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27/11/2010

n° 63 - Iran : Analyse & Réflexion - 21-11 : - : Début - Fidel Castro: Les dangers d'une guerre nucléaire.


n° 63 -  Iran : Analyse & Réflexion - 21-11 : - : Début - Fidel Castro: Les dangers d'une guerre nucléaire.



Iran : Analyse & Réflexion

La guerre aura-t-elle lieu ?

           n°63du 21-11                              C.De Broeder & M.Lemaire



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Sommaire :  

Tiré à Part

1 Analyse & Réflexion

1-1 Alain Grech : La gauche et l’Iran.

1-2 Lahouari Addi : Le « harki du système » et la croisade contre l'Iran.

1-3 Viktor Nadeine-Raïevsky:Le problème de la sécurité dans le Caucase demeure une question cruciale pour la Russie. 

1-4 Jeffrey Blankfort : Israël est la menace la plus immédiate au futur de notre planète.

Fin

1-5 Entretiens avec Fidel Castro: Les dangers d'une guerre nucléaire.



1 Analyse & Réflexion

Ndlr : La publication de l’article ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue de l’auteur, mais doit être vu comme information..

Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information.

1-1 Alain Grech : La gauche et l’Iran.

Depuis la révolution iranienne de 1978-1979, sans doute le plus grand mouvement populaire du dernier quart du XXe siècle, la gauche occidentale s’est divisée sur l’appréciation qu’elle pouvait porter sur ces événements et sur le régime mis en place.

Ce débat s’est évidemment intensifié avec l’arrivée de Mahmoud Ahmadinejad au pouvoir et encore davantage avec l’élection présidentielle contestée de juin 2009

(Lire Immanuel Wallerstein, « The World Left and the Iranian Elections », Zcommunications, 5 août 2009).

Parmi les points de désaccord à l’intérieur de la gauche, la place de la religion dans le mouvement politique. Souvent, au nom de l’anticléricalisme, elle rejette tout mouvement qui se réclame de la religion.

Mais n’est-ce pas aussi, au nom de la religion, qu’ont été menés bien des combats anticolonialistes (mais pas tous, que l’on pense à l’Indochine, par exemple) au cours des XIXe et XXe siècles ?

Et il est vrai aujourd’hui que, avec le recul des idées marxistes, nombre de combats intègrent une dimension religieuse. Que l’on songe à l’Amérique latine, au Brésil ou au Venezuela, avec des aspects parfois franchement réactionnaires, comme le refus du droit des femmes à l’avortement.

D’autre part, la dimension « anti-impérialiste » du combat mené par ces pays, de l’Iran au Venezuela – et qui est assumé par eux dans une alliance dont a témoigné la récente visite de Hugo Chavez en Iran – complique aussi le positionnement de la gauche radicale.

On peut noter que des mouvements comme le Hamas et le Hezbollah allient une vision assez libérale de l’économie avec une résistance déterminée à ce qu’une grande partie des populations du monde arabe dénonce comme les tentatives israélo-américaines de contrôler la région.

Un dilemme plus ou moins similaire s’est posé avec le régime de Saddam Hussein en Irak (la dimension religieuse en moins), bien qu’il ait abandonné, dès la fin des années 1970, la moindre prétention à la lutte anti-impérialiste. Une partie de la gauche radicale américaine (et des progressistes irakiens en exil) s’est ralliée à l’intervention américaine de 2003, au nom du renversement des dictatures.

Je verse à ce dossier la traduction d’un article de Fayazmanesh Sasan, professeur émérite d’économie à l’université California State, Fresno, paru sur le site Counterpunch, 22-24 octobre (« The Left and Iranian Exiles »). Il est l’auteur de The United States and Iran : Sanctions, Wars and the Policy of Dual Containment (Routledge, 2008).

« Il ya quelques jours j’ai reçu un courriel intitulé “CounterPunch publie de l’agitprop ouvertement CIA-israélienne contre l’Iran.”

L’e-mail faisait référence à un article paru récemment dans CounterPunch par une irano-américaine qui avait assisté à un dîner à New York organisé par le président Ahmadinejad pour des militants anti-guerre, pour la justice sociale et la paix, alors que M. Ahmadinejad était en visite aux Etats-Unis pour assister à l’Assemblée générale. L’auteur de l’article, qui soutient sans doute le “mouvement vert” en Iran, a été bouleversée par le fait que les activistes américains assistant au dîner n’ont pas contesté les violations des droits humains en Iran, et, au contraire pour la plupart, ont exprimé leur indignation devant la politique étrangère des Etats-Unis.

L’auteur de l’e-mail a trouvé l’article similaire à ceux que l’Iran publie pour dénoncer les propagandistes israélo-américains. Qu’un tel article ait été publié sur un site progressiste semblait l’inquiéter.

J’avais également reçu des commentaires similaires sur d’autres articles écrits par certains des partisans du mouvement vert iranien et publiés sur le site CounterPunch. Ces billets étaient apparemment destinés à m’avertir que comme un contributeur de longue date de CounterPunch et un critique de “l’USrael” – un terme que certains croient à tort que j’ai inventé – je suis resté silencieux devant ces articles de certains partisans du mouvement vert en Iran.

(...) A la suite à de l’élection présidentielle controversée de 2009, j’ai exprimé mon avis sans détour sur la nature complexe du gouvernement iranien et les problèmes auxquels font face les progressistes américains lorsqu’ils traitent de cette complexité. Ces points de vue m’ont rendu persona non grata dans les médias en Iran. (...)

Dans un autre article dans CounterPunch, j’ai également mis en garde certains partisans du mouvement vert au sujet de leur liaison dangereuse avec les opposants pro-américains et israéliens au gouvernement iranien. Cet avertissement m’a valu de nombreux témoignages de reconnaissance de lecteurs de CounterPunch, notamment de nombreux Iraniens progressistes. Mais il a aussi suscité des grognements de certains exilés iraniens qui, souvent, essaient de dépeindre toute critique de leurs opinions politiques comme un “soutien au régime iranien.”

Entre autres choses, j’ai été accusé d’être indifférent aux violations des droits humains en Iran. On m’a aussi dit que je n’étais pas suffisamment informé, ignorant le fait que tel ou tel individu était mort ou avait perdu la vue sous la torture dans la célèbre prison d’Evine. Je n’ai pas répondu à toutes ces idioties. Si je l’avais fait, j’aurais certainement rappelé à ces critiques la déclaration de Martin Luther King que les Etats-Unis sont “le plus grand pourvoyeur de violence dans le monde d’aujourd’hui”. La déclaration était vraie à l’époque de King et elle continue à l’être de nos jours. Alors pourquoi ignorer le grand pourvoyeur de violence et violateur des droits humains et se concentrer sur l’adversaire chétif ? Pire, pourquoi faire appel au premier contre le second ? (...)

La réaction des exilés iraniens verts était emblématique de leur politique et de leur tactique. Ces exilés sont aussi satisfaits d’eux-mêmes que les "principalists" qu’ils abhorrent (“principalist” est un terme utilisé pour désigner les différentes factions iraniennes qui sont opposés aux réformistes et au mouvement vert). Ces exilés sont aussi intolérants à d’autres vues que leurs homologues tyranniques en Iran sont dédaigneux de la voix de la dissidence. »

Chaque progressiste américain qui choisit de se concentrer sur la critique de la ligne politique israélo-américaine envers l’Iran, par opposition à la question des droits humains, est dénoncé par ces exilés, comme un fou gauchiste ou un ignorant des subtilités internes de l’Iran. Et ceci en dépit du fait que ces Américains montrent souvent, à travers leurs analyses approfondies, une meilleure connaissance de l’Iran que ces exilés qui écrivent de longs essais rhétoriques. Ainsi, tandis que le mouvement vert exilés est obsédé par “l’élection volée” de 2009, il faut surtout compter sur des observateurs non-iraniens pour analyser les derniers rapports de l’AIEA, les dernières sanctions américaines et résolutions de l’ONU, le rôle des groupes de lobbying israéliens dans la formulation de ces résolutions, l’effet de ces sanctions sur l’économie iranienne, etc. (...)

Visitez n’importe quel site web Internet iranien vert et tout ce que vous y trouvez est la critique du régime actuel. C’est comme si tous les troubles en Iran étaient causés par le pouvoir et que tous les problèmes disparaîtraient s’il y avait un changement de régime en faveur des Verts.

Les accusations absurdes se sont tellement intensifiées que le site web vert le plus populaire, et le principal porte-parole du mouvement vert en Iran, a déclaré le 2 octobre 2010, que la crise financière récente en Iran et les fluctuations monétaires étaient le fait du gouvernement lui-même ! Sous le titre “La continuation de la crise des devises et de l’or : le bénéfice du gouvernement dans l’accroissement des échanges”, le site fait valoir que le gouvernement iranien a créé la crise et bénéficié de la dévaluation du rial parce que le gouvernement calcule ses dépenses en rial et ses revenus en dollars. Si ce site ne faisait pas une telle fixation sur la question du changement de régime, et s’il avait une seule personne à son comité de rédaction avec une certaine connaissance élémentaire de l’économie, de telles absurdités n’auraient pas été publiées.

Inutile de dire que la crise financière récente en Iran, comme la plupart des crises de ce type ailleurs, a été le résultat de l’incertitude, d’une peur intense, et de la spéculation sur le marché des devises. Et la peur et l’incertitude ont été largement causée par l’effet cumulatif de sanctions qui étouffent l’économie iranienne et provoquent de la douleur et la souffrance de masse.

L’obsession du mouvement vert iranien avec “l’élection volée”, comme je le craignais, a poussé ces exilés à se rapprocher de la politique “USraelienne”. Certains groupes de pression nationalistes iraniens qui durant l’administration Bush s’étaient opposés à l’adoption de sanctions supplémentaires contre l’Iran ont récemment activement poussé l’administration Obama à sanctionner le gouvernement iranien et le corps des pasdarans, comme si de telles sanctions n’existaient pas déjà et comme si une telle intensification n’était pas orchestrées par les groupes de lobbying israéliens et leurs représentants dans le gouvernement des Etats-Unis. Les exilés, bien sûr, ont vu leur souhait satisfait et plus de sanctions ont été adoptées.

Le 29 Septembre 2010, le président Obama a signé un ordre exécutif qui a imposé des sanctions sur les huit fonctionnaires iraniens “considérés comme responsables ou complices de violations graves des droits humains”.

Bien sûr, une fois de plus, le cerveau derrière cette décision de l’exécutif n’était autre que le suspect habituel, le néo-conservateur Stuart Levey, sous-secrétaire pour le terrorisme et le renseignement financier du département du Trésor. Lors d’une cérémonie annonçant les sanctions, M. Levey a été félicité par les secrétaires Geithner et Clinton pour “la conception de ces actions financières significatives”.

Quelques jours plus tard, les médias “principalist” en Iran ont utilisé le fait que certains exilés verts avaient remercié l’administration Obama pour avoir imposé une nouvelle série de sanctions.

Une de ces médias, a exploité le titre d’une émission Radio Free Europe / Radio Liberty : “Merci M. le président Obama, pour vos sanctions concernant les droits humains.” L’article visait l’activiste et lauréate du prix Nobel Shirin Ebadi se félicitant des sanctions. Dans un entretien avec le service persan de Deutsche Welle elle a affirmé que les sanctions marquent un “tournant” non seulement pour l’Iran, mais pour “l’histoire des droits humains”.

La même Radio Free Europe/Radio Liberty a publié plus récemment un autre article à l’occasion du voyage de M. Ahmadinejad au Liban intitulé : “Les intellectuels iraniens au peuple libanais : ‘Ahmadinejad ne mérite pas votre confiance’.” L’article indiquait qu’un groupe d’environ trente journalistes iraniens, intellectuels et universitaires en poste aux Etats-Unis, au Canada et en Europe avaient dit dans une lettre ouverte adressée au peuple du Liban qu’il ne devrait pas se laisser berner par le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, qu’ils accusent d’être bon à rien. La lettre, clairement inspirée par le mouvement vert comme le montrent sa référence élogieuse à la visite du président Mohammad Khatami au Liban en 2003 et la condamnation de “l’élection volée” en Iran, qualifie la politique d’Ahmadinejad de “dangereuse” et responsable des sanctions généralisées contre l’Iran et des risques d’un guerre potentielle. Elle mentionne également l’appui Ahmadinejad pour un “certain groupe” au Liban, qui est à l’origine de tensions dans ce pays (clairement il visait le Hezbollah libanais).

La lettre ci-dessus n’est pas vraiment sincère lorsqu’elle affirme que la politique d’Ahmadinejad est responsable des sanctions. Les intellectuels et les universitaires iraniens savent sûrement que l’Iran a fait l’objet de nombreuses sanctions depuis plus de trente ans. Ils savent aussi que l’une des sanctions les plus oppressives, à savoir, la Iran-Libya Sanctions Act, a été imposé à l’Iran en 1996, sous la présidence de Mohammad Khatami, l’un des principaux leaders du mouvement vert. La lettre n’est pas non plus sincère lorsqu’elle assure que la tension au Liban est provoquée par Ahmadinejad et le Hezbollah, et non par Israël et ses alliés traditionnels au Liban. Etant donné la popularité que le Hezbollah doit à sa résistance héroïque et à ses batailles contre Israël, il est difficile d’imaginer qu’une lettre d’opposition au Hezbollah rendrait le mouvement vert iranien beaucoup plus populaire au Liban.

« Ce compte-rendu partiel de la politique et des tactiques employées par certains partisans du mouvement vert en exil explique pourquoi de nombreux progressistes américains se méfient de ce mouvement et de son avenir. Ils se souviennent du fait que des exilés irakiens progressistes, face à un gouvernement despotique, sont devenus de plus en plus réactionnaires. Ils se souviennent du fait que la question des droits humains est devenue un des prétextes pour provoquer un changement de régime en Irak. Ils se souviennent du fait que dans le processus qui a pavé la voie à l’invasion de l’Irak, les exilés irakiens, dont certains progressistes, sont devenus d’utiles outils (aux mains des néoconservateurs). Ils se souviennent aussi que la dévastation de l’Irak, des millions de morts et de déplacés et une économie en ruine, ont été le prix de l’établissement d’un gouvernement ami des Etats-Unis qui ne soutient plus le mouvement de résistance contre Israël.

C’est pourquoi un certain nombre de lecteurs de CounterPunch semblent préoccupés par certains articles publiés sur ce site progressiste par les exilés iraniens. Mais ces lecteurs ne doivent pas oublier que CounterPunch a également publié de nombreux articles qui critiquent les Iraniens qui appuient les “USraeliens”. Ils doivent aussi se rappeler que la situation en Iran est complexe et qu’il est légitime de se préoccuper de l’actuelle intolérance du gouvernement iranien à l’égard de toute voix dissidente, même sincère et indépendante.

Dans cette situation complexe, séparer le bon grain de l’ivraie, établir la différence entre les préoccupations légitimes et les prétentions exagérées, distinguer les analystes sincères des opportunistes politiques, et reconnaître la différence entre les nationalistes étroits et les internationalistes qui ne se rallieront pas à la politique américaine et israélienne, pourrait devenir extrêmement difficile. C’est pourquoi je n’envie pas le travail de ceux qui siègent au comité de rédaction des médias progressistes comme CounterPunch. Ils sont confrontés à des choix difficiles. »

Alain Grech :

4 novembre 2010

source : http://blog.mondediplo.net/2010-10-...

http://www.michelcollon.info:80/La-gauche-et-l-Iran,2771.html


1-2 Lahouari Addi : Le « harki du système » et la croisade contre l'Iran.

Dans une interview publiée le 18 octobre 2010 par Le Quotidien d’Oran, Sid Ahmed Ghozali a assumé son geste de condamnation de la présence du président iranien au siège de l’Onu.

Il avait personnellement écrit au maire de New York pour lui demander de refouler Ahmadinejad à son arrivée à New York. Qu’un ancien Premier ministre algérien s’associe à la croisade de l’Occident contre l’Iran sous prétexte que le régime iranien n’est pas démocratique est pour le moins surprenant.

Compte tenu du déficit démocratique de nombreux pays arabes, Ghozali risque d’écrire à tous les maires des capitales occidentales de ne pas recevoir des chefs d’Etat arabes en visite officielle.

L’incohérence du « harki du système »

Les journalistes K. Sélim et K. Daoud du Quotidien d’Oran ont relevé l’incohérence et l’absurdité d’une telle démarche en faisant remarquer qu’il n’y a pas qu’en Iran où les droits de l’Homme sont violés. L’Égypte, l’Arabie saoudite et même l’Algérie sont souvent citées dans des rapports d’ONG de droits de l’Homme sans que Ghozali ne s’en indigne outre mesure. Le dernier rapport de Reporters sans frontières place les pays arabes parmi les derniers dans le monde en matière de liberté d’expression. L’Algérie occupe la position peu enviable de 133e sur 178 pays. A cette objection, l’intéressé répond que le pouvoir iranien a tué 30 000 opposants.

C’est exact et cela s’est passé durant une période de violence au début des années 1980. Sid Ahmed Ghozali oublie que le conflit en Algérie des années 1990 a fait 200 000 morts pour une population deux fois moindre. Il peut encore arguer que les terroristes islamistes ont tué une partie de ces 200 000 personnes, mais peut-il chiffrer le nombre de celles tuées par les services de sécurité ?

Le plus grave, c’est qu’il porte une responsabilité personnelle devant l’histoire puisqu’il a, en tant que chef formel de l’exécutif, annulé les élections de décembre 1991, annulation qui a provoqué la tragédie nationale qui a ruiné le pays. Qu’il le veuille ou non, Ghozali a été le chef du gouvernement qui a fait avorter la transition démocratique commencée après Octobre 1988 au prix de dizaine de milliers de morts.

Quand on porte une telle responsabilité, la moindre des choses, c’est de se faire oublier et ne pas verser des larmes de crocodile sur les victimes d’Iran ou d’ailleurs. En janvier 1992, il n’a même pas eu la dignité de démissionner comme Chadli Bendjedid qui, pourtant, n’a pas étudié comme lui à l’Ecole polytechnique de Lausanne. Aujourd’hui, pour se déculpabiliser, il affirme qu’il a été « le harki du système » et qu’il n’a fait qu’obéir à « l’armée politique ». Il ne se rend pas compte que sa responsabilité est pleine et entière. Car cette « armée politique » avait besoin de perspectives, de projet, d’orientations qu’il a été incapable de lui fournir. Le coup d’Etat de janvier 1992 n’est pas une fatalité et il aurait pu être évité en amont et en aval des élections.

Machiavel disait qu’un homme politique doit avoir la fortuna (l’opportunité) et la virtu (les capacités). Ghozali a rencontré la première et il ne l’a pas exploitée parce qu’il n’a pas la deuxième. Il a été de tous les gouvernements depuis l’indépendance, ayant occupé les postes les plus prestigieux de l’Etat sans avoir eu la capacité de s’affirmer autour de ses collaborateurs ou d’avoir un crédit ou une base sociale dans le pays. Aujourd’hui, il rue dans les brancards et donne des coups à l’ancien employeur dès lors qu’il a été écarté.

A quoi pouvait s’attendre l’employeur qui a toujours prisé les civils apolitiques, incompétents et sans convictions ? La leçon sera-t-elle retenue pour opérer une véritable rupture ? L’expression « harki du système » est lourde de sens et confirme ce que le discours politique officiel a toujours nié : l’existence d’une bipolarité au sommet de l’Etat où cohabitent un pouvoir formel (président et gouvernement) qui n’a pas l’autorité politique pour diriger le pays et un pouvoir réel (ce que S.A.G. appelle « l’armée politique »), source de légitimité, en contradiction avec la constitution et en décalage avec les institutions. C’est là qu’il faut chercher la cause profonde de la crise politique qui empêche l’Etat et les institutions d’être représentatifs et de véhiculer les demandes sociales de la population.

Mais Sid-Ahmed Ghozali n’apporte pas sa contribution pour sortir de la crise, ni pour dépasser cette contradiction héritée du mouvement national. Il exprime un dépit, une insatisfaction de quelqu’un qui estime avoir été écarté injustement et qui se venge en divulguant « un secret ». On n’est pas dans la politique, on est plutôt dans l’incohérence et les contradictions d’un serviteur zélé apolitique d’un ordre politique anachronique qui n’a pas compris les ressorts de la conflictualité mondiale, alors qu’il a été ministre des Affaires étrangères et ambassadeur.

Les enjeux de la croisade occidentale contre l’Iran

Sid-Ahmed Ghozali n’est pas un homme politique et il l’a encore montré en envoyant cette lettre au maire de New York qui l’a aussitôt mise à la corbeille. Cette lettre n’est pas une erreur, c’est une faute lourde de la part d’un ancien responsable algérien, compte tenu de la nature du conflit qui oppose l’Iran à l’Occident.

La croisade contre l’Iran n’a pas pour enjeu les droits de l’Homme mais le rapport de force entre Israël et les Palestiniens. Il faut consulter les médias occidentaux pour s’apercevoir comment l’opinion publique est conditionnée en présentant l’Iran comme un régime du Moyen-Âge, comme si les alliés saoudien et égyptien étaient des modèles de démocratie.

Le nucléaire iranien est devenu l’obsession de l’Occident qui s’identifie à la droite israélienne. Au lieu de faire pression sur l’Etat hébreu pour conclure la paix avec les Palestiniens, l’Occident désigne l’Iran comme l’ennemi irréductible qui menace la sécurité de la région. Mais l’enjeu véritable n’est pas la sécurité d’Israël puisque l’Iran n’osera jamais attaquer Israël avec une arme nucléaire sachant que les représailles seront telles que des millions d’Iraniens périraient et que le régime disparaîtrait. Et les Iraniens savent aussi qu’une telle attaque nucléaire de leur part frapperait aussi durement les Palestiniens et porterait des dommages irrémédiables à la Jordanie, la Syrie et l’Égypte. L’exiguïté de la région et l’absence de profondeur stratégique interdisent l’emploi du nucléaire en cas de conflit.

Ce qui n’exclut pas que la possession de l’arme atomique modifie les rapports de force et donne à la diplomatie des tons plus agressifs.

Comment alors expliquer l’hostilité, pour ne pas dire plus, de l’Occident à l’endroit de l’Iran ?

Ce que l’Occident ne pardonne pas à ce pays, c’est d’avoir remplacé l’Égypte de Nasser, dans son opposition à Israël. Au moment où l’Occident a mis à genoux le nationalisme arabe, certes seulement verbalement révolutionnaire, au moment où Sadate signait le traité de la honte avec Israël en contrepartie de quelques millions de dollars, Khomeini prend le pouvoir à Téhéran, rompt les relations diplomatiques avec Israël, invite Yasser Arafat et proclame son désir de libérer Jérusalem.

L’Iran des ayatollahs venait de ruiner le rêve d’une installation irréversible d’Israël dans la région.

Dans les années 1950, Nasser était assimilé à Hitler et était accusé de vouloir perpétrer un génocide contre les survivants des camps d’extermination nazis. Le même discours est aujourd’hui mobilisé contre Ahmadinejad présenté comme antisémite alors que le Parlement iranien est le seul dans le monde musulman où siègent deux députés iraniens de confession juive. L’Occident soutient et défend Israël pour deux raisons. La première est liée à la mauvaise conscience de son passé anti-sémite qui a mené droit aux crimes contre l’humanité perpétrés par l’Allemagne nazie contre des millions de juifs européens. L’innommable injustice contre ces derniers a été réparée en 1948 par l’injustice contre les Palestiniens qui payent pour des crimes qu’ils n’ont pas commis.

La deuxième raison est que la création d’Israël est la contrepartie de la décolonisation du monde arabe. Il ne faut pas oublier que les droites occidentales n’ont accepté la décolonisation que du bout des lèvres. Le discours irréel sur les aspects positifs de la colonisation, traduit en lois votées en 2005 au Parlement français, en est une illustration. Israël est la continuité du fantasme colonial que les droites occidentales n’ont pas abandonné, et il est faux de croire que le conflit du Moyen-Orient est dû au supposé antisémitisme des musulmans. Ce conflit est plutôt l’expression d’un différend et d’un lourd contentieux entre les droites occidentales et les peuples des anciennes colonies.

L’armée israélienne utilise contre les Palestiniens des avions et des chars payés par les contribuables américains et européens, ce qui indique le degré d’implication de l’Occident dans ce conflit. En dehors des Palestiniens, les musulmans vivent l’occupation de la Palestine comme une colonisation symbolique. Comme l’a fait remarquer Pierre Vidal-Naquet, Israël est un Etat colonial créé quand a commencé la décolonisation. Par conséquent, le conflit israélo-palestinien oppose l’Occident aux peuples du Tiers- Monde, et c’est ce qu’ont compris de nombreux dirigeants d’Amérique latine qui apportent leur soutien aux Palestiniens et aux Iraniens.

Le nucléaire iranien bouleverse la géopolitique de la région

La campagne contre l’Iran, à laquelle s’est associé l’homme au papillon, a pour objectif de maintenir la supériorité géopolitique d’Israël dans la région, supériorité remise en cause par la volonté de l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire. Cette dernière gêne Israël sur le plan démographique et militaire, deux éléments vitaux pour son existence. A l’exception de Hiroshima et Nagasaki, l’arme nucléaire n’a jamais été utilisée et il est probable qu’elle ne le sera pas, et c’est tant mieux. Les pertes humaines sont toujours à déplorer, y compris celles de civils israéliens. Il n’empêche que la bombe atomique installe un climat de terreur parmi les populations, ce qui dissuaderait de nombreux juifs d’Europe et d’Amérique à venir s’installer sur les terres des Palestiniens et poussera peut-être ceux déjà installés à repartir vers leurs pays d’origine.

Compte tenu de la croissance démographique desdits Arabes israéliens et des Palestiniens des Territoires, l’avenir d’Israël comme Etat exclusivement juif serait compromis. Il risque de s’éteindre démographiquement. L’autre raison pour laquelle Israël n’accepte pas le nucléaire iranien est que son armée ne servira plus à rien dans une situation de « guerre improbable, paix impossible » pour reprendre la formule de Raymond Aron utilisée dans le cadre de la guerre froide entre les États-Unis et l’URSS. L’arme nucléaire a empêché la troisième guerre mondiale, ce qui a amoindri le facteur militaire dans la géopolitique mondiale.

Or, Israël assure sa survie en faisant une guerre aux Palestiniens et à ses voisins tous les dix ans.

Lui enlever l’usage de la guerre classique, c’est donner un avantage politique à ses adversaires qui profiteront de la couverture diplomatique du nucléaire iranien pour lui imposer des compromis qui atténueront le caractère juif de l’Etat israélien et qui l’amèneront à accepter le scénario sud-africain, ce qui est un cauchemar pour les sionistes extrémistes et racistes soutenus par les droites occidentales qui tiennent encore à leur fantasme colonial anachronique.

Par conséquent, la croisade contre l’Iran menée par Washington, Paris, Londres et Berlin n’a pas pour enjeu les droits de l’Homme en Iran, ni la sécurité d’Israël. Elle a pour finalité la supériorité de ce pays dont les gouvernants continuent de nier aux Palestiniens le droit à un Etat. Quand un ancien Premier ministre algérien s’associe à cette croisade, cela signifie que le personnel politique algérien a renoncé aux valeurs de Novembre 54, qu’il s’allie aux nostalgiques de l’Algérie française et ne croit plus à la solidarité avec les peuples opprimés. Autrement, comment expliquer qu’il n’y a pas eu de réaction officielle ni du pouvoir ni de ses partis.

Article publié avec l’accord de l’auteur

Le Soir d’Algérie

Note de la rédaction : L’expression « harkis du système »a été utilisée par Sid Ahmed Ghozali lui-même dans dans un entretien accordé au Quotidien d’Oran le 18 octobre 2010 dans lequel il affirmait : « Je n’ai jamais fait partie du système, (…) Il faut parler de système dans le système et identifier celui et ceux qui prennent la décision. Moi et d’autres, nous n’avons jamais pris la décision. Quelque part, je le dis aujourd’hui, nous avons été les « harkis du système ».

Lahouari Addi

Samedi 6 novembre 2010

Source : Oumma.com
Publié le 8 novembre 2010 avec l'aimable autorisation d'Oumma.com

http://www.oumma.com/..


1-3 Viktor Nadeine-Raïevsky:Le problème de la sécurité dans le Caucase demeure une question cruciale pour la Russie. 

Interview accordée par Viktor Nadeine-Raïevsky à RIA Novosti

- Quels intérêts géopolitiques la Russie poursuit-elle dans le Caucase du Sud?
- Le problème de la sécurité dans le Caucase demeure une question cruciale pour
la Russie. Pour cette raison, nous sommes prudents en ce qui concerne le Haut-Karabakh et tentons de laisser cette question aux parties, sans rien dicter à qui que ce soit.
Bien sûr, nous sommes intéressés par une coopération internationale équitable et équilibrée, et par la préservation de l'équilibre actuel des acteurs extérieurs car tout déséquilibre pourrait conduire à des conséquences imprévisibles. Personne ne souhaite une nouvelle guerre, du moins c'est le cas de
la Russie.
- Qui
pourrait être intéressé par la déstabilisation de cette région?
- Il ne peut s'agir que de forces avides de renforcer leurs propres positions et d'affaiblir celles des principales puissances régionales, en premier lieu de
la Russie. Je ne peux pas accuser directement un gouvernement occidental quelconque, mais il semblerait que, à en juger par le comportement de certains acteurs étrangers, leur politique soit destinée à créer un déséquilibre, du moins dans le cas de la Géorgie.
Les
mêmes tentatives pourraient se rapporter à l'Azerbaïdjan. Apparemment, les bombes informationnelles dangereuses et insidieuses selon lesquelles Bakou s'apprêterait à fournir des bases aux américains, y compris pour mener des actions contre l'Iran, n'ont pas été lancées par hasard. L'Azerbaïdjan réfute catégoriquement toute action ou même tentative d'action armée contre l'Iran. C'est une position correcte car la situation pourrait devenir réellement incontrôlable.

-Comment évaluez-vous les actions de deux autres acteurs cruciaux de la région, l'Iran et
la Turquie?
-Dernièrement, on note une activité accrue de ces deux pays qui se déroule de manière distincte. Si auparavant il était possible d'envisager la politique turque comme un prolongement de la lame de l'OTAN en Méditerranée orientale, aujourd'hui la donne a changé. La politique de
la Turquie vise depuis longtemps les intérêts nationaux du pays. L'Occident n'y est pas encore habitué et pour cette raison, il condamne certaines démarches de la Turquie.
Parfois
, cela va même jusqu'à insinuer l'existence d'une alliance russo-turque mais ce ne sont, bien sûr, que des bavardages. Evidemment, il n'est aucunement question d'une union stratégique militaire quelconque. Ces pays ont des intérêts et des objectifs différents. Néanmoins, des axes communs de coopération existent et l'un d'eux concerne la stabilisation du Caucase.
Quant aux relations entre l'Azerbaïdjan et
la Turquie, ces deux pays avaient signé un accord avant la visite de Medvedev à Erevan, ce qui a constitué un événement stratégique de premier ordre. Bien sûr, on dit que la Turquie adopte une position strictement pro-azerbaïdjanaise dans plusieurs domaines, ce qui concerne avant tout le Karabakh, mais toutefois, il faut noter à l'honneur du gouvernement turc que ce dernier exclut les extrêmes et agit dans les limites du réel.
La Turquie est un acteur influent dans la région déterminé à tirer des dividendes considérables de sa politique active. La Turquie tente de devenir une sorte de plaque énergétique tournante, en d'autres termes un carrefour de transit des ressources énergétiques à destination de l'ouest, du centre, de sud et même du nord de l'Europe. Certains projets sont déjà mis en œuvre, par exemple, l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan.
Dans ce contexte, l'Iran joue un rôle important car il fournit du gaz à
la Turquie. Mais cela ne réussit pas toujours car les sabotages sont fréquents. De plus, la Turquie est particulièrement intéressée par une participation au développement de l'Iran. Beaucoup d'argent turc y est investi malgré les reproches, voire même des menaces de la part des États-Unis qui ont introduit des sanctions importantes sur les investissements en Iran.
Auparavant on ne pouvait pas investir plus de 20 millions de dollars dans les projets énergétiques en Iran, et désormais les restrictions sont plus importantes. L'Europe occidentale s'est jointe à ses sanctions. On nous affirme que ces sanctions ne sont pas dirigées contre le bien-être du peuple iranien. Mais en évaluant la situation objectivement, il est clair que ce sont des paroles en l'air. Les sanctions, bien entendu, ont un effet destructeur car il est évident qu'en instaurant des restrictions sur l'importation de carburant en Iran, l'Occident prend des mesures qui ont des répercussions considérables sur la vie quotidienne des Iraniens.
L'Iran ne dispose pas de suffisamment de raffineries de pétrole et importe la majeure partie de carburant étranger. Les compagnies turques, ainsi que russes, ont ignoré l'interdiction et continuent leur commerce avec les Iraniens. Malgré son adhésion à l'OTAN,
la Turquie ne s'est pas jointe aux sanctions. Au contraire, elle améliore ses relations avec Téhéran et maintien un contact permanent. Cependant, les extrapolations de l'Occident concernant une soi-disant alliance entre l'Iran et la Turquie, une sorte de solidarité islamique, sont infondées. Les courants islamiques de ces pays sont différents, ce sont des chiites et des sunnites.
Le chiisme est impopulaire en Turquie dont 8% de la population est pourtant chiite. Par conséquent, parler d'une union sur une base islamique n'est pas sérieux. Mais en ce qui concerne les intérêts économiques, c'est en effet un facteur important. Et
la Turquie est prête à devenir une plateforme pour le transfert du gaz et du pétrole iranien, bien qu'il y ait encore beaucoup de choses à accomplir dans ce sens.

Concernant les intérêts de l'Iran dans le Caucase, les Iraniens ont à maintes reprises proposé leurs services pour la régularisation du conflit du Karabakh. Ils étaient prêts à jouer un rôle de médiateur dans cette région. L'Iran mène une politique prudente et amicale envers l'Arménie, ce qui n'est pas une surprise en raison des bonnes relations entre l'Iran et l'Azerbaïdjan. De plus, l'Iran fait du commerce avec l'Arménie, livre du gaz, et participe conjointement avec la compagnie des chemins de fer russes à la construction des voies ferrées dans ce pays.
Viktor Nadeine-Raïevsky, expert de l'Institut de l'économie mondiale et des relations internationales.

Propos recueillis par Samir Chakhbaz


1-4 Jeffrey Blankfort : Israël est la menace la plus immédiate au futur de notre planète.

Jeffrey Blankfort est américain. Il est photographe, producteur d’émission de radio et analyste du Moyen Orient. C’est un militant pro-palestinien connu et ses articles ont été publiés dans beaucoup d’organes d’information progressistes.

Il offre des émissions sur KZYX à Mendocino et KPOO à San francisco. Auparavant Blackford a été le directeur de publication du Middle East Labor Bulletin et co-fondateur du Labor Committee of the Middel East. En février 2002, il a gagné un procès contre l’organisation sioniste Anti-Defamation League (ADL) qui avait espionné des citoyens américains qui critiquaient Israël et sa politique d’expansion.

Jeffrey a accepté de me donner une interview exclusive portant sur l’influence du lobby israélien sur les décideurs du gouvernement américain, le programme nucléaire illégal et secret d’Israël, le conflit Israélo-palestinien et la menace d’une attaque imminente d’Israël contre les installations nucléaires de l’Iran.

Blankfort ne craint pas de critiquer clairement le régime d’apartheid israélien et il croit qu’Israël est la menace la plus immédiate à l’avenir de la planète.

Kourosh Ziabari

Kourosh Ziabari : Dans votre article : "Le lobby israélien et la gauche : des questions difficiles" vous explorez de manière approfondie la domination du lobby israélien sur l’administration américaine et vous citez des exemples convaincants de l’influence de riches sionistes sur les multinationales et sur les médias de la pensée dominante en Amérique. Ma question est la suivante : Quelle est la source de l’immense pouvoir et de l’immense richesse que les sionistes détiennent ? Comment les Juifs ont-ils pu développer un pouvoir d’influence et des capacités financières telles qu’ils sont désormais capables de cadrer, changer et modifier les composantes de la politique des USA ?

Jeffrey Blankford : Cette question nécessiterait une réponse élaborée. Mais on peut dire qu’un segment important et bien organisé de la communauté juive s’est consacré, après la seconde guerre mondiale, à l’établissement et à la prospérité d’un état juif dans la Palestine historique dans lequel la vie et la subsistance des Palestiniens arabes autochtones n’avait aucune valeur.

Le fait que ce groupe ne représentait pas - et n’a jamais représenté - la majorité des Juifs américains a été largement compensé par l’ardeur de son militantisme au profit d’Israël dans tous les secteurs importants de la société américaine et à tous les niveaux de la vie politique de la nation. Son succès n’aurait pas été possible, cependant s’il n’y avait pas eu dans ses rangs un nombre important de riches hommes d’affaire juifs désireux de contribuer financièrement à acheter le soutien du Congrès américain ainsi que celui de pratiquement tout le corps législatif ou à intimider et faire taire les éventuels critiques d’Israël.

Bien avant la naissance des premiers sionistes, des banquiers et des capitalistes juifs s’étaient établi en Europe et aux USA, de sorte qu’il n’est pas surprenant que certains d’entre eux, à commencer par Lord Rothchild au début du siècle dernier, aient soutenu le projet sioniste. Aujourd’hui ils forment de loin le plus important groupe de donateurs privés des deux partis politiques.

Les médias, comme on peut s’y attendre, ont été une de leurs premières cibles, et on peut hélas constater chaque jour que des supporters avoués d’Israël qui ne sont pas nécessairement juifs, comme Rupert Murdoch, les contrôlent maintenant complètement.

Il n’y a aucun doute que le réseau de soutien d’Israël, qu’on appelle par euphémisme "lobby" a influencé de manière significative l’ensemble de la politique des USA au Moyen-Orient et a été un facteur déterminant de la gestion du conflit israélo-palestinien, cependant sa puissance a des limites. Certes, grâce à ses contacts à la Maison Blanche et au Pentagone, il a réussi à entraîner les USA dans la guerre d’Iraq, mais il n’est pas encore arrivé à convaincre Washington de bombarder l’Iran ni à obtenir le feu vert des USA pour bombarder les installations nucléaires iraniennes. Il est clair qu’il y a des éléments importants du Pentagone et des services secrets qui sont conscients qu’une attaque de l’Iran par les USA ou Israël provoquerait presque certainement une catastrophe globale.

KZ : Dans votre article vous faites allusion aux conflits et luttes entre Israël et l’Administration américaine des dernières dizaines d’années au cours desquelles les Présidents des USA, Richard Nixon en tête, ont essayé de contenir la politique d’expansion d’Israël et d’améliorer les conditions de vie des Palestiniens opprimés. En admettant que l’Administration ait vraiment tenté d’oeuvrer dans ce sens tout en réitérant sans cesse son engagement à garantir la sécurité d’Israël, pourquoi alors ses efforts ont-ils échoué ?

JB : Aucun Président américain, j’en ai peur, ne s’est soucié des conditions de vie du peuple palestinien. Arrêter l’expansion d’Israël et obtenir que Tel Aviv se retire de tous les territoires qu’il avait conquis en 1967 était pour les Américains une mesure d’intérêt national.

Tous les efforts précédents ont échoué parce qu’aucun président n’a voulu payer le prix politique intérieur nécessaire pour forcer Israël à se retirer des territoires occupés d’autant plus qu’ils savaient que leurs efforts seraient contrecarrés par l’écrasante majorité des deux chambres du Congrès quelle que soit leur affiliation politique de même que par les médias qui sont aux mains des sionistes.

Le seul qui ait fait un effort sérieux dans ce sens et qui ait osé affronter le réseau sioniste et le Congrès a été Georges Bush Senior quand il a refusé de satisfaire la demande d’Israël de 10 milliards de prêts garantis en 1991 et de nouveau en 1992 mais même lui dut finalement céder.

KZ : Les Israéliens ont l’habitude de qualifier d’antisémites pour les diffamer et les vilipender ceux qui osent critiquer leur politique et leurs actes belliqueux et agressifs. Ils accusent tous ceux qui les critiquent d’être antisémites. Cela inquiète les faiseurs d’opinion et les politiciens et les décourage de parler d’Israël en termes négatifs. Y a-t-il un moyen de faire prendre conscience au public que l’étiquette antisémite n’est pas rédhibitoire* et que critiquer Israël n’est pas de l’antisémitisme ?

JB : Les allégations "d’antisémitisme" brandies contre ceux qui critiquent Israël n’ont plus le poids qu’elle ont eues mais elles sont encore très efficaces particulièrement quand l’accusé est l’employé des médias dominants, comme nous l’avons vu dernièrement avec le cas d’Helen Thomas, d’Octavia Nasr et de Rick Sanchez et dans l’industrie du cinéma qui a été longtemps un bastion sioniste ayant été développée par des Juifs au 19ième siècle, bien qu’à l’époque aucun d’eux n’était sioniste.

Le pouvoir qu’a l’accusation d’antisémitisme de mettre les personnes publiques à genoux finira le jour où un assez grand nombre de personnalités américaines ne l’accepteront plus. Quand à dire quand cela arrivera, je n’en sais rien.

KZ : La Fédération des Scientifiques Américains a confirmé qu’Israël possédait jusqu’à 200 têtes nucléaires même si elles ne sont pas déclarées. Comme il n’a pas signé le Traité de Non Prolifération, Israël n’a jamais permis à l’IAEA de contrôler son arsenal nucléaire. Nous savons déjà ce qui est arrivé à Mordecai Vanunu qui a perdu sa liberté pour avoir dit la vérité. Que pensez-vous qui va arriver au programme nucléaire israélien ? Tel Aviv va-t-il continuer à bénéficier du privilège de ne pas avoir à rendre compte de ses actes ?

JB :Tant que le réseau de soutien du sionisme contrôle le Congrès, tant qu’aucun Président américain n’a pas le courage de simplement mentionner l’existence des armes nucléaires israéliennes et tant que les USA continuent de tenir les cordons de la bourse de l’ONU, Israël bénéficiera de l’impunité et de l’immunité. Si la direction des mouvements antinucléaires américains maintenant disparus comme "le mouvement pour la paix" n’avait pas été dominée par les sionistes, il y aurait peut-être eu un débat sur le sujet, mais comme elle l’était le sujet a été considéré tabou.

KZ : Parlons maintenant de l’Iran. L’Iran est décrite dans les médias étasuniennes d’une manière déformée et hypocrite. Beaucoup d’Américains qui n’avaient jamais entendu parler de l’Iran sont aujourd’hui confrontés à l’image horrible et terrifiante qu’en donnent les médias dominées par les sionistes. Ils n’ont aucune idée de ce qu’est la civilisation iranienne, ni de ce qu’ont de spécifique sa société et sa culture. Comment pourrait-on porter la vraie nature de l’Iran à la connaissance des Américains qui n’ont pas les moyens de la découvrir par eux-mêmes ?

JB : La plupart des Américains ne sont pas capables de trouver l’Iran ni quelque autre pays du Moyen Orient ni même n’importe quel pays du monde, sur une carte. Pour la plupart ils sont confrontés à ce qu’on pourrait appeler un "problème géographique" autant qu’historique. Il n’y a pas d’antidote à cela au monde et c’est la raison pour laquelle Washington peut se permettre de faire la guerre à des pays qui ne lui ont jamais fait aucun mal. Si les soldats étaient des appelés comme pendant la guerre du Vietnam, ni la guerre d’Iraq ni celle de l’Afghanistan n’auraient duré aussi longtemps et il y aurait une grande opposition à une attaque contre l’Iran.

Quand Nixon a eu l’intelligence de supprimer la conscription des hommes de 18 ans au début des années 1970, cela a détruit l’épine dorsale du mouvement anti-guerre et c’est la raison pour laquelle Washington ne veut pas revenir à la conscription malgré la pression énorme résultant de la nécessité de maintenir une armée assez nombreuse pour mener plusieurs guerres de front. Sans la crainte que leur jeunes de 18 ans ne soient appelés au combat, il n’y a pas de mouvements contre la guerre et c’est pourquoi il n’y a pas d’opposition à la guerre digne de ce nom aux USA à l’heure actuelle.

KZ : Beaucoup de gens dans le monde croient que la presse américaine est complètement libre et peut dire tout ce qu’elle veut sans que la moindre restriction ou censure ne lui soit imposée par l’Administration. On peut presque dire que le gouvernement américain ne se mêle pas directement de ce qui concerne les médias ; cependant on a l’impression qu’il y a une pression implicite sur les médias pour ne pas dépasser la ligne rouge et violer des lois non écrites comme l’interdiction de critiquer Israël. Pouvez-vous nous en dire plus ?

JB : Ce n’est pas le gouvernement qui empêche les critiques d’Israël de s’exprimer, c’est la peur des réactions qu’engendre toute critique sincère d’Israël que ce soit dans un article ou un dessin humoristique des médias même si le journaliste est juif. Il y a plusieurs organisations, dont les plus importantes sont la Anti-defamation League, CAMERA et HonestReporting, qui sont capables d’envoyer immédiatement un torrent d’emails et de lettres à l’éditeur d’un journal qu’ils jugent offensant et parfois même de se rendre dans les bureaux du journal en question pour s’assurer que les médias comprennent bien ce qu’ils peuvent écrire ou pas. Comme il n’y a pas de pression équivalente en faveur de la critique d’Israël, les médias préfèrent éviter l’affrontement.

Il fut un temps où un certain nombre de journalistes des médias dominants écrivaient des articles critiques sur Israël sans avoir de problèmes. Mais c’était il y a 20 ans et ils ne sont plus là.

KZ : Voici ma dernière question : Comment voyez-vous l’avenir d’Israël ? Va-t-il continuer à déterminer la politique étrangère américaine et contrôler les politiciens américains ? Est-il capable de maintenir le blocus de Gaza ? Et finalement Israël parviendra-t-il à survivre politiquement ?

JB : Tant que les supporters d’Israël ou ses agents aux USA parviennent à contrôler le Congrès américain et à intimider tous les présidents en exercice, et tant que ces mêmes forces dominent les médias, il n’y aura pas de changement aux USA ni à Gaza. Bien que le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions se développe petit à petit aux USA, il n’y a pas l’intensité qu’il a ailleurs et ses cibles sont limitées à ce que les firmes américaines et Israéliennes produisent en Cisjordanie, aussi, si l’on veut être réaliste, il y a peu de chance que les USA exercent une pression déterminante sur Israël.

Ce que fait Israël, cependant, peut engendrer des changements qu’il est impossible de prévoir aujourd’hui. Après avoir été vaincu deux fois par le Hezbollah, les officiels israéliens ne cessent de menacer de déclarer une nouvelle guerre au Liban et comme les USA, l’Europe et l’ONU n’ont pas sanctionné leurs précédentes guerres au Liban, ils vont sûrement encore essayer.

A la différence des Palestiniens, les Libanais n’ont pas l’intention de se laisser faire et sont capables de rendre coup pour coup, comme les Israéliens en ont fait l’expérience quand les Libanais ont résisté à leur occupation et stoppé la Wehrmacht israélienne tant vantée en 2006. Si Israël attaquait l’Iran les répercussions seraient peut-être suffisantes pour entraîner Israël dans un processus qu’on pourra sans doute qualifié d’autodestructeur. Pour le moment, vu le soutien inconditionnel à tous ses crimes dont il bénéficie de la part des Américains et son arsenal de d’armes nucléaires, je considère Israël comme la menace la plus immédiate à l’avenir de la planète.

28 octobre 2010

 

Pour consulter l’original : http://dissidentvoice.org/2010/10/i...

Note du traducteur :

* A la différence de la France qui s’est dotée de la loi Gayssot, ce qui permet les poursuites juridiques et augmente donc d’autant la capacité d’intimidation du lobby sioniste.

Jeffrey Blankfort

Kourosh Ziabari est un reporter freelance et un correspondant de presse iranien.

Ses articles ont été publiés dans de nombreux médias et journaux comme le Tehran Times, Salem News, Palestine Think Tank, Press TV, Foreign Policy, Journal, Islam Online et Middle East Online. Il est membre de Llaxcala translaters Network for Linguistic Diversity.

Traduction : D. Muselet

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