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15/11/2010

n° 78 - Journal des Guerres de l'Otan - 14-11 – Fin - L'OTAN ne compte pas réduire son arsenal nucléaire.


 n° 78 - Journal des Guerres de l'Otan  - 14-11 – Fin  -  L'OTAN ne compte pas réduire son arsenal nucléaire.



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



Journal des Guerres de l'Otan.  

   n° 78- 14-11      

 C.De Broeder & M.Lemaire       



Le " Journal des Guerres de l'Otan " est  visible :

a)   sur mes blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Robert Bibeau :  http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

c) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

 d) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 

NB : Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire.

4  Dossiers

4-1 Nils Andersson : Le « Nouveau concept stratégique de l’OTAN »

4-2 Tobias Pflüger : L'Afghanistan : question cruciale pour l'Otan.

4-3 Manlio Dinucci : Pisa No Hub.

4-4 Manlio Dinucci : Les armes atomiques états-uniennes en Europe, bientôt toutes en Italie.

 


4  Dossiers

Ndlr : La publication de l'article  ne signifie nullement que la rédaction est d'accord avec l'article mais doit être vu comme information.

4-1 Nils Andersson : Le « Nouveau concept stratégique de l’OTAN » :

assurer la défense et les voies d’approvisionnement des « sociétés modernes »

L’un des principaux objectifs du 24ème Sommet de l’OTAN les 19 et 20 novembre à Lisbonne est l’adoption d’un nouveau concept stratégique. Sa raison d’être étant contestée à la fin de la guerre froide, en 1991, un premier « nouveau concept stratégique » est adopté dans le but d’assurer la pérennité de l’OTAN. Le déchirement de l’ex-Yougoslavie va servir, alléguant des carences de l’Europe, à « légitimer » la nouvelle fonction affichée : assurer sur le continent européen la stabilité du nouvel ordre mondial. 

En 1999, le deuxième « nouveau concept stratégique de l’OTAN » fixe comme objectif de « sauvegarder - par des moyens politiques et militaires - la liberté et la sécurité » de l’Amérique du Nord et de l’Europe, c’est-à-dire de devenir le bras armé des intérêts occidentaux et de l’économie de marché. Son rôle n’est plus dès lors limité à son cadre historique euro-atlantique, le 11 septembre va concrétiser cette stratégie et marquer le passage, avec la guerre d’Afghanistan, à une OTAN globalisée. 

Quel est le troisième « nouveau concept stratégique » de l’OTAN ? Pour l’élaboration de ce nouveau concept stratégique a été créé en septembre 2009 un « Groupe des sages », groupe d’experts placé sous la présidence de Madeleine Albright, qui fut la secrétaire d’État ultra atlantiste de Bill Clinton, et la vice-présidence de Jeroen Van der Veer, ancien PDG de Royal Dutch Shell. Parfaite illustration d’une OTAN instrument militaire de l’idéologie atlantiste et protectrice des intérêts économiques des transnationales. Le représentant de la France à ce « groupe de sages » qui a publié un rapport : « OTAN 2020, une sécurité assurée, un engagement dynamique », est Bruno Racine, président de la Bibliothèque nationale mais également président du Conseil d’administration de la Fondation de la recherche stratégique et l’un des auteurs du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale. 

Quelles sont les menaces considérées comme prioritaires ? Toujours la menace terroriste, la piraterie et la prolifération nucléaire, mais d’autres priorités sont fixées : se défendre contre les risques de cyberattaques qui peuvent provoquer la paralysie d’un pays (la meilleure des défenses étant l’attaque, l’OTAN profile la guerre cybernétique) et la sécurité des voies d’approvisionnement par pipelines ou maritimes, le Rapport précise que « l’OTAN à tout intérêt à protéger les axes vitaux qui alimentent les sociétés modernes ». On ne peut être plus clair, le rôle du Traité de l’Atlantique Nord est d’assurer la sécurité énergétique et l’approvisionnement de moins de 15% de la population mondiale. 

Il est aussi demandé de prendre en compte la pauvreté, la faim, l’eau, les mouvements migratoires, le changement climatique, non pas pour résoudre ces fléaux et menaces mais pour les sources de crises et de troubles qu’ils représentent. Bras armé du néo-libéralisme, l’OTAN doit aussi servir à réprimer les peuples qui luttent pour leur survie.

Trois missions principales sont fixées à l’OTAN. La première rappelle ce qui est à son fondement depuis sa création en 1949 : « défendre contre toute menace d'agression d’où qu’elle vienne » les pays membres de l’Alliance (article 5 du Traité). Il est évident qu’en raison des nouveaux rapports de force mondiaux, des crises financières, économiques et sociales, le nouveau concept stratégique ne peut se limiter à un simple rappel des principes fondateurs et que cela influe sur les objectifs, la stratégie et la structure de l’Alliance.

Il est en particulier confirmé que l’OTAN doit être dotée de « capacités expéditionnaires pour des opérations militaires au-delà de la zone du traité », sa « mission » est donc confortée d’intervenir partout dans le monde où les intérêts bien compris « des sociétés modernes » seront menacés. Madame Albright a d’ailleurs précisé dans une lettre à l’OTAN que cette proposition va « bien au-delà de ce qui était envisagé » dans la précédente version du « concept stratégique ». Un triptyque la résume : réaliser des missions globales, de portée globale, avec des partenaires globaux. 

L’échec de la guerre d’Afghanistan et de la guerre d’Irak, les conséquences de la crise financière auxquelles est confrontée l’OTAN, sont des réalités qui pèsent sur le nouveau concept stratégique adopté à Lisbonne. D’où l’importance accordée, pour être en mesure de mener des opérations globales de portée globale, au troisième volet du triptyque, les partenaires globaux. Ainsi, pour être en mesure d’intervenir tous azimuts, renforcer la coopération avec d'autres partenaires que les membres du Traité de l’Atlantique Nord, devient l’axe central du nouveau concept stratégique. 

L'élargissement de l'OTAN par les partenariats

La première étape de ce processus a été l’élargissement de l’OTAN sur le continent européen en intégrant des pays de l’Europe centrale et orientale. Avec l’adhésion de 12 nouveaux membres depuis 1999, elle a pratiquement doublé de taille. Mais, aujourd’hui, la voie de la globalisation adoptée par l’OTAN est, plus que l’intégration de nouveaux membres, celle des partenariats.

Quels sont ces partenariats ? Leur énumération permet de comprendre la toile tissée par l’OTAN dans la zone euro atlantique et hors de celle-ci :

- le Partenariat pour la paix regroupe les pays européens ou de l’ex-Union soviétique d’Europe et d’Asie, non-membres de l’OTAN, couvrant ainsi l’ensemble du continent ; 

- le partenariat avec l’Union européenne, considérée comme un partenaire stratégique global de l’OTAN. Le concept stratégique prévoit, dans le cadre des dispositions du Traité de Lisbonne, de créer une agence OTAN-UE des capacités de défense et un partenariat véritablement complet « sur le principe de la réciprocité… englobant l’ensemble des activités mutuelles des deux institutions », autrement dit d’assujettir l’Europe de la défense aux États-Unis, dont le budget militaire représente 80 % des budgets de l’ensemble d’États membres de l’OTAN, dans un monde néolibéral, disposer de 80% du capital ou de la force financière d’une société ou d’une institution, c’est détenir le pouvoir ;

- le Partenariat avec l’ONU, sert à légitimer des opérations de l’OTAN en lui transférant des prérogatives de l’ONU, comme en Afghanistan, ce qui se fait en violation de la Charte des Nations unies ;

- le Partenariat avec l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) joue un rôle politique important dans les Balkans, suite à l’implosion de l’ex-Yougoslavie et dans le Caucase ; 

- le Partenariat avec la Russie, bien que les relations soient souvent tendues, l’OTAN restant considérée par Moscou comme un organisme dirigé contre elle (cf. les questions des missiles antimissiles ou du Caucase), le Rapport des experts accorde une grande attention à la relation avec la Russie et on y relève que Moscou se montre « disposée à soutenir le transport aérien et terrestre des approvisionnements pour les forces de l’OTAN en Afghanistan » ; 

- les Partenariats avec l’Ukraine et la Géorgie. Le rapport des Sages précise que malgré l’opposition de la Russie, l’élargissement de l’OTAN à l’Ukraine et à la Géorgie reste d’actualité et qu’il est toujours à l’examen ; toutefois, le nouveau gouvernement ukrainien n’étant plus demandeur, la tension autour de cette question s’en voit réduite.

À ces partenariats qui couvrent, au-delà des 28 États membres de l’OTAN, l’ensemble de la zone euro atlantique, viennent s’ajouter des partenariats ou des alliances ad hoc hors zone comme : 

- le Dialogue Méditerranéen, réunissant la Mauritanie, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, l’Égypte, la Jordanie et… Israël, qui tiennent des réunions communes au niveau des ministres de la Défense, un des objectifs étant l’interopérabilité des forces armées de ces pays ! ; 

- l’Initiative d’Istanbul, à laquelle participent le Bahreïn, le Qatar, le Koweït et les Émirats arabes unis, avec une intention semblable à celui du Dialogue méditerranéen ; 

Au-delà de ces partenariats, la toile de l’OTAN s’étend à des « partenaires d’opérations » ; ainsi le rapport Albright souligne que 18 pays non membres de l’OTAN participent aux opérations en Afghanistan, que « l’Australie fournit en fait plus de troupes que la moitié des Alliés, que la Nouvelle-Zélande apporte également une grosse contribution, que la Corée du Sud s’est engagée à déployer un contingent non négligeable… » S’ajoutent le concours du Japon, de l’Inde, de l’Indonésie, les liens établis en Afrique et en Amérique latine. Il est aussi précisé que la Chine participe à des patrouilles communes de lutte contre la piraterie dans le golfe d’Aden. 

S’il ne s’agit pas du passage à une OTAN planétaire, que certains préconisent, ces partenariats et alliances ad hoc couvrent les zones de guerres et d’instabilité majeures et cette toile est considérée dans la nouvelle stratégie globale de l’OTAN comme une priorité pour assurer militairement la défense des intérêts financiers, économiques et étatiques euro atlantique et plus largement de l’économie de marché.

Du recours aux interventions militaro-civiles au renforcement de la capacité armée 

Troisième mission, les interventions militaires pour « assurer la sécurité internationale. » On ne peut être à ce sujet que stupéfait de constater que le rapport des experts ne tire aucune conséquence de l’échec de la guerre en Afghanistan. On y lit en effet : «  Aujourd’hui, si l’OTAN n’existait pas, l’Afghanistan aurait pu retomber sous la coupe des talibans… » !!! Un tel refus de l’évidence est confondant. 

Toutefois, l’échec étant là, le Rapport propose que l’OTAN combine à l’avenir les approches militaires et civiles, en ayant recours au « savoir-faire dans le domaine civil » des institutions internationales ou des ONG. Le concept d’interventions militaro-civiles représente une dangereuse confusion entre interventions militaires et humanitaires en amenant les populations à confondre l’action humanitaire avec celle des armées occupantes. Bien que ces effets pervers soient connus et dénoncés, la leçon tirée de la guerre d’Afghanistan n’est pas le développement économique et social, ni de rompre avec la logique du conflit de civilisations, mais bien d’avoir recours à la stratégie du déploiement d’un parapluie civil pour couvrir des actes de guerre !

 Le Rapport apporte d’autres précisions sur la stratégie globale fixée à l’OTAN pour les dix années à venir. Concernant le retrait des armes nucléaires stationnées en Europe, ses conclusions sont sans ambiguïté. La stratégie de dissuasion demande le maintien de la composante nucléaire, aucun plan de désengagement du dispositif étatsunien en Europe n’est envisagé et le groupe d'experts s'est prononcé contre tout retrait unilatéral. Plus encore, la défense antimissile est considérée comme «  une mission militaire essentielle » et il est précisé que les missiles antimissiles qui seront déployés « seront beaucoup plus efficaces… que ceux qui étaient prévus initialement. » Stratégiquement, leur déploiement est considéré comme renforçant le principe de l’indivisibilité de la sécurité euro atlantique et signifie donc une emprise militaire plus forte encore des États-Unis sur le continent européen. Entendons à ce propos ce qu’a déclaré Anders Fogh Rasmunssen, le secrétaire général de l’OTAN au Club militaire central de l’OTAN : « J'estime que le moment est venu pour que nous allions de l'avant et pour que nous fassions de la défense antimissile une véritable mission de l'Alliance. Tel est mon objectif pour le sommet de l'OTAN à Lisbonne. » 

Sur le plan de la structure organisationnelle de l’OTAN, un commandement unifié de l’OTAN est une demande récurrente et il est précisé que « dans toute la mesure du possible les forces militaires de l’OTAN devraient opérer dans une chaîne de commandement unifiée. » De nouvelles étapes sont franchies vers cet objectif, ainsi la force d’opérations spéciales (qui a pour objectifs militaires, politiques, de guerre économique ou de guerre psychologique, d’intervenir y compris à l’aide de moyens non conventionnels dans des zones hostiles ou sensibles) sera dotée d’un état-major multinational. Dans la même voie, la création de formations multinationales ayant un commandement unifié est demandée ; ceci va à l’encontre de l’un des arguments évoqués pour le retour de la France dans le commandement militaire intégré, qui était d’obtenir que l’Union européenne crée un quartier général européen capable de planifier les opérations militaires de l’Union européenne. C’est clairement une option inverse qui est préconisée, celle d’un quartier général euro-atlantique. 

Les effets de la crise financière et économique sont là et le Rapport qualifie les problèmes d’ordre budgétaire de l’OTAN comme un « facteur de faiblesse. » Ainsi, il est relevé que seuls 6 membres sur 28 consacrent plus de 2% du PIB, seuil exigé, à leur budget de défense, que moins de la moitié des États remplissent les objectifs de déployabilité fixés dans la directive politique globale qui prévoit qu’au moins 50% des forces terrestres des pays membres sont projetables dont 10% dans des opérations prolongées de l’OTAN ou consacrent 20% de leur budget de défense aux investissements (notamment à l’achat d’armes ‘high tech’ ou pour le renforcement de l’interopérabilité des armées). Ayant fait ces constats, les experts demandent purement et simplement qu’il soit mis fin à la baisse des dépenses militaires. 

Dans le Rapport qui fonde la stratégie de l’OTAN jusqu’en 2020, il est un mot qui n’est jamais mentionné, auquel il n’est nulle part fait allusion : le mot peuple. Il est donc plus que jamais important que les peuples rappellent leur existence aux experts, aux états-majors, aux politiques, aux idéologues atlantistes et qu’ils expriment leur opposition à l’OTAN et à ses objectifs militaires, que les peuples demandent la dissolution de l’OTAN et le respect de l’article 1 de la Charte des Nations unies, fondée sur une vision multilatéraliste du monde, précisant que seules les forces de l’ONU sont habilitées à « réprimer tout acte d'agression ou autre rupture de la paix. » Au contraire de ce qui est écrit en conclusion du Rapport, l’OTAN ne répond pas à « des besoins immuables », le seul besoin immuable des peuples est une politique de paix et non un engrenage et une logique de guerre.

 Nils Andersson, membre du Conseil scientifique d'Attac-France (Nov 2010)


4-2 Tobias Pflüger : L'Afghanistan : question cruciale pour l'Otan.

Sans aucun doute, les intérêts géostratégiques et économiques ont joué et jouent un rôle important dans l'intervention militaire de l'Otan en Afghanistan. Mais c'est beaucoup plus que cela qui est en jeu dans l'Hindou Kouch. D'un point de vue occidental, c'est ni plus ni moins que l'avenir de l'Otan qui se décide là-bas.

Dans les années 1990, l'Otan a été transformé, au moins sur le papier, d'une alliance defensive en une alliance d'interventions internationales. Ce processus a presque abouti pendant la guerre contre la Yougoslavie et lors de l'adoption d'un nouveau « concept stratégique » début 1999, lesquelles ont coïncidé.

Depuis lors, l'Otan a prouvé qu'elle n'a pas seulement la volonté, mais aussi la capacité à renforcer ses membres que l'usage de la violence intéresse, bien loin de son alliance territoriale d'origine – et pas seulement à sa périphérie, comme c'était le cas pour les Balkans.

À cet effet, l'Afghanistan en est devenu – délibérément ou non – le théâtre central.

Parce que de telles « missions de stabilisation » seront la norme future, comme le souligne le document Otan 2020 : une sécurité assurée ; un engagement dynamique, publié en mai 2010.

La proposition pour une actualisation du « concept stratégique » de l'Otan, produit au nom d'Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l'Otan, explique : « En raison de la complexité et de l’imprévisibilité du climat sécuritaire qui devrait prévaloir au cours des dix prochaines années, on ne saurait écarter la possibilité qu’à l’avenir l’Otan participe à des missions de stabilisation similaires (dont on peut espérer qu’elles seraient moins longues). »

Mais si l'Otan échoue en Afghanistan, elle ne sera alors pas capable de mener pour longtemps de telles aventures, comme l'a pointé Angela Merkel, chancelière allemande : « Je crois pouvoir dire […] que la stabilisation de l'Afghanistan est actuellement l'un des défis majeurs de l'Otan et de ses États membres.

C'est de l'ordre du test décisif quant à la gestion réussie d'une situation de crise et quant à la capacité de l'Otan à agir. » Robert Naumann, ambassadeur américain en Afghanistan jusqu'en 2007, était encore plus clair : « L'Otan a pris l'engagement fondamental de gagner en Afghanistan. L'échec ou le succès de cet engagement sera celui de l'organisation. »

La guerre en Afghanistan se trouve en arrière plan de conflits croissants avec l'émergence nouvelle de rivaux (Chine, et à un moindre niveau Russie), plan dans lequel beaucoup voient les grandes lignes d'une nouvelle guerre froide.

Une défaite en Afghanistan signifierait un affaiblissement de l'Otan, ce qu'on ne peut pas se permettre dans l'optique de ces nouvelles rivalités, argumente par exemple Kestenl, président de l'Académie fédérale pour la politique de sécurité (Bundesakademie für Sicherheitspolitik), le centre de formation des dirigeants de l'armée allemande : « Que nous l'acceptions ou non, les signaux liés au succès ou à l'échec dans l'Hindou Kouch sont forts et portent beaucoup plus loin que l'Afghanistan. […] Mais il y a plus en jeu. La mission en Afghanistan [...] est devenue un sérieux test de la cohésion interne et aussi du pouvoir de l'alliance de l'Atlantique Nord. […] Cela signifie concrètement : si le Président Obama veut augmenter les efforts des États-Unis pour conduire la mission de l'Otan en Afghanistan à un succès final, il devra alors soutenir cet effort d'une contribution appropriée.

Sans cela, nous ne mettrons pas seulement en danger la nouvelle politique étrangère américaine, que nous souhaitons tant, mais nous éroderions aussi la pertinence de l'alliance. Nous ne pouvons pas l'accepter au regard des changements dans l'ordre mondial du pouvoir, et des risques futurs. »

De plus, Tendances globales pour 2025, un rapport de 2008 des services secrets américains, qui a fait sensation, prédit pour la première fois non seulement une significative perte de pouvoir des États-Unis (et de l'Europe), mais aussi des conflits féroces avec la Chine et la Russie. Il s'y trouve une phrase très éclairante, qui révèle le sens profond de la guerre en Afghanistan.

Le rapport des services secrets inclut une lettre fictive, datée d'avant 2015, au secrétaire général de l'Otan par le dirigeant de l'Organisation de coopération de Shanghai (SCO). Cette organisation est en partie considérée comme une alliance militaire anti-Otan de la Russie, de la Chine et de quelques États d'Asie centrale.

On y lit : « Il y a quinze ou vingt ans, je n'aurais jamais imaginé que la SCO serait l'égale de l'Otan – et encore moins […] une organisation internationale quelque peu plus importante. J

e pense qu'il est bon de dire que cela a débuté quand vous vous êtes retirés d'Afghanistan sans avoir accompli votre mission de pacification des Talibans. »

La mission en Afghanistan est pour cela non pas une « exception déplorable », c'est une expression et un test décisif quant à l'ambition de pouvoir de l'Occident pour renforcer sa domination, si nécessaire par la force – et pour ceci l'Otan est leur instrument de choix. Cette raison de gagner la guerre n'est pas des moindres – ça passe ou ça casse – et se demander ce que ça signifie pour le peuple d'Afghanistan n'a aucun sens.

Tobias Pflüger

21/10/2010 

Original: Afghanistan: Gretchenfrage der NATO
Courtesy of 
War Resisters' International
Source:
http://wri-irg.org/node/11075
Publication date of original article: 23/09/2010
URL of this article:
http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=2049

http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=2049


4-3 Manlio Dinucci : Pisa No Hub.

(Pise Non au Hub)[i][i][i]

A la date symbolique du 4 novembre (Fête des forces armées, ndt) est apparue à Pise, sur la non moins symbolique Piazza Garibaldi qui donne sur l’Arno, en face de la Mairie, la banderole du tout nouveau Coordinamento No Hub (Coordination non au Hub), auquel participent de nombreux groupes associatifs et politiques de la ville.

Lors de cette première sortie publique, a été diffusé un tract pour informer les habitants que Pise a été désormais choisie comme siège du Hub aérien national des forces armées : c’est d’ici que transiteront, à partir de 2013, tous les militaires et les matériels dirigés du territoire italien vers les théâtres d’opération, et vice versa. Une mégastructure qui, reliée avec les principales lignes de viabilité (navale, ferroviaire et routière) et en mesure de recevoir des avions de moyennes et grandes dimensions, pourra déplacer chaque mois 36 mille militaires parfaitement équipés et 12 milles tonnes de matériels. Tout cela dans une ville qui compte moins de 90.000 résidents, où l’impact environnemental de l’aéroport (à direction militaire élargi au civil) est déjà aujourd’hui à la limite du soutenable. Est-il possible - demande la Coordination No Hub - qu’un projet de cette importance soit imposé à toute une ville sans que les citoyens n’aient été un minimum consultés ?

La Commission défense de la Chambre a aussi donné son feu vert, le 9 novembre. Comme au Sénat, le Pd (Partito democratico, « centre-gauche », ndt) a exprimé un vote d’abstention ; la commission ayant le quorum, a ainsi donné un avis favorable.  Le Pd s’est abstenu -a expliqué l’hon. Antonio Rugghia- non pas sur la base d’une estimation de capacité (qu’on comprend positive), mais à cause de l’absence d’une stratégie gouvernementale dans le secteur de la Défense qui, du fait de la « réduction des ressources », est dans une telle « situation précaire » qu’elle met « en grand danger le déroulement même des missions internationales ». Le Pd critique donc le gouvernement non pas parce qu’il dépense trop pour le militaire, mais parce qu’il dépense trop peu et mal.

Au même moment, les représentants toscans du Pd se mobilisent en soutien au Hub militaire.  Le maire Marco Filippeschi l’a défini comme un « honneur pour notre ville », avant même qu’il soit présenté au parlement. Mais sur quelle base a-t-il pu fonder un tel jugement ?  Dans le premier débat au conseil communal, le délégué à l’urbanisme Fabrizio Cerri a de fait admis qu’«aucun de nous n’a vu un projet » ni « une cartographie pouvant exprimer un projet accompli ». Il s’est agi d’un « équivoque », a expliqué le maire, précisant qu’il était fier non pas de l’opération en ciment (dont seront fiers les militaires) mais de la présence des institutions militaires à Pise et du fait que partent d’ici les missions de paix et de solidarité. Le maire Filippeschi s’occupe pourtant aussi de « ciment » : pour faire un peu de place au Hub militaire il a de fait lancé, de concert avec le ministre des infrastructures et des transports Altero Matteoli, la « délocalisation » de 44 habitations d’une zone limitrophe à l’aéroport. La dépense, prévue pour 15 millions d’euros, grèvera en grande partie le budget civil. Et ne suffira probablement pas à couvrir la valeur réelle des immeubles, dont l’estimation a été confiée à l’Agence du territoire de Pise.

Venant prêter main forte au maire Filippeschi, est descendu aussi dans l’arène l’on. Paolo Fontanelli, ex maire de Pise. Sur son blog il se lamente qu’on soit « en train de discuter de façon plutôt approximative et toute en prétextes » et s’en prend en particulier  aux « opinions de Dinucci ». Il rapporte donc ce qui, selon lui, sont les faits. Avant tout, « il n’est question d’aucune hypothèse d’utilisation de l’aéroport de Pise pour des activités de la base USA de Camp Darby ». Chose démentie pourtant par le rapport de la Chambre : « La structure, une fois réalisée, pourra être mise à disposition  de l’OTAN en support des flux de matériel et de personnel en cas de  crises internationales ». Comme le précise la documentation présentée à la Chambre, au Hub de Pise pourront atterrir et décoller également les gigantesques C-17 Globemaster III de l’aéronautique états-unienne, dont la capacité de cargaison est trois fois supérieure à celle des C-130J de l’aéronautique italienne.

A Camp Darby a été récemment construit un nouveau et gigantesque complexe de dépôts et bâtiments d’une superficie de plus de 40 mille m2 (équivalent de 7 terrains de foot). D’après les informations données par l’Us Army, on a pour ce faire déplacé 220 mille m3 de terre, utilisé 5.565 tonnes d’acier, 10 Km de câbles électriques et 16 Km de canalisation. Ceci a augmenté la capacité de matériels militaires, dont le mouvement est géré par le 3° Bataillon de la 405° Brigade, en charge aussi de la réparation des véhicules de la 173° Brigade aéroportée, envoyés ici par la base de Vicence (base Dal Molin, ndt). Avec l’entrée en fonction du Hub militaire, Camp Darby pourra aussi utiliser, en plus du port de Livourne, l’aéroport de Pise de façon beaucoup plus importante qu’aujourd’hui.

Selon Fontanelli cependant, le Hub militaire, qui est le fruit d’une exigence de rationalisation, ne comporte aucun développement des activités militaires. Il ne sera pas une base d’avions de combat. Nous pouvons donc être tranquilles : quand nous verrons les C-17 Globemaster (« Maîtres du monde ») décoller de Pise chargés de soldats et d’armes, nous saurons, comme nous l’assure Fontanelli, qu’ils sont destinés à des « missions de paix, humanitaires et de protection civile ». 

Edition de jeudi 11 novembre de il manifesto

Traduction de l'italien par Marie-Ange Patrizio.

http://www.ilmanifesto.it/il-manifesto/in-edicola/numero/20101111/pagina/16/pezzo/291059/


4-4 Les armes atomiques états-uniennes en Europe, toutes en Italie...

"Le sommet de l’OTAN convoqué le 19 novembre à Lisbonne devra adopter la nouvelle doctrine stratégique de l’Alliance atlantique.

Dans cette optique, l’OTAN procédera à une réorganisation de ses forces nucléaires.

Ainsi que le révèle Manlio Dinucci, toutes les armes nucléaires non-stratégiques US stockées en Europe seront transférées en Italie.

Cet Etat pourra en faire lui-même usage sous réserve d’un accord préalable de l’Alliance.

Bien que l’Italie ait officiellement renoncé à la bombe, elle deviendra de fait et en violation des traités internationaux une importante puissance nucléaire".

Réseau Voltaire

Manlio Dinucci :Les armes atomiques états-uniennes en Europe, bientôt toutes en Italie.

« Tant qu’il y aura des armes nucléaires, l’OTAN restera une alliance nucléarisée » : c’est la directive de Washington que le secrétaire général de l’Alliance atlantique Anders Fogh Rasmussen est en train de transmettre et que les alliés européens ont approuvé dans la réunion des ministres de la défense qui s’est déroulée à Bruxelles le 14 octobre : en préparation du Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement le 19-20 novembre à Lisbonne. En d’autres termes, les Etats-Unis garderont en Europe un arsenal nucléaire. Pourtant dans son discours « historique » de Prague le 5 avril 2009, le président B. Obama déclarait que les Etats-Unis feraient des pas concrets vers un monde sans armes nucléaires, renforçant le Traité de non-prolifération qui engage les pays nucléaires à les éliminer et ceux non nucléaires à ne pas les acquérir. Il laissait donc entendre qu’il était favorable au déplacement des armes nucléaires états-unienne hors de l’Europe. Sur cette base, cinq membres de l’OTAN -Allemagne, Belgique, Luxembourg, Norvège et Pays-Bas- avaient exprimé leur intention de soulever la question au Sommet de Lisbonne.

Ce qu’il en est réellement à l’heure actuelle émerge du rapport U.S. non-strategic nuclear weapons in Europe : a fundamental Nato debate, présenté en octobre par un comité de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN. Avant tout celui-ci confirme qu’on ne connaît pas exactement le nombre des armes nucléaires non stratégiques (à portée inférieure à 5.500 Kms) que les USA conservent dans quatre pays européens de l’OTAN -Italie, Belgique, Allemagne et Pays-Bas- et en Turquie. Selon une estimation au rabais, citée dans le rapport, il y en aurait entre 150 et 200, dont 70-90 en Italie (à Aviano et à Ghedi-Torre). Selon d’autres estimations, au moins le double. Ce sont des bombes B-61 de différentes versions, dont la puissance va de 45 à 170 kilotons (13 fois plus que la bombe d’Hiroshima). Parmi celles-ci, probablement, la B61-11 qui peut pénétrer dans la terre afin de créer, par explosion nucléaire, une onde de choc capable de détruire des objectifs souterrains. Toutes ces bombes sont déposées dans des hangars spéciaux avec des chasseurs-bombardiers F-15, F-16 et Tornado, prêts pour l’attaque nucléaire. 

Le rapport confirme l’existence d’ « accords nucléaires bilatéraux » secrets, en vertu de quoi une partie de ces armes peut être utilisée par les forces armées des pays hôtes une fois que les USA en ont décidé l’emploi. Mais, rappelle-t-on dans le rapport, les partisans du contrôle des armements soutiennent que « l’OTAN a la responsabilité de mettre fin à une telle pratique de partage nucléaire », car elle viole le Traité de non-prolifération : celui-ci interdit aux Etats en possession d’armes nucléaires de les transférer à d’autres (Art. 1) et aux Etats non nucléaires de les recevoir de qui que ce soit (Art. 2).

Entre l’option de garder les armes nucléaires états-uniennes en Europe telles qu’elles sont et celle de les retirer complètement, il y a des propositions intermédiaires. La plus accréditée, selon le rapport, est celle de l’Us Air Force, de « regrouper les armes nucléaires dans moins de localités géographiques ». Selon la plus grande partie des experts, « les localités les plus probables pour cette relocalisation sont les bases sous contrôle états-unien d’Aviano, en Italie (région Frioul Vénétie Julie) et Incirlik en Turquie ». Il est significatif, relève le rapport, que, à la réunion des ministres des affaires étrangères de l’OTAN en avril 2010, la question des armes nucléaires états-uniennes en Europe ait été soulevée par l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas, alors que l’Italie et la Turquie sont restées silencieuses. Ceci laisse supposer que le gouvernement italien ait déjà donné son accord au plan de ramener les armes nucléaires USA d’Allemagne, de Belgique et des Pays-Bas pour les rassembler à Aviano, où seraient aussi transférées celles de Ghedi-Torre. 

A Aviano, est stationné le 31ème Fighter Wing, composé de deux escadrilles de chasseurs-bombardiers F-16 : le 510ème Fighter Squadron et le 555ème Fighter Squadron. Sa mission est de « fournir une puissance de combat d’un pôle à l’autre du globe pour poursuivre les objectifs des USA et de l’OTAN ». Puissance nucléaire aussi, comme la montre l’emblème du 510 ème Fighter Squadron où, à côté de l’aigle impérial, figure le symbole de l’atome avec trois éclairs qui frappent la terre.

[1] « Speech dealing with nuclear issues », by Barack Obama, Voltaire Network, 5 avril 2009.

[2] Les Armes nucléaires non stratégiques des Etats-Unis en Europe, un débat fondamental pour l’OTAN, rapport présenté par Raymond Knops

Manlio Dinucci 

Traduction Marie-Ange Patrizio
Source Il Manifesto (Italie)

29-10

Il manifesto,

28 octobre 2010.

http://www.ilmanifesto.it/il-manifesto/in-edicola/numero/20101028/pagina/03/pezzo/289968/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

http://www.voltairenet.org/article167438.html



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