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26/02/2011

n° 511 - Dossier & Point de vue d'Irak - 25-02. – Début - : 1-1 Pays en ruine mais…


n° 511 - Dossier & Point de vue  d'Irak - 25-02. – Début  - : 1-1 Pays en ruine mais…



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre


Les Dossiers d'Irak

n° 511                                                      25/02/11

C.De Broeder & M.Lemaire



 

Le " Dossier d’Irak  " est visible  sur ...

a) sur nos blogs : http://www.dhblogs.be/categories/International.html  http://www.lalibreblogs.be/categories/International.html

b) Sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

c) Sur le site http://turkmenfriendship.blogspot.com/2007/10/journal-dir...

d) Sur le site de Eva Resis  :  no-war.over-blog.com

e) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

f) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 

Si vous voulez nous contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be

 



Sommaire :  

1 Brèves

1-1 Pays en ruine mais…

L'Irak négocie avec les Etats-Unis et la France l'achat d'avions militaires.  

2 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

2-1 Gilles Munier : Jacques Vergès et la défense de Saddam Hussein et de Tarek Aziz.

Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

3-1 Manlio Dinucci : Il y a vingt ans la première guerre de l’après Guerre froide.

Opinion

4-1 Aymane Chaouki : La peur arabe : Un aveu d'échec de la politique américaine au Moyen-Orient ?

Fin

5 Annexe

5-1 René Naba : Golfe Armement: Autant en emporte le vent .

5-2 Armes bactériologiques : Que s'est-il passé ce mercredi 26/1 à Dugway?

5-3 La console de jeu, une arme contre le stress post-traumatique des soldats américains(…).




Avant propos

Les militaires américains usent d’un terme générique- Al Qaida- pour désigner les résistants qui osent leur résister...



1 Brèves

1-1 Pays en ruine mais…

L'Irak négocie avec les Etats-Unis et la France l'achat d'avions militaires.  

28/01/2011

L'Irak négocie avec les Etats-Unis et la France l'achat d'avions militaires pour protéger son espace aérien.
Le gouvernement a autorisé mercredi le Premier ministre -et ministre de la Défense par intérim- Nouri al-Maliki à négocier avec les Américains le premier paiement du contrat des F-16, selon un communiqué du conseil des ministres.
Le 6 janvier, en marge des cérémonies du 90ème anniversaire de l'armée irakienne, le général Anouar Hama Amine, commandant de l'armée de l'air, avait confié aux journalistes qu'il espérait recevoir en 2013 les F-16 américains.
Par ailleurs, la France a fait une offre pour la vente de 18 Mirage F1 afin de permettre à l'Irak de pouvoir assurer la protection de son espace aérien dès 2012, a indiqué à l'AFP jeudi l'ambassadeur de France en Irak, Boris Boillon.
"L'Irak doit protéger sa souveraineté et pour ce faire, la France a proposé de vendre 18 Mirage F1 rétrofités qui peuvent être livrés dès la fin 2011 et immédiatement opérationnels, car beaucoup de pilotes irakiens ont été entraînés dans le passé sur ce type d'appareil", a-t-il précisé.
Le prix de la vente de ces appareils, qui seront dotés d'armement ultra-moderne, ne dépasse pas un milliard de dollars. "Ce prix modeste n'obèrera pas la capacité financière de Bagdad d'acheter des F16 américaines", a-t-il dit.
"Cette vente s'inscrit dans la cadre d'une proposition sur un plan global militaire aérien que la France a soumis à ce pays", a souligné l'ambassadeur.
Le 14 décembre, le gouvernement irakien avait indiqué que les négociations avec les Etats-Unis portaient sur l'obtention de six F-16.
Début septembre, le général Michael Barbero, alors adjoint du commandant des forces américaines en Irak, avait identifié l'absence d'une flotte d'avion multirôles comme une des principales carences de l'armée irakienne fin 2011.

http://www.almanar.com.lb



2 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information.

2-1 Gilles Munier : Jacques Vergès et la défense de Saddam Hussein et de Tarek Aziz.
Gilles Munier 29 janvier

Extrait de l’interview de Jacques Vergès (Afrique Asie - février 2011)

Dossier : Jacques Vergès, l’anticolonialiste (20 pages)

Dans les kiosques ou sur : http://www.afrique-asie.fr

Propos recueillis par Gilles Munier et Majed Nehmé

Vous avez pris la défense du Président Saddam Hussein, en faisant partie du groupe d’avocats constitué à cet effet, puis vous vous en êtes retiré : pourquoi ?

   J’ai accepté la défense de Saddam Hussein à la demande d’une dizaine de membres de sa famille que j’ai rencontrés à Paris, Genève et Sanaa, au Yémen*.

    Je me suis retiré à partir du moment où une de ses filles, qui était l’invitée d’honneur du Roi de Jordanie, s’est prononcée contre ma présence et pour celle d’autres personnes. J’ai pensé que la famille étant divisée à ce moment là, la défense était handicapée et je ne voulais pas m’imposer dans une défense qui était vouée à l’échec.

Mais vous aviez eu le temps d’entreprendre des démarches…

   Oui, j’avais fait une démarche auprès du Président de la République, en France, et auprès des ambassades du Royaume uni, des France et de la Russie, sur le respect des droits de l’homme dans les procès qui allaient s’ouvrir en Irak. J’étais également l’avocat pressenti de Tarek Aziz.

   J’avais reçu une réponse un peu formelle de la Russie et, surtout, une lettre très détaillée de M. Gourdeau-Montagne, conseiller diplomatique du Président Chirac. Il me disait que l’Irak était partie prenante au Pacte international sur les droits civiques qui prévoyaient la liberté de la défense et il était tenu de respecter des règles élémentaires dans ce domaine ; règles qui de toute évidence n’étaient, selon moi, pas respectées.

Ces démarches pourraient-elles être relancées en direction du gouvernement français ?

   Je pense que la rupture dont parlait le candidat Nicolas Sarkozy ne concerne ni la politique étrangère ni les intérêts de la France. La France est partie prenante au Pacte sur les droits civiques, elle se doit de faire respecter les obligations qu’il implique. Et, il y a une continuité de l’Etat.

Pouvez-vous nous parler de la défense de Tarek Aziz ?

   J’ai demandé un visa à l’ambassade d’Irak à Paris. Je ne l’ai pas eu. J’ai fait une démarche auprès des Américains pour qu’ils m’autorisent à rencontrer Tarek Aziz, bien sûr je n’ai pas obtenu cette autorisation, de sorte que je me suis contenté de prendre publiquement position à travers l’obligeance des Amitiés franco-irakiennes en rendant publique une lettre ouverte aux juges de Tarek Aziz. Je leur ai dit que s’ils prononçaient la peine de mort, la condamnation serait illégale comme illégale était la condamnation à mort du Président Saddam Hussein.

Illégales, pourquoi ?

   Parce que la jurisprudence internationale dit que s’il existe une loi au moment de faits reprochés, fondés ou pas, prononçant des peines lourdes, et que la même loi existe au moment du jugement, mais qu’entre-temps une loi intermédiaire plus clémente a été en vigueur, c’est la loi intermédiaire qui doit s’appliquer. Or, entre les faits reprochés au Président Saddam Hussein qui étaient passibles de la peine de mort, au cas où ils auraient été fondés, et le moment où il a été jugé, il y a eu une période pendant laquelle les Américains ont suspendu la peine de mort. Si Saddam Hussein avait été jugé pendant cette période intermédiaire, on n’aurait pas pu le condamner à mort. Dans ce cas là dit la jurisprudence internationale, c’est la loi intermédiaire qui doit s’appliquer.

   Les condamnations à la peine capitale de Tarek Aziz, de Saadoun Shaker et de trois autres anciens dirigeants irakiens, n’auraient pas, non plus, dues être prononcées.

* Après l’arrestation du Président Saddam Hussein, Jacques Vergès avait constitué un groupe de quatorze avocats dont faisait partie Maître Amar Bentoumi, ancien bâtonnier d’Alger, ancien ministre de la Justice, membre du Collectif des avocats du FLN pendant la guerre d’indépendance.

Appendice :

Réduire Tarek Aziz au silence

   « Tarek Aziz connaît trop de secrets compromettants », dit Jacques Vergès, « il faut le faire taire définitivement mais, avant de le pendre et le faire taire à jamais, le Tribunal est là pour le condamner déjà au silence. Comme me l’écrivait M. Gourdault-Montagne* au nom de M. Chirac que j’avais saisi en son temps des conditions de détention de M. Tarek Aziz : « S’agissant des garanties judiciaires auxquelles peut prétendre M. Tarek Aziz, je relève que l’Irak est partie au Pacte des Nations Unies de 1966 sur les droits civils et politiques qui reconnaît à toute personne le bénéfice de garanties judiciaires procédurales. 

   Les autorités irakiennes ont, certes, le droit d’adopter des mesures qui dérogeraient aux obligations qu’impose cet instrument mais seulement en cas de danger public exceptionnel menaçant l’existence de la Nation et sous réserve de l’accomplissement de certaines formalités d’information des autres parties au Pacte, par l’intermédiaire du Secrétaire Général des Nations Unies. Or, à ce jour, les autorités iraquiennes n’ont pas signalé aux autres Etats parties l’adoption de mesures dérogatoires. M. Tarek Aziz bénéficie donc, dans ses relations avec les autorités iraquiennes, de la protection que lui offre le Pacte des Nations Unies de 1966 précité. »

* Conseiller diplomatique de Jacques Chirac.

Texte intégral dans Afrique Asie (février 2011)

© G. Munier/X.Jardez  avec l'aimable autorisation de Gilles Munier


 

http://www.france-irak-actualite.com/...

 



Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

Petite remarque à propos du soutien des USA à l'Irak pendant la guerre Iran-Irak : on oublie un peu trop systématiquement je trouve l'Iran-gate, la fourniture d'armes à l'Iran pendant cette guerre.

Le but était moins de "soutenir" un contre l'autre, mais d'affaiblir les deux, et que la guerre dure le plus longtemps possible - RM

 

3-1 Manlio Dinucci : Il y a vingt ans la première guerre de l’après Guerre froide.

 « Le ciel s’illumine comme en plein jour sur la ligne d’horizon, au-delà des palmiers et des lumières très limpides des routes qui conduisent à l’aéroport dans une des nuits les plus claires de ces semaines de tension. Des escadrilles de bombardiers états-uniens arrivent de toutes les directions, poursuivies en vain par une défense anti-aérienne dont les projectiles écrivent des raies rouges et jaunes dans la nuit comme dans une sorte de feu d’artifice, tragique et mortel » : voici ce dont témoignait Stefano Chiarini, envoyé de il manifesto unique journaliste occidental, avec Peter Arnett de CNN, demeuré à Bagdad.

Dans le Golfe, ce sont les premières heures du 17 janvier 1991. L’opération « Tempête du désert » commence, elle ouvre la phase historique que nous sommes en train de vivre. 

Il y a vingt ans, la disparition de l’URSS et de son bloc d’alliances crée, dans la région européenne et centre-asiatique, une situation géopolitique entièrement nouvelle. En un même temps, la désagrégation de l’URSS et la profonde crise politique et économique qui investit la Russie marquent la fin de la superpuissance en mesure de rivaliser avec celle états-unienne. « Le président Bush cueillit ce changement historique - raconte Colin Powell. Le président et le secrétaire à la défense tracèrent une nouvelle stratégie de la sécurité nationale et construisirent une stratégie militaire pour la soutenir. Ainsi en août 1990, tandis que le président Bush faisait la première annonce publique du nouveau mode pour l’Amérique d’affronter la question de la sécurité nationale, Saddam Hussein attaqua le Koweït. Sa brutale agression fit que nous mîmes en pratique la nouvelle stratégie exactement au moment où nous commencions à en faire l’annonce ».

 

Le Saddam Hussein, qui en décidant d’envahir le Koweït le 2 août 1990 donne le moyen aux Etats-Unis de mettre en pratique la nouvelle stratégie « exactement au moment » où elle est lancée, est le même qui était soutenu jusque peu de temps avant par les Etats-Unis. Dans les années 80, ceux-ci l’ont aidé dans la guerre contre l’Iran de Khomeiny, à l’époque « ennemi numéro un » des intérêts états-uniens dans la région moyen-orientale. Le Pentagone non seulement a fourni des armements à l’armée irakienne, mais a secrètement chargé 60 officiers de la Dia (Defense Intelligence Agency) d’assister le commandement irakien, en lui fournissant des photos satellitaires du déploiement irakien et des indications sur les objectifs à atteindre. Sur instruction de Washington, le Koweït aussi a aidé l’Irak, en mettant à sa disposition des prêts consistants pour l’achat d’armements.

 

Mais quand en 1988, se termine la guerre contre l’Iran, les Etats-Unis commencent à craindre que l’Irak, grâce aussi à l’assistance soviétique, n’acquière un rôle dominant dans la région. Ils ont donc recours à la traditionnelle politique du « diviser pour régner ». Après suggestion de Washington, l’attitude du Koweït change aussi : il exige le remboursement immédiat de la dette contractée par l’Irak et, dans l’exploitation du gisement de Rumaila qui s’étend au-dessous des deux territoires, il porte sa production pétrolière au-delà du quota établi par l’Opec. Il provoque ainsi une chute du prix du brut qui porte tort à l’Irak, sorti de la guerre avec un appareil militaire coûteux et une dette extérieure de plus de 70 milliards de dollars, dont 40 dus au Koweït, Arabie Saoudite et autres pays du Golfe.

 

Washington laisse croire à Bagdad que les USA veulent rester en dehors du contentieux. Le 25 juillet 1990, alors que les satellites militaires du Pentagone montrent que l’invasion est désormais imminente, l’ambassadrice états-unienne à Bagdad, April Glasbie, assure Saddam Hussein que les Etats-Unis désirent avoir les meilleures relations avec l’Irak et n’entendent pas interférer dans les conflits interarabes. Saddam Hussein tombe dans le piège : une semaine plus tard, le 1er août 1990, les forces irakiennes envahissent le Koweït. Les Etats-Unis stigmatisent alors leur ex-allié comme l’ennemi numéro un et, ayant formé une coalition internationale, envoient dans le Golfe une force de 750 mille hommes, dont 70% sont états-uniens, sous les ordres du général Norman Schwartzkopf.

 

La guerre du Golfe de 1991 est, dans la période suivant le deuxième conflit mondial, la première guerre que Washington ne justifie pas par la nécessité de contenir la menaçante avancée du communisme, justification qui est à la base de toutes les interventions militaires précédentes dans le « tiers monde » : de la guerre de Corée à celle du Vietnam, de l’invasion de la Grenade à l’opération contre le Nicaragua.

 

Avec cette guerre, les Etats-Unis renforcent leur présence militaire et leur influence politique dans la zone stratégique du Golfe, où sont concentrés les deux tiers des réserves pétrolières mondiales ; en même temps, ils lancent un message sans équivoque à leurs adversaires, ex adversaires et alliés. Celui-ci est contenu dans la National Security Strategy of the United States (Stratégie de la sécurité nationale des Etats-Unis), le document avec lequel la Maison Blanche énonce, en août 1991, sa nouvelle stratégie : « Malgré l'émergence de nouveaux centres de pouvoir les Etats-Unis demeurent le seul Etat avec une force, une portée et une influence dans toute dimension - politique, économique et militaire- réellement mondiales. Il n’existe aucun substitut au leadership américain ».

 

C’est cette stratégie qui est à la base des opérations guerrières états-uniennes : de l’attaque contre la Yougoslavie en 1999 à l’invasion de l’Afghanistan en 2001 et de l’Irak en 2003. Guerres dans lesquelles l’Italie, après avoir participé à celle du Golfe en 1991, a gardé son rôle de grégaire.

 

Les chiffres de la guerre 

A partir du 17 janvier 1991, pendant 43 jours, l’aviation états-unienne et alliée a effectué, avec 2.800 avions, plus de 110 mille sorties, larguant 250 mille bombes, dont celles à fragmentation qui lancent ensuite un total de plus de 10 millions de sous munitions. Plus de 60 mille tonnes de bombes sont larguées. Participent aux bombardements, avec les forces états-uniennes, des forces aériennes et navales britanniques, françaises, italiennes, grecques, espagnoles, portugaises, belges, hollandaises, danoises, norvégiennes et canadiennes. Le 23 février les troupes de la coalition, comprenant plus d’un demi million de soldats, lancent l’offensive terrestre. Elle se termine le 28 février par un « cessez-le-feu temporaire » proclamé par le président Bush.

 

Personne ne sait combien il y a eu de morts irakiens dans la guerre de 1991 : d’après des estimations approximatives, environ 200 mille dont à peu près la moitié de civils. Des officiers états-uniens confirment que des milliers de soldats irakiens furent enterrés vivants dans les tranchées par des chars d’assaut, transformés en bulldozers avec de grosses lames dentelées sur la partie frontale. L’embargo succède à la guerre, provoquant dans la population plus de victimes que les bombardements : plus d’un million.

16 janvier 2011

 il manifesto
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio



Opinion

4-1 Aymane Chaouki : La peur arabe : Un aveu d'échec de la politique américaine au Moyen-Orient ?
Parmi les nombreuses révélations de WikiLeaks, nous avons appris que les pays arabes entretiennent une véritable crainte à l’égard de l’Iran, allant même jusqu’à exhorter les Etats-Unis d’intervenir militairement contre la République Islamique. Ces pressions des dirigeants arabes ne reflètent-ils pas un appel aux Etats-Unis à rectifier une situation qui leur a échappé ?

La montée en puissance de l’Iran au Moyen-Orient : la conséquence des guerres d’Afghanistan et d’Irak

Un document confidentiel, publié par Le Monde, révèle que le roi Abdallah d’Arabie Saoudite, en mars 2009, a appelé les Etats-Unis « à couper la tête du serpent » iranien tandis que d’autres Etats arabes tels que l’Egypte et le Qatar ont fait part à plusieurs reprises de leur méfiance envers Téhéran. L’Arabie Saoudite a également mis l’accent sur le programme nucléaire iranien et sur les conséquences de son achèvement qui engendrerait une prolifération nucléaire dans tout le Moyen-Orient.

Ces révélations semblent confirmer l’influence actuelle de l’Iran au Moyen-Orient, qui résulte en partie de l’échec de la stratégie américaine au Moyen-Orient au lendemain du 11 septembre 2001. En effet, les Etats-Unis se sont enlisés dans deux conflits militaires en Afghanistan et en Irak qui ont changé la configuration géopolitique dans la région. Ainsi que l’affirmait Bertrand Badie, « les victoires d’aujourd’hui sont parfois les défaites de demain(1) ». Les Etats-Unis ont ainsi réussi à renverser deux pouvoirs hostiles à l’Iran tout en contribuant à la montée d’un antiaméricanisme majeur dans la région qui est venu grossir les rangs du camp « anti-impérialiste » dont l’Iran se veut le leader. L’intervention en Irak a mis fin à la politique de « dual containment  » lancée en 1994 par l’administration Clinton et a permis d’éliminer un puissant rival de Téhéran si bien que l’équilibre des pouvoirs qui prévalait entre l’Iran, l’Irak et l’Arabie Saoudite a fait place à une bipolarisation entre Téhéran et Ryad (2). Or, l’Arabie Saoudite apparaît bien fragile pour contenir la puissance de l’Iran, qui profite ainsi d’un « vacuum » sans précédent pour émerger comme un pôle majeur au Proche-Orient, à l’instar de la Turquie et d’Israël.

Aussi, l’occupation américaine de l’Irak a conduit à l’autonomisation des chiites irakiens, ce qui a précipité leur entrée fracassante sur la scène politique, alors que cette communauté était traditionnellement mise à l’écart du pouvoir. Par ailleurs, la montée des chiites en Irak est un véritable enjeu sécuritaire pour un certain nombre de pays arabes. Le poids de la communauté chiite s’est ainsi accru et est devenu incontournable dans un certain nombre de questions régionales, tels que la stabilité des Etats multiconfessionnels irakiens et libanais, le processus de paix israélo-palestinien, le règlement du conflit afghan et les insurrections au Pakistan. C’est pour ces raisons que la « carte chiite » représente un atout considérable entre les mains de Téhéran. Ce potentiel « déstabilisateur » de l’Iran a suscité de vives inquiétudes de la part des voisins sunnites ces trente dernières années, craignant un soulèvement chiite au Moyen-Orient dirigé depuis Téhéran. Au Koweït, la communauté chiite a été régulièrement suspectée d’entretenir des relations étroites avec Téhéran. Une menace également perceptible à Bahreïn, territoire revendiqué publiquement par l’Iran comme faisant partie de son territoire historique. Mais c’est sans doute la thèse célèbre du « croissant chiite » qui a le plus cristallisé les peurs des pays sunnites. L’idée d’un « croissant chiite » a été évoquée en 2004 par le souverain Abdallah II de Jordanie lors d’un entretien dans le Washington Post. Le concept repose sur l’existence d’un axe chiite qui s’étendrait de l’Indus au Nil et qui reposerait sur des facteurs politiques et confessionnels et comprendrait des enjeux territoriaux et énergétiques. La psychose des pays sunnites concernant l’émergence d’un croissant chiite a pris ensuite plus d’ampleur après les succès politiques acquis par l’Iran et ses alliés chiites sur le plan régional. La montée des chiites en Irak et l’ingérence iranienne dans les affaires internes de Bagdad a considérablement irrité Washington et ses alliés sunnites dans la région. De même, l’influence grandissante du Hezbollah au Liban a également cristallisé les tensions confessionnelles et redistribué les cartes au niveau politique. Selon François Thual, « d’ici quelques années, les chiites se seront emparés politiquement du Liban (3). » Ce scénario offrirait aux chiites et surtout à l’Iran, qui entretient une relation privilégiée avec le Hezbollah, une profondeur stratégique nouvelle lui permettant de bénéficier d’un accès à la frontière israélienne. L’accueil éclatant offert au président Ahmadinejad lors de sa récente visite au Liban en octobre dernier a été une véritable manifestation du poids actuel de l’Iran dans le pays du Cèdre.

Une nouvelle guerre froide à l’échelle du Moyen-Orient

La géopolitique nouvelle dans la région incite même à parler d’une nouvelle « guerre froide au Moyen-Orient (4) » dans laquelle les Etats-Unis et l’Iran seraient les pôles dominants. D’un côté, il y aurait les Etats enclins à coopérer avec les Etats-Unis avec une certaine acceptation de la domination américaine dans la région. Ce camp inclurait principalement Israël et les Etats arabes avec qui ils ont un accord de paix (Egypte, Jordanie) ainsi que l’Arabie Saoudite et la majorité des pays du Conseil de Coopération du Golfe. D’un autre côté, il y aurait les Etats et les acteurs non-étatiques qui n’acceptent pas l’ingérence américaine dans la région. La République islamique d’Iran a émergé, ces dernières années, comme le leader de ce camp, qui comprendrait également la Syrie, le Hamas et le Hezbollah ainsi que les milices pro-chiites. Enfin, la Turquie, allié traditionnel de Washington, a récemment intensifié son engagement diplomatique au Moyen-Orient avec la montée du parti AKP (parti pour la justice et le développement), et a entamé un rapprochement avec l’Iran, ce qui offre d’autres cartes à jouer à ce camp de la « résistance ». Les pays arabes sunnites ont ainsi observé avec impuissance et angoisse l’ascension de l’Iran et son ingérence dans les affaires du monde arabe. Ils ont également été surpris par la force de résistance du Hezbollah lors de la guerre avec Israël en 2006 et par la progression politique des communautés chiites au Liban et en Irak. Enfin, ils sont inquiets de la vague de sympathie qui existe au sein de leurs populations pour la République islamique qui est devenu le nouveau champion de la cause palestinienne. Ils craignent de voir à long terme cette sympathie se transformer en révolte qui déstabiliserait leurs gouvernements qui, en cas d’élections libres, tomberaient probablement tous au profit de partis islamistes plus ou moins modérés (5).

Enfin, WikiLeaks ne fait que confirmer un constat déjà perceptible dans le domaine de la défense. En effet, l’inquiétude vis-à-vis de l’Iran provoque une militarisation grandissante dans la région, notamment en Egypte et en Arabie Saoudite. Le Caire dépense ainsi un quart de son PIB dans le secteur de la défense tandis que Ryad a été classé 8e pays mondial en termes de volume de dépenses militaires en 2009 (32,654 milliards de dollars). L’Arabie Saoudite figure également parmi les trois pays (avec la Chine et l’Inde) à avoir augmenté ses dépenses militaires de 2008 à 2009 alors que la crise économique avait entraîné une réduction mondiale des dépenses. Cette militarisation excessive de l’Arabie Saoudite est aussi motivée en raison de la montée en puissance de l’industrie de défense iranienne qui s’est autonomisée depuis les deux dernières décennies. Téhéran a ainsi dévoilé en août dernier ses sous-marins fabriqués entièrement sur le sol iranien et a présenté le premier drone bombardier de l’Iran, rejoignant ainsi le club très fermé de pays ayant la capacité de fabriquer cette technologie, notamment la France, les Etats-Unis et Israël.

Ainsi, au lendemain du 11 septembre 2001, la donne régionale a changé en faveur de l’Iran. Le renversement des Talibans et de Saddam Hussein, ainsi que la montée des chiites au Liban et en Irak renforce la position de l’Iran sur l’échiquier régional. Cette situation donne à l’Iran un poids considérable au Moyen-Orient qui « contraste merveilleusement avec la défaillance et la marginalisation croissante des principaux Etats arabes. »(6) Cependant, le gouvernement iranien devra faire face à la résistance de ses voisins arabes sunnites qui, avec le soutien de Washington et de Tel-Aviv, vont chercher à limiter son influence dans la région.

(1)Véronique BEDIN et Martine FOURNIER (dir.), « Bertrand Badie », La Bibliothèque idéale des sciences humaines, Editions Sciences humaines, 2009.
(2)Shahram Chubin, Iran’s Power in Context, Survival, vol. 51 no. 1, February–March 2009, pp. 165-190
(3)François Thual, 2007, "Le croissant chiite : slogan, mythe ou réalité ?", Hérodote : Proche-Orient, géopolitique de la crise, nº 124, 2007, p. 116.
(4)Leverett Flynt and Leverett Hillary Mann, the United States, Iran and the Middle East’s New ‘‘Cold War’’, The International Spectator, Vol. 45, No. 1, March 2010, 75–87
(5)Masri Feki, L’Iran et le Moyen-Orient, Constats et enjeux, Studyrama perspectives, 2010, p. 73.
(6)Masri Feki, Op. cit p.77

Aymane Chaouki

Aymane Chaouki, diplômé de l’ISRIS en relations internationales

Publié le 7 février 2011 avec l'aimable autorisation de l'IRIS.

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Source : Affaires Stratégiques
http://www.affaires-strategiques.info/...



 

 

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