Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

11/04/2011

n° 86 - Journal des Guerres de l'Otan. - 11-04 : Début : Si tu veux faire la guerre, prépare la guerre !

n° 86 - Journal des Guerres de l'Otan. - 11-04 : Début   : Si tu veux faire la guerre, prépare la guerre !



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



  Journal des Guerres de l'Otan.  n° 86- 11-04

            C.De Broeder & M.Lemaire     



Le " Journal des Guerres de l'Otan " est  visible :

a)   sur nos blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Robert Bibeau :  http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

c) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

e) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 

NB : Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire.

Tiré à part :

Dommages Collatéraux... le Pentagone prolonge

Francesca Pilla : De nombreux civils sont tués par les «raids humanitaires»

Guerres de l'Otan

Philippe Leymarie : L’OTAN superstar en Libye.

'Otan

Extension des guerres ?

La Syrie, prochaine cible de l'OTAN?

Usa

Paroles du président...

« Obama : Echelle horrible – »

Canada - France

Fin

 Brèves

2-1 Le nouveau siège de l’Otan à Bruxelles coûtera plus de 110 millions d’euros à la France.

3 Dossiers

3-1 Jean Bricmont : Le Retour de l’Impérialisme Humanitaire.

3-2 Domenico Losurdo : Orwell, l’OTAN et la guerre contre la Libye

4 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

4-1 Le collapsus de la diplomatie.



Tiré à part :

Nous voulons que l'opération se déroule dans le cadre de l'Otan. Cette alliance a un potentiel exceptionnel...»

"La possibilité de les armer, de leur fournir des armes, est une des options que nous sommes en train de considérer ", déclare le porte-parole de la maison blanche. C'est une façon de parler, car les infos montrent clairement qu'ils sont déjà bel et bien armés. 

...



Dommages Collatéraux... le Pentagone prolonge

Francesca Pilla : De nombreux civils sont tués par les «raids humanitaires»

Dans la nuit de mercredi à jeudi les raids aériens sur Tripoli ont causé la mort d'au moins 40 civils : le général canadien Charles Bouchard en est parfaitement au courant tandis qu'il se prépare à la conférence de presse de la base Jfc (Joint Force Allied , NdT) (1) à Bagnoli (Naples). C'est aussi aujourd'hui (jeudi 31 mars 2011, NdT) qu'arrive dans ses mains la direction unique de l'opération « Protecteur Unifié » qui passe sous commandement OTAN ; mais le militaire, qui a une longue arrière derrière lui, sait que le monde lui demandera des comptes sur les victimes, femmes et enfants (et hommes, NdT) ensevelis sous les décombres d'un immeuble écroulé. Et même si les bombardements étaient sous contrôle de la coalition des volontaires, conduite par USA, France et Grande-Bretagne, l'OTAN ne peut pas faire mine de rien. Mais cette fois, celui qui hausse le ton sur les dommages collatéraux des attaques aériennes qui devraient avoir un objectif « humanitaire », n'est pas un membre du régime Kadhafi, mais bien l'évêque de Tripoli, monseigneur Giovanni Martinelli : « Les raids dits humanitaires -a-t-il déclaré très tôt dans la matinée- ont fait des dizaines de victimes parmi les civils dans certains quartiers de Tripoli. J'ai recueilli divers témoignages de personnes dignes de foi à ce sujet. En particulier, dans le quartier de Buslim, à cause des bombardements, une habitation civile s'est écroulée en provoquant la mort d'au moins 40 personnes ».

 Le général canadien Charles Bouchard

Bouchard arrive avec 15 minutes de retard dans une petite salle de conférence installée, d'après le commandement OTAN, à la hâte ces derniers jours. De Bruxelles aussi les media internationaux, en vidéoconférence, piaffent d'impatience et font pression pour savoir la vérité, mais les hauts gradés freinent des quatre fers : « Le général a très peu de temps et ne peut répondre qu'à 5 questions de Bruxelles, et 3 ici à Naples ». Tactique qui cache mal l'intention de concéder aussi peu d'informations que possible.

Bouchard parle d'abord de l'opération, explique que le passage de pouvoir s'est réalisé sans problèmes, qu'en quelques heures ont déjà été accomplies « plus de 90 actions » de bombardement, parce que l'Alliance peut compter sur « plus de cent avions de combat et de soutien et sur une douzaine entre bâtiments navals et sous-marins ». Le général souligne que l'objectif est celui de faire respecter l'embargo d'armes et la zone d'exclusion aérienne, et rappelle ainsi à plusieurs reprises, comme il l'avait fait mardi (29 mars 2011, NdT)) de cette même base militaire, que la mission de son commandement était de protéger la population civile. Les questions de la salle cependant lui rappellent les 40 morts, un journaliste américain (étasunien) lit les déclarations de Martinelli : « S'il est vrai que les bombardements semblent ciblés -a déclaré l'évêque de Tripoli- il est tout aussi vrai qu'en frappant des objectifs militaires, qui se trouvent au milieu de quartiers civils, on touche aussi la population ». « Nous mènerons une enquête dans la chaîne de commandement pour voir s'il y a des preuves, nous sommes en train d'enquêter sur ce qui s'est passé », est la réponse expéditive du général qui dit être au courant de l'épisode ; et que l'OTAN « est en train d'enquêter » pour vérifier si ses forces sur le terrain sont impliquées ou non. Puis Bouchard dont le visage ne trahit aucune émotion se disculpe à la Ponce Pilate : « Nous avons pris le commandement complet des opérations seulement à 6 heures du matin, heure Greenwich. Nous sommes en train de prendre tous les aspects au sérieux, mais l'opérativité totale de l'OTAN n'était pas encore activée au moment des faits ; nous vous informerons quand l'enquête sera terminée ».

En réalité, cette fois, qu'il y ait eu un massacre de civils est une chose assez claire pour tout le monde, il ne s'agit pas des cent personnes décédées, de la propagande, au début de l'attaque, du régime Kadhafi (à propos desquels l'auteur ne donne cependant aucune source certifiant la propagande, NdT), et arrivent après les 11 victimes de Tajoura et les 17 blessés de ces jours derniers à Dita, sur la route de Misurata, quand un autre hôpital a été touché (selon un reportage de Euronews)(sources à chercher, NdT) Mais à ce propos, même l'amiral Giampaolo Di Paola, président du comité militaire de l'OTAN, n'a pas voulu faire de commentaires, pratiquant la même attitude que Bouchard, de renvoi de la responsabilité sur d'autres : « L'OTAN n'a pris le total commandement des opérations qu'à 8 heures (locales ; remarquable marque d'indépendance par rapport au commandement étasunien -de protection- unifié(e)... NdT). Mais c'est un fait que jusqu'à présent les attaques contre les civils viennent du régime de Kadhafi ». De Naples enfin arrive aussi l'avertissement à Kadhafi et à ses soutiens : « Je conseille vivement aux assaillants de se désister et de se retirer immédiatement, sinon ils paieront les conséquences de leurs actions », dit le commandant de l'opération Protecteur Unifié, en partant à toute allure.

Francesca Pilla

1er avril 2011 -

(Traduit de l'italien par Marie-Ange Patrizio)

Il Manifesto,

 



Guerres de l'Otan

Philippe Leymarie : L’OTAN superstar en Libye.

Depuis ce jeudi à 6 h GMT, l’OTAN — alliance transatlantique à dominante américaine, étiquetée « occidentale » — assume le commandement militaire de l’ensemble des opérations de la « communauté internationale » contre le régime libyen : les bombardements en appui aux troupes insurgées, le respect de la zone d’exclusion aérienne, le contrôle de l’embargo sur les armes. C’est ce que souhaitaient les Etats-Unis, qui ne voulaient plus apparaître en première ligne. Et c’est le contraire de ce pour quoi les diplomates français militaient depuis plusieurs semaines, en tout cas en paroles. Mais déjà, le couple franco-britannique — qui prétend conserver le « pilotage politique » de l’intervention par le truchement d’un « groupe de contact » assez fumeux — évoque la possibilité de fournir des armes aux insurgés.

Faut-il fournir des armements à la rébellion ? Cette mesure fait partie des pistes envisagées depuis quelques semaines, dans les cercles spécialisés, pour hâter la chute du régime Kadhafi. Il s’agit d’éviter l’enlisement, une hantise en matière d’intervention multinationale : la Finul est déployée au Liban depuis 1978, la K-For au Kosovo depuis 1999, l’ISAF en Afghanistan depuis 2002, l’Onuci en Côte d’Ivoire depuis 2004, etc. Une longévité rarement gage de réussite.

En dehors de ralliements espérés (ou suscités) de proches du « Guide » Mouammar Kadhafi, ou de l’éventualité qu’une partie de son armée se retourne contre lui, la livraison d’armements, susceptible d’aider les insurgés à recréer un rapport de forces favorable, est la principale « technique » pouvant hâter un dénouement. Elle est un substitut à l’envoi de troupes au sol :

— qui n’a pas été prévu par la résolution 1973 ;

— qui aurait un effet désastreux en Afrique et dans le monde islamique, surtout si ces soldats n’étaient qu’occidentaux ;

— qui n’est pas souhaité (en tout cas officiellement) par les insurgés ;

— et qui est jugé trop dangereux pour les troupes en question. 

Résolution souple

Les Etats-Unis « n’excluent pas » de possibles livraisons d’armes, ainsi que l’a déclaré le président Barack Obama en début de semaine, assurant qu’il ne « disait pas non plus que cela allait se faire ». Il est vrai qu’ils sont orfèvres en la matière (Asie, Amérique latine). On explique d’ailleurs, au département d’Etat, que la résolution de l’ONU est assez « souple » pour permettre une telle aide en matériel. Le Pentagone, en liaison avec la CIA, n’a pas manqué d’en étudier les modalités pratiques : les voies d’acheminement ne manquent pas, via l’Egypte notamment.

De hauts responsables américains ont d’ailleurs indiqué à l’agence Reuters, mercredi 30 mars, que le président Obama avait signé, ces dernières semaines, un décret confidentiel autorisant des opérations secrètes de la CIA en Libye pour soutenir les insurgés. Et selon The New York Times, de « petits groupes » d’agents de la CIA sont déployés en Libye pour prendre contact avec la rébellion et guider les frappes de la coalition.

Londres et Paris, le duo conservateur qui a pris la tête de la coalition anti-Kadhafi, y est favorable. Mercredi, le premier ministre britannique David Cameron n’a pas exclu d’armer les rebelles. La chaîne américaine ABC assure que « des dizaines de membres des forces spéciales britanniques et d’agents du service d’espionnage MI6 travaillent en Libye », en particulier pour recueillir des renseignements sur les positions des forces loyalistes.

Limite technique

« Nous sommes prêts à en discuter avec nos partenaires », avait indiqué de son côté le ministre français des Affaires étrangères, M. Alain Juppé, qui a cependant reconnu mardi à Londres — à l’issue de la première réunion du « groupe de contact » qui revendique le pilotage politique de l’intervention contre Kadhafi — que « ce n’est pas ce que prévoit la résolution 1973 ».

Jeudi matin, lors d’un point de presse à Paris, le ministre de la défense Gérard Longuet a assuré « qu’une telle assistance n’est pas à l’ordre du jour parce qu’elle n’est pas compatible avec la résolution 1973 » : cette « limite technique ne permet pas aujourd’hui l’envoi de troupes au sol », si elle n’empêche pas l’appui aux bombardements depuis le sol. Ce principe « n’est pas remis en cause à cette heure ».

La France, qui vient d’installer à Benghazi, siège du Conseil national de transition libyen, un diplomate de haut rang [1] semble cependant avoir pris les devants : profitant de rotations à vocation « humanitaire » de navires de la marine nationale française, la DGSE — le service de renseignement et d’action extérieure — aurait livré discrètement à Benghazi, dès la mi-mars, quelques canons de 105 mm et des batteries antiaériennes mobiles [2].

Présence voyante

Des opérations de ce type ne sont pas sans risques :

— elles impliquent la présence, qui peut être trop voyante, de formateurs ou « conseillers », pour mettre en œuvre ces matériels, dont les insurgés ne connaissent pas le maniement ;

— le risque existe qu’une partie de ces armes tombent dans des mains non désirées, par exemple celles d’activistes d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) [3] — « C’est un risque non négligeable, quand un Etat se délite », a reconnu Gérard Longuet lors de son point de presse ;

— sur un plan politique, c’est la voie ouverte aux accusations « d’ingérence » (que la Russie n’a pas manqué de formuler, aussitôt connue cette éventualité), ou à une désagrégation de la coalition (l’Italie, la Norvège, le Danemark, la Belgique se sont déjà prononcés contre).

Paradoxe : c’est Anders Fogh Rasmussen, le secrétaire général de l’OTAN qui — pour des raisons surtout tactiques, afin de préserver l’unité de sa coalition — a dû mettre les pendules à l’heure, à l’issue de la réunion de Londres : « La résolution 1973 est très claire : elle exige l’imposition d’un embargo sur les armes. Nous sommes donc là pour protéger les populations, pas pour les armer. »

Embargo qui, si l’on en croit les nouvelles « idées » émises à Paris, Londres et Washington, pourrait donc être violé par ceux-là mêmes qui se sont donné pour mission de le faire voter et de le faire respecter… mais seulement à l’encontre d’un camp. A Washington, on fait valoir que l’embargo s’applique contre le régime de Kadhafi, et ne concernerait pas l’autre camp. En revanche, pour le représentant portugais à New-York, en charge du Comité des sanctions de l’ONU, l’embargo sur les armes est total et s’applique à tout le monde. Bref, au train où vont les débats, il faudra arracher au Conseil de sécurité une nouvelle résolution sur mesure…

.....

Effectif depuis jeudi 31 mars à 6 heures GMT, le transfert de l’ensemble des responsabilités opérationnelles a concerné dans un premier temps les moyens militaires, essentiellement aériens, de la Belgique, du Canada, du Danemark, d’Espagne, du Royaume-Uni et des Pays-Bas.

L’Alliance atlantique, qui assurait déjà depuis plusieurs jours deux autres missions — le contrôle de l’embargo sur les armes et l’imposition de la zone d’interdiction aérienne — planifie désormais les frappes en soutien aux insurgés libyens.

En famille

Le centre d’opérations aériennes combinées de l’OTAN (CAOCC) de Poggio Renatico, dans le nord de l’Italie, a commencé à émettre les ordres opérationnels sous forme de plans de vol pour les unités engagées dans la campagne aérienne en Libye, mettant en œuvre les directives du Commandement aérien d’Izmir (ACC), en Turquie, en liaison avec le commandement maritime (MCC) et le commandement inter-armes de l’opération (JFC) basés à Naples, en Sicile.

Selon l’état-major français, la « bascule » s’est faite sans heurt, en raison de la longue expérience de travail sous procédures OTAN des principaux pays concernés. En outre, la nouvelle chaîne de commandement est un décalque de l’ancien dispositif de coordination assuré par les forces américaines en Europe. L’amiral James Stavridis, qui supervise l’ensemble de l’intervention en tant que commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR)… faisait de même, ces deux dernières semaines, en tant que commandant des forces américaines en Europe.

Quant au général canadien Charles Bouchard, nommé ces derniers jours commandant de l’opération OTAN en Libye, il a effectué l’essentiel de sa carrière dans les état-majors américains, et il est l’adjoint en titre de l’amiral Samuel Locklear, chef du commandement conjoint (JOC) de l’Alliance à Naples… qui commandait ces dernières semaines l’opération américaine « Odyssey Dawn » (Aube de l’Odyssée) depuis le Mount Whitney, navire-amiral de la 6ème flotte. On reste en famille…

Notes

[1] M. Antoine Sivan, ancien sous-directeur pour le Moyen-Orient au ministère des affaires étrangères.

[2] Cf. Le Canard enchaîné, 16 mars 2011.

[3] L’amiral James Stavridis, commandant des forces américaines en Europe, a évoqué récemment des « signes » de leur présence au milieu des insurgés libyens.

[4] Même son ex-adversaire à l’élection présidentielle de 2008, le républicain John McCain, a vanté « l’excellence » de ce discours.

 Philippe Leymarie

Jeudi 31 mars 2011



1  Politique 

Les parties prenantes

a) L'Otan

Extension des guerres ?

La Syrie, prochaine cible de l'OTAN?

 Comme les autres pays arabes, la Syrie est secouée par des manifestations d’opposants. A la différence de ce qui s’est passé en Tunisie et en Egypte, dont les révolutions ont renversé des despotes pro-occidentaux, on ne peut parler dans son cas de soulèvement spontané, mais d’une opération de déstabilisation conçue aux Etats-Unis et en Israël.

Le 30 mars, dans son discours devant les parlementaires syriens, le Président Bachar al-Assad a dénoncé une « conspiration qui vient de l’étranger, mais aussi de l’intérieur du pays. Les personnes derrière cette tentative de déstabilisation mélangent trois éléments : les conflits religieux, les réformes et les besoins quotidiens du peuple », et il a accusé une « minorité » de semer le chaos.

   Selon l’agence de presse indépendante Champress (1), les techniques d’agitation employées pour soulever la population à Deraa, près de la frontière jordanienne, ont pour origine un plan ourdi en 2008 par le prince Bandar bin Sultan, ancien ambassadeur saoudien aux Etats-Unis, et Jeffrey Feltman, ancien ambassadeur américain au Liban (2004-2008). Objectif avoué : renverser le Président Bachar al-Assad et diviser la Syrie. Coût de l’opération : 2 milliards de dollars.

Tentative de coup d’Etat en Arabie

A Washington, Bandar bin Sultan était surnommé Bandar-Bush en raison de ses liens avec l’ancien président étatsunien qui l’avait mis dans le secret du projet d’invasion de l’Irak avant le secrétaire d’État américain Colin Powell. Il est marié avec la princesse Iffat, fille du roi Fayçal, connue pour avoir versé des sommes importantes à une fondation caritative, retrouvées ensuite sur le compte bancaire d’un des pirates de l’air saoudien du 11 septembre.

Fin 2008, Bandar bin Sultan aurait tenté de s’emparer du pouvoir en Arabie, avec le soutien des néo-conservateurs américains. Le coup d’Etat, prévu pendant l’agression israélienne de Gaza, devait se dérouler au cours de la période de transition du pouvoir entre George W. Bush et Barack Obama (2). Alerté par les services secrets russes, le roi d’Arabie aurait fait emprisonner Bandar bin Sultan, ainsi que quatre officiers supérieurs (3), puis l’aurait éloigné du pays pour « raisons de santé ». Il est rentré en grâce en 2010.

Son acolyte, Jeffrey Feltman, a été chef de la section politique de l'ambassade des États-Unis en Tunisie de 1998 à 2000. Début 2004, il a représenté la coalition à Erbil, au Kurdistan irakien. Nommé ensuite au Liban, il aurait participé à la création et au financement de l’organisation palestinienne Fatah al-islam, sponsorisée par l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, puis il a été de ceux qui ont désigné la Syrie responsable de l’assassinat de ce dernier.

Instrumentalisation des mécontentements

Jusque dans les détails, les opposants syriens appliquent les directives du plan de 2008, ce qui n’a rien d’étonnant puisque Jeffrey Feltman est aujourd’hui sous-secrétaire d'État américain pour les Affaires du Proche-Orient. Les réseaux de mécontents dont la création était préconisée, via Internet, sont opérationnels. De petits rassemblements, organisés autour d’agitateurs, sont filmés avec des téléphones portables. Quant ils ne sont pas dispersés par la police, les badeaux sont attaqués par des voyous simulant « des forces de sécurité habillées en civil ». Les vidéos, généralement courtes, sont ensuite envoyées à la chaîne qatarie Al-Jazeera et aux médias internationaux.

A noter que parmi les opposants syriens participant à la conspiration, le Parti de la Réforme de Syrie, basé aux Etats-Unis, est le plus actif, médiatiquement parlant. Proche du lobby pro-israélien américain AIPAC, il se veut l’équivalent syrien du CNI (Congrès national irakien) d’Ahmed Chalabi formé en 1992 par la CIA pour renverser Saddam Hussein. L’homme d’affaires Farid al-Ghabri qui le dirige s’est fait remarquer en manifestant devant l’ambassade de Syrie à Washington avec des militants de l’American Jewish Committee, puis en intervenant en 2007 à la Knesset à l’invitation du Likoud où les parlementaires arabes l’ont traité de mercenaire (4).

Les phases ultimes du plan Bandar-Feltman comprennent l’organisation de troubles ethniques et religieux, de dissensions dans l’armée, et la constitution d’un conseil politique destiné à être reconnu par les Occidentaux et leurs obligés arabes. Si, ce qu’à Dieu ne plaise, les conspirateurs parviennent à leurs fins, il ne manquera plus alors qu’un Sarkozy de service et des bombardiers de l’OTAN pour venir en aide aux rebelles…

Comme l’a déclaré Bachar al-Assad au Parlement, la Syrie traverse « un moment exceptionnel qui apparaît comme un test de son unité ».

(1) Media sources reveal details of a conspiracy by Bandar Bin Sultan and Feltman to “destroy” Syria

http://www.champress.net/index.php?q=en/Article/view/86507

(2) L’Arabie saoudite face au double défi Part 2/2

http://www.renenaba.com/l%E2%80%99arabie-saoudite-face-au-double-defi-part-22

(3) Where is Saudi Prince Bandar bin Sultan ?

http://thegulfblog.com/2010/01/20/where-is-saudi-prince-bandar-bin-sultan

(4) Arab MKs attack visiting exiled Syrian leader

http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3411213,00.html

http://www.france-irak-actualite.com/article-la-syrie-prochaine-cible-de-l-otan-70958591.html

4 avril



b) Usa

Paroles du président...

« Obama : Echelle horrible – »

Les Américains se désengagent-ils ?

 L’abandon du commandement de l’opération qu’ils avaient eux-mêmes baptisée « Aube de l’Odyssée » peut le faire penser. Il a été théorisé par le président Obama, à l’occasion d’une allocution prononcée à l’université de la défense de Washington [4] à quelques heures de la tenue de la conférence de Londres, dont voici quelques extraits :

— « Je suis absolument d’accord pour dire que l’Amérique ne doit pas faire la police partout dans le monde… Mais cela ne doit pas être un argument pour ne jamais intervenir » ;

— « Nous étions confrontés à la perspective d’un massacre de la population par Kadhafi à une échelle horrible. Ignorer cette situation et la responsabilité de l’Amérique en tant que leader aurait été une trahison de nos valeurs et de ce que nous sommes » ;

— « Le coût de la non intervention aurait été plus lourd que celui de l’intervention » ;

— « Participer au renversement de Kadhafi par la force est inacceptable », a cependant affirmé le numéro un américain, qui s’est défendu d’engager son pays dans un nouvel engrenage militaire ;

— « La recherche d’un consensus à l’ONU et le montage de la coalition nous ont pris 31 jours » ; « S’il n’y avait eu les Français et les Britanniques, il ne se serait probablement rien passé » (alors qu’il avait fallu un an de débats au temps du président Clinton, pour se mettre d’accord sur une intervention en Bosnie, a-t-il souligné).

— « Exercer le leadership ne consiste pas à agir seuls, mais à pousser les autres afin qu’ils prennent leur part du fardeau », a-t-il insisté (à l’adresse notamment des républicains, attachés au rôle « impérial » des Etats-Unis).

Opération transfert

Dans ce discours, Barack Obama a bien précisé qu’il avait pris bien soin d’éviter d’agir de manière unilatérale, privilégiant le partage du fardeau et le transfert du commandement de l’opération à ses alliés de l’OTAN. Durant ces deux dernières semaines, l’armée américaine avait assumé le commandement opérationnel de la coalition, et assuré à elle seule plus de la moitié des frappes contre les centres de commandement, batteries antiaériennes et convois blindés des troupes loyales à Mouammar Kadhafi.

Le transfert du commandement n’est qu’un désengagement partiel, le président Obama ayant affirmé que les Etats-Unis restaient en soutien, y compris en matière de neutralisation de centres de communications, de renseignement, de transport et ravitaillement logistiques : « En raison de ce transfert à une coalition basée sur l’OTAN, les risques et coûts pour les contribuables américains seront significativement réduits », a-t-il plaidé. Les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne assuraient jusqu’ici les quatre cinquièmes des sorties aériennes.

 Philippe Leymarie

Jeudi 31 mars 2011


Dans les coulisses 

Manlio Dinucci : Avant d’envoyer dollars et fusils le Pentagone va faire passer « l’examen » aux insurgés.

Faisant référence aux rebelles libyens qui se battent contre Kadhafi, le porte-parole de la Maison Blanche Jay Carney a déclaré : « La possibilité de les armer, de leur fournir des armes, est une des options que nous sommes en train de considérer ». Mais, a-t-il ajouté, si nous choisissons cette option nous devons être « bien informés » et conscients de « ce que nous essayons de réaliser ». Washington -explique le New York Times- est très attentif à ne pas jeter des armes dans un conflit qui implique « des groupes sur lesquels l’intelligence est limitée ». Il serait « prématuré », a dit Carney ironiquement, d’« envoyer une cargaison d’armes à une boîte postale en Libye ». De ce fait, « nous sommes en train  d’utiliser de nombreux canaux pour contacter des groupes et individus de l’opposition, pour en savoir plus sur les objectifs qu’ils poursuivent, sur ce qu’ils veulent ». En d’autres termes : les différents groupes qui participent à la rébellion sont soumis à une sorte d’examen par des agents de la Cia et des fonctionnaires étasuniens, évidemment déjà au travail en Libye. Ceci est confirmé indirectement par Mustapha Abd al Jalil (ex ministre de la justice de Kadhafi, aujourd’hui président de l’organe politique des rebelles), qui a parlé de contacts avec des représentants étasuniens. Le but de l’examen est d’établir quels rebelles sont fiables et lesquels ne le sont pas. Le résultat, si les rebelles arrivaient à renverser Kadhafi ou si c’est l’OTAN qui le fait, étant que les groupes que Washington considère fiables auront le pouvoir en main avec la force des armes et de l’entraînement reçus du Pentagone.

A Washington,  confirme le New York Times, on est en train de considérer l’option non seulement d’armer les rebelles (ceux qui auront réussi l’examen de la Cia), mais aussi de les entraîner et de leur fournir de l’intelligence, c’est-à-dire des informations sur les objectifs à frapper. Une autre option prise en considération est celle d’ « infiltrer de petites équipes des Forces pour les opérations spéciales, pour assister les rebelles comme ça a été fait en Afghanistan pour renverser les Talibans ». Ces équipes sont spécialisées dans l’entraînement de groupes rebelles, de façon à « les transformer en une nuit en combattants plus efficients, en leur fournissant quelques connaissances de base, des équipements et un leadership ».

Dans ce contexte, un rôle important est joué par les bases étasuniennes de Camp Darby, entre Pise et Livourne, et de Sigonella en Sicile. La première a été activée pour l’envoi d'« aides humanitaires de l’US Aid », officiellement destinées aux réfugiés à la frontière entre la Tunisie et la Libye. Les matériaux sont transportés par le 3ème Bataillon de la 405ème Brigade à l’aéroport militaire (italien, NdT) de Pise, où ils sont chargés sur des C-130J arrivés de la base de Ramstein en Allemagne.  Notre position, dit le commandant de la brigade (étasunienne, NdT), nous offre « des capacités logistiques uniques puisque notre dépôt est à 30 minutes de l’aéroport (italien, NdT) de Pise », celui-là même où se trouvera le Hub militaire national (italien, NdT) qui va être mis à disposition aussi de Camp Darby. Comme c’est Camp Darby qui se charge d‘envoyer dans d’autres pays des armes et des « donations » de l’US Aid, personne ne peut savoir ce qu’il y a dans les paquets cadeau qui arrivent à la frontière des zones libyennes contrôlées par les rebelles.

Au même moment a été activée la base aéronavale de Sigonella, d’où partent d’autres avions, les KC-130 des marines, toujours pour apporter des « aides humanitaires ». Mais, détail non négligeable, c’est de Sigonella qu’opère une force spéciale étasunienne pour des missions secrètes en Afrique, et d’où partent les vols des avions-espions Global Hawks. Les « faucons global » qui tournoient déjà sur la Libye, non pas pour y apporter la démocratie mais pour amener la Libye et sa richesse énergétique sous la domination des Etats-Unis /OTAN.

Edition de mercredi 9 mars 2011

 il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/09-Marzo-2011/art18.php3


Sur le terrain

Zone d'exclusion Libye: les Etats-Unis préfèrent l'Otan à une coalition

Les Etats-Unis préfèreraient que ce soit l'Otan, et non une coalition de pays, qui conduise les opérations si l'ONU donnait son feu vert à l'imposition d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye, a indiqué mercredi un haut responsable américain.

"Les Etats-Unis estiment que l'Otan est le choix naturel" pour mener une telle opération, a-t-il déclaré à la veille d'une réunion de deux jours des ministres de la Défense de l'Otan qui sera dominée par la crise libyenne.

Il s'est refusé à commenter les propos du ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, qui a jugé mardi que "l'Otan n'est pas l'organisation adaptée" pour imposer une zone d'interdiction aérienne et empêcher ainsi le régime de Mouammar Kadhafi d'utiliser son aviation contre les insurgés.

Le même haut responsable américain n'a pas voulu non plus discuter de possibles divisions au sein de l'Otan sur l'opportunité de faire intervenir l'Alliance atlantique en Afrique du nord, vivement mise en doute par le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, dont le pays est membre de l'Otan.

L'Otan, une organisation intergouvernementale, ne prend ses décisions que par consensus, autrement dit à l'unanimité.

Les alliés de l'Otan sont "unis sur la marche à suivre", a seulement répondu le haut responsable américain.

Mais, a-t-il insisté, "nous voulons que l'opération se déroule dans le cadre de l'Otan. Cette alliance a un potentiel exceptionnel".

"Nous ne serions pas en mesure d'utiliser les moyens que l'Otan a" si l'intervention n'était pas menée par elle, a-t-il souligné.

"Ce serait une opération complexe, difficile et coûteuse, qui demande un large engagement" des pays de l'Otan, a-t-il estimé.

Au cas où l'Otan ne parviendrait pas à s'entendre sur une opération menée en son nom, un autre scénario, celui d'une coalition, est évoqué: certains pays comme les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne, qui disposent d'avions radars Awacs et d'importants moyens aéronavals, seraient susceptibles d'agir quand même avec des pays comme l'Italie et l'Allemagne, voire des pays arabes, sur la base du même mandat de l'ONU.

"Avec la Grande-Bretagne, on travaille sur ce qui pourrait être fait hors de l'Otan. Le drapeau de l'Otan (en Libye) serait provoquant", a estimé une source diplomatique française à Paris.

Aujourd'hui, l'Otan elle-même n'est cependant pas encore en mesure de décider d'une intervention, a noté le haut responsable américain. 

Avant que l'Otan puisse statuer sur la date et les modalités d'une intervention, encore faut-il que trois principes soient respectés, a-t-il énoncé:

-- primo, que la démonstration soit faite qu'une telle intervention s'impose,

-- secundo, que l'intervention s'appuie sur une base juridique claire, autrement dit que le Conseil de sécurité de l'ONU ait voté une résolution en ce sens,

-- et tertio, que les pays de la région l'approuvent et apportent leur coopération.

Le responsable américain a insisté sur le fait que les 28 alliés avaient accepté de demander aux militaires de l'Otan d'étudier les différents scénarios et les options à leur disposition pour faire face à toute éventualité.

Le commandant en chef de l'Otan en Europe, l'amiral américain James Stavridis, doit présenter jeudi aux ministres de la Défense l'état de la planification et les diverses variantes qui se présentent.

Si une zone d'exclusion aérienne fait partie des actions programmées, en revanche, l'Otan n'envisage pas "à ce stade" d'"intervention terrestre", a affirmé le haut responsable américain.

AFP

09 mars 2011



1 Les parties prenantes

L’Otan dans le monde

Canada

Un Canadien commandera la mission de l'OTAN -- à la très grande honte du Canada

Le ministre de la Défense Peter MacKay a annoncé le 25 mars que le lieutenant-général canadien Charles Bouchard, actuellement en poste au Commandement des forces interarmées à Naples, en Italie, dirigera l'agression militaire de l'OTAN contre la Libye.

Les États-Unis ont indiqué qu'ils ont souhaité transférer le plus rapidement possible le commandement de la mission en Libye. Les médias citent le major-général Lewis MacKenzie qui dit que Bouchard est « le choix évident » car il y a des questions politiques advenant que la France ou la Grande-Bretagne assume la direction.

« Voici ce Canadien qui est déjà au quartier général, le commandement des forces alliées interarmées à Naples », a dit MacKenzie à l'émission Power Play à la chaîne CTV. « Je ne pense pas qu'il ait fallu aux 28 membres du Conseil de l'Atlantique Nord à Bruxelles [beaucoup de temps] pour dire :« Eh, ce gars est un bon choix ». »

Bouchard a déjà servi en tant que commandant adjoint de NORAD. Il s'est enrôlé dans les Forces canadiennes en 1974 et a servi autrefois avec l'armée américaine à Fort Hood, au Texas.

Un représentant de l'OTAN a confirmé que Bouchard sera responsable de la campagne aérienne internationale et de l'embargo sur les armes mises en application par les navires de la flotte militaire. Il servira sous les ordres de l'amiral américain Samuel Locklear, qui est le commandant du quartier général des opérations de l'OTAN pour la Méditerranée, en Italie. La Presse canadienne rapporte qu'Ottawa est susceptible d'envoyer un petit nombre d'employés pour travailler avec Bouchard dans le cadre de son nouvel emploi.

MacKenzie a déclaré que les fonctions de Bouchard inclueront « d'aplanir les dissensions parmi les commandants militaires » qui ont des opinions divergentes sur ce que la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU leur permet de faire en Libye.

MacKay a déclaré que l'OTAN demeure « en discussion » sur la composition et la forme que prend la mission militaire.

« L'OTAN continue de planifier et nous espérons que le Conseil de l'Atlantique Nord sera d'accord pour un plan opérationnel et une directive d'exécution dans les prochains jours », a dit MacKay.

Jusqu'à ce que ce plan soit établi, MacKay a dit que les patrouilles de l'OTAN dans la zone d'exclusion aérienne « se dérouleront en parallèle avec les activités de la coalition » qui sont dirigées pour le moment par les États-Unis. Lors de la conférence de presse à Ottawa, MacKay a également annoncé que le major-général Tom Lawson -- qui a récemment fait un exposé aux médias sur les opérations en Libye -- est sur le point d'être promu au grade de lieutenant-général et aura un poste supérieur à NORAD.

LML déplore la décision de participer à cette agression. La suggestion que de confier le commandement de l'OTAN à un lieutenant-général canadien est un signe de maturité du Canada est idiote. Cela signifie simplement que le Canada est chargé de maintenir la domination des États-Unis sur ses partenaires européens au sein de l'OTAN. Une telle servilité abjecte est déplorable. Pour le Canada c'est une honte, pas un objet de fierté.

Windsor, le 26 mars 2011


France

Robin Philpot : Libye: les bombes humanitaires et d'autres balivernes

Après s'en être pris, selon ses mots, à « la racaille » des banlieues de Paris, le président Sarkozy s'en prend maintenant à « la racaille » en Libye, avec tout ce qu'il y de plus destructeur.

Convaincu que la France a perdu des galons en 2003, à cause de sa position de principe ferme contre l'invasion de l'Irak, il fait du zèle pour regagner la faveur de Washington et de Londres, tout en voulant cultiver chez lui l'électorat va-t-en-guerre qui s'en allait chez Marine Le Pen.

Mais avec le transfert du commandement vers l'OTAN, on s'aperçoit que, au lieu de gagner en importance et en respect aux yeux du monde entier – comme ce fut le cas en 2003 sous Chirac et de Villepin – il en perd, et du coup prend l'allure d'un autre Tony Blair, le caniche du maître George W. Bush.

Tout ça sous l'oeil bienveillant du « guide suprême » de la politique française, Bernard-Henri Lévy ou BHL pour les intimes, qui, le premier, est allé à la rencontre des « rebelles » et a amené Sarkozy à reconnaître le Conseil national de transition fraîchement formé comme le « seul représentant légitime du peuple libyen. »1 Première déclaration de guerre !

La surprise, c'est la quasi absence de voix qui s'élèvent au Québec contre cette nouvelle guerre contre un autre pays musulman. Mais aussi l'oubli de la gifle que ce même Sarkozy a assénée au Québec en octobre 2009. On « lisait » même sur le blogue d'un certain commentateur prolifique que Sarkozy était « le plus audacieux » des leaders internationaux, que la France était « courageuse », que l'administration Obama tardait malheureusement à agir et qu'il fallait mettre en oeuvre au plus vite la politique de la « responsabilité de protéger » qui, selon ce même blogueur, serait une invention canadienne.

Bombes « humanitaires » ?

Puisque les mots ont encore un sens, il faut revoir le vocabulaire utilisé pour mener cette guerre. On parle pudiquement de zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye. Or, on aurait dû savoir dès le début qu'il s'agissait là d'une prise de possession d'un territoire africain dans la bonne vieille tradition colonialiste de l'Europe. Car celui qui contrôle l'espace aérien au-dessus d'un pays contrôle le pays.

Les « rebelles », qui réclamaient l'intervention entre autres de la France en brandissant le drapeau français, à côté du vieux drapeau royaliste du roi Idris 1er, perdaient rapidement du terrain jusqu'à ce que l'aviation française, britannique et américaine vienne leur ouvrir le chemin à coups de bombardements intenses... mais « humanitaires ».

On veut nous faire croire que le déploiement des chasseurs vise seulement à protéger les civils. Comment peut-on ainsi applaudir en voyant ces « rebelles » avancer sous la protection des tirs groupés des grandes puissances ? Ceux qui y voient progresser un supposé « printemps » arabe seraient bien avisés de retourner étudier l'histoire du colonialisme : quand la poussière tombe après une intervention militaire de ce genre, les gens se réveillent avec de nouvelles chaînes dont il est très difficile de se libérer.

On peut prévoir, dans peu de temps, un retour au statut d'avant 1969 caractérisé notamment par une importante base militaire des États-Unis en Libye et la prise de contrôle par des intérêts étrangers de l'importante industrie pétrolière libyenne.

De plus, les pétrodollars libyens, qui ont réussi à hisser au sommet des pays africains le niveau de vie du peuple libyen et qui ont servi à soutenir beaucoup de pays africains, prendront le chemin de la Bourse de Londres, tout comme les pétrodollars des pays du Golfe arabo-persique, tous des dictatures qui répriment leurs propres peuples, mais aussi de bons amis qui ne seront jamais inquiétés par les guerriers de l'OTAN.

On se gargarise avec le fameux vote au Caire de la Ligue arabe en faveur de l'intervention militaire, alors que les plus va-t-en-guerre contre Kadhafi de cette ligue moribonde sont justement ces mêmes dictatures.

En revanche, qui signale aujourd'hui le vote quasi unanime de l'Union africaine contre l'intervention, unanime sauf... le Rwanda de Paul Kagame, dont la position est la même qu'en 2003 lors de l'invasion de l'Irak : il était pour !

L'Union Africaine sait ce qui se passe. Alors que la Libye a constamment soutenu des pays africains au sud du Sahara, les « rebelles », qui s'adonnent au lynchage de travailleurs africains à Benghazi et aux Noirs libyens (La Presse, 29 mars 2011), mettraient rapidement fin à cette politique une fois au pouvoir.

La fausse prémisse de l'échec au Rwanda

Qu'en est-il de l'autre baliverne, la responsabilité de protéger, (la fameuse R2P pour les initiés) qui serait une création canadienne et qui trouverait son origine dans l'échec au Rwanda en 1994 ?

On nous dit que les femmes de l'entourage d'Obama, dont Susan Rice et Samantha Power, traumatisées par « l'échec » au Rwanda, auraient amené le président à approuver l'agression militaire en Libye.

Le problème, c'est qu'il n'y a pas eu d'échec au Rwanda, du moins du point de vue de l'administration américaine de Bill Clinton.

Comme le démontre avec brio Pierre Péan dans son plus récent ouvrage Carnages, les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique (Fayard 2010), Washington a gagné sur toute la ligne dans cette guerre froide feutrée qui a mis l'Afrique centrale à feu et à sang entre 1990 et 2005.

Si l'ONU n'est pas intervenue au Rwanda en 1994, c'est parce que Washington et Londres ne voulaient pas et ils ont mis tout leur poids pour empêcher l'ONU d'intervenir.

Leur objectif, quel qu'en soit le coût, était de permettre au Front patriotique rwandais sous la direction de Paul Kagame d'emporter une victoire décisive et de partir par la suite à l'assaut du Zaïre, aujourd'hui la République démocratique du Congo. Ce qui fut fait.

Malheureusement, grâce à la répétition continue par les grands médias de l'histoire officielle de la tragédie rwandaise – Ô quel dommage qu'il n'y ait pas eu d'intervention ! La prochaine fois nous utiliserons tous les moyens nécessaires pour éviter un tel échec ! – on a réussi à créer de toutes pièces un nouveau droit des grandes puissances : celui de s'ingérer dans les affaires d'un pays souverain au nom de la responsabilité de protéger.

Plus besoin de respecter la souveraineté des États ; plus besoin de recourir à la diplomatie ; plus besoin de chercher une solution politique ; on sort les bombes « humanitaires », les missiles de croisière Tomahawk, les porte-avions, les drones et même les avions de chasse CF-18, et on va-t-en-guerre dès qu'on trouve un adversaire un tantinet indépendant ou malcommode jumelé à un groupe de « rebelles », de préférence armés et arborant nos drapeaux, comme par hasard. Et si ces « rebelles » n'existent pas, on les invente.

Pour ceux qui applaudissent les femmes militaristes dans l'entourage d'Obama, comme Susan Rice, rappelons son autre grand geste international récent : c'est elle qui, le 18 février dernier, a imposé le véto des États-Unis, tuant ainsi la résolution de l'ONU qui aurait condamné Israël pour la poursuite de son occupation et de sa colonisation de la Cisjordanie, y compris Jérusalem est. Les 14 autres pays membres du Conseil de sécurité appuyaient la résolution.

On pourrait peut-être ces dames applaudir si elles proposaient une zone d'exclusion aérienne au-dessus de.... Gaza !

La question qui hante cette guerre macabre : mais d'où ces pays qui bombardent tiennent-ils leur autorité morale ?

Notes
1.L'idée du « guide suprême » est celle de la journaliste et écrivaine Diana Johnstone.

* Robin Philpot s'entretiendra avec la journaliste et écrivaine Diana Johnstone sur la guerre en Libye à l'émission L'effet versant sur les ondes de CIBL 101,5 (www.cibl1015.com) le lundi 4 avril à 13 h. Diana Johnstone est l'auteure entre autres de La croisade des fous : Yougoslavie, première guerre de la mondialisation (Le Temps des Cerises).

- Robin Philpot,

30 mars 2011 -

L'aut'Journal,


 

Les commentaires sont fermés.