Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

12/03/2011

N°85 'Géopolitique et stratégie ' des Guerres de l'Otan. - 11-03 – Début - Il faut dire NON clairement et catégoriquement à toute intervention militaire.


N°85 'Géopolitique et stratégie ' des Guerres de l'Otan. -  11-03 – Début -  Il faut dire NON clairement et catégoriquement à toute intervention militaire.


Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'Otan et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



'Géopolitique et stratégie '

des

Guerres de l'Otan.

n° 85- 11-03

C.De Broeder & M.Lemaire

 



Vous retrouverez ce journal 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Robert Bibeau :   http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

c) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com  - http://no-war.over-blog.com/

d) Sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm 

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire.

Tiré à part :

Robert Bibeau : BHL, Bobos, ONG finances par la CIA sont unanimes, il faut remettre la Libye aux Etats-Unis.

Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

1-1 Comité Surveillance Otan : En attendant l'invasion de l'Armée Rouge...

1-2 Fabien Terpan  : Sommet de Lisbonne : l'OTAN possible rivale de l'UE sur le terrain de la gestion des crises ?

1-3 R.Marounek : Réunion du Comité militaire de l’OTAN après le sommet de Lisbonne.

Fin

2 Dossiers.

2-1 Maurizio Matteuzzi : L’OTAN « étudie » l’option militaire.

2-2 M. Saâdoune : Libye : L’OTAN a le doigt sur la gâchette.

2-3 Comité Surveillance Otan   : Il faut dire NON clairement et catégoriquement à toute intervention militaire de l’Otan.

2-4 Fidel Castro: La guerre inévitable de l’OTAN (II). 

3 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

3-1 Raouf : L’impérialisme étatsunien et l’UE, unis dans l’OTAN, déploient des moyens militaires et de propagande.

3-2 Seul le peuple Libyen a le droit en toute souveraineté de décider du sort de Khaddafi.

3-3 Fidel Castro : OTAN : La danse macabre du cynisme.

4 Sommet de Lisbonne.

4-1 Roland Marounek : Exit Strategy - le scénario en trompe-l'œil de l'Otan.

5 Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos

5-1 La libye selon Obama.  

5-2 Aled-Dilwyn Fisher : La Norvège, comme l’OTAN, dissimule les rapports sur les pertes civiles en Afghanistan.



Tiré à part :

Robert Bibeau : BHL, Bobos, ONG finances par la CIA sont unanimes, il faut remettre la Libye aux Etats-Unis.

Les exemples historiques ne leurs servent à rien à ces  "BOBOS", à l'exemple de BHL,  ils s'agitent en ce moment à côté des ONG financés par la CIA pour obtenir  rapidement que l'OTAN  massacre  la population de Tripoli  et occupe la Libye ce que  l'OTAN voudrait bien mais les partenaires européens de l'OTAN (France, Italie, Royaume-Uni) ne veulent pas donner le pétrole libyen aux américains, alors  les ONG, les "BOBOS",  BHL et Avaz,   réclament que vous preniez parti vous aussi et que vous signez une pétition en faveur de l'invasion américaine de la Libye afin de remettre ce pétrole libyen aux américains, l'Italie ne sait pas bien gérer sa néo-colonie et la  Libye  doit lui être retirée pour être donnée à plus futé que Berlusconi.

VOICI  comment à partir des reportages  "objectifs et exhaustifs"  de la revue française  LE POINT,  les "BOBOS = Bourgeois bohêmes ou petits bourgeois l'armoyants",  BHL  et une ONG financée  présentent le contexte de cette invasion souhaitée par l'OTAN organisme "humanitaire" dirigé par  le Pentagone autre organisme "humanitaire" (nouvelle vocation du Pentagone) :


CITATION :

"Que les avions de Kadhafi bombardent le peuple libyen, le Conseil de Sécurité des Nations Unies doit décider dans 48 heures si oui ou non une zone d'exclusion aérienne sera imposée pour maintenir la flotte gouvernementale au sol.
Ensemble, nous avons déjà envoyé 450 000 messages au Conseil de Sécurité de l'ONU et "submergé" la Présidence du Conseil, contribuant ainsi à l'obtention de sanctions ciblées et à un début de justice pour le peuple libyen.

Aujourd'hui, pour stopper le bain de sang, nous devons nous mobiliser massivement pour imposer une zone d'exclusion aérienne. Si Kadhafi ne domine plus l'espace aérien, il perdra aussitôt une arme décisive dans cette guerre où les civils paient le prix fort. Mais aussi longtemps que ses hélicoptères de combat et ses bombardiers seront en vol, le nombre de morts augmentera.

Il ne nous reste que 48 heures, allons jusqu'à un million de messages pour stopper les attaques meurtrières de Kadhafi avant qu'il ne soit trop tard:  (...)
L'opposition libyenne a appelé la communauté internationale à "tout faire pour protéger le peuple libyen qui subit des crimes contre l'humanité". Le Ministre anglais des Affaires Etrangères (Tien tien depuis quand est-il crédible celui-là ?)  souligne que "des rapports crédibles font état de l'usage d'hélicoptères de combat par les forces gouvernementales et contre les civils."

Le Chef de l'OTAN  (L'ami des peuples opprimés) a quant à lui indiqué que tout effort pour instaurer une zone d'exclusion aérienne nécessiterait d'abord une résolution de l'ONU. Dans de nombreuses crises similaires à celle-ci, certains pays de l'ONU ont opposé leur veto à des positions fortes -- mais dans le cas de la Libye, quelque chose de différent est en train de se passer. Les sanctions du Conseil de Sécurité sont une réalité. Les Ambassadeurs à l'ONU indiquent que les délégations se sont "largement ralliées" à l'idée d'un départ inéluctable de Kadhafi. Ce dont ils ont besoin à présent, c'est d'une nouvelle impulsion de la part des citoyens du monde entier.

Une résolution de l'ONU ne sera pas un remède miracle -- la mise en application d'une zone d'exclusion aérienne serait dangereuse et complexe. Mais le simple fait de sentir la menace réelle d'une telle décision pourrait montrer à Kadhafi qu'il doit partir. Nos gouvernements doivent comprendre que nous soutenons le peuple libyen et que nous n'accepterons aucun délai supplémentaire. Envoyez-leur un message et faites suivre cet email à vos proches et vos amis:
(...) 
Les mouvements démocratiques non violents dans le monde arabe ont fasciné les peuples du monde entier. Cependant, Kadhafi a décidé de prendre le chemin le plus sombre, celui de la répression violente visant à anéantir un soulèvement courageux et pacifique. Deux avenirs semblent se dessiner pour la Libye aujourd'hui: celui de la violence maintenue par un dictateur à l'encontre de son peuple, et celui de l'action internationale déterminée visant à soutenir les aspirations du peuple libyen (et de l'occupation par l'OTAN et le Pentagone). 
En ces jours cruciaux, nous devons prendre conscience que nos actions, en tant que citoyens du monde entier, auront un impact sur le destin de nos frères et nos soeurs en Libye. Et c'est donc le moment d'agir en solidarité -- avec ceux qui sont tombés et ceux qui se battent pour survivre.
Avec espoir,

Ben, Luis, Graziela, Benjamin, Ricken, Stephanie, Rewan et toute l'équipe d'Avaaz
SOURCES
Libye: violents bombardements, nouveaux soutiens à la zone d'exclusion aérienne:
http://www.avaaz.org/lepoint_libye
Les forces pro-Kadhafi pilonnent les rebelles sur le front oriental:
http://www.avaaz.org/nouvelobs_libye
 


Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication de l'article  ne signifie nullement que la rédaction est d'accord avec l'article mais doit être vu comme information.

1-1 Comité Surveillance Otan : En attendant l'invasion de l'Armée Rouge...

En 2007, l'historien Suisse Daniele Ganser a publié une étude fouillée sur les réseaux "Stay-Behind" de l'Otan, détaillant avec précision la situation particulière de chaque pays européen membre de l'Alliance, et les ramifications plus ou moins fortes et/ou établies selon les cas de ces structures occultes avec le terrorisme qui a secoué certains pays dans les années 70 et 80 – et selon les sources qui sont disponibles, les documents de l'Otan restant classifiés 20 ans après la fin théorique de la guerre froide.

Ce livre est remarquable, non seulement par l'éclairage apporté sur le passé, mais surtout pour ce qu'il révèle de la raison d'être réelle de l'Otan, ainsi que pour ce qu'il permet de suggérer sur la "guerre au terrorisme", nouvelle priorité affichée de l'Otan. 

C'est en 1990 que l'existence des armées secrètes anti-communistes de l'Otan fut révélée au grand jour par le premier ministre Andreotti en personne, lequel précisait que des structures identiques existaient dans chaque pays européen de l'Alliance : comme l'explique D. Genser, la mise sur pied d'une « autorité de Sécurité nationale chargée d’encadrer la lutte contre le communisme par des groupes clandestins de citoyens » faisait partie dès sa création, des clauses secrètes de l'Otan (Directive OTAN/SACEUR sur la guerre non-conventionnelle).  

La commission parlementaire d'enquête mettait en lumière l'implication de Gladio, la variante italienne, dans les attentats terroristes en Italie dans les années 70-80, culminant avec l'attentat de la gare de Bologne, le 2 août 1980 – 85 morts et 200 blessés.

La constitution d''une armée secrète se justifiait et se justifie toujours officiellement par la nécessité d'être prêt à la résistance et au sabotage le jour où surviendrait l'invasion de l'Europe par l'URSS, ce dont comme disait Spaak, le Monde Libre avait si peur. C'est ainsi que Antoine de Donnea pouvait déclarer sans complexe lorsque l'existence de l'armée secrète Stay-Behind en Belgique ne put plus être cachée : « Il était parfaitement justifié… de préparer des réseaux de résistance susceptibles d'être activés dans le cas d'une occupation de notre territoire par les Armées du Pacte de Varsovie. Nous sommes redevables à tous ceux qui ont œuvré dans ces réseaux ». Le dit Pacte de Varsovie a été créé 6 ans après l'Otan, soit dit en passant, et il y a de lourdes présomptions que ceux qui ont œuvré dans ces réseaux soient, toujours en passant, derrière les tueries du Brabant : voir à ce sujet, le chapitre consacré à la Belgique. 

Mais dans la réalité, les choses étaient en fait juste inversées : les Etats-Unis n'avaient subi aucune destruction sur leur territoire et sortaient de la guerre particulièrement renforcés; l'URSS était un pays dévasté, bien plus qu'aucun autre de l'Europe à l'Ouest de l'Allemagne, un pays qui avait tout à reconstruire. Sa plus grande préoccupation était de se protéger d'une nouvelle tentative de destruction. Il était parfaitement légitime dans cette perspective, qu'elle ait tout fait pour s'assurer que sa frontière occidentale soit désormais constituée de pays amis, et non plus de pays prêts à s'associer à une nouvelle agression, comme cela avait été le cas par deux fois en moins de 30 ans. Les USA, en lançant 'pour l'exemple' deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, mais aussi par la destruction gratuite de Dresde, avaient démontré à l'URSS leur puissance et leur détermination. Lancer dans ces conditions une invasion eut été à l'évidence suicidaire.  

Et il est impossible que les chefs militaires de l'Alliance n'en aient pas été tout à fait conscients. Ils avaient en fait une connaissance précise de l'état des forces, que l'URSS a toujours tenté de maintenir suffisant pour empêcher une agression, jusqu'à l'épuisement. Affirmer avoir peur d'une invasion soviétique ne pouvait être qu'une mise en scène destinée à l'opinion publique occidentale. 

Pourquoi dans ce cas ces armées "stay-behind" ? La réponse est donnée à de multiples reprises par les responsables et exécutants mêmes de ces réseaux, cités dans le livre : l'armée secrète devait s'activer "également" en cas de prise du pouvoir par les communistes.  

Au moment d’intégrer l’OTAN en 1949, l’Italie signa, outre le Pacte Atlantique, une série de protocoles secrets prévoyant la création d’une organisation non officielle « chargée de garantir l’alignement de la politique intérieure italienne sur celle du bloc de l’Ouest par tous les moyens nécessaires, même si la population devait manifester une inclination divergente »  

Nous touchons ici me semble-t-il au point central : Le mouvement communiste avait avec la guerre et la lutte contre le fascisme, acquis un prestige et une légitimité sans précédent, et la possibilité était très concrète que certains pays choisissent la voie socialiste – ou sombrent dans le communisme selon l'option que l'on adopte. Ceci était autrement plus réaliste qu'une invasion par l'Armée Rouge. L'armée secrète de l'Otan, avec son réseau de saboteurs et de terroristes, devait alors être prête pour que cette éventualité soit la plus désastreuse possible. Des caches d'armes de guerres étaient aménagées un peu partout, des systèmes de communication de pointe gracieusement offerts par les USA... Tout était en place pour saboter effectivement le pays qui aurait tenté de suivre, démocratiquement, la voie socialiste.  

La possibilité d'une arrivée au pouvoir des communistes par les urnes était particulièrement forte dans l'Italie d'après guerre, et c'est également dans ce pays que le réseau stay-behind Gladio a été le plus dramatiquement actif, et certainement efficace. L'Otan et son armée secrète ont délibérément utilisé la "stratégie de la tension" au moyen d'attentats terroristes frappant aveuglément la population, attentats dont étaient ensuite accusés les communistes.  

Il est intéressant d'entendre aujourd'hui l'Otan affirmer devoir protéger le Monde Libre du terrorisme, et se trouver malheureusement contrainte de pouvoir s'étendre n'importe où dans le monde pour assurer cette protection légitime. Ce devoir de protection l'a amenée à s'associer activement à l'invasion destructrice de l'Irak et au soutien sans réserve au gouvernement fantoche mis en place par les USA, à l'occupation et au bombardement de l'Afghanistan, demain sans doute sera-t-elle obligée pour nous défendre, de détruire l'Iran…. « La tâche principale de l'OTAN est la défense du territoire des pays alliés, mais nous devons réaliser que dans le monde actuel, la défense de nos propres frontières commence bien souvent très loin », Anders Fogh Rasmussen. Des attentats singuliers, qui semblent insensés, ciblant la population et non les armées d'occupation, ensanglantent le Pakistan et l'Afghanistan, attentats dont la responsabilité est automatiquement attribuée aux si abominables Taliban, souvent malgré les dénégations de ceux-ci. Il est particulièrement difficile de distinguer ce qui se passe réellement. Cependant, au vu de l'histoire très récente de l'Otan, une prudence élémentaire est indispensable, et on ne peut éluder la question de qui est, en définitive, le véritable bénéficiaire de cette terreur.

http://www.csotan.org/ao/article.php?ao_id=36&art_id=479&Mois=d%E9cembre&Year=2009


1-2 Fabien Terpan  : Sommet de Lisbonne : l'OTAN possible rivale de l'UE sur le terrain de la gestion des crises ?

Chaque mois, nonfiction.fr publie l’opinion d’un expert sur une question européenne ou de relations internationales. Cet article de Fabien Terpan, maître de conférences à Sciences-Po Grenoble, inaugure cette rubrique. 

Lors du sommet qui s’est tenu à Lisbonne les 19 et 20 novembre 2010, les vingt-huit chefs d’Etat et de gouvernement de l’OTAN ont adopté un concept stratégique[1] censé guider leur action pour les dix années à venir. Cet ajustement aux nouvelles conditions de la sécurité internationale paraissait nécessaire, le précédent concept datant d’avril 1999. Plusieurs données nouvelles devaient être prises en compte, telles que l’impact du 11 septembre, les guerres en Afghanistan et en Irak, le lancement d’une politique européenne de sécurité et de défense, l’élection de Barack Obama. Il s’agissait aussi et surtout de rappeler que l’OTAN reste une organisation utile, voire indispensable, en dépit des difficultés qu’elle éprouve sur le terrain afghan. D’ailleurs, le fait que l’adoption du nouveau concept soit couplée à l’annonce d’une stratégie de sortie en Afghanistan montre bien la volonté de redorer le blason d’une organisation quelque peu affaiblie. 

Le document réaffirme la mission centrale de l‘OTAN- assurer la défense collective des membres de l’Alliance sur la base de l’article V du traité de l’Atlantique nord- tout en rappelant son apport à la gestion des crises et à la sécurité coopérative. Mais il insiste aussi sur deux éléments plus nouveaux, susceptibles d’entraîner d’importantes conséquences : le bouclier anti-missile, auquel la Russie est invitée à se joindre ; la nécessité d’une approche globale- politique, civile, militaire- de la gestion des crises. 

Les Etats-Unis ont réussi à inscrire la défense anti-missile dans le cadre de l’OTAN, en liant ce projet à la construction d’un partenariat fort avec la Russie. Le bouclier est présenté comme susceptible d’accroître la sécurité internationale, dans l’attente d’un monde dénucléarisé (la fameuse "option zéro" défendue par Barack Obama). En proposant aux Russes de participer, le président Obama a démontré que le système anti-missile n’était pas dirigé contre Moscou. De manière générale, l’apaisement des relations avec la Russie peut être considéré comme l’un des principaux apports de la nouvelle administration américaine dans le domaine extérieur. Si le bouclier soulève encore des interrogations quant à sa fiabilité et son impact sur la dissuasion, il est, incontestablement, un domaine de coopération riche de potentialités pour l’OTAN.

En orientant l’Alliance vers une approche globale de la sécurité, le nouveau concept contient les germes d’une possible concurrence avec l’Union européenne et sa politique étrangère et de sécurité commune [2]. Les guerres d’Irak et d’Afghanistan ont mis à jour les dangers d’une vision trop étroitement militaire de la gestion des crises.  Il n’est donc pas étonnant que le concept vise la mise en oeuvre d’une approche à la fois politique, civile et militaire, qui s’étendrait de la prévention des crises à la stabilisation post-conflit. Dans le même ordre d’idées, la coopération avec les Etats tiers, notamment sous la forme de dialogues politiques, est présentée dans le document comme un domaine important pour l’OTAN, bien qu’on se situe là sur le terrain de la diplomatie et non du militaire. Enfin, la prise en compte de défis majeurs tels que le changement climatique, la raréfaction de l’eau ou les besoins énergétiques, incite l’OTAN à développer des réponses qui se situent sur l’ensemble du spectre de la politique étrangère. D’où la création, annoncée à Lisbonne, d’une capacité, modeste mais adéquate, de gestion civile des crises. Or, si l’Union européenne peine à se doter d’une dimension défense, elle a depuis longtemps obtenu des résultats en matière commerciale, humanitaire, ou dans le domaine de la coopération extérieure.  S’agissant de la gestion des crises, elle s’est spécialisée, depuis 2003, dans les opérations civiles- ou civilo-militaires- de soutien à l’état de droit ou à la reconstruction. Dès lors, on comprend que le nouveau concept atlantique pose la question de la concurrence avec l’UE.

Il y a deux façons d’interpréter la situation actuelle. On peut tout d’abord considérer que l’OTAN ne deviendra jamais un acteur majeur de la politique étrangère, et restera essentiellement une organisation militaire chargée de la défense territoriale et du maintien de la paix. La politique étrangère est l’apanage des Etats-Unis, des Etats membres de l’Union européenne, voire de l’UE elle-même. L’OTAN n’est pas équipée pour développer une politique étrangère globale[3]: elle peut apporter une contribution importante mais pas assurer un leadership dans ce domaine. Et si elle intègre à ses préoccupations la gestion civile des crises, elle ne mènera jamais une politique commerciale, une politique de développement ou même sa propre action humanitaire. La relance, lors du sommet de Lisbonne, du partenariat stratégique entre l’UE et l’OTAN confirmerait alors l’idée selon laquelle l’Union est particulièrement bien placée pour mettre en oeuvre l’approche globale de l’OTAN. 

La seconde interprétation prend au sérieux le risque de concurrence entre la capacité de gestion civile des crises au sein de l’OTAN et la capacité d’ores et déjà existante au sein de l’UE. La Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) de l’Union risque fort de pâtir des nouvelles ambitions de l’OTAN, tandis que cette dernière pourrait dans le même temps se détourner de ses tâches centrales (de nature militaire). Si les Etats membres de l’Union européenne acceptent, voire favorisent, la dérive civile de l’OTAN, c’est qu’ils envisagent la possibilité d’une victoire définitive du projet atlantique sur le projet d’Europe puissance.

Pour l’heure, il semble que la première interprétation soit plus proche de la réalité. Le commerce, le développement, l’humanitaire donnent à l’Union européenne les atouts d’un acteur global : l’OTAN en est encore loin. Cependant, on ne saurait écarter l’hypothèse d’une Alliance marginalisant l’Union européenne sur le terrain de la gestion des crises. Si cette option devait se réaliser, ce serait cependant en totale contradiction avec les objectifs fixés par le nouveau concept de l’OTAN : une défense européenne plus forte et plus performante, le renforcement de la capacité de l'UE à faire face aux défis de sécurité communs, le renforcement du partenariat stratégique entre l’OTAN et l’UE, la complémentarité des deux organisations, ou encore le respect de l'autonomie et de l'intégrité institutionnelle des deux organisations.

Fabien Terpan
Mardi 15 février 2011

Si vous souhaitez réagir à cette tribune, ou publier une opinion dans la rubrique Europe/ Relation Internationales de Nonfiction.fr, vous pouvez écrire à Estelle Poidevin à monde@nonfiction.fr .

Olivier MONTULET

« Au lieu de répéter jusqu'à l'ivresse en Occident que les forces d'opposition dans le monde arabe sont dangereuses, parce qu'exclusivement islamistes et radicales, et que, implicitement, il serait donc justifié que l'on limitât l'accès des Arabes et des musulmans à la démocratie, il serait bon d'accompagner les peuples vers leur liberté »

Tariq Ramadan, Le Monde, 11 février 2011

[1]     "Engagement actif, défense moderne", Concept stratégique pour la défense et la sécurité des membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord adopté par les chefs d’État et de gouvernement à Lisbonne, 19 novembre 2010.

[2]     Fabien Terpan, La politique étrangère et de sécurité commune de l’Union européenne, La documentation française, 2010.

[3]     Sven Biscop, "From Lisbon to Lisbon : Squaring the Circle of EU and NATO Future Roles", Security Policy Brief, Egmont, Royal Institute of International Affairs, vol.16, janvier 2011.

Fabien Terpan
15 février 2011


1-3 R.Marounek : Réunion du Comité militaire de l’OTAN après le sommet de Lisbonne.

Deux jours de réunions des chefs d’état-major de la défense (CEMD) et des représentants militaires (RM) de soixante-six pays membres et partenaires de l’OTAN viennent de s’achever au siège de l’OTAN.

Sous la présidence de l’amiral Giampaolo Di Paola, Président du Comité militaire, ces réunions de haut niveau, qui constituent la 164e conférence du Comité militaire en session des CEMD (CM/CEM), sont également le premier grand rassemblement officiel des autorités militaires de l’OTAN depuis le sommet de l’OTAN tenu à Lisbonne en novembre 2010.

Y ont également participé les deux commandants stratégiques de l’OTAN, l’amiral James Stavridis (commandant suprême des forces alliées en Europe – SACEUR) et le général Stéphane Abrial (commandant suprême allié Transformation – SACT), ainsi que le président du Comité militaire de l’Union européenne, le général Hakan Syren.

Au cours de la réunion consacrée à l’Afghanistan, le haut représentant civil, l’ambassadeur Mark Sedwill, et le commandant de la FIAS, le général David Petraeus, ont dressé le bilan de l’année 2010, notamment au sujet du processus de transition. Ils ont convenu que le moment était venu de prendre appui sur les acquis et de les consolider pour que les progrès réalisés deviennent irréversibles. En ce sens, ils ont décidé qu’il était nécessaire en priorité de prendre d’urgence des mesures supplémentaires afin de disposer des formateurs indispensables pour appuyer la montée en puissance des forces de sécurité nationales afghanes. L’évaluation du Comité militaire constituera un avis essentiel pour le Conseil de l’Atlantique Nord, en vue des prochaines réunions des ministres de la défense de l’OTAN en mars 2011.

En ce qui concerne le Kosovo, les CEMD ont suivi les exposés présentés par le SACEUR, par le commandant de la KFOR, le général Erhard Buehler, et par le chef de la mission EULEX, M. Xavier Bout de Marnhac, qui estiment que la situation de sécurité globale est positive, compte tenu de l’évolution de la KFOR vers une présence dissuasive, de l’allègement du dispositif de protection de sites et de la capacité croissante des forces de sécurité du Kosovo (KSF). Les pays contributeurs ont réaffirmé leur engagement à remplir effectivement le mandat de la KFOR, en reconnaissant que la paix et la stabilité à long terme dans la région dépendront essentiellement de la bonne gouvernance et des progrès de la lutte contre la criminalité organisée.

Les opérations maritimes en cours de l’OTAN, Ocean Shield et Active Endeavour, ont également été examinées. Les CEMD ont analysé les options qui permettraient d’améliorer les résultats obtenus dans le cadre de ces missions, en les adaptant aux menaces actuelles et futures liées à la sécurité maritime et en tenant compte des ressources disponibles.

Deux réunions du CM/CEM étaient consacrées aux partenariats de l’OTAN. Les représentants militaires du Dialogue méditerranéen et ceux du Conseil de partenariat euro-atlantique ont convenu de poursuivre l’accomplissement de la tâche fondamentale relative à la sécurité coopérative, mentionnée dans le nouveau concept stratégique. Ils se sont montrés vivement intéressés par l’examen des options permettant d’approfondir la coopération militaire afin de mieux répondre aux défis de sécurité naissants tels que le terrorisme, la prolifération des armements, le trafic de drogue, les cyberattaques, la protection du secteur de l’énergie et la piraterie.

Au cours de la réunion consacrée à la coopération militaire entre l’OTAN et l’Ukraine, les CEMD ont examiné les développements actuels des réformes de défense et de la transformation en Ukraine, et présenté des recommandations fondées sur l’expérience acquise par leurs pays dans ces deux domaines. La grande valeur de la participation continue de l’Ukraine aux opérations de l’OTAN a de nouveau été saluée.

Plusieurs aspects clés de la transformation de l’OTAN ont été abordés : la réforme de l’OTAN, le processus de planification de défense et le développement des capacités, et, en particulier, la mise en œuvre du nouveau concept stratégique. Sur ce dernier point, les CEMD ont examiné les contributions militaires relatives aux trois tâches fondamentales : la défense collective, la gestion de crise et la sécurité coopérative, qui seront cruciales pour l’élaboration de la directive politique qui régit la mise en œuvre du concept stratégique sur le plan militaire.

Au cours de la réunion du Conseil OTAN-Russie au niveau des représentants militaires (COR-RM), les 29 CEMD ont approuvé le plan de travail militaire élargi du COR pour 2011. Ce plan de travail, d’une portée considérable, est le plus ambitieux qui ait jamais été présenté, et le premier résultat concret de la poursuite de la coopération militaire entre l’OTAN et la Russie depuis le sommet de Lisbonne. Les échanges entre instituts de formation militaire sont particulièrement fructueux et permettront aux militaires de l’OTAN et de la Russie de partager leurs points de vue sur les questions de sécurité stratégique d’intérêt commun afin d’élargir leur coopération.

Par ailleurs, le COR a approuvé le «Glossaire général de la coopération OTAN-Russie ». Ce document contient plus de 6000 termes et couvre des domaines clés de la coopération politique et militaire entre l’OTAN et la Russie. Le général d’Armée Nikolaï Makarov et l’amiral Giampaolo Di Paola assumeront conjointement la responsabilité générale de l’édition du glossaire du COR.

La coopération militaire est un aspect important de la poursuite du développement des relations entre l’OTAN et la Russie. Le plan de travail 2011 s’inscrit dans le cadre de coopération entre militaires OTAN-Russie du COR-RM, qui prévoit quatre domaines de coopération déjà agréés : la logistique, la lutte contre le terrorisme, la recherche et le sauvetage en mer et la lutte contre la piraterie.

Les résultats des débats qui ont eu lieu au cours des différentes réunions du Comité militaire ouvriront la voie à la mise en place de la « nouvelle OTAN », qui a été définie comme une priorité importante au sommet de Lisbonne.

R.Marounek 


Les commentaires sont fermés.