des relations harmonieuses.
Cependant, pour M. Ahmadinejad, si le choc des civilisations est une idéologie artificiellement promue par le mouvement sioniste afin de diviser le monde et de le dominer, il existe bien un conflit qui traverse l’humanité : celui qui oppose les valeurs matérielles du capitalisme et de la société de consommation aux valeurs spirituelles de
la Révolution que sont la justice et l’héroïsme. Ceci étant posé, l’ennemi n’est pas l’Occident, mais le matérialisme dont les Occidentaux sont atteints et qui contamine le reste du monde.

Le système de domination actuel s’inscrit dans le prolongement de l’esclavagisme, du colonialisme et de l’impérialisme. Il est mis en œuvre par un groupe transnational qui s’appuie principalement sur le Royaume-Uni, les Etats-Unis et Israël pour parvenir à ses fins. Compte tenu de la supériorité militaire de ces Etats par rapport à tous les autres Etats du monde réunis, il serait illusoire d’espérer le vaincre par les armes. Mais sachant qu’il utilise les Britanniques, les Etats-Uniens et les Israéliens souvent à leur détriment, il est possible de s’allier avec ces peuples contre ce système de domination. De même que Marx imaginait unir les prolétaires de tous les pays contre l’exploitation capitaliste, Ahmadinejad pense possible d’unir les opprimés contre le sionisme. Dans cette perspective, des efforts doivent être entrepris pour montrer aux Etats-uniens qu’ils sont eux aussi les victimes d’un système dont ils croient à tort profiter.

S’adressant à l’Assemblée générale, le président Ahmadinejad à demandé la création d’une commission d’enquête internationale sur les attentats du 11-Septembre.
Pour les Etats membres de l’ONU, il a développé l’argument de la compétence. La réponse qui a été apportée unilatéralement par les Etats-Unis à ces attentats a mis le Proche-Orient élargi à feu et à sang sans résoudre le problème du terrorisme. Pour être efficace, il aurait fallu, il y a neuf ans, créer cette commission d’enquête, analyser ses résultats au sein de l’ONU et convenir à l’échelle internationale d’une stratégie antiterroriste. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, les Nations unies doivent reprendre leur prérogative pour vaincre le terrorisme et parvenir à la paix.
Pour le public états-unien, M. Ahmadinejad, s’appuyant sur un sondage récent, a évoqué les trois hypothèses les plus fréquemment citées. Primo, les attentats sont le fait d’un puissant groupe étranger ; secundo, ils ont été ourdis par des éléments internes ; tertio, ils ont été réalisé par un groupe étranger, mais ont bénéficié de la passive complicité d’éléments internes.
Contrairement au discours ambiant, il n’a pas évoqué le fait qu’Oussama Ben Laden se soit présenté comme islamiste, mais le fait que lui et sa famille ont des affaires communes avec les Bush. Des informations que j’avais révélé en octobre 2001 dans le principal hebdomadaire politique hispanophone d’Amérique du Nord, Proceso et qui avaient été reprises au Congrès par la représentante Cynthia McKiney.
Cette présentation vise à recadrer le débat : le problème n’est pas le choc entre l’islam et l’Occident, mais la domination du monde par une clique incluant les Bush et Oussama Ben Laden.

Au cours de cet exposé, l’ambassadeur des Etats-Unis s’est levé et a quitté l’Assemblée générale. A sa demande ou sur son ordre, les ambassadeurs de plusieurs Etats alliés ont fait de même.

L’habituelle machine de propagande s’est attachée à déformer et à minimiser les propos de Mahmoud Ahmadinejad. Les médias atlantistes se sont efforcés de faire accroire que le président iranien aurait insulté les victimes du 11-Septembre, à New York même, en prétendant que les Etats-uniens ne sont pas des victimes, mais des coupables. Il suffit de se reporter au texte du discours pour vérifier la manipulation. Or, dans ce document, M. Ahmadinejad exprime sa désolation pour les victimes. Il place immédiatement au même niveau les centaines de milliers de morts, de blessés et de déplacés de la guerre au terrorisme. Il s’applique à considérer que les souffrances des uns sont égales aux souffrances des autres. Ce qui revient une nouvelle fois à affirmer que le choc des civilisations est un leurre et que nous sommes tous victimes du même système.

Le Conseil de sécurité nationale des Etats-Unis s’étant réunis d’urgence, il a été décidé que Barack Obama s’adresserait au plus vite aux Iraniens et les appelleraient à l’insurrection pour dissuader Téhéran de poursuivre son offensive.

Une interview a été organisée sur la chaîne de télévision de la BBC en persan, qui dispose d’une plus grande audience en Iran que les chaînes états-uniennes en persan. Techniquement, cette tache revient au Conseiller de sécurité nationale adjoint chargé des communications stratégiques, Ben Rhodes. Il se trouve que M. Rhodes est la personne qui a rédigé le rapport de la Commission présidentielle Kean-Hamilton sur le 11-Septembre. A ce titre, c’est lui qui a gravé dans le marbre la théorie du complot islamiste avec ses 19 kamikazes et son Ben Laden sardonique caché dans une grotte afghane.
Le président Obama a été interrogé par Bahman Kalbasi, un journaliste iranien qui prétend avoir fuit son pays en 2001 pour échapper à la dictature et qui a néanmoins pu librement retourner sur place pour y réaliser des documentaires.

D’entrée de jeu M. Kabalsi a demandé au président Obama de commenter les propos de son homologue iranien sur le 11-Septembre. Il répondit : « C’était choquant. C’était haineux. Et qu’il ait fait ces déclarations ici à Manhattan, juste au nord de Ground Zero, où des familles ont perdu leurs proches... des gens de toutes les religions, de toutes les origines voient ces attentats comme la tragédie essentielle de cette génération. Pour lui, qu’il ait fait de telles déclarations était inexcusable ».

Les Iraniens auront beau relire le discours de M. Ahmadinejad, ils ne trouveront rien de choquant, ni de haineux. Aucune provocation, que des questions légitimes. Peu importe, M. Obama poursuit en établissant une distinction entre la réaction émotionnelle des Iraniens au lendemain du 11-Septembre, faite comme partout de compassion pour les victimes, et celle du « régime ».
Dans le reste de l’entretien, il explique que la politique de l’administration Ahmadinejad est une impasse. Selon lui, elle ne peut pas porter de fruit et suscite des sanctions dont les Iraniens subissent et subiront les dures conséquences dans leur vie quotidienne. Il développe cette logique dans plusieurs domaines et conclut sur la question palestinienne. Il assure là encore, que le radicalisme ne mène nulle part, et que la paix là-bas passe par un compromis avec Israël.

Cette interview est une mise en garde non voilée à l’intention de Téhéran : ne vous avisez pas de semer le trouble dans la population états-unienne ou nous le ferons chez vous aussi. Elle s’appuie sur l’idée que les Iraniens désavoueront une politique pour laquelle ils payent un prix fort sans rien recevoir pour le moment en retour. Elle annonce une nouvelle opération de déstabilisation à l’occasion des réformes économiques. Pour éviter l’asphyxie, l’Iran soumis à un embargo onusien et à des embargos unilatéraux doit renoncer à ses prix subventionnés et libéraliser son marché intérieur. Cette adaptation brutale ne manquera pas de faire des mécontents. Washington entend les coaliser contre le gouvernement autour de Mir Hossein Moussavi.

Toutefois ce projet doit s’affranchir de plusieurs obstacles. En premier lieu, les mécontents de la réforme économique peuvent douter de la capacité de M. Moussavi à les représenter. Il avait en effet défendu le principe d’une économie libérale à l’américaine durant sa campagne électorale. Il paraît donc mal placé pour s’opposer de manière crédible à une libéralisation du marché intérieur. Deuxièmement, l’argument du prix trop lourd d’une politique radicale a peu de chances de porter en Iran, un Etat révolutionnaire où, depuis 32 ans, on cultive l’héroïsme. Il peut même paraître insultant à beaucoup.

Enfin le choix de donner cet entretien à la BBC en persan est maladroit. Invité de M. Talebzadeh dans Secrets, la principale émission politique du pays, à l’occasion des commémorations du 11-Septembre, j’avais exposé la nécessité d’une commission d’enquête des Nations Unies et j’avais abordé l’implication de la BBC dans le complot du 11-Septembre. On se souvient que ce jour-là la Tour 7 du World Trade Center, dite Tour des Salomon Brothers, s’est effondrée dans l’après-midi sans avoir été heurtée par un avion. Pour éviter que cette événement ne conduise les gens à se poser des questions plus larges sur l’effondrement des Tours jumelles, les comploteurs avaient imposé une explication immédiate. En s’effondrant les Tours jumelles auraient fait trembler le sol et fragilisé les fondations de la 7. Pour s’assurer que cette version soit reprise, les comploteurs la diffusèrent via la BBC avant même la chute de la Tour 7.

Sur cette vidéo, on voit la reporter de la BBC témoigner avoir assisté à l’effondrement, alors que l’on aperçoit dans son dos le bâtiment intact qui ne tombera que 12 minutes plus tard. La télévision publique britannique est donc partie intégrante du complot et a mené une opération de désinformation caractérisée. Notons au passage que ceci implique une responsabilité du Royaume-Uni en tant qu’Etat dans les attentats perpétrés aux Etats-Unis.

En résumé, le président de la République islamique d’Iran a déclaré au monde en général et aux Etats-uniens en particulier que les morts du 11-Septembre ne sont pas des victimes de l’islam. Il a souhaité une commission d’enquête internationale dont les résultats sont susceptibles de montrer que les morts US comme les morts du Proche-Orient sont également victimes du système de domination mondiale.
De son côté, le président des Etats-Unis s’est adressé aux Iraniens sur une chaine dont les dirigeants ont participé à l’organisation du 11-Septembre pour leur suggérer de ne pas poser de questions sur ces attentats, faute de quoi ils auraient de nouvelles sanctions à endurer.

En définitive, la vivacité de la réaction de Washington révèle sa faiblesse. Si l’on a choisi de faire monter d’urgence au créneau le président Obama, c’est qu’il y a péril en la demeure. 74 % des Etats-uniens pensent que des éléments de l’administration ont perpétré le 11-Septembre ou l’ont laissé perpétrer. Pourtant ils ne se révoltent pas contre des autorités qu’ils rendent responsables de la mort de prés de 3 000 de leurs concitoyens. C’est que, jusqu’à présent, ils sont persuadés que des fanatiques de la sécurité nationale peuvent entreprendre des crimes contre la population lorsqu’ils les imaginent utiles à la grandeur du pays. Or, ce que le président Mahmoud Ahmadinejad suggère, c’est au contraire que les comploteurs ont agi dans l’intérêt d’un groupe transnational au détriment des intérêts des Etats-uniens, lesquels sont juste considérés comme de la chair à canon destinée à agoniser sur les champs de bataille du Proche-Orient élargi.

Cette idée met en danger le système de domination mondiale car elle est susceptible de réveiller la conscience du peuple états-unien et de le pousser à la révolte.

 [Voltaire Network, 24 septembre 2010.

[James Petras, Réseau Voltaire, 17, 19 et 24 juin 2009.

Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 juin 2004.

Thierry Meyssan, Analyste politique français, président-fondateur du et de la conférence

.Il publie chaque semaine des chroniques de politique étrangère dans la presse arabe et russe.

Dernier ouvrage publié : éd. JP Bertand (2007).

Beyrouth, le lundi 26 septembre 2010.

Thierry Meyssan


2-3 Propos inconvenants aux Nations Unies..

Ça commence à être une manie : les représentant de la 'Communauté Internationale' (USA + EU, peut-être Israël était devant) se sont levé comme un seul homme et ont quitté la salle de l’assemblée des Nations Unies lorsque le président iranien a prononcé des mots qu’on ne peut absolument pas entendre.

Ce qu’on ne pouvait entendre cette fois-ci, c’était l’exposé par le président iranien des trois différentes hypothèses concernant les attentats du 11 septembre (complot externe, c’est à dire la théorie officielle, complot interne ou ‘théorie du complot’, et complot externe facilité à l’intérieur), et sa proposition d’une enquête internationale.

Pour notre part, nous n’arrivons pas à voir ce que ces propos ont de si scandaleux ; nous les trouvons plutôt très raisonnables « Si nous prenons en compte le point de vue états-unien, est-il rationnel de lancer une guerre conventionnelle par le biais d’un large déploiement de troupes qui a mené à la mort de centaines de milliers de personnes pour contrer un groupe terroriste ? ».

Qu’y a-t-il de 'choquant' de reconnaître qu’après les attentats du 11 septembre « la machine de propagande entra en action à plein régime ; elle insinuait que le monde entier était exposé à un immense danger, le terrorisme, et que la seule façon de sauver le monde était de déployer des forces militaires en Afghanistan » : Est-ce que c’est faux ? Est-ce qu’il est inexact, ou inconvenant de rappeler que quelques mois avant l’invasion de l’Irak, par l’action d’une propagande bien efficace, une grande majorité d’états-uniens étaient persuadés que c'était soudain Saddam Hussein qui était derrière les attentats ? C’est un fait, c’est vrai qu’il est obscène en soi, mais c’est surtout le passer sous silence qui l’est bien d’avantage.

« Il y a une image du World Trade Center suspendue au dessus de mon lit, et j'en garde une dans mon Kevlar. Chaque fois que j'éprouve de la compassion pour ces gens [les civils Irakiens massacrés], je la regarde. Je pense 'Ils nous ont frappés chez nous et, maintenant, c'est à notre tour.' Je ne veux pas dire 'rendre la monnaie de la pièce', mais, vous savez, c'est assez bien cela » Interview de soldats US en Irak, 'The Evening Standard', le 19/06/2003

Nous n’oublions pas que les représentants européens sont restés sagement assis lorsque Colin Powells a exhibé son petit tube de poudre blanche, et ses petits croquis de camions-usines pour ‘prouver’ que l’Irak de Saddam Hussein détenait des armes de destruction massive. La réalité ne dépend pas du fait qu’ils se lèvent ou s’asseyent

Quelle que soit la réalité sur le 11 septembre, ces attentats non revendiqués n’ont de fait pas affecté uniquement les Etats-Unis, mais bien le monde entier, et provoqué des centaines de milliers de morts irakiens et afghans, et une projection extraordinaire de forces US au Moyen Orient : La plus élémentaire des choses dans un monde juste serait que l’enquête sur des événements qui ont conduit à une telle situation soit indépendante et internationale.

Roland Marounek

Alerte Otan !

Bulletin trimestriel du Comité de surveillance Otan,
Numéro 39, Juillet - Août - Septembre 2010


2-4 René Naba : Le président Ahmadinejad à Beyrouth

«Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux» Etienne de La Béotie (Discours sur la servitude volontaire).

Le président Ahmadinejad à Beyrouth: La présence du croquemitaine de l’Occident dans un pays pivot de la confrontation arabo israélienne, dans une capitale, Beyrouth, fief par excellence du clan pro saoudien des Hariri.

Paris, 12 octobre 2010 – Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad effectuera, les 13 et 14 octobre, une visite officielle au Liban, qui constitue, d’ores et déjà, au delà de toute autre considération, une démonstration éclatante de la place qu’occupe désormais l’Iran dans cette ancienne chasse gardée de l’Occident, enfant chéri de la France.

Par son retentissement psychologique, sa portée symbolique et sa mobilisation populaire, ce premier déplacement du président iranien au Liban depuis les exploits militaires de son poulain chiite, le Hezbollah libanais, en juillet 2006, contre Israël, est comparable, toute proportion gardée, à la visite du chef de file du combat nationaliste arabe, le président égyptien Gamal Abdel Nasser à l’Algérie, dans la foulée de l’indépendance de ce pays, au terme d’une guerre nationale de libération menée contre la France, en juillet 1962.

Dans une ambiance électrifiée par les menaces ad hominem formulées à son encontre par Israël pour le dissuader d’entreprendre ce voyage, la présence du croquemitaine de l’Occident dans ce pays pivot de la confrontation arabo israélienne, qui plus est à Beyrouth, fief par excellence du clan pro saoudien des Hariri, apparaît comme un acte de bravade en même temps que de bravoure, face à Israël et aux pays occidentaux, sur fond de bruits de botte tant dans le Golfe qu’au Liban, en superposition à l’exaspération du débat sur le dossier nucléaire iranien, sur une possible criminalisation du Hezbollah dans l’enquête internationale sur l’assassinat de Rafic Hariri et la persistance de l’impasse sur le règlement de la question palestinienne.

Le Liban qui s’est abstenu, l’été dernier, lors du vote de nouvelles sanctions contre l’Iran par le Conseil de sécurité des Nations Unies, a voulu compenser, sa passivité lors du vote onusien, par cette visite officielle en guise de gratitude à un pays qui a fourni une importante contribution à la reconquête du territoire national, via le Hezbollah, et à la restauration urbaine du sud Liban, sinistré par l’aviation israélienne.

Deux temps forts marqueront le séjour libanais de M. Ahmadinejad:

-Sa rencontre très attendue avec le chef charismatique du Hezbollah, Hassan Nasrallah, l’homme qui donne le tournis aux Occidentaux et aux Israéliens de par son palmarès politique et militaire rare dans le monde arabe, l’atout maître du tandem syro iranien dans son bras de fer avec ses adversaires. Les deux hommes devraient apparaître, conjointement, dans une manifestation populaire dans la banlieue sud de Beyrouth, dans une cérémonie en double hommage, en hommage à l’Iran pour sa contribution à la libération du territoire libanais et à la restauration des bourgades démolies par les Israéliens, en hommage de l’Iran au Liban dont les exploits militaires ont grandement élargi sa marge de manoeuvre face aux Occidentaux et aux Israéliens.

-Son déplacement dans le sud Liban, dans la région frontalière libano israélienne, zone de concentration de la population chiite et théâtre de glorieux faits d’armes du mouvement face à Israël.

Le président iranien se rendra dans deux localités qui se sont particulièrement distinguées dans leur résistance à la contre offensive israélienne dans la phase finale du conflit de juillet 2006. En plein débat sur la stratégie militaire libanaise et sur sa politique d’achat d’armes, il entend ainsi réaffirmer, par sa présence physique sur le champ de bataille, la vigueur de la stratégie de résistance à l’hégémonie israélo saoudo américaine dans la zone.

Bravant son ennemi qui le menace de vitrification, faisant fi du survol incessant de l’aviation israélienne de l’espace aérien libanais, le président Ahmadinejad se rendra à la pointe extrême du Liban méridional, à Maroun el Ras, la bourgade mitoyenne d’Israël, se plaçant ostensiblement à portée de voix de l’Etat Hébreu, au lieu dit «la porte de Fatima», dans l’ancienne zone de déploiement et d’infiltration des supplétifs de l‘armée dissidente des généraux Saad Haddad et Antoine Lahad, pour prononcer un grand discours de politique internationale depuis Bint Jbeil, dans ce qui apparaît comme une démonstration de force contre les manoeuvres d’intimidation d’Israël et de son allié américain.

Bint Jbeil revendique en effet le rare exploit d’avoir mis hors circuit une quarantaine de soldats israéliens, en deux temps, lors des confrontations libano israéliennes. En 2006, une dizaine de soldats israéliens ont été tués dans la dernière contre offensive précédant le cessez le feu. En 1982, une trentaine de soldats israéliens avaient péri sous les décombres du PC israélien dynamité par un commando suicide.

Haut lieu de la résistance Libanaise, le choix de la bourgade n’est nullement anodin. Il traduit la volonté de l’Iran de faire honneur «au choix des armes», de saluer les vainqueurs des Israéliens, en rendant hommage à la bravoure de ses défenseurs, 28 ans après le dynamitage du PC israélien lors de l’invasion israélienne du Liban, en 1982. Initiateur des premiers attentats suicide au Liban, si meurtriers par la suite pour les forces occidentales et israéliennes opérant dans le pays, l’attaque contre le PC israélien, aux premiers jours de l’invasion de juin 1982, avait décapité le commandement des forces d’assaut, tuant le chef du bataillon israélien au sud Liban et une trentaine de ses collaborateurs, retardant leur progression vers Beyrouth.

L’Iran qui a fourni une assistance financière de près d’un milliard de dollars pour la restauration de la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah où près de 250 immeubles ont été détruits par l’aviation israélienne, en juillet 2006, a assuré la réhabilitation urbaine de Maroun ar Rass, et, le goudronnage de la route frontalière reliant la bourgade chrétienne de Marjeyoun à Nakoura, le poste frontière libano israélien, fluidifiant la circulation dans cette zone escarpée. L’Iran devrait d’ailleurs allouer au Liban un prêt, à long terme, à faible taux d’intérêt, d’une valeur de 450 millions de dollars, dans le cadre d’un accord de coopération dans le domaine de l’énergie, visant à pallier les pénuries de courant fréquents dans un pays gouverné depuis près de vingt ans par le clan Hariri, et dont la dette publique est de l’ordre de cinquante milliards (50) milliards de dollars.

La visite de M. Ahmadinejad au Liban est la première d’un président iranien depuis celle de Mohammed Khatami, en mai 2003. C’est au cours de cette visite, survenue dans la foulée de la chute de Bagad, que le président réformiste iranien avait formulé la stratégie iranienne visant à faire face à la vassalisation du Moyen orient à l’ordre israélo américain, par la mise en place d’un cordon sanitaire formé par un quatuor de quatre pays (Iran, Syrie, Liban Hezbollah et Palestine Hamas), désigné par le vocable de la constellation des «Douwal al Moumanaha’’», un système de pré alerte constitué par les pays de l’immunisation contre le virus de la soumission.

Précédée d’une importante démonstration de la solidité des relations syro iraniennes, matérialisée par deux sommets Bachar el Assad Ahmadinejad, -le 13 septembre à Damas, et le 2 octobre à Téhéran-, la présence de M. Ahmadinejad à Beyrouth constitue aussi une réplique à une montée de tension dans le Golfe après l’annonce d’un important contrat d’armement entre les Etats-Unis et les pétromonarchies, de l’ordre de 123 milliards de dollars à quatre pays (Arabie saoudite, Koweït, Emirats arabes Unis et sultanat d’Oman) visant à renforcer leur capacité défensive face à l’Iran.

Qualifiée de «provocation» par les Etats-Unis, elle intervient de surcroît alors que le gouvernement pro occidental de Saad Hariri paraît sur la défensive du fait des révélations du camp antioccidental au Liban sur le noyautage israélien du réseau libanais des télécommunications, et, sur les dysfonctionnements du Tribunal Spécial sur le Liban résultant de la présence de faux témoins dans l’enquête sur l’assassinat de l’ancien premier ministre.

La Syrie et l’Arabie saoudite se sont portés garants de la stabilité du Liban lors d’une visite conjointe du Roi Abdallah d’Arabie et du président syrien Bachar al Assad, fin juillet, au Liban, qui a scellé une entente tacite entre les deux pays arabes, longtemps rivaux au Liban.

Cette entente portait sur la neutralisation du Tribunal spécial sur le Liban, en contrepartie de la préservation par la Syrie du leadership du clan Hariri sur la communauté sunnite du Liban, et, partant, sur sa prééminence gouvernementale par rapport aux autres familles sunnites libanaises, aspirant aux mêmes responsabilités.

Le premier ministre libanais a admis, fin Août, que le Tribunal Spécial sur le Liban chargé de déterminer les responsabilités dans l’assassinat de son père avait été mu par des motivations politiques et que la présence de faux témoins dans la phase préliminaire de l’enquête avait nui à sa bonne marche. Mais le chef du clan saoudo américain au Liban s’est abstenu de tirer les conséquences de cet aveu, à savoir la traduction en justice des faux témoins, et, à défaut d’une mise en cause, à tout le moins, la mise en question du fonctionnement de l’institution internationale. Face à ses atermoiements, la Syrie a lancé un mandat d’arrêt par défaut contre 33 personnes, ayant participé à la campagne visant à la discréditer dans cette affaire, incluant la garde rapprochée de Saad Hariri.

L’Arabie saoudite, le meilleur allié arabe des Etats-Unis, le principal bailleur de fonds de ses équipées militaires dans la sphère arabo musulmane, le plus gros client de son industrie d’armement, n’aurait pas réussi à infléchir la position américaine sur le tribunal spécial sur le Liban, dont l’acte d’accusation devrait être rendu public à l’automne 2010.

Caution arabe à l’invasion américaine de l’Irak et à la «déstabilisation constructive» du Liban, selon le schéma et les slogans de la firme publicitaire américaine «Saatchi and Saatchi», aiguillonnée par le Département d’état, l’Arabie saoudite pourrait être la grande perdante de la chute du régime baasiste irakien et des exploits militaires du Hezbollah libanais, conséquence du pari malheureux du royaume sur la politique néo conservatrice américaine.

A défaut d’une compensation politique de la part de la Syrie et de l’Iran en Irak, un pays qui lui est limitrophe, à l’effet de lui redonner quelque crédit, le royaume pourrait difficilement inciter son poulain libanais à une plus grande flexibilité dans l’épreuve de force qui se déroule au Liban, au risque d’un camouflet supplémentaire au niveau du leadership sunnite libanais.

Mais le comportement dilatoire du clan Hariri sur la responsabilité du camp pro occidental dans l’instrumentalisation de la justice pénale internationale pour la préservation de son leadership local fait peser, par contrecoup, un risque sur la longévité gouvernementale de M. Saad Hariri, à l’effet d’entraîner le Liban dans un nouveau cycle de violences.

La coalition pro occidentale, notamment le premier ministre de l’époque, Fouad Siniora, avait accueilli à bras ouverts, avec forces accolades, Condoleeza Rice, secrétaire d’état américain, en juillet 2006, à Beyrouth, en plein bombardement destructeur israélien des infrastructures libanaises. Elle a émis, cette fois, des «réserves» concernant la visite du président iranien, allié majeur du Hezbollah, l’artisan de la libération du territoire national.

Depuis son accession au pouvoir, Saad Hariri a repris, à six reprises, le chemin de Damas pour des entretiens avec les dirigeants syriens, mais, ce sera la première fois que l’homme lige des néo conservateurs saoudiens au Liban rencontrera le chef de file du courant révolutionnaire chiite, alors que ses contacts avec Damas sont quasiment interrompus depuis le lancement, le 3 octobre, de mandats d’arrêts internationaux à l’égard des principaux collaborateurs politiques et militaires du premier ministre libanais pour leur participation dans la fabrication des «faux témoins» du procès Hariri.

Pays frontalier de l’Irak et de l’Afghanistan, les deux plus importants abcès de fixation de l’armée américaine de l’époque contemporaine, bordant tout aussi bien le golfe arabo-persique que l’Océan indien, l’Iran représente l’une des plus fortes concentrations industrielles de la zone intermédiaire qui va de sud de l’Europe aux confins de l’Inde. La réussite de sa stratégie d’autosuffisance technologie et militaire valoriserait son poids régional, de la même manière qu’un succès politique ou militaire du Hezbollah chiite libanais ou du Hamas sunnite palestinien réhabiliteraient l’esprit de résistance face à la finlandisation des esprits en cours dans le monde arabe, à l’effet de réhabiliter la guérilla criminalisée sous l’ère Bush au prétexte de la «guerre contre le terrorisme».

Le succès iranien ferait en outre perdre à Israël son statut de relais stratégique majeur de l’Occident dans la zone et frapperait de caducité l’option arabe de vassalisation à l’ordre israélo américain, déterminant du coup la nouvelle hiérarchie des puissances dans l’ordre régional. Tel est le véritable enjeu, sans doute le plus important par sa force d’attraction symbolique, de la confrontation irano israélienne, dont le Liban en est le théâtre dérivé.

Pour aller plus loin,

Liban: Hassan Nasrallah, l’indomptable
http://www.renenaba.com/?p=2685

Ainsi qu’une série de papiers sur la problématique iranienne dans le jeu régional et l’objectif sous jacent du bras de fer entre l’Iran, d’une part, les Etats-Unis et Israël, d’autre part, sur le nucléaire iranien.

- Iran Israël: Les enjeux sous jacents de la confrontation 1/3 http://www.renenaba.com/?p=1422

- Iran Israël: Les enjeux sous jacents 2/3 http://www.renenaba.com/?p=1600

- Iran Israël: Les enjeux sous jacents de la confrontation 3/3 http://www.renenaba.com/?p=1620

12.10.2010 |

René Naba |

http://www.renenaba.com:80/?p=2861


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