Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

12/11/2010

n° 1- 'Géopolitique et stratégie ' des Guerres de l'eau ' - 11-11- Début - La prochaine guerre mondiale sera t’elle la guerre de l’eau

n° 1-  'Géopolitique et stratégie ' des Guerres de l'eau ' - 11-11- Début - La prochaine guerre mondiale sera t’elle la guerre de l’eau


Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'Otan et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



'Géopolitique et stratégie '

des

Guerres de l'eau.

n° 1-                                                  11-11

C.De Broeder & M.Lemaire

 



Vous retrouverez ce journal 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Robert Bibeau :   http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

c) sur le site de Eva Resis        :  no-war.over-blog.com  - http://no-war.over-blog.com/

d) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens...

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire.

Tiré à part

Frédéric Lasserre : Les guerres de l'eau auront-elles lieu ?

René-Eric Dagorn : Géopolitique de l'eau.

1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Michael Klare : Les prochaines guerres auront pour enjeu les ressources « naturelles »,

François-Georges Dreyfus : Eau et géostratégie au Moyen-Orient.

Suite

2 Dossiers

2-1 Kourosh Ziabari : Israël est la menace la plus immédiate au futur de notre planète.(Dissident Voice)

2-2 Amel Blidi : Litige à propos du partage des ressources du Nil.

2-3 Amin Abu Warda : Israël contrôle 80% de l'eau palestinienne.

2-4 Les eaux transfrontières.

Fin

3 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

3-1 Quand Israël s’en mêle…

4 Brèves

4-1 La prochaine guerre mondiale sera t-elle la guerre de l’eau ?

4-2 La véritable crise au Yémen : les ressources en eau -

4-3 Israël vole l'eau du Golan, la Syrie saisit l'ONU. 

4-4 Les occupants israéliens volent l'eau des Palestiniens et les assoiffent.

 



Tiré à part :

Frédéric Lasserre : Les guerres de l'eau auront-elles lieu ?

Dans nos pays développés il est dans nos habitudes de tourner le robinet sans que cela amène à réflexion tant il nous semble naturel que l'eau coulât à flot.

Pourtant s'il est un domaine où l'acuité de sa pérennité va faire l'objet de maints enjeux pour les générations à venir c'est bien celui-là.
Comme se sujet me préoccupe j'étudie avec minutie les différents articles concernant ce problème de société. J'ai donc trouvé dans Sciences Humaines un article de René-Eric Dagorn intitulé : « Géopolitique de l'eau » qui donne un aperçu des divers enjeux que nous réservent la surexploitation de l'eau. Si l'article m'a paru bien sérier les problèmes dans son ensemble, je lui ferais néanmoins un petit reproche sur le fait de n'avoir pas suffisamment insisté sur l'appropriation de l'eau par les multinationales. En effet, je suis de ceux qui pensent que l'eau devrait être déclarée Bien Commun de l'Humanité comme l'a si bien défini Ricardo Pétréla, donc à nous tous, et non à une oligarchie avide de profit…

 

René-Eric Dagorn : Géopolitique de l'eau.

Les problèmes géopolitiques autour de l'eau ne sont pas toujours ceux que l'on croit. Si des tensions existent autour du partage des ressources des grands fleuves, ce sont des questions plus politiques qui structurent les espaces de l'eau: concurrence ville-agriculture, pollution des nappes phréatiques et réfugiés climatiques.

Vers une pénurie mondiale ?

Les constats de départ sont terribles: plus d'un milliard d'hommes n'a pas accès à l'eau potable; chaque jour 3000 personnes meurent pour avoir consommé de l'eau polluée; dans le bassin de la mer d'Aral, une mer détruite par la surexploitation des deux fleuves qui l'alimentaient en eau, les taux de mortalité infantile atteignent 118‰, l'un des plus élevés au monde (en France il est de 3,6‰).

Et pourtant, l'eau est naturellement une ressource abondante. Sur la totalité de l'hydrosphère planétaire, l'eau de mer salée représente 97,5% et l'eau douce 2,5%. L'essentiel de cette eau douce se trouve gelé dans les deux inlandsis géants du Groenland et de l'Antarctique, et dans les glaciers des grandes chaînes montagneuses planétaires. Il reste 0,7% d'eau douce accessible en surface (cours d'eau, lacs, nappes souterraines). Cela représente 40000 km3 disponibles par an, largement de quoi couvrir les besoins des sociétés planétaires, même en tenant compte de l'augmentation prévue de la population mondiale (9,1 milliards à l'horizon 2050 d'après la dernière estimation de l'Onu en mars 2009) puisque le monde consomme aujourd'hui 5500 km3 par an.

Contrairement à une idée reçue bien ancrée, ce n'est donc pas l'eau «naturelle» qui compte, mais la capacité des sociétés à fabriquer les espaces permettant d'accéder à l'eau potable.

Or les sociétés et les économies contemporaines sont de plus en plus consommatrices d'eau. Chaque Français consomme 180 litres d'eau par jour pour le simple usage domestique, un Japonais 280 litres, un Américain 295 litres et un Canadien 330 litres. L'eau induite, cachée dans les processus de production économique, est bien plus importante encore: il en faut en moyenne 4000 litres pour produire 1 kg de riz, et 4 m3 pour produire l'équivalent de 1 mégawatt/heure dans une centrale électrique thermique. Avec le développement économique des pays émergents (Chine, Inde, Brésil…), la demande en eau est en train de croître de façon exponentielle: à elle seule, l'Asie consomme désormais 3500 km3/an (contre 2000 km3 pour l'ensemble des autres régions mondiales).

De plus en plus de régions à risque à l'horizon 2020

Comment accéder à l'eau ?

Dans les cours de géographie à l'ancienne, les élèves et les étudiants planchent sur un graphique célèbre: le cycle de l'eau. L'évaporation des eaux océaniques est le point de départ d'une grande boucle planétaire: les 500000 km3 d'eau qui s'évaporent chaque année se transforment en précipitations à la fois sur les mers (458000 km3) et sur les terres (120000 km3 dont 78000 s'évaporent de nouveau: reste 42000 km3 d'eaux de ruissellement). Ces dernières se divisent alors en ruissellement de surface (40000 km3) et en ruissellement des eaux souterraines (2000 km3). L'ensemble ruisselle jusqu'à la mer… et revient alimenter le cycle continu.

Or, s'il faut avoir en tête ces dimensions «naturelles» de la question de l'eau, c'est un autre cycle qui est réellement important aujourd'hui: le cycle de l'eau potable. Car, de la production au traitement, c'est la capacité des sociétés à fabriquer les espaces de l'accès à l'eau potable qui est déterminant: quelles sont les conditions de captage (à la fois économiques, sociales, culturelle, politiques…)? De distribution? D'entretien des réseaux? De collecte des eaux usées? De dépollution et de traitement? Ainsi, organiser l'utilisation et la consommation d'eau suppose des approches techniques très différemment maîtrisées par les sociétés: développement de l'irrigation par goutte à goutte, réduction de la pollution dans les secteurs industriels et urbains, diminution des pertes par évaporation ou par fuite en entretenant les réseaux sur le long terme, etc.

Toutes les sociétés n'ont pas les mêmes moyens économiques et techniques pour fabriquer les espaces d'accès à l'eau potable. Le récent Forum mondial de l'eau qui s'est tenu à Istanbul en mars 2009 a ainsi estimé que 90% des trois milliards d'habitants de la planète qui vont se rajouter à la population mondiale d'ici 2050 se trouveront dans des pays en développement où l'accès à l'eau potable et à l'assainissement n'est déjà assuré que de façon limitée et précaire. À court terme, c'est 340 millions d'Africains qui n'auront toujours pas d'accès à l'eau en 2015 et 2,4 milliards d'individus qui, à l'échelle planétaire, n'auront pas accès à un service d'assainissement minimal.

Sans compter bien sûr que ce sont les pays du Nord qui auront les moyens de construire les espaces permettant de gérer les dimensions sanitaires du changement climatique et de ses conséquences sur les ressources en eau.

Les guerres de l'eau auront-elles lieu ?

« Verra-t-on effectivement des États s'affronter pour l'eau?» La question était posée l'an dernier par le géographe canadien Frédéric Lassere (1). Les ressources en eau sont, semble-t-il, au centre de tensions géopolitiques croissantes, et le Forum mondial de l'eau de l'Onu en a fait l'un de ces thèmes principaux de réflexion. Un certain nombre d'éléments militent en effet pour cette hypothèse.

Alors que la pression démographique se fait plus forte (la population mondiale va encore augmenter de plus de 2,5 milliards de personnes dans les quarante ans à venir), que la demande de niveau de vie à l'occidentale accentue ces pressions, et que le changement climatique va exacerber encore les concurrences potentielles, ce ne sont pas moins de 260 bassins fluviaux qui sont partagés entre deux ou plusieurs États. Déjà des tensions se font sentir. C'est, entre Israël et la Syrie, la question du contrôle du plateau du Golan, au nord-est du lac de Tibériade: annexé en 1981, Israël considère le plateau comme une région à part entière. Une partie des affluents du Jourdain y trouve leurs sources, et Israël y puise 35% de son alimentation en eau.

On retrouve ces mêmes tensions géopolitiques entre l'Égypte et le Soudan sur le Nil, entre la Turquie, la Syrie et l'Irak pour le partage des eaux du Tigre et de l'Euphrate, mais aussi entre les États-Unis et le Mexique sur les eaux du Colorado (encadré ci-contre).

Malgré tout, cette liste est déjà révélatrice des limites de l'analyse de futures guerres pour les ressources en eau. Ces litiges n'ont, jusqu'à présent, presque jamais débouché sur des conflits ouverts à grande échelle. Et tous les pays concernés sont lancés depuis plusieurs années dans des processus de discussion et de coopération qui fonctionnent très correctement. Les États et les acteurs internationaux ont tout intérêt à privilégier les partages négociés et non les épreuves de force: le dérèglement climatique en cours – de même que la crise financière – rappelle chaque jour que, dans la «société du risque» (Ulrich Beck), il n'est plus possible de se débarrasser des tensions sur ses voisins, car celles-ci reviennent en boomerang sur ceux qui les produisent.

Note :

Frédéric Lasserre, «Guerres de l'eau: paradigme des guerres du XXIe siècle?», communication au Festival international de géographie de Saint-Dié-des-Vosges, octobre 2008.

René-Eric Dagorn

Posté par Michel Mengneau le 29/6/2009 9:10:00 (1023 lectures) Articles du même auteur

 http://fig-st-die.education.fr/actes/actes_2008/lasserre/article.html

Son blog : Le ragondin furieux

http://www.forumdesforums.com/modules/news/article.php?storyid=30686



1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication de l'article  ne signifie nullement que la rédaction est d'accord avec l'article mais doit être vu comme information.

Michael Klare : Les prochaines guerres auront pour enjeu les ressources « naturelles »,

Le meilleur allié des Etats-Unis - la Grande Bretagne - proclame que le changement climatique a ouvert une ère nouvelle de conflits violents autour de l’énergie, de l’eau et de la terre arable.

C’est officiel : c’est une ère de guerres pour les ressources qui nous attend. John Reid, le Secrétaire à la défense britannique, a averti que le changement climatique global et l’épuisement des ressources naturelles se conjuguent pour accroître la probabilité de conflits violents portant sur la terre, l’eau et sur l’énergie. Selon lui, le changement climatique « rendra encore plus rares des ressources, l’eau propre, la terre agricole viable, qui sont déjà rares » et cela va « accroître plutôt que décroître la probabilité de conflits violents. »

Bien qu’elle ne soit pas sans précédent, cette prédiction de John Reid, pour qui on va assister à un regain de conflits autour des ressources, est hautement significative tant par la fonction ministérielle qu’il occupe que par la véhémence de ses paroles. « La vérité brutale, c’est que la pénurie d’eau et de terres agricoles est un facteur qui contribue significativement au conflit tragique que nous voyons se développer au Darfour. » Et d’ajouter : « Nous devons considérer cela comme un signal d’alarme. »

Selon John Reid, de tels conflits autour des ressources ont plus de probabilités de se multiplier dans les « pays en développement », mais pour lui il est peu probable que les pays plus avancés et plus riches soient épargnés par les effets déstabilisants et néfastes du changement climatique mondial. Si le niveau des mers s’élève, si l’eau et l’énergie deviennent de plus en plus rares et si les meilleures terres agricoles se transforment en déserts, les guerres civiles pour l’accès aux ressources vitales vont devenir un phénomène global.

C’est dans le cadre du prestigieux Chatham House, l’équivalent à Londres de ce qu’est à Washington le Conseil pour les relations extérieures, que John Reid a prononcé son discours. Ce n’est que l’expression la plus récente de la tendance croissante dans les cercles stratégiques à considérer que ce sont les effets d’environnement et de ressources, plutôt que l’orientation politique et l’idéologie, qui deviennent la cause la plus importante de conflits armés dans les prochaines décennies. Avec la croissance de la population mondiale, l’envol des taux mondiaux de consommation, l’épuisement rapide des sources d’énergie et la destruction de bonnes terres agricoles par le changement climatique, le décor est planté dans le monde entier pour des batailles chroniques autour des ressources vitales. Dans un tel scénario, les conflits religieux et politiques ne vont pas disparaître, mais vont plutôt être canalisés en affrontements dont l’enjeu sera les meilleures sources d’eau, de nourriture et d’énergie.

Jusqu’à ce discours du Secrétaire britannique à la défense, l’expression la plus significative de ce point de vue était ce rapport préparé en octobre 2003 pour le Département de la défense de Washington, le Pentagone, par un bureau de consultants californiens intitulé « Scénario de changement climatique brusque et ses implications pour la sécurité nationale des Etats-Unis » [1] . Ce rapport avertissait que le changement climatique mondial va plus probablement déboucher sur des évènements environnementaux cataclysmiques soudains plutôt qu’une simple hausse graduelle (et donc gérable) des températures moyennes. De tels évènements pourraient inclure une hausse substantielle des niveaux des mers dans le monde, des tempêtes et ouragans intenses et des phénomènes de désertification à l’échelle de continents entiers. Cela déclencherait des conflits sanglants entre les survivants à ces effets pour l’accès à la nourriture, l’eau, les terres habitables et les sources d’énergie.

Ce rapport de 2003 écrivait : « La violence et les turbulences découlant des tensions créées par des changements abrupts du climat impliquent une menace pour la sécurité nationale différente de ce que nous avons l’habitude de voir aujourd’hui. (...) Des confrontations militaires peuvent être déclenchées par un besoin désespéré de ressources naturelles comme l’énergie, la nourriture et l’eau plutôt que par des conflits autour de l’idéologie, de la religion ou de l’honneur national. »

Jusqu’à présent, ce mode d’analyse n’avait pas réussi à attirer l’attention des décideurs placés aux sommets des gouvernements des Etats-Unis et du Royaume Uni. Le plus souvent, eux insistent que ce sont des divergences idéologiques et religieuses, principalement le choc entre les valeurs de tolérance et de démocratie, d’un côté, et, de l’autre côté, des formes extrémistes de l’Islam qui restent les principaux moteurs des conflits internationaux. Mais le discours de John Reid à Chatham House laisse à penser qu’un changement important de la réflexion stratégique pourrait être en train de s’effectuer. L’ordre du jour de la sécurité mondiale pourrait bientôt être dominé par des périls environnementaux.

Ce changement est dû en partie au poids croissant des données qui indiquent une responsabilité humaine significative dans la transformation des systèmes fondamentaux du climat de la planète. Des études récentes montrant le recul rapide des calottes de glace polaires, la fonte accélérée des glaciers de l’Amérique du Nord, la fréquence accrue des ouragans sévères et tout un ensemble d’autres effets de cette sorte suggèrent tous que des changements du climat mondial dramatiques et potentiellement néfastes ont commencé à se dérouler. Ce qui est plus important encore, ces études récentes arrivent à la conclusion que c’est le comportement humain, à savoir principalement la combustion des combustibles fossiles dans les usines, centrales électriques et véhicules à moteur, qui est la cause la plus probable de ces changements en cours. Cette conclusion peut n’avoir pas encore pénétré à la Maison Blanche et dans d’autres bastions où l’on réfléchit comme l’autruche qui met sa tête dans le sable, mais elle gagne manifestement du terrain parmi les scientifiques et les analystes sérieux dans le monde entier.

Pour l’essentiel, la discussion publique du changement climatique mondial a eu tendance à décrire ses effets comme un problème d’environnement, une menace pour l’eau potable, la terre arable, les forêts tempérées, certaines espèces etc. C’est sûr que le changement climatique est une grave menace pour l’environnement, c’est même en fait la plus grave menace imaginable. Mais considérer le changement climatique comme un problème d’environnement ne rend pas justice à la magnitude du péril ainsi créé. Comme le disent clairement le discours de John Reid et le rapport du Pentagone de 2003, le principal danger que pose le changement climatique mondial n’est pas la dégradation des écosystèmes en soi mais plutôt la désintégration de sociétés humaines entières pouvant engendrer des famines de masse, des migrations de masse et des conflits récurrents autour des ressources.

Comme le note le rapport du Pentagone, « quand ils seront frappés par la famine, la maladie et des désastres météorologiques dus au changement climatique abrupt, les besoins de nombreux pays vont dépasser leur capacité productive », c’est-à-dire leur capacité à fournir le minimum nécessaire à la survie humaine. Cela « va créer un sentiment de désespoir qui va probablement conduire à une agression offensive » contre des pays disposant d’une plus grande réserve de ressources vitales. « Imaginez les pays d’Europe de l’Est, obligés de lutter pour nourrir leurs populations avec une baisse de leurs ressources en nourriture, eau et énergie, jetant leurs yeux sur la Russie, dont la population est en baisse, pour accéder à son blé, ses minéraux et ses sources d’énergie. »

Des scénarios similaires se répéteront tout autour de la planète, tandis que ceux qui sont privés des moyens de survie envahiront ou immigreront chez ceux disposant d’une plus grande abondance, suscitant des conflits sans fin autour des ressources entre les nantis et les démunis.

C’est cette perspective qui plus que tout, préoccupe John Reid. Il s’est inquiété en particulier des capacités inadéquates de pays pauvres et instables à faire face aux effets du changement climatique et des risques qui en résultent d’effondrement de certains Etats, de guerres civiles, de migrations massives. « Plus de 300 millions de personnes en Afrique manquent d’aujourd’hui d’accès à l’eau potable » a-t-il fait remarquer et « le changement climatique ne fera qu’aggraver encore cette situation terrible » provoquant d’autres guerres comme celle du Darfour. Et même si ces désastres sociaux vont se produire principalement dans le monde en développement, les pays plus riches seront entraînés dans la spirale de tels troubles, soit en participant à des opérations de maintien de la paix et d’aide humanitaire, soit en ayant à repousser des immigrants non-désirés ou encore en ayant à combattre outremer pour l’accès à des approvisionnements en nourriture, pétrole et minéraux.

Quand on lit de tels scénarios de cauchemar, il est facile d’évoquer des images de gens affamés désespérés s’entre-tuant avec des couteaux, des pieux et des gourdins. C’était ainsi par le passé et cela pourrait facilement être ainsi à nouveau. Mais ces scénarios envisagent aussi le recours à des armes plus meurtrières. « Dans ce monde d’Etats guerriers » prédisait en 2003 le rapport du Pentagone, « la prolifération des armes nucléaires est inévitable ». Au fur et à mesure que le pétrole et le gaz naturel vont s’épuiser, de plus en plus de pays se rabattront sur l’énergie nucléaire pour satisfaire leurs besoins d’énergie, et cela « va accélérer la prolifération des armes nucléaires avec le développement par les pays de capacités d’enrichissement et de retraitement de l’uranium dans le but de garantir leur sécurité nationale. »

Bien qu’ils soient spéculatifs, ces rapports disent clairement une chose : quand nous réfléchissons aux effets calamiteux du changement climatique mondial, nous devons souligner leurs conséquences sociales et politiques tout autant que leurs effets strictement environnementaux. Sécheresses, inondations et tempêtes peuvent nous tuer et le feront sûrement, mais aussi les guerres entre les survivants de ces catastrophes pour ce qui restera de nourriture, d’eau potable et d’abris. Comme le discours de John Reid l’indique, aucune société, même riche, n’échappera à une implication dans ces formes de conflits.

Nous pouvons réagir à ces prédictions de deux manières : soit en nous en remettant aux fortifications et à la force militaire pour obtenir quelque avantage dans la lutte mondiale pour les ressources ou soit en prenant des mesures sensées pour réduire le risque de changements cataclysmiques.

Il ne fait pas de doute que de nombreux politiciens et maîtres à penser des médias, tout particulièrement dans notre pays les Etats-Unis, vont vanter la supériorité de la solution militaire en insistant sur la prépondérance de force dont disposent les Etats-Unis. Ils argumenteront qu’en fortifiant nos frontières et nos côtes pour tenir à distance les immigrants indésirables et en menant le combat partout dans le monde pour nous assurer les sources de pétrole nécessaires, nous pourrons maintenir notre niveau de vie privilégié plus longtemps que d’autres pays moins bien dotés en moyens de puissance. Peut-être. Mais l‘atroce guerre indécise en Irak et la faillite de la réaction nationale à l’ouragan Katrina montrent combien ces moyens peuvent être inadéquats quand ils s’affrontent aux dures réalités d’un monde sans pitié. Comme le rapport du Pentagone de 2003 nous le rappelle, « des batailles constantes pour des ressources en diminution » vont les « réduire encore plus au-delà même des effets climatiques. »

La supériorité militaire peut apporter l’illusion d’un avantage dans les luttes pour les ressources vitales à venir, mais ne peut pas nous protéger des ravages du changement climatique mondial. Certes, nous pouvons nous en tirer un peu mieux que les habitants d’Haïti ou du Mexique, mais nous aussi nous souffrirons de tempêtes, sécheresses et inondations. Quand nos partenaires commerciaux d’outremer s’enfonceront dans le chaos, nos importations vitales de biens alimentaires, matières premières et énergie disparaîtront, elles aussi. Il est vrai que nous pourrions établir des bases militaires dans quelques-unes de ces endroits pour nous garantir un trafic continu de matières premières décisives. Mais le prix à payer croîtra sans cesse tant en sang qu’en dollars du budget et finira par dépasser nos moyens jusqu’à nous détruire. En fin de compte, notre seul espoir d’un futur sûr et garanti réside dans une réduction substantielle de nos émissions de gaz à effet de serre et dans une collaboration avec le reste du monde pour ralentir le rythme du changement climatique mondial.

Michael Klare

Michael Klare est professeur d’études pour la paix et la sécurité mondiale au Hampshire College à Amherst, Massachusetts (Etats-Unis). Son livre le plus récent est Blood and Oil : The Dangers and Consequences of America’s Growing Petroleum Dependency, Holt, New York 2004 (Sang et Pétrole : Les dangers et conséquences de la dépendance pétrolière croissante des Etats-Unis).

 Source anglais Z Net
www.zmag.org/content/showarticle.cfm?ItemID=9900.

 Traduction : A l’encontre

 Source : A l’ encontre
www.alencontre.org

28 mars 2006

 Michael Klare.

Réserves d’eau : les USA cherchent à contrôler la Triple Frontière, les peuples trahis doivent réagir. Joaquin Oramas, Adolfo Pérez Esquivel.

L’eau convoitée de l’aquifère Guarani, par Hinde Pomeraniec.

Comment Cuba a survécu au peak oil, par Megan Quinn.

Ressources naturelles en jeu.L’expansion des Etats-Unis a besoin de l’eau de la région amazonienne, par Samir Amin.

[1] Rapport secret du Pentagone sur le changement climatique, Editions Allia, Paris, 2006, 68 pages

URL de cet article
http://www.legrandsoir.info/Les-prochaines-guerres-auront-pour-enjeu-les-ressources.html

http://www.legrandsoir.info/article3478.html


François-Georges Dreyfus : Eau et géostratégie au Moyen-Orient.

Quand on pense au Moyen-Orient, on ne cesse de parler de pétrole, de gaz naturel, d’oléoduc et généralement on oublie l’eau -pourtant si l’on veut se passer de l’hydrocarbure (ce fut le cas pendant des millénaires), on ne peut se passer de l’eau.

Au Moyen-Orient, région au climat en général méditerranéen, parfois semi-aride, l’eau pose encore plus de problèmes que dans d’autres parties du monde en raison des besoins de l’agriculture. Dans un pays comme la France l’agronome Ch. Riou1 estime que l’agriculture représente 60% de la consommation en eau. On imagine assez bien le poids de l’agriculture dans lacon sommation des pays secs ou semi-arides. En utilisant le concept d’évapotranspiration potentiel (ETP) on constate que dans les régions semi désertiques,il est près de trois fois supérieur à celui que connaît le Bassin parisien, l’ETP est en effet de 1876 dans la région du Lac Tchad, de 1369 à Tunis et de 698 en Ile de France -ce que l’on appelle le « croissant fertile » et en particulier l’Irak et la Palestine où les pluies sont rares (entre 400 et500mm/an)2 a donc besoin d’eau venant de régions extérieures, le Taurus en Turquie, les Monts du Liban ou le Golan en Syrie occupée par l’armée israélienne.

La Turquie est au Moyen-Orient un véritable château d’eau en particulier dans sa partie orientale : le Taurus est à la source de tout un réseau fluvial qui converge vers le Tigre et l’Euphrate. L’Euphrate est un fleuve au débit important, près de 1000 m?/s à la frontière turco-syrienne, mais irrégulier car lié à la fonte des neiges ; il est donc puissant de fin mars à juin.

Pendant des siècles on l’a mal utilisé ; depuis un demi-siècle, les barrages ont cherché à dompter le fleuve. Des barrages sont particulièrement importants en Syrie depuis les travaux entrepris par la France dans la région du Zor Ournout. En Turquie a été planifié en 1970 le Great Anatolian Project (GAP) avec tout le complexe des barrages, en particulier le barrage Atatürk. Le GAP intègre un énorme ensemble des eaux du Tigre, de l’Euphrate, de leurs affluents. Ils vont constituer une réserve d’eau considérable ayant pour but de régulariser les fleuves, de faciliter l’irrigation et produire de l’électricité. La Turquie attend la moitié de son énergie électrique.3

Ce programme gigantesque va avoir à moyen terme, des conséquencesa uxquelles on ne songe guère : 25% de l’eau du Tigre manquera dans les prochaines années à l’Irak, et un même volume manquera à la Syrie- comme le note Aymeric Chauprade « pour compenser son déficit en eau en ponctionnant davantage le Yarmouk (rivière syrienne) ce qui ne facilitera pas les relations avec Israël…tandis que l’Irak tenterait de compenser par le Chattel-arab (confluence de l’Euphrate et du Tigre) ce qui ne serait pas sans conséquence sur les relations avec l’Iran » .4

Tout cela crée une situation belligène puis aggrave encore les tensions dans cette partie du monde. Souvenons-nous, comme le rappelle A. Chauprade que dans les années 1970 la mise en eau du barrage de Tabqa sur l’Euphrate avait failli conduire à un conflit militaire que seule une médiation saoudienne put éviter. Toutefois, la crise irakienne et l’isolement diplomatique de la Syrie favorisent les desseins turcs. Notons d’ailleurs que le problème de l’eau est aussi un enjeu dans l’affaire tchétchène : la Tchétchénie est aussi un château d’eau qui favorise la mise en valeur de la steppe jusqu’à Groznyï.

Mais la zone où le problème de l’eau se pose avec le plus d’acuité, c’est en Palestine.

En effet, la Palestine et au-delà la Jordanie disposent de ressources hydrauliques faibles (entre 390 et 500 m? par habitant /an) situation qui risque de s’aggraver dans les années à venir en raison de la croissance de la population qui dans les zones de peuplement musulman est de l’ordre de3.5 % par an ; en d’autre termes, il est vraisemblable que la population doublera  d’ici une vingtaine d’années. Dans le cas d’Israël la croissance n’est  non plus négligeable non par accroissement naturel mais par la persistance de l’immigration. Elle demeure importante même si les arrivées de ces prochaines années seront moindres. La plupart des juifs de l’URSS voulant s’installer en Israël l’étant déjà. Toutefois, le renouveau d’anti-lenitismeukrainien lié à l’hype rnationalisme qui règne en Ukraine pourrait entraîner de nouvelles arrivées

On peut penser qu’à l’horizon 2025 le bassin du Jourdain aura près de25 millions d’habitants

Source, Population et Sociétés, INED, août 2005.

Dès lors on peut penser qu’en 2025 ces régions veulent leur disponibilité en eau autour de 250 m3/hab/an en Israël et à moins de 100m3en Jordanie. Or le développement de la Palestine juive, au temps du Foye rnational juif comme aujourd’hui en Israël est largement lié au problème de l’eau. Même si la définition du Dictionnaire de géopolitique, dirigé par Y. Lacoste, sont inexactes et exagérés « le sionisme, c’est une soif de territoire et de démographie…l’eau répond à cette soif », il est incontestable que l’eau a été un élément essentiel de la politique des premiers colons comme aujourd’hui de l’Etat d’Israël.

L’agriculture juive avant 1947, et israélienne depuis, est une agriculture moderne réclamant infiniment plus d’eau que l’agriculture arabe. De surcroît Israël a su très vite donner les dimensions agronomiques de l’agriculture, protection des sols, lutte contre l’érosion, apports d’engrais et de fertilisants.

A la fin des années 1950, les rendements israéliens pour les agrumes ou les céréales étaient supérieurs de plus de 20 % aux rendements des régions agricoles cultivées par les colons français du Maghreb.

A la demande d’une consommation importante d’eau la politique israélienne a su rationaliser de manière assez extraordinaire l’utilisation de l’eau. Les zones irriguées israéliennes connaissent des rendements supérieurs d’un tiers aux zones irriguées syriennes en consommant moins d’eau. Mais la consommation israélienne par tête d’habitant est considérable d’autant que l’on a cherché (et réussi) à mettre en valeur le désert du Néguev en mettant en place un aqueduc allant du Lac de Tibériade jusqu’à la hauteur de Beersheba.

Avec le partage de l’Onu de 1947, Israël disposait de ressources hydrauliques convenables par exemple le petit château d’eau qu’est la Galilée au Sud-Liban est affecté à l’Etat arabe de Palestine. La première guerre israélo-arabe déclarée par les États arabes contre Israël est une lourde défaite pour les agresseurs et entraîne l’annexion par Israël de la Galilée et du Néguev du Nord avec Beersheba. Le potentiel en eau de l’Etat d’Israël est constamment renforcé. En 1947 les grandes réserves accueillies sont arabes et elles sont d’autant plus importantes que les sources des fleuves et rivières qui alimentent Israël sont sous contrôle arabe ; les imprudences arabes ont profondément modifié la situation au profit de l’État hébreu. En réalité on assiste à un véritable partage de la Palestine entre l’Etat d’Israël et la Jordanie qui annexe la Cisjordanie.

Si l’on examine une carte on constate cependant que la Cisjordanie dispose d’importantes ressources aquifères et que les bords du Jourdain sont en 1949 majoritairement arabes. Cette zone va être peu à peu colonisée parles Israéliens. A en croire l’historien israélien Ilan Greilsammer, un des nouveaux historiens d’Israël sioniste de Cisjordanie purement et simplement expulsés. Dans cette région les Israéliens entament alors des constructions de l’aquaduc alimenté par les eaux du Jourdain qui doit irriguer le Néguev.

En fait le Jourdain qui marque la frontière avec la Syrie est« dé syrianisé » malgré l’appui donné aux Arabes par les Etats-Unis. Le plan Johnson prévoit le partage des eaux du Jourdain entre Israël, la Syrie et la Jordanie, un tiers à chacun : mais Nasser considérant que ce serait une reconnaissance de l’existence d’Israël met un veto. Les Arabes cherchent à dériver les affluents en amont du Jourdain vers les États arabes, c’est un tel risque pour Israël que l’aviation de Tsahal détruit en 1965 les premières i installations.

La Guerre des Six Jours en 1967 règle le problème, le Golan est occupé ,par conséquent la Syrie n’a plus accès au Jourdain et les réserves d’eau du Golan sont désormais contrôlées par Israël. L’Etat hébreu occupe également la Cisjordanie et contrôle de ce fait l’énorme réserve en eau que conserve la Galilée. En définitive après la guerre des Six Jours le potentiel des ressources en eau passe de 1600 millions de m3 à 2500 millions.

Mais les besoins en eau d’Israël ne cessent d’augmenter. Jusqu’à quel point la politique libanaise de Tel Aviv n’a-t-elle pas été liée au contrôle des eaux, en particulier au contrôle du Litani du Sud-Liban qui sera occupé pendant plus de vingt ans par Tsahal ?

Le Litani, fleuve côtier libanais a toujours été un objectif de toutes les administrations palestiniennes. Depuis la fin de l’administration ottomane en 1916-1919 par exemple il a fait l’objet de débats entre la France et le Royaume Uni lors des accords de partage de la région6. Le Litani demeure l longtemps une revendication britannique, et elle est reprise par Israël dès1949.

Le besoin en eau demeure une obsession pour Israël et cela explique largement la situation dans les territoires occupés. Ils disposent de plus d’un demi-milliard de m3 mais l’essentiel de cette eau est à la disposition de facto des Israéliens d’autant que lorsque l’on regarde l’implantation des colonies israéliennes en Cisjordanie on constate qu’elles se retrouvent dans les zones où l’on peut facilement atteindre la nappe phréatique. De toute manière, l’économie israélienne étant ce qu’elle est, on voit mal comment Israël renoncera à ces réserves ; c’est peut être bien une des raisons de la construction du « Mur ».

Certes, on a construit des usines de désalinisation d’eau de mer et on envisage la construction d’un aqueduc Turquie-Israël permettant à l’Etat hébreu d’avoir sa part du château d’eau du Taurus.

Mais cela ne suffira que

Eau et géostratégie au Moyen-Orient 95

Géostratégiques n° 13 - Juillet 2006difficilement. Il faudrait sans doute dé saliner davantage d’eau méditerranéenne.

Incontestablement le problème de l’eau est un élément fondamental des discussions sur le sort du Moyen-Orient, tant en ce qui concerne l’Irak etla Syrie qu’en ce qui concerne les rapports israélo-palestiniens.

*Professeur émérite d’histoire contemporaine à la Sorbonne Paris IV, après avoir été pendant trente ans enseignant à l’Université de Strasbourg, où il a dirigé successivement l’Institut d’études politiques, le Centre des études germaniques et l’Institut des hautes études européennes. Il vient de publier une Histoire de la Russie aux éditions de Fallois.

1. Ch. Riou, Les besoins en eau des cultures, INRA, 1985.

2. Article « Eau », Encyclopédia universalis.

3. Cf. G. Mutin, L’eau dans le monde arabe, Paris : Ellipses, 2000. La note de François Thual, « Le Moyen-Orient et l’Eau » pour le Sénat (2000). Voiraussi les études de Marwa Daoudy, « Entre le Tigre et l’Euphrate, la bataille de l’or bleu », Les Cahiers de l’Orient, 1996.

4. A. Chauprade, Géopolitique, Paris, Ellipses, 2002, p. 577.

5. Cf. Ilan Greilsammer, Une Nouvelle Histoire d’Israël, Gallimard, 1998.

6. Cf. F-G Dreyfus, 1919-1939, L’Engrenage, de Fallois, 2002.

http://www.strategicsinternational.com/13_04.pdf


Les commentaires sont fermés.