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22/03/2011

n°5 - Dossiers Analyse, Géopolitique et stratégie de la Libye - 21-03 – Fin - La grande armée de la « guerre humanitaire ».


n°5 - Dossiers  Analyse, Géopolitique et stratégie de la Libye - 21-03 – Fin  - La grande armée de la « guerre humanitaire ».



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



Libye : Dossiers  Analyse, Géopolitique et stratégie

n°5 du 21- 03

C.De Broeder & M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Le " dossiers du libye" est  visible  sur mes blogs : 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) Sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

c) Sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

d) Sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm 

 

Si vous voulez-nous contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Sommaire :  

3  Dossier

3-1 Roland Marounek : La France viole la résolution des Nations Unies...

3-2 Felicity Arbuthnot : L’hypocrisie et la trahison de l’ONU : le cas de la Libye.

3-3 Thierry Meyssan : Guerre en Libye Washington regarde se lever « l’aube de l’odyssée » africaine.

3-4 Canaille-le-rouge : Le va -t-en guerre s'éclate, les bombes aussi…

4 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

4-1 Maurizio Matteuzzi : Pas qu’une zone d’exclusion aérienne : feu vert à la nouvelle guerre humanitaire.

5  Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

5-1 Gilles Munier : Libye : Southern Mistral : une guerre en préparation depuis novembre 2010 ?

5-2 Thierry Meyssan : Guerre en Libye : Washington regarde se lever « l’aube de l’odyssée » africaine.

5-3 Gilbert Léonard : Une opération stratégique contre-révolutionnaire montée contre les révolutions.

 



3  Dossier

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information.

3-1 Roland Marounek : La France viole la résolution des Nations Unies...

En admettant même que cette résolution obtenue par les pressions usuelles ait une quelconque légitimité au regard de la propre Charte des Nations-Unies, elle ne fait après tout qu'"exiger un cessez-le-feu immédiat et la cessation totale des violences et de toutes les attaques et exactions contre la population civile". Pas de bombarder à tout prix la Libye.

Le gouvernement libyen annonce un cessez-le-feu, et déclare le respecter, - mais déclare répondre aux attaques des troupes rebelles. Vrai, faux, peut-être... les menteurs ne sont pas toujours du côté que l'on désigne, on devrait au moins avoir cette mémoire élémentaire, et les forces rebelles ont un intérêt évident à ce que "la Communauté Internationale" (ici France, GB, USA) bombarde les forces gouvernementales. Donc les croire sur parole est pour le moins délicat.

La seule façon finalement de savoir quel côté viole le cessez-le-feu, c'est d'avoir des observateurs indépendants. Ben ça tombe bien, la Libye demande à l'ONU l'envoi de tels observateurs! Pour quelles mauvaises raisons les refuserait-on?

La France en déclarant fièrement avoir bombardé l'armée libyenne sans avoir la preuve que les forces gouvernementales n'ont pas respecté le cessez-le-feu, violent leur propre résolution douteuse.

Mais bien entendu tout le monde s'en fout.

Comme le fait que la résolution précédente imposant un embargo sur les armes à la Libye soit ouvertement violée par l'Égypte, ça n'a aucun intérêt

 March 19

Roland Marounek


3-2 Felicity Arbuthnot : L’hypocrisie et la trahison de l’ONU : le cas de la Libye.

(Dissident Voice)

 Le bombardement de la Libye va commencer le jour - ou à un jour près - du huitième anniversaire du début de la destruction de l’Irak, le 19 mars, en Europe. La Libye aussi va être détruite - ses écoles, son système éducatif, son eau, ses infrastructures, ses hôpitaux, ses buildings municipaux. il y aura de nombreuses "erreurs tragiques" et autres "dommages collatéraux" de mères, pères, enfants, bébés, grands-parents, écoles pour les sourds et muets, etc... etc... Et les merveilleuses ruines Romaines et des ruines encore plus anciennes qui sont révérées depuis si longtemps par tant de gens continueront à l’être à travers tous les remous de l’histoire pendant que l’Irak, son histoire et son humanité, pendant que l’Irak dis-je et l’Afghanistan auront disparus pour toujours. 

Les infrastructures vont être détruites. l’embargo restera en place ; et rendra la reconstruction impossible. L’Angleterre, la France et les USA décideront que le pays a besoin d’être "stabilisé", qu’il faut "l’aider à reconstruire". Ils arriveront et prendront la direction des installations et des champs de pétrole ; au début les Libyens seront un problème accessoire puis ils deviendront vite "l’ennemi" des "insurgés", on leur tirera dessus, ils seront emprisonnés, torturés, victimes de toutes sortes d’abus -et un "gouvernement" fantoche ami des USA sera mis en place. 

Les envahisseurs accorderont à leurs firmes des contrats pour la reconstruction, l’argent -qui sera sans doute prélevée sans compter sur les actifs gelés- disparaîtra et le pays restera largement en ruines.

Et ceux qui applaudissent de toute leurs forces, comme pour l’Irak, vont se mettre à courir d’un station de télévision ou de radio à une autre, à Londres, en Europe et aux USA, avant de retourner dans leurs maisons bien protégées et de retrouver la sécurité de leurs emplois bien payés en Europe, Grande Bretagne et USA, certains qu’aucune bombe ne risque de leur tomber sur la tête. Leurs enfants ne seront pas pris de tremblements incontrôlables et ne feront pas dans leurs culottes de terreur en entendant s’approcher les avions. 

Que dire de cet "effroi et stupeur" qui attend la Libye ? Honte sur la France, honte sur l’Angleterre, les USA et sur l’ONU qui prétend : ".... protéger les générations suivantes du fléau de la guerre". Les noms de ces pays et de l’ONU seront inscrits avec le sang de leurs victimes : chaque corps brisé, chaque enfant estropié ou réduit en bouillie, chaque veuve, veuf ou orphelin, sur chacune de leurs tombes.

Et on répétera aux peuples respectifs de ces agresseurs meurtriers, cyniques et avides, qu’on apportait la démocratie, qu’on libérait la Libye d’un tyran, d’un "nouvel Hitler", du "boucher de Bengazi".

Les pays qui se sont acoquinés ces jours derniers pour renverser un gouvernement souverain ont à nouveau commis sans doute le crime décrit par le tribunal de Nuremberg comme "..... le crime international suprême, qui diffère des autres crimes de guerre en ce qu’il comprend tous les maux qui s’ensuivent" en complotant pour renverser un gouvernement souverain, avec une apparence de légalité obtenue en tordant le bras de l’ONU. On connaît déjà tout ça.

Avec le temps nous apprendrons qui a intrigué, soudoyé, déstabilisé et sans doute que peu de gens seront surpris de ce qu’ils découvriront. Mais il sera trop tard, la Libye sera depuis longtemps détruite et sa population éperdue se sera enfuie ou aura été déplacée. 

Quand on a à faire aux "libérateurs" habituels, il faut faire attention à ce qu’on dit. Dans six mois à peu près, la plupart des Libyens, regretteront amèrement les 40 dernières années de pouvoir quelles que furent ses imperfections.

 Felicity Arbuthnot

Felicity Arbuthnot est une journaliste spécialiste de l’Irak. Coauteur avec Nikki van der Gaag, de la série Baghdad in the Great City pour le World Almanac books, elle a aussi dirigé des recherches pour deux documentaires qui ont reçu des prix sur l’Irak : John Pilger’s Paying the Price : Killing the Children of Iraq et Denis Halliday Returns for RTE (Ireland.) 

Felicity Arbuthnot
20 mars 2011

pour consulter l’original : http://dissidentvoice.org/2011/03/libya-hypocrisy-and-betrayal-by-the-united-nations/

Traduction : D. Muselet
http://www.legrandsoir.info/L-hypocrisie-et-la-trahison-de-l-ONU-le-cas-de-la-Libye-Dissident-Voice.html

 

 


3-3 Thierry Meyssan :: Guerre en Libye Washington regarde se lever « l’aube de l’odyssée » africaine.

Les frappes françaises sur la Libye ne sont pas une opération française, mais une sous-traitance de l’opération Odyssey Dawn placée sous l’autorité de l’US AfriCom. Elles n’ont pas pour objet de secourir les populations civiles libyennes, mais elles prétextent de la situation pour ouvrir la voie au débarquement des forces états-uniennes sur le continent noir, observe Thierry Meyssan.

Au sommet de Londres du 2 novembre 2010, la France a décidé de faire Défense commune avec les Britanniques, qui dépendent des Etats-Unis.

Ce sont la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis qui ont proposé au Conseil de sécurité des Nations Unies le texte adopté en tant que résolution 1793, instituant une zone d’exclusion aérienne au dessus de la Libye.

Cette initiative doit se comprendre de deux manières :
Premièrement, Barack Obama ne souhaitait pas endosser vis-à-vis de son opinion publique intérieure une troisième guerre dans le monde musulman, après celles dans lesquelles son pays est embourbé, en Afghanistan et en Irak. Washington a donc préféré déléguer cette opération à ses alliés.
Deuxièmement, Nicolas Sarkozy—qui représente les intérêts états-uniens partisans de la « relation spéciale » entre Londres et Washington— s’est efforcé prioritairement depuis le début de son mandat de rapprocher les défenses françaises et britanniques. Il y est parvenu avec les accords de défense du 2 novembre 2010 et trouve dans la crise libyenne l’occasion d’une action commune.

Avec le retour dans le commandement intégré de l’OTAN, voté le 17 mars 2009 et acté au sommet de Strasbourg-Kehl, les 3-4 avril 2009, Nicolas Sarkozy a renoncé au principe d’une défense française indépendante.
Avec le Traité de Lisbonne, dont il revendique être l’un des principaux artisans, il avait déjà contraint l’Union européenne à renoncer à toute défense indépendante et à s’en remettre définitivement à l’OTAN.
Sa politique marque le triomphe, avec un demi-siècle de retard, du principe de la CED, jadis combattu par les gaullistes et les communistes.

Sous le prétexte de réaliser des économies d’échelle en période de crise, David Cameron et Nicolas Sarkozy ont liquidé les derniers acquis du front nationaliste gaullo-communiste et signé deux traités.
Le premier prévoit une coopération accrue ainsi que le partage et la mutualisation de matériels et d’équipements, dont les porte-avions. Surtout, il institue une force expéditionnaire interarmées conjointe, mais non permanente, composée de 3 000 à 3 500 hommes, susceptible d’être déployée, avec préavis, pour des opérations militaires bilatérales de l’OTAN, de l’Union européenne ou des Nations Unies.
Le second initie des projets industriels et de recherche-développement. Surtout, il prévoit la mise en commun de technologies en matière d’essais nucléaires en laboratoire. Ce qui implique que la force de dissuasion nucléaire française ne sera plus indépendante —tandis que la force de dissuasion britannique est sous contrôle états-unien—.

Pour concrétiser la force expéditionnaire franco-britannique, les ministres compétents des deux pays, Liam Fox et Alain Juppé (ministre de la Défense du 14 novembre 2010 au 27 février 2011) ont planifié un vaste exercice aérien commun qui devait se dérouler du 21 au 25 mars 2011, sous la dénomination Southern Mistral.

L’étrange logo du commandement des opérations aériennes. Le rétiaire ne protège pas l’oiseau de la liberté, mais le fait prisonnier dans son filet.

Il devait comporter « des missions aériennes de type COMAO (Composite Air Operations) et un raid spécifique (Southern Storm) en vue de délivrer une frappe conventionnelle à très longue distance. Plus de 500 personnes seront mobilisées pour cet exercice bilatéral », indique le site internet dédié édité par le Commandement de la Défense aérienne et des Opérations aériennes, « Southern Mistral ».

« Six avions Tornado GR4, un ravitailleur Vickers VC-10 et un Boeing E3D seront mobilisés aux cotés des Mirage 2000D, 2000N et 2000C de l’Armée de l’air française qui engagera une trentaine d’aéronefs incluant hélicoptères, Boeings ravitailleurs et avions radar Awacs (…)
Simultanément, le Commando Parachutiste Air 20 (CPA20) accueillera à Dijon un de ses homologues britanniques, le RAF Regiment et s’entrainera à la mission de protection des bases aériennes en théâtre opérationnel telle qu’elle est aujourd’hui pratiquée en Afghanistan.
Par ailleurs, des membres du RAF Regiment seront entraînés à la pratique des mesures de sécurité aérienne à partir d’hélicoptères. Ces procédures particulières sont appliquées au quotidien par les hélicoptères "sûreté aérienne" de l’armée de l’air afin de pouvoir intervenir contre les aéronefs se déplaçant à faible vitesse
 », poursuit le communiqué officiel.

Cet exercice devait être dirigé par les généraux Desclaux et de Longvilliers (France), l’air marshall Garwood et l’air commodore Maas (Royaume-Uni).

Hasard ou préméditation ? Quoi qu’il en soit, c’est une opération réelle et non un exercice qui a été lancée le 19 mars 2011 en application de la résolution 1793 du Conseil de sécurité. Seuls la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis y ont participé le premier jour. En attendant la participation d’autres Etats membres de l’OTAN et la constitution d’un commandement de coalition, toutes les opérations —y compris françaises— sont coordonnées depuis l’AfriCom, basé à Stuttgart (Allemagne) par le général états-unien Carter Ham. Les forces navales —y compris les bâtiments italiens et canadiens qui rejoignent la zone— et le commandement tactique sont placés sous l’autorité de l’amiral états-unien Samuel J. Locklear, embarqué sur l’USS Mount Whitney. Tout cela conformément à la planification préalable de l’OTAN [1].On est donc bien loin du bla-bla officiel sur l’initiative française, mais dans la logique décrite plus haut de vassalisation des forces.

Le volet français de l’opération a été dénommé Harmattan, mot qui désigne ce « Mistral du Sud » qui balaye l’Afrique occidentale.

Le volet britannique s’appelle Operation Ellamy.

Mais le volet US est dénommée Odyssey Dawn, afin que chacun comprenne qu’il marque l’aube d’une odyssée états-unienne en Afrique [2]. Il importe ici de noter que, contrairement aux discours lénifiants et mensongers des leaders atlantistes, la résolution 1793 est rédigée en termes si flous qu’elle peut autoriser le débarquement de troupes coloniales en Libye. En effet, l’interdiction « déploiement d’une force d’occupation étrangère sous quelque forme que ce soit et sur n’importe quelle partie du territoire libyen » ne s’applique pas à la création de la zone d’exclusion aérienne, mais uniquement aux opérations de protection civile (§ 4). Ce point a été soulevé par les ambassadeurs de Russie et de Chine au Conseil de sécurité et n’a pas trouvé de réponse, en conséquence de quoi, ils se sont abstenus durant le vote [3]

Lors du point de presse du Pentagone, le 19 mars, le vice-amiral Gortney a expliqué que les tirs de missiles US visaient à façonner le théâtre d’opération dans lequel les alliés devraient combattre.

Pour ce premier jour de l’Harmattan, les forces françaises ont déployé les appareils qui devaient être utilisés dans l’exercice Southern Mistral ainsi que deux frégates anti-aériennes et de défense aérienne (le Jean Bart et le Forbin) positionnées au large de la Libye. Elles auraient détruit quatre blindés. De leur côté, les forces anglo-saxonnes ont utilisé un sous-marin britannique de la classe Trafalgar et onze bâtiments états-uniens —dont deux destroyers (le Stout et le Barry) et trois sous-marins (le Providence, le Florida, et le Scranton)— pour tirer 110 missiles guidés Tomahawk.

Cette opération militaire pourrait durer si les forces libyennes opposent une résistance. Quoi qu’il en soit, la logique adoptée devrait conduire à la situation qui avait prévalu en Irak entre Tempête du désert et Iraqi Freedom : une partition de facto du pays entre loyalistes et rebelles.

Thierry Meyssan*


3-4 Canaille-le-rouge : Le va -t-en guerre s'éclate, les bombes aussi…

Et en plus, bombarder l'Afrique du nord un 19 mars...de quoi révulser tous les anticolonialistes.

Un signe de plus aux ex OAS qui grouillent dans les coursives du FN ?  

Un jour cet homme devra rendre des comptes.

Ceux qui ne l'ont pas condamné seront complices.

Souhaitons simplement que ce n'est pas que pour se sortir d'une situation inextricable au plan intérieur que celui qui vient allégrement de se passer de toute légitimité institutionnelle décide aujourd'hui d'engager notre pays dans une dramatique aventure aux retombées possibles jusque sur le territoire national que la constitution lui ordonne de préserver.

Il devra, avec son gouvernement et son premier cercle intéressé, rendre compte de toutes les victimes "collatérales" en Libye comme en France.

Souhaitons qu'il n'ait pas eu le machiavélisme d'escompter ces conséquences pour légitimer ensuite des solutions lui permettant d'échapper au verdict populaire ou tenter de corseter le débat au nom de la situation.

L'état de crise ou de guerre voulu par lui serait trop facile pour que décrété par lui, il lui permette de mettre les libertés démocratiques entre parenthèse à l'image de Napoléon III cherchant à titiller Bismarck pour éviter la crise qui le chasserait du pouvoir.

En attendant la France depuis cet après midi est en première ligne d'une agression qui cherche à chasser son Kadhafi d'ami comme les USA on éliminé leurs anciens agents au Panama ou en Irak.

Pourquoi accueillir avec faste et proposer il y a encore moins d'un an armes et centrales nucléaires celui qu'il annonce vouloir renverser ?

Pourquoi faire semblant de le combattre aujourd'hui si ce n'est pour déplacer le champ de bataille idéologique là ou le paon risque moins de se voir brûler la roue.

Ceux de la bassecour qui caquettent à ses côtés sont aussi responsables. Quant au courage de ceux qui se pelotonnent en silence dans le nichoir, ils sont méprisables.

La non saisine du parlement et des outils constitutionnels traduit un retour aux pratiques de l'union sacrée par tous ceux qui se taisent.

Très modestement, mais indigné et appelant à partager et faire connaître la houle montante du refus de cette sinistre aventure, La Canaille ne se taira pas.

C le R 19/03/2011

http://canaille-le-rouge.over-blog.com:80/article-le-vaten-gueer-s-eclate-les-bombes-aussi-69704524.html



4 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information.

4-1 Maurizio Matteuzzi : Pas qu’une zone d’exclusion aérienne : feu vert à la nouvelle guerre humanitaire.

 (Le titre de l’article écrit avant la résolution du Conseil de sécurité, avait, dans il manifesto, un point d’interrogation ; l’annonce faite cette nuit par ce même Conseil  consent, en respectant l’esprit de l’article, à l’effacer, NDT)

 Le vote au Palais de verre était annoncé vers 11h hier soir, trop tard pour nous qui écrivons.

Mais, dans l’après-midi, tout laissait penser que la résolution présentée au Conseil de sécurité par la France, l’Angleterre et le Liban pour l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne sur la Libye allait passer. Et, comme l’a dit le ministre français des affaires étrangères Alain Juppé, les opérations militaires pourraient commencer « d’ici quelques heures ». L’OTAN aussi, par son secrétaire Rasmussen, s’est dit prêt et convaincu, qu’ « il n’est pas trop tard pour une intervention en Libye », nécessaire parce qu’ « une victoire de Kadhafi démontrerait que la violence paye ».
Hier après-midi (heure italienne), l’ambassadeur français à l’ONU, Gérard Araud, se montrait très optimiste et certain que la résolution allait passer au Conseil de sécurité, fût-ce sans l’unanimité : « il y aura des surprises ».  Des rumeurs au Palais de verre new-yorkais colportaient que la Russie et la Chine, qui ont un pouvoir de veto et s’étaient jusque là dites opposées à toute intervention militaire contre la Libye, plutôt que d’utiliser leur veto auraient pu s’abstenir en permettant ainsi à la résolution de passer, dans le cas où elle obtiendrait 9 voix sur 15. D’autres affirmaient que l’Inde allait s’abstenir ou voter non. La position du Portugal et de l’Allemagne n’étaient pas encore claire : ces derniers jours ils avaient  souligné qu’ils préféraient un durcissement des sanctions plutôt qu’une opération militaire. De tous les autres pays membres du Conseil, on s’attendait au feu vert et à au moins 10 oui.

Et en avant, on fait chauffer les moteurs et on part pour la Libye.  Et pour une autre belle « guerre humanitaire » de l’Occident, après l’Irak (deux fois), la Serbie, la Somalie et l’Afghanistan.

Car il est inutile de se cacher derrière la feuille de vigne humanitaire.  Il ne s’agit pas que d’une action d’interdiction -« no fly zone- mais d’une véritable guerre, et déclarée.

 De fait, selon  l’ébauche de résolution lue par le ministre des affaires étrangères britannique William Hague, le texte impose « le cessez-le-feu immédiat, la fin complète de la violence, l’interdiction de tous les vols dans l’espace aérien libyen à l’exception des vols humanitaires » : avec l’interdiction concomitante pour les avions libyens de décoller, atterrir ou survoler le territoire de tout autre Etat membre de l’ONU (donc pratiquement du monde entier). Ce n’est pas tout. L’ébauche de résolution prévoit aussi, a rappelé Hague, l’adoption de « toutes les mesures nécessaires exceptée une force d’occupation », naturellement avec le noble motif de « protéger les civils ». Si Juppé et Hague, Sarkozy et Cameron, la France et l’Angleterre, sont les plus fervents dans le soutien d’une action militaire contre la Libye, (de nouveau ensemble comme en 1956 quand ils intervinrent de concert avec Israël contre l’Egypte de Nasser), les développements de ces dernières heures ont été déterminés par ce que l’agence Reuter définit comme « le rapide changement de ton » des USA. Jusqu’ici, il semblait que l’administration étasunienne fût très  prudente et peu encline à une nouvelle aventure militaire dans une zone aussi explosive que l’Afrique du Nord arabo-musulmane (et pétrolière) ; en particulier  dans une phase où les Etats-Unis sont déjà engagés lourdement (et avec peu de perspectives de victoire ou de désengagement à brève échéance) sur des théâtres de guerre ouverte come l’Afghanistan et l’Irak, puis, maintenant sur le théâtre d’une immense catastrophe naturelle comme le Japon. L’administration, disait-on, était divisée entre, d’un côté, Obama et le Pentagone avec son ministre Robert Gates réticents à l’action militaire directe, et de l’autre le Département d’Etat et son chef Hillary Clinton (appuyée aussi par son mari Bill), favorables eux à l’intervention. A la fin, à ce qu’il semble, les époux Clinton l’ont emporté. Et hier le sous-secrétaire d’Etat William Burns a dit que les USA voulaient une résolution ONU qui permette non seulement la zone d’exclusion aérienne mais aussi des raids aériens contre « les tanks et l’artillerie lourde libyens » et  l’usage « de toutes les méthodes à l’exception d’une force d’occupation sur le terrain » (« no boots on the ground », a dit Burns).

L’objectif est de protéger les civils libyens de la violence de Kadhafi (et des probables « atrocités » qui selon Human Rights Watch suivraient la reconquête aussi de Bengazi) et, comme l’a précisé le porte-parole de la Maison Blanche Jay Carey, « d’aller vers une situation où Kadhafi ne soit plus au pouvoir ». En clair vers un de ces nombreux régimes de transition dans lesquels se sont engagés les USA, non seulement ceux de Bush mais aussi ceux d’Obama (se souvient-on du marginal Honduras ?).

Une des conditions posées par Washington pour le « tournant rapide » était l’engagement direct « des Arabes » dans la guerre humanitaire anti-Kadhafi. Qui, avec la demande de zone d’exclusion aérienne venue et de la Ligue Arabe et du Conseil de coopération du Golfe,  n’aillent pas s’imaginer qu’ils pouvaient s’en laver les mains. Sitôt dit sitôt fait. Hier est arrivée la confirmation que « peut-être » au moins le Qatar et les Emirats arabes unis, et « peut-être » aussi la « démocratique » Jordanie du roi Abdallah sont prêts à y participer avec le consentement de l’utilisation de leurs bases et le survol de leur espace aérien (sec refus par contre de l’Egypte, malgré l’avertissement de madame Clinton, de Tunis où elle est en visite, déclarant que le maintien de Kadhafi au pouvoir, « causerait des problèmes pour le Caire et Tunis et qui que ce soit d’autre »).
Aucun problème si les compagnons de route humanitaires arabes sont ceux-là même qui ont demandé il y a quelques jours l’aide fraternelle des troupes saoudiennes et des policiers des Emirats pour écraser dans le sang la « protestation pacifique » au Bahrein.
Il y a intervention humanitaire et intervention humanitaire.

Maurizio Matteuzzi

Edition de vendredi 18 mars de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/18-Marzo-2011/art40.php3  



Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

5-1 Gilles Munier : Libye : Southern Mistral : une guerre en préparation depuis novembre 2010 ?

Sarkozy voulait sa guerre, il l’a - au forceps - grâce à Bernard-Henri Lévy, Alain Juppé, et au gouvernement conservateur anglais. Un exercice militaire de grande ampleur franco-britannique, planifié en trois mois – au lieu de six habituellement - va lui faciliter la tâche. Il est prêt pour attaquer« Southland »… entre le 21 et le 25 mars, un pays affublé d’un « régime dictatorial » au sud de la Méditerranée (1).

Nom de code de l’opération « Southern Mistral », et celui de la première frappe : « Desert Storm » ! Elle est aujourd’hui programmée pour de vrai, quel que soit le nom qui va lui être attribué pour donner le change. Pour attaquer la Libye, donc, il ne manquait que l’habillage diplomatique de l’intervention occidentale, c’est-à-dire la caution du Conseil de sécurité de l’ONU et la constitution d’une coalition comprenant « nos bons vieux amis arabes ». C’est fait, en urgence.

On s’en souvient : « Desert Storm - Tempête du désert » était le nom choisi en janvier 1991 par le Pentagone, de l’attaque de l’Irak ordonnée par George Bush (père). L’opération avait été précédée par un exercice quasi identique à « Southland », dirigé quelques mois plus tôt au Koweït, par le général Norman Schwarzkopf. Le régime de Saddam Hussein était déjà clairement désigné comme l’ennemi.

Bye-Bye Kadhafi ?

On ne peut que s’interroger sur l’origine des informations alarmistes publiées dans les médias depuis le soulèvement de plusieurs tribus libyennes soutenues - pour des motifs en partie différents - par le courant islamique djihadiste. Le colonel Kadhafi n’est pas un ange, mais on a l’impression d’assister à un copier-coller de la campagne de diabolisation du Président Saddam Hussein : le Guide libyen « bombarde son propre peuple » - des diplomates et des ministres font défection – des massacres de civils sont dénoncés- les Berbères du djebel Nefousa sont menacés de génocide ; le tout repris en boucle sur la chaîne qatari Al-Jazeera.

A quand un tribunal spécial pour la Libye ? Il ne manque que les armes de destruction massive. Pas de chance : Kadhafi s’en est débarrassé, en 2004, sur les conseils de son « ami », Sir Mark Allen, chef du service Moyen-Orient du MI6, ex Intelligence Service. Un autre de ses « amis », le Premier ministre britannique Tony Blair, a pu ainsi lui décerner, en 2007, le titre de « solide partenaire de l’Occident » ! Comme dit Saïf-al-islam : « c’est vrai que quand tu es fort, tout le monde est tout gentil. Par contre, quand tu es sur le point de t’effondrer, c’est bye-bye… » (2).

(1) Site de « Southern Mistral » :

http://www.southern-mistral.cdaoa.fr/

(2) Interview de Saïf–al-islam par Paris Match (9/3/11)

Gilles Munier

19 mars 2011

Gilles Munier Auteur du livre Les espions de l’or noir (Ed. Koutoubia), Gilles Munier est journaliste indépendant, il a également dirigé la traduction de « Zabiba et le Roi » un conte prémonitoire écrit par Saddam Hussein et publié aux éditions du Rocher


 

5-2 Thierry Meyssan : Guerre en Libye : Washington regarde se lever « l’aube de l’odyssée » africaine.
Les frappes françaises sur la Libye ne sont pas une opération française, mais une sous-traitance de l’opération Odyssey Dawn placée sous l’autorité de l’US AfriCom. Elles n’ont pas pour objet de secourir les populations civiles libyennes, mais elles prétextent de la situation pour ouvrir la voie au débarquement des forces états-uniennes sur le continent noir, observe Thierry Meyssan

 


19 mars 2011

Depuis
Beyrouth (Liban)




 

Au sommet de Londres du 2 novembre 2010, la France a décidé de faire Défense commune avec les Britanniques, qui dépendent des Etats-Unis.

Ce sont la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis qui ont proposé au Conseil de sécurité des Nations Unies le texte adopté en tant que résolution 1793, instituant une zone d’exclusion aérienne au dessus de la Libye.

Cette initiative doit se comprendre de deux manières :
Premièrement, Barack Obama ne souhaitait pas endosser vis-à-vis de son opinion publique intérieure une troisième guerre dans le monde musulman, après celles dans lesquelles son pays est embourbé, en Afghanistan et en Irak. Washington a donc préféré déléguer cette opération à ses alliés.
Deuxièmement, Nicolas Sarkozy—qui représente les intérêts états-uniens partisans de la « relation spéciale » entre Londres et Washington— s’est efforcé prioritairement depuis le début de son mandat de rapprocher les défenses françaises et britanniques. Il y est parvenu avec les accords de défense du 2 novembre 2010 et trouve dans la crise libyenne l’occasion d’une action commune.

Avec le retour dans le commandement intégré de l’OTAN, voté le 17 mars 2009 et acté au sommet de Strasbourg-Kehl, les 3-4 avril 2009, Nicolas Sarkozy a renoncé au principe d’une défense française indépendante.
Avec le Traité de Lisbonne, dont il revendique être l’un des principaux artisans, il avait déjà contraint l’Union européenne à renoncer à toute défense indépendante et à s’en remettre définitivement à l’OTAN.
Sa politique marque le triomphe, avec un demi-siècle de retard, du principe de la CED, jadis combattu par les gaullistes et les communistes.

Sous le prétexte de réaliser des économies d’échelle en période de crise, David Cameron et Nicolas Sarkozy ont liquidé les derniers acquis du front nationaliste gaullo-communiste et signé deux traités.
Le premier prévoit une coopération accrue ainsi que le partage et la mutualisation de matériels et d’équipements, dont les porte-avions. Surtout, il institue une force expéditionnaire interarmées conjointe, mais non permanente, composée de 3 000 à 3 500 hommes, susceptible d’être déployée, avec préavis, pour des opérations militaires bilatérales de l’OTAN, de l’Union européenne ou des Nations Unies.
Le second initie des projets industriels et de recherche-développement. Surtout, il prévoit la mise en commun de technologies en matière d’essais nucléaires en laboratoire. Ce qui implique que la force de dissuasion nucléaire française ne sera plus indépendante —tandis que la force de dissuasion britannique est sous contrôle états-unien—.

Pour concrétiser la force expéditionnaire franco-britannique, les ministres compétents des deux pays, Liam Fox et Alain Juppé (ministre de la Défense du 14 novembre 2010 au 27 février 2011) ont planifié un vaste exercice aérien commun qui devait se dérouler du 21 au 25 mars 2011, sous la dénomination Southern Mistral.

Il devait comporter « des missions aériennes de type COMAO (Composite Air Operations) et un raid spécifique (Southern Storm) en vue de délivrer une frappe conventionnelle à très longue distance. Plus de 500 personnes seront mobilisées pour cet exercice bilatéral », indique le site internet dédié édité par le Commandement de la Défense aérienne et des Opérations aériennes, « Southern Mistral ».

« Six avions Tornado GR4, un ravitailleur Vickers VC-10 et un Boeing E3D seront mobilisés aux cotés des Mirage 2000D, 2000N et 2000C de l’Armée de l’air française qui engagera une trentaine d’aéronefs incluant hélicoptères, Boeings ravitailleurs et avions radar Awacs (…)
Simultanément, le Commando Parachutiste Air 20 (CPA20) accueillera à Dijon un de ses homologues britanniques, le RAF Regiment et s’entrainera à la mission de protection des bases aériennes en théâtre opérationnel telle qu’elle est aujourd’hui pratiquée en Afghanistan.
Par ailleurs, des membres du RAF Regiment seront entraînés à la pratique des mesures de sécurité aérienne à partir d’hélicoptères. Ces procédures particulières sont appliquées au quotidien par les hélicoptères "sûreté aérienne" de l’armée de l’air afin de pouvoir intervenir contre les aéronefs se déplaçant à faible vitesse
 », poursuit le communiqué officiel.

Cet exercice devait être dirigé par les généraux Desclaux et de Longvilliers (France), l’air marshall Garwood et l’air commodore Maas (Royaume-Uni).

Hasard ou préméditation ? Quoi qu’il en soit, c’est une opération réelle et non un exercice qui a été lancée le 19 mars 2011 en application de la résolution 1793 du Conseil de sécurité. Seuls la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis y ont participé le premier jour. En attendant la participation d’autres Etats membres de l’OTAN et la constitution d’un commandement de coalition, toutes les opérations —y compris françaises— sont coordonnées depuis l’AfriCom, basé à Stuttgart (Allemagne) par le général états-unien Carter Ham. Les forces navales —y compris les bâtiments italiens et canadiens qui rejoignent la zone— et le commandement tactique sont placés sous l’autorité de l’amiral états-unien Samuel J. Locklear, embarqué sur l’USS Mount Whitney. Tout cela conformément à la planification préalable de l’OTAN [1].On est donc bien loin du bla-bla officiel sur l’initiative française, mais dans la logique décrite plus haut de vassalisation des forces.

Le volet français de l’opération a été dénommé Harmattan, mot qui désigne ce « Mistral du Sud » qui balaye l’Afrique occidentale.

Le volet britannique s’appelle Operation Ellamy.

Mais le volet US est dénommée Odyssey Dawn, afin que chacun comprenne qu’il marque l’aube d’une odyssée états-unienne en Afrique [2]. Il importe ici de noter que, contrairement aux discours lénifiants et mensongers des leaders atlantistes, la résolution 1793 est rédigée en termes si flous qu’elle peut autoriser le débarquement de troupes coloniales en Libye. En effet, l’interdiction « déploiement d’une force d’occupation étrangère sous quelque forme que ce soit et sur n’importe quelle partie du territoire libyen » ne s’applique pas à la création de la zone d’exclusion aérienne, mais uniquement aux opérations de protection civile (§ 4). Ce point a été soulevé par les ambassadeurs de Russie et de Chine au Conseil de sécurité et n’a pas trouvé de réponse, en conséquence de quoi, ils se sont abstenus durant le vote [3]

Pour ce premier jour de l’Harmattan, les forces françaises ont déployé les appareils qui devaient être utilisés dans l’exercice Southern Mistral ainsi que deux frégates anti-aériennes et de défense aérienne (le Jean Bart et le Forbin) positionnées au large de la Libye. Elles auraient détruit quatre blindés. De leur côté, les forces anglo-saxonnes ont utilisé un sous-marin britannique de la classe Trafalgar et onze bâtiments états-uniens —dont deux destroyers (le Stout et le Barry) et trois sous-marins (le Providence, le Florida, et le Scranton)— pour tirer 110 missiles guidés Tomahawk.

Cette opération militaire pourrait durer si les forces libyennes opposent une résistance. Quoi qu’il en soit, la logique adoptée devrait conduire à la situation qui avait prévalu en Irak entre Tempête du désert et Iraqi Freedom : une partition de facto du pays entre loyalistes et rebelles
[1] « Press conference by Anders Fogh Rasmussen on Libya », Réseau Voltaire, 10 mars 2011.

[2] Sur la manipulation de la crise libyenne et les intentions US en Afrique, lire : « Proche-Orient : la contre-révolution d’Obama », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 16 mars 2011.

[3] « Résolution 1973 » (avec le texte des débats), Réseau Voltaire, 17 mars 2011.


Thierry Meyssan

Analyste politique français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace.





 

 


5-3 Gilbert Léonard : Une opération stratégique contre-révolutionnaire montée contre les révolutions.
L'intervention en Libye: une opération stratégique contre-révolutionnaire montée contre les révolutions du Jasmin

Il y a des faits que les journalistes ne mettent pas en évidence mais dont l'importance n'échappe pas à un esprit exercé aux méandres de la politique française et internationale.
Et dans le cadre du "sommet de Paris de soutien pour le peuple Libyen" qui a eu lieu hier samedi 19 mars, certains faits méritent d'être soulignés:
1- C'est depuis le salon "Napoléon III" du palais de l'Élysée que Nicolas Sarkozy a fait sa déclaration de clôture.
2- Ce sommet a eu lieu en l'absence de l'Union Africaine, et pour cause.
3- Les décisions de ce sommet reposent sur la participation des pays Arabes aux possibles combats au sol, et pour cause.

1- Depuis le salon Napoléon III de l'Élysée: un symbole fort qui en dit long.
Quand le président Français fait sa déclaration depuis le salon "Napoléon III", quel message veut-il faire passer, et à qui s'adresse-t-il ?
Faut-il rappeler qui est Napoléon III?
Napoléon III, c'est ce prince-président élu président de la République Française en décembre 1848 et qui organisa un coup d'État 3 ans plus tard, précisément le 2 décembre 1851, pour restaurer l'Empire napoléonien.
Il s'est fait "sacré" Empereur un an plus tard, précisément le 2 décembre 1852, en admiration pour son oncle Napoléon 1er "sacré" aussi un 2 décembre de 1804; cet oncle que d'aucuns présentent comme un homme éclairé qui prononça de très beaux discours de tolérance; ils ne supportent pas que l'on rappelle qu'il a rétabli l'esclavage raciste et a fait coulé le sang dans beaucoup de contrées.
Que de symboles!
Dans le contexte de l'intervention en Libye présentée comme une opération contre le massacre de civils,
il est bon de rappeler que 2 jours après son coup d'État contre la République, Napoléon III prince-Président réprima dans le sang les révoltes ouvrières et paysannes à Paris et dans les provinces; le peuple s'opposait à ce coup d'État et réclamait sa part dans "la réussite économique de la France": au moins 400 morts dans les fusillades de l'armée, rien que sur les grands boulevards parisiens.
Il est bon de rappeler la violence avec laquelle la censure de la presse avait été rétablie par ce prince-président devenu Empereur: presse muselée et aux ordres.
Aujourd'hui, en 2011, en Guadeloupe, colonie française sous régime départemental spécifique, les résistants sympathisants du LKP sont victimes de tout un arsenal répressif; syndicalistes, journalistes, avocats, militants, tous sont visés par un régime qui n'a pas digéré le succès planétaire en février 2009 d'un mouvement de libération des peuples qui demandent la fin des Pwofitasyons.
Comment pourrait-on accorder du crédit à ce même régime qui prétend agir "pour le peuple Libyen" ?
2- Sommet en l'absence de l'Union Africaine (UA) : et pour cause!
C'est très logiquement que l'Union Africaine (UA) n'a pas participé à ce sommet de Paris.
En effet, le 10 mars, soit neuf jours avant ce sommet de Paris, le Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union Africaine(UA) a refusé catégoriquement, je cite, "toute intervention militaire, quelle qu'en soit la forme" . Il a appelé tous les États membres de l'UA à "apporter un soutien logistique et humanitaire à tous les travailleurs migrants Africains désireux de quitter la Libye".
Mais les forces Euro-occidentales ont décidé comme à la bonne époque coloniale d'intervenir militairement en Libye et de mépriser la décision du conseil de paix et de sécurité de l'Union Africaine.
Les forces Euro-occidentales soutiennent des insurgés "sans armes" qui s'en prennent à tous ceux qui sont Noirs en Libye, au prétexte qu'ils sont tous des mercenaires de Khadafi, même quand ils font partie de l'armée régulière libyenne.
Mais pourquoi les insurgés ne s'en prennent-ils pas aux autres mercenaires ?
Pourquoi la presse relaie-t-elle ces images sans rappeler qu'il y a des Libyens Noirs et que l'on en trouve logiquement dans l'armée régulière libyennes ?
Quel est le but visé ? est-ce pour alimenter des tensions entre communautés ?
Il est vrai qu'aux yeux de certains en France, cet aspect des choses pourrait paraître secondaire dans un pays où le directeur de la rédaction du Journal Du Dimanche a récemment affirmé avec insistance au journal de France3, chaine de télévision publique et nationale, que le racisme était "moins grave" que l'antisémitisme; cela n'a déclenché la réaction ni des officines anti-racistes, ni du pouvoir, ni des politiques. La perception de la concurrence mémorielle est à géométrie variable et hiérarchisante.
Ce mépris de la décision de l'UA a aussi une autre signification.
Certes, certains pouvoirs craignent que leur soutien pour des frappes de la Libye ne fasse jurisprudence et n'ouvre la porte à leur propre éviction par les mêmes forces pour les mêmes raisons officielles.
Mais, confrontés aux mouvements de revendications de plus en plus forts et de plus en plus fréquents de leurs citoyens, les forces politiques tant du pouvoir que de l'opposition réelle comprennent de plus en plus que les forces Euro-occidentales sont prêtes à changer de pions au gré de leurs seuls intérêts par un jeu d'alternance de coups d'État ou d'élections contrôlées; ils comprennent de plus en plus que leurs propres citoyens sont leur meilleur bouclier de protection, tel en Côte d'Ivoire.
Et cette prise de conscience n'est pas favorable à ceux qui veulent profiter des ressources de ces pays au détriment de leurs populations.


3-Participation des pays Arabes aux possibles combats au sol, et pour cause!
Les forces Euro-occidentales prêtent mains fortes à des insurgés que l'ont dit sans armes mais équipés d'avions militaires et de batteries anti-aériennes.
Ces insurgés sans armes ont d'ailleurs abattu eux-mêmes un de leurs avions; cet épisode a d'ailleurs permis dans un premier temps de "prouver" à l'opinion internationale que les avions de Khadafi ne respectaient pas le cessez-le-feu et bombardaient des zones civiles. Mais personne ne se pose la question de ce que faisait cet avion militaire des insurgés dans cette zone civile ?
Ce mode d'accusation rappelle l'épisode du Koweït avec la fausse histoire très émouvante des bébés jetés au sol après que l'on aurait débranché les couveuses: c'était pour justifier la première guerre du Golfe.
Les forces euro-occidentales ont répété qu'elles n'allaient pas intervenir dans les combats au sol; elles laissaient aux Arabes le soin de s'attaquer entre eux pour le face à face, le boulot qui nourrit la haine la plus profonde.
Mais la Ligue Arabe est elle aussi inquiète de la direction que prennent les choses.
Elle commence à dire qu'elle n'approuve pas les bombardements.
Elle a réalisé que les peuples Arabes ont compris l'opération Harmattan en Libye et qu'ils ne soutiennent pas les bombardements.
Les peuples Arabes ont compris que les insurgés en Libye sont armés;
Ils savent que les insurgés Arabes dans les autres pays ne sont pas armés.
Ils observent que la communauté internationale n'aide militairement que les insurgés déjà armés en Libye;
Ils constatent que les autres insurgés non armés sont réprimés dans le sang avec l'aide de pays qui soutiennent les bombardements de la Libye
.
Ils ont compris que l'opération Harmattan n'est qu'une opération stratégique pour contre-carrer les révolutions du Jasmin.
Et voilà qu'aujourd'hui 20 mars, au lendemain du sommet et des premiers bombardements, l'analyse des forces en présence évolue.
L'on commence à entendre que les insurgés seraient finalement suffisamment équipés et qu'ils pourront résister à l'armée de Khadafi une fois son aviation et ses chars mis hors de combat.
Un ancien Ministre français des Affaires Étrangères n'a-t-il pas déclaré que l'un des objectifs de la "Communauté Internationale" était la scission de la Libye.
La prise de conscience est une arme redoutable et plus efficace que dix milles canons.
Gilbert Léonard

20 mars 2011



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" Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19


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