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11/04/2011

n° 86 - Journal des Guerres de l'Otan. - 11-04 : Fin : Si tu veux faire la guerre, prépare la guerre !


n° 86 - Journal des Guerres de l'Otan. - 11-04 : Fin   : Si tu veux faire la guerre, prépare la guerre !



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



  Journal des Guerres de l'Otan.  n° 86- 11-04

            C.De Broeder & M.Lemaire     



Le " Journal des Guerres de l'Otan " est  visible :

a)   sur nos blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Robert Bibeau :  http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

c) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

e) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 

NB : Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire.

 Brèves

2-1 Le nouveau siège de l’Otan à Bruxelles coûtera plus de 110 millions d’euros à la France.

3 Dossiers

3-1 Jean Bricmont : Le Retour de l’Impérialisme Humanitaire.

3-2 Domenico Losurdo : Orwell, l’OTAN et la guerre contre la Libye

4 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

4-1 Le collapsus de la diplomatie.




 Brèves

Ndlr : La publication de l'article  ne signifie nullement que la rédaction est d'accord avec l'article mais doit être vu comme information.

2-1 Le nouveau siège de l’Otan à Bruxelles coûtera plus de 110 millions d’euros à la France.

Le nouveau siège de l’Otan, qui sera construit en face de l’actuel à Bruxelles d’ici à 2015, coutera plus de 110 millions d’euros à la France, soit un peu plus de 10 % de son coût total.

Le secrétaire général de l’Otan a mentionné récemment que le projet global de construction devrait s’élever aux envrions d’un milliard d’euros, le double du chiffre évoqué l’année dernière et dont nous faisions alors l’écho sur ce blog.

Interrogé par nos soins, le ministère de la Défense a bien voulu nous communiquer les précisions suivantes sur la contribution de notre pays :

" La France participe à hauteur de 11,7477% pour les parties communes (clé à partir de notre part relative dans les budgets de l’OTAN) et de 3,776% des parties privatives (parkings). Sur la durée du projet, notre participation s’élève à 110, 112 million d’euros".

La France est le quatrième contributeur financier au sein de l’Alliance, derrière les Etats-Unis, l’Allemagne et le Royaume-Uni.

Alors que les responsables de l’Alliance atlantique et notamment le secrétaire général de l’Otan ne cesse de dénoncer, souvent à juste titre, la faiblesse des dépenses militaires en Europe, le choix de consacrer un milliard d’euros pour abriter la bureaucratie de l’Alliance mériterait au moins d’être discuté...

jeudi 17 février 2011,

 Comité Valmy



3 Dossiers

Ndlr : La publication de l'article  ne signifie nullement que la rédaction est d'accord avec l'article mais doit être vu comme information.

3-1 Jean Bricmont : Le Retour de l’Impérialisme Humanitaire.

Le Gang au complet est de retour : les partis de la gauche européenne (inclus les partis « modérés« communistes européens ) les « Verts » avec José Bové maintenant allié à Daniel Cohn Bandit qui a toujours soutenu les guerres de l’OTAN, différents groupes Troskystes et bien sûr Bernard Henry Levy et Bernard Kouchner tous appelant à une sorte d »’intervention humanitaire » en Libye ou accusant la gauche d’Amérique Latine dont les positions sont bien plus sensées d’agir comme des « idiots utiles » pour le « Tyran libyen » .

Douze ans plus tard c’est de nouveau le Kosovo. Des centaines de milliers de morts irakiens, l‘OTAN acculée dans une position impossible en Afghanistan et ils n’ont rien appris ! La guerre du Kosovo a été lancée pour stopper un génocide inexistant, la guerre afghane pour protéger les femmes (allez donc vérifier leur situation actuellement) et la guerre d’Irak pour protéger les Kurdes. Quand vont-ils comprendre qu’on affirme que toutes les guerres sont justifiées pour des raisons humanitaires ? Même Hitler « protégeait les minorités » en Tchécoslovaquie et en Pologne.

D’un autre côté Robert Gates a mis en garde que tout futur secrétaire d’état qui conseillerait au président US d’envoyer des troupes en Asie ou en Afrique « on doit lui examiner le cerveau ». L’Amiral MC Mullen a de même conseillé la prudence. Le grand paradoxe de notre époque c’est que le QG du mouvement de la paix se trouve au Pentagone et au département d’état tandis que le parti pro guerre est une coalition de néo conservateurs et d’interventionnistes libéraux de différentes sortes dont des guerriers gauchistes humanitaires de même que certains Verts des féministes ou des communistes repentis.

Donc maintenant tout le monde doit réduire sa consommation à cause du réchauffement climatique mais les guerres de l’OTAN sont recyclables et l’Impérialisme a été intégré au Développement Durable.

Bien sûr les US feront ou non la guerre pour des raisons qui sont bien différentes des conseils offerts par la gauche pro guerre. Bien sûr le pétrole ne sera pas le facteur principal de leur décision car tout gouvernement libyen futur devra vendre du pétrole et la Libye ne pèse pas suffisamment sur le cours du pétrole. Bien sûr le chaos en Libye mène à la spéculation qui elle-même affecte les prix mais cela est un autre sujet. Les Sionistes ont certainement deux avis sur la Libye : ils haïssent Kadhafi et aimerait le voir chasser du pouvoir comme Saddam de la façon la plus humiliante possible mais ils ne sont pas sûrs qu’ils apprécieront son opposition (et selon le peu que l’on connaît ils ne l’aiment pas).

L’argument principal pro guerre c’est que si tout va vite et facilement cela réhabilitera l’OTAN et l’intervention humanitaire dont l’image a été ternie par l’Irak et l’Afghanistan. Un nouveau Grenade ou au mieux un nouveau Kosovo c’est exactement ce qu’il faut. Un autre motif d’intervention c’est de mieux contrôler les rebelles en venant les « sauver » dans leur marche vers la victoire. Mais cela a peu de chance de marcher : Karzai en Afghanistan les nationalistes kosovars les Shi’ites d’Irak et bien sûr Israël sont parfaitement contents de bénéficier de l’aide américaine quand ils en ont besoin mais après cela ils poursuivent leur propre agenda. Et une occupation militaire totale de la Libye après la « libération » est peu faisable ce qui bien sûr du point de vue des US rend l’intervention moins attrayante.

D’un autre côté si les choses tournent mal ce sera probablement le début de la fin de l’Empire américain d’où la prudence des gens qui sont actuellement en charge et qui ne se contentent pas d’écrire des articles dans le Monde ou de pester contre les dictateurs devant les caméras.

C’est difficile pour des citoyens ordinaires de savoir exactement se qui se passe en Libye car les médias occidentaux se sont complètement discrédités en Irak en Afghanistan au Liban et en Palestine et les sources d’informations alternatives ne sont pas toujours crédibles non plus. Cela bien sûr n’empêche pas la gauche pro guerre d’être absolument convaincue de la vérité des pires informations sur Kadhafi comme elle l’était il y a douze ans sur Milosevic.

Le rôle négatif de la Cour Internationale de Justice est de nouveau apparent ici comme l’a été celui du Tribunal International pour la Yougoslavie dans le cas du Kosovo. L’une des raisons pour laquelle il y a eu relativement peu de sang versé en Tunisie et en Egypte c’est qu’il y avait une sortie possible pour Ben Ali et Moubarak. Mais la « justice internationale » veut être sûre qu’une telle sortie n’est pas possible pour Kadhafi et probablement pour les gens proches de lui les poussant ainsi à combattre jusqu’à un dénouement tragique.

Si « un autre monde est possible » comme la Gauche Européenne le proclame sans arrêt alors un autre Occident devrait être possible et la Gauche Européenne devrait commencer à œuvrer pour cela. La rencontre récente de l’Alliance Bolivarienne pourrait servir d’exemple : la gauche d’Amérique Latine veut la paix et ils veulent empêcher l’intervention des US car ils savent qu’ils sont dans la ligne de mire des US et que leur processus de transformation sociale exige d’abord et avant tout la paix et la souveraineté nationale. Donc ils ont suggéré d’envoyer une délégation internationale conduite éventuellement par Jimmy Carter (qu’on ne peut pas accuser d’être une marionnette de Kadhafi) pour commencer un processus de négociation entre le gouvernement et les rebelles. L’Espagne s’est dite intéressée par cette idée qui est bien sûr rejetée par Sarkozy. Cette proposition peut sembler utopique mais si l’ONU met tout son poids derrière ce ne sera pas le cas. Ce serait une façon de remplir sa mission actuellement rendue impossible par l’influence des US et de l’Occident. Cependant ce n’est pas impossible que maintenant ou dans une prochaine crise une coalition de nations non interventionnistes dont la Russie la Chine l’Amérique Latine et peut être d’autres puissent œuvrer ensemble pour construire des alternatives crédibles à l’interventionnisme occidental.

Contrairement à la gauche d’Amérique Latine la version pathétique gauche européenne a complètement perdu le sens de ce que cela veut dire de faire de la politique. Elle n’essaie pas de proposer des solutions concrètes aux problèmes et est seulement capable d’adopter des positions morales dénonçant en particulier de façon grandiloquente les dictateurs et les violations des droits de l’homme. La gauche social démocrate suit la droite avec au mieux quelques années de retard et n’a pas d’idées personnelles. La gauche « radicale » réussit souvent à dénoncer à la fois les gouvernements occidentaux de toutes les manières possibles et à demander que ces gouvernements interviennent militairement partout dans le monde pour défendre la démocratie. Leur manque de réflexion politique les rend particulièrement vulnérable aux campagnes de désinformation et en fait des supporters des guerres US - OTAN.

La gauche n’a pas de programme cohérent et ne saurait pas quoi faire même si Dieu les mettait au pouvoir. Au lieu de « soutenir » Chavez et la Révolution Vénézuélienne une affirmation vide de sens que certains se complaisent à répéter ils devraient humblement apprendre d’eux et d’abord et avant tout réapprendre ce que cela veut dire de faire de la politique.
Article en anglais :
http://www.counterpunch.org/

 Jean Bricmont

08/03/2011

Jean Bricmont enseigne la physique en Belgique et est membre du Tribunal de Bruxelles. Son livre "Humanitarian Imperialism" est publié par «Monthly Review Press la version française « Impérialisme Humanitaire » l’est aux éditions Aden

http://www.planetenonviolence.org/Libye-Retour-De-L-Imperialisme-Humanitaire-Avec-Le-Soutien-Du-Vieux-Gang_a2383.html


3-2 Domenico Losurdo : Orwell, l’OTAN et la guerre contre la Libye

Les mots ont-ils encore un sens ? En lisant des articles sur la guerre de Libye dans la presse anglo-saxonne et italienne, Domenico Losurdo a été frappé par l’inversion des signifiés. La propagande de l’OTAN, comme celle imaginée par George Orwell dans son célèbre roman d’anticipation, passe d’abord par un grossier trucage sémantique.

En 1949, tandis que fait rage une guerre froide qui risque de se transformer d’un moment à l’autre en holocauste nucléaire,George Orwell publie son dernier livre et plus célèbre roman : 1984. Si le titre donne dans l’anticipation, la cible est clairement constituée par l’Union Soviétique, représentée comme le « Grand frère » totalitaire, qui rend vaine toute possibilité de communication, en subvertissant le langage et en créant une « novlangue » (newspeak), dans le cadre de laquelle tout concept se renverse en son contraire. En publiant son roman l’année même de la fondation de l’OTAN (l’organisation militaire qui prétendait défendre même la cause de la morale et de la vérité), Orwell apportait ainsi sa brave contribution à la campagne de l’Occident. Il ne pouvait certes pas imaginer que sa dénonciation allait se révéler beaucoup plus pertinente pour décrire la situation advenue, quelques années seulement après 1984, avec la fin de la Guerre froide et le triomphe des USA. De même que sa surpuissance militaire, la superpuissance multimédiatique de l’Occident ne semble pas non plus rencontrer d’obstacle : le renversement de la vérité vient s’imposer par un bombardement multimédiatique incessant et omniprésent, de caractère absolument totalitaire. C’est ce qui émerge clairement de la guerre en cours en Libye.

Guerre

En effet, est à l’œuvre ici le plus puissant appareil militaire jamais vu dans l’histoire ; à coup sûr, les victimes civiles des bombardements de l’OTAN ne manquent pas ; on utilise des armes (à l’uranium appauvri) dont l’impact est destiné à durer dans le temps ; dans le déchaînement des hostilités et dans la conduite des opérations militaires, outre les USA, se distinguent deux pays, la France et le Royaume-Uni, qui ont derrière eux une longue histoire d’expansion et de domination coloniale au Proche-Orient et en Afrique ; nous sommes dans une aire riche en pétrole et les experts et moyens d’information les plus autorisés sont déjà à l’analyse de la nouvelle organisation géopolitique et géo-économique. Et, cependant —nous assurent Obama, ses collaborateurs et ses alliés et subalternes— il ne s’agit pas de guerre, mais d’une opération humanitaire qui vise à protéger la population civile et qui en outre est autorisée par le Conseil de sécurité de l’ONU.

En réalité, tout comme à l’égard de ses victimes, l’OTAN procède à l’égard de la vérité aussi de façon absolument souveraine. En premier lieu, il faut noter que les opérations militaires de l’0ccident ont commencé avant et sans l’autorisation de l’ONU. Dans le Sunday Mirror du 20 mars, Mike Hamilton révélait que depuis « trois semaines » opéraient déjà en Libye « des centaines » de soldats britanniques, encadrés dans un des corps militaires les plus sophistiqués et redoutés du monde (SAS) ; parmi eux se trouvaient « deux unités spéciales appelées "Smash" à cause de leur capacité destructive » [1]. Donc, l’agression avait déjà débuté, d’autant plus que collaboraient avec les centaines de soldats britanniques des « petits groupes de la CIA », dans le cadre d’ « une vaste force occidentale agissant dans l’ombre » voulue par « l’administration Obama » chargée, toujours « avant le déclenchement des hostilités le 19 mars », d’« approvisionner les rebelles et de saigner à blanc l’armée de Kadhafi » [2]. Il s’agit d’opérations d’autant plus remarquables qu’elles sont conduites dans un pays déjà fragile en lui-même à cause de sa structure tribale et du dualisme de longue date entre Tripolitaine et Cyrénaïque.

Deuxièmement, même quand ils s’adressent à l’ONU, les USA et l’Occident continuent à se réserver le droit de déclencher des guerres sans autorisation du Conseil de sécurité : c’est par exemple ce qui s’est produit en 1999 à l’occasion de la guerre contre la Yougoslavie et en 2003 pour la deuxième guerre contre l’Irak. Aucune personne censée ne qualifierait à présent de « démocratique » un gouvernement qui s’adresserait à son Parlement avec ce discours : je vous invite à me donner votre confiance, mais même sans votre confiance je continuerais à gouverner comme je considère que c’est le mieux… C’est dans ces termes que les USA et l’Occident s’adressent à l’ONU ! C’est-à-dire que les votes qui se déroulent au Conseil de sécurité sont régulièrement pervertis par le chantage constant auquel ont recours les États-Unis et l’Occident.

Troisièmement : dès qu’ils ont eu arraché au Conseil de sécurité (grâce au chantage décrit ci-dessus) la résolution désirée, les USA et l’Occident se sont hâtés de l’interpréter de façon souveraine : l’autorisation d’imposer une zone d’exclusion aérienne en Libye devient de fait une autorisation d’imposer une sorte de protectorat.

Mais si puissant soit-il, l’appareil multimédiatique des agresseurs ne parvient pas à occulter la réalité de la guerre. Et pourtant, la novlangue s’obstine à nier l’évidence : elle préfère parler d’opération de police internationale. Mais il est intéressant de noter l’histoire de cette catégorie. Renouant avec la doctrine Monroe, qu’il a réinterprétée et radicalisée, en 1904 Theodore Roosevelt (président des États-Unis) théorise un « pouvoir de police internationale » que la « société civilisée » doit exercer sur les peuples coloniaux et qui, en ce qui concerne l’Amérique latine, revient aux États-Unis. Nous voici ramenés à la réalité du colonialisme et des guerres du colonialisme, à la réalité que la novlangue essaie de refouler.

Nous trouvons malheureusement au premier rang de la promotion de la novlangue et du renversement de la vérité le président de la République italienne, Giorgio Napoletano, plus éloquent que tout autre dans la démonstration que ce qui est en cours en Libye… n’est pas une guerre ! S’il laissait un tant soit peu ré-affleurer ses souvenirs de militant communiste, il comprendrait que le refoulement, tenté, de la guerre est en réalité une confession. Comme l’avait expliqué Lénine en son temps, les grandes puissances ne considèrent pas leurs expéditions coloniales comme des guerres, et cela non seulement à cause de l’énorme disproportion des forces entre les deux parties en présence sur le terrain, mais aussi parce que les victimes « ne méritent même pas l’appellation de peuples (les Asiatiques et les Africains seraient-ils peut-être des peuples ?) » [3].

Civils

La guerre, soit l’opération de « police internationale », déchaînée contre la Libye vise à protéger les « civils » du massacre projeté par Kadhafi. Sauf que la novlangue est immédiatement démentie par les organes mêmes de la presse qui est engagée à la diffuser. Le Corriere della Sera du 20 mars affiche la photo d’un avion précipité en flammes dans le ciel de Bengazi. La légende de la photo et l’article qui la commente (de Lorenzo Cremonesi) expliquent qu’il s’agit d’un « chasseur » piloté par un des « pilotes les plus experts » à disposition des rebelles et qu’il est abattu par des « missiles terre-air de Kadhafi ». Loin d’être désarmés, les révoltés disposent d’armes sophistiquées et s’avèrent, de plus, assistés depuis le début par la CIA et autres services secrets, par « une ample force occidentale qui agit dans l’ombre » et par des corps spéciaux britanniques fameux ou redoutés à cause de leur « capacité destructive ». Serait-ce là les « civils » ? Maintenant, avec l’intervention d’une puissante force internationale, c’est plutôt le front d’en face qui s’avèrerait substantiellement désarmé.

Mais une réflexion ultérieure peut être opportune sur la catégorie dont nous discutons ici. Comme l’observe Avishai Margalit, un enseignant de l’Université hébraïque de Jérusalem, le gouvernement israélien inclut aussi le « lancer de pierres » dans le compte officiel des « attaques terroristes hostiles ». Et —on le sait— contre les terroristes on ne peut pas s’arrêter à mi-chemin. Dans la plus éminente presse étasunienne (International Herald Tribune) nous pouvons lire le récit de « scènes exaspérantes de mort », qui s’avèrent « alors qu’un char d’assaut et un hélicoptère israélien ouvrent le feu sur un groupe de manifestants palestiniens, enfants compris, dans le camp de réfugiés de Rafah ». Oui, même un enfant qui jette des pierres contre l’armée d’occupation peut être considéré et traité comme un « terroriste ». Leah Tsemel, une avocate israélienne engagée dans la défense de Palestiniens, rapporte le cas d’« un enfant de dix ans tué près d’un check-point à la sortie de Jérusalem par un soldat à qui il avait simplement lancé une pierre » [4]. Ici la novlangue célèbre son triomphe : un pilote expert qui combat aux commandes d’un avion militaire est un « civil », mais un enfant qui lance des pierres contre l’armée d’occupation est clairement un « terroriste » !

Justice internationale

Si les champions de la lutte contre les enfants « terroristes » et palestiniens peuvent dormir tranquilles, ceux qui se rangent contre les « civils » à l’œuvre en Libye seront déférés à la Cour pénale internationale. Et les militaires et les hommes politiques qui commandent l’appareil militaire ne seront pas les seuls à risquer d’être déférés (et condamnés). Non, c’est un groupe beaucoup plus large qui est pris pour cible. Déjà dans The Guardian du 25 février Patrick Wintour et Julian Borger expliquaient : « Des officiers britanniques sont en train de contacter des personnels libyens de haut rang pour les mettre au pied du mur : abandonner Muhamar Kadhafi ou être jugés avec lui pour crimes contre l’humanité » [5]. En effet, sur ce point les gouvernants de Londres et occidentaux en général ne cessent d’insister. Ils considèrent la Cour pénale Internationale comme Cosa Nostra, c’est-à-dire comme un « tribunal » mafieux. Mais le point le plus important et le plus révoltant est ailleurs : ceux qui sont menacés d’être emprisonnés pour le reste de leur vie sont des fonctionnaires libyens, à qui n’est reproché aucun délit. C’est-à-dire qu’après être intervenus dans une guerre civile et l’avoir probablement attisée et en tous cas alimentée, après avoir lancé l’intervention militaire bien avant la résolution de l’ONU, Obama, Cameron, Sarkozy etc. continuent à violer les règles du droit international, en menaçant avec leur vendetta et leur violence de frapper, même après la fin des hostilités, ceux qui ne se rendent pas immédiatement à la volonté de puissance, de domination et de saccage exprimée par le plus fort. Et la novlangue aujourd’hui en vigueur transforme les victimes en responsables de « crimes contre l’humanité » et les responsables de crimes contre l’humanité en artisans de la « justice internationale ».

Pas de doute : en même temps qu’un appareil de destruction et de mort sans précédents dans l’histoire, c’est la novlangue qui fait rage aujourd’hui : c’est-à-dire le langage de l’Empire

Domenico Losurdo
Professeur d’histoire de la philosophie à l’université d’Urbin (Italie). Il dirige depuis 1988 la Internationale Gesellschaft Hegel-Marx für dialektisches Denken, et est membre fondateur de l’Associazione Marx XXIesimo secolo.

Dernier ouvrage traduit en français : Staline : histoire et critique d’une légende noire (Aden, 2011).
http://www.aden.be/index.php?aden=staline-histoire-et-critique-d-une-legende-noire

[1] « Crack SAS troops hunt Gaddafi weapons inside Libya », par Mike Hamilton, Sunday Mirror, 20 mars 2011.
http://www.mirror.co.uk/news/top-stories/2011/03/20/crack-sas-troops-hunt-gaddafi-weapons-inside-libya-115875-23002207/
[2] « C.I.A. Agents in Libya Aid Airstrikes and Meet Rebels », par Mark Mazzetti et Eric Schmitt, The New York Times, 30 mars 2011.
http://www.nytimes.com/2011/03/31/world/africa/31intel.html?hp
[3] Lénine, Œuvres complètes, vol. 24, p. 416-17 de l’édition italienne.

[4] Sur tout cela voir Il linguaggio dell’Impero, par Domenico Losurdo, Laterza, Roma-Bari, 2007, chap. I, § 13
http://www.laterza.it/index.php?option=com_laterza&Itemid=97&task=schedalibro&isbn=9788842081913
[5] « Libya : UK officials tell Gaddafi loyalists to defect or face war crimes trial », par Patrick Wintour et Julian Borger, The Guardian, 25 février 2011.
http://www.guardian.co.uk/world/2011/feb/25/libya-uk-gaddafi-sas-embassy

Traduction Marie-Ange Patrizio

Repris sur http://www.voltairenet.org/article169270.html



4 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

4-1 Le collapsus de la diplomatie.

Avec la déplorable décision prise par l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, OTAN, Washington, Londres et Paris à la tête, de poursuivre les bombardements contre la Libye tant que le leader Mouammar El Kadhafi ne quittera pas le pouvoir, nous avons assisté au collapsus définitif de la diplomatie comme voie pour résoudre les contradictions entre les peuples et les nations.

La réunion des ministres des Affaires étrangères de 36 pays, a Londres, lors de laquelle ils ont décidé que le gouvernement libyen avait perdu toute légitimité et qu'il doit abandonner le pouvoir, est venue prouver que tout comme à la fin des deux guerres mondiales du siècle dernier, le monde peut être divisé selon le désir des puissants.

Le plus grave est sans doute que l'Humanité, qui s'était dotée, au terme de la seconde guerre mondiale, d'un mécanisme pour trouver des solutions aux problèmes internationaux, avec la création de l'ONU, sans avoir à les résoudre sur le champ de bataille, constate aujourd'hui avec tristesse, qu'à la fin tout à été un château de cartes.

Nous vous donnons quelques arguments qui le prouvent :

En tout premier lieu, le cas qui nous occupe n'est pas un conflit international, mais un problème interne, où des opposants et des forces loyales au gouvernement se disputent le pouvoir. Il est très important de le rappeler, car les discours ont trompé l'opinion. On a dit que les attaques de l'OTAN avaient pour but de protéger des civils innocents, mais en réalité cette alliance belliciste protège des bandes bien armées qui ont occupé des villages par la force, ayant recours pour ce faire aux armes à feu et qui ont été ensuite délogées par l'armée.

Il est vrai que des civils désarmés se sont retrouvés au milieu des échanges d'artillerie, mais ce n'est pas eux que les missiles et les bombes de l'OTAN défendent. Sinon, pourquoi sont-ils largués dans des zones urbaines, justement là où vivent ces gens-là ?

Ce que les envahisseurs sont en train de faire est de tendre un rideau de feu pour protéger les opposants et leur permettre d'avancer sur Tripoli, la capitale, ce qui signifie qu'ils ont pris partie. Ils donnent leur appui inconditionnel à l'une des parties, ce qui enlève complètement l'étiquette de mission humanitaire avec laquelle ont a prétendu justifier l'attaque.

En tout cas, pourquoi n'a-t-on pas agi avec la même énergie au Rwanda en 1994 ? Il y avait alors là bas, des troupes de l'ONU, mais les États-Unis, la France et la Grande Bretagne, comme par hasard, ont entravé leur mobilisation et ont donc permis la mort de 500 000 à un million de civils.

Pourquoi une zone d'exclusion aérienne et navale n'a pas été imposée à Israël après l'opération Plomb fondu qu'il a lancée contre la Bande de Gaza, opération qui a duré 25 jours entre décembre 2008 et janvier 2009 et au cours de laquelle plus de 1000 civils palestiniens pour la plupart des enfants et des femmes ont trouvé la mort ?

Pourquoi n'interviennent-ils pas au Bahreïn, où il y a eu plus de morts que durant le conflit en Libye et ceux-ci, oui, étaient désarmés ?

La réponse à de telles questions, l'a donnée le Président Barack Obama, lorsqu'il a dit, faisant référence à l'agression contre la Libye « c'est ainsi que la communauté internationale doit agir, plus de nations, avec les États-Unis au centre, certes, mais pas seuls, toutes redoublant d'efforts, en train d'assumer leurs responsabilités". Voilà le monde qui nous attend.

La diplomatie ? Il faudra la chercher dans des musées ou des bibliothèques pour des raretés juridiques obsolètes.

- Éditorial, Radio Havana Cuba, 1er avril 2011 -


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