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05/03/2011

n°156 - Journal du Liban - 12-02 au 04-03 – Fin - La peur a changé de camp.



 


n°156 - Journal du Liban - 12-02 au 04-03 – Fin - La peur a changé de camp.



Face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Sa diffusion est un acte de résistance.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources.



Journal du Liban

   n°156                                       12-02 au 04-03

C.De broeder & M.Lemaire



Le " Journal du Liban" est  visible  sur les blogs : 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

c) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

d) sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm


Si vous voulez nous contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire de la lutte pour la libération du territoire.

Dossier .

4-2 L.Mazboudi : Manoeuvre du camp Hariri : va-t’en en guerre contre l’armement du Hezbollah.

4-3 Soraya Hélou : La peur a changé de camp.

4-1 Rafik Chekkat ; Grand Moyen-Orient, Guerres ou Paix ? Plaidoyer pour une révolution arabe.

5 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

5-1 Claude Imbert au Liban : « Je suis un petit peu menteur ».

 


4-2 L.Mazboudi : Manoeuvre du camp Hariri : va-t’en en guerre contre l’armement du Hezbollah.

«  Non ça ne vas plus… non ça n’ira plus… que vous ayez des armements ne veut pas dire que vous avez raison. L’armement peut vous donner la force, mais il ne vous donnera pas la majorité. La majorité est celle qui est issue des bureaux de vote et non de l’armement. La majorité est celle qui s’exprime au parlement sans recours aux armes, la majorité est celle qui est descendu le 14 mars 2005 sans armes pour refuser la tutelle du régime sécuritaire (en allusion à la Syrie avant son retrait)  sur notre constitution et notre vie nationale. La majorité est celle qui a décidé de descendre le 14 mars 2011 pour refuser la tutelle de l’armement sur notre constitution et notre vie nationale »
C’est bien la guerre contre l’armement de la résistance qui est déclarée  à travers le discours de l’ex-Premier ministre libanais et chef du courant du Futur, Saad Hariri, prononcé lundi, au lendemain d’une rencontre des dirigeants du courant du Futur et de ses acolytes, au cours de laquelle fut annoncée leur décision de ne pas participer au prochain gouvernement de Najib Mikati.

Après avoir essuyé une défaite au parlement, en y perdant la majorité suite à la défection du bloc parlementaire de Walid Joumblatt, et une sortie plutôt déshonorante  du gouvernement, la première fois depuis 2005, les subsistants de la coalition du 14 mars sont passés à l’attaque .
D’après le discours de Hariri : la campagne se déclare obsessionnelle : le terme « armement » revient inlassablement, telle « une idée fixe »,   souvent sans l’attribuer à la résistance.
Curieusement, le discours est rédigé au style direct, à la deuxième personne du pluriel, signe qu’il s’adresse directement au Hezbollah, sans le nommer non plus (signe d'une volonté d'élimination  insatiable ??) :

«  Vous pensez pouvoir mettre la main sur le pays, et empaqueter les élections au Sud, dans la Bekaa du nord et en Banlieue sud, là où il y a des armes » dit Hariri.

Suggérant que c’est la menace de l’armement qui rallie à la cause du Hezbollah mêmes les régions où se trouve sa base populaire, l'approche peut rendre perplexe.
Mais elle constituera le thème clé de son discours, voire de toute la campagne qui se prépare : l’armement s’est retourné contre les fils du pays !

Dans cet extrait Hariri continue , toujours à la deuxième personne du pluriel : « ( vous pensez pouvoir)  imposer qui vous voulez comme président du parlement, quand bien même la majorité n’est pas en votre faveur, parce que l’armement est prêt pour être utilisé contre les fils de votre pays, ( vous pensez pouvoir)  imposer qui vous voulez comme Premier ministre, parce que l’armement est prêt pour être utilisé contre les fils de votre pays, et vous tentez de démolir l’image du président de la république comme vous le faîtes maintenant, car l’armement est prêt à être utilisé contre les fils de votre pays, et que les Libanais vont dire ça va, parce que l’armement est prêt pour être utilisé contre les fils de votre pays ».
Il en découle le deuxième thème de ce discours : accuser l’armement de la résistance de toutes les crises du pays. Même lorsque les différends proviennent d’un allié du Hezbollah, comme c’est le cas ces jours-ci du débat lancé par le chef du CPL , Miche Aoun sur les prérogatives constitutionnelles du chef de l’état, c’est seulement cet armement qu’il faut stigmatiser !
 « Il empoisonne tout…il a été mis sur la table du Conseil des ministres et est toujours prêt à être utilisé contre les fils de votre pays », laisse entendre Hariri, sous-entendant toutefois un refus entêté d’admettre les erreurs de ses politiques et alliances locales et internationales.

Bien entendu, ce dernier ne manque pas de rappeler, quand bon lui semble, et comme preuve à l’appui l’évènement du 7 mai 2008, coupé de son contexte, sans allusion à la décision qui le précéda, ni aux attaques armés perpétrées initialement par ses partisans.

Force est de constater aussi que dans son va-t’en guerre contre cet armement, Hariri prend le soin de ne jamais renier son rôle face à l’ennemi israélien. «  Notre problème n’est pas l’armement de la résistance contre l’ennemi externe qui n’est pas libanais, pas arabe et qui est israélien » dit le fils Saad tout au début de son allocution.
Il semble soucieux de ne pas paraître devant son public faire l’affaire de l’ennemi Israeliens.
Il préfère en revanche attaquer par fausses accusations interposées, suggérant que cet armement a changé de cap en se retournant vers l’intérieur, ou en semant le doute sur ses réels objectifs, « vous prenez le pays vers un axe régional, qui n’est ni en lien avec le Liban ni avec l’arabité, et que les Libanais réfutent », argue-il. Inspirant que son  n’est plus d’affronter Israël, mais d’être au service d’un projet régional, en l’occurrence iranien !!

Pour les connaisseurs, la rhétorique adhère aux allégations propulsées par les Israeliens et leurs amis occidentaux et arabes pour affaiblir le camp de la résistance et de la persistance contre Israël.
Elle  montre que Hariri et compagnie ont décidé d’aller au bout de la confrontation contre le Hezbollah.
Sous peine même de couper définitivement les ponts avec lui.

L.Mazboudi 

http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=5033&cid=18&fromval=1&frid=18&seccatid=23&s1=1


4-3 Soraya Hélou : La peur a changé de camp.

Une fois de plus, le secrétaire général du Hezbollah a créé l’événement, renversant la donne et semant le doute et le trouble chez les Israéliens et leurs alliés occidentaux. En leader qui manie à merveille l’art de la communication, sayed Hassan Nasrallah a lancé sa bombe médiatique entre deux paragraphes de son discours, en réponse aux menaces israéliennes et aux déclarations d’Ehud Barak appelant ses soldats à se tenir prêts car ils pourraient être appelés à occuper le Liban de nouveau. Sayed Nasrallah n’a pas attendu longtemps et sa réponse est venue, prenant de court les Israéliens. Il a ainsi annoncé que si "Israël" déclenche une agression contre le Liban, cette fois, les moujahidins s’apprêteraient à libérer la Galilée.
C’est la première fois depuis la création de l’entité israélienne que la guerre pourrait donc se dérouler en territoire palestinien occupé. Autrement dit, la peur a changé de camp et les agresseurs sont réduits à se défendre. C’est une véritable révolution, non seulement dans l’attitude libanaise par rapport à l’entité sioniste, mais aussi dans l’approche du monde arabe par rapport à cette même entité.
Les Israéliens l’ont d’ailleurs bien compris, puisqu’ils en étaient réduits suite au discours de sayed Nasrallah à la peur totale, au point que leurs responsables, en tête le Premier ministre Benyamin Netanyahu, ont été contraints à rassurer leur population en lui affirmant que l’armée est en mesure de la défendre. Ils ont été aussi obligés de modifier leur politique à l’égard des discours de sayed Nasrallah qui depuis quelque temps étaient occultés par les médias israéliens.
En lançant sa bombe médiatique, sayed Nasrallah a obligé les responsables israéliens à lui répondre et à être en position de défense, alors que depuis des années, ils sont ceux qui menacent les Arabes et les peuples de la région. Sans parler du fait que la déclaration du sayed relative au conflit israélo-arabe a été diffusée en boucle sur les chaînes de télévision israéliennes.
Pour le secrétaire général du Hezbollah, cette déclaration s’inscrit toutefois dans la pure logique de ses discours précédents. Mais en bon stratège, il étudie très minutieusement la dose à donner à chaque fois, de manière à ne jamais dévoiler tous ses secrets et à monter crescendo dans l’attitude par rapport à l’entité israélienne. Il a ainsi commencé par rassurer les Libanais sur d’éventuelles attaques israéliennes, puis il a établi une équation d’égalité en déclarant qu’aux immeubles détruits au Liban correspondront des immeubles détruits en Palestine occupée, au bombardement de l’aéroport de Beyrouth, la résistance répondra par le bombardement de l’aéroport Ben Gourion etc. Et hier, il a été encore plus loin établissant une nouvelle équation: à une nouvelle attaque, c’est par une libération de la Galilée que la résistance ripostera.
Les mots sont d’ailleurs choisis avec soin pour bien montrer que la résistance ne se transformera pas en agresseur, mais ira plus loin dans la reconquête des droits arabes. Même si ce cas de figure ne doit pas se concrétiser, -ce qui signifierait que
l’équilibre de la terreur fonctionne à merveille et qu’"Israël" a vraiment peur des moujahidins du Hezbollah- sayed Nasrallah a déjà remporté une victoire psychologique sur l’ennemi. Il a aussi montré l’étendue de sa crédibilité même auprès de ses ennemis, qui, en dépit de leur habitude des discours ronflants arabes, ont très vite compris que ce que dit cet homme a une autre portée et une autre dimension. A toutes ses autres victoires, sayed Hassan Nasrallah doit aussi ajouter celle-ci, et toutes les tentatives d’une poignée de petits caïds de quartiers pour le ramener à leur dimension en cherchant à l’entraîner dans les ruelles sombres de la crise libanaise, n’y changeront rien. Sayed Nasrallah s’est imposé au fil des années comme un leader charismatique et crédible, dont les dimensions dépassent les frontières libanaises et celles du monde arabe. C’est d’ailleurs pourquoi ses ennemis sont aussi à l’échelle internationale. Il voit grand et tous les militants de la dignité et des droits dans le monde le voient grand

La peur a bel et bien changé de camp.
Soraya Hélou

Vendredi 18 février 2011

Article publié sur Résistance islamique au Liban

Source : Fadwa Nassar


4-1 Rafik Chekkat ; Grand Moyen-Orient, Guerres ou Paix ? Plaidoyer pour une révolution arabe.

Journaliste et militant politique en Algérie, Hocine Belalloufi a signé en 2008 un essai « prémonitoire » autour de l’actualité d’une nouvelle révolution arabe, que vient spectaculairement remettre au goût du jour les événements en cours en Tunisie, au Yémen et en Egypte.

En même temps que cette impopularité croissante des régimes arabes corrompus et autoritaires, la recrudescence des agressions impérialistes dans la région du « Grand Moyen-Orient » (GMO) (guerre du Liban en 2006, l’invasion de Gaza fin 2008), le retour à une forme de domination directe (Afghanistan, Irak), la poursuite de la colonisation en Palestine ainsi que les menaces à l’encontre des régimes jugés « récalcitrants » (Iran, Syrie) remettent à l’ordre du jour la nécessité d’une résistance de tous les peuples de cette région.

L’auteur pose d’emblée ce qui constituera la problématique de son ouvrage : « confrontés à l’agression américaine qui entend ramener la région à l’ère tribale, que doivent faire les peuples du GMO ?1 », et met aussitôt le lecteur en garde contre l’idée (simpliste) que l’alternative qui s’offrirait à ces peuples se limiterait à un choix entre la voie dite « moderniste » incarnée par les régimes dictatoriaux ou celle des « islamistes » et de leur « aventurisme ethniciste ». Pour l’auteur, « ces deux voies ont beau s’opposer sur de nombreux points, elles n’offrent aucune perspective de libération réelle aux peuples de la région ». L’idée qui traversera constamment le livre est qu’une autre alternative est possible. En prenant au sérieux le projet américain de GMO – contrairement à l’attitude qui prévaut chez de nombreuses personnes en France, qui n’y voyaient que l’expression du verbiage de G.W. Bush et de son administration néoconservatrice – l’auteur estime que la résistance acharnée que provoque ce projet réactive objectivement la perspective d’une « nouvelle révolution arabe ».

 

Guerre du Liban de l’été 2006 : leçons politiques et raisons d’une victoire

Cette « 6e guerre israélo-arabe » présente un grand intérêt stratégique : le succès de la résistance libanaise a permis de jeter « les bases d’une stratégie alternative à celle des régimes arabes et des islamistes – qui s’attaquent tous deux à leurs peuples ». Pour autant, de nombreuses questions ont surgi au sein du camp « démocratique » et anti-impérialiste dans le monde arabe et au-delà (Europe, Etats-Unis) au sujet de la résistance libanaise et de sa principale force politique, le Hezbollah. Ce dernier est-il un « parti islamiste » ? La résistance libanaise est-elle « islamiste » ? Quelle attitude les forces progressistes et anti-impérialistes doivent-elles adopter face à cette résistance et face au « parti de Dieu » ? L’auteur répondra tour à tour à ces questions en s’attardant sur la troisième, qui présente pour lui un enjeu stratégique majeur. S’il qualifie le Hezbollah de parti islamo-nationaliste, la résistance libanaise n’en devient pas pour autant islamiste car « le caractère politique de la résistance libanaise découle (…) de l’objet même de son combat et non de la nature de sa direction ou de sa composante sociale majoritaire ». En s’opposant à l’invasion et aux incessantes agressions israéliennes, ainsi qu’aux projets des puissances impérialistes (principalement américaine, française et européenne), « la résistance libanaise possède un caractère national et anti-impérialiste ».

Les raisons de la victoire de la résistance libanaise – dont nombre de forces politiques arabes feraient bien de s’inspirer – sont, selon H. Belalloufi, dues a) à la justesse de l’orientation de cette résistance, b) à l’habileté politique du Hezbollah (dont le discours est resté constamment et exclusivement politique), c) à la volonté des masses libanaises, d) au côté relativement « démocratique » du régime libanais ainsi qu’à la faiblesse de celui-ci. Bien qu’entamée sur le plan militaire contre Israël, la bataille sur le plan interne se fera sur le terrain politique, opposant le camp pro-impérialiste du bloc du 14 Mars à celui de l’opposition (dont le Hezbollah est l’un des éléments majeurs). La capacité de cette opposition « à être candidate au pouvoir sur un programme national, démocratique et social sera déterminante pour l’avenir du pays du Cèdre et de son peuple ».

 

Contre les éradicateurs précoces de tous bords

L’auteur revient au passage sur le « prisme algérien » adopté par de nombreux « progressistes » – spécialement en France – qui consiste à assimiler le FIS au Hezbollah et à ainsi qualifier la résistance libanaise de confessionnelle. Les conséquences d’une telle assimilation sont désastreuses, car « en refusant de prendre parti pour la résistance libanaise sous prétexte qu’elle serait islamiste, [certaines anti-islamistes, démocrates ou non] renvoient dos à dos le colonisateur et le colonisé, le fort et le faible. Ils aident ainsi indirectement l’agresseur en privant l’agressé de leur soutien ». La même assimilation est opérée entre le FIS et la résistance « islamique » palestinienne du Hamas et du Djihad islamique, deux organisations qui sont des « composantes du mouvement de libération nationale », contrairement au FIS qui est un « parti fasciste », qui n’a pas hésité à retourner ses armes contre son propre peuple. S’il nous semble pertinent de rappeler les différences profondes de nature entre les organisations précitées et le FIS, qualifier ce dernier de « parti fasciste » nous semble problématique, dans la mesure même où le fascisme renvoie précisément à une forme de gouvernement qui cherche à résoudre par la force et la violence une crise profonde et structurelle d’une économie capitaliste avancée. Or, tel n’était assurément pas le cas de l’Algérie de la fin des années 80 et du début des années 90.

 

La question de l’union étant centrale pour les forces progressistes, il convient de mener la réflexion en évitant les visions unilatérales consistant à « refuser l’unité d’action avec les forces islamistes libanaises ou palestiniennes qui combattent réellement Israël et l’impérialisme sous prétexte qu’ailleurs, ou en d’autres circonstances politiques, l’islamisme représente l’ennemi principal du peuple », ou à « ignorer le caractère d’ennemi de l’islamisme » sous prétexte que l’ennemi principal est Israël ou l’impérialisme. L’auteur estime donc nécessaire de combattre idéologiquement et politiquement – de façon certes secondaire, mais permanente – les idées fausses et dangereuses des « partis islamistes », et de s’organiser de façon indépendante, voire de se défendre lorsque l’on est attaqué par eux. Sur ce point précis, l’utilisation un peu trop vague par H. Belalloufi du terme d’« islamisme », participe elle-même à cette entreprise – qu’il dénonce pourtant – de confusion des esprits en cours en Europe et aux Etats-Unis, où le terme est uniformément utilisé pour désigner des formations politiques n’ayant que très peu à voir les unes avec les autres. Plus encore, tout ce qui a trait de près ou de loin à l’Islam finit par être qualifié d’« islamiste », terme dont la connotation est immédiatement péjorative en France, par exemple, étant donné le surinvestissement idéologique dont fait l’objet cette religion.

 

Crise de la domination impérialiste du GMO ?

Comme nous l’avons déjà souligné, l’auteur prend au sérieux le projet américain de remodelage du GMO, qui sous couvert de lutte contre le « terrorisme », entend imposer une pax americana en écrasant les régimes jugés récalcitrants ainsi que les mouvements politiques opposés à Washington et à son allié israélien. Citant la fameuse phrase de Lénine pour qui l’impérialisme est bien le temps des guerres et des révolutions, H. Belalloufi place ce concept d’impérialisme au cœur de son analyse politique de la région ; avec les Etats-Unis à sa tête, l’Union Européenne, Israël et la quasi-totalité des régimes arabes, le camp impérialiste, en dépit des contradictions qui le traversent, considère le régime iranien comme son principal ennemi.

Bien qu’il n’existe pas à ce jour d’alternative crédible à leur domination, les composantes de ce camp impérialiste seraient entrées en crise. Parmi d’autres facteurs, la résistance libanaise lors de la « 6e guerre israélo-arabe » aurait entrainé un affaiblissement des régimes arabes pro-impérialistes, qui « se sont ainsi démasqués aux yeux de leurs propres opinions publiques qui ont pu constater que ce qui manquait le plus à leurs dirigeants, pour résister victorieusement à l’armée israélienne et lui infliger des pertes sérieuses, ce n’étaient pas des armes ou une prétendue suprématie aérienne, mais la volonté politique, arme que l’on trouve pourtant en abondance au sein des masses arabes ». Malgré le maintien d’une posture offensive et en raison même de celle-ci, les bases mêmes de la domination impérialiste dans la région – et celle des régimes arabes en premier lieu – se trouvent sapées, élargissant ainsi le spectre des résistances.

 

Luttes de libération nationale et luttes démocratiques et sociales

Les trois fondements de la nouvelle révolution arabe sont constitués par

1) l’alliance existante entre le sionisme et l’impérialisme, qui fait d’Israël le premier et principal pilier de la domination impérialiste dans la région,

2) le retour à une forme de domination militaire directe, comme le montrent les occupations de l’Afghanistan et de l’Irak, et enfin par

3) le triomphe des régimes réactionnaires arabes. A propos de ces derniers, l’auteur relève à juste titre que leur caractère autoritaire présente l’avantage de conférer « spontanément aux luttes sociales une dimension politique, ce qui constitue un puissant facteur de conscientisation des masses ». En effet, toute revendication sociale, même minimale (par exemple contre la "vie chère") se transforme en revendications contre le manque de libertés (d'expression, d'association, syndicale etc.) et par conséquent en critique du régime en place et de ceux qui en sont à la tête.
Les différentes formes de domination impérialiste (directe ou via des bourgeoisies compradores locales), ainsi que les menaces qui pèsent sur certains régimes impliquent une diversité des formes de résistance des peuples de la région. Luttes de libération nationale et luttes démocratiques et sociales participent donc toutes deux à la résistance à la domination impérialiste dans la région.

Revenant sur la situation particulière des trois Etats dits « voyous » - Soudan, Syrie et Iran – H. Belalloufi relève que ce dernier est « celui qui s’oppose le plus systématiquement à la politique des Etats-Unis et de l’Union européenne dans la région », faisant de Téhéran le « verrou politique et militaire ultime que les impérialistes voudraient voir sauter afin d’asseoir définitivement leur domination sur la région ». A l’instar de ce qui a été dit précédemment au sujet du Hezbollah, l’auteur n’ignore pas les questions que ne manque pas de soulever – notamment en France – la qualification du régime iranien de réactionnaire et d’anti-impérialiste. A l’appui des travaux de Lénine et Trotsky, H. Belalloufi rappelle qu’anticapitalisme et anti-impérialisme sont loin d’être synonymes et « des forces petite-bourgeoises, voire bourgeoises peuvent, dans certaines conjonctures historiques, s’opposer à l’impérialisme tout en défendant le capitalisme ou, plus exactement, pour mieux le défendre dans leur pays ». Le débat en cours sur l’attitude à adopter face au régime iranien doit donc éviter le double écueil de ne prendre en considération que le côté réactionnaire de ce régime et d’oublier par là même son opposition à l’impérialisme, à Israël et aux Etats arabes pro-impérialistes, ou à l’inverse d’occulter totalement le caractère antipopulaire du régime iranien, pour ne souligner que son opposition à l’ennemi principal qu’est l’impérialisme.

 

Dialectiques de la nouvelle révolution arabe

L’ancienne stratégie de la révolution arabe, élaborée par l’aile gauche de la résistance palestinienne, privilégiait l’option d’une guerre populaire de longue durée contre l’Etat sioniste, afin de tirer avantage du nombre d’habitants et de la profondeur géographique du monde arabe. Une telle stratégie eut pour conséquence de menacer « directement les régimes arabes pro-impérialistes (Jordanie, Liban…), mais aussi les régimes progressistes (Egypte, Syrie…) qui préféraient passer un compromis avec Israël et l’impérialisme plutôt que d’assumer jusqu’à ses ultimes conséquences un affrontement avec eux ». En cherchant à faire coïncider l’agenda de la révolution arabe avec son propre calendrier, et en privilégiant excessivement le combat armé au détriment du combat politique et social, la stratégie adoptée par la révolution palestinienne conduisit à un échec. Pour autant, l’auteur concède que « dans les conditions où elle se trouvait objectivement placée, la résistance palestinienne pouvait difficilement adopter une autre stratégie que celle de la guerre populaire prolongée par laquelle elle concrétisait l’interaction subjective de la révolution palestinienne et de la révolution arabe, dont le fondement objectif reposait sur l’alliance de l’impérialisme, du sionisme et de la réaction arabe ».

Mais alors qu’elle semblait durablement bloquée, la poursuite de la colonisation de la Palestine, le triomphe des bourgeoisies réactionnaires arabes et le retour à une domination directe de l’impérialisme vont créer les conditions d’une renaissance de la révolution arabe. Il s’agit dès lors de prendre la mesure des échecs passés et du nouveau contexte historique.

Centralité de la révolution palestinienne

Elle est induite par les relations mêmes existant entre l’impérialisme et le sionisme : « toute la politique régionale des grandes puissances mondiales, à commencer par celle des Etats-Unis, repose sur le primat absolu de la sécurité d’Israël et le caractère indiscutable de la domination de cet Etat colonial, raciste et expansionniste ». L’Afghanistan et l’Irak sont certes occupés à l’heure actuelle, mais cette occupation revêt un caractère provisoire et n’est pas conçue pour le long terme, contrairement à ce qui se produit en Palestine.

S’agissant de la question de savoir sur quelle proportion du territoire de la Palestine mandataire devait porter la libération, l’auteur estime que ce sont « Israël et son parrain américain qui rendent possible, à long terme, la libération de toute la Palestine ». Parmi les principaux facteurs qui tendent vers une telle perspective, se trouvent l’incapacité de la « démocratie israélienne » à intégrer en son sein les citoyens « Arabes israéliens », le refus obstiné d’Israël de voir érigé un Etat palestinien réellement indépendant et de restituer les terres conquises au détriment de la Syrie et du Liban, ainsi que le soutien inconditionnel apporté à Israël par les « grandes puissances » et le retour de celles-ci à une politique de domination directe ou de menaces d’intervention militaire. A ne vouloir rien céder, l’auteur estime qu’Israël court le risque de tout perdre. N’ignorant ni l’extrême déséquilibre des forces en présence, ni le reflux d’une conscience anti-impérialiste dans le monde arabe et ailleurs, H. Belalloufi reproche aux défaitistes arabes de mettre constamment en avant le caractère irréversible de la colonisation de la Palestine. Il estime à juste titre que toute l’expérience historique milite contre un tel défaitisme car « la colonisation ne devient irréversible que si et seulement l’un des deux aspects de la contradiction colonisateur-colonisé est éliminé ».

 

Caractère inégal et combiné de la nouvelle révolution arabe

Comme l’ancienne, la nouvelle révolution arabe a pour principal ennemi le système de domination impérialiste. Mais les peuples du GMO se trouvent également confrontés à des « ennemis secondaires » presque aussi redoutables : les régimes et forces politiques menacés par l’impérialisme, qui tout en lui résistant, oppriment parallèlement leurs peuples. Face à eux, « il convient d’éviter soigneusement toute approche unilatérale qui ne prendrait pas en considération le caractère contradictoire de ces régimes » et d’adopter en conséquence une politique dialectique.

La nouvelle révolution arabe possède donc un caractère national et anti-impérialiste, qui fait que « son programme politique – programme de mobilisation et non projet de société – ne vise pas la destruction du capitalisme, l’abolition de l’exploitation et de la propriété privée des moyens de production ». Mettre uniquement en avant les revendications du socialisme et du pouvoir ouvrier constitue donc un déni de la réalité, celle de l’oppression impérialiste. H. Belalloufi invite néanmoins à rompre avec le nationalisme arabe qui renverrait à l’image d’une « nation arabe » mythique ou aurait régné l’unité et la prospérité avant que le colonialisme n’advienne. Ce dernier, en étant le « vecteur d’un capitalisme qui bouleversa les sociétés arabes et engendra des résistances sociales et politiques en leur sein, créa les conditions matérielles de l’émergence d’Etas-nations modernes et renforça la formation de consciences nationales différenciées n’ayant rien d’artificiel ». L’auteur en conclut donc que « confrontés au même système de domination impérialiste, les peuples de la région n’ont pas besoin d’une perspective d’unification nationale dans le cadre d’un seul et même Etat pour constater que leurs luttes sont interdépendantes ». Malgré cette interdépendance, le caractère inégal et combiné de la domination impérialiste « exclut d’emblée, au stade actuel de la confrontation, tout type de stratégie globale et uniforme du genre de la guerre populaire prolongée ». Parallèlement, « les Palestiniens n’ont pas à attendre de changements préalables dans l’ensemble du monde arabe pour déterminer le contenu, les formes et les rythmes de leur combat ».

Cinquante ans après le mouvement de décolonisation, le GMO est aujourd’hui mûre pour une nouvelle tentative de libération !

Rafik Chekkat 

24 février 2011

Source : www.contretemps.eu

1 Sauf mention, toutes les citations sont extraites du livre de Hocine Belalloufi.

http://www.michelcollon.info:80/Grand-Moyen-Orient-Guerres-ou-Paix.html.

 



5 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information.

5-1 Claude Imbert au Liban : « Je suis un petit peu menteur ».
Alain Gresh

Tout le monde s’en souvient. Claude Imbert, fondateur de l’hebdomadaire Le Point, déclare sur LCI (24 octobre 2003) : « Je suis un petit peu islamophobe. »

Les propos n’avaient pas suscité, à l’époque, beaucoup de réactions, sauf celle de Daniel Schneidermann (« L’islamophobie d’un patriarche », Libération, 31 octobre 2003).

Imbert signe un éditorial dans Le Point du 3 février 2011, intitulé « Cassandre au Liban ».

Il commence ainsi :

« Dans ces révoltes ou révolutions arabes, au sort encore énigmatique, nous interrogeons aussi notre avenir. Mais un autre pays riverain délivre, ces jours-ci, son message sur le proche, trop Proche-Orient. Il faut l’écouter. Au Liban, la corde se resserre sur l’un des derniers vestiges chrétiens de la région. Victime écartelée entre l’Occident et l’aire musulmane arabo-persique, le Liban fait, ainsi, sur ses remparts de Tyr, entrer Cassandre. Elle ne prophétise rien de bon. »

De quoi parle-t-il ?

De la chute du gouvernement de Saad Hariri au Liban, qui a annoncé des « jours intranquilles ».

La crise tourne autour du Tribunal spécial pour le Liban (TSL), créé pour juger les assassins de Rafic Hariri, tué le 14 février 2005 (lire, dans Le Monde diplomatique de février, « Beyrouth dans les rets du Tribunal spécial »). Ce tribunal, selon de nombreuses fuites, devrait inculper des membres du Hezbollah ; ce parti dénonce une justice au service des Etats-Unis et d’Israël, et demande au futur gouvernement libanais de rompre ses relations avec le TSL. Il a obtenu, dans le respect de la Constitution, la chute du gouvernement Hariri et la nomination d’un nouveau premier ministre, M. Najib Mikati.

On peut, bien sûr, avoir différentes appréciations sur cette crise. On peut y voir, comme l’écrit Imbert, une manœuvre des chiites et de l’Iran :

« ... le Hezbollah chiite vient donc de mettre en souplesse la main sur le Liban. Et sans les affres d’une guerre civile qui a déjà fait, ici, 140 000 victimes [il n’évoque évidemment pas les milliers de personnes tuées lors des guerres israéliennes contre le Liban, notamment celle de 1982]. Voilà seulement trente ans, nul n’aurait parié sur un tel essor de la communauté chiite, qui était celle des démunis. Mais, aidé par l’argent iranien, le Hezbollah, parti de Dieu, a consolé les pauvres, mis de l’ordre, soigné et construit. Il s’est armé et surarmé. Il a harcelé Israël de ses roquettes, résisté à l’expédition punitive de l’Etat juif et est devenu héros de l’islam. Installé au pouvoir, le Hezbollah peut désormais emberlificoter le tribunal de tous les “Satan, juifs, Américains, Français”... La partie n’est pas terminée, mais Téhéran prend la main. »

Mais sa conclusion est :

« Pour le Liban chrétien et sunnite qui a vu échouer les médiations saoudienne, qatarienne et turque, la pilule est amère. Pour Israël, qui craint, dans la succession de Moubarak, quelque avenir islamique acharné à sa perte, la mainmise du Hezbollah ajoute à sa crispation d’assiégé. Washington dort mal depuis les rébellions de Tunis et du Caire. Mais les sunnites pétroliers voient déjà dans le chiisme “iranisé” du Hezbollah un cauchemar en marche. Cassandre, au Liban, raconte l’avenir... »

Le Liban chrétien ? Petit mensonge par omission de Claude Imbert : il « oublie » que le Hezbollah est allié au Courant patriotique libre (CPL) de Michel Aoun, qui représente la moitié des chrétiens. C’est que ce petit détail met à bas son raisonnement ; alors, il vaut mieux mentir « un petit peu ».


 

Alain Gresh

Source : Les blogs du Diplo

11 février 
http://blog.mondediplo.net/...



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