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19/03/2011

n°574 - Dossier de Palestine - 16-03 -: Suite - Les révolutions arabes contre Israël et les Etats-Unis


n°574  - Dossier de Palestine - 16-03   -: Suite -    Les révolutions arabes contre Israël et les Etats-Unis



L'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources



Dossier de Palestine

n°574                                                     16-03

C.De Broeder & M.Lemaire

 



Vous retrouverez ce journal 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

c) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

d) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens...

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



 

Sommaire

2 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

2-1 Les citoyens d’une ville des Etats Unis refusent que leurs policiers aillent suivre un stage à Tel Aviv…

2-2 USA: une association réclame le droit d’afficher des pubs anti-israéliennes.  

2-3 Brian P. Nanos : Un séjour en Israël se transforme en problème posé en conseil municipal.

3 Analyse - Géopolitique et stratégie – Réflexion.

3-1 New Orient News : Les révolutions arabes contre Israël et les Etats-Unis

3-2 Julien Salingue : Un colonialisme de peuplement. 


2 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information 

2-1 Les citoyens d’une ville des Etats Unis refusent que leurs policiers aillent suivre un stage à Tel Aviv…

 Il y a dans le monde deux villes connues qui portent le nom de Cambridge. L’une se trouve en Angleterre et l’autre aux Etats Unis. Outre leur nom, ces villes ont en commun d’abriter de prestigieux établissements universitaires.
C’est la Cambridge des Etats Unis qui m’intéressera ici. Non, pas pour son université car je ne crois pas reprendre des études avant longtemps, mais pour son conseil municipal qui a vu défiler un certain nombre de citoyens venus protester contre la participation de membres des forces de sécurité de la ville à des voyages de formation dans l’entité sioniste.
Ces voyages sont organisés par l’Anti Defamation League dont la vocation initiale est la lutte contre l’antisémitisme (et parfois le racisme tout court) mais qui semble aussi s’intéresser au champ de l’anti terrorisme et de la formation des policiers dans ce domaine.
Curieux, non?
Ce sont 34 citoyens en tout qui se sont présentés à la séance du conseil municipal, un chiffre modeste mais que le journal dont est tiré l’article semble trouver considérable. A aucun moment il n’est fait mention du rôle d’une quelconque association antisioniste, pro boycott ou autre dans la mobilisation de ces habitants dont certains connaissent manifestement de très près l’entité sioniste.

Quoi qu’il en soit, il n’y a aucun doute que ces citoyens venus protester sont des plaideurs remarquables et nous démontrent que oui, il existe une Amérique juste et solidaire, que oui, des Américains parviennent à échapper aux entreprises de décervelage du lobby sioniste et des mass media. Et que peut-être cette Amérique peut grandir et apporter au monde autre chose que le « choc et l’effroi » ou la spéculation.

Notons quand même qu’aux Etats Unis, cette information n’est pas allée plus loin que la presse locale (imaginez si ça avait été un défilé pour protester contre un stage, je sais pas moi,

en Egypte?

au Yémen?

à Bahrein?

en Arabie Saoudite?)

Mercredi 9 Mars 2011


2-2 USA: une association réclame le droit d’afficher des pubs anti-israéliennes.  

Une association de Seattle (Etat de Washington, ouest des Etats-Unis), qui s'est vu refuser par les autorités le droit d'afficher sur les bus de la ville des panneaux dénonçant les crimes de guerre d' « Israël » à Gaza, a annoncé lundi son intention de porter plainte.  
La Campagne de sensibilisation au Moyen-Orient à Seattle (SMAC) entend protester contre la décision d'un juge ayant refusé d'obliger les autorités du comté de King, dont dépendent les transports, à afficher sur les bus des panneaux payés par SMAC où l'on peut lire: "CRIMES DE GUERRE D'ISRAEL: voilà où vont vos impôts". 
Le SMAC avait payé 1.800 dollars en décembre pour faire installer ces publicités sur 12 bus, pour "protester contre la promesse des Etats-Unis de verser 30 milliards de dollars d'aide militaire à « Israël » sur la prochaine décennie".
L'association voulait faire coïncider le lancement de sa campagne publicitaire avec l'anniversaire du début de la guerre israélienne de 22 jours contre « Israël », le 27 décembre 2008.
Cette guerre avait couté la vie à plus de 1.400 palestiniens, dont des femmes et des enfants.  
Les panneaux avaient provoqué une polémique à Seattle, même s'ils n'avaient finalement pas été installés, sur ordre des responsables du comté.  
La puissante Association américaine des libertés civiles (ACLU), estimant que le droit à la liberté d'expression avait été bafoué, avait déposé une plainte en référé devant un tribunal fédéral.

Mais le 18 février, un juge a refusé de leur donner satisfaction. 
Kathleen Taylor, qui représente l'ACLU dans l'Etat de Washington, a affirmé pour sa part: "Il est bien triste que le comté baptisé King en hommage à Martin Luther King Jr. ne puisse assurer le droit d'exprimer des idée controversées".
Le SMAC a assuré qu'il ne renoncerait pas et qu'il déposerait une nouvelle plainte.
Wendy Dore, porte-parole de la Fédération juive de la région de Seattle, a assuré que son organisation était satisfaite de la dernière décision de justice. "La question n'est pas tant celle de la liberté d'expression que de savoir si ces publicités constituent une menace potentielle", prétend-elle.

08/03/2011

http://www.almanar.com.lb


2-3 Brian P. Nanos : Un séjour en Israël se transforme en problème posé en conseil municipal.

Ce lundi, de nombreux habitants de Cambridge ont critiqué le voyage de l’an dernier en Israël sponsorisé par l’Anti Defamation League pour que des agents des forces de l’ordre étudient des stratégies contre le terrorisme.
A la fin de l’an dernier, une délégation de 16 cadres des services de sécurité de villes du nord est des Etats Unis – dont le chef de la caserne des pompiers de Cambridge, Gerard E. Mahoney, et le le surintendant adjoint de la police de Cambridge, Paul Ales – s’étaient rendus en Israël pour observer les stratégies et tactiques de ce pays en matière de lutte anti terroriste.
Sur les 34 citoyens qui sont venus s’exprimer à la réunion du conseil municipal de Cambridge, 25 ont fait part de leur désapprobation de la participation à ce voyage d’agents des forces de sécurité.
A l’ordre du jour de la réunion du conseil municipal ce lundi, la conseillère Marjorie Decker avait joint une instruction observant que le commissaire de police Robert Haas avait décrit un voyage semblable en 2009 comme « pas particulièrement utile. » L’instruction demandait à Bob Healy, directeur de l’administration de la ville, d’enquêter sur raison d’être et sur le contenu des deux voyages.
Decker a critiqué Healy pour ne pas avoir parlé du voyage aux élus de la ville.
« Le fait est que nous avions eu une audience à ce sujet il y a deux ans, » déclare Decker. « Le directeur sait parfaitement que c’était un important motif de préoccupation pour certains d’entre nous au conseil. »
Le conseiller Tim Tooney at utilisé son droit statutaire pour différer une décision sur la motion. Selon un argumentaire détaillé distribué par un prote parole de l’Anti Defamation League, cette organisation a demandé à ses partisans d’appeler les conseillers municipaux pour demander un report du vote.
Avant la motion, néanmoins, des habitants de Cambridge – dont beaucoup ont gardé le souvenir de leurs propres voyages en Israël – ont attendu leur tout pour faire part de leur désapprobation des pratiques policières israélienne et de l’étude de ces pratiques par la police de Cambrifge.
Alan Meyers, un habitant de Cambridge, dit avoir été « profondément perturbé » par ce voyage.
« Ce que par euphémisme Israël appelle de l’antiterrorisme consiste pour l’essentiel à agresser une population civile désarmée et sans défense, » dit-il. « C’est une mécanique d’oppression qui convient dans un Etat policier, ce que notre ville n’est pas, selon moi. Du moins pas encore. »
Kathy Roberts a qualifié le voyage de « problématique ». Gerald Bergman a demandé aux conseillers de « sortir de leur torpeur et de mettre un terme à ce voyage. » Martin Felderman a affirmé que ce voyage donne une légitimité à des « pratiques auxquelles les citoyens de Cambridge se sont toujours opposés. »
Et David Stanley avait sa propre théorie sur la raison du voyage: « Tout ce que j’ai pu trouver c’est: est-il vrai que Cambridge envisage d’envahir et d’occuper, d’annexer et de vendre des parties de Somerville – peut-être le secteur entre Union Square et Davis Square? » a-t-il demandé au conseil municipal. « Parce que si nous devions faire ça, alors il serait parfaitement logique d’apprendre comment fonctionne la police israélienne. Si nous devions faire ça, nous devrions exproprier des gens, expulser des gens, nous devrions démolir leurs maisons. »
Sean martin, le porte parole de l’ADL, a fourni au Cambridge Chronicle une réponse écrite et  argumentée point par point à ces allégations. Le texte observe que le conseil municipal n’a pas contacté l’ADL pour obtenir des informations et qualifie l’organisation « d’une des plus grandes des organisations de notre nation dans la lutte contre la haine, pour la promotion de l’inclusion et le maintien de la sécurité dans nos villes ».
« Comme ses homologues Américains, la police israélienne doit tenir un juste milieu entre la prévention du terrorisme et du crime et le respect des droits et des valeurs d’une nation démocratique, » déclare l’ADL. 
 

Brian P. Nanos, Wicked Local Cambridge (USA)

3 mars 2011

Traduit de l’anglais par Djazaïri

 



3 Analyse - Géopolitique et stratégie – Réflexion.

Ndlr : PS : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information

3-1 New Orient News : Les révolutions arabes contre Israël et les Etats-Unis

Extrait

Israël et l’impasse des Etats-Unis

Les Etats-uniens et les Européens ont lancé ont intense campagne de relations publiques et un série de conférences sur la démocratie à l’adresse de l’opinion publique arabe dans le but d’améliorer leur image après les révolutions tunisienne et égyptienne qui ont renversé deux de leurs principaux amis, Zine al-Abidine Ben Ali et Hosni Moubarak, qui ont été pendant des décennies de fidèles serviteurs de Washington et d’Israël. Mais comble de l’ironie, dans le même temps, les Etats-Unis ont opposé leur véto au Conseil de sécurité à un projet de résolution condamnant la poursuite de la colonisation juive dans les territoires palestiniens. En parallèle à ce véto, le président Barack Obama lançait des menaces contre l’Autorité palestinienne si elle insistait à recourir au Conseil de sécurité pour obtenir une résolution dénonçant la colonisation ou réclamant la reconnaissance d’un Etat palestinien, en dépit des concessions illimitée présentées par l’Autorité palestinienne depuis les accords d’Oslo. Le fait que l’empereur de l’Amérique menace une Autorité faible, dont les Israéliens craignent l’évaporation après la chute de Hosni Moubarak, son principal soutien depuis des décennies, est regrettable. Barack Obama, président d’une grande puissance, montre ses muscles devant une Autorité qui craint d’être balayée par la colère populaire pour avoir, justement, appliqué à la lettre pendant des années les instructions des Etats-Unis et d’Israël, sous le parrainage du régime égyptien. Un régime dont les rescapés semblent incapables de s’opposer à la fibre révolutionnaire d’un peuple déterminé à empêcher toute tentative de réanimation de l’ancien système à travers un changement de visages. Par millions, les Egyptiens sont descendus dans la rue, vendredi 18 février, pour réaffirmer leurs revendications, et les principaux slogans scandés par la foule exigeaient la levée du blocus imposé à Gaza.

Tous ces développements montrent qu’Israël reste au cœur des stratégies états-uniennes et occidentales dans la région, Et à chaque fois qu’il est question de l’Etat hébreu, le double langage des Etats-Unis et de l’Europe apparaît au grand jour et il n’est plus question des discours tonitruants sur la démocratie et les droits de l’homme.

La peur pour Israël et la crainte pour le plan de judaïsation de Jérusalem et de la Cisjordanie d’une simple résolution au Conseil de sécurité, et l’utilisation d’une manière excessive des menaces, lèvent le voile sur la véritable politique des Etats-Unis et de l’Occident et font tomber tous les discours sur la prétendue légalité internationale.

Le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) est utilisé sous l’enseigne de ce slogan car il sert les intérêts d’Israël. Washington, qui tient les fils du TSL au Conseil de sécurité, bloque en revanche la mise en œuvre des résolutions 194, stipulant le retour des réfugiés palestiniens, 242 et 338, appelant au retrait israélien des territoires arabes occupés, ainsi que de nombreuses autres résolutions.

La rue arabe, qui s’est révoltée en Tunisie, en Egypte et dans de nombreux autres pays, adhère pleinement à la culture du refus de l’occupation israélienne de terres arabes depuis 60 ans. Elle adhère encore plus à la culture du soutien à la cause palestinienne. Tant que les Etats-Unis et l’Occident considèreront qu’Israël est la prunelle de leurs yeux qu’il faut protéger à tous prix, et que les pays arabes doivent se plier à cette volonté, toute révolte qui éclatera dans le monde arabe prendra pour cible l’influence politique occidentale. Et les peuples arabes exprimeront un fort soutien aux mouvements de résistance qui ont réussi à proposer un modèle convaincant, alors que des décennies de négociations n’ont rien apporté aux Palestiniens.

Les peuples arabes ont fait preuve d’un grand éveil et ne se laisseront pas amadouer par quelques déclarations de soutien au vent de démocratie qui souffle dans la région. Ils savent que les dictatures qui les ont opprimées pendant des générations étaient soutenues, nourries, armées et chouchoutées par l’Occident et étaient les gardiennes des intérêts d’Israël. Les peuples n’ont pas la mémoire courte et n’oublient rien ! Leur attachement à la cause de la Palestine n’en sera que plus fort.

 


3-2 Julien Salingue  : Un colonialisme de peuplement.

Past is Present : Settler Colonialism in Palestine (Londres, 5-6 mars 2011) « Le conflit israélo-palestinien est souvent décrit comme unique et exceptionnel, ne ressemblant que très peu aux autres conflits coloniaux, passés et présents. Pourtant, pour le sionisme, comme pour d’autres projets de colonialisme de peuplement comme la colonisation britannique de l’Irlande ou la colonisation européenne de l’Amérique du Nord, de l’Afrique du Sud ou de l’Australie, l’impératif est de contrôler la terre et ses ressources - et de déplacer les habitants autochtones. (...) La Conférence Past is Present : Settler Colonialism in Palestine, entend mettre en avant le colonialisme de peuplement comme paradigme central à partir duquel comprendre la Palestine ».

Ainsi était présentée la septième conférence annuelle [5 et 6 mars 2011] de la School of Oriental and African Studies (SOAS) Palestine Society, association étudiante britannique dont l’activité principale est l’organisation d’événements, politiques et universitaires, en lien avec la question palestinienne. Durant deux jours, une trentaine d’universitaires, britanniques, états-uniens, australiens, palestiniens, israéliens... ont animé diverses tables rondes : « Empire, colonialisme de peuplement et sionisme », « Une économie politique du colonialisme de peuplement », « Les répercussions du colonialisme de peuplement sur la vie indigène », etc. La SOAS Palestine Society a enregistré plus de 300 inscriptions payantes : un public composé d’étudiants, d’universitaires et de militants du mouvement de solidarité.

Les intervenants (Ilan Pappe, Gilbert Achcar, Omar Bargouthi, Naseer Aruri, As’ad Ghanem, Gabriel Piterberg...) ont proposé des exposés sur des thèmes aussi variés que complémentaires : « La carte du sionisme : l’Empire britannique et le Moyen-Orient », « Le marché du travail palestinien et la politique sioniste de colonialisme de peuplement », « Nettoyage ethnique dans le Naqab : les destructions du village bédouin d’al-Araqib »... Exposés historiques, sociologiques, économiques, voire philosophiques qui, des études de cas concrets à des considérations plus théoriques et conceptuelles, ont largement démontré la pertinence et l’utilité du paradigme du « Colonialisme de peuplement » dans l’analyse du conflit opposant Israël aux Palestiniens.

« Le colonialisme de peuplement a deux caractéristiques principales. Premièrement, il est gouverné par une logique d’élimination. Les colons viennent pour rester. Leur mission première n’est pas d’exploiter les autochtones mais de les remplacer. Deuxièmement, l’invasion n’est pas événementielle, mais structurelle. Au-delà de la violence fondatrice de l’expropriation territoriale, les autochtones qui ont survécu sont soumis à une variété de stratégies au moyen desquelles la société coloniale cherche à les éliminer », selon les termes de Patrick Wolfe, chercheur en Histoire à l’Université La Trobe (Australie). D’après lui, le paradigme du colonialisme de peuplement, habituellement utilisé pour les Etats-Unis et l’Australie, peut également s’appliquer à Israël. Pour Wolfe, le sionisme n’est pas seulement « un autre racisme » ou « une autre forme de colonialisme » : « le sionisme porte en lui l’élimination des autochtones ».

Une logique d’élimination que l’on a retrouvée dans nombre des interventions de la Conférence : politiques de nettoyage ethnique dans le Néguev (intervention de Mansour Nsasra) ; confiscation, lors de la Nakba, du patrimoine culturel des Palestiniens de Jérusalem-Ouest (Gish Amit) ; stratégie d’inclusion de terres /exclusion des Palestiniens (Gilbert Achcar)... Une logique qui porte néanmoins son lot de contradictions : le statut des Palestiniens d’Israël, victimes de discriminations mais alibi démocratique (As’ad Ghanem), ou les aléas de l’exploitation économique des Palestiniens, révélatrice des désaccords entre projet sioniste et besoins du capital israélien (Shir Ever).

Changer de cadre conceptuel

Il est bien évidemment impossible de résumer ici l’ensemble des communications, qui seront bientôt en ligne sur le site de la SOAS Palestine Society, tant elles étaient riches et variées. Les intervenants se sont retrouvés sur plusieurs points : la pertinence du cadre conceptuel du colonialisme de peuplement souligne la faiblesse, voire l’inopérabilité, des paradigmes dominants dans la recherche universitaire sur la question palestinienne.

Ainsi en va-t-il de l’approche en terme de « conflit de légitimité », qui entend appréhender le « conflit » opposant Israël au Palestinien comme une lutte entre deux nationalismes représentant les aspirations de deux peuples. Peut-on en effet tracer un trait d’égalité entre, d’un côté, le nationalisme d’une société coloniale et d’un Etat conquérant et, de l’autre, le nationalisme d’un peuple opprimé et dépossédé ? De même, l’approche en termes de « peacebuilding », qui s’est largement développée durant les années 90, dans la foulée de la signature des Accords d’Oslo, a montré ses limites : le « processus de paix » ne s’est avéré être, à l’épreuve des faits, que la poursuite de l’occupation et de la colonisation par d’autres moyens. Comment, dans de telles conditions, continuer à raisonner dans un cadre théorique qui se focalise sur la « résolution pacifique du conflit » sans reposer la question de la nature du conflit et de ses formes actuelles ?

Les questions posées ne concernent pas seulement le champ académique. Les approches que nous venons d’évoquer sont en effet à l’image des perceptions diplomatiques dominantes, qui conduisent nombre de pays à refuser de se confronter aux faits et à tenter de ranimer des « solutions politiques » qui ont pourtant largement démontré leur inanité. De la non-reconnaissance de la victoire du Hamas en janvier 2006 à l’aveuglement face à la fuite en avant d’Israël, tout indique que les chancelleries, notamment occidentales, largement influencés par les universitaires mainstream, tentent désespérément de soumettre la réalité aux concepts, et non l’inverse.

Nombre d’intervenants de la Conférence de Londres l’ont souligné : la réalité s’impose à nous, et il s’agit d’en tirer les conclusions, théoriques et pratiques. L’Autorité palestinienne (AP), qui s’est de fait substituée à l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), est intégrée structurellement au dispositif d’occupation et joue un rôle de « subcontractor », de « sous-traitant » de certaines des tâches anciennement dévolues aux autorités militaires israéliennes. Comme l’a très justement fait remarquer Mouin Rabbani, dans une intervention sur les forces de sécurité de l’AP, « l’ironie fondamentale de l’expérience palestinienne est que le mouvement national palestinien, qui avait réussi par le passé à empêcher l’émergence d’institutions servant d’intermédiaires à l’administration israélienne, a engendré, avec l’Autorité palestinienne, l’un des sous-traitants coloniaux les plus efficaces et les plus malléables de l’histoire ». Certains, dont Ilan Pappe, ont même suggéré de rebaptiser la « Palestinian National Authority » (PNA) en « Palestinian Zionist Authority » (PZA), avec une ironie toute relative.

Même si elle n’était pas au cœur de la Conférence, la question de « l’Etat palestinien aux côtés d’Israël » a été posée à de multiples reprises. Et de nouveau, les conférenciers ont été unanimes : il n’y aura pas d’Etat palestinien indépendant. Au-delà des raisons conjoncturelles (disparition des bases matérielles de « l’Etat indépendant » en raison de la digestion de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est par Israël, position des Etats-Unis et de l’Union Européenne, divisions au sein du mouvement national palestinien...), ce sont les raisons structurelles qui ont été mises en avant : le sionisme, colonialisme de peuplement, porte en lui la négation des droits des Palestiniens. Il est en ce sens illusoire d’imaginer la possibilité d’un « partage » ou d’un compromis acceptable entre les droits des Palestiniens et la survivance de l’Etat d’Israël tel qu’il s’est constitué au milieu du 20ème Siècle. La décolonisation de la Palestine implique une désionisation de l’Etat d’Israël : tant que ce dernier prétendra être « l’Etat des Juifs », il n’y aura pas de solution juste et donc durable. Etat unique ? Confédération avec la Jordanie ? Etat laïque et démocratique ? Etat binational ? Sur les solutions à long terme, les approchent divergent. Mais, chacun l’aura compris, les intervenants se sont accordés pour dire que la solution des deux Etats avait fait long feu, pour des raisons théoriques et pratiques.

Théorie et pratique

La table ronde qui concluait l’événement a donné lieu à une discussion essentielle, qui a traversé les deux jours de la Conférence. Quel lien entre le travail universitaire, la requalification théorique et conceptuelle de la question palestinienne, et l’action pour le changement ? Les intervenants n’ont en effet à aucun moment caché la dimension de facto militante de leur participation à la Conférence. Aucun d’entre eux n’a revendiqué une pseudo-neutralité qui, dans des situations où le déséquilibre dans les rapports de forces est aussi flagrant que dans le conflit opposant Israël aux Palestiniens, équivaut à un accompagnement, conscient ou non, des mécanismes de domination. L’engagement intellectuel n’est pas incompatible avec la rigueur scientifique, et même avec l’objectivité telle que Paul Ricoeur la définit dans Histoire et vérité : « L’objectivité ici doit être prise en son sens étymologique strict : est objectif ce que la pensée méthodique a élaboré, mis en ordre, compris et ce qu’elle peut ainsi faire comprendre ».

« Comprendre le monde pour le changer », c’est-à-dire offrir aux organisations et associations militantes des outils théoriques, des analyses rigoureuses, tout en reconnaissant l’apport de ces groupes au champ de la recherche universitaire : une relation dialectique, un enrichissement mutuel, fait d’échanges, de critiques et d’initiatives communes. Nombre d’intervenants l’ont souligné : les révolutions dans le monde arabe sont l’expression de bouleversements profonds, qui ne manqueront pas d’avoir des répercussions sur la question palestinienne. Des changements d’ampleur sont en cours, il est d’autant plus urgent d’être armé théoriquement pour pouvoir les comprendre et, dans le respect de l’indépendance de la décision des populations concernées, construire une solidarité utile et efficace avec les peuples en lutte.

Le peuple palestinien est de ceux-là. Il ne peut donc y avoir d’étanchéité entre le champ universitaire « spécialiste de la question palestinienne » et le champ militant « en solidarité avec les droits des Palestiniens ». Diverses propositions ont émergé, dont celle d’Ilan Pappe : rédiger, dans l’esprit de la Conférence, un dictionnaire, un lexique de la question palestinienne, destiné à être largement diffusé, mettant à contribution universitaires de diverses disciplines et activistes. Le cadre d’analyse du « colonialisme de peuplement » n’a pas vocation à être un simple moyen de décrire la situation, mais bel et bien un outil pour la transformer. Comme les organisateurs l’ont écrit :

« Cette conférence ne se contente pas de montrer qu’il est possible de comprendre la Palestine grâce à une analyse comparée des colonialismes de peuplement. Elle cherche également à briser les cadres [d’analyse] qui enserrent la Palestine, à réintégrer le mouvement palestinien au cœur d’une histoire universelle de la décolonisation, et à imaginer de nouvelles voies pour la résistance palestinienne, la solidarité et la lutte commune ».

A quand une initiative du même type en France ?

Plus d’informations sur le site de la SOAS Palestine Society : http://www.soaspalsoc.org/default.html 

9 mars http://www.juliensalingue.fr/articl...


 

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