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12/04/2011

n° 87 - OTAN - Analyse des Guerres de l'Otan - Début - : L’OTAN a le doigt sur la gâchette.


n° 87 - OTAN -   Analyse des Guerres de l'Otan -  Début - : L’OTAN a le doigt sur la gâchette.



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



  Analyse des Guerres de l'Otan.  n° 87- 11-04

                                                    C.De Broeder & M.Lemaire     



Le " Journal des Guerres de l'Otan " est  visible :

a)   sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Robert Bibeau :  http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

c) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

e) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 


NB : Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire.

 … au cœur des débats.

La guerre en Libye est devenue une « patate chaude » pour l'Occident. 

Guerres de l'Otan

Au jour le jour

1  Politique 

Dans les coulisses 

L’OTAN a bloqué pendant 18 jours la médiation de l’Union africaine.

Sur le terrain

L'Otan va poursuivre ses bombardements en Libye

2 Dossiers

2-1 Otan :  Perte de vitesse au front et sur le plan diplomatique.

2-2 M. Saâdoune : L’OTAN a le doigt sur la gâchette.

2-3 Manlio Dinucci : Préparation du débarquement des troupes en Libye.

3 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

3-1 Libye : Nous refait-on le coup du Kosovo ?

Fin

3-2 Fidel Castro : La guerre fasciste de L'Otan.

4 Annexe

4-1 Comaguer : Si tu veux faire la guerre, prépare la guerre !

4-2 William BLUM : Barack Obama « je tuerais pour un prix Nobel de la paix ». 

 



 

… au cœur des débats.

La guerre en Libye est devenue une « patate chaude » pour l'Occident. 

Au fur et à mesure que la guerre en Libye s'est enlisée dans les sables, des voix s'élèvent de la communauté internationale pour un règlement pacifique de ce problème, avec une plus grande intensité. La Turquie, l'Afrique du Sud, la Russie et d'autres pays émergents, ainsi que l'Allemagne, la Finlande, le Danemark, la Norvège et d'autres pays européens appellent à un règlement de la crise par la voie pacifique et par le dialogue.

 

Il y a toujours trop de facteurs d'incertitude provoqués par une guerre. Comme les Etats-Unis ont fait face à beaucoup de «problèmes inattendus » dans leurs attaques contre l'Irak à l'époque, cette fois-ci les forces alliées américaines, britanniques et françaises font face également à plusieurs « problèmes inattendus » que voici.

Le premier, on n'avait pas pensé que la force vitale du pouvoir de Kadhafi était si puissante. Le deuxième, on n'avait pas pensé que l'opposition libyenne était si faible. L'occident a mis l'enjeu politique trop tôt sur les forces antigouvernementales de la Libye. Et après, l'Occident espérait qu'avec une intervention militaire de sa part, les forces de l'opposition pouvaient prendre des lieux stratégiques de la Libye pour renverser le pouvoir de Kadhafi. Mais, on n'avait pas pensé que les forces antigouvernementales, telles qu'un château de sable, puissent être mises en déroute, dès qu'elles ont rencontré des troupes gouvernementales. Même avec un soutien aérien de l'Occident, les forces antigouvernementales, qui manquent d'un commandement unifié, d'armes lourdes et d'un entraînement nécessaire, n'arrivent pas à vaincre les troupes gouvernementales et ne peuvent tout au plus que rivaliser avec elles. La guerre au moyen de hautes technologies « brûle de l'argent », Plus la guerre dure, plus elle est défavorable à l'Occident. En outre, les prix de pétrole ont augmenté du fait de cette guerre. Maintenant, les Etats-Unis ont déjà remis le pouvoir de commandement à l'Otan. Quant à la Grande-Bretagne et la France, leur confiance a diminué.

Du point de vue de la morale, l'Occident s'est enlisé dans les sables d'Afrique du nord. A l'heure actuelle, les événements en Libye sont déjà devenus une guerre civile réelle, non plus une « répression de civils par le gouvernement », aux yeux de l'Occident. Si l'intervention de Occident continue, elle causerait une plus grande perte en vies humaines. Cela irait à l'encontre de l'objectif initial des forces alliées occidentales, celui de « protéger les civils ». Du point de vue militaire, du fait que la force de combat des forces antigouvernementales est insuffisante, pour pouvoir atteindre son objectif de mettre fin au pouvoir de Kadhafi, l'Occident ne pourrait que dépêcher des troupes terrestres. Cela dépasserait le cadre du pouvoir autorisé par l'ONU et verrait probablement se reproduire le schéma de la guerre en Irak. Au regard de la morale, quand les forces alliées des Etats-Unis et de pays européens ont lancé au début leurs attaques aériennes contre la Libye, elles ont été suspectées d'utiliser la résolution de l'ONU à des fins « personnelles ». A mesure que la guerre se prolonge, le but réel de la Grande-Bretagne et de la France se révèle de plus en plus. Le Président vénézuélien Hugo Chavez et le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad ont critiqué cette fois-ci l'Occident de « lancer des attaques pour le pétrole ».

Somme toute, le règlement du problème libyen par des moyens militaires s'est avéré jusque là inefficace et le règlement politique a été déjà inscrit à l'ordre du jour. Mais les moyens militaire et politique ne sont que l'envers et l'endroit d'une même pièce de monnaie. Les problèmes « inattendus », autant de problèmes épineux, attendent encore d'être réglés.

lQuotidien du Peuple en ligne,

11 avril
http://french.people.com.cn/Horizon/7346479.html



1 Guerres de l'Otan

Au jour le jour

10-04

Sur le terrain, l'Otan a intensifié dimanche ses bombardements contre les forces de Mouammar Kadhafi contre la ville de Misrata, dans l'ouest de la Libye, et entraver leur progression dans l'est du pays.

L'Alliance atlantique dit avoir détruit 11 chars aux abords de la ville d'Ajdabiah, qui semblait sur le point de tomber dimanche, et 14 près de Misrata, le seul bastion insurgé dans l'ouest de la Libye, assiégé depuis six semaines.

Les frappes de l'Otan semblent avoir permis de repousser un assaut lancé samedi par les forces de Mouammar Kadhafi contre Ajdabiah, un verrou sur la route menant à Benghazi, capitale de la Cyrénaïque et bastion des insurgés dans l'Est.

Les combattants loyalistes ont bombardé Ajdabiah pendant plusieurs heures, certains s'avançant même dans la ville, avant que les insurgés n'en reprennent le contrôle dimanche dans l'après-midi.


Politique 

Dans les coulisses 

L’OTAN a bloqué pendant 18 jours la médiation de l’Union africaine.

Une délégation de l’Union africaine est parvenue, dimanche 10 avril 2011, à rencontrer le colonel Mouammar Kadhafi à Tripoli. À l’issue des entretiens, le chef de la délégation, le président sud-africain Jacob Zuma, a indiqué à la presse que la « feuille de route » permettant la sortie de crise avait été acceptée par le « Frère Guide ».

La délégation, composée —outre du secrétaire général Jean Ping— des présidents sud-africain, malien (Amadou Toumani Touré), mauritanien (Mohamed Ould Abdel Aziz) et congolais (Denis Sassou Nguesso), est alors partie pour Benghazi afin d’y rencontrer le Conseil national de transition. 

La « feuille de route » a été rédigée par le Comité ad hoc de l’Union africaine le 19 mars à Nouackchott, soit le jour même du début des opérations militaires de la coalition.
Elle a été adoptée le 23 mars par le Conseil Paix et Sécurité de l’Union africaine.
Depuis cette date, l’Union africaine tente désespérément de se rendre à Tripoli pour conclure avec le colonel Kadhafi, mais s’en trouve empêchée par la coalition. Il aura fallu de nombreuses démarches diplomatiques, dont la saisine du secrétaire général des Nations Unies pour qu’il se coordonne avec l’OTAN, afin qu’un couloir aérien soit ouvert pour la délégation de l’UA. 

Les dirigeants occidentaux n’ont eu de cesse d’expliquer à leurs opinions publiques que les opérations militaires étaient soutenues par l’Union africaine, tandis que de son côté l’UA dénonçait le recours à la force, boycottait les sommets organisés par à la coalition à Paris (19 mars) et à Londres (29 mars), et accusait l’OTAN d’avoir outrepassé le mandat des Nations Unies. La coalition a en réalité bloqué les négociations et procédé à 18 jours de bombardements sauvages. Comme cela était malheureusement prévisible, les conseillers occidentaux des rebelles libyen les poussent actuellement à rejeter la « feuille de route ». Le Conseil national de transition exige donc comme préalable à toute « négociation »… la capitulation du colonel Kadhafi.

http://www.voltairenet.org/article169382.html
11/04


Sur le terrain

L'Otan va poursuivre ses bombardements en Libye

L'Otan va poursuivre ses frappes aériennes en Libye sur les forces de Mouammar Kadhafi tant qu'elles constitueront une menace pour les civils, a déclaré lundi un responsable de l'Alliance atlantique.

Le président sud-africain, Jacob Zuma, a exhorté l'Otan à mettre fin à ses bombardements contre l'armée régulière pour offrir une chance de succès à un éventuel cessez-le-feu.

Le colonel Kadhafi a accepté dimanche la "feuille de route" de l'Union africaine, qui prévoit un cessez-le-feu immédiat dans le pays, après une rencontre à Tripoli avec les membres de la délégation africaine.

"Nous continuerons à faire pression sur les forces qui menacent les civils et nos opérations vont se poursuivre", a dit à Reuters un responsable de l'Otan, qui a requis l'anonymat. "Nos avions volent toujours (dans le ciel libyen) et quand nous voyons une menace pour les civils nous agissons", a-t-il ajouté.

 Reuters, 11 avril - 7h10



Dossiers

Ndlr : La publication de l'article  ne signifie nullement que la rédaction est d'accord avec l'article mais doit être vu comme information.

2-1 Otan :  Perte de vitesse au front et sur le plan diplomatique.

« Jusqu’à hier (jeudi 7 avril 2011) nous n’étions pas informés que les forces de l’opposition utilisaient des tanks ». C’est en ces termes agacés que le contre-amiral Russell Haring, du Commandement unifié de l’OTAN, a refusé hier à Naples de « s’excuser » pour la tragique erreur de jeudi, où au moins quatre roquettes tirées par ces chasseurs bombardiers de la coalition ont touché un convoi de tanks des insurgés qui allait d’Ajdabiya vers Braga, donc vers la ligne de front, provocant la mort de 4 (ou 13) (ou « 6.000 », NdT) anti-kadhafistes. La réaction des insurgés a été âpre : nous les avions avisés que nous allions nous déplacer vers l’ouest, a dit Abdel Fattah Younis, le chef militaire des rebelles (qui a révélé pour la première fois avoir reçu des « armes antichars » d’un pays tiers, le Qatar). C’est le troisième cas reconnu d’erreurs tragiques ou d’effets collatéraux depuis que l’OTAN a pris la conduite de la guerre humanitaire, il y a une semaine (à part la quarantaine de civils morts dans les attaques sur Tripoli dénoncés par l’évêque catholique Martinelli). «Il arrive qu’il y ait des erreurs », a dit le ministre des affaires étrangères anglais Hague, et l’OTAN dira « sorry ». Plus tard, le secrétaire de l’Alliance, Rasmussen, a corrigé le tir : il n’a pas présenté d’excuses mais a dit que l’OTAN « regrette fortement la perte de vies humaines » et essaiera d’être plus attentive (peut-être est-ce pour cela que les rebelles ont décidé de peindre en rose les toits des véhicules qu’ils utilisent), même si l’irritation est palpable envers les insurgés qui, il y a deux jours seulement, avaient demandé une forte augmentation des « air strikes ». Le cas témoigne en tous cas de la situation chaotique, sur le terrain militaire comme sur le plan diplomatique où prolifèrent les rencontres et les initiatives mais où, pour le moment, les résultats font défaut. Hier la polémique portait sur l’état de la guerre : «  en perte de vitesse », « fluide » ou « impasse » ? L’OTAN travaille « pour trouver une solution politique » qui passe par un cessez-le-feu immédiat et « la transition vers la démocratie », a déclaré un porte-parole. Quoi qu’il en soit, le front, 20 jours après le début de l’intervention humanitaire, semble à l’arrêt. On se bat autour de Ajdabiya et Brega et -situation la plus dramatique- à Misurata, où hier un navire de la FAO a apporté des vivres et des médicaments de première nécessité, et où l’Unicef et la Croix-Rouge essaient de vérifier les accusations selon lesquelles des tireurs embusqués tirent sur les enfants. Mardi est programmée à Luxembourg une réunion des ministres des affaires étrangères de l’Union européenne (on est en train de discuter si on invite aussi « à un niveau formel » des représentants du Conseil national de transition de Bengazi, ainsi que l’ont demandé la France, l’Italie et l’Espagne) ; et mercredi, à Doha (Qatar), la deuxième réunion du Groupe de contact sur la Libye : où l’on fera le point sur la situation, et où le premier ministre turc Erdogan présentera sa « roadmap » pour la pacification de la Libye (déjà rejetée par le Cnt en tant qu’ « initiative personnelle » : « aucune négociation avant que Kadhafi et sa famille n’aient quitté le pays »).

   A l’ONU on parle d’une possible mission « militaire humanitaire » à Misurata, à confier à l’OTAN ou à l’Ue. Mission qui pourrait cependant être aussi le prétexte pour contourner l’interdiction d’envoyer des troupes sur le terrain. Demain, enfin, partira pour la Libye (« l’est et l’ouest ») la commission d’enquête sur les violations des droits humains instituée en février par la résolution du Conseil de l’ONU pour les droits humains. A Genève on assure qu’elle sera « juste, impartiale et indépendante ».

Dommage qu’elle parte après et non avant que la guerre (motivée à l’ONU par la violation des droits humains sur le terrain, NdT) n’ait été déclenchée. s.d.q.

 

Edition de samedi 9 avril 2011 de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20110409/manip2pg/06/manip2pz/300974/  


2-2 M. Saâdoune : L’OTAN a le doigt sur la gâchette.

Les déploiements militaires au large de la Libye ne sont pas destinés uniquement à évacuer des réfugiés en fuite d’un pays en plein tumulte. Ce sont des pré-positionnements armés en attente d’une opportunité d’intervention.Et c’est de Kadhafi et de ses milices qu’ils attendent le vrai feu vert.

Kadhafi et son clan sont surpris de la versatilité de leurs amis occidentaux qui les lâchent aujourd’hui alors qu’ils ont fait preuve de tant de largesses envers eux. Le « zingua, zingua » de Tripoli ne désespère pas, apparemment, de les convaincre qu’il est le rempart qui empêcherait Ben Laden d’envoyer ses bateaux « corsaires » à l’assaut de la paisible Europe. Bien entendu, Kadhafi ne croit pas un traitre mot de ce qu’il avance. Il sait aussi qu’en face, chez les Européens, on n’accorde pas vraiment d’importance à ce qu’il dit. Mais on observe l’usage des moyens militaires à sa disposition.

Les Occidentaux ont clairement entendu les insurgés leur signifier sur tous les tons que leurs troupes sont indésirables en Libye. Ce n’est donc pas chez les insurgés qu’ils trouveront l’alibi ou la légitimation à une intervention directe. Cet alibi, ils semblent plutôt l’attendre de Kadhafi et de son clan. Ce serait l’ultime service que ce régime rendra à ses « amis » occidentaux. Ils comptabilisent déjà ses crimes réels - et sans doute en rajoutent-ils - pour rapprocher le moment où « l’ingérence humanitaire » deviendra nécessaire.

Les déploiements militaires au large de la Libye ne sont pas destinés uniquement à évacuer des réfugiés en fuite d’un pays en plein tumulte. Ce sont des pré-positionnements armés en attente d’une opportunité d’intervention. Et c’est de Kadhafi et de ses milices qu’ils attendent le vrai feu vert.

Car, à l’évidence, certains en Occident ne peuvent se contenter de l’idée, soutenue par l’insurrection, de créer une zone d’exclusion aérienne pour empêcher l’usage des avions de combat contre les civils. Ce qu’ils veulent, c’est une occupation directe qui permet de contrôler directement les puits pétroliers et d’orienter la future Libye dans la « bonne direction ».

Kadhafi qui croit qu’il est la « gloire et l’histoire et l’avenir » ne fera rien pour épargner aux Libyens cette intrusion extérieure catastrophique. Il n’est pas prêt à se rendre à l’évidence en se démettant et de rendre ainsi le seul service possible à son pays. Il cherche une ingérence qui créera la confusion et installera la division parmi les Libyens. En face, on n’attend que ça. Les marchés sur-réagissent à une réduction de la production pétrolière libyenne - très aisément compensable par les Saoudiens et d’autres - et renforcent l’appel à ingérence. De manière ingénue - n’est-ce pas ? -, des analystes boursiers en traitant de la hausse du prix du pétrole posent des questions d’ordre militaire du type : « Combien de temps les Occidentaux peuvent-ils rester sans intervenir ? ». On connaît la réponse : le temps que Kadhafi accumule les éléments d’un alibi.

L’Otan qui est une alliance militaire, historiquement hostile à la libération des peuples, va discuter de la Libye jeudi et vendredi. Officiellement, elle n’entend pas intervenir mais se contente « d’effectuer une planification prudente, pour toute éventualité ». Mais son secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen, qui en tant que Premier ministre danois s’est livré à un discours de détestation des Arabes digne des adeptes des guerres de civilisations et de religion, a le doigt sur la gâchette, qui le démange. « Si Kadhafi et ses militaires continuent à attaquer la population libyenne de manière systématique, je ne peux imaginer que la communauté internationale et l’ONU restent passives ».

On ne peut mieux dire... Kadhafi ne rendra pas à son pays le seul service possible de s’en aller. Il semble prêt à rendre un nouveau service, l’ultime, à cet impérialisme qu’il faisait mine de pourfendre mais dont il est devenu l’un des plus serviles laquais.

mardi 8 mars 2011 - 09h:01

M. Saâdoune - Le Quotidien d’Oran


2-3 Manlio Dinucci : Préparation du débarquement des troupes en Libye.

Depuis que l’OTAN, le 31 mars, a pris le commandement de la guerre en Libye, rebaptisée « Opération protecteur unifié », sa Task force conjointe, dont le quartier général est à Naples, a effectué plus de 1.500 raids aériens, c’est-à-dire plus de 150 par jour. Y participent - avec les chasseurs bombardiers anglais Typhoon, les français Mirage et Rafale, et d’autres avions- des avions étasuniens passés de l’US Air Force à l’OTAN. Parmi ceux-ci les A-10 Thunderbolt (foudre, NdT) et AC-130 Specter, dotés de canons qui tirent jusqu’à 6.000 projectiles à la minute, en majorité à l’uranium appauvri. Participe aussi à l’opération, avec le bombardier stratégique B-2 Spirit d’attaque nucléaire qui a frappé Tripoli avec des bombes non-nucléaires d’une tonne chacune, le sous-marin Uss Florida de la classe Ohio : doté de 24 rampes de lancement pour missiles nucléaires Trident, il est maintenant armé de 154 missiles Tomahawk non-nucléaires (mais avec une tête à l’uranium appauvri) et transporte 100 commandos qui effectuent des incursions en mini-sub.

Tout cela pourtant ne suffit pas. Le contre-amiral britannique Russell Harding, commandant-adjoint de l’opération, a déclaré dans une conférence de presse à Naples que les bombardements aériens et navals ont réduit de 30% la capacité militaire libyenne, rendant l’aviation inopérante, et réduisant fortement les défenses anti-aériennes. Mais il a ajouté que les forces gouvernementales ont recours à des « tactiques non conventionnelles », en se mêlant au trafic routier. Les accusant ainsi d’être eux-mêmes les responsables du fait que les avions OTAN ont touché des forces rebelles, en les prenant pour ennemies. 

Dans une audition au Sénat, à Washington, le général Carter Ham, chef du Commandement Africa qui a conduit l’opération avant que le Pentagone ne la passe à l’OTAN, a confirmé que les USA ont mis à disposition de l’Alliance des avions de combat, comme les puissantes canonnières volantes AC-130 : mais malgré tout cela, la situation sur le terrain reste bloquée. Les attaques aériennes et navales OTAN en soutien aux forces rebelles n’arrivent pas à permettre à celles-ci d’avoir le dessus sur les forces gouvernementales, car elles sont numériquement et militairement inférieures. En même temps, les préoccupations vont croissant quant à la fourniture d’armes aux rebelles, étant donnée la présence de groupes d’Al Qaeda dans leurs rangs. Le général Ham retient ainsi que « l’utilisation d’une force terrestre internationale constitue un plan possible pour soutenir les rebelles libyens ». 

Mais, prévient le général Ham, les conditions ne sont pas idéales pour envoyer des troupes étasunienes sur le sol libyen : le président Obama a exclu à plusieurs reprises cette possibilité, et cet envoi susciterait des réactions dans le monde arabe. Il convient en outre de considérer que, si des forces étasuniennes étaient employées trop longtemps en Libye, cela aurait des effets négatifs à long terme pour d’autres missions. Nombre de ces troupes se préparent à partir en Afghanistan, ou en sont à peine revenues.  

Le général Ham conclut donc : « Il est important que les USA donnent cette charge à l’OTAN ». Nous sommes donc avertis : sous peu l’appel aux armes pourrait arriver aussi aux troupes italiennes. Fassent nos « volontaires » à nous, ceux qui soutiennent la guerre, que les troupes italiennes débarquent à Tripoli le 5 octobre : elles pourront ainsi célébrer le centenaire de l’entreprise coloniale italienne en Libye.

Edition de dimanche 9 avril 2011 de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20110410/manip2pg/03/manip2pz/301039/



3 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication de l'article  ne signifie nullement que la rédaction est d'accord avec l'article mais doit être vu comme information.

3-1 Libye : Nous refait-on le coup du Kosovo ?

Moins de 12 ans après que l’OTAN ait mis la Yougoslavie en pièce sous les bombes, et détaché la province du Kosovo de la Serbie, il y a des signes que l’alliance militaire se prépare pour une autre petite « guerre humanitaire » victorieuse, cette fois contre la Libye. Les différences sont, bien entendu, énormes. Mais penchons-nous sur quelques-unes des similitudes troublantes. 

Un chef de file diabolisé

En tant que "nouvel Hitler", l’homme que vous adorez détester et avez besoin de détruire, Slobodan Milosevic était en 1999 un néophyte par rapport à Mouammar Kadhafi aujourd’hui. Les médias avaient eu moins d’une décennie pour transformer Milosevic en un monstre, alors qu’avec Kadhafi, ils ont disposé de plusieurs décennies. Et Kadhafi est plus exotique, parle moins l’anglais et se présente devant le public dans des tenues qui pourraient avoir été créées par John Galliano (un autre monstre récemment démasqué). Cet aspect exotique suscite les moqueries et mépris ancestraux envers les cultures inférieures avec lesquels l’Occident a gagné sa place victorieuse, avec lesquels l’Afrique a été colonisée, et avec lesquels le Palais d’Eté de Beijing a été ravagé par les soldats occidentaux se battant pour rendre le monde sûr pour la dépendance à l’opium.

Le choeur des « nous devons faire quelque chose »

Comme avec le Kosovo, la crise en Libye est perçue par les faucons comme une opportunité pour affirmer la puissance. L’inénarable John Yoo, le conseiller juridique qui a coaché l’administration Bush II dans les avantages de la torture des prisonniers, a utilisé le Wall Street Journal pour conseiller à l’administration Obama d’ignorer la Charte des Nations Unies et de sauter dans la mêlée libyenne. « En mettant de côté les règles archaïques de l’ONU, les États-Unis peuvent sauver des vies, améliorer le bien-être global, et, en même temps, servir ses propres intérêts nationaux » a proclamé J.Yoo. Et un autre théoricien de l’impérialisme humanitaire, Geoffrey Robertson, a déclaré à The Independent que, malgré les apparences, violer le droit international est légal.

Le spectre des « crimes contre l’humanité » et du « génocide » est évoqué pour justifier la guerre

Comme avec le Kosovo, un conflit interne entre un gouvernement et des rebelles armés est présenté comme une « crise humanitaire » dans lequel un seul côté, le gouvernement, est supposé être « criminel ». Cette criminalisation a priori est exprimée en faisant appel à un organe judiciaire international pour examiner les crimes qui sont supposés avoir été commis, ou être sur le point d’être commis. Dans son éditorial, Geoffrey Robertson rend clair comme du cristal la manière dont la Cour pénale internationale est utilisée pour préparer le terrain à une intervention militaire éventuelle. La CPI peut être utilisé par l’Occident pour contourner le risque d’un veto du Conseil de sécurité à une action militaire, explique-t’il :

"Dans le cas de la Libye, le Conseil a au moins à un important précédent en endossant à l’unanimité une référence à la Cour pénale internationale. [...] Alors, qu’advient-il si les inculpés lybiens non-arrêtés aggravent leurs crimes - par exemple en pendant ou en fusillant de sang-froid leurs adversaires, des témoins potentiels, des civils, des journalistes ou des prisonniers de guerre ? [Notons que jusqu’à présent il n’y a pas d’"inculpés", et aucune preuve des "crimes" que ces inculpés pourraient "aggraver" de diverses façons imaginaires. Mais Robertson est désireux de trouver un moyen pour l’OTAN de "relever le gant", si le Conseil de sécurité décide de ne rien faire.]

"Les imperfections du Conseil de sécurité exigent la reconnaissance d’un droit limité, sans son mandat, pour une alliance comme l’OTAN d’utiliser la force pour empêcher la perpétration de crimes contre l’humanité. Ce droit se pose une fois que le Conseil a identifié une situation comme une menace à la paix mondiale (et c’est ainsi qu’il a identifié la Libye, en la déferrant, à l’unanimité, au procureur de la CPI). "

Donc déferrer un pays au procureur de la CPI peut être un prétexte pour mener une guerre contre ce pays ! Soit dit en passant, la compétence de la CPI est censée s’appliquer aux Etats qui ont ratifié le traité l’instituant, ce qui, si je ne m’abuse, n’est pas le cas de la Libye - ni des États-Unis. Une grande différence, cependant, c’est que les États-Unis a été en mesure de convaincre, d’intimider ou de corrompre de nombreux Etats signataires afin qu’ils acceptent des accords selon lesquels jamais, en aucune circonstance, ils n’envoyeront aucun contrevenant américain à la CPI. C’est un privilège refusé à Kadhafi.

Robertson, membre du conseil de justice des Nations Unies, conclut que : « Le devoir d’arrêter un massacre d’innocents, comme étant le mieux que nous pouvons faire s’ils implorent notre aide, a "cristallisé" le fait que faire usage de la force par l’OTAN est non seulement "légitime", mais "légal". »

L’idiotie de gauche

Il ya douze ans, la plus grande partie de la gauche européenne a soutenu "la guerre du Kosovo" qui a mis l’OTAN sur le chemin sans fin qu’elle poursuit aujourd’hui en Afghanistan. N’ayant rien appris, beaucoup semblent prêts à une répétition. Une coalition de partis qui se fait appeler la Gauche Européenne a publié une déclaration « condamnant fermement la répression perpétrée par le régime criminel du colonel Kadhafi » et exhortant l’Union européenne à « condamner l’usage de la force et à agir rapidement pour protéger les personnes qui manifestent pacifiquement et luttent pour leur liberté ». Dans la mesure où l’opposition à Kadhafi n’est pas exactement en train de « manifester pacifiquement », mais a en partie pris les armes, cela revient à condamner l’usage de la force par certains et pas par d’autres - mais il est peu probable que les politiciens qui ont rédigé cette déclaration réalisent même ce qu’ils disent.

La vision bornée de la gauche est illustrée par la déclaration d’un document trotskyste selon laquelle : « De tous les crimes de Kadhafi, celui qui est sans doute la plus grave et le moins connu est sa complicité avec la politique migratoire de l’UE ... » Pour l’extrême gauche, le plus grand péché de Kadhafi est de coopérer avec l’Occident, de même que l’Occident doit être condamné pour avoir coopéré avec Kadhafi. C’est une gauche qui complète utilement le cortège pour la guerre".

Les réfugiés

La masse des réfugiés fuyant le Kosovo alors que l’OTAN commençait sa campagne de bombardement a été utilisée pour justifier ces bombardements, sans enquête indépendante sur les diverses causes de cet exode temporaire - une cause principale étant probablement les bombardemernts mêmes. Aujourd’hui, à la manière dont les médias rapportent sur le grand nombre de réfugiés qui quittent la Libye depuis que les troubles ont commencé, le public pourrait avoir l’impression qu’ils fuient la persécution faite par Kadhafi. Comme c’est souvent le cas, les médias se concentrent sur l’image superficielle sans rechercher des explications. Un peu de réflexion peut combler le déficit d’information. Il est très peu probable que Kadhafi chasse les travailleurs étrangers que son gouvernement a amené en Libye pour réaliser des projets d’infrastructure importants. Au contraire, il est assez clair que certains des rebelles « démocratiques » ont attaqué les travailleurs étrangers par pure xénophobie. L’ouverture de Kadhafi aux Africains Noirs en particulier, a contrarié un certain nombre d’Arabes. Mais il ne faut pas dire trop à ce sujet, puisqu’ils sont maintenant nos "Bons". C’est un peu la façon dont les attaques albanaises contre les Roms au Kosovo ont été négligés ou excusé par les occupants de l’OTAN au motif que « les Roms avaient collaboré avec les Serbes ».

Oussama ben Laden

Une autre ressemblance entre l’ex-Yougoslavie et la Libye, c’est que les États-Unis (et ses alliés de l’OTAN) se retrouvent une fois de plus du même côté que leur vieil ami du temps des moudjahidin afghans, Oussama ben Laden. Oussama ben Laden a été un allié discret du parti islamiste d’Alija Izetbegovic au cours de la guerre civile en Bosnie, un fait qui a été soigneusement négligé par les puissances de l’OTAN. Bien entendu, les médias occidentaux ont largement rejeté l’affirmation actuelle de Kadhafi selon laquelle il se bat contre Ben Laden comme les divagations d’un fou. Cependant, le combat entre Kadhafi et Ben Laden est très réel et antérieure au 11 Septembre 2001, les attentats contre les Twin Towers et le Pentagone. En effet, Kadhafi a été le premier à essayer d’alerte Interpol sur Ben Laden, mais n’a obtenu aucune coopération de la part des États-Unis. En Novembre 2007, l’AFP a rapporté que les dirigeants du "Groupe islamique combattant" en Libye avaient annoncé qu’ils se joignaient à Al-Qaïda. Comme les moudjahidin qui ont combattu en Bosnie, le groupe islamiste lybien a été créé en 1995 par des vétérans de la lutte contre les Soviétiques en Afghanistan dans les années 1980, lutte parrainée par les USA . Leur objectif déclaré était de renverser Kadhafi en vue d’établir un état islamiste radical. La base de l’Islam radical a toujours été la partie orientale de la Libye où la révolte en cours a éclaté. Puisque cette révolte ne ressemble en rien aux manifestations de masse pacifiques qui ont renversé les dictateurs en Tunisie et en Egypte, mais a visiblement une composante de militants armés, on peut raisonnablement supposer que les islamistes prennent part à la rébellion.

Le refus de négociations

En 1999, les États-Unis était désireux d’utiliser la crise du Kosovo pour donner au nouveau rôle « hors zone » de l’OTAN son baptême du feu. La mascarade des pourparlers de paix à Rambouillet a été sabordée par Secrétaire d’Etat étatsunienne Madeleine Albright, qui a mis à l’écart les dirigeants albanais du Kosovo plus modéré en faveur de Hashim Thaci, le jeune chef de l’"Armée de Libération du Kosovo", un réseau notoirement lié aux activités criminelles. Il y avait un peu de tout dans les rebelles albanais du Kosovo, mais comme cela arrive souvent, les États-Unis sont arrivés et en ont pris le pire.

En Libye, la situation pourrait être encore pire

Mon impression, en partie en raison de la visite que j’ai faite à Tripoli il y a quatre ans, c’est que la rébellion actuelle est un ensemble beaucoup plus varié, avec de graves contradictions internes potentielles. Contrairement à l’Egypte, la Libye n’est pas un État fort peuplé, qui a des milliers d’années d’histoire, un fort sentiment d’identité nationale et une longue culture politique. Il y a un demi-siècle, c’était l’un des pays les plus pauvres de la planète, et il n’est pas encore complètement sorti de sa structure clannique. Kadhafi, à sa manière excentrique personnelle, a été un facteur de modernisation, utilisant les revenus du pétrole pour élever le niveau de vie à l’un des plus élevés sur le continent africain. L’opposition vient, paradoxalement, à la fois de réactionnaires islamistes traditionnels d’une part, qui le considèrent comme un hérétique pour ses opinions relativement progressistes, et d’autre part des bénéficiaires occidentalisé de la modernisation, qui sont gênés par l’image de Kadhafi et veulent encore plus de modernisation. Et il y a d’autres tensions qui peuvent conduire à la guerre civile et même à un éclatement du pays selon des critères géographiques.

Jusqu’à présent, les chiens de guerre sont en train de renifler ici et là pour avoir d’avantage d’effusions de sang qu’il n’y en a déjà. Les États-Unis ont mené l’escalade du conflit au Kosovo dans le but « d’avoir à intervenir », et c’est c’est ce qui risque de se passer actuellement avec la Libye, où est encore plus grande l’ignorance de l’Occident sur ce qu'il y produira.

La proposition de Chavez de médiation neutre pour éviter la catastrophe est la voie de la sagesse. Mais en Otanie, la notion même de résoudre les problèmes par la médiation pacifique plutôt que par la force, semble s’être évaporée.

Source : Jacques Tourtaux

16 mars 2011


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