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30/03/2011

n°475 - Afghanistan : Les dossiers - 29-03 - Suite - Les U.S.A. fabriquent les terroristes qu’ils prétendent ensuite combattre

n°475 - Afghanistan : Les dossiers - 29-03 -   Suite  - Les U.S.A. fabriquent les terroristes qu’ils prétendent ensuite combattre



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



Afghanistan 

Les dossiers

n°475 du 29-03

C.De Broeder & M.Lemaire

 



 Le "Afghanistan le dossier" est  visible  sur mes blogs : 

a)   sur nos blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

c) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

 

d) un sommaire à :  http://www.palestine-solidarite.org/journaux.CathyetMarc.htm

cette page est accessible depuis la page d'accueil ( http://www.palestine-solidarite.org/ ) colonne de gauche.

NB : Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Sommaire :  

2 Dossiers

2-1 CASSE-TÊTE POUR LE FBI, Le terroriste a-t-il un profil-type?  

2-2 morice : En Afghanistan comme au Pakistan, les U.S.A. fabriquent les terroristes qu’ils prétendent ensuite combattre…

2-3 Tara Mckelvey : A l’intérieur de la machine à tuer (In the killing machine).


2 Dossiers

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

2-1 CASSE-TÊTE POUR LE FBI, Le terroriste a-t-il un profil-type?  

Les spécialistes pensent que le FBI applique des théories réductrices qui ne correspondent pas aux observations du gouvernement.
C’est dans une conjoncture particulière, marquée par de multiples révoltes populaires dans le Monde arabo-musulman où l’on note un rôle très timide pour ne pas dire insignifiant des formations et partis politiques à caractère islamiste, que les Etats-Unis d’Amérique s’appliquent à lancer un débat sur la dérive islamiste.
Aux Etats-Unis, certains cercles tentent de réaffirmer par ce débat que le profil d’un futur terroriste cadre avec le port d’une barbe et l’attachement à la religion musulmane. Des critères complètement dépassés et absolument absurdes pour certaines sources sécuritaires qui confient que la religion et le port de la barbe ne confirment en aucun cas le profil d’un futur terroriste soulignant que les juifs integristes portent aussi la barbe.
Ce débat continue, en fait, d’asseoir des fausses théories sur des bases peu crédibles. Mais contrairement à ce concept qui vise à stigmatiser les musulmans, un centre de recherche américain indique que le processus menant à la radicalisation demeure très complexe et un cliché typique d’un futur terroriste ne peut pas être déterminé aussi facilement. C’est dire que les Américains sont plus conscients et balayent l’idée de l’assimilation du musulman au terrorisme.
Le Brennan Center for Justice de la New York University, vient de publier un rapport dans ce sens, à la veille même de la tenue par la Chambre des représentants américaine d’une audience très controversée concernant la radicalisation de la communauté musulmane. Dans ce rapport, indique l’AFP, on démonte complètement les conclusions simplistes sur le sujet, intitulé «Repenser la radicalisation» en faisant le point sur la recherche en matière de terrorisme made in USA. Depuis le 11 septembre 2001 le terrorisme menace les USA surtout que ce pays a été la cible de plusieurs tentatives terroristes dont les auteurs sont nés ou naturalisés américains. Dans ce contexte, une spécialiste des libertés civiles des musulmans aux USA, Faïza Patel souligne: «Une opinion peu étayée, réductrice sur «comment les gens deviennent terroristes» a gagné une légitimité injustifiée dans certains cercles antiterroristes» et d’ajouter: «Etant donné le caractère fragmentaire et contradictoire des connaissances, un observateur extérieur peut difficilement évaluer qui a raison dans ce discours ambiant.» La spécialiste ne manquera pas d’indexer le FBI et le Nypd (département de la police de New York) jugeant que leurs théories sont indûment réductrices et ne répondent pas aux observations et notes du gouvernement, ni aux nombreuses études des experts en sciences sociales et en psychologie. Contrairement à ceux-là qui se basent sur une étude plus scientifique fondée à partir d’analyses psychologiques et psycho-sociales, le FBI et le Nypd, «la dérive peut être stoppée dès ses débuts par des agents formés pour déceler les bons signes».
Une théorie qui ne s’aligne pas sur les principes actuels de la lutte antiterroriste, ni avec les nouvelles donnes intervenues. Pour des sources sécuritaires en Algérie, un futur terroriste peut ne pas avoir de religion. Toutefois, un sentiment de vengeance, un échec, une situation sociale ou une dépression survenue suite à un choc, sont autant de causes qui peuvent faire d’un être humain un terroriste en veille. Cette théorie est évoquée par des services qui jouissent d’une expérience incontestable dans la lutte antiterroriste et ayant pendant 20 ans étudié le profil d’un terroriste. Ces services concluent ainsi que le signe d’une barbe identifiant un musulman comme un terroriste devient complètement absurde.
Tenant compte de ce qui précède, Faïza Patel écrira qu’«il n’y a pas de personne-type qui deviendra un terroriste, pas de moyen de prédire l’avenir extrémiste de quelqu’un, et la pratique de l’Islam en elle-même ne conduit pas au terrorisme». Dans ce même contexte, un rapport du ministère de la Sécurité intérieure américain souligne: «Il n’y a pas de trajectoire-type menant à la radicalisation politique (...), la progression ne peut pas être réduite à une série invariable d’étapes de la solidarité vers l’extrémisme»
Mais il est toutefois à noter malgré l’incrédibilité de certaines notion, celles-ci continuent par le biais de la police à cibler la communauté musulmane aux USA et la spécialiste prévient: «Il y a un risque que le sentiment par lequel, les forces de l’ordre ciblent injustement les musulmans, ait un impact négatif sur la volonté de certains membres des communautés musulmanes de coopérer avec la police, notamment le FBI, et de le faire savoir dès qu’ils ont un soupçon ou une inquiétude.»
Ikram GHIOUA

10/03/2011

 http://www.lexpressiondz.com/article/5/2011-03-10/87036.html

 


2-2 morice : En Afghanistan comme au Pakistan, les U.S.A. fabriquent les terroristes qu’ils prétendent ensuite combattre

Il existait donc un Michael Headley bis...

... et il vient de se faire pincer au Pakistan, après une conduite assez extravagante qui ne cesse d'interpeller tous les observateurs. L'homme qui a été arrêté en effet à Lahore fin janvier dernier révèle en effet toutes les turpitudes des actions secrètes menées par la CIA et ses agents déguisés en mercenaires depuis des années dans le secteur. L'affaire Raymond Davis est en effet emblématique du jeu malsain entretenu dans une partie du monde qui est une pétaudière en puissance. 

L'homme, après avoir tué de sang froid en pleine rue deux pakistanais qu'il estimait menaçants, et être l'auteur d'un troisième décès indirect quand un fourgon de l'ambassade s'est rué dans la foule pour venir l'en extraire est en effet aujourd'hui dans de beaux draps. Arrêté par la police locale, il a été obligé de reconnaître qu'il travaillait bien pour Xe, à savoir Blackwater, et que sa principale occupation, outre d'aller repérer les cibles des tirs de Prédators, consistait aussi à avoir des liens fort privilégiés avec des groupes terroristes tel le Lashkar-e-Taïba (*), celui-là même qu'avait rencontré à plusieurs reprises Michael Headley, très certainement lui aussi membre de la CIA, rapatrié en express, jugé de façon expéditive et condamné à la perpétuité... comme d'autres l'ont été auparavant, et dont on n'a plus aucune nouvelle depuis des années. Davis faisait effectivement le même travail que ce lui à qui on a imputé la responsabilité des attentats de Mumbaï : autrement dit, son arrestation par la police pakistanaise est à prendre très au sérieux. Ce que fait aussi l'administration d'Obama, qui multiplie les contacts de haut rang pour le sortir de ce pétrin. L'affaire Davis est tout simplement révélatrice, trop révélatrice dirons-nous.

Tout ceci sent la plus complète fabrication : dans le Wall Street Journal, dans la sphère Murdoch depuis 2007, l'un des deux seuls quotidiens nationaux, on va aller assez loin en décembre 2008 pour tenter de dresser un tableau assez apocalyptique du mouvement terroriste, tout en minimisant les contacts réguliers qu'à pu avoir avec lui Headley, et en faisant le groupe ayant accueilli l'australien devenu résistant David Hicks, l'homme à la chaussure piégée, Richard Reid et Dhiren Barot, un indien converti aux thèses islamistes ayant préparé des attentats en Angleterre. Mais ce ne sont pas eux qui sèment le plus le doute dans cette histoire (quoique la thèse de la chaussure qui explose de Reid passe encore aujourd'hui pour une tentative grotesque davantage que pour une menace réelle d'attentat). Non, pour diaboliser au maximum le mouvement, le Wall Street Journal va faire du Lashkar-e-Taïba le groupe qui a aussi hébergé un autre "terroriste", caché dans une maison-refuge à Faisalabad au Pakistan, explique doctement le journal. Or, on sait aujourd'hui que Zubaydah n'avait que fort peu à voir avec Al-Qaida. La preuve : on a même jugé qu'il n'en n'avait jamais fait partie. Résultat, la charge s'effondre : en tentant de diaboliser le groupe, on pensait faire de même avec Headley, pour mieux l'escamoter après, discrètement. Patatras, ça s'effondre : Zubaydah n'a jamais été un ponte d'Al-Qaida !

L'homme a pourtant été présenté pendant des années comme étant le possible N°3 d'Al-Qaida, ou même comme l'avait affirmé John B. Bellinger III, "un planificateur du 9 / 11"... ou comme l'avait décrit Bob Grenier "Abu Zubaydah a été un entraîneur, un recruteur, comprenez un fabricant de bombes, un faussaire, un logisticien, et quelqu’un qui a fait les choses se fassent, et qui a fait fonctionner Al-Qaïda"... ce même Grenier refusant quelques années plus tard de reconnaître l’usage de mercenaires au sein de la CIA... au Pakistan, notamment. Je vous avais aussi décrit (ici et ) les dires d'un autre menteur en chef : Donald Rumsfeld, qui n'hésitait pas à faire dans l'emphase absolue à son propos : "Je ne pense pas qu’il existe le moindre doute qu’ un homme nommé Abou Zubaydah soit un proche associé d’Oussama ben Laden, et si ce n’est pas le numéro deux, il est très proche du numéro deux dans l’organisation. Je pense que c’est bien établi" déclare-t-il, en ajoutant qu’ Abu Zubaydah a été "un très haut responsable d’Al Qaïda qui a été intimement impliqué dans une série d’activités pour Al-Qaïda.". Zubaydah, torturé au point d'en devenir à demi-fou, avait en fait avoué tout ce qu'on voulait lui faire dire. Tout ce qu'on avait pu trouver sur lui de compromettant était d'avoir été présent dans le même camp (celui de Khalden) que celui où sévissait Ali Abdul Saoud Mohamed, alias Ali Mohamed, l'employé de la CIA formé à Fort Bragg, disparu depuis sa condamnation... comme Michael Headley, quel hasard ! En mars 2009, Zubaydah sera lui aussi jugé... et la justice américaine déclarera qu'il n’a eu"aucun rôle direct ou n’a fait progresser la connaissance des attaques terroristes du 11 Septembre 2001, "et qu’il n’était ni un "membre " d’Al-Qaïda, ni "officiellement lié à l’organisation terroriste"...

Zubaydah proprement sorti du discours habituel "membre éminent d'Al-Qaida", que reste-t-il d'Al-Qaida et des accusation du Wall Street Journal ? Une peau de chagrin. Qui se réduit de jour en jour. En revanche, on découvre que des agents de la CIA ont depuis des années des contacts avec des groupuscules terroristes, dont celui rendu responsable de l'attentat de Mumbaï. Après Michael Headley, sorti de son implication par une condamnation express d'où la presse a été exclue, voici que l'on tombe aujourd'hui sur son clone. Un dénommé Davis, dont le nom avait déjà été cité, mais avec un autre prénom, en 2008, pour les mêmes soupçons déjà et la même appartenance à Blackwater. Je vous ai déjà évoqué la situation ici-même. Craig ou Raymond, les deux profils d'espions sont strictement les mêmes. Et Davis comme Headley entretenait des liens avec le Lashkar-e-Taïba. Bref, il y a de fortes chances pour qu'on aie affaire au même individu et que son rôle consistait aux mêmes activités que celles que pratiquait Headley.

Au Pakistan, la CIA joue donc avec le feu depuis plus de quarante ans maintenant. Un homme y est devenu indispensable le même qui était à l'origine du soutien aux pires dictatures d'extrême droite "Hier, on apprenait que celui que Negroponte avait chouchouté venait d'être inculpé dans l'assassinat de Benazir Bhutto, imputé lui aussi au départ à...Al-Qaida (lire ici ce que j'avais écrit sur Musharraf... et Negroponte). J'avais à l'époque démonté la thèse du jeune islamiste comme auteur de l'attentat.  La leader rentrée d'exil avait bien reçu deux balles (sur trois tirs entendus) dans la tête et n'était pas morte des suites d'une explosion. La thèse de Musharraf. Hier je vous révélais les doutes sur l'assassinat de Sadate, où l'un des conjurés n'était autre que le fournisseur d'armes de Ben Laden, qui sortait tout droit de Fort Bragg ou de School of the Americas, alors que l'attentat avait été imputé aux islamistes proches du second d'Al-Qaida. Aujourd'hui, ce sont ceux sur le décès de Bénazir Bhutto qui resurgissent.

Les pakistanais, en 2008 avaient déjà découvert une chose fondamentale, vous avais-je dit. Qu'avaient-ils découvert ? Des choses bien particulières : "en mai, un diplomate américain a été pris sur le fait d'organiser une réunion entre un espion indien soupçonné et des fonctionnaires pakistanais, des seniors, dans l'intimité de sa maison. En juin, lorsque les fonctionnaires pakistanais ont fait face à Washington avec des preuves que les terroristes au Pakistan possédaient des armes américaines sophistiquées, les médias américains ont rapidement répondu en laissant sortir des histoires sur l' absence d'armes américaines dans des centres de formation des États-Unis en Afghanistan. Et maintenant, les rapports confirment que le sale bras du gouvernement des États-Unis - les mercenaires de Blackwater - se sont infiltrés dans les régions sensibles du Pakistan" notait le même Quraishi. C'était quoi ces armes "sopshistiquées" ? Des bombes au cyclotriméthylènetrinitramine, plus connu sous le nom de RDX, ou T4, un composant militaire comme celles ayant explosé... en Inde le 29 septembre 2008 à Malegaon et où était impliqué un officier de haut rang indien, le Lt Col Srikant Purohit. Arrêté, ce dernier avouera avoir fourni la bombe au RDX de l'attentat de 2007 du Samjhauta Express, qui avait tué 68 personnes, en majorité Pakistanaises... Headley n'est vraiment pas loin !!!  Pas loin du tout."

Tout cela a été décrit par le détail dans le livre "Obama’s Wars" de Bob Woodward du Washington Post, qui évoque l'entretien d'une véritable armée privée de mercenaires, et ce depuis 2002 environ, à savoir très tôt après l'invasion de l'Afghanistan. Des mercenaires chargés des attaques par drones, les mercenaires de Blackwater, comme l'avait avoué Léon Panetta (pour disculper encore une fois la CIA !). "Le gouvernement pakistanais, tout en condamnant officiellement ces attaques, en a été entièrement complice. Le livre de Woodward décrit une réunion entre l’ancien directeur de la CIA, le général Michael Hayden et le président pakistanais Asif Ali Zardari en novembre 2008 et au cours de laquelle les attaques par drones furent discutées. On rapporte que Zardari a pressé la CIA de continuer ses attaques, disant : « Vous vous faites du souci pour les dégâts collatéraux. Moi, cela ne me cause pas de souci. » Les révélations faites dans le livre Obama’s Wars ajoutent à la crise du régime Zardari, généralement détesté tant pour sa réponse extrêmement inadéquate aux inondations dévastatrices qui touchent le Pakistan, que pour sa collaboration avec la guerre des Etats-Unis en Afghanistan", écrit Tom Peters. Avoir recours à une firme privée de mercenaires pour armer les drones était un paravent parfait. En cas de problèmes ; la CIA serait automatiquement blanchie. On suppose que de l'autre côté le risque pris a dû être l'objet d'un tarif assez mirobolant accordé par le Pentagone...

Cela, et aussi la fourniture d'armes en provenance de l'Afghanistan, et pas en provenance des résistants : "Les fonctionnaires pakistanais ont recueilli ces derniers mois des tas de preuves qui suggèrent que les terroristes à l'intérieur du Pakistan ont reçu et continuent à recevoir des armes et un approvisionnement continu en argent ainsi que des formateurs provenant de sources inconnues, mais hautement organisées en Afghanistan. Un nombre important de ces armes est de fabrication américaine et israélienne. Les Indiens ont également ont de façon notoirement reconnue fourni des armes à des terroristes au Pakistan" écrivait le journaliste indépendant Ahmed Quraishi.

C'est bien pourquoi également tout sera donc fait, dans les semaines à venir, pour minimiser le rôle de ce Davis aux prénoms changeants et à l'étrange comportement. Un homme aussi lié à l'ambassade US de Karachi, au Pakistan, devenue aussi grosse que celle d'Irak, comme l'était Headley, dont une des compagnes avait dénoncé à l'ambassade indienne ses activités douteuses sans qu'il ne soit pour autant inquiété. Plus on s'achemine, et plus on découvre que celui qui vient de se faire condamner à mort en Inde, Mohammed Ajmal Amir Kasab, le seul survivant du lot de drogués à la coke et aux amphétamines qui avait attaqué à Mumbaï est bien le dindon d'une farce qui a été décidée et gérée lors des nombreuses visites d'Headley au Lashkar-e-Taïba. Headley, devenu inspecteur de la DEA, voyageant sans aucune contrainte dans le pays, et qui lors de son avant dernier périple avait visité des sites potentiels en compagnie d'un autre couple dont on n'a toujours pas retrouvé trace. Il s'appellerait Davis que ça ne serait plus qu'une demi-surprise aujourd'hui. 

Headley maître d'œuvre à Mumbaï, et Davis à Rawalpindi, à deux pas d'Islamabad ? C'est possible aussi : car le service d'ordre recruté par Bhutto était celui de... Blackwater, après qu'elle aît elle-même hésité à engager des gens d'Armor Group. L'homme qui avait révélé l'emploi de Blackwater était Rob Richer, ancien de la CIA et très proche du faucon Porter Goss, travaillant depuis pour... Blackwater. Richer avait même prévu la sortie d'un communiqué accusant un membre d'Al-Qaida (ce qui sera effectivement fait !) si un attentat se produisait, afin de masquer le nom de Blackwater, révèle en septembre 2010 le journaliste Jeremy Scahill !  J'avais à l'époque relevé l'inanité du lien entre Al-Qaida et l'assassinat de Bhutto. 

La thèse officielle voulant qu'elle n'ait pas été atteinte par balles, mais morte le crâne fracassé en retombant dans sa voiture après une explosion de kamikaze. Si pas de kamikaze présent, pas d'islamiste à accuser, en effet ! Or, des vidéos retrouvées dès fin 2007 démontrent clairement qu'elle a bien été atteinte en pleine tête de deux balles, sur trois tirs effectués (et clairement entendus) à quelques mètres de sa voiture, les gardes de Blackwater laissant ouvertement libre un côté pour une fenêtre de tir évidente. Bhutto, qui avait des liens elle-même avec des islamistes, mais qui avait eu le tort d'affirmer qu'elle savait qui avait tué Ben Laden. Selon la presse, Bhutto aurait tenté de se trouver une autre protection après un premier attentat raté dont elle avait échappé de peu. En prenant contact avec... la CIA, paraît-il. Beaucoup de gens sont impliqués dans le mensonge sur sa mort, y compris Scotland Yard qui avait promis une enquête impartiale, Musharraf qui a fait nettoyer au Karcher la scène du crime le lendemain même de l'attentat... et même le mari de Benazir Bhutto, Asif Zardari, qui avait refusé l'autopsie.

Le cas Davis, décrit désormais clairement aux USA comme un espion, prend donc de l'ampleur, au fil du temps, avec notamment l'arrestation d'Aaron Dehaven, un second américain, travaillant lui pour la société Catalyst Services, ayant des contrats avec le Pentagone. Encore un bon poisson de pêché semble-t-il : Dehaven a épousé une femme de la la province de Khyber Pakthunkhwa, juste à la frontière de l'Afghanistan et il parle un Urdu parfait paraît-il : c'est suffisamment rare dans les services US pour être noté. Selon des informations, il travaillerait pour un dénommé Hunter Obrikat, de Sig Import, ayant son adresse à Charlotte, en Caroline du Nord. Un importateur de tapis pakistanais situé à Peshawar, qui représente le paravent parfait pour ce genre d'opérations ! Davis est bien un clone d'Headley : la presse pakistanaise a révélé qu'il avait dans son téléphone portable au moins 27 contacts avec des résistants pakistanais, dont un groupe sunnite appellé le Lashkar-e-Jhangvi, lié au Harakat ul-Mujahidin, le groupe de Masood Azhar à l'origine de la création du Jaish-e-Mohammed (ou JeM). Le groupe qui en 2001 avait attaqué le parlement à New-Delhi, en conjonction avec le... Lashkar-e-Taiba ! On est bien sur la même sphère de contacts qu'avait Michael Headley.

Comme le précisait un excellent texte de septembre 2009, de USAID à Xe, le chemin est parfois plus court qu'on ne croit ! "Est-ce que l'aide américaine vient avec des ficelles attachées derrière ?" dit la légende d'une photo où l'on voit l'Ambassadrice US au Pakistan, Anne Patterson, remettre symboliquement un plat hallal au Lt-Général Nadeem Ahmed, de l'armée pakistanaise... En fait, l'importateur de tapis servant de paravent à Davis à pour adresse Charlotte en Caroline du Nord. C'est de la même ville qu'est édité le journal de propagande "Jihad Recollections", pro-Al-Qaida, édité par Al-Fursan Media Foundation (Samir Khan). Un journal pro-terrorisme islamiste présenté comme "le Vanity Fair d'Al-Qaida (?)" qui ne parle que l'américain : droit dans la ligne de la propagande façon Rita Katz ! D'ailleurs, pour le prouver, on a ressorti un "expert" pour venir le décrire, ce magazine de papier glacé parlant du djihad entièrement en américain : "Ceci est conçu pour les Américains », explique l'expert en terrorisme Steven Emerson, fondateur du ronflant "l' Investigative Project on Terrorism" à Washington, DC, et auteur du livre « Jihad américain :. Les terroristes vivent parmi nous" explique sans sourire Fox News.... Plus personne ne se fait aujourd'hui d'illusions, pourtant, sur Emerson... fondateur avec Rita Katz du SITE Group ! Une enquête, menée par le journal TheTennesean a constaté qu'en fait "Emerson est un membre éminent d'une industrie de plusieurs millions de dollars de soi-disant experts qui sèment la haine envers les musulmans dans les livres et les films, sur des sites Web à travers les apparences et la parole"... Ceux qui agitent constamment les chiffons rouges... pour en vivre grassement ! Richter, lui, activant le spectre des espions économiques ! Pour en vivre également, bien entendu ! En France on a les mêmes, "d'experts", dont celui qui est venu nous expliquer doctement que les deux otages du Niger tués avaient été choisis car l'un d'entre eux allait épouser une musulmane ! Alors que c'étaient les deux les plus proches de la porte du petit restaurant où ils étaient attablés !

Le problème Davis est devenu suffisamment grave pour que mardi 22 février le général pakistanais Ashfaq Kayani  (ici avec Musharraf) rencontre une délégation de généraux US menés par Mike Mullen en personne, discrètement... à Oman. "Afin de "mieux coordonner" leurs opérations contre les islamistes, selon un communiqué militaire pakistanais" nous apprend la presse ; on n'y croît pas une seule seconde (et encore mois avec la une de Time sur Kayani "homme de l'année" potentiel de 2010 !) ! Le débat à nécessairement porté sur le sort de Davis, monnaie d'échange à très forte valeur ajoutée pour l'ISI. Sans s'en apercevoir, les américains accréditent ainsi la thèse de cette même ISI ; comme quoi Davis est bien un gros, très gros poisson. Cet "Headley bis" représente pour eux un danger extrême : celui de voir les activités de la CIA dans la région mises au grand jour. Et si l'on remonte la filière, qui croise le parcours à la fois de Michael Headley et de Raymond-Craig Davis (**), une chose est sûre, cette activité n'est pas bonne à révéler. Elle conduit en effet directement aux attaques de Mumbaï et à d'autres attentats sanglants en Inde !

(*) jugé par les américains eux-mêmes "une menace aussi grande que celle d'Al-Qaida" selon le défunt Richard Holbrooke ! "Lashkar-e-Taiba, Al-Qaïda et la résistance travaillent plus étroitement qu'autrefois. Les groupes terroristes souhaitent créer une crise entre New Delhi et Islamabad", a confié M. Holbrooke aux médias locaux, en marge d'un séminaire sur la sécurité en Asie du Sud qui s'est tenu à New Delhi" avait-il déclaré en juillet 2010. Les "terroristes"... ou la CIA ?

(**) car en 2008, déjà un Davis répondant au prénom de Craig avait lui aussi été soupçonné du même rôle au Pakistan, lui aussi travaillant pour Blackwater et lui aussi auteur d'activités d'espionnage sous couvert de faire partie d'une association humanitaire, appelée CAII.

En complément, on peut relire :

sur Mumbaï :

1) http://www.agoravox.fr/actualites/i...

2) http://www.agoravox.fr/actualites/i...

3) http://www.agoravox.fr/actualites/i...

4) http://www.agoravox.fr/actualites/i...

http://www.agoravox.fr/tribune-libr...

Sur Michael Headley :

http://www.agoravox.fr/tribune-libr...

http://www.agoravox.fr/tribune-libr...

http://www.agoravox.fr/tribune-libr...

 Par morice

Mardi 1er mars 2011

8 mars 2011

Olivier MONTULET


2-3 Tara Mckelvey : A l’intérieur de la machine à tuer (In the killing machine).

Cela parait presque obscène de se préoccuper des états-d’âme de John Rizzo, le juriste de la CIA qui, au cours de sa carrière, a donné son feu vert à l’exécution par drones interposés de dizaines, voire de centaines d’hommes suspectés de terrorisme au Pakistan ou en Afghanistan.

On aimerait plutôt donner la parole aux familles de victimes pour qui la mort est tombée du ciel en un instant.

Pourtant cet article de Newsweek, traduit et publié par Le Nouvel Obs, nous en apprend un peu plus sur les processus de décision au sein de la CIA dans sa lutte hyper-technologique contre les "menaces terroristes" depuis 2001, et sur le cynisme de ces gens qui semblent avoir le droit de vie ou de mort sur n’importe quel quidam à l’autre bout de la Terre. 

A l’intérieur de la machine à tuer.

Le président Obama a ordonné un nombre record de frappes de Predator.

Voici un entretien exclusif avec un homme qui ratifiait les "opérations létales".

C’est une pièce banale dans un immeuble de bureaux de la Virginie du nord. L’endroit est bourré d’écrans d’ordinateurs, de claviers et de cartes. Quelqu’un est assis à son bureau, la main sur une manette. John A. Rizzo, à cette époque directeur juridique de la CIA, se tient non loin, avec d’autres employés de l’agence. Ensemble, ils observent des images sur un écran où l’on voit un homme et sa famille conduisant sur une route à des milliers de kilomètres de là. Le véhicule ralentit, l’homme descend.

Quelques instants plus tard, une explosion remplit l’écran, l’homme est mort. "Les choses étaient menées de façon très professionnelle", raconte Rizzo. Un drone aérien vient d’exécuter l’homme, terroriste de haut rang présumé, après qu’il eut quitté sa voiture. Les membres de sa famille ont été épargnés. "L’agence était très pointilleuse à ce sujet", ajoute Rizzo. "Ils s’efforçaient de minimiser les dommages collatéraux, et notamment sur les femmes et les enfants".

Le public est au courant depuis un certain temps des grandes lignes du programme d’exécution de présumés terroristes par la CIA — y compris de la façon dont les Etats-Unis se servent de drones pour tuer les militants résistants et d’Al-Qaïda au Pakistan. Mais le processus exact par lequel on désigne qui doit être traqué et "réduit en miettes", comme le dit Rizzo, n’avait jamais été rapporté jusqu’ici. Un coup d’œil sur la bureaucratie impliquée dans ces opérations révèle une organisation méthodique, dotée de plusieurs couches, dirigée par un corps de fonctionnaires exécutant leurs tâches de façon professionnelle. Et pourtant, le fait que Rizzo fut impliqué dans des "assassinats", comme il le dit parfois, et que ces opérations aient été planifiées à l’avance, de façon formaliste, pose un certain nombre de questions.

Plus d’un an après son départ du gouvernement, Rizzo, homme élégant de 63 ans, portant barbe, boutons de manchette et une cravate jaune pâle, s’est entretenu avec nous dans un restaurant de Washington de son rôle dans les "opérations létales" de la CIA autour d’un Côtes-du-Rhône et d’un steak. Parfois, Rizzo prend un ton cavalier. "À la base, c’est une liste de types à buter", dit-il. Puis, il pointe un doigt sur mon front et fait semblant de presser la détente. "Le Predator est l’arme de prédilection, mais ça pourrait tout aussi bien être quelqu’un qui vous colle une balle dans la tête".

Le nombre de ces assassinats, principalement exécutés sur le territoire pakistanais par des Predators, a considérablement augmenté sous l’administration Obama, et ces actions secrètes font aujourd’hui partie intégrante de la stratégie antiterroriste des Etats-Unis.

La façon dont les agents de la CIA sélectionnent les cibles de ces opérations létales est un processus relativement simple, et pourtant largement ignoré. Le président n’est pas informé de chacun des noms. Rizzo explique qu’il était lui-même en charge des autorisations. A Washington, on parle d’une "liste de cibles", termes employés par l’ancien sous-secrétaire d’état Richard Armitage pour décrire le processus lors d’une récente réception à Washington. En réalité, cependant, il n’existe probablement pas à la CIA de liste de gens destinés à mourir. "Je n’ai jamais vu de liste" indique un officiel du Département d’État ayant participé à des discussions sur les opérations létales, parlant anonymement en raison du sujet abordé. À la CIA, les responsables choisissent des cibles à "neutraliser", indique-t-il. "Il s’agit d’individus que nous recherchons et dont nous venons à penser qu’ils constituent une menace qu’il vaut mieux à présent neutraliser".

L’armée et la CIA partagent souvent les mêmes cibles — Oussama Ben Laden, par exemple — mais s’occupent de régions du monde distinctes. Parfois, ils font équipe — où même travaillent l’un pour l’autre. Lorsque l’ancien officier de la CIA Henry A. Crumpton était en Afghanistan après le 11 septembre, lui et le Général Stanley McChrystal — ancien chef du Commandement unifié des Opérations Spéciales, une unité militaire secrète — travaillaient en étroite collaboration, ainsi que leurs subordonnés. "Certains des gens que je connaissais, et qui travaillaient pour moi, sont partis travailler pour lui, et vice versa" se souvient Crumpton. D’après des experts de l’anti-terrorisme, le président Obama et ses conseillers sont en faveur d’une approche plus agressive pour des raisons pratiques — les responsables gouvernementaux préfèrent éliminer les terroristes présumés plutôt que de les capturer. "Depuis qu’en raison de la situation politique et légale des Etats-Unis les techniques d’interrogatoires agressives ont de toute façon été remises en question, il est devenu moins intéressant de capturer plutôt que de tuer", écrit Kenneth Anderson de l’American University dans un essai sur la question que les responsables de la Maison Blanche d’Obama ont abondamment compulsé. "Et si l’on a l’intention de tuer, on le fera de préférence de loin, afin d’éliminer les problèmes de reddition, potentiellement embarrassants".

Pour défendre cette approche brutalement pragmatique, les responsables de l’administration arguent que les frappes aériennes menées au moyen de drones permettent d’éliminer des militants d’Al-Qaïda et réduisent ainsi les probabilités d’une nouvelle attaque terroriste. Ils prennent également garde à rassurer le public sur la question de la légalité de ces assassinats. Lorsque Newsweek s’est adressé au gouvernement en vue d’obtenir un commentaire, un responsable nous a déclaré, sous couvert de l’anonymat du fait de caractère sensible de la question : "Ces opérations anti-terroristes sont menées dans le strict respect de la législation américaine et du cadre juridique fourni par le Département de la Justice".

Comme l’explique Bruce Riedel, ancien cadre de la CIA, "sur ce point, on n’est plus au jardin d’enfants : on le fait depuis 2001, en suivant un protocole aujourd’hui parfaitement établi".

Un article du Los Angeles Times décrit un jour John Rizzo comme "le juriste de carrière le plus influent de l’histoire de la CIA", et il est certain qu’il en sait plus que quiconque au gouvernement sur les aspects légaux des assassinats ciblés menés par la CIA. C’est pourtant quasiment par accident qu’il est entré dans le monde de l’espionnage. Diplômé en droit de l’université George Washington, il vit dans la capitale dans les années soixante-dix lorsqu’est publié le rapport de la commission Church sur les tentatives d’assassinat par la CIA de leaders étrangers. Rizzo y voit une opportunité : "Vu l’ambiance, ils vont avoir besoin d’avocats". Il décroche peu après un emploi à la CIA.

Quelques décennies plus tard, alors que s’intensifient à la CIA interrogatoires et opérations létales dans la foulée du 11 septembre, Rizzo se retrouve lui-même au centre de la controverse. Il est, selon ses propres mots, "plongé jusqu’aux yeux" dans le programme du Président Bush d’interrogatoires améliorés menés dans les "black sites", prisons secrètes situées en Afghanistan et d’autres pays. John C. Yoo, juriste du Département de la Justice, rédige en août 2002 le fameux "mémo sur la torture" en réponse à une demande de clarification de Rizzo quant aux techniques pouvant être appliquées aux détenus. Rizzo espérait accéder au poste de directeur juridique de l’agence, une idée devant laquelle les membres de la commission du renseignement du Sénat ont regimbé en raison de son rôle dans l’autorisation des interrogatoires. Rizzo prend sa retraite en 2009.

On peut parfois déceler de la vantardise chez Rizzo. "Combien de professeurs de droit ont déjà signé un ordre d’exécution ?" demande-t-il. Aussi vite, il insiste sur le soin apporté aux travaux préparatoires, et indique avoir senti qu’il était important d’assister à l’exécution de certains de ces terroristes de haut rang présumés par le biais des images en direct diffusées dans les bureaux de la CIA. "Il était important pour moi que ce soit fait le plus proprement possible", explique-t-il.

Proprement, mais néanmoins complexe d’un point de vue éthique. Rizzo s’est parfois trouvé assis à son bureau au septième étage de l’immeuble de la CIA en question, devant un câble évoquant un terroriste présumé, se demandant quel jugement ses parents irlando-italiens porteraient sur les nouvelles tâches qu’on lui avait confiées.

Après que le Président Bush eut donné à la CIA l’autorisation de traquer les combattants d’Al-Qaïda, suite au 11 septembre, "on a toujours eu recours à des juristes. Ils étaient toutefois très bons — très agressifs, très utiles, en fait", raconte Crumpton. "Ils nous aidaient à comprendre le droit international et les problèmes transfrontaliers, et clarifiaient pour nous certains termes de la directive présidentielle".

Aux termes d’un nouveau décret de George W. Bush, signé plusieurs années plus tard, il devint possible de prendre pour cible un certain nombre de gens travaillant dans des camps terroristes, au-delà des terroristes présumés identifiés. Dès lors, le nombre de candidats potentiels examinés par les juristes de la CIA allait considérablement augmenter. En dépit du secret entourant ces ordres, leur objectif apparaît clairement. "Les pouvoirs conférés par ces directives présidentielles sont certainement les plus radicaux, les plus létaux, depuis la création de la CIA" déclarait à une commission de la chambre des représentants William C. Banks, directeur de l’Institut pour la Sécurité Nationale et l’Antiterrorisme de l’Université de Syracuse.

Le centre névralgique de ces assassinats ciblés est le Counterterrorist Center de la CIA où des juristes — une dizaine environ, selon Rizzo — rédigent des câbles affirmant que tel ou tel individu constitue une grave menace pour les Etats-Unis. Les câbles de la CIA sont juridiquement formalistes, argumentés avec soin, et peuvent souvent faire jusqu’à cinq pages. Michael Scheuer, qui a été à la tête de l’unité Oussama Ben Laden de la CIA évoque un "dossier" ou "document de deux pages" accompagné d’une annexe apportant les données sous-jacentes, au cas où quelqu’un voudrait les consulter intégralement. "Le dossier", dit-il, "passait par les juristes, qui prenaient la décision. Ils étaient très pointilleux". Parfois, selon Scheuer, la barre était placée trop haut. "Très souvent, il s’en est ensuivi des opportunités manquées. Alors l’idée selon laquelle des gens se sont fait tuer sur la seule base d’un soupçon… J’aurais bien aimé que ce soit vrai. Si ç’avait été le cas, il y aurait moins de méchants encore vivants".

Parfois, se souvient Rizzo, les preuves accumulées contre tel ou tel individu étaient trop minces et au département juridique, les supérieurs déclaraient aux subordonnés : "Votre dossier n’est pas assez solide". "Parfois", explique Rizzo, "la justification était qu’on pensait que l’individu en question avait assisté à une réunion. C’était trop faible". Le mémo était renvoyé à l’étage du dessous.

Les câbles qui étaient "prêts à l’emploi", comme le dit Rizzo, se terminaient par les mots suivants : "En conséquence permission requise pour engager une opération létale contre la cible". Suivait un espace pour la signature du directeur juridique, suivi du mot "accord". Rizzo indique qu’il voyait passer environ un câble par mois, et qu’il se trouvait toujours environ trente personnes ciblées. Nombre d’entre elles ont été tuées, mais pas toutes : "Les numéros 1 et 2 du hit-parade sont toujours en circulation", confirme Rizzo, parlant de "qui-vous-savez et de [Ayman al-] Zawahiri", un des principaux leaders d’Al-Qaïda.

Comme l’ont souligné les critiques de l’administration, les responsables du gouvernement doivent respecter une procédure bien plus stricte pour obtenir la permission de mettre quelqu’un sur écoute dans ce pays que pour faire de quelqu’un la cible d’une opération létale à l’étranger.

Rizzo semble amer devant le fait qu’il ait été critiqué, ainsi que d’autres cadres de la CIA, pour avoir autorisé sous l’administration Bush des interrogatoires brutaux, alors qu’on ne s’émeut que très peu du rythme plus rapide des opérations létales sous Obama (de 2004 à 2008, Bush a autorisé 42 frappes de drone, selon la Fondation New America. Le nombre a plus que quadruplé sous Obama — 180 lors du dernier décompte).

Les détenus, dans l’ensemble, ont survécu, observe Rizzo. Ce qui bien souvent aujourd’hui n’est pas le cas des présumés terroristes de haut rang.

D’autre part, en dépit des contrôles bureaucratiques, la réalité n’est pas toujours aussi précise. En décembre, la population a défilé dans les rues d’Islamabad pour protester contre les frappes et exprimer son soutien à un résident du Waziristan, Karim Khan, dont le fils et le frère avaient été tués en 2009 lors d’une frappe et qui a depuis intenté un procès contre les Etats-Unis, imputant leur mort à un responsable de la CIA.

Les responsables gouvernementaux insistent sur le fait que les assassinats ciblés reposent sur des bases légales solides, ce que contestent nombre d’universitaires. À l’université de Georgetown, Gary Solis, auteur d’un Code du Conflit Armé, affirme que les employés qui à la CIA manoeuvrent des véhicules aériens sans pilote sont des civils directement engagés dans des hostilités, agissements qui font d’eux des "combattants illégaux", pouvant à ce titre éventuellement être poursuivis.

Rizzo travaille actuellement à ses mémoires. Il ne parle pas de la moralité de ce qu’il a fait — ce n’est pas son genre — mais depuis quelque temps, il cherche à affronter les implications du travail meurtrier qui fut le sien, et que d’autres continuent à exécuter dans cet immeuble de bureaux, en Virginie.

Tara Mckelvey

Newsweek, le 13 février 2011

11 mars, 2011 by GeantVert

paru dans Newsweek, le 13 février 2011

Traduction David Korn pour Le Nouvel Obs

 


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