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05/04/2011

n°9 - Libye : Analyse - Géopolitique et stratégie - Réflexion - 04-04 - Suite - : Les mots de la guerre au service de la guerre ?


n°9   - Libye : Analyse -  Géopolitique et stratégie - Réflexion  - 04-04 - Suite - : Les mots de la guerre au service de la guerre ?


Face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Sa diffusion est un acte de résistance.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources.



Dossiers  Analyse, Géopolitique et stratégie de la Libye 

          n°9                                          04-04        

C.De broeder & M.Lemaire



Le "Dossiers " est  visible  sur les blogs : 

a) http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

et

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) sur le site de Eva Resis           no-war.over-blog.com

c) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

d) sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse : http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm


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Sommaire de la lutte pour la libération du territoire. - Opération Active Endeavour -

3 Dossier & Point de vue

3-1 Danielle Bleitrach : La CIA et les vertueux insurgés de Benghazi.

3-2 L’attaque de la Libye ? Un air de déjà vu…

3-3 Alex Lantier : Des reportages indiquent que les services secrets français ont encouragé les protestations anti-Kadhafi.




3 Dossier & Point de vue

Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information

3-1 Danielle Bleitrach : La CIA et les vertueux insurgés de Benghazi.

Selon des informations publiées par le New York Times ce mercredi des agents de la CIA ont été déployés en Libye pour contacter les rebelles et guider les attaques de la coalition. On s’en doutait la plupart des « révélations » n’apprennent rien, ni la découverte de qui sont réellement les « rebelles », à commencer par les membres du Conseil de Transition, ni d’ailleurs le fait que la CIA a oeuvré pour guider les insurgés, mais tout cela prend des allures de farce tragique. Etonnez-vous que malgré « la découverte » de la présence de membres d’Al Qaida dans le rang des « vertueux » rebelles, les Etats-Unis ne paraissent pas plus émus que ça. En fait les liens entre employés de la CIA et groupes mercenaires intervenant au nom d’une quelconque déstabilisation locale sont tellement imbriqués que personne ne s’y reconnait comme en témoigne le portrait d’un agent de la CIA oeuvrant pour la « libération » de la Libye Khalifa Hifter.

 

Selon le New York Times, les membres de l’office de renseignement des Etats-unis ont été déployés depuis plusieurs semaines « en petits groupes » en terre libyenne avec la mission d’établir un contact direct avec les rebelles et de déterminer avec eux les cibles des opérations militaires. On se souvient que la semaine dernière le Daily Mail avait révélé également la présence de forces spéciales britanniques estimées aux alentours de 350. Ce que confirme également le New York Times: « Des dizaines de membres des forces spéciales britanniques et d’agents de l’espionnage M16 travaillent en Libye » a dit le journal en notant qu’ils recueillent des informations sur les positions et les mouvements des forces loyales à Kadhafi.

 

Mais qui sont ces honnêtes citoyens, ces vertueux soutiens des non moins vertueux rebelles dont les avancées et reculades dès que la « coalition » s’arrête de bombarder l’adversaire prend des allures de pantalonnade? Nous avons déjà eu l’occasion de découvrir à la tête du Conseil de Transition l’ex-ministre de la justice de l’affaire des infirmières bulgares et même son tortionnaire, des membres d’Al Qaida… Voici le portrait d’un mercenaire de la CIA Khalifa Hifter qui ressemble plus à Bob Menard le mercenaire, gloire de la francafrique, qu’au Che Guevara.

 

Samedi , le journal McCaltchy a révélé que Khalifa Hifter, un ex-officier de l’armée de Kaddhafi a été envoyé pour diriger les rebelles libyens  appuyés par l’ONU, les Etats-Unis et la coalition.  Hifter depuis vingt ans vit dans la banlieu de la Virginie « où il s’est établi mais l’ancien officier de Kaddhafi a maintenu des liens avec des groupes restés au pays.  » écrit  Chris Adams l’auteur de l’article. Une connaissance de Khalifa a dit à Adams que  « on ne savait pas ce que faisait réellement Hifter pour nourrir sa nombreuse famille »

 

D’où il ressort que  monsieur Hifter est un agent de la CIA ce qui explique son long séjour en Virginie (le bureau central de la CIA se trouve en Virginie). En  1.996, le Washington Post a informé qu’un Colonel Haftar (une variation de Hifter) était arrivé aux Etats-Unis.  Et qu’ « il était le leader d’un groupe de « contra » établi aux Etats-Unis,  l’Armée dénommée Nationale Libyenne », a indiqué l’organisation The Wisdom Fund alors.

 

 Ce groupe est appuyé par les Etats-Unis et des installations d’entraînement leur ont été données aux Etats-Unis. Il est probable  que le groupe du Colonel Haftar opère en Libye avec la bénédiction de notre gouvernement « souligne le journal. ce n’est pas en France que l’on verrait de telles investigations et pareille impertinence à l’égard de la CIA.
Remarquez les services secrets français ne sont pas en reste dans l’aventure africaine.  En 2001, Le Monde Diplomatique a publié un livre intitulé Manipulations Africaines, dans lequel il était signalé que  Hifter, alors un colonel de l’armée de Kaddhafi,  avait été capturé tandis qu’il  se battait dans le Tchad aux côtés d’ une révolte appuyée par la Libye contre le gouvernement de Hisséne Habré, appuyé par les Etats-Unis  «Le désert du Front de Salut National de la Libye (LNSF) le groupe principal antiKaddhafi,monté par  la CIA.  Hifter a organisé à sa propre milice, qui agissait dans le Tchad jusqu’à ce que Habré ait été détruit  par un rival appuyé par la France, Idriss Déby, en 1.990» a écrit Patrick Martin.

 

Le Tchad a servi comme  base d’opérations pour déstabiliser la Libye, selon le bulletin français de nouvelles Africaines Confidential . Le 5 janvier 1989 il a révélé que des Etats-Unis et Israël avaient établi une série de bases dans  le Tchad et d’autres pays voisins pour entraîner 2.000 rebelles libyens capturés par l’armée du TChad  » a écrit l’auteur de l’article Peter Dale Scott. Faut-il mettre cette information en relation avec celle qui explique qu’Al Qaida portant la mort en Irak agit avec un maximum de Libyens engagés dans ses rangs… Nous n’irons pas jusqu’à lier ce type d’information avec les exclusivités de la chaîne Al Jeezira sur les interventions « opportunes » de Ben Laden, les menaces à la veille de chaque élection étasunienne, on en finirait pas de poser des questions sur qui fait quoi et sur la manière dont est tenté l’utilisation du printemps arabe en voie d’une recomposition profitable aux Etats-unis… Pourquoi un tel engagement alors même que Clinton déclarait le 29 mars  « Les insurgés et leur organisation demeurent un mystère pour nous », elle ajoutait « Nous en savons moins sur eux que nous le souhaiterions »… Bizarre… Bizarre, vous avez dit Bizarre… 

 

Je vous l’ai dit, dès que j’ai vu apparaître Bernard Henri Levy miraculeusement parachuté dans toute sa gloire à Benghazi pour donner leurs lettres de créances aux membres du Conseil de Transition, la CIA n’est pas très loin. Comment imaginer des insurgés arabes appelant à l’aide celui qui est considéré comme le meilleur soutien de l’extrême-droite sioniste, sans un minimum d’entente préalable ?  Sarkozy qui décidemment n’a rien à refuser non plus aux Etats-unis a oeuvré dans le même sens, passant outre Alain Juppé qui tissait laborieusement la toile de la Ligue arabe, à partir de l’Egypte.

 

Ceux qui ont cru dans leur innoncence que notre pays prenait l’initiative d’une opération humanitaire  pour sauver une population civile désarmée ont été pris pour des gogos.  En fait, notre président agité compulsif  n’était que le déclencheur d’une opération montée de longue date par le parrain étasunien. Même ceux qui ont vu là une opération de veille électorale d’un Sarkozy cherchant à redorer un blason du gouvernement français mis à mal en Tunisie n’ont vu que la pointe de l’iceberg. Ce qu’il convient d’interroger et que symbolisent des gens comme Bernard Henri Levy, Rama Yade  -  »les hyènes » comme les baptise Marc harpon, un mélange de show Biz, de main mise sur les médias si poussée que seule une alliance étroite entre propriétaires de presse et CIA peut en expliquer la force- est la manière dont la France a désormais perdu son indépendance en organisant l’Union sacrée entre une gauche atlantiste et une droite ralliée avec armes et bagages à la CIA et à l’OTAN. Notons que nous avons une sorte de calque médiatique du jeu de l’Union sacrée politique  autour de la république menacée par Marine Le Pen dans le landerneau médiatique avec d’un côté la gauche-droite droit de l’homme à usage sélectif, tous contre Kadhafi pas un mot sur Israël et l’Arabie Saoudite et le repoussoir antisémite Dieudonné, qui par son alliance déconsidère la cause qu’il embrasse et désigne la cible aussi sûrement que pourrait le faire un espion stipendié de la CIA.

 

Nous sommes avec ces manipulations et petits jeux politiciens  désormais au niveau international les obligés serviteurs des Etats-Unis entre Israël et la Grande Bretagne. Nos médias sont totalement inféodés, notre personnel politique également, quant à nos intellectuels ils sont aux abonnés absents s’ils ne chassent pas en meute comme les hyènes… .

Danielle Bleitrach 

Publié 31 mars 2011

http://socio13.wordpress.com/2011/03/31/la-cia-et-les-vertueux-insurges-de-benghazi-par-danielle-bleitrach/


3-2 L’attaque de la Libye ? Un air de déjà vu…

Il n’y a pas à s’illusionner.

L’attaque contre la Libye n’est pas un acte de défense des pauvres civils maltraités par Kadhafi, mais a pour objectif le contrôle des ressources minérales (par exemple le phosphate) et du pétrole, dont les réserves sont non seulement parmi les plus importantes en Afrique mais aussi  parmi les meilleures du monde (très peu de soufre).La recette a déjà été appliquée en Serbie. Des pauvres civils en fuite, des télévisions atlantistes qui retransmettent sur les ondes des images de femmes et d’enfants qui pleurent vues seulement d’une partie du front, pendant que l’autre n’a ni femmes ni enfants morts ni déplacés.

Après de telles informations, une intervention humanitaire pour tuer ceux qui ne nous plaisent pas et pour corrompre et occuper ceux qui nous plaisent s’impose. Un chef d’Etat comme Kadhafi est devenu seulement maintenant un dictateur, parce qu’hier, on ne savait pas qu’il en fut. A part le fait qu’avant de parler de Kadhafi, il faut définir le terme « dictateur » au vu de la société dont on parle. Notre perception de la vie, en tant qu’Européens, n’est pas la même qu’un Africain. Et ce n’est pas à nous, Européens, de savoir qui a raison mais de laisser chacun respirer l’air qu’il veut dans sa propre maison. Les images et les informations propagées sur nos ondes ne sont pas celles qui sont retransmises dans d’autres parties du monde. Par exemples, ces civils que le président des Etats-Unis, Barack Obama, a défini comme étant « la population libyenne qui devait être protégée », sont des civils qui utilisent des armes automatiques, de l’artillerie légère antiaérienne… armés à partir de l’étranger et aidés par des instructeurs provenant des pays atlantiques, actuellement essentiellement britanniques. La Libye connaît une situation de guerre civile fomentée par l’étranger, guerre dans laquelle l’Occident monte les tribus libyennes les unes contre les autres. La défense de la démocratie n’est donc qu’un prétexte derrière lequel se cache la nécessité d’occuper militairement le pays.  

En vérité, la vérité est bien différente de celle représentée par ceux qui répandent la mort en Libye. Les uniques producteurs arabes de pétrole encore hors du contrôle atlantiste sont la Libye, la Syrie (l’un des prochains objectifs des Etats-Unis ou de l’OTAN – c’est du pareil au même) et l’Iran, dont l’agression répond à un souhait à peine dissimulé du monde sioniste. On pourrait se demander pourquoi la Ligue arabe a dans un premier temps pris la défense des attaquants ?  On peut se rendre facilement compte que dans cette Ligue se trouvent les plus grands producteurs arabes de pétrole, lesquels ont profité de la crise libyenne pour augmenter les prix de l’or noir tout en s’appropriant déjà une partie de la participation libyenne à la production. Ces pays donnent ainsi un coup de main à ceux qui créent l’environnement dans lequel ils seront pillés, un jour ou l’autre, à leur tour. La définition de la guerre qu’en fait que le grand écrivain Ernest Hemingway est donc toujours d’actualité : « la guerre est provoquée et faite par les porcs qui en retirent quelque profit ». Mais quand la Ligue arabe s’est rendu compte qu’on allait dépasser le stade des sanctions et tuer d’autres frères musulmans pour des motifs autres que chasser du pouvoir Kadhafi, elle s’est opposée aux raids américains, anglais et français. Les mass media atlantistes se sont dans le même temps mis promptement au service du « Grand Frère » et, au lieu de divulguer des informations avérées, créent des images télévisées aux antipodes de la réalité, se rendant complices d’un crime de guerre parce qu’ils incitent à la haine contre le peuple libyen. Ainsi, la chaîne Al Jazira (sous contrôle américain) relatait depuis des jours l’existence de combats à Tripoli, alors que le reporter militaire serbe de réputation mondiale, Miroslav Lazanski, présent sur les lieux depuis le début, témoigne : « je me suis promené ce matin à travers les rues de la ville, et il n’y avait aucun combat. Tripoli est une ville tranquille ; vendredi est ici le jour de repos hebdomadaire (le 18 mars – NDLR), et seul le marché aux poissons près du port est agité par les cris des vendeurs et des clients. Les fontaines sont en état de marche, et les policiers sont tranquillement installés dans leur voiture aux carrefours. On n’entend pas même un coup de feu ».

 

Les media pro-atlantistes font au contraire état de désordres. Et il faut désormais s’attendre à un missile de la « coalition » frappant ce marché pour détruire cette image idyllique, avec à la clé un nombre toujours trop important d’innocentes victimes civiles coupables de n’avoir pas accepté la politique d’agression et d’occupation de leur pays. Rien que du déjà vu, en somme.

Les Libyens affirment qu’il y a à Benghazi soixante-dix instructeurs militaires britanniques dont la mission est d’aider les rebelles. La télévision libyenne a montré les caisses de munitions destinées aux rebelles en provenance du Qatar ; des entretiens téléphoniques entre les ambassadeurs, américain et britannique, et les chefs de l’opposition à Benghazi ont été radiodiffusés. Les deux ambassadeurs  se demandaient dans quelle mesure ils pouvaient les aider.  Les objectifs en Libye seront avant tout des postes de commandement libyen près de Tripoli, les radars, les aéroports militaires d’al-Adam et Tripoli, les écoles militaires près de Benghazi et Misurata, et les bases marines de Tripoli, d’al-Khums, de Derna, etc. Et si Kadhafi continue de résister, nous assisterons aux traditionnels « dégâts collatéraux », c’est-à-dire que l’OTAN frappera des objectifs civils, des infrastructures civiles et les civils eux-mêmes, arguant de regrettables erreurs, même si ces « erreurs » avaient été faites à dessein pour éprouver la résistance du peuple et écorner les soutiens qu’a encore indubitablement Kadhafi auprès de lui. N’oublions pas que les citoyens libyens avaient une espérance de vie plus haute que les autres nations arabes environnantes, qu’elles ne payaient pas d’impôts, ni la lumière, ni le gaz, ni l’électricité, qu’un million et demi de travailleurs étrangers étaient venus en Libye pour y trouver du travail qu’ils n’ont maintenant plus. L’essence coûtait jusqu’à aujourd’hui un euro… les 18 litres. Alors, la démocratie, c’est ce type de vie sociale ou bien celle que nous offrent les agresseurs, une démocratie que nous ne connaissons que trop en Europe.

 

Les Libyens savent qu’ils devront payer après l’occupation otanienne car le pétrole et le gaz ne seront plus leur propriété. Et comment ces agresseurs pensent-ils exporter leur démocratie dans un  pays où n’existe aucun parti mais où les chefs de tribu ont un rôle traditionnel ? Et puis, qui a le droit d’imposer à l’autre son propre mode de vie ? Ce sont ces imbéciles qui n’ont jamais lu le Coran ou pis, qui ne Le respecte pas ou ne respecte pas la religion musulmane ? Les occidentaux doivent se mettre une bonne fois pour toute en tête que ce qui rend heureux un Parisien fait souvent vomir un Libyen, un Serbe ou un bouddhiste. Le hamburger n’est pas le plat de tout le monde. 

La Libye a peu d’arguments militaires face à l’OTAN.

Des missiles russes de grande portée SA-2, SA-5, puis SA-3, Sa-6 Sa-7, SA-8, SA-9, SA-13 et des missiles français « Crotale ». Des canons antiaériens. En clair, un arsenal militaire sous-dimensionné face à des armées technologiquement bien supérieures. Nous ne savons rien du moral véritable de l’armée libyenne. Mais si cette armée est vraiment décidée à défendre son pays, il faudra s’attendre à des mois de bombardements, du sang versé et une augmentation du prix du pétrole. En clair, une nouvelle crise économique. Ce qui veut dire que les Etats-Unis vont faire porter le poids de cette crise que les épaules des citoyens d’Europe et d’autres continents. C’est l’Oncle Sam qu’il faut tuer !


3-3 Alex Lantier : Des reportages indiquent que les services secrets français ont encouragé les protestations anti-Kadhafi.

Des reportages sont apparus dans les médias européens prétendant que les efforts déployés par les services secrets français pour déstabiliser ou renverser le gouvernement libyen du colonel Mouammar Kadhafi auraient joué un rôle dans les protestations du mois derniers à Benghazi et qui ont finalement mené à la guerre en Libye.

Le Conseil national, un groupe rebelle libyen basé à Benghazi et dirigé par d’anciens responsables du régime, a réclamé des pouvoirs occidentaux un soutien militaire. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et le gouvernement français du président Nicolas Sarkozy ont alors lancé une guerre contre la Libye le 19 mars.

Des allégations sur l’implication des services secrets français tournent autour d’un article du journaliste Franco Bechis publié le 23 mars dans le quotidien italien de droite Libero, et intitulé « ‘Sarko’ a manigancé la révolte libyenne. » Il met l’accent sur l’étrange affaire de Nouri Mesmari – ancien chef du protocole de Kadhafi qui s’était enfui à Paris en octobre – et affirme que Mesmari avait mis les fonctionnaires français en contact avec des officiers de l’armée et des activistes à Benghazi complotant contre Kadhafi.

Bechis s’appuie en grande partie sur des dépêches du portail français de l’intelligence économique Maghreb Confidential. Le 21 octobre de l’année dernière, Maghreb Confidential avait rapporté que le «  chef du protocole de Mouammar Kadhafi, Nouri Mesmari, [était] présentement à Paris après une escale en Tunisie. Normalement, Mesmari ne quitte pas son patron d’une semelle et donc des bruits courent qu’il pourrait avoir rompu ses relations de longue date avec le dirigeant libyen. »

Un influent réformateur pro libre-échange de l’élite dirigeante libyenne, Mesmari a joué un rôle crucial au sein du régime Kadhafi. Il a coordonné les visites en Libye des chefs d’Etat étrangers et leur utilisation de la flotte d’avions privés de la Libye. Il a aussi supervisé les versements d'argent de l’Etat aux enfants de Kadhafi qui sont devenus d’importants dirigeants d’entreprises en Libye en s’octroyant des  fonds de l’Etat.

Jeune Afrique, magazine d’informations français sur les affaires africaines, a observé que l’affaire Mesmari « alimente les rumeurs les plus contradictoires. Le ‘Guide’ [c’est-à-dire Kadhafi] aurait, dit-on, giflé et insulté Mesmari lors du sommet arabo-africain qui s’est tenu à Syrte les 9 et 10 octobre. Ce fut en tout cas la dernière apparition publique de l’intéressé avant que ne filtre, le 22 octobre, l’information selon laquelle il aurait fui pour la France. »

Le 18 novembre, Maghreb Confidential écrivait, « Les allées et venues de Nouri Mesmari ont suscité beaucoup de curiosité ces dernières semaines. Le chef du protocole de Mouammar Kadhafi qui semblait être le frère siamois du dirigeant libyen, s’était rendu en France fin octobre, en passant par la Tunisie. Officiellement, Mesmari, qui souffre d’une maladie chronique, était venu à Paris pour subir une intervention chirurgicale. Sa femme et sa fille lui avaient en effet rendu visite et résider un temps à l’Hôtel Concorde Lafayette de Paris. Il a été perdu de vue depuis. Mesmari qui voudrait prendre sa retraite est l’un des plus proches confidents de Kadhafi et connaît parfaitement tous ses secrets. »

Le même jour, Maghreb Confidential faisait état de pourparlers entre des opérateurs français et américains du marché du blé – dont France Export Céréales, FranceAgrimer, des managers de Soufflet, de Louis Dreyfus, de Glencore, de Cani Céréales, Cargill et Conagra – et les moulins d’Etat libyen. Ceux-ci incluaient le Moulin à farine national & Cie à Benghazi et la Compagnie des Moulins à farine & à Fourrage à Tripoli.

La classe dirigeante française était déterminée à développer sa part de marché en Libye. Avant la visite du 14-17 décembre – des banques française Crédit Agricole et Société Générale, les firmes d’ingénierie Alstom et Thales, le groupe Lafarge [matériaux de construction] –Maghreb Confidential écrivait : « Les firmes françaises sont déterminées à grimper dans la hiérarchie des partenaires commerciaux de la Libye. L’Italie est actuellement le numéro un, avec la Chine arrivant en deuxième position et la France loin derrière au sixième rang. »

Mais, selon Bechis, ces visites ont fourni un prétexte aux responsables de l’armée française pour sonder l’opposition des militaires libyens.

Fait intéressant, la visite du négoce du blé avait été initialement prévue en octobre, mais les fonctionnaires français l’avaient reportée à novembre, en mentionnant les grèves d’octobre dans les terminaux pétrolier en France. Ceci a signifié que la visite a eu lieu après la signature finale du 2 novembre de l’alliance militaire entre la Grande-Bretagne et la France, les deux principales puissances qui bombardent la Libye.

L’alliance franco-britannique comprenait un accord pour effectuer un long exercice de bombardement du 21 au 25 mars, portant le nom de code « Southern Mistral » (Mistral du Sud), et ressemblant au bombardement à longue distance de la Libye qui a débuté le 19 mars. L’opération a été annulée en raison du déclenchement de la guerre.

Selon le site Internet de l’armée de l’air française Southern Mistral, « La France et la Grande-Bretagne ont signé le 2 novembre 2010 des accords sans précédent sur la défense et la sécurité. L’opération franco-britannique Southern Mistral qui s’inscrit dans le cadre de ces accords devrait se dérouler du 21 au 25 mars 2011 sur plusieurs bases aériennes françaises. A cette occasion, les forces françaises et britanniques effectueront des missions aériennes de type COMAO (Composite Air Operation, [missions aériennes combinées]) et un raid aérien spécifique (Southern Storm, Tempête du Sud) en vue de délivrer une frappe conventionnelle à très longue distance. (Retraduit de l’anglais)

En commentant la visite de négoce du blé de novembre, Bechis écrit que « sur le papier, il s’agi[ssai]t d’une mission commerciale française pour essayer d’obtenir à Benghazi de juteux contrats. Mais, des militaires français se trouv[aient] aussi dans le groupe, déguisés en hommes d’affaires. A Benghazi, ils vont rencontrer, Abdallah Gehani, un colonel de l’aviation libyenne. Il est au-dessus de tout soupçon, mais l’ancien chef du protocole de Kadhafi a révélé qu’il était prêt à déserter et qu’il avait aussi de bons contacts dans les cercles dissidents tunisiens. L’opération est menée en grand secret, mais quelque chose filtre jusqu’aux hommes les plus proches de Kadhafi. Le colonel se doute de quelque chose. »

Le 28 novembre, Kadhafi a lancé un mandat d’arrêt international à l’encontre de Mesmari pour détournement de fonds et Mesmari a été arrêté le lendemain en France.

Lors de sa garde à vue, il aurait fourni des informations extensives sur la Libye au gouvernement français. Maghreb Confidential avait écrit le 9 décembre, « Craignant pour sa vie, Mesmari a demandé l’asile politique. Officiellement, la Libye affirme qu’il a détourné de l’argent. Jadis, un proche de Mouammar Kadhafi, il a été décrit comme le « WikiLeak libyen » en raison de tout ce qu’il sait sur le régime. S’attendant à ce que d’autres fassent défection, Tripoli a confisqué les passeports de plusieurs fonctionnaires, dont le ministre des Affaires étrangères, Moussa Koussa, qui fait également l’objet d’une enquête pour fraude. »

Mais, le 15 décembre, la cour d’appel de Versailles relâche Mesmari, en jugeant que sa détention était « irrégulière. » Après sa libération, Mesmari est descendu dans une sélection d’hôtels de luxe à Paris, sous la protection du gouvernement français.

Au cours du mois suivant, une série de fonctionnaires libyens ont été envoyés à Paris pour faire revenir Mesmari en Libye. Bechis écrit, « Le 16 décembre, c’est Abdallah Mansour, le chef de la télévision libyenne qui essaie. Les autorités françaises l’arrêtent dans le hall d’entrée de l’hôtel [Concorde Lafayette]. Le 23 décembre, d’autres Libyens arrivent à Paris : Farj Charrani, Fathi Boukhris et All Ounes Mansouri. » Ceux-ci seraient des membres du mouvement anti-Kadhafi lancé le 17 février à Benghazi.

En janvier, la situation devenait plus tendue en Libye alors que les protestations de la classe ouvrière s’étendaient partout dans le pays voisin, en Tunisie, en forçant le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali à démissionner le 14 janvier.

Le fils de Kadhafi, Moatassim, a passé une semaine à Paris en tentant en vain de convaincre Mesmari de revenir en Libye : « Moatassim Kadhafi, a quitté Paris bredouille le 5 février. Le fils de Mouammar Kadhafi qui séjournait depuis fin janvier à l’hôtel de luxe Bristol, n’a pas réussi à persuader Nouri Mesmarai de rentrer au pays. L’ancien chef du protocole de Kadhafi, Mesmari se trouvait officiellement à Paris pour des raisons médicales mais fut brièvement interpellé par les autorités françaises après le lancement du mandat d’arrêt international à son encontre. Tout en affirmant que ‘tout a à présent été résolu’, Mesmari semble peu disposé à rentrer sans disposer de ‘garanties’ à toute épreuve. »

Comme le régime Kadhafi prenait des mesures de sécurité de plus en plus extensives, il a arrêté l’homme nommé par Bechis comme le principal contact de la France à Benghazi, le colonel Abdallah Gehani. Le 27 janvier, Maghreb Confidential a rapporté, « Le général Aoudh Saati, chef du service de renseignement dans l’Est de la Libye (Benghazi), une région historiquement rebelle, a reçu l’ordre d’écraser toute manifestation de solidarité avec la révolution tunisienne. Le gouvernement central reproche à certains officiers de perdre trop de temps sur les réseaux sociaux de l’Internet qui ont tendance à propager des protestations. Plusieurs officiers ont été arrêtés, dont le colonel des forces aériennes Abdallah Gehani. »

Le 17 février, Maghreb Confidential a écrit, « Benghazi est depuis longtemps une épine dans le pied du colonel Kadhafi. La deuxième ville ‘égyptienne’ de la Libye est historiquement un foyer de la rébellion et elle est à la hauteur de sa réputation. Sur huit activistes arrêtés ces derniers jours, six appartiennent au mouvement du 17 février, nommé d’après la répression sanglante contre les manifestants anti-gouvernement à Benghazi du 17 février 2006. Ceux sont Farj Charrani, Fathi Boukhris, Ali Ounes Mansouri, Safiddin Hilal Sahrif, Jalal Kouafi et, bien sûr, [Jamal] Al Hajji »

Le commentaire de Bechis, « Mais c’était trop tard: Gehani avait déjà préparé une révolte avec les Français à Benghazi. »

Alex Lantier
31 mars 2011

 (Article original paru le 28 mars 2011)

http://www.wsws.org/francais/News/2011/mar2011/pari-m31.shtml


 

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