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13/02/2011

n°155 - Analyse, Géopolitique et stratégie du Liban - 13-02- Début - : Qui a le plus intérêt à un Liban déstabilisé ?


n°155 -  Analyse, Géopolitique et stratégie du Liban - 13-02-   Début -  : Qui a le plus intérêt à un Liban déstabilisé ?



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



Dossiers  Analyse, Géopolitique et stratégie du Liban 

n°155 du 13-02

C.De Broeder & M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Le " dossiers du liban" est  visible   : a) sur nos blogs : http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

                                                                                http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) Sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

c) Sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

d) Sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm 

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Sommaire :  

1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

1-1  Soraya Hélou : Grandeur et décadence d'une hyper puissance.

1-2 Aymane Chaouki : La peur arabe de l'Iran : un aveu d'échec de la politique américaine au Moyen-Orient ?

1-3 Thierry Meyssan : Liban : la fuite en avant des Etats-Unis.

1-4 Manlio Dinucci : Le Bassin du Levant assiégé par Israël.

1-5 Raoul Marc Jennar : Qui a le plus intérêt à un Liban déstabilisé ?

1-6 Georges Corm : « Le Tribunal spécial n’accroît pas la crédibilité de la justice internationale ».

1-7 Yahia Gouasmi : Cour Pénale Internationale et Tribunal pour le Liban au service d' Israël!

1-8 Nasrallah: Bellemare menace al-Jadid et ignore les fuites des médias occidentaux.

1-9 Soraya Hélou : Jour de colère et lendemain amer.

1-10 Soraya Hélou : Plus qu'un accord, une alliance fondamentale.

2 Annexe

2-1 Une commission rogatoire internationale concernant Thierry Meyssan ?  

2-2 Rafic Hariri : Mythe ou Mystification ?



Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

1-1 Soraya Hélou : Grandeur et décadence d'une hyper puissance.

L’ambassadrice de la plus grande puissance du monde (jusqu’à nouvel ordre), les Etats-Unis, s’est rendue dimanche malgré le mauvais temps à Zahlé, bravant la neige de Dahr el Baïdar, non pas pour une mission de développement ou pour voir sur le terrain comment vit cette région du Liban. Non, Mrs Maura Connelly a fait tout ce trajet pour rencontrer un seul député, dont sans doute jusqu’à la veille, elle ignorait le nom. Il s’agit de Nicolas Fattouche, lequel avait présidé la liste du 14 mars aux élections législatives de 2009, avant de prendre ses distances avec ce camp, l’accusant de ne pas savoir ce qu’il veut, d’être corrompu et de vouloir mettre la main sur le Liban et ses richesses. Fattouche qui s’est retiré seul du bloc 14 mars de Zahlé n’a pas pour autant rallié le camp de l’opposition. Mais même cette attitude a été jugée inacceptable pour Mrs Connelly qui s’est donc rendue chez lui pour le pousser à voter aux côtés du 14 mars dans les consultations parlementaires destinées à désigner un successeur à Saad Hariri. Naturellement, la démarche de l’ambassadrice des Etats-Unis, qui se rend chez un obscur député de la Békaa s’inscrit dans le cadre du respect de la souveraineté et de l’indépendance du Liban. Cette initiative étrange, qui ne respecte même pas les formes, n’a pas soulevé une seule critique, voire provoqué la gêne du camp du 14 mars qui trouve normal que l’ambassadrice se mêle des questions les plus internes du Liban sans honte et sans le moindre égard pour le respect des institutions, des règles diplomatiques en vigueur et de la courtoisie la plus élémentaire. Ni l’ambassadrice, ni son équipe n’ont d’ailleurs éprouvé le besoin de démentir l’objectif de la visite ou tenté de lui trouver une autre justification. Avec beaucoup d’arrogance, les Etats-Unis se comportent désormais au Liban en patron qui veut imposer sa volonté à ses employés. Cela a le mérite d’être clair, même si un tel comportement devrait être honteux pour les Libanais et pour les Américains. Mais il est vrai que depuis leur échec flagrant en Irak et en Afghanistan, les Américains ne prennent plus des gants avec leurs partenaires dans la région. C’est un véritable chantage, via le mandat d’arrêt international qu’ils ont exercé avec le président du Soudan Omar el Bachir, sans éprouver la moindre gêne d’utiliser d’une façon aussi flagrante la justice internationale pour parvenir à leurs fins, à savoir la partition du Soudan. Ils croient aussi pouvoir rééditer le coup au Liban. Ils ont commencé par brandir la carte de l’acte d’accusation du TSL, dans le but de faire peur au Hezbollah, croyant le faire ainsi renoncer à ses armes qui dérangent tellement Israël. C’était mal connaître ce parti. Face à son refus d’obtempérer- puisque c’est cela qu’exige les Etats-Unis des Libanais-, la machine infernale s’est mise en branle pour lancer l’accusation et l’affaiblir au point de pouvoir l’entraîner dans un conflit interne et paver ainsi la voie à une nouvelle invasion israélienne. Mais le Hezbollah a déjoué le plan en reprenant l’initiative et faisant chuter le gouvernement de Saad Hariri. Aussitôt, toute la planète s’est mobilisée pour ramener à son poste celui qui l’a perdu. En quoi la désignation de Saad Hariri pour former un gouvernement au Liban est-elle d’une importance planétaire et constitue-t-elle un enjeu pour la Norvège, la France, les Etats-Unis et le reste du monde ? C’est vraiment hallucinant. Pourquoi ce jeune homme qui en est à ses débuts dans le domaine politique est-il devenu un personnage aussi important que même le Conseil de Sécurité s’est mobilisé en sa faveur ? Soit il s’agit d’un génie méconnu, soit il s’inscrit dans un projet vital pour les Etats-Unis et leurs alliés à savoir Israël. Ainsi tout le dispositif mis en place au cours des dernières années pour détruire le Hezbollah, moralement, politiquement et militairement risque de s’effondrer si Saad Hariri n’est plus au gouvernement. Voilà toute l’équation. Voilà pourquoi Mrs Connelly s’est rendue à Zahlé et elle serait prête à aller au Akkar, au Sud et dans le plus petit village si un député s’y cache pour empêcher l’opposition de désigner un candidat autre que Saad Hariri pour la formation du gouvernement. Voilà l’enjeu est clair et les Libanais, ceux qui croyaient vraiment que le 14 mars militait pour la souveraineté et l’indépendance n’ont qu’à ravaler leur déception. L’heure n’est plus aux émotions. Pour les Etats-Unis, les slogans de démocratie, c’est bon pour les idiots qui les croient. Quant au fait qu’une hyperpuissance comme eux, se retrouve dans les ruelles de Zahlé, ils n’y voient pas une décadence. Depuis les morts d’Irak et d’Afghanistan, ils sont tombés très bas.

Soraya Hélou 

Mardi 18 janvier 2011 Source : Fadwa Nassar

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.Soraya_Helou.180111.htm


1-2 Aymane Chaouki : La peur arabe de l'Iran : un aveu d'échec de la politique américaine au Moyen-Orient ?
Parmi les nombreuses révélations de WikiLeaks, nous avons appris que les pays arabes entretiennent une véritable crainte à l’égard de l’Iran, allant même jusqu’à exhorter les Etats-Unis d’intervenir militairement contre la République Islamique. Ces pressions des dirigeants arabes ne reflètent-ils pas un appel aux Etats-Unis à rectifier une situation qui leur a échappé ?

La montée en puissance de l’Iran au Moyen-Orient : la conséquence des guerres d’Afghanistan et d’Irak

Un document confidentiel, publié par Le Monde, révèle que le roi Abdallah d’Arabie Saoudite, en mars 2009, a appelé les Etats-Unis « à couper la tête du serpent » iranien tandis que d’autres Etats arabes tels que l’Egypte et le Qatar ont fait part à plusieurs reprises de leur méfiance envers Téhéran. L’Arabie Saoudite a également mis l’accent sur le programme nucléaire iranien et sur les conséquences de son achèvement qui engendrerait une prolifération nucléaire dans tout le Moyen-Orient.

Ces révélations semblent confirmer l’influence actuelle de l’Iran au Moyen-Orient, qui résulte en partie de l’échec de la stratégie américaine au Moyen-Orient au lendemain du 11 septembre 2001. En effet, les Etats-Unis se sont enlisés dans deux conflits militaires en Afghanistan et en Irak qui ont changé la configuration géopolitique dans la région. Ainsi que l’affirmait Bertrand Badie, « les victoires d’aujourd’hui sont parfois les défaites de demain(1) ». Les Etats-Unis ont ainsi réussi à renverser deux pouvoirs hostiles à l’Iran tout en contribuant à la montée d’un antiaméricanisme majeur dans la région qui est venu grossir les rangs du camp « anti-impérialiste » dont l’Iran se veut le leader. L’intervention en Irak a mis fin à la politique de « dual containment  » lancée en 1994 par l’administration Clinton et a permis d’éliminer un puissant rival de Téhéran si bien que l’équilibre des pouvoirs qui prévalait entre l’Iran, l’Irak et l’Arabie Saoudite a fait place à une bipolarisation entre Téhéran et Ryad (2). Or, l’Arabie Saoudite apparaît bien fragile pour contenir la puissance de l’Iran, qui profite ainsi d’un « vacuum » sans précédent pour émerger comme un pôle majeur au Proche-Orient, à l’instar de la Turquie et d’Israël.

Aussi, l’occupation américaine de l’Irak a conduit à l’autonomisation des chiites irakiens, ce qui a précipité leur entrée fracassante sur la scène politique, alors que cette communauté était traditionnellement mise à l’écart du pouvoir. Par ailleurs, la montée des chiites en Irak est un véritable enjeu sécuritaire pour un certain nombre de pays arabes. Le poids de la communauté chiite s’est ainsi accru et est devenu incontournable dans un certain nombre de questions régionales, tels que la stabilité des Etats multiconfessionnels irakiens et libanais, le processus de paix israélo-palestinien, le règlement du conflit afghan et les insurrections au Pakistan. C’est pour ces raisons que la « carte chiite » représente un atout considérable entre les mains de Téhéran. Ce potentiel « déstabilisateur » de l’Iran a suscité de vives inquiétudes de la part des voisins sunnites ces trente dernières années, craignant un soulèvement chiite au Moyen-Orient dirigé depuis Téhéran. Au Koweït, la communauté chiite a été régulièrement suspectée d’entretenir des relations étroites avec Téhéran. Une menace également perceptible à Bahreïn, territoire revendiqué publiquement par l’Iran comme faisant partie de son territoire historique. Mais c’est sans doute la thèse célèbre du « croissant chiite » qui a le plus cristallisé les peurs des pays sunnites. L’idée d’un « croissant chiite » a été évoquée en 2004 par le souverain Abdallah II de Jordanie lors d’un entretien dans le Washington Post. Le concept repose sur l’existence d’un axe chiite qui s’étendrait de l’Indus au Nil et qui reposerait sur des facteurs politiques et confessionnels et comprendrait des enjeux territoriaux et énergétiques. La psychose des pays sunnites concernant l’émergence d’un croissant chiite a pris ensuite plus d’ampleur après les succès politiques acquis par l’Iran et ses alliés chiites sur le plan régional. La montée des chiites en Irak et l’ingérence iranienne dans les affaires internes de Bagdad a considérablement irrité Washington et ses alliés sunnites dans la région. De même, l’influence grandissante du Hezbollah au Liban a également cristallisé les tensions confessionnelles et redistribué les cartes au niveau politique. Selon François Thual, « d’ici quelques années, les chiites se seront emparés politiquement du Liban (3). » Ce scénario offrirait aux chiites et surtout à l’Iran, qui entretient une relation privilégiée avec le Hezbollah, une profondeur stratégique nouvelle lui permettant de bénéficier d’un accès à la frontière israélienne. L’accueil éclatant offert au président Ahmadinejad lors de sa récente visite au Liban en octobre dernier a été une véritable manifestation du poids actuel de l’Iran dans le pays du Cèdre.

Une nouvelle guerre froide à l’échelle du Moyen-Orient

La géopolitique nouvelle dans la région incite même à parler d’une nouvelle « guerre froide au Moyen-Orient (4) » dans laquelle les Etats-Unis et l’Iran seraient les pôles dominants. D’un côté, il y aurait les Etats enclins à coopérer avec les Etats-Unis avec une certaine acceptation de la domination américaine dans la région. Ce camp inclurait principalement Israël et les Etats arabes avec qui ils ont un accord de paix (Egypte, Jordanie) ainsi que l’Arabie Saoudite et la majorité des pays du Conseil de Coopération du Golfe. D’un autre côté, il y aurait les Etats et les acteurs non-étatiques qui n’acceptent pas l’ingérence américaine dans la région. La République islamique d’Iran a émergé, ces dernières années, comme le leader de ce camp, qui comprendrait également la Syrie, le Hamas et le Hezbollah ainsi que les milices pro-chiites. Enfin, la Turquie, allié traditionnel de Washington, a récemment intensifié son engagement diplomatique au Moyen-Orient avec la montée du parti AKP (parti pour la justice et le développement), et a entamé un rapprochement avec l’Iran, ce qui offre d’autres cartes à jouer à ce camp de la « résistance ». Les pays arabes sunnites ont ainsi observé avec impuissance et angoisse l’ascension de l’Iran et son ingérence dans les affaires du monde arabe. Ils ont également été surpris par la force de résistance du Hezbollah lors de la guerre avec Israël en 2006 et par la progression politique des communautés chiites au Liban et en Irak. Enfin, ils sont inquiets de la vague de sympathie qui existe au sein de leurs populations pour la République islamique qui est devenu le nouveau champion de la cause palestinienne. Ils craignent de voir à long terme cette sympathie se transformer en révolte qui déstabiliserait leurs gouvernements qui, en cas d’élections libres, tomberaient probablement tous au profit de partis islamistes plus ou moins modérés (5).

Enfin, WikiLeaks ne fait que confirmer un constat déjà perceptible dans le domaine de la défense. En effet, l’inquiétude vis-à-vis de l’Iran provoque une militarisation grandissante dans la région, notamment en Egypte et en Arabie Saoudite. Le Caire dépense ainsi un quart de son PIB dans le secteur de la défense tandis que Ryad a été classé 8e pays mondial en termes de volume de dépenses militaires en 2009 (32,654 milliards de dollars). L’Arabie Saoudite figure également parmi les trois pays (avec la Chine et l’Inde) à avoir augmenté ses dépenses militaires de 2008 à 2009 alors que la crise économique avait entraîné une réduction mondiale des dépenses. Cette militarisation excessive de l’Arabie Saoudite est aussi motivée en raison de la montée en puissance de l’industrie de défense iranienne qui s’est autonomisée depuis les deux dernières décennies. Téhéran a ainsi dévoilé en août dernier ses sous-marins fabriqués entièrement sur le sol iranien et a présenté le premier drone bombardier de l’Iran, rejoignant ainsi le club très fermé de pays ayant la capacité de fabriquer cette technologie, notamment la France, les Etats-Unis et Israël.

Ainsi, au lendemain du 11 septembre 2001, la donne régionale a changé en faveur de l’Iran. Le renversement des Talibans et de Saddam Hussein, ainsi que la montée des chiites au Liban et en Irak renforce la position de l’Iran sur l’échiquier régional. Cette situation donne à l’Iran un poids considérable au Moyen-Orient qui « contraste merveilleusement avec la défaillance et la marginalisation croissante des principaux Etats arabes. »(6) Cependant, le gouvernement iranien devra faire face à la résistance de ses voisins arabes sunnites qui, avec le soutien de Washington et de Tel-Aviv, vont chercher à limiter son influence dans la région.

(1)Véronique BEDIN et Martine FOURNIER (dir.), « Bertrand Badie », La Bibliothèque idéale des sciences humaines, Editions Sciences humaines, 2009.
(2)Shahram Chubin, Iran’s Power in Context, Survival, vol. 51 no. 1, February–March 2009, pp. 165-190
(3)François Thual, 2007, "Le croissant chiite : slogan, mythe ou réalité ?", Hérodote : Proche-Orient, géopolitique de la crise, nº 124, 2007, p. 116.
(4)Leverett Flynt and Leverett Hillary Mann, the United States, Iran and the Middle East’s New ‘‘Cold War’’, The International Spectator, Vol. 45, No. 1, March 2010, 75–87
(5)Masri Feki, L’Iran et le Moyen-Orient, Constats et enjeux, Studyrama perspectives, 2010, p. 73.
(6)Masri Feki, Op. cit p.77

Aymane Chaouki

Aymane Chaouki, diplômé de l’ISRIS en relations internationales

Tous les droits des auteurs des Œuvres protégées reproduites et communiquées sur ce site, sont réservés.
Publié le 7 février 2011 avec l'aimable autorisation de l'IRIS.

Source : Affaires Stratégiques
http://www.affaires-strategiques.info/...


1-3 Thierry Meyssan : Liban : la fuite en avant des Etats-Unis.
Le Liban est à nouveau sans gouvernement. Selon la presse occidentale, le Hezbollah exerce un chantage pour ne pas avoir à répondre de sa culpabilité dans l’assassinat de Rafik el-Hariri. En réalité, observe Thierry Meyssan, l’opposition libanaise (qui représente la majorité populaire mais est minoritaire à l’Assemblée) vient de faire échec à la machine infernale mise en place par Washington en vue de provoquer une confrontation générale au Proche-Orient.

La Commission d’enquête onusienne et le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) ont déjà falsifié une expertise, recruté et protégé de faux témoins, puis incarcéré arbitrairement des innocents durant quatre ans. Ignorant les preuves matérielles collectées sur la scène du crime et les enregistrements des drones israéliens, le TSL refuse de mettre en cause Israël, l’Allemagne et les USA et s’apprête à mettre en accusation des responsables militaires du Hezbollah afin d’ouvrir la voie à une nouvelle guerre US.

Alors que le Premier ministre libanais Saad al-Hariri était reçu à la Maison-Blanche par le président des Etats-Unis Barack Obama, mercredi 12 janvier 2011, 11 ministres libanais ont donné leur démission et fait chuter leur gouvernement. Plus qu’à M. Hariri, ce camouflet était ostensiblement destiné à M. Obama.

Le remodelage du Moyen-Orient élargi

Pour comprendre ce qui se passe, il convient d’abord de resituer ce coup de théâtre dans le contexte général de la résistance proche-orientale au projet états-unien de remodelage de la région.

Lorsque, le 11-Septembre 2001, les Etats-Unis ont attribué les attentats dont ils faisaient l’objet à un groupuscule islamiste terré dans une grotte afghane, ils ont déclaré la « guerre des civilisations ». Contrairement à ce que préconisaient des stratèges comme Zbignew Brzezinski (favorable à une instrumentation des musulmans contre la Russie et la Chine) et certaines firmes pétrolières (favorables à un investissement militaire massif en Afrique et dans les Caraïbes pour contrôler les champs pétroliers du XXIe siècle), les Straussiens ont imposé le monde musulman comme cible. En effet, de leur point de vue, la seule « menace révolutionnaire » capable de se propager dans le monde et de porter atteinte à l’impérialisme global est une résurgence de la révolution khomeiniste.

Washington a donc décidé de prendre l’Iran en tenaille en positionnant ses troupes en Afghanistan et en Irak. Puis, de détruire les alliés militaires de Téhéran : la Syrie et le Hezbollah libanais. Enfin, de raser l’Iran et ses 70 millions d’habitants. Toute résistance ayant été anéantie, les Etats de la région auraient été démantelés et redessinés sur une base ethnique, tandis que la Pax Americana aurait triomphé.

Cependant ce plan grandiose, à peine initié, a échoué. La plus grande armée du monde a été incapable de contrôler l’Afghanistan et l’Irak occupés. Puis, l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafik al-Hariri et la révolution colorée du Cèdre ne sont pas parvenus à provoquer la guerre avec la Syrie, Damas ayant immédiatement retiré ses forces de maintien de la paix stationnées au Liban depuis la fin de la guerre civile.

Washington a alors sous-traité le problème à Tel-Aviv. A l’été 2006, Israël a attaqué le Liban, rasé tout le Sud du pays sous un tapis de bombes tel qu’on n’en avait pas vu depuis la guerre du Vietnam, mais a échoué à détruire le Hezbollah et à engager le combat avec la Syrie. Contre toute attente, c’est l’inverse qui s’est produit : le Hezbollah a tenu en échec l’armée la plus sophistiquée du monde et la Syrie n’a pas eu à entrer en lice.

Mettant en oeuvre leur Plan B, les Etats-Unis ont eu recours à la prétendue Justice internationale.

Le rôle du TSL dans la stratégie US

La Commission internationale d’enquête sur l’assassinat de Rafik al-Hariri a reçu pour mission de mettre en accusation le président syrien Bachar el-Assad, ouvrant ainsi la voie à la guerre que le Pentagone aurait entreprise pour l’amener par la force devant la Justice internationale.

La Commission d’enquête était dirigée par deux agents sûrs, les Allemands Detlev Mehlis et Gerhard Lehman. Ils sont parvenus à occulter le rôle de leur pays dans l’assassinat, mais ont échoué à inculper le président el-Assad, les services secrets syriens ayant démasqué les faux témoins fabriqués par l’ONU.

Passant au Plan C, Washington a abandonné l’idée de détruire la Syrie préalablement à l’Iran et a recentré son dispositif sur le cœur du système. Il a mis en place un Tribunal spécial pour le Liban, cette fois chargé de mettre en accusation le commandant de la Force Al-Quod (unité des Gardiens iraniens de la Révolution qui forme les combattants anti-impérialistes au Liban, en Palestine et ailleurs), le général Kassem Soleimani, et le guide suprême de la Révolution islamique, l’ayatollah Ali Khamenei. Cette accusation judiciaire devait être coordonnée avec l’accusation politique de l’AIEA de fabrication secrète d’une bombe atomique.

La présidence de ce Tribunal très spécial a été confiée à l’Italien Antonio Cassese, jusque là conseiller juridique des Moujahidines du Peuple, un groupe armé qui revendique plusieurs milliers d’assassinats politiques en Iran pour le compte des Etats-Unis.

 

La tactique du Tribunal très spécial et de son procureur général était de mettre en accusation l’ancien chef militaire du Hezbollah, Iman Mugniyeh (assassiné par le Mossad) et sa famille, puis de mettre en cause leurs supérieurs hiérarchiques, non pas au sein du Hezbollah, mais au sein de leur dispositif de formation militaire : le général Soleimani et le guide suprême Khamenei. Le Pentagone et Tsahal auraient alors attaqué un Iran affaibli par des sanctions internationales, prétendument pour amener les suspects devant la soi-disant Justice onusienne.

Pour une raison purement technique, l’acte d’accusation devait être publié avant la fin de l’exercice budgétaire 2010 du Tribunal (en réalité avant la fin janvier 2011). Une conférence de presse était prévue au siège du Tribunal à La Haye samedi 15 janvier. C’est ce calendrier qui a précipité la crise.

Réactions au TSL

Pour éviter la guerre programmée, la Syrie, l’Arabie saoudite, le Qatar et l’Iran ont décidé de mettre leurs différents en sourdine et de joindre leurs efforts pour faire entendre raison à Washington. Il s’agissait de convaincre l’administration Obama d’abandonner un plan conçu par sa faction la plus extrémiste et de lui offrir une issue honorable.

Dans ce but, le président Bachar el-Assad, le roi Abdalllah ben Abdelaziz Al Saoud, l’émir Hamad ibn-Khalifa al-Thani et le président Mahmoud Ahmadinejad se sont succédés à Beyrouth. Chacun d’entre eux a enjoint les partis et communautés sur lesquels il exerce une influence d’asphyxier le Tribunal spécial en ne renouvelant pas son budget et en retirant ses juges libanais. Le TSL n’aurait pas été dissous. Il aurait survécu sur le papier, mais serait tombé dans une profonde léthargie.

Las ! L’administration Obama a refusé la porte de sortie qui lui était offerte. N’ayant à vrai dire aucun plan de rechange à substituer à celui des Straussiens, le président états-unien a envoyé sa secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, informer les capitales concernées que le TSL irait jusqu’au bout de sa mission. Toutefois, a-t-elle laissé entendre, l’administration Obama se contentera dans un premier temps d’isoler Téhéran et ses alliés et n’envisage pas d’attaquer l’Iran à brève échéance. Chacun est donc prié d’appliquer les sanctions onusiennes et de se préparer à les renforcer.

La crise

A ce stade, on se frottait les mains à Washington, car le camp de la paix était bloqué dans une impasse. Après que le Spiegel et la télévision canadienne aient annoncé l’imminente inculpation de la famille d’Imad Mugniyeh, toute action politique du Hezbollah et de ses alliés contre le TSL serait présentée comme un aveu de culpabilité. Pour retrouver sa marge de manœuvre, sayyed Hassan Nasrallah décidait de publier des images filmées par des drones israéliens, interceptées par son organisation. Elles attestent qu’Israël a préparé l’attentat contre Rafik al-Hariri. Cependant ces révélations furent insuffisantes pour blanchir le Hezbollah car elles ne permettent pas d’établir si c’est bien l’Etat hébreu qui a réalisé ou non l’opération.

La publication par Odnako, l’hebdomadaire des élites politiques russes, de notre enquête a modifié la donne. L’arme nouvelle utilisée pour ce meurtre ayant été fabriquée par l’Allemagne, ni le Hezbollah, ni l’Iran ne peuvent encore être soupçonnés. Du coup, aux yeux de l’opinion publique proche-orientale les choses s’inversent : le Hezbollah ne peut plus être accusé de lutter contre le TSL pour fuir ses responsabilités.

Convaincu par nos arguments et soutenu par le roi Abdallah Ier, le Premier ministre Saad Hariri était prêt à négocier une solution en faveur de la paix. Toutefois, l’hospitalisation du roi aux Etats-Unis affaiblissait son autorité. Son demi-frère et successeur désigné, le prince Sultan, et son neveu, le prince Bandar, apparaissaient en capacité d’exercer rapidement le pouvoir et d’imposer leur ligne pro-états-unienne. Saad Hariri choisissait alors de prendre ses distances avec le monarque saoudien et de s’aligner sur la position états-unienne.

Mardi 11 janvier à New York, le roi Abdallah renonçait à la médiation qu’il avait entreprise avec son homologue syrien. Immédiatement, la coalition du 8-Mars sommait Saad Hariri de clarifier d’urgence la situation : elle l’enjoignait de retirer les juges libanais, de refuser de continuer à financer le TSL et à collaborer avec lui, enfin de poursuivre les faux témoins devant la Justice libanaise. Dans la plus grande discrétion, les services de sécurité de l’Etat (dépendant du Président de la République, le général Michel Sleimane) étaient réorganisés. Face à l’absence de réponse de Saad Hariri, les actions de ses sociétés perdaient en quelques heures 9 % en Bourse.

Mercredi 12 janvier à Beyrouth, les 10 ministres de la coalition du 8-Mars (dont seulement 2 sont membres du Hezbollah) démissionnaient pendant la rencontre Hariri-Obama à Washington, suivis d’un onzième ministre (proche du président Sleimane). Le quorum n’étant plus réuni, le gouvernement était dissous.

 

Y a t-il un Plan D ?

En toute logique, le Tribunal spécial devrait publier sous peu, peut-être samedi, son acte d’accusation. Mais, il ne devrait plus avoir de budget à la fin du mois et devrait donc, soit devenir bénévole, soit cesser ses travaux.

En Occident, où la censure est totale sur les arguments de l’opposition, l’opinion publique devrait croire à la culpabilité du Hezbollah et à la volonté états-unienne de servir la Justice. Mais au Proche-Orient, plus personne n’est dupe : les Etats-Unis et Israël manipulent le TSL, ils masquent la vérité et instrumentent le Tribunal pour justifier une guerre générale dans la région. Ayant perdu sa légitimité, Washington ne peut espérer aucun soutien au Proche-Orient, hormis de ses vassaux stipendiés. Il faut donc passer au Plan D, Mais y en a t-il un ?

 


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