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20/02/2011

n°68 - journal d'Iran - du 20-01 au 20-02 - : Fin : Pourquoi l’Occident a-t-il peur de la Révolution islamique d’Iran ?


n°68 - journal d'Iran  - du  20-01 au 20-02 - : Fin   : Pourquoi l’Occident a-t-il peur de la Révolution islamique d’Iran ?


 

journal d'Iran  

 n°68 du 20-01 au 20-2

C.De Broeder & M.Lemaire



a) Le "Journal d'Iran" est  visible  sur les blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

c) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

d) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 

Si vous voulez nous contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :

2 Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos

 2-1 Thierry Meyssan lauréat du prix des Droits de l’homme du Festival du film de Téhéran

2-2 Vidéo : Pourquoi l’Occident a-t-il peur de la Révolution islamique d’Iran ?

2-3 Vidéo : Manifestation populaire en Iran, des millions de personnes supportent pacifiquement la "révolution"

2-4 soirée d'adieu du chef d'état-major sortant israélien.

3  Dossier & Point de vue

3-1 Alex Fishman :  Pour les Israéliens, 2011 sera l'année de toutes les catastrophes politiques et sécuritaires.

4 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

4-1 Ginette Hess Skandri : Voyage de découverte.

Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

5-1 Aymane Chaouki : La peur arabe de l'Iran : un aveu d'échec de la politique américaine au Moyen-Orient ?


 


2 Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos

Ndlr : La publication de l’article ne signifie nullement que la rédaction partage l’analyse de l’auteur mais doit être vu comme information.

Ndlr : la publication de l'article ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue de l'auteur mais doit être vu comme information. 

2-1 Thierry Meyssan lauréat du prix des Droits de l’homme du Festival du film de Téhéran.

Le 29ème Fajr Film Festival vient de se terminer à Téhéran. Il s’agit d’un des plus importants festivals de cinéma en Asie.

Le jury a décidé d’attribuer, outre les prix annuels, un prix spécial des Droits de l’homme qu’il a décerné à Thierry Meyssan pour sa prestation dans La Boîte noire du 11-Septembre, une réflexion sur l’Empire du mensonge et la culture de la Résistance.

Le film, dirigé par Mohammedreza Eslamloo, met en scène la réalisation par le président du Réseau Voltaire d’un documentaire sur le 11-Septembre (qui sera diffusé lors de la prochaine conférence mondiale contre le terrorisme) et son périple en Iran sur les hauts lieux de la Révolution. Thierry Meyssan y joue son propre rôle.

Le réalisateur Mohammedreza Eslamloo est particulièrement connu pour ses films sur les combattants de la guerre Irak-Iran.

Ce long métrage, tourné en anglais en 2010, a été projeté pour la première fois en version persane. Il sera diffusé en salles en Iran et devrait donner lieu à plusieurs versions en langues étrangères.
8 -02-11


2-2 Vidéo : Pourquoi l’Occident a-t-il peur de la Révolution islamique d’Iran ?

http://www.mecanopolis.org/?p=21960


2-3 Vidéo : Manifestation populaire en Iran, des millions de personnes supportent pacifiquement la "révolution"

http://www.dailymotion.com/video/xh1akd_manifestation-populaire-en-iran_news#from=embed



 

2-4 soirée d'adieu du chef d'état-major sortant israélien.

Une vidéo diffusée lors de la soirée d'adieu du chef d'état-major sortant israélien laisse supposer qu' « Israël » s'en est pris aux programmes « nucléaires iranien et syrien », a rapporté mercredi le quotidien Haaretz.
La vidéo présentait un résumé des états de service du général Gaby Ashkenazi, qui vient de quitter le poste de chef d'état-major (2007-2011).
Elle évoque un bombardement sur une installation militaire en Syrie en 2007 et les dégâts causés par le virus informatique Stuxnet au programme nucléaire iranien.
Interrogé, un porte-parole de l'armée d’occupation s'est refusé à tout commentaire.
Si les deux opérations sont présentées dans cette vidéo, aucun commentaire officiel n'accompagne les images, précise le Haaretz dans un article publié seulement dans son édition en hébreu. Le Haaretz publie également une édition en langue anglaise.
Selon une note diplomatique américaine publiée par Wikileaks, l'aviation israélienne a détruit une installation « nucléaire » syrienne le 6 septembre 2007 quelques
semaines avant qu'il ne devienne opérationnel

La vidéo israélienne se réfère également au virus Stuxnet, qui a apparemment touché un cinquième des centrifugeuses iraniennes en novembre, selon des experts militaires et du renseignement.

http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?fromval=1&cid=18&frid=18&eid=2981



3  Dossier & Point de vue

Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information.

3-1 Alex Fishman :  Pour les Israéliens, 2011 sera l'année de toutes les catastrophes politiques et sécuritaires.

 18 février Le service (israélien) de renseignements militaires estime que 2011 sera une année de tous les tremblements politiques et sécuritaires au Moyen-Orient.

C’est une année stratégique. La région connaîtra des changements stratégiques dramatiques qui connaîtront leur maturité à la fin de l’année, croient des sources sécuritaires à Tel-Aviv

Selon les estimations de ce service, en 2011, l’autorité palestinienne connaîtra de grands changements. Cette autorité n’osera pas déclarer l’établissement unilatéral de l’Etat palestinien en septembre prochain, comme c’était promis. Cependant, beaucoup de pays du monde reconnaîtront un Etat palestinien installé sur les frontières de 1967.

La révolution égyptienne influencera le discours de l’autorité et ses relations avec "Israël", croit le service. Il n’est pas impossible que les relations sécuritaires entre "Israël" et l’autorité subissent un recul notable. Cette dernière évitera de se montrer comme un agent d’"Israël".

Le même service (israélien) de renseignements militaires pense que le Liban tombera complètement aux mains du Hezbollah et que la presqu’île du Sinaï sera une zone à problèmes. Les bédouins du Sinaï travailleront main dans la main avec le mouvement du Hamas pour plus d’opérations de contrebande d’armes. Et les bédouins armés multiplieront leurs activités à l’encontre d’"Israël".

Il rapporte d’une source sécuritaire de haut rang que ces estimations imposeront très certainement à "Israël" des préparations politiques et militaires dans le but d’empêcher ces changements de se transformer en des menaces stratégiques. Dans le même contexte, un certain nombre d’experts israéliens ont préparé un document de travail pour la conférence de Herzliya. Le document parle d’Etats-Unis faibles contre la montée de l’influence des forces radicales du Moyen-Orient sous la direction de l’Iran. Cela influencera la situation de l’Egypte, de la Jordanie, de l’Arabie Saoudite, des Emirats Arabes Unis et de l’autorité palestinienne.

Durant ces dernières années, "Israël" et les pays alliés des Etats-Unis se mettent de plus en plus d’accord sur des intérêts stratégiques communs. Pour préserver ces intérêts, il faut, à titre d’exemple, empêcher l’Iran et ses alliés de mettre la main sur la région. Il faut aussi consolider la forces des Etats-Unis et leur position régionale. De plus, la stabilité dans les pays proches des Etats-Unis représente un intérêt stratégique pour "Israël".

Il est alors temps pour "Israël", les Palestiniens et les pays arabes alliés des Etats-Unis d’assumer leurs responsabilités, de participer à l’opération politique et de fabriquer la stabilité régionale.

Et pour ce qui est des négociations, ceux qui ont préparé ce document disent qu’elles devraient aller sur deux voies : la voie israélo-palestinienne et la voie israélienne avec les pays arabes. Sur les deux voies, le travail est d’influencer et de soutenir les actions palestiniennes. Et à l’intérieur d’"Israël", il faut assurer l’appui populaire pour les actions israéliennes. Ils ont souligné que rien n’empêche les pays arabes de parler de l’initiative arabes de 2002 qui discute de la voie israélienne.

Certes, malgré toutes les réserves israéliennes vis-à-vis de cette initiative, dans le cadre de coordination entre "Israël" et les pays arabes, il est important qu’"Israël" salue l’initiative arabe à condition qu’elle soit appliquée par les négociations, et non pas qu’elle soit imposée.

Article écrit par Alex Fishman, publié dans le journal hébreu Haaretz, le 13 février 2011

Traduit et résumé par le soin du département français du Centre Palestinien d’Information (CPI)


 

Source : CPI
http://www.palestine-info.cc/...

 



4 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information.

4-1 Ginette Hess Skandri : Voyage de découverte.

16 au 21 janvier
Invités par le Parti des Musulmans de France, une délégation de cinq personnes s’est déplacée en Iran, afin de participer à la deuxième conférence sur Gaza.
Nous étions assez divers par nos engagements. Anissa la militante pro- palestinienne et Ferak du PMF étaient tous deux musulmans d’origine algérienne, comme le président du PMF, et deux écologistes co-fondateurs des verts, tous les deux exclus pour leur soutien aux Palestiniens.
L’Iran est isolé par les USA et leurs satellites… Il faut vraiment avoir envie d’y aller, car les péripéties du voyage sont très fatigantes, surtout que trois d’entre nous, ne sommes plus de la première jeunesse : Jean Briere, Anissa et moi même.
Vu que Paris qui suit les directives de Washington n’a aucune liaison directe avec Téhéran, nous avons pris un avion très confortable de la Cie Qatar Airways, jusqu’à Doha où nous avions une escale de six heures. Ce concours de circonstance nous a permis de faire le tour de Doha en taxi, d’être impressionnés par le gigantisme de toutes ces tours illuminées et vides surgies du sable tel un mirage, par la douceur du climat, l’air marin.
Doha, une ville surréaliste copiée sur Manhattan et évidemment super polluée et ne connaissant aucune économie d’énergie, vu que le pétrole y coule à flot.
Ce qui nous surpris c’est qu’il n’y avait personne dehors et que les voitures qui circulaient partout étaient les seules occupantes des rues.
Nous avons dîné dans un café du centre ville. Le poisson local (dont j’ai oublié le nom) était vraiment délicieux.
Téhéran, qui est à deux heures d’avion de Doha où le climat est chaud, nous a beaucoup surpris. Il y avait de la neige et il faisait froid. La ville ressemble beaucoup aux mégapoles européennes par son étendue et ses constructions. Cernée telle une cuvette, par des montagnes enneigées que nous avons entr’aperçues lors de nos passages au centre de communication, Téhéran est également envahie par les voitures et a une circulation très intense qui crée de nombreux embouteillages comme à Paris ou Berlin. Le centre ville est très animé et beaucoup de monde circule continuellement dans les rues. Nous avons eu la surprise de voir beaucoup de femmes, de jeunes filles dont le foulard couvrait juste les cheveux. Certaines jeunes femmes laissaient leurs boucles dépasser du foulard. Vêtues à l’occidentale, en jeans et souliers à talons, elles ont attiré nos regards par leur élégance innée et leur démarche assurée. Elles sont
très belles et surtout très souriantes. Il y a peu de « barbus » dans les rues.
Nous avons trouvé un Téhéran qui ne ressemble en rien à tout ce qu’on nous décrit à Paris. Nous n’avons vu aucune femme portant le voile intégral.
Téhéran est une grande ville simple, sans ce clinquant qui nous a tant dérangés à Doha. La population est très accueillante et accepte facilement la discussion.
Nous avons logé à l’hôtel Hovyzee où étaient présentes plusieurs délégations invitées pour la Conférence sur Gaza. La chambre que j’ai partagée avec Anissa était confortable, le personnel très serviable. Nous avons bien mangé et comme je ne mange pas de viande, j’ai pu profiter des plats de poissons midi et soir , ainsi que des légumes.
Nous avons été invités par l’Association pour la défense de la nation palestinienne SDPN, organisatrice de la Conférence sur Gaza, à l’occasion du 2è anniversaire de l’arrêt des bombardements (Plomb Durci) sur Gaza.
Cette conférence réunissait des intervenants très divers. Entre les représentants d’ONG de l’Amérique latine, d’Europe de l’Est et de l’Ouest, Arabes ou Asiatiques, les analyses et interventions se rejoignaient souvent. Tous ont condamné les massacres de Gaza, l’utilisation d’armes prohibées. Plusieurs intervenants se sont exprimés sur la décolonisation de toute la Palestine. La salle de conférence était pleine de monde, le matin, un peu moins l’après-midi. Nous pouvons regretter le manque de traduction en français, ce qui nous a fait rater la majorité des interventions.
Nous avons eu quelques débats avec les responsables de l’Association pour la défense de la Nation palestinienne au salon de l’hôtel sur les relations internationales, la place de l’Iran dans la région et au-delà dans le monde, le soutien aux mouvements de résistance. Nous avons également abordé les problèmes écologistes dont la fin de l’énergie abondante, la pollution énergétique, le réchauffement de la planète, la destruction de la couche d’ozone, le développement technologique.
Nous avons également abordé le développement du nucléaire civil et la place des énergies alternatives : biomasse, hydraulique, solaire etc. Nous avons abordé le problème de l’armement nucléaire que l’Iran ne possède pas encore et surtout dénoncé celui d’israël qui lui est bien réel et embarrasse tous les peuples de la région.
Nous avons également dénoncé le bruit des bottes contre l’Iran et affirmé notre soutien au peuple iranien.
Nous leur avons exprimé toute notre gratitude pour cette invitation qui nous a permis d’échanger nos analyses sur la mondialisation et toutes les alternatives de résistance à l’impérialisme.
Nous leur avons expliqué que toutes les organisations politiques de droite comme de gauche sont dépendantes de leurs soutiens à l’entité sioniste, mais qu’il existe un réseau très riche, en France qui ne demande qu’à s’exprimer si on lui laisse l’espace pour le faire en dehors de ces organisations qui monopolisent le débat politique.
Jean Briere et moi avons fait une intervention sur Gaza sur la télé nationale Saha ainsi que sur la radio francophone iranienne. Nous en avons profité pour dénoncer le sionisme dans les médias français ainsi que le manque de liberté d’expression tout en amenant notre soutien aux Palestiniens de Gaza et d’ailleurs. Anissa a été interviewée sur la place de la femme en Islam. Elle en a profité pour dénoncer l’islamophobie qui envahit la France. Elle est également intervenue sur la radio.
J’ai également fait une émission sur la Tunisie et rendu hommage aux Tunisiens qui sont un exemple pour tous les peuples du monde.
Nous devons reconnaître que ces émissions nous ont permis de nous exprimer alors que nous sommes souvent muselés en France.
Nous avons pris des contacts et nous allons continuer à échanger nos analyses par mails.
23 janvier 2011



Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

5-1 Aymane Chaouki : La peur arabe de l'Iran : un aveu d'échec de la politique américaine au Moyen-Orient ?

nb : Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

Parmi les nombreuses révélations de WikiLeaks, nous avons appris que les pays arabes entretiennent une véritable crainte à l’égard de l’Iran, allant même jusqu’à exhorter les Etats-Unis d’intervenir militairement contre la République Islamique. (…) Ces pressions des dirigeants arabes ne reflètent-ils pas un appel aux Etats-Unis à rectifier une situation qui leur a échappé ?

La montée en puissance de l’Iran au Moyen-Orient : la conséquence des guerres d’Afghanistan et d’Irak

Un document confidentiel, publié par Le Monde, révèle que le roi Abdallah d’Arabie Saoudite, en mars 2009, a appelé les Etats-Unis « à couper la tête du serpent » iranien tandis que d’autres Etats arabes tels que l’Egypte et le Qatar ont fait part à plusieurs reprises de leur méfiance envers Téhéran. L’Arabie Saoudite a également mis l’accent sur le programme nucléaire iranien et sur les conséquences de son achèvement qui engendrerait une prolifération nucléaire dans tout le Moyen-Orient.

Ces révélations semblent confirmer l’influence actuelle de l’Iran au Moyen-Orient, qui résulte en partie de l’échec de la stratégie américaine au Moyen-Orient au lendemain du 11 septembre 2001. En effet, les Etats-Unis se sont enlisés dans deux conflits militaires en Afghanistan et en Irak qui ont changé la configuration géopolitique dans la région. Ainsi que l’affirmait Bertrand Badie, « les victoires d’aujourd’hui sont parfois les défaites de demain(1) ». Les Etats-Unis ont ainsi réussi à renverser deux pouvoirs hostiles à l’Iran tout en contribuant à la montée d’un antiaméricanisme majeur dans la région qui est venu grossir les rangs du camp « anti-impérialiste » dont l’Iran se veut le leader. L’intervention en Irak a mis fin à la politique de « dual containment  » lancée en 1994 par l’administration Clinton et a permis d’éliminer un puissant rival de Téhéran si bien que l’équilibre des pouvoirs qui prévalait entre l’Iran, l’Irak et l’Arabie Saoudite a fait place à une bipolarisation entre Téhéran et Ryad (2). Or, l’Arabie Saoudite apparaît bien fragile pour contenir la puissance de l’Iran, qui profite ainsi d’un « vacuum » sans précédent pour émerger comme un pôle majeur au Proche-Orient, à l’instar de la Turquie et d’Israël.

Aussi, l’occupation américaine de l’Irak a conduit à l’autonomisation des chiites irakiens, ce qui a précipité leur entrée fracassante sur la scène politique, alors que cette communauté était traditionnellement mise à l’écart du pouvoir. Par ailleurs, la montée des chiites en Irak est un véritable enjeu sécuritaire pour un certain nombre de pays arabes. Le poids de la communauté chiite s’est ainsi accru et est devenu incontournable dans un certain nombre de questions régionales, tels que la stabilité des Etats multiconfessionnels irakiens et libanais, le processus de paix israélo-palestinien, le règlement du conflit afghan et les insurrections au Pakistan. C’est pour ces raisons que la « carte chiite » représente un atout considérable entre les mains de Téhéran. Ce potentiel « déstabilisateur » de l’Iran a suscité de vives inquiétudes de la part des voisins sunnites ces trente dernières années, craignant un soulèvement chiite au Moyen-Orient dirigé depuis Téhéran. Au Koweït, la communauté chiite a été régulièrement suspectée d’entretenir des relations étroites avec Téhéran. Une menace également perceptible à Bahreïn, territoire revendiqué publiquement par l’Iran comme faisant partie de son territoire historique. Mais c’est sans doute la thèse célèbre du « croissant chiite » qui a le plus cristallisé les peurs des pays sunnites. L’idée d’un « croissant chiite » a été évoquée en 2004 par le souverain Abdallah II de Jordanie lors d’un entretien dans le Washington Post. Le concept repose sur l’existence d’un axe chiite qui s’étendrait de l’Indus au Nil et qui reposerait sur des facteurs politiques et confessionnels et comprendrait des enjeux territoriaux et énergétiques. La psychose des pays sunnites concernant l’émergence d’un croissant chiite a pris ensuite plus d’ampleur après les succès politiques acquis par l’Iran et ses alliés chiites sur le plan régional. La montée des chiites en Irak et l’ingérence iranienne dans les affaires internes de Bagdad a considérablement irrité Washington et ses alliés sunnites dans la région. De même, l’influence grandissante du Hezbollah au Liban a également cristallisé les tensions confessionnelles et redistribué les cartes au niveau politique. Selon François Thual, « d’ici quelques années, les chiites se seront emparés politiquement du Liban (3). » Ce scénario offrirait aux chiites et surtout à l’Iran, qui entretient une relation privilégiée avec le Hezbollah, une profondeur stratégique nouvelle lui permettant de bénéficier d’un accès à la frontière israélienne. L’accueil éclatant offert au président Ahmadinejad lors de sa récente visite au Liban en octobre dernier a été une véritable manifestation du poids actuel de l’Iran dans le pays du Cèdre.

Une nouvelle guerre froide à l’échelle du Moyen-Orient

La géopolitique nouvelle dans la région incite même à parler d’une nouvelle « guerre froide au Moyen-Orient (4) » dans laquelle les Etats-Unis et l’Iran seraient les pôles dominants. D’un côté, il y aurait les Etats enclins à coopérer avec les Etats-Unis avec une certaine acceptation de la domination américaine dans la région. Ce camp inclurait principalement Israël et les Etats arabes avec qui ils ont un accord de paix (Egypte, Jordanie) ainsi que l’Arabie Saoudite et la majorité des pays du Conseil de Coopération du Golfe. D’un autre côté, il y aurait les Etats et les acteurs non-étatiques qui n’acceptent pas l’ingérence américaine dans la région. La République islamique d’Iran a émergé, ces dernières années, comme le leader de ce camp, qui comprendrait également la Syrie, le Hamas et le Hezbollah ainsi que les milices pro-chiites. Enfin, la Turquie, allié traditionnel de Washington, a récemment intensifié son engagement diplomatique au Moyen-Orient avec la montée du parti AKP (parti pour la justice et le développement), et a entamé un rapprochement avec l’Iran, ce qui offre d’autres cartes à jouer à ce camp de la « résistance ». Les pays arabes sunnites ont ainsi observé avec impuissance et angoisse l’ascension de l’Iran et son ingérence dans les affaires du monde arabe. Ils ont également été surpris par la force de résistance du Hezbollah lors de la guerre avec Israël en 2006 et par la progression politique des communautés chiites au Liban et en Irak. Enfin, ils sont inquiets de la vague de sympathie qui existe au sein de leurs populations pour la République islamique qui est devenu le nouveau champion de la cause palestinienne. Ils craignent de voir à long terme cette sympathie se transformer en révolte qui déstabiliserait leurs gouvernements qui, en cas d’élections libres, tomberaient probablement tous au profit de partis islamistes plus ou moins modérés (5).

Enfin, WikiLeaks ne fait que confirmer un constat déjà perceptible dans le domaine de la défense. En effet, l’inquiétude vis-à-vis de l’Iran provoque une militarisation grandissante dans la région, notamment en Egypte et en Arabie Saoudite. Le Caire dépense ainsi un quart de son PIB dans le secteur de la défense tandis que Ryad a été classé 8e pays mondial en termes de volume de dépenses militaires en 2009 (32,654 milliards de dollars). L’Arabie Saoudite figure également parmi les trois pays (avec la Chine et l’Inde) à avoir augmenté ses dépenses militaires de 2008 à 2009 alors que la crise économique avait entraîné une réduction mondiale des dépenses. Cette militarisation excessive de l’Arabie Saoudite est aussi motivée en raison de la montée en puissance de l’industrie de défense iranienne qui s’est autonomisée depuis les deux dernières décennies. Téhéran a ainsi dévoilé en août dernier ses sous-marins fabriqués entièrement sur le sol iranien et a présenté le premier drone bombardier de l’Iran, rejoignant ainsi le club très fermé de pays ayant la capacité de fabriquer cette technologie, notamment la France, les Etats-Unis et Israël.

Ainsi, au lendemain du 11 septembre 2001, la donne régionale a changé en faveur de l’Iran. Le renversement des Talibans et de Saddam Hussein, ainsi que la montée des chiites au Liban et en Irak renforce la position de l’Iran sur l’échiquier régional. Cette situation donne à l’Iran un poids considérable au Moyen-Orient qui « contraste merveilleusement avec la défaillance et la marginalisation croissante des principaux Etats arabes. »(6) Cependant, le gouvernement iranien devra faire face à la résistance de ses voisins arabes sunnites qui, avec le soutien de Washington et de Tel-Aviv, vont chercher à limiter son influence dans la région.
(1)Véronique BEDIN et Martine FOURNIER (dir.), « Bertrand Badie », La Bibliothèque idéale des sciences humaines, Editions Sciences humaines, 2009.
(2)Shahram Chubin, Iran’s Power in Context, Survival, vol. 51 no. 1, February–March 2009, pp. 165-190
(3)François Thual, 2007, "Le croissant chiite : slogan, mythe ou réalité ?", Hérodote : Proche-Orient, géopolitique de la crise, nº 124, 2007, p. 116.
(4)Leverett Flynt and Leverett Hillary Mann, the United States, Iran and the Middle East’s New ‘‘Cold War’’, The International Spectator, Vol. 45, No. 1, March 2010, 75–87
(5)Masri Feki, L’Iran et le Moyen-Orient, Constats et enjeux, Studyrama perspectives, 2010, p. 73.
(6)Masri Feki, Op. cit p.77

Aymane Chaouki

7 février 2011

Aymane Chaouki, diplômé de l’ISRIS en relations internationales

Tous les droits des auteurs des Œuvres protégées reproduites et communiquées sur ce site, sont réservés.
Publié le 7 février 2011 avec l'aimable autorisation de l'IRIS.

 


 

Source : Affaires Stratégiques
http://www.affaires-strategiques.info/...


Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

 Alov Ben : "Sans Moubarak, pas d’attaque préventive contre l’Iran" !  

Dans un article publié dans le quotidien israélien  Haaretz, l’écrivain Alov Ben estime que "la chute du régime de Hosni Moubarak en Egypte a été la dernière  contribution de Moubarak à la stabilité dans la région, dans le sens qu’Israël s'abstiendra  désormais de lancer une guerre préventive contre l'Iran en raison de la chute de l'allié égyptien stratégique qui a été le garant de la stabilité de ses  frontières au sud pendant qu’il faisait  la guerre et construisait ses colonies".

 Il a précisé que" la majorité des citoyens d'Israël sont nés ou ont émigré au pays sous le règne de Hosni Moubarak (déchu), ils n’ont pas connu d’autre  réalité" ce qui signifie selon lui que  "la notion de stabilité chez les Israéliens est une notion qui  était liée à Moubarak".  
Il a indiqué  que "le régime égyptien était un rocher face  à toute forme de soubresauts qui se sont produits au Moyen-Orient au cours des trois dernières décennies, et que les dirigeants d'Israël étaient conscients  que la frontière sud était en sécurité quand ils allaient en  guerre, ce qui leur permettait de construire des colonies, d’engager des pourparlers de paix sur d'autres fronts, et que les relations stratégiques entre Israël et le régime égyptien, nées dans le sillage de l'accord de paix n’ont jamais été ébranlées ou menacées".
D’après son avis, " la  démission de Moubarak, après 18 jours de manifestations dans les villes égyptiennes, entraîne la région et en particulier Israël dans une nouvelle ère d'incertitude". Ben regrette que "Moubarak soit  expulsé du siège présidentiel aussi rapidement, avant qu'il ne puisse mettre en place un de ses partisans ou de léguer son fils Gamal présidence".  
le chroniqueur israélien affirme que "la confusion  est une source de préoccupation pour le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu » soulignant que « les réactions de ce dernier au cours des premiers jours de la révolution, traduisaient une  inquiétude profonde à l'égard d'une probable remise en question de l’accord  de paix avec l'Egypte ". Et d’ajouter : "Netanyahu a tenté en vain de retarder la chute de Moubarak".  
Selon lui  "Netanyahu craint que l'Egypte ne se  transforme en une République islamique hostile à Israël, à l’image de  l'Iran. Il  espère que la  situation en Egypte se stabilisera , qu’elle ressemble  à la situation actuelle en Turquie où il existe toujours  des relations officielles avec Israël, des ambassades, des lignes aériennes et des relations commerciales, mais avec de vives critiques à l’égard des pratiques israéliennes envers les Palestiniens. Un des  meilleurs scénarios que Netanyahou espère c’est une Egypte semblable à une Turquie avant Erdogan, c’est-à-dire allié des Etats-Unis et sous le contrôle de l’armée".
L'auteur écrit que "Netanyahu partageait avec Moubarak la préoccupation d’un renforcement de la puissance de l'Iran, voire que Moubarak a indiqué que l'Egypte était l'ami d'Israël et des États-Unis dans son opposition au  président iranien Mahmoud Ahmadinejad et ses alliés au Liban,  la Syrie, et  la bande de Gaza".  
Toutefois, Ben note que "la chute du régime au Caire ne changera pas la logique stratégique, car les manifestants ont clairement exprimé leur chauvinisme égyptien  plutôt que d’apprécier  la révolution islamique en Iran, et donc celui qui succédera à Moubarak continuera dans cette logique, et ne fera pas de l’Egypte un Etat sujet de l'Iran".  
Mais  cela ne signifie pas, conclut l’auteur   que "le nouveau régime égyptien encouragera Israël à attaquer les installations nucléaires iraniennes; bien au contraire, le nouveau régime sera à l’écoute de l'opinion publique arabe qui s’oppose à une attaque préventive contre l'Iran".  
Par conséquent, "Israël aura du mal à travailler à distance en Orient, sans compter qu’il est loin de  garantir l'approbation de l’Occident".

15/02/2011

 http://www.almanar.com.lb


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