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20/01/2011

n°66 - journal d'Iran - 24-12 au 20-01 - Fin- Téhéran somme Washington de respecter les droits d’une prisonnière iranienne.

n°66 - journal d'Iran - 24-12 au 20-01 - Fin- Téhéran somme Washington de respecter les droits d’une prisonnière iranienne.



journal d'Iran   n°66 du 24-12 au 20-01

C.De Broeder & M.Lemaire



a) Le "Journal d'Iran" est  visible  sur les blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

c) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

d) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be


Sommaire :

Tiré à Part

Téhéran somme Washington de respecter les droits d’une prisonnière iranienne. 

a Politique

2 Les brèves

2-1 Afghanistan: le passeur d'armes arrêté n’est pas ‘Gardien de la révolution’.

2-2 Jeu trouble de l'Iran en Afghanistan.

2-3 L'Iran demande des explications au Canada sur la mort de trois Iraniens.

2-4 L'Iran dévoile ses nouveaux succès nucléaires dans le domaine médical.

3 Dossier & Point de vue

3-1 Marc Botenga : Ecraser l’Iran : l’intermédiaire européen.

4 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

4-1 Hashem Kalantari, Marine Pennetier et Eric Faye : L'Iran veut une issue "gagnant-gagnant" au dialogue.

4-2 Roland Marounek : Conférence : "L'Iran dans la ligne de mire de l'Occident".

 


2 Les brèves

Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information.

2-1 Afghanistan: le passeur d'armes arrêté n’est pas ‘Gardien de la révolution’.

L'homme arrêté dans le sud de l'Afghanistan et soupçonné de participer à la livraison d'armes pour les talibans depuis l'Iran n'est pas membre des Gardiens de la révolution iraniens, a annoncé l'Otan vendredi, revenant sur ses premières affirmations sans préciser sa nationalité. 

La force de l'Otan en Afghanistan (Isaf) indique dans un communiqué avoir "pu établir qu'un passeur d'armes arrêté le 18 décembre n'est pas un membre de la force Al-Qods, comme initialement indiqué". 

L'Isaf avait indiqué quelques heures auparavant que cet homme était "selon les services de renseignement (...) un membre de la force Al-Qods", unité d'élite des Gardiens de la révolution iraniens et qu'il était "en lien direct avec des chefs talibans dans la région".

AFP – 24.12.


2-2 Jeu trouble de l'Iran en Afghanistan.

nb - Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information

Le passeur d'arme n'était pas un Gardien de la révolution, malgré l"annonce officielle' par l'Otan, mais qu'à cela ne tienne, pour  nos bons journalistes, qui semblent remarquer beaucoup plus l'ingérence iranienne que l'ingérence occidentale en Afghanistan...

La confusion autour de l'annonce, ensuite démentie, de l'arrestation en Afghanistan d'un membre des Gardiens de la révolution iranien lié aux talibans, est venue alimenter le soupçon récurrent sur le jeu trouble joué par Téhéran chez son voisin. 

L'Otan a affirmé dans la matinée avoir interpellé dans le sud du pays, bastions des talibans, un membre de la force al-Qods - unité d'élite des Gardiens de la révolution iraniens - soupçonné d'organiser la livraison d'armes aux insurgés depuis l'Iran.
Elle a fait marche arrière quelques heures plus tard en démentant l'affiliation du suspect à cette organisation iranienne, sans toutefois dissiper la confusion car elle s'est refusée à révéler sa nationalité.
Malgré cette volte-face, l'ingérence iranienne en Afghanistan fait peu de doutes aux yeux des analystes, qui estiment que la présence d'agents iraniens en Afghanistan ne serait pas "surprenante". 

Vendredi, le quotidien britannique The Times a affirmé que l'Iran avait remis en liberté plusieurs hauts responsables d'Al-Qaïda et apportait une aide discrète à ses combattants en Afghanistan.
Téhéran a jusqu'ici démenti toute aide aux talibans, affirmant au contraire avoir fourni "beaucoup d'aide" pour favoriser la "stabilité" de l'Afghanistan.

AFP
24/12/2010

 

2-3 L'Iran demande des explications au Canada sur la mort de trois Iraniens.

Le ministre iranien par intérim des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, a écrit à son homologue canadien Lawrence Cannon pour demander des explications sur la mort de trois ressortissants iraniens au Canada au cours des six derniers mois, a rapporté mercredi l'agence Fars.
"M. Salehi a envoyé une lettre à Lawrence Cannon pour insister sur la responsabilité du gouvernement canadien en ce qui concerne les droits des citoyens iraniens", indique le ministère dans un communiqué.  
Il "a demandé que les responsables judiciaires et des services de sécurité canadiens examinent sérieusement et sans délai la question du meurtre de trois Iraniens", poursuit le texte qui ne donne pas l'identité des trois hommes ni d'autres détails.  
A Ottawa, la porte-parole du ministre Cannon, Melissa Lantsman, a indiqué à l'AFP ne "pas avoir reçu la lettre en question".
Début décembre, le chargé d'affaires canadien à Téhéran avait été convoqué au ministère iranien des Affaires étrangères pour demander des explications sur le meurtre à Ottawa d'un adolescent Iranien, Yazdan Ghiasvand agé de 16 ans. Selon Radio-Canada, la police a arrêté trois personnes suspectes d’avoir commis cet assassinat.
 Les relations entre l'Iran et le Canada se sont détériorées ces dernières années, Ottawa dénonçant régulièrement la situation des droits de l'Homme en Iran.

06/01/2011

http://www.almanar.com.lb/NewsSite/NewsDetails.aspx?id=168935&language=fr


2-4 L'Iran dévoile ses nouveaux succès nucléaires dans le domaine médical.

L’Iran a montré samedi ses nouveaux succès nucléaires dans le domaine médical, les composés deutériés, à l'usine à eau lourde à Arak, dans le centre du pays, lors d'une cérémonie en présence des diplomates des pays membres de l'agence internationale de l'énergie atomique (AIAE), a rapporté la chaîne de télévision satellitaire Press TV.
Dans une retransmission en direct par Press TV, le ministre iranien par intérim des Affaires étrangères et chef de l'Organisation de l'énergie atomique iranienne, Ali Akaar Salehi a salué les succès nucléaires réalisés par l'Iran dans la recherche médicale.
L'Iran est devenu autosuffisant en composés deutériés grâce à son usine à eau lourde d'Arak, a déclaré un chercheur iranien, cité par Presse TV.
Des représentants d'Algérie, de Cuba, de Syrie, d'Oman, d'Egypte, du Venezuela et de la Ligue arabe sont arrivés samedi à Téhéran, sur l'invitation de l'Iran pour visiter ses installations nucléaires.
Lors d'une rencontre avec les diplomates de ces pays, Salehi a qualifié la décision de son pays de "geste de bonne volonté et transparent".
L'Iran avait invité le 14 janvier les ambassadeurs de Russie, de Chine, de l'Union européenne et de ses alliés du monde arabe et des pays en développement à visiter ses sites nucléaires avant le début des pourparlers prévus en fin janvier à Istanbul entres les grandes puissance mondiales et Téhéran pour discuter des problèmes que pose le programme nucléaire de celui-ci.
La Haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères Catherine Ashton a cependant décliné l'invitation de Téhéran, déclarant que l'inspection des sites nucléaires iraniens était le travail de l'AIEA.
"La visite des diplomates étrangers des sites nucléaires est un pas important pour créer la confiance avant les négociations ( nucléaires) avec le groupe 5+1 à Istanbul" en Turquie, a déclaré vendredi Ali Akbar Salehi.

Ihttp://french.peopledaily.com.cn/International/7262491.html



3 Dossier & Point de vue

Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information.

3-1 Marc Botenga : Ecraser l’Iran : l’intermédiaire européen.

Les négociations sur le programme nucléaire Iranien doivent reprendre bientôt et, une fois encore, l’Union Européenne est appelée à intervenir comme médiateur. Ce n’est pas un moindre défi. Avec l’Iran qui insiste pour débattre des capacités nucléaires d’Israël tandis que les Etats-Unis préparent un texte plus restrictif sur les échanges d’uranium, un accord semble plus éloigné que jamais. Néanmoins, l’UE, un négociateur majeur depuis 2002, qui est à la fois un allié de choix des US et un des plus importants partenaires commerciaux de l’Iran, semble être l’acteur le mieux placé pour parvenir à un accord équilibré. Mais l’Union Européenne souhaite-t-elle encore jouer ce rôle ?
 De la médiation à la confrontation

Jusqu’en 2004, la médiation de l’UE a connu un certain succès. L’Iran avait accepté de prendre en compte les préoccupations occidentales au sujet de ses intentions nucléaires, suspendu temporairement et volontairement l’enrichissement d’uranium, et s’était soumis à des inspections plus contraignantes. En échange, l’UE avait reconnu que la suspension des activités nucléaires n’était pas une obligation légale selon les termes du traité de non-prolifération ( NPT ) mais une démarche volontaire visant à établir la confiance dans les intentions de l’Iran à s’engager dans le développement de technologies nucléaires pacifiques. Ni les Nations Unies, ni l’Agence Internationale de l’Energie Atomique n’avaient trouvé de preuves d’un programme nucléaire militaire et la voie semblait trouvée pour un accord global. Néanmoins, de façon abrupte et surprenante, l’UE interrompit son action médiatrice pour s’accorder avec le président US de l’époque, George W. BUSH, sur une nouvelle stratégie commune vis à vis de l’Iran.
 
Le projet cadre proposé par l’UE en 2005 en vue d’un accord à long terme demandait formellement à l’Iran de s’engager au delà des exigences du NPT et de renoncer à toute activité de recyclage des matières fissiles. S’écartant des bases légales des négociations, au mépris des règles du NPT, on excluait ainsi -ex ante- toute contre proposition iranienne potentiellement constructive. Au fil du temps, les compensations offertes à l’Iran pour renoncer à ses ambitions nucléaires furent progressivement réduites. Le projet cadre 2005 promettait encore à l’Iran un soutien pour sa candidature à l’OMC et lui facilitait l’accès à des technologies avancées ainsi qu’aux pièces de rechange d’aviation civile. Il garantissait aussi un accroissement des échanges commerciaux, reconnaissait un rôle de Téhéran en Iraq et en Afghanistan et évoquait un possible accord de sécurité régional.
 
Dans la proposition globale 2006 5+1 par contre, les garanties de sécurité disparaissent. En échange de l’acceptation de conditions d’inspection rigoureuses et de la suspension de l’enrichissement d’uranium, le projet 5+1 offrait à peine plus qu’une « conférence pour la promotion du dialogue et de la coopération » (1). Les promesses de coopération économique se résumaient vaguement à « l’amélioration de l’accès de l’Iran à l’économie internationale, », « le lever potentiel des restrictions, » et « l’accès possible aux productions, équipements et technologies agricoles européennes et US. » (2).
 
La proposition de juin 2008 n’était pas meilleure. Elle suspendait même explicitement les droit de l’Iran reconnus par le NPT jusqu’à ce que la confiance internationale dans son programme nucléaire soit rétablie et cela sans prendre en compte les inquiétudes de l’Iran au sujet de l’arsenal nucléaire Israélien. Plutôt que d’œuvrer à l’élaboration d’un compromis mutuellement favorable, il semble que Bruxelles ait utilisé sa position de négociateur pour acculer Téhéran dans un coin et rendre les sanctions « inévitables ».
 
Dans ce scénario soigneusement orchestré d’exigences croissantes et de compensations décroissantes, l’acceptation en 2009 par l’Iran des propositions occidentales sur les échanges d’uranium prirent l’UE et en fait tout le monde occidental par surprise. Afin d’éviter tout accord, les dirigeants européens dénoncèrent violemment la demande iranienne de garanties sur le moment et la manière dont son uranium serait restitué, se joignant aux US dans une course aux sanctions. Même quand un accord sur les échanges nucléaires fut officiellement entériné par le Brésil et la Turquie, l’UE persista à ne pas considérer ce « oui » comme une réponse. Jason DITZ fait très justement observer que « à long terme, il apparaît que le seul motif d’objection à l’accord Turc soit qu’il fasse obstacle aux sanctions qui semblent avoir été une fin en soi. » (3). En fait, non contente de la résolution 1929 des Nations Unies, l’Union a approuvé en quelque sorte les sanctions les plus fortes qu’elle ait jamais appuyées contre aucun pays. (4). Ces décisions indiquent un changement majeur dans la politique étrangère de l’UE. Longtemps opposée à des mesures coercitives, l’UE est aujourd’hui devenue le plus ardent défenseur de sanctions effectives. Quels objectifs politiques sous-jacents ont conduit à ce changement de diplomatie ?
 

 

Donner un sens à cette prise de position

Quel que soit cet objectif, il doit être suffisamment important pour que l’Europe lui sacrifie ses intérêts économiques. En 2007, le ministre allemand des finances a calculé que des sanctions sévères contre l’économie iranienne pourraient coûter plus de 2 milliards d’euros (5) à l’Allemagne. La perte de parts de marché constitue un prix à payer plus lourd encore que le coût strictement financier. Laurent Maillard pour l’AFP explique comment les sanctions occidentales ont ouvert la voie aux compagnies chinoises. Entre 2006 et 2007, les échanges commerciaux UE - Iran ont diminué d’environ 7 %. (6).
 
Les échanges Italo-Iraniens, qui augmentaient en 2007, ont également chuté de 6% à moins de 4 milliards d’euros en 2009. Au cours de la même année, les échanges germano-iraniens ont chuté d’un autre 5.8 %. Et si le commerce de l’UE avec l’Iran a de nouveau augmenté de 10 % environ pendant la première moitié de l’année en cours, ce fut surtout suite à l’évolution des cours du prix du pétrole et des taux de change d’une part et d’un manque de souplesse dans l’application des directives politiques d’autre part. Le gouvernement italien par exemple prétendait que les grosses compagnies italiennes avaient suspendu leurs transactions et que l’augmentation concernait surtout les petites et moyennes entreprises dont les patrons n’étaient pas liés aux engagements gouvernementaux. Pendant ce temps, les concurrents chinois comme Zhenhua Oil prennent petit à petit la place des compagnies UE. De manière significative et tout à l’opposé des sanctions UE, un partenariat Russo-Chinois entre Lukoil et Zhuhai Zhenrong a repris l’approvisionnement en fuel de l’Iran quelques semaines à peine après que l’UE ait adopté ses premières sanctions unilatérales.

 

Les positions nucléaires iraniennes ont peu de chances de justifier la nouvelle politique. Alors que les pourparlers nucléaires étaient toujours en cours, les Etats membres de l’Union incitaient déjà leurs compagnies nationales à désinvestir (7). Les préoccupations au sujet du programme nucléaire iranien ne justifient en aucun cas ces sacrifices économiques. En dépit de toutes les manifestations hystériques qui l’entourent, il n’y a encore aucune preuve de programme nucléaire militaire. Et quand bien même il existerait, des experts de renom comme Martin Van Creveld et le général John Aabizaid, ou encore des décideurs politiques israéliens comme Ehud Barak et Tzipi Livni ont reconnu que l’arme nucléaire iranienne ne constituait pas une réelle menace pour les intérêts occidentaux (8). La supériorité nucléaire occidentale est telle que la bombe iranienne aurait tout au plus un effet dissuasif. En fait, plutôt qu’un effet déstabilisateur sur la région, l’arme nucléaire iranienne pourrait la ré-équilibrer en faisant contrepoids à l’avantage d’Israël en la matière. Tout comme la crise iraquienne des armes de destruction massive en 2003, la crise nucléaire iranienne est avant tout une crise artificiellement inventée.
 
Si ce n’est la position nucléaire de Téhéran, qu’est ce qui peut expliquer le changement d’attitude de l’Europe ? La réponse remonte à 2003. La guerre d’Iraq a accentué les divergences dans les politiques étrangères de l’UE. L’Union s’est alors scindée en deux : la France et l’Allemagne ont emmené le bloc anti-guerre tandis que le Royaume-Uni, l’Espagne et les pays d’Europe centrale et orientale se sont alignés sur les USA. Afin de défendre ses intérêts dans le monde, l’UE a absolument besoin d’une politique étrangère autonome et commune mais la première tentative franco-allemande sérieuse d’atteindre cet objectif a lamentablement échoué. Non seulement l’Europe est apparue plus divisée que jamais avec des relations US-EU au plus bas mais Washington a fait clairement savoir qu’il ne tolèrerait pas un centre militaire opérationnel UE indépendant du quartier général des forces alliées européennes de l’OTAN. Le général Henri Bentegeat, à ce moment président du comité militaire UE, a alors suggéré que : « si la France normalisait ses relations avec l’OTAN, les projets de défense européenne avanceraient plus facilement. » Et de fait, dès que la France a réintégré le commandement militaire de l’OTAN, le traité UE de Lisbonne a renforcé la coopération militaire entre les pays de l’UE, intégré une clause de défense mutuelle en Europe et créé un poste unique de représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité auquel doivent se référer les dirigeants militaires de l’UE. Sur le plan international, l’UE a également consenti à faire un pas en arrière : d’une attitude relativement indépendante sur la question iraquienne, Bruxelles en est revenu à un alignement sur les US au sujet de l’Iran. SARKOZY pense ainsi avoir résolu la quadrature du cercle : « Plus nous sommes amis avec les américains, plus nous pouvons être indépendants ». (9).

 

Recentrer sa position transatlantique est loin d’être le seul objectif poursuivi par le changement de cap de l’Europe. Le récent accord franco-britannique sur la création d’un corps expéditionnaire conjoint préparant les troupes à se déployer ensemble sur les théâtres d’opérations illustre le chemin parcouru, même chez les britanniques eurosceptiques, par l’idée selon laquelle les états membres de l’UE doivent se serrer les coudes pour défendre leurs intérêts outre-mer. Et, tout comme l’Afghanistan est considéré comme un test de la volonté politique des états membres de l’OTAN de mener à bien ensemble une opération complexe, la solution du problème nucléaire iranien pourrait donner sa chance à la volonté d’action commune des Etats de l’UE. L’impression artificielle d’urgence qui entoure cette action contribue à l’émergence d’un consensus entre ces Etats. L’obtention de ce consensus est facilitée par le rôle central que joue l’Iran dans de nombreux défis sécuritaires secondaires que doivent affronter les états membres de l’UE. L’énergie en est un bel exemple. Depuis la révolution islamique, l’accès aux ressources énergétiques de l’Iran a dû être négocié avec un gouvernement plus nationaliste.
 
En outre, ces dernières années, Téhéran a renforcé ses positions grâce à la diversification de ses partenaires commerciaux. Le pays a su faire preuve d’une grande souplesse pour développer ses relations commerciales avec des pays non-occidentaux tels que l’Inde, le Japon et la Turquie ainsi qu’avec différents Etats africains et latino-américains. Non sans succès, comme le démontrent les liens économiques sino-iraniens : alors que les échanges commerciaux entre Pékin et Téhéran s’élevaient seulement à 400 millions de $ US au milieu des années nonante, ces échanges bilatéraux sont montés à 14.4 milliards de $ US en 2006 et à 21.2 milliards en 2009.


Les conséquences pour l’Europe furent loin d’être négligeables. Téhéran n’a jamais été enthousiaste à l’idée d’adapter sa politique étrangère aux intérêts de la sécurité européenne mais, plus encore depuis 2004, la coopération accrue Sud-Sud lui a offert la possibilité de rivaliser dans ses sphères d’influence politique et économique. Politiquement, les positions iraniennes ont heurté de front les objectifs de la politique européenne de bon voisinage (ENP) élaborés pour étendre la zone d’influence de l’UE tant au Liban qu’en Palestine. De la même manière, Téhéran a aidé le Hezbollah à vaincre un quasi membre de l’UE, Israël, a forcé l’Occident à la négociation au sujet de l’Irak et a contraint la force internationale de sécurité, incluant la plupart des états membres de l’UE, à demander son soutien en Afghanistan. Les relations internationales iraniennes rendent la situation plus compliquée encore sur le plan économique pour l’UE. Au début de cette année, par exemple, le Turkménistan a ouvert de nouvelles voies d’exportation de son gaz vers l’Iran et la Chine. En diversifiant ses marchés, Ashgabat peut maintenant exiger des prix plus élevés pour son gaz. L’UE et la Russie sont manifestement les perdants. (11).

 

Choix et conséquence 

Défi à la puissance occidentale au Moyen-Orient et en Asie Centrale, l’Iran en est venu à être perçu comme un intermédiaire utile au renforcement de la politique étrangère commune et à la ré-équilibration des relations avec les USA. Les sanctions devinrent alors un choix politique logique. Utilisées contre une douzaine de pays de 1980, elles ne sont pas seulement l’instrument de politique répressive le plus largement accepté parmi les pays membres de l’UE mais également en accord avec la ligne politique US. Néanmoins, dans la mesure où elles sont conçues pour contraindre et affaiblir l’Iran, leur efficacité peut être largement mise en doute. Avec la possible exception de la Libye, les sanctions seules n’ont jamais été très performantes pour imposer une politique ou renverser un régime. Le plus souvent, elles appauvrissent la population et renforcent le régime. Il y a peu de chances que l’Iran fasse exception. Suspectant que « la focalisation de l’Occident sur le problème nucléaire ne soit qu’un mauvais prétexte - une brèche entr’ouverte - pour obtenir un changement de régime » le gouvernement iranien ne cédera pas de terrain sans combattre (12). A l’intérieur, il resserre l’emprise du corps des gardiens de la révolution islamique sur le pays et son économie, action paradoxalement facilitée par le retrait des compagnies européennes. A l’extérieur, il use de ses relations régionales et internationales pour circonvenir les sanctions. Ces sanctions ont dès lors peu de chances d’atteindre les objectifs que leur ont fixés leurs instigateurs. Il convient aussi et surtout de rappeler qu’en Haïti, en Yougoslavie et, plus récemment, en Irak, les sanctions n’ont jamais constitué qu’un premier pas vers une intervention militaire (13 ). Dans le dernier exemple, les sanctions ont spécialement servi à affaiblir le potentiel de défense et à rendre moins difficile le renversement du régime militaire. Pendant ce temps, comme pour augmenter la pression européenne sur l’Iran, la frégate allemande Hessen a rejoint la sixième flotte US et la France a ouvert une base militaire permanente dans le golfe Persique. En faisant le choix de l’affrontement, l’UE est entrée dans un jeux dangereux. Loin de servir comme médiateur pour empêcher la guerre, elle pourrait être prise dans l’engrenage de sa préparation.


Notes :
1 Flynt Leverett and Hillary Mann Leverett, "The United States, Iran and the Middle East's New 'Cold War'," The International Spectator, Vol.45, No.1, March 2010, pp.75-87 (83).

2 Elements of a proposal to Iran as approved on 1 June 2006 at the meeting in Vienna of China, France, Germany, the Russian Federation, the United Kingdom, the Unites States of America and the European Union, www.css.ethz.ch/Documents/Incentive...;; Statement, Letter by P5+1 Partners on New Incentives Package for Iran, 17 June 2008.

3 Jason Ditz, "Iran Would Halt 20 Percent Uranium Enrichment for Fuel Swap," Antiwar.com, 28 July 2010.

4 BBC, "EU Tightens Sanctions over Iran Nuclear Programme," 26 July 2010.

5 Reuters, "Tough Iran Sanctions to Hit Germany Hard : Report," 24 November 2007.

6 Michel Makinsky, "French Trade and Sanctions against Iran," Meria Journal, Vol. 13, No. 1, March 2009.

7 Clément Therme, "L'Iran : exportateur de gaz ?" Note de l'Ifri, Paris, March 2008, p.24.

8 See for example Martin van Creveld, "The World Can Live With a Nuclear Iran," Forward, 28 September 2007 ; and Gidi Weitz and Na'ama Lanski, "Livni behind Closed Doors : Iran Nukes Pose Little Threat to Israel," Haaretz, 25 October 2007.

9 Michael Moran, "French Military Strategy and NATO Reintegration," Council on Foreign Relations, 12 March 2009.

10 Laurent Maillard, "China Takes over from West as Iran's Main Economic Partner," AFP, 15 March 2010.

11 Aleksandra Jarosiewicz, "China and Iran, Rather Than Russia, Will Be the Main Buyers of Turkmen Gas," Eastweek, Centre for Eastern Studies, 13 January 2010.

12 Shahram Chubin, "The Iranian Nuclear Riddle after June 12," The Washington Quarterly, Vol.33, No.1, January 2010, pp.163-172 (164).

13 Simon Chesterman and Beatrice Pouligny, The Politics of Sanctions, Policy Brief, International Peace Institute, May 2002.

Marc Botenga 
Marc BOTENGA ( PH. D., IMT Institute for advanced studies-Lucca, Italy ) est un analyste politique belge. Il a passé une année d’études en Iran.

Traduit de l’anglais pour Investig’action par Oscar GROSJEAN

_7 janvier 2011
http://www.michelcollon.info/Ecraser-l-Iran-l-intermediaire.html
Original : http://mrzine.monthlyreview.org/2010/botenga241110.html



4 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information.

4-1 Hashem Kalantari, Marine Pennetier et Eric Faye : L'Iran veut une issue "gagnant-gagnant" au dialogue.

Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information.

Adoptant une fois n'est pas coutume un ton conciliant, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a appelé samedi de ses voeux une solution "gagnant-gagnant" aux pourparlers avec les grandes puissances sur les ambitions nucléaires de son pays. Lire la suite l'article

Ses déclarations, faites lors d'une interview en direct à la télévision, vont dans le même sens que celles de son nouveau ministre des Affaires étrangères, lequel, quelques heures plus tôt, avait parlé d'une "interaction positive" avec l'Union européenne, d'ordinaire cible des critiques de Téhéran.

Sans dire pour autant que l'Iran pourrait changer de position lors des négociations, qui ont repris ce mois-ci et doivent se poursuivre en janvier, Ahmadinejad a déclaré espérer que toutes les parties pourraient sortir de ce dialogue avec leurs "dignité et réputation" intactes.

"Les négociations à Genève ont, je pense, étaient positives", a-t-il dit, en faisant allusion aux deux journées de négociations qui ont eu lieu début décembre avec les cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité et l'Allemagne (5+1). Ces négociations ont repris après plus d'un an d'interruption, pendant lequel de nouvelles sanctions internationales ont été adoptées contre l'Iran.

Ahmadinejad a appelé la communauté internationale à lever les sanctions visant l'Iran et "à transformer la politique de confrontation en interaction et en coopération".

"Si nous nous orientons vers une interaction, ce sera une situation de 'gagnant-gagnant', il n'y aura pas de perdant. Depuis le tout début, nous souhaitons que chacun soit gagnant", a-t-il souligné.

Un peu plus tôt, le ministre iranien par intérim des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, avait tendu la main à l'Union européenne lors de sa prise de fonction.

Rompant avec la rhétorique habituelle de Téhéran à l'égard de l'Occident, le directeur de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique a appelé de ses voeux une "interaction positive" avec l'Union européenne, dont le soutien à un nouveau train de sanctions visant le programme nucléaire iranien avait indigné la République islamique.

PAS DE MENTION D'ISRAËL

"Malgré le comportement illogique, sans principe et injuste de l'Union européenne, les membres de l'UE continuent de chercher des relations amiables avec l'Iran, notamment sur la question de l'énergie", a déclaré Salehi, dont les propos ont été rapportés par la télévision d'Etat Irib.

"Si l'Union européenne change sa politique de confrontation avec l'Iran en une politique d'interaction positive, cela sera dans l'intérêt des deux parties", a-t-il ajouté.

Nommé par Ahmadinejad, Ali Akbar Salehi a été chargé d'assurer l'intérim à la tête de la diplomatie après le limogeage de Manouchehr Mottaki lundi. Il peut occuper cette fonction pendant trois mois sans recevoir l'agrément du Parlement nécessaire pour rester de façon permanente à la tête du ministère.

Le scientifique a également insisté sur l'importance de la coopération avec l'Arabie saoudite, dont les inquiétudes sur le programme nucléaire iranien ont été dévoilées au grand jour par le site internet WikiLeaks fin novembre.

"L'Iran et l'Arabie Saoudite sont deux pays influents de la région et du monde islamique et, en coopérant, ils peuvent résoudre les problèmes de la région", a-t-il assuré.

Il n'a pas fait état des relations avec les Etats-Unis, souvent qualifié par l'Iran de "Grand Satan" et n'a pas évoqué Israël dont il refuse de reconnaître l'existence en tant qu'Etat.

"Au niveau international, pour de nombreuses raisons, la Chine et la Russie occupent une place particulière et les relations avec des deux pays nécessitent une attention particulière", a-t-il conclu.

Moscou et Pékin avaient déçu Téhéran en soutenant le quatrième train de sanctions de l'Onu en juin contre l'Iran.

Hashem Kalantari, Marine Pennetier et Eric Faye pour le service français

http://fr.news.yahoo.com/4/20101218/twl-iran-nucleaire-salehi-38cfb6d.html


4-2 Roland Marounek : Conférence : "L'Iran dans la ligne de mire de l'Occident".

Ce 17 décembre des organisations pour la paix dont le CSO organisaient à Bruxelles une conférence sur l'Iran qui s'est révélée particulièrement intéressante. Les deux intervenants étaient le Dr A. V. Gharavi, conférencier en politique et relations internationales, directeur du Département académique de l'Ambassade d'Iran à Bruxelles, et le Dr M. Botenga , docteur en sciences politiques issu de la VUB et spécialiste de l'Iran.

Le débat était centré sur les questions de la menace nucléaire de l'Iran, et des raisons des menaces militaires contre l'Iran.
Il serait difficile de rendre compte ici de tous les points importants qui ont été abordés pendant ces quelques 3 heures de débat, nous ne pouvons dans ce résumé qu'en citer quelques uns.

Le Dr Gharavi a tout d'abord rappelé que l'histoire du programme iranien de développement de l'énergie nucléaire remonte aux années 50, sous le régime du Shah. Les USA avaient alors décidé d'aider l'Iran, allié important de l'époque, dans le cadre du programme "Atom for Peace". La France avait plus tard signé des accords avec l'Iran pour la construction d'un réacteur nucléaire. Toute cette coopération a été stoppée net avec la révolution de 1979.

Le droit de l'Iran au développement nucléaire à des fins civiles est juridiquement clair et incontestable. Ils sont signifiés sans ambiguïté par le Traité de Non-Prolifération (TNP) dont l'Iran est signataire. Plus encore, ce sont les pays occidentaux possesseurs de l'arme atomique qui se retrouvent directement en infraction par rapport aux articles IV et V stipulant qu'ils ont l'obligation d'aider les pays à acquérir la technologie nucléaire à fins civiles (voir encadré). L'Iran doit-il accepter de fait un déni de ses droits?

L'histoire moderne montre que l'Iran n'a attaqué aucun pays depuis plus de deux siècles. Au contraire, c'est lui qui a été la victime répétée d'agression et d'invasions, de la Russie au début du 19e siècle, à l'invasion iraquienne des années 80, inspirée par les USA, en passant par l'occupation par la puissance coloniale britannique. En 1953, le gouvernement démocratique de Mohammed Mossadeq avait été renversé par un coup fomenté par la CIA. Aujourd'hui l'Iran se retrouve entre des forces américaines qui ont envahi les pays voisins, et explicitement sous la menace d'action militaire d'Israël qui possède plus de 200 têtes nucléaires. Au regard de cette situation, la question qui devrait venir à l'esprit de toute personne libre de préjugés est la suivante : que devrait faire l'Iran dans ces circonstances critiques?

Le Dr Botenga ne prend pas position sur la volonté réelle du gouvernement iranien d'acquérir ou non l'arme nucléaire. Il ne faut pas se fier aux déclarations officielles ni de l'Occident ni de l'Iran, il faut simplement s'en tenir aux faits vérifiables. La question est que d'une part, il semble peu probable que l'Iran pourrait parvenir à fabriquer une seule bombe atomique sans qu'on ne le sache immédiatement, mais surtout qu'une telle bombe ait la moindre utilité : comme l'avait déclaré Chirac, « [cette bombe] n’aura pas fait 200 m dans l’atmosphère que Téhéran sera rasée ». Hillary Clinton a pratiquement répété cette affirmation, en menaçant cette fois d'« effacer tout l'Iran de la carte »1. Ces menaces sont parfaitement réalistes2, et, donc, la question nucléaire ne peut pas être un sincère motif d'inquiétude pour les pays occidentaux. Selon le Dr Botenga, la question nucléaire n'est agitée que pour imposer des sanctions, et non l'inverse comme il est déclaré (les sanctions étant censées officiellement amener l'Iran à renoncer à un supposé programme nucléaire militaire). Les soi-disant négociations qui ont lieu consistent dans les faits à poser des exigences que l'on sait d'avance inacceptables par l'Iran, de manière à justifier les sanctions. D'après lui, l'objectif réel est d'amener un changement de régime en Iran, et, derrière cela, de tenter de briser la montée en puissances de pays du Tiers-Monde, au premier rang desquelles la Chine. Pour des raisons finalement naturelles, la disparition du statut d'unique superpuissance des Etats-Unis ne pourra être évitée que s'ils gardent la mainmise politique sur les régions riches en ressources énergétiques indispensables au développement des puissances montantes.

Bien d'autres points importants ont été soulevés, par les orateurs et par le public, dont la question de la légitimité des sanctions des Nations Unies, ou de l'apparent isolement international de l'Iran, qu'il serait trop long de développer ici.

Un point qu'il est important d'aborder pour le mouvement de la paix en Belgique, est la réaction violente qu'a suscité l'annonce de ce débat, certains jugeant inacceptable que l'on donne la parole à un représentant du 'régime' iranien, et que l'on puisse tenir un débat sur l'Iran sans aborder la question des droits de l'homme et de la femme. Cette position est à mon sens

profondément déplorable, et très préoccupante quant à ce qu'elle révèle de l'avancée de la préparation psychologique à la guerre qui s'annonce, jusque dans les milieux progressistes.

1. Il n'y a pas, ici, d'erreur de traduction : « Il a été demandé à Hillary Clinton lors d'une interview sur le programme ABC “Good Morning America” sur ses précédents commentaires ce qu'elle ferait si l'Iran attaquait Israël. Elle a répondu: "Au cours des 10 prochaines années, au cours desquelles ils pourraient envisager de lancer bêtement une attaque contre Israël, nous serions en mesure de les effacer totalement [totally obliterate them] »
http://www.guardian.co.uk/
2. Et qui plus est, commentaire personnel, le résultat serait probablement bien accepté par la majorité de l'opinion occidentale si l'Iran utilisait effectivement une bombe atomique.

Roland Marounek

http://csotan.org/ao/article.php?ao_id=40&art_id=525&Mois=janvier&Year=2011

 



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  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

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