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30/03/2011

n°475 - Afghanistan : Les dossiers - 29-03 - Fin - Les U.S.A. fabriquent les terroristes qu’ils prétendent ensuite combattre

n°475 - Afghanistan : Les dossiers - 29-03 -   Fin  - Les U.S.A. fabriquent les terroristes qu’ils prétendent ensuite combattre



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



Afghanistan 

Les dossiers

n°475 du 29-03

C.De Broeder & M.Lemaire

 



 Le "Afghanistan le dossier" est  visible  sur mes blogs : 

a)   sur nos blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

c) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

 

d) un sommaire à :  http://www.palestine-solidarite.org/journaux.CathyetMarc.htm

cette page est accessible depuis la page d'accueil ( http://www.palestine-solidarite.org/ ) colonne de gauche.

NB : Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Sommaire :  

3 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

3-1 Des policiers changent de camp…

3-2 Charles DAVIS, Medea Benjamin : Le calvaire de Bradley Manning.

4 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

4-1 Afghanistan : Dix ans de combats pour quels résultats ?

4-2 Jean-François Racine, Alexandre Poirier : La mort reste un sujet tabou au sein des troupes.

4-3 Les photos de la «kill team» américaine en Afghanistan.

4-4 Wikileaks: le soldat Manning décrit les mauvais traitements qu'il dit subir.

 


3 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

3-1 Des policiers changent de camp

Un groupe de policiers afghans formés récemment et constitué d'habitants de différentes provinces, est passé du côté des résistants dans la province Sary Pul (nord), a annoncé mercredi aux journalistes le chef de la police locale, le général Assadulla Shirzad.
Selon lui, l'incident s'est produit il y a quelques jours dans le district  de Sayyad, lorsque toute l'équipe d'un poste de contrôle routier a disparu.
Le porte-parole des résistants, Youssouf Ahmadi, a annoncé par la suite aux journalistes que dix policiers afghans avaient "réintégré la résistance, apportant avec eux une mitrailleuse, huit Kalachnikov, des talkie walkies et trois motos".
Selon l'agence afghane Pajwak, qui se réfère aux anciens des tribus de la province, les policiers déserteurs avaient combattu, il y a deux mois, aux côtés des résistants pour se joindre ensuite aux forces gouvernementales. Ils ont à présent réintégré les unités de résistants.
Les observateurs indiquent qu'il s'agit d'une pratique courante pour les insurgés. En hiver, ils rejoignent massivement les forces gouvernementales pour pouvoir passer les mois les plus froids au sein de leurs familles. A l'arrivée du printemps, ils prennent avec eux les armes, l'uniforme et les denrées gratuitement distribués par le gouvernement et s'en vont pour "combattre les forces d'occupation et leurs marionnettes".
_,___

L'armée canadienne commence à envisager la possibilité d'armer les villageois du district de Panjwaï, dans la région de Kandahar, une tactique ayant aidé à réduire la violence lors de la guerre d'Irak, mais critiquée pour les risques d'infiltration des insurgés.

Le programme de la police locale afghane, lancé par le président Hamid Karzaï vers la fin du mois d'août, est une mesure où des villageois sont armés et formés pour assurer la sécurité de leurs communautés.

Il s'agit d'un coup de dés qui, espèrent les commandants militaires de l'OTAN, encouragera les habitants à combattre la résistance, tels certains villageois irakiens lorsqu'ils se sont opposés à Al-Qaïda lors du Réveil sunnite.

Le plus important officier militaire canadien en Afghanistan, le brigadier-général Milner, a déclaré que le programme pourrait bientôt être mis sur pied dans la Corne de Panjwaï, la zone ouest du district servant traditionnellement de tremplin pour les attaques d'insurgés dans la ville de Kandahar. 

Le mois dernier, des responsables du gouvernement afghan et des officiers militaires haut placés, incluant le brigadier-général Milner, ont rencontré environ 200 anciens dans le centre du district de Panjwaï lors de ce qui est connu comme une «visite de validation», pour confirmer le besoin légitime pour le programme.

Ce dernier n'est pas encore en place dans Panjwaï, mais pourrait servir de «capacité complémentaire» pour la police nationale afghane alors que le Canada réduit ses opérations de combat, a déclaré le brigadier-général Milner.

Le Canada a consacré beaucoup d'efforts pour recruter et entraîner les agents de la police nationale afghane dans le cadre de sa stratégie contre-insurrectionnelle dans Panjwaï, un district au sud-ouest de la ville de Kandahar et connu comme étant le lieu de naissance des résistants.

Il est cependant impossible de prédire si le pays sera en mesure d'atteindre son objectif sur ce front avant que la mission de combat ne prenne fin en juillet. L'armée affirme qu'il y a environ 500 programmes enregistrés sur 700 places disponibles dans le district.

Le concept de ce programme met certains responsables afghans mal à l'aise, qui craignent que cela pourrait miner l'autorité de Kaboul, particulièrement dans les régions éloignées du pays. Il y a également des craintes que les programmes manquent de supervision, laissant la porte grande ouverte à leur infiltration par la résistance et d'autres éléments criminels, et ravive les souvenirs des milices des seigneurs de guerre qui ont ravagé le pays au cours des années 1990.

Dans un rapport publié cette semaine, les Nations unies ont souligné leurs inquiétudes après avoir observé les programmes mis en place dans les provinces de Kunduz, Baghlan, Urugzan et Daykundi.

«Bien que nous reconnaissons que le programme n'a été opérationnel que pour quelques mois seulement et qu'une évaluation à plus long terme est nécessaire, des inquiétudes ont été soulevées concernant la faible surveillance, le recrutement, la mise en examen et les mécanismes de commande et de contrôle», a indiqué la mission d'aide en Afghanistan de l'ONU.

http://www.cyberpresse.ca/actualites/dossiers/le-canada-en-afghanistan/201103/12/01-4378772-le-canada-envisage-darmer-des-villageois-afghans-contre-les-résistants.php


3-2 Charles DAVIS, Medea Benjamin :   Le calvaire de Bradley Manning.

Sous Obama, il vaut mieux commettre un crime de guerre que d’en révéler un …

Bradley Manning est accusé d’avoir humilié l’establishment politique en révélant la complicité d’importants officiels étasuniens dans l’exécution et la dissimulation de crimes de guerre. Pour le punir d’avoir écouté sa conscience, le gouvernement étasunien le maintient abusivement en cellule d’isolement, l’humilie et essaie de le garder derrière des barreaux sa vie entière.

La leçon est claire et les soldats l’ont comprise : Il vaut mieux commettre un crime de guerre que d’en dévoiler un.

Manning, un officier des services secrets de 23 ans en service au Kuwait - choqué par ce qu’il a vu- a supposément communiqué des dizaines de milliers de câbles du département d’état au Website spécialisé dans les révélations Wikileaks. Ces câbles montrent que des officiers étasuniens ont couvert à peu près tous les crimes, des viols d’enfants financés par le trésor public en Afghanistan aux bombardements illégaux du Yemen. Manning est aussi accusé d’avoir fait fuiter la vidéo qui montre des pilotes étasuniens tirant sur plus d’une douzaine d’Iraquiens à Bagdad, dont deux journalistes de Reuters, puis tuant le père de deux enfants qui s’était arrêté pour leur porter secours. Les deux jeunes de l’homme furent aussi sérieusement blessés.

"Eh bien c’est leur faute ! Ils n’ont qu’à pas amener des enfants à la guerre" a déclaré un pilote étasunien que le remords n’étouffait pas dans cette vidéo de juillet 2007 intitulée "meurtre collatéral".

Aucun de ces soldats coupables de crime de guerre n’a été puni, ni aucun des officiels de haut rang qui leur ont donné leur aval. En fait, un soldat a plus de chance de recevoir une médaille que d’aller en prison s’il commet un crime de guerre. Et que se passe-t-il pour ceux qui ont donné leur aval ? Eh bien on leur offrira un contrat pour écrire un livre et des émoluments à 6 chiffres pour faire des conférences. Vous n’avez qu’à demander à George W. Bush. Ou à Dick Cheney, Donald Rumsfeld ou Condoleeza Rice. Ou au "respectable" (on se demande bien en quoi) Colin Powell.

En fait, tout indique que Manning serait dans une bien meilleure position aujourd’hui -probablement en train de faire des conférences plutôt que de croupir en cellule d’isolement- s’il avait tué lui-même ces hommes à Bagdad.

J’exagère ? Regardez ce qui est arrivé aux soldats étasuniens qui pendant quelques heures - pas quelques minutes - sont allés de maison en maison dans la ville irakienne de Haditha et ont exécuté 24 hommes, femmes et enfants en représailles du bombardement du bord de la route.

"Je les ai vus tirer sur mon grand-père, d’abord dans la poitrine, puis dans la tête" a déclaré un des deux témoins qui ont survécu au massacre, Eman Waleed, un enfant de neuf ans. "Puis ils ont tué ma grand-mère." Presque cinq ans plus tard, il n’y a aucun des hommes qui a pris part au massacre derrière les barreaux. Et en dépit d’une enquête qui a révélé que des déclarations faites par la chaîne de commandement "suggéraient que la vie des civils iraquiens n’est pas aussi importante que la vie de soldats étasuniens" et que le meurtre de civils innocents à la peau brune "était juste le prix de revient du business" aucun de leurs supérieurs n’est derrière les barreaux non plus.

Maintenant regardez comment Bradley Manning est traité. Le premier mars, l’armée a accusé Manning de 22 délits supplémentaires -en plus des premières charges qui étaient d’avoir révélé de l’information classifiée, d’avoir désobéi aux ordres et de s’être mal conduit de façon générale. Une des nouvelles accusations "aide à l’ennemi" est passible de mort. Cela signifie que Manning est susceptible d’être exécuté ou de passer toute sa vie en prison pour avoir dévoilé l’horrible vérité du l’Empire étasunienPendant ce temps, l’administration Obama a décidé de rendre la période qui précède le procès aussi inhumaine que possible pour Manning, en le maintenant en cellule d’isolement 23 heures par jour, depuis son arrestation il y a 10 mois, un traitement qui le groupe "psychologues pour la responsabilité sociale" qualifie de "traitement pour le moins cruel, inhabituel et inhumain en violation avec la loi étasunienne."

En plus de l’horreur de l’isolement sur le long terme, Manning n’a pas le droit de faire de l’exercice dans sa cellule ni d’avoir des draps et un oreiller. Et toutes les cinq minutes il doit répondre par l’affirmative au garde qui lui demande s’il est "OK"

Il ment probablement.

Et maintenant ça empire encore. Sur son blog, l’avocat militaire de Manning, le Lt David Coombs, révèle qui son client est désormais complètement déshabillé le soir, et laissé nu et sous surveillance étroite pendant sept heures. Quand on sonne le réveil à 5 heures du matin il est alors "obligé de se tenir debout tout nu devant sa cellule."

Si vous me faites remarquer que l’empereur n’a pas d’habits, je vous dirais que l’Empire va s’assurer que vous n’en ayez pas non plus.

Les officiels de la base de la Marine de Quantico où Manning est enfermé prétendent que cette mesure n’est pas "une punition" mais que c’est au contraire "une mesure conservatoire" destinée à l’empêcher de se faire du tort à lui-même. Croyez-vous vraiment que Manning va s’étrangler avec ses sous-vêtements - et qui plus est en étant sous surveillance 24 heures sur 24 ?

"Est-ce que c’est Quantico ou Abu Ghraib ?" a demandé le républicain Dennis Kucinich dans un communiqué de presse. C’est une bonne question, Monsieur le représentant du Congrès. Comme il en a été pour les hommes emprisonnés dans la chambre de torture du précédent président étasunien, Manning est humilié et torturé bien qu’il n’ait même pas été jugé par un tribunal militaire, et encore moins jugé coupable de quelque crime que ce soit.

Et voilà où en est l’homme de loi spécialiste en droit constitutionnel qui s’est présenté comme le candidat de l’espoir et du changement.

Vous souvenez-vous de l’époque où Obama faisait campagne contre ces mêmes techniques de torture pratiquées par Bush et ses supporters ? Vous rappelez-vous qu’Obama a dit : "Ceux qui révèlent des choses cachées témoignent de la bonne santé d’une démocratie et on doit les protéger des représailles" ? On voit maintenant que son soutien pour eux n’était que de la rhétorique. Depuis il a été élu.

Et c’est un fait, en dépit de ses belles promesses et de ses belles paroles, la manière dont Obama traite Manning n’est pas différente de ce que faisait Richard Nixon. Pas plus qu’Obama -qui a poursuivi plus de personnes pour avoir communiqué des informations secrètes que n’importe quel autre président dans l’histoire- Nixon n’aimait les "mouchards" et ne voulait que le public étasunien sache ce que faisait son gouvernement. Et comme Obama il a prétendu que Daniel Ellsberg, qui avait révélé les Documents du Pentagone avait "aidé et soutenu l’ennemi" en dévoilant la vérité sur la guerre du Vietnam.

Mais il y a une différence : Richard Nixon n’a jamais jeté le grand héros qui a révélé la vérité à son époque seul dans un cachot et ne l’a pas torturé. Si seulement on pouvait en dire autant de Barak Obama.

Charles DAVIS, Medea BENJAMIN : (Counterpunch)

Medea Benjamin est cofondatrice de Global Exchange et CODEPINK : Women for Peace

Charles Davis est un journaliste indépendant. Le 20 mars, CODEPINK et d’autres marcheront vers la base de la Marine de Quantico pour soutenir Bradley Manning. Vous pouvez signer la pétition de CODEPINK qui demande au président Obama la grâce de Bradley Manning.

Pour consulter l’original : http://www.counterpunch.org/benjami...

Traduction : D. Muselet pour Le Grand Soir

EN COMPLEMENT :

le site de soutien à Bradley Manning : http://www.bradleymanning.org/fr

soutien financier : https://co.clickandpledge.com/sp/d1...

Lui écrire :

Bradley Manning
c/o Courage to Resist
484 Lake Park Ave #41
Oakland CA 94610
USA

URL de cet article 13021
http://www.legrandsoir.info/Le-calvaire-de-Bradley-Manning-Sous-Obama-il-vaut-mieux-commettre-un-crime-de-guerre-que-d-en-reveler-un-Counterpunch.html



4 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

4-1 Afghanistan : Dix ans de combats pour quels résultats ?

Ndlr : La publication de l’analyse doit être vu comme information.

Dix ans de combats, la résistance a reculé, mais les progrès, selon le général Patraeus, commandant en chef des forces de l’OTAN en Afghanistan demeurent incertains, fragiles et possiblement réversibles.

Le transfert des compétences militaires aux forces de sécurité afghanes est bien prévu pour cette année, avec un début opérationnel dès le début du printemps dans des provinces pas encore nommées pour ne pas orienter la résistance sur les opérations en cours. Les progrès observés l’ont été grâce à un supplément de troupes au sol déployées par Obama ces derniers mois afin de sécuriser au plus vite les zones qui seront reprises par les forces afghanes dès le printemps et la totalité des zones d’ici juillet 2011, date butoir d’un retrait possible des forces américaines, donc de l’ISAF , donc des forces françaises. Mais ces renforts ont favorisé la recrudescence de points d’accrochages avec la résistance, donc de pertes humaines.

Ce que feront les Afghans de ces zones réputées sécurisées nul ne peut le dire mais ce qui est prévisible, si on s’en tient au discours du général Patraeus, c’est que des retournements de situations peuvent avoir lieu et que les territoires gagnés sur la résistance se perdent à nouveau du fait de facteurs dès aujourd’hui visibles et palpables : notamment les compétences et expertises militaires « un peu justes » des militaires afghans, certes formés mais pour la plupart peu instruits et pas forcement enclins à choisir durablement la carrière militaire, attirés par un changement de camp et une vie facile.

Le retrait n’exclut pas les perspectives de nouveaux combats contre les insurgés mais le fond du problème, c’est aussi le traitement des zones de replis des résistants, zones en territoire pakistanais que rejoignent les insurgés après leurs actions combattantes en Afghanistan sans être véritablement inquiétés. La diplomatie fait état de collaboration avec les autorités pakistanaises, l’armée en particulier, pour intercepter les bandes armées en repli, ce qui arrive, sporadiquement seulement. Mais, chut, le sujet est tabou, le Pakistan ne plaisante pas avec le terrorisme.

Le retrait des forces de l’OTAN devrait, théoriquement, d’ici 2014, rendre impossible toute fixation d’Al-Quaïda sur le sol afghan, objectif premier pour la passation des pouvoirs. Au-delà de 2014, nous restons sur une idée de collaboration visant à empêcher toute velléité de retour des résistants ; objectif ambitieux si on considère les résultats obtenus en 10 années de guerre et l’opérationnalité hypothétique d’une armée afghane en remplacement de l’OTAN. Pas besoin d’être grand clerc pour avancer un avis : ce ne sera pas facile pour les afghans. La solution passera peut-être par une intégration des résistants aux affaires de l’état afghan sans le volet islamiste dur ou par une prise de pouvoir pure et simple à laquelle nous ne pourrions nous opposer.

En tout cas, le jour ou nous transmettrons le flambeau aux forces afghanes, la résistance ne seront ni vaincus ni détruits et resteront en capacité de combattre ; ils ne s’en priveront pas. Si l’Afghanistan, au lendemain de notre départ, viendrait à tomber aux mains des résistants, la bonne question sera de se poser si nous sommes en face d’un problème de nature stratégique ou au contraire strictement interne à une région qui ne représenta aucun danger pour notre sécurité. La reprise de nos positions, en Afghanistan par d’autres forces, non-occidentales, ne semble pas probable, qui aurait vraiment envie de s’enliser dans cette nasse ? Je pense, au contraire, que la résistance seront assez malins pour ne pas nous poser de problème direct afin qu’on les laisse s’approprier le pouvoir à Kaboul se sachant sous la menace directe de missiles de croisière pouvant troubler leurs petites affaires afghanes.

En nous retournant sur ce que nous venons de quitter il nous faudra éviter le fantasme d’un pays reconstruit, modernisé, structuré, les petites filles dans les écoles et les gentils papas barbus tenir la porte des supermarchés à leurs mamans chargées de consommables désormais accessibles et admettre que nous avons échoué. Nous quitterons et laisserons un pays dévasté par les bombes, l’ignorance et l’obscurantisme sans autre avenir que survivre au jour le jour.

La présence de nos soldats, sur le sol afghan, est de plus en plus mal ressentie par les opinions, aux USA davantage qu’en France, mais liés que nous sommes aux actions américaines dans ce pays, nous suivrons le mouvement de cette impopularité et finirons par repartir en nous demandant : pourquoi ? Parce que nous ne comprenons toujours pas le lien entre la résistance qui menacent le pouvoir à Kaboul et les actions terroristes sur nos sols occidentaux. Je pense que la menace a évoluée, les camps d’entrainement des terroristes, il y a quelques années, étaient bien situés en Afghanistan mais depuis, se sont déplacés dans d’inaccessibles zones montagneuses pakistanaises. L’étau dans lequel sont pris la résistance, celui de l’OTAN et celui du Pakistan a empêché l’exportation du terrorisme résistant et je crois que l’objectif, de ce point de vue, a été atteint. La résistance se sont fixés d’autres objectifs, tels que le retrait de l’OTAN, on y arrive, et la voie libre à une reconquête du pouvoir sans main mise étrangère.

http://www.armees.com/info/actualites/afghanistan-pour-quels-resultats,39589.html


4-2 Jean-François Racine, Alexandre Poirier : La mort reste un sujet tabou au sein des troupes.

Les militaires canadiens qui ont perdu des frères d’armes en Afghanistan se souviendront longtemps de ces pertes humaines même si, de retour chez nous, ils voudront chasser ces images de guerre qui s’incrustent dans leur mémoire.

Les témoignages de ces soldats qui ont connu le combat sont nombreux. Les récits les plus durs et les plus crus ne peuvent être publiés.

Les confidences sont nombreuses

Depuis l’arrivée des troupes en Afghanistan en 2002, 154 (ndlr : officiellement) militaires canadiens ont trouvé la mort en terre afghane. Dans cette «loterie de la mort», tout le monde espère que les numéros perdants ne seront plus tirés. Le dernier à tomber au combat, Steve Martin, a perdu la vie en décembre dernier.

Sur une base de Panjwai, un monument géant a été érigé avec le drapeau national peint sur la roche et les pierres à la mémoire des disparus.

Difficile de trouver un volontaire qui veut accompagner le Journal.

Distance nécessaire

«Il faut que la mission continue. Tous les soirs, on se regarde inconsciemment et on se dit que peut-être le lendemain nous allons revenir et l’un de nous ne sera pas là. Malheureusement, on ne peut pas s’arrêter à des décès ou des blessures. Il faut aller sur le terrain. Il faut contrer notre peur et se dire: c’est fini, on tourne la page», raconte le caporal-chef Alexandre Poirier, qui a accepté cette courte visite sur le site aménagé à flanc de montagne.

Au total, après trois missions, le solide gaillard de 35 ans aura vécu 23 mois en Afghanistan. Il aura passé près de deux ans de sa vie à se déplacer sur les routes minées. Il connaît mieux le pays que quiconque.

Impossible de sortir

«Oui, c’est dur. Dans des événements semblables, on ne peut pas s’extérioriser. Pris entre quatre murs, c’est impossible de dire qu’on va sortir pour ventiler un peu. Il y a beaucoup de monde qui garde tout ça à l’intérieur d’eux. C’est ce qui fait qu’au retour parfois, ça ne se passe pas toujours de la bonne façon. Je pense personnellement que les gens devraient être informés des blessés. Il y a eu un décès au mois de décembre, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a rien eu depuis.» Les soldats sont souvent prisonniers de leur esprit. Les dirigeants aussi hésitent à parler des pertes. «Je ne suis pas à l’aise. Personne n’arrive à trouver les bons mots. Chacun a sa manière différente de le vivre. Il se crée un silence tellement lourd quand une tragédie survient.»

Alexandre Poirier

Jean-François Racine
Agence QMI

16/03

http://fr.canoe.ca/infos/international/archives/2011/03/20110316-230127.html


4-3 Les photos de la «kill team» américaine en Afghanistan.

Les forces américaines en Afghanistan s’attendent à de possibles émeutes déclenchées par la publication de photographies montrant des «trophées de guerre» pris par des soldats américains posant avec les corps de civils afghans qu’ils ont eux-mêmes tué.

Der Spiegel a publié dans son édition parue lundi 21 mars trois photos qui montrent les sévices de soldats américains en Afghanistan. Les deux photos montrant des soldats américains souriant avec un cadavre font partie d’un lot de plusieurs centaines de clichés utilisés dans le procès de ces soldats, accusés de meurtre sur des civils en Afghanistan en 2010 et que l’armée voulait garder secrets à tout prix. Ces photos étaient protégées par un ordre de protection judiciaire qui en interdisait la publication dans les médias.

La troisième photo n'est pas une pièce du procès, précise Der Spiegel, mais fait bien partie de la collection d'un des soldats accusés.

Des responsables de haut niveau de l’Otan à Kaboul ont comparé les photos publiées par Der Spiegel à celles de la prison d’Abou Ghraib en Irak qui avaient déclenché des vagues de manifestations anti-américaines à travers le monde, rapporte The Guardian. Ils craignent que les photos aient un impact négatif encore plus grand sur l’image des Etats-Unis dans le monde arabe.

Selon Der Spiegel, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a déjà appelé son homologue afghan pour discuter des photos. Le journal allemand estime que «l’affaire pourrait porter un coup aux relations américano-afghanes à un moment où les deux pays négocient l’établissement de bases militaires américaines permanentes dans le pays.»

Les activités de la «kill team» comme l’appellent les médias américains étaient déjà connues du public: 12 hommes sont actuellement jugés à Seattle pour leur implication dans le meurtre de trois civils afghans. Cinq d’entre eux sont accusés de meurtre avec préméditation après avoir essayé de faire passer des meurtres pour des actes de légitime défense contre des Résistants. Certains soldats sont également accusés de mutilation de cadavres, possession d’images de victimes et consommation de drogue. Ils risquent la peine de mort ou la prison à perpétuité.

L’armée américaine a estimé dans un communiqué publié dimanche 20 mars que les photos étaient «répugnantes pour nous en tant qu’être humains et contraires aux normes et aux valeurs de l’armée américaine», rajoutant:

«Nous nous excusons pour le grand désarroi occasionné par ces photos. Les actes décrits par ces photos font l’objet d’une enquête et sont le sujet d’une procédure devant la cour martiale dans laquelle les accusés sont présumé innocents jusqu’à preuve de leur culpabilité.»

http://www.slate.fr/lien/35909/photos-kill-team-afghanistan

 

2eme article

L’armée américaine s'excuse pour des photos d'exactions. [sic]

L'armée américaine s'est excusée officiellement lundi "pour la souffrance" provoquée par des photos montrant des exactions qui auraient été commises par des soldats américains en Afghanistan.

"Nous présentons nos excuses pour la souffrance que provoquent ces photos", a indiqué l'armée dans un communiqué.

L'hebdomadaire allemand Der Spiegel a publié lundi trois photos à charge contre des soldats américains accusés d'exactions en Afghanistan, dont il affirme que le Pentagone voulait empêcher la publication.

Sur deux des clichés, deux soldats américains se tiennent à côté d'un cadavre qui serait celui d'un civil assassiné délibérement par leur unité et lui tirent la tête par les cheveux, comme un trophée.

Une douzaine de soldats de cette unité ont été poursuivis par la justice militaire et cinq d'entre eux doivent passer en cour martiale, selon le journal.

Selon l'accusation, les cinq soldats auraient organisé pour s'amuser le meurtre de trois civils afghans entre janvier et mai 2010, pendant leur déploiement dans la province de Kandahar (sud), et auraient, pour certains d'entre eux, démembré des corps, conservé des parties de cadavres et pris des photos aux côtés des dépouilles.

Une troisième photo montre les cadavres de deux victimes, assises dos à dos, devant un blindé. Selon l'hebdomadaire, elle était en possession d'un des accusés.

Les agissements montrés sur ces photos "nous répugnent en tant qu'êtres humains et sont contraires aux principes et aux valeurs de l'armée des Etats-Unis", ajoute l'armée dans son communiqué.

Ces actions font l'objet d'une enquête et une procédure est en cours devant une cour martiale, confirme le texte. "La procédure de la cour martiale est assez parlante", indique l'armée. "Les photos semblent en forte contradiction avec la discipline, le professionnalisme et le respect qui ont caractérisé (l'action) de nos soldats pendant près de dix ans d'opérations" en Afghanistan.

Der Spiegel affirme que le Pentagone a tout fait pour éviter le publication des photos, craignant qu'elle ait le même effet que les photos prises par les gardiens américains de la prison d'Abou Ghraib, en Irak, qui torturaient et humiliaient leurs prisonniers pour le plaisir.

"Nous n'en publions qu'une infime partie, trois sur quelque 4.000 photos et videos, juste ce qui est indispensable pour raconter l'histoire d'une guerre qui a commencé avec les meilleures intentions, qui devait chasser les terroristes d'Al-Qaida d'Afghanistan, qui était autorisée par un mandat de l'ONU, mais qui est depuis longtemps devenue une autre guerre", écrit le magazine. 

21 mars

AFP,

3eme article

Pourquoi les soldats mutilent-ils les corps de leurs adversaires?

Les agissements d'une poignée de soldats américains en Afghanistan ne sont que les derniers de la longue histoire des pratiques de découpe et de prélèvement de corps.

Jeremy Morlock, un des soldats accusés du meurtre de trois civils afghans, a été condamné mercredi 23 mars à 24 ans de prison après avoir plaidé coupable. Il devient le premier des cinq soldats jugés par un tribunal militaire à être condamné, quelques jours après la publication par le journal allemand Der Spiegel de photos des accusés posant avec une de leurs victimes. Cet article revient sur la longue histoire des mutilations en temps de guerre et les raisons qui poussent les soldats à commettre de tels actes.

Der Spiegel a publié dans son édition parue lundi 21 mars trois photos montrant notamment deux soldats américains en Afghanistan posant avec le corps d’un civil afghan qu’ils sont suspectés d’avoir tué. Les documents font partie d’un lot de plusieurs centaines de photos utilisées dans le procès de 12 soldats accusés notamment de meurtre et de mutilation de cadavres ou encore d’avoir conservé des doigts, des os de jambe, un crâne et des dents prélevés sur des corps afghans comme des trophées de guerre en Afghanistan en 2010. 

De tels actes peuvent paraître difficiles à croire venant des soldats d'une armée moderne et encadrée, mais ils ne sont pas l’apanage des soldats américains, et n'ont rien de nouveau. En fait, les découpes et autres prélèvements de parties de corps humain en temps de guerre sont aussi vieilles que la guerre elle-même, et on en retrouve des traces dans les sociétés préhistoriques.

Dans les caves d’Ofnet, en Bavière, des archéologues ont retrouvé 34 crânes, sans leurs corps, disposés en cercle, datant du mésolithique, donc d’au moins 4.000 à 5.000 ans. Ils ont tous été fracturés par un objet, et sont la preuve de l’existence de «violences interpersonnelles et de conduites guerrières». L’anthropologue Lawrence Keeley écrit ainsi: «tous les témoignages confirment la pratique de l’homicide depuis l’apparition de l’homme moderne et les traces de l’activité guerrière sont archéologiquement décelables partout depuis dix mille ans». Il estime que la guerre dans les sociétés primitives était plus fréquente, plus destructrice et plus violente que la guerre moderne, contrairement à ce que l’on a longtemps cru. La pratique de prise de scalp, qui est souvent associée aux Indiens d’Amérique, a même été évoquée par l’historien grec Hérodote à propos des Scythes en 440 avant JC.

La décapitation a quant a elle été pratiquée sur tous les continents à des périodes différentes, de la Chine à l’Amazonie en passant par les Celtes. Au XIVe siècle, le guerrier turco-mongol Tamerlan érigeait des tours avec les crânes des milliers de victimes de ses massacres. Lors de celui d’Isaphan, ville qui se situe dans l’actuel Iran, il aurait construit 35 minarets de 2.000 crânes chacun. Plus proche de nous, l’Empire ottoman fit construire une tour avec 952 crânes serbes après la bataille du mont Čegar en 1809.

Actes culturels

Pourquoi ces pratiques se retrouvent-elles de manière quasi-systématique, à échelles différentes, sur les champs de bataille?

On ne peut trouver une seule et même raison qui pousse les combattants à prélever des membres sur leurs adversaires: «ces pratiques sociales sont toujours à remettre en contexte, et l’interprétation symbolique de ces actes doit tenir compte de la culture particulière et de nombreux facteurs», explique Christian Ingrao, directeur adjoint à l'Institut d'histoire du temps présent (CNRS). De la même manière que la guerre est un «acte culturel» comme l’écrit Stéphane Audoin-Rouzeau, directeur d’études à l’EHESS spécialiste de la Première guerre mondiale, dans La Violence de guerre 1914-1945, «les manières de s’emparer des corps, de les tordre, de les découper, constituent des actes culturels à part entière, à travers lesquels l’exécutant exprime quelque chose de sa propre identité», écrit Jacques Sémelin dans Purifier et détruire.

La prise de scalp illustre bien les différentes significations que peut revêtir une même pratique. Les historiens américains débattent encore aujourd’hui de l’origine de la pratique sur leur continent. Selon une théorie récente, et contrairement à l’idée communément acceptée, il ne s’agirait pas d’une pratique ancestrale des Indiens mais d’une importation des Européens. Une chose est sûre, les Européens ont bel et bien poussé les Indiens à scalper leurs adversaires pour «établir un contrôle des pertes adverses et constater l’efficacité de leurs alliés autochtones, tout en les incitant à combattre plus durement» en offrant une prime pour chaque scalp ennemi, comme l’écrit l’historien David Cornut.

L’incitation à la découpe des corps adverses n’est pas un cas isolé chez les Européens: la Commission d'Enquête internationale dépêchée au Congo Belge a reconnu au début du XXe siècle que des soldats noirs avaient reçu pour consigne de couper les mains des indigènes qu'ils avaient tués afin de prouver qu'ils avaient fait bon usage des cartouches qu'on leur avait distribuées, comme preuve que des combats avaient eu lieu.

Mais les traces de scalp dans la culture indienne datant de bien avant l’arrivée des Européens et le fait qu’il existait de nombreux rituels autour de la pratique qui auraient difficilement pu être importés par les blancs remettent sérieusement en doute la théorie selon laquelle les occidentaux auraient importé la pratique. Quoiqu’il en soit, le scalp a revêtu un aspect froidement fonctionnel pour les Européens tandis qu’il revêtait une signification spirituelle pour les Indiens.

Différence entre violence et cruauté

L’exemple du scalp montre en tous cas qu’il faut bien distinguer la violence – même extrême – et la cruauté sur le champ de bataille. Si les Européens paient leurs alliés pour prendre des scalps, c’est d’abord pour mesurer et augmenter leur efficacité, et non pas par pure cruauté. La violence a ici un but autre qu’elle-même. De la même manière, l’exécution de prisonniers ou blessés de guerre, pratique répandue bien que contraire aux règles de la guerre, peut apparaître comme un acte de violence gratuite. Mais pour les Allemands qui exécutent 600.000 captifs russes sur le champ en quelques mois lors de l’opération Barbarossa (1941-1942), la logique fonctionnelle est bien réelle, ces derniers représentant une menace potentielle.

Avec la cruauté au contraire, la violence devient une fin en soi: «il ne s’agit plus seulement de détruire l’ennemi pour la menace qu’il représente, mais d’infliger de la douleur, de profaner son humanité, de jouir éventuellement de l’infliction de cette douleur et/ou de cette profanation», écrit Stéphane Audoin-Rouzeau.

Seconde Guerre mondiale

Lors de la Seconde Guerre mondiale, le front de l'est et la guerre du Pacifique ont été deux théâtres particulièrement sanglants où les violences entre soldats adverses ont atteint des niveaux très élevés. Sur le front de l’est, les pratiques de cruauté sont dans la continuité de ce qui s’est passé en 1914, où l’énucléation, l’ablation des oreilles, du nez, de la langue, des doigts, des ongles, des organes sexuels ou encore de la peau infligées par les Allemands aux soldats russes sont retrouvées de manière récurrente.

De manière générale, quatre emplacements du corps sont «systématiquement visés» lors des atteintes au corps adverse: l’abdomen, l’appareil génital, la main (section des phalanges, des doigts ou du poignet) et le visage. Ce dernier est le «lieu privilégié d’une gamme de gestuelles très variées», écrit Stéphane Audoin-Rouzeau dans Combattre, un ouvrage consacré à l’anthropologie historique de la guerre moderne. Toutes ces pratiques ont un objectif commun: la déshumanisation de l’adversaire en profanant des organes qui représentent justement l’humanité d’une personne comme la main, le visage ou le sexe. Le martelage complet de la face, qui se retrouve dans de nombreux films de guerre, a ainsi pour but de la rendre méconnaissable, et donc inhumaine.

Animalisation

Encore plus que la déshumanisation, c’est l’animalisation de l’ennemi que l’on retrouve dans ces pratiques. Ainsi, plusieurs cas de corps suspendus par les pieds, vidés de leur sang, énucléés, en partie dépouillés de leur peau, parfois éventrés ont été recensés lors des deux guerres mondiales sur le front de l’est, rappelant clairement la mise à mort des lapins ou des porcs, d’autant plus que de tels actes sont souvent commis dans des lieux réservés à l’élevage d’animaux.

Etrangement, ces pratiques déshumanisantes étaient beaucoup moins nombreuses sur le front de l’ouest. Une explication est la dévalorisation ethnique de l’adversaire sur le front de l’est qu’on ne retrouve pas sur le front de l’Ouest, où les deux camps «partageaient un sentiment d’appartenance à une humanité commune», malgré l’hostilité et la violence des combats, comme l’écrit Stéphane Audoin-Rouzeau. Cette différence montre bien en tous cas que chaque conflit, et même chaque théâtre de guerre, doit être appréhendé en gardant à l’esprit les nombreux facteurs qui le rendent unique. 

Dans le vocabulaire militaire, les références à la chasse sont également omniprésentes. Jusqu’à récemment, il existait des «commandos de chasse» de l’armée française, et il existe encore aujourd’hui un «régiment de chasseurs parachutistes.» Dans la culture populaire, la frontière poreuses entre chasse et guerre a été abordée à de nombreuses reprises, par exemple dans des films comme Voyage au Bout de l’Enfer ou plus Predator.

Si l’adversaire se transforme souvent en gibier que l’on traque et que l’on tue selon les rites de la chasse, il peut aussi devenir un animal de bétail. Les grandes marches de la mort infligées par les Japonais aux prisonniers américains en 1942 ou aux Français à Dien Bien Phu en 1954 (600 km en 40 jours) transforment symboliquement les prisonniers ennemis en d’immenses troupeaux d’hommes.

Le champ de bataille

Stéphane Audoin-Rouzeau souligne le rôle du champ de bataille et de l’environnement sur les représentations construites par les combattants d’eux-mêmes et de leurs adversaires. La jungle par exemple dé-modernise la guerre, en ce qu’elle aveugle l’aviation et empêche l’utilisation de blindés, et favorise le rapprochement guerre-chasse: les lieux privilégiés sont «ceux où le sentiment d’altérité de celui que l’on combattait fut particulièrement marqué», comme le front de l’est, le Pacifique, la Corée, l’Indochine, le Vietnam, l’Irak même.

Christian Ingrao explique:

«La symbolique de la chasse est liée à l’expérience qu’ont les soldats sur le terrain. Quand ils sont dans la forêt ou la jungle et qu’ils sont persuadés que leur ennemi n’est pas tout à fait un être humain, ils se servent de leur référent pour développer des représentations, en l’occurrence l’animalité sauvage. A partir de ce moment là, leur guerre s’apparente à la chasse.»

L’animalisation est toujours dans l’air aujourd'hui, poursuit l’historien:

«Il n’y a qu’à voir comment Lynndie England traite les prisonniers à Abu Graib sur les photos qui ont fait le tour du monde: elle les met à quatre pattes et leur met des laisses autour du cou. La porosité entre monde animalier et ennemi est toujours là. En Afghanistan, il y a des opérations de ratissage, on est dans un imaginaire de chasse. Certes, on a abandonné la doctrine «search and destroy», on essaie de tuer moins de civils, mais il y a toujours quelque chose de cet ordre.»

La guerre du Pacifique

La guerre du Pacifique a été le théâtre de pratiques particulièrement cruelles entre Japonais et Américains. Les pratiques des Américains sur le théâtre du Pacifique sont uniques: les Gis y ont gardé, parfois collectionné, des parties humaines prélevées sur les adversaires à grande échelle. Les témoignages de vétérans de la guerre, notamment celui de Eugene Sledge sur lequel se sont basés de nombreux historiens (et la série The Pacific, produite par Tom Hanks et Steven Spielberg), offrent un aperçu particulièrement détaillé des pratiques américaines.

Les soldats américains ont non seulement prélevé des crânes, des oreilles, des phalanges ou encore des mains entières mais les ont également cas conservé, de manière tellement répandue que le commandant en chef de la flotte américaine dans le Pacifique a donné l’ordre suivant à ses troupes dès septembre 1942: «Aucune partie du corps de l’ennemi ne doit être utilisée comme souvenir.» Mais ces ordres sont restés lettre morte, et les Gis ont continué ce genre de pratiques tout au long du conflit. Des photos, dont l’une a été publiée dans le magazine Life, montrent des chars américains sur lesquels sont posés des scalps et des crânes adverses. Plusieurs cas d’envoi de crânes ennemis et autres parties de corps au pays ont également été documentés, parfois signés par l’expéditeur. Un soldat est même allé jusqu’à offrir un coupe-papier fabriqué à base d’ossements au président Roosevelt en 1944.

Les Américains préfèrent souvent expliquer leurs pratiques comme une réaction au fanatisme et la férocité de l’adversaire japonais. C’est un des thèmes explorés dans The Pacific, qui raconte la guerre du Pacifique du point de vue des soldats américains. Le respect des règles du bushido (le code de l’honneur des samouraïs, selon lequel la reddition est un déshonneur suprême) par les troupes japonaises signifiait que les prisonniers américains n’avaient aucune valeur. Les Japonais avaient une dévotion totale à leur cause qui avait de quoi effrayer leurs ennemis. «La violence de l’adversaire détermine aussi sa propre violence», confirme Christian Ingrao.

Mais la contre-violence n’explique pas à elle seule les pratiques des soldats américains. Une fois de plus, l’assimilation des Japonais à une «race» inférieure dont la sauvagerie est native, les troupes américaines allant même jusqu’à les considérer comme des «singes anthropoïdes», a certainement facilité «la mise en œuvre d’une large gamme de pratiques de chasse à leur encontre» (liquidation au lance-flammes des soldats qui se rendent, «concours de tirs» sur des prisonniers, chasses à l’homme dans la jungle…).

La superstition, voire la magie, expliquent aussi le prélèvement de trophées de guerre sur les corps adverses. «Il semble bien que ces parties prélevées soient investies par leurs possesseurs d’une vertu propitiatoire en fonction des combats futurs qui restent à affronter», écrit Stéphane Audouin-Rouzeau dans La Violence de guerre 1914/1945. Le doigt ou la main adverse devient une sorte de porte-bonheur que l’on garde sur soi pour les prochains combats.

Et aujourd'hui?

Après la guerre du Pacifique et celle du Vietnam, le procès des soldats américains pour leurs agissements en Afghanistan peut poser la question: les Gis ont-ils une propension particulière à la violence sur les corps adverses? Rien ne le prouve: les Français ont par exemple commis leur lot de mutilation lors de la Guerre d’Algérie. Interrogé sur d’éventuelles exactions de soldats français au cours de l’histoire récente et des procédures en cas de soupçons, le ministère de la Défense répond:

«A notre connaissance, de telles pratiques n'ont jamais été le fait de soldat français. A n'en pas douter, si cela se produisait, les coupables seraient sanctionnés, sans préjuger des suites judiciaires.»

Pour Christian Ingrao, si les cas américains sont plus visibles, c’est peut-être parce que la démocratie du pays fonctionne bien et que les agissements des soldats font tout de suite l’objet d’enquêtes et sont traitées dans les médias.

Grégoire Fleurot


4-4 Wikileaks: le soldat Manning décrit les mauvais traitements qu'il dit subir.

Le soldat américain Bradley Manning, inculpé et détenu pour avoir transmis à Wikileaks des milliers de documents secrets américains, a détaillé cette semaine dans une note de 11 pages les mauvais traitements dont il se dit victime.

Ce document que l'AFP a pu consulter a été adressé jeudi aux autorités militaires dans le cadre de la plainte déposée par le soldat détenu sur la base de Quantico, en Virginie (est).

Le plaignant y affirme que les autorités militaires chargées de son cas ont abusé de leur autorité en le classant comme détenu à risque, susceptible d'attenter à son intégrité physique et en demandant des conditions de "sécurité maximale".

Il a ajouté que son dossier montrait un comportement exemplaire de sa part en détention et que des psychiatres avaient recommandé à plusieurs reprises qu'il ne soit plus placé sous haute surveillance.

"Avec les restrictions actuelles, en plus d'être mis à nu le soir, je suis maintenu à l'isolement", écrit M. Manning. Selon le document, depuis le 2 mars, le soldat doit remettre aux gardiens la totalité de ses vêtements, y compris son caleçon, ce qui n'était pas le cas auparavant.

"Vingt-trois heures par jour, je suis seul dans ma cellule. Les gardes m'observent toutes les cinq minutes pendant la journée et me demandent si ça va. On me demande de répondre par l'affirmative", ajoute le soldat.

"La nuit, si les gardes ne peuvent me voir distinctement, à cause d'une couverture que j'ai sur la tête ou si je suis tourné vers le mur, ils me réveillent pour s'assurer que ça va", précise encore M. Manning.

Il indique également qu'on lui a interdit d'avoir avec lui dans sa cellule des effets personnels, qu'il peut seulement lire un seul livre ou magazine à la fois qu'il doit rendre à la fin de la journée, et qu'il n'est pas autorisé à faire de l'exercice dans sa cellule.

"Si j'essaye de faire des pompes, des abdominaux ou toute autre forme d'exercice, les gardes m'obligent à m'arrêter. Je n'ai droit en fait, qu'à une heure d'exercice par jour en dehors de ma cellule", explique-t-il en précisant que l'exercice consiste à marcher dans une pièce vide.

Agé de 23 ans, cet ancien analyste de renseignement en Irak est enfermé depuis juillet 2010. Il est soupçonné d'avoir fourni à WikiLeaks, qui les a ensuite rendu publics, des documents militaires américains sur les guerres en Irak et en Afghanistan, et des milliers de câbles diplomatiques du département d'Etat.

Il risque la prison à vie.

12/3

AFP



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  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

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