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12/04/2011

n° 87 - OTAN - Analyse des Guerres de l'Otan - Fin - : L’OTAN a le doigt sur la gâchette.

n° 87 - OTAN -   Analyse des Guerres de l'Otan -  Fin - : L’OTAN a le doigt sur la gâchette.



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



  Analyse des Guerres de l'Otan.  n° 87- 11-04

                                                    C.De Broeder & M.Lemaire     



Le " Journal des Guerres de l'Otan " est  visible :

a)   sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Robert Bibeau :  http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

c) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

e) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 


NB : Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire.

3 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

3-2 Fidel Castro : La guerre fasciste de L'Otan.

4 Annexe

4-1 Comaguer : Si tu veux faire la guerre, prépare la guerre !

4-2 William BLUM : Barack Obama « je tuerais pour un prix Nobel de la paix ». 

 



3-2 Fidel Castro : La guerre fasciste de L'Otan.

Pas besoin d’être voyant pour savoir que ce que j’avais prévu avec une précision rigoureuse dans trois Réflexions publiées sur le site CubaDebate entre le 21 février et le 3 mars :

« Le plan de l’OTAN est d’occuper la Libye »,

« La danse macabre du cynisme » et

« La guerre inévitable de l’OTAN », allait se passer.

Même les dirigeants fascistes de l’Allemagne et de l’Italie ne furent pas aussi impudents lors de la guerre civile espagnole de 1936, un épisode dont beaucoup se sont sans doute souvenus ces jours-ci.

Presque soixante-quinze ans se sont écoulés depuis, mais rien n’est comparable aux changements qui ont eu lieu en soixante-quinze siècles ou, si on le veut, en soixante-quinze millénaires de vie humaine sur notre planète.

Ceux qui, comme moi, donnent une opinion sereine sur ces points semblent parfois exagérer. J’ose dire que nous sommes plutôt naïfs de supposer que tout le monde devrait être conscient de la duperie ou de l’ignorance colossale où l’humanité a été entraînée.

En 1936, deux systèmes, deux idéologies à peu près égaux en pouvoir militaire se faisaient face d’une manière intense.

Les armes d’alors ressemblaient à des jouets au regard des armes actuelles. Malgré leur pouvoir destructeur et  localement meurtrier, la survie de l’humanité était garantie. Des villes entières, voire des nations pouvaient être virtuellement rasées, certes, mais jamais les être humains en leur totalité ne pouvaient être plusieurs fois exterminés à cause du pouvoir stupide et suicidaire que permettent les sciences et les technologies actuelles.

Compte tenu de ces réalités, les nouvelles qui ne cessent de parvenir au sujet de puissants missiles dirigés par laser et d’une précision totale, de chasseurs-bombardiers qui volent à deux fois la vitesse du son, de puissants explosifs capables de faire fondre des métaux durcis à l’uranium, un matériaux dont l’effet sur les habitants et leurs descendants perdure pour des temps indéfinis, ont de quoi faire honte.

Cuba a exposé sa position sur le problème interne libyen à la réunion de Genève : elle a défendu sans hésiter l’idée d’un règlement pacifique et elle s’est opposée catégoriquement à toute intervention militaire étrangère.

Dans un monde où les États-Unis et les puissances capitalistes développées d’Europe, leurs alliées, s’emparent toujours plus des ressources et du fruit du travail des peuples, tout citoyen honnête, quelle que soit sa position face à son gouvernement, s’opposerait catégoriquement à une intervention militaire étrangère dans sa patrie.

Le plus absurde de la situation actuelle, c’est que, juste avant le déclenchement de cette guerre brutale dans le Nord de l’Afrique, un accident nucléaire s’était produit dans une autre région du monde à presque dix mille kilomètres de là, à l’un des endroits les plus densément peuplés de la planète, à la suite d’un séisme de magnitude 9 et du tsunami qu’il a provoqué, ce qui a coûté à un pays aussi travailleur que le Japon presque trente mille victimes fatales. Un accident pareil n’aurait plus se produire voilà soixante-quinze ans.

En Haïti, un pays pauvre et sous-développé, un tremblement de terre de seulement 7 de magnitude à l’échelle Richter a provoqué plus de trois cent mille morts et des centaines de milliers de blessés.

Mais ce qu’il y a de plus terriblement tragique au Japon, c’est l’accident de la centrale atomique de Fukushima dont il reste encore à déterminer les retombées.

…..

Je peux exprimer en toute liberté mes vues sur la guerre en Libye.

Je ne partage pas des conceptions politiques ou religieuses du leader de ce pays.

Je suis, je l’ai dit, marxiste-léniniste et martinien.

Je vois la Libye comme un membre du Mouvement des pays non alignés et un État souverain, au même titre que les presque deux cents membres de l’Organisation des Nations Unies.

Jamais un pays, grand ou petit – en l’occurrence un pays d’à peine cinq millions d’habitants – n’a été victime d’une attaque aussi brutale de la part de forces de l’air d’une organisation belliciste qui possède des milliers de chasseurs-bombardiers, plus de cent sous-marins, des porte-avions nucléaires et assez d’arsenaux pour détruire bien des fois la planète.

Notre espèce n’a jamais connu une telle situation, et rien de pareil n’existait voilà soixante-quinze ans quand les bombardiers nazis attaquaient des objectifs en Espagne.

Il n’empêche que l’OTAN, cette criminelle discréditée, nous écrira une « belle » histoire à dormir debout sur son bombardement « humanitaire ».

Si Kadhafi veut faire honneur aux traditions de son peuple et se décide à se battre, comme il l’a promis, jusqu’à son dernier souffle aux côtés des Libyens qui endurent les pires bombardements que jamais aucun pays n’a connus, il traînera dans la fange de l’ignominie l’OTAN et ses visées criminelles.

Les peuples accordent leur respect et leur confiance à ceux qui savent remplir leur devoir.

Voilà plus de cinquante ans, après que les États-Unis eurent assassiné plus de cent Cubains en faisant exploser le cargo La Coubre, notre peuple s’est exclamé :

« La patrie ou la mort ! » Il a tenu parole et il a toujours été prêt à la tenir.

L’un des combattants les plus glorieux de notre histoire s’est écrié :

« Quiconque tente de s’emparer de Cuba ne recueillera que la poussière de son sol baigné de sang ! »

Qu’on me pardonne la franchise avec laquelle j’aborde cette question.

Fidel Castro Ruz

Le 28 mars 2011

canempechepasnicolas



4 Annexe

Ndlr : La publication de l'article  ne signifie nullement que la rédaction est d'accord avec l'article mais doit être vu comme information.

4-1 Comaguer : Si tu veux faire la guerre, prépare la guerre !

Comme chaque année à la même saison, le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute - http://www.sipri.org ) publie son rapport sur le commerce international des armes pendant l’année précédente. Le SIPRI est une fondation indépendante mais son travail très sérieux n’est pas contesté par les Etats concernés. Le rapport ne concerne que les armes conventionnelles puisque les armes nucléaires ne font, en principe, pas l’objet d’échanges commerciaux.

Cette année le SIPRI fait en outre un tableau rétrospectif du commerce des armes de 2006 à 2010.

Le fait majeur de ce quinquennat est que le commerce international des armes conventionnelles a augmenté de 21 % par rapport au quinquennat précédent :2001-2005.

La « guerre contre le terrorisme » lancée en Septembre 2001 continue donc à produire tout son effet dans ce domaine d’activité, la machine militaro-industrielle ayant atteint progressivement, après l’impulsion initiale des guerres d’Afghanistan et d’Irak aujourd’hui poursuivie par l’opération libyenne, une vitesse de croisière élevée. S’ajoute à cette activité strictement guerrière, l’orchestration par les puissances impérialistes de tensions permanentes en premier lieu autour de la Corée du Nord et de l’Iran  et de petits conflits : Somalie, Soudan….permettant de maintenir un état général d’inquiétude des gouvernements très favorable aux vendeurs d’armes. Soulignons au passage que les industriels de l’armement qu’ils soient privés ou publics sont soumis à un contrôle strict des Etats dans lesquels ils sont installés et donc que toute vente d’armes a une signification politique immédiate.

 

Il est donc parfaitement justifié que le SIPRI classe en priorité les vendeurs d’armes par pays et non par firmes ( ce qu’il fait par ailleurs dans d’autres bases de données)

Sur la période 2006-2010 les principaux vendeurs d’armes ont été dans l’ordre : Etats-Unis 30%, Russie 23%, Allemagne 11%, France 7%, Royaume-Uni 4%. Ces 5 pays assurent à eux seuls 75% des exportations mondiales d’armement.

Dans ce classement l’évolution la plus notable est l’installation à la 3° place de l’Allemagne  qui a doublé ses ventes par rapport à la période 2001-2005. Cette croissance se  fait au détriment de la France qui recule de 8% à 7% et du Royaume Uni dont les ventes ont diminué de 11% entre les deux périodes.

Les ventes de la France et du Royaume-Uni additionnées sont aujourd’hui égales à celles de l’Allemagne. C’est une des raisons parmi d’autres de l’alliance renforcée entre les vieilles puissances coloniales dans le nucléaire comme dans les aventures guerrières en cours qui permettent de démontrer, sur cibles vivantes, les capacités des matériels proposés. 

Les  acheteurs sont beaucoup plus dispersés que les vendeurs. Aucun n’atteint 10% du marché. Le classement pour les années 2006-2010 place dans l’ordre : Inde 9%, Chine 6% Corée du Sud 6%, Pakistan 5%  Grèce, Singapour et Emirats Arabes unis 4%, Algérie, Australie et Etats-Unis 3%. Ces dix importateurs ne représentent que la moitié d’un marché mondial très dissymétrique : des vendeurs peu nombreux et en position de domination, des acheteurs nombreux et dépendants de fournisseurs  dont l’avance technique est le fruit d’une politique d’Etat poursuivie sans relâche et qui souffre peu des aléas de la conjoncture économique. Il s’agit donc d’une donnée structurelle qui donne une image exacte de la réalité industrielle et technologique  de l’appareil productif de l’impérialisme contemporain.

Quelques observations sur les acheteurs cités.

L’inde dont la bourgeoisie dirigeante aspire à un rôle mondial doit moderniser une armée toujours prête à un conflit avec le voisin pakistanais et toujours inquiète de l’avance technologique de son voisin  chinois que la propagande occidentale présente à l’envi comme agressive. Cependant l’Inde, poursuivant une politique héritée du temps de la guerre froide continue, malgré les offensives de charme des Etats-Unis, à beaucoup acheter à la Russie.

La Chine a désormais assuré son indépendance complète, technique et industrielle,  en matière d’armements stratégiques et n’intervient sur le marché que pour des achats de matériel léger : munitions, armes légères.

La Corée du Sud que  la présence massive sur son territoire de l’armée US (prés de 40 000 hommes) ne semble pas rassurer achète beaucoup aux Etats-Unis qui entretiennent ce mouvement en agitant à longueur de temps l’épouvantail nord-coréen. La Corée du Nord qui ne compte que sur ses propres forces est ainsi contrainte de consacrer une fraction importante de son PIB à son armement.

La Grèce est le pays de l’Union Européenne qui consacre le pourcentage le plus élevé de son PIB à la Défense : 4%. Elle traduit ainsi sa volonté historique de conserver la parité avec l’armée turque. L’Allemagne – qui vend aussi beaucoup à la Turquie - et la France sont ses deux principaux fournisseurs et sont venues à son secours pour que ses difficultés budgétaires ne viennent pas interrompre ce flux régulier.

L’Afrique est encore peu présente dans ce commerce, les deux principaux acheteurs étant dans l’ordre l’Algérie et l’Afrique du Sud.

Israël qui s’était hissé en 2009 dans les cinq premiers vendeurs d’armes a nettement reculé en 2010, les achats de ses deux plus gros clients : la Colombie et la Turquie ayant sensiblement diminué.

La Libye sous embargo jusqu’en Septembre 2003 n’a depuis concrétisé aucun de ses  projets d’achat bien qu’elle ait été sollicitée par la France, l’Italie, l’Allemagne et le Royaume-Uni. La destruction systématique depuis une semaine de son armée démodée va ouvrir, en cas d’installation  d’un régime soumis à l’Occident, un vaste champ aux vendeurs d’armes.  Nul ne peut prédire lequel d’entre eux prendra la meilleure place sur ce marché mais l’exemple de l’Egypte et des monarchies pétrolières laisse penser que les Etats-Unis n’inviteront personne  à la table de ce nouveau festin alimenté par les recettes pétrolières et les plus va-t-en guerre  de la coalition : France et Royaume-Uni,  qui auront beaucoup dépensé dans les opérations militaires, ont de bonnes chances d’être floués.

http://comaguer.over-blog.com
Au fil des jours et des lectures n°87
25 mars 2011


4-2 William BLUM : Barack Obama « je tuerais pour un prix Nobel de la paix ». 
Il y a des mots qu’ils ont du mal à prononcer : « guerre civile ».

La Libye connait une guerre civile. Les Etats-Unis et l’Union Européenne et l’OTAN – la Sainte Trinité – sont en train d’intervenir, de manière sanglante, dans une guerre civile. Pour renverser Kadhafi.

La première Sainte Trinité a parlé d’imposer une zone « d’exclusion aérienne ». Après avoir obtenu le soutien des institutions internationales sur ce point précis, ils ont immédiatement déclenché une guerre au quotidien contre les forces armées libyennes et tous ceux qui se trouveraient à proximité. Dans le monde du commerce, on appelle ça « faire mordre le client à l’hameçon ».

Quel est le crime de Kadhafi ? Celui de n’avoir jamais montré suffisamment de respect pour la Sainte Trinité, qui n’a de comptes à rendre qu’aux Nations Unis surtout lorsqu’elle en a besoin pour ses basses besognes et tout en comptant sur Chine et la Russie d’être aussi lâches et hypocrites qu’Obama. Celui que la Sainte Trinité mettra à la place de Kadhafi se montrera plus respectueux.

Alors qui sont les Bons ? Les rebelles libyens, nous dit-on. Ceux qui assassinaient et violaient les noirs africains sur la foi qu’ils étaient tous des mercenaires de Kadhafi. Peut-être que quelques unes de leurs victimes étaient bel et bien des membres des milices gouvernementales, ou peut-être pas. Au cours des années 90, au nom de l’unité pan-africaine, Kadhafi a ouvert les frontières à des dizaines de milliers d’africains du sub-sahara pour venir vivre et travailler en Libye. Ceci, avec sa vision initiale du Pan-Arabisme, ne lui a pas fait gagner des points auprès de la Sainte Trinité. Les patrons ont le même problème lorsque leurs employés prétendent créer des syndicats. Sans oublier que Kadhafi est fermement antisioniste.

Quelque connaît le genre de gouvernement que les rebelles vont mettre en place ? La Trinité n’en a aucune idée. Dans quelle mesure le nouveau gouvernement sera sous influence islamique, par opposition au gouvernement laïque actuel ? Quelles forces djihadistes seront lâchées dans la nature ? (Et ces forces existent dans l’est de la Libye, où les rebelles sont concentrés). Se débarrasseront-ils d’une bonne partie de l’Etat-providence que Kadhafi a financé avec l’argent du pétrole ? Est-ce que l’économie contrôlée par l’état sera privatisée ? Qui deviendra le propriétaire du pétrole libyen ? Est-ce que le nouveau régime continuera d’investir les revenus du pétrole dans des projets de développement sub-sahariens ? Autorisera-t-il une base militaire US et des exercices de l’OTAN sur son territoire ? Apprendrons-nous d’ici peu que la « rebellion » a été instiguée et armée par les services de renseignement de la Sainte Trinité ?

Dans les années 90, Slobodan Milosevic de la Yougoslavie étaient coupable de « crimes » similaires à Kadhafi. Son pays était souvent qualifié de « dernier bastion communiste en Europe ». La Sainte Trinité l’ont bombardé, arrêté, et l’ont laissé mourir en prison. Notons que le gouvernement Libyen s’appelle la Grande Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire et Socialiste. La politique étrangère des Etats-Unis n’est jamais réellement sortie de la guerre froide.

Il faut examiner de près la « zone d’exclusion aérienne » mise en place en Irak par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne (mesure prétendument autorisée par les Nations Unies) au début des années 90 et qui a duré plus de dix ans. C’était en réalité un permis de bombarder régulièrement le pays et de tuer des Irakiens, pour affaiblir le pays en vue d’un changement de régime. Qui dans tout l’univers peut résister à la Sainte Trinité ? A-t-on jamais vu dans toute l’histoire tant de puissance de frappe et tant d’arrogance ?

Et au fait, pour la 10ème fois, Kadhafi n’est pas l’auteur de l’attentat contre le vol 103 de la PanAm en 1988 (1). Merci d’en informer vos auteurs progressistes préférés.

 

Barack « je tuerais pour un prix nobel de la paix » Obama

Est-ce que quelqu’un a fait le compte ?

Moi, si. Avec la Libye, ça fait 6.

Six pays contre qui Barack H. Obama a mené une guerre au cours de ses 26 premiers mois de mandat. (Et si quelqu’un me dit que larguer des bombes sur une zone habitée n’est pas un acte de guerre, je lui rappellerais le bombardement japonais de Pearl Harbor).

Le premier président noir des Etats-Unis envahit l’Afrique.

Y’a-t-il encore quelqu’un pour croire que Barack Obama représenterait une sorte d’amélioration par rapport à George W. Bush ?

Il y en a probablement qui le pensent encore : 1- Ceux pour qui la couleur de la peau a une grande importance, et 2 – Ceux qui sont très impressionnés par la capacité de construire des phrases grammaticalement correctes.

Ca ne peut pas être pour une question d’intellect ou d’intelligence. Obama a dit beaucoup de choses qui, prononcées par Bush, auraient provoqué des tollés, des sarcasmes et des rires dans les grands médias. Comme ce que le Président a répété à de nombreuses reprises lorsqu’on lui demandait de mettre Bush et Cheney en accusation pour crimes de guerre, « je préfère regarder vers l’avenir, pas vers le passé ». Imaginez un accusé devant un juge qui se défendrait avec de tels arguments. Une telle phrase rend tout simplement caduc toute notion de loi, d’application de la loi, de crime, de justice ou de faits.

Il y a aussi l’excuse avancée par Obama pour ne pas poursuivre les coupables de torture : parce qu’ils ne faisaient qu’obéir aux ordres. Est-ce que cet homme « éduqué » a déjà entendu parler du Tribunal de Nuremberg, où une telle excuse fut sommairement rejetée ? Et à tout jamais, avait dit le tribunal.

A peine 18 jours avant la marée noire dans le Golfe du Mexique, Obama a dit «  Au fait, il se trouve que les plateformes pétroliers ne provoquent pas de marées noires. Ils sont technologiquement très avancés. » (Washington Post, 27 mai 2010). Imaginez si George W. avait dit la même chose, et les réactions qui auraient suivi.

 « Toutes les forces que nous voyons en œuvre en Egypte sont des forces qui devraient naturellement s’aligner sur nous, et sur Israël, » a dit Obama le 2 mars (2). Imaginez si Bush avait fait une telle déclaration – que les manifestants arabes en Egypte contre un homme qui recevait des milliards de dollars d’aide des Etats-Unis dont des moyens de répression et de torture, devraient « naturellement » s’aligner avec les Etats-Unis et – que Dieu nous en préserve – Israël.

Une semaine plus tard, le 10 mars, le porte-parole du Département d’Etat P.J. Crowley a déclaré devant un forum à Cambridge, Massachusetts, que le traitement infligé par le Ministère de la Défense au héros de Wikileaks, Bradley Manning, dans une prison de la Marine était « ridicule, contreproductive et stupide. » Le lendemain, notre président « intello » fut interrogé sur la déclaration de Crowley. Le Grand Espoir Noir a répondu : « J’ai demandé au Pentagone si les procédures prises pour son emprisonnement étaient appropriées et correspondent à notre éthique. Ils m’ont assuré que oui. »

Tout à fait George. Je veux dire Barack. Bush aurait du demander à David Rumsfeld si quelqu’un entre les mains des Etats-Unis était torturé quelque part dans le monde. Il aurait pu ensuite tenir une conférence de presse comme Obama pour annoncer la bonne nouvelle - « Pas de torture en Amérique ! ». On en rigolerait encore.

Obama a conclu sa remarque par « Je ne peux pas entrer dans les détails concernant leurs préoccupations, mais cela a quelque chose à voir aussi avec la propre sécurité du soldat Manning. » (3)

Mais oui, bien sûr, Manning est torturé pour son propre bien. Est-ce que quelqu’un peut me rappeler si le bon vieux George s’est rabaissé à de telles absurdités pour justifier l’enfer carcéral de Guantanamo ?

Barack Obama n’est-il pas gêné par l’atteinte aux droits de l’homme de Bradley Manning, de la lente dégradation de la santé mentale du jeune homme ?

La réponse à cette question est Non. Le Président n’est pas gêné par ce genre de choses.

Comment je le sais ? Parce que Barack Obama n’est gêné par rien tant qu’il a la possibilité d’exulter dans son rôle de Président des Etats-Unis, de manger ses hamburgers et de jouer au basket. Permettez-moi de rappeler ce que j’ai écrit en mai 2009 :

 « Je crains de plus en plus que le problème est que cet homme ne croit vraiment en rien, et certainement pas lorsque le sujet est controversé. Il a appris il y a longtemps à prendre position pour éviter le controverse, comment exprimer une opinion sans prendre clairement parti, à parler avec éloquence pour ne rien dire, comment communiquer à l’auditoire une ensemble de clichés émouvants, de platitudes et de slogans. Et ça a marché. Et même bien ! Que pourrait-il bien arriver, maintenant qu’il est président des Etats-Unis, qui le ferait changer ? »

Rappelez-vous que dans son propre livre « The Audicity of Hope », Obama a écrit : « J’ai présenté un écran blanc sur lequel des gens d’horizons politiques divers ont projeté leurs propres aspirations.  »

Obama est un produit de marketing. Il est l’exemple même du produit « Vu à la télé ».

L’écrivain Sam Smith a récemment écrit qu’Obama est le président Démocrate le plus conservateur que nous ayons jamais eu. «  Dans l’ancien temps, on aurait trouvé un nom pour lui : Républicain. »

En fait, si John McCain avant remporté l’élection de 2008, et avait fait exactement la même chose qu’Obama, les progressistes seraient fous de rage.

Je crois qu’Obama est une des pires choses qui soit jamais arrivée à la gauche américaine. Les millions de jeunes qui l’ont soutenu avec enthousiasme vont mettre beaucoup de temps à s’en remettre avant de sacrifier à nouveau leur idéalisme et leur passion sur l’autel du militantisme.

Si vous n’aimez pas la tournure qu’ont pris les choses, la prochaine fois renseignez-vous sur ce que votre candidat veut dire exactement par « changement ».

 

[...]

 

Les méchants

J’ai écrit à de nombreuses reprises sur les EOD de l’Amérique – EOD Ennemis Officiellement Déclarés : Mahmoud Ahmadinejad, Hugo Chávez, Fidel Castro, Daniel Ortega, Hasan Nasrallah, Moammar Gaddafi et d’autres. A partir du moment que le gouvernement des Etats-Unis fait clairement savoir qu’un dirigeant étranger particulier ne fait pas partie des Gentils, qu’il croit que les Etats-Unis ne sont pas un cadeau de Dieu à l’humanité, et qu’il n’est pas disposé à laisser son pays devenir un état servile, les grands médias embrayent systématiquement et font tout leur possible pour dénigrer le dirigeant en question chaque fois que l’occasion leur est offerte. (Si quelqu’un peut me citer une seule exception à cette règle, je serais curieux de la connaître.)

Juan Forero a longtemps été le correspondent en Amérique latine du Washington Post. Il l’est aussi pour la Radio Publique Nationale. Il m’arrivait d’envoyer des courriers au Washington Post au sujet de sa manière de déformer les faits chaque fois qu’il écrivait sur Hugo Chavez et où des erreurs par omission côtoyaient des erreurs sur commande. Aucun de mes courriers n’a jamais été publié, alors j’ai commencé à envoyer mes courriers directement à Forero. Il a répondu une fois qu’il était (en quelque sorte) d’accord avec moi sur un point que j’avais soulevé et il a laissé entendre qu’il tenterait d’éviter de telles erreurs à l’avenir. J’ai pu observer une petite amélioration qui n’a pas duré bien longtemps, puis les habitudes se sont réinstallées. Au cours des troubles en Libye, il a écrit : « Chavez a dit que "c’était un gros mensonge" que les forces de Kadhafi aient attaqué les civils. » (7)

Est-ce que Hugo Chavez prend tout le monde pour des imbéciles ? Nous avons tous vu et lu les attaques de Kadhafi contre les civils.

Mais il se trouve que si vous mettez la main sur la version originale en espagnol, vous n’avez pas tout à fait le même son de cloche. Selon l’agence de presse UPI, dans un communiqué en espagnol, Chavez a dit que les combats en Libye constituaient une guerre civile et que ceux qui étaient attaqués n’étaient donc pas de simples manifestants ou civils. Ils faisaient partie d’un des camps dans une guerre civile, ils étaient donc des combattants. (8)

 

Al Jazeera en Amérique

Les soulèvements en Afrique du nord et au Moyen orient ont sérieusement boosté l’audience d’Al Jazeera, la télévision basée à Doha, au Qatar. Il y a encore peu, les Américains s’en tenaient éloignés car la chaine était trop souvent associée au Moyen orient et aux Musulmans, ce qui évidemment à son tour fait penser aux terroristes et au « terrorisme ». Tout Américain qui se respecte savait que cette station ne pouvait pas être aussi objective que CBS, CNN, NPR ou Fox News. La station avait quelques raisons pour être paranoïaque quant à ses bureaux aux Etats-Unis, le pays des 10 millions de cinglés (dont plus d’un occupe un poste de haut rang dans le gouvernement). Ses bureaux occupent 6 étages d’un immeuble dans le centre de la capitale, Washington, mais son nom n’apparaît nulle part. 

A présent les grands médias citent la chaîne en anglais d’Al Jazeera et retransmettent ses images. De nombreux progressistes, y compris moi, ont pris pour habitude de préférer cette chaîne aux médias US. En général, les informations sont plus consistantes, les invités plutôt progressistes, et il n’y a pas de publicité. Cependant, plus je la regarde, et plus je me rends compte que ses présentateurs et correspondants ne sont pas nécessairement aussi progressistes que ça.

Un exemple parmi de nombreux que je pourrais citer : le 12 mars, le correspondant d’Al Jazeera, Roger Wilkinson, faisait un reportage sur le procès à Cuba d’Alan Gross, un Américain arrêté après avoir distribué des équipements électroniques à des citoyens cubains. Gross étaient entré à Cuba avec un visa touristique mais se trouvait sur l’île en réalité pour le compte de Development Alternatives Inc. (DAI), un sous-traitant privé qui travaille pour l’Agence pour le Développement International (AID, acronyme anglais, souvent citée comme USAID - NdT), qui est une division du Département d’Etat des Etats-Unis. Gross agissait donc en tant qu’agent non déclaré au service d’une puissance étrangère. Wilkinson a raconté cette histoire très controversée avec tout l’innocence et les déformations dignes des grands médias US. Il a mentionné au passage que le gouvernement cubain tente de contrôler l’Internet. Que peut-on conclure d’autre, sinon que le gouvernement cubain veut cacher quelque chose à son peuple ? Tout comme les grand médias US, Wilkinson n’a pas donné d’exemple de site internet bloqué par le gouvernement cubain, peut-être pour la simple et bonne raison qu’il n’y en a pas. Et en quoi consisterait cette terrible réalité que les Cubains pourraient découvrir sur Internet ? Ironiquement, c’est le gouvernement des Etats-Unis et les multinationales US qui empêchent l’accès de l’île à Internet, pour des raisons politiques et en facturant leurs services à un prix prohibitif pour le Cuba. C’est la raison pour laquelle Cuba et le Venezuela sont en train d’installer leur propre câble sous-marin.

Wilkinson a parlé du programme d’aide d’USAID destiné à « promouvoir la démocratie », mais n’a pas précisé que dans le monde d’USAID et de ses sociétés privées sous-traitantes – dont celle pour laquelle travaillait Gross – ce terme désigne en fait « un changement de régime ». USAID a longtemps joué un rôle subversif dans le monde. Ecoutons John Gilligan, Directeur d’USAID sous l’administration Carter :

 « A un moment donné, de nombreux bureaux locaux d’USAID étaient infiltrés de haut en bas par les gens de la CIA. L’idée était de placer des agents dans toutes les activités que nous avions à l’étranger, officielles, bénévoles, religieuses... toutes. » (9)

USAID n’est qu’une des nombreuses institutions utilisées par les Etats-Unis depuis plus de 50 ans pour miner la révolution cubaine. C’est pour cela que nous pouvons poser l’équation suivante : les Etats-Unis représentent pour le gouvernement cubain ce qu’Al Qaeda représente pour le gouvernement des Etats-Unis. Les lois cubaines qui concernent les activités comme celles d’USAID et DAI reflètent cette réalité historique. Ce n’est pas de la paranoïa, c’est de l’instinct de conservation. Et aborder un sujet comme celui d’Alan Gross sans prendre compte de cette équation constitue une grave entorse au journalisme et à l’analyse politique.

Il faut espérer que l’affaire Gross servira à calmer les ardeurs des Etats-Unis pour « promouvoir la démocratie » à Cuba.

La politique de Washington – et donc celle de la Grande-Bretagne – envers Cuba a toujours été le résultat d’une volonté d’empêcher l’île de devenir un bon exemple d’alternative au capitalisme pour le Tiers monde. Mais les dirigeants occidentaux ne comprennent pas, ou ne veulent pas comprendre, ce qui peut bien motiver des gens comme les dirigeants cubains et leurs partisans. Voici ce que révèle un des câbles Wikileaks, daté du 25 mars 2009 : William Hague, à l’époque député conservateur et chargé des affaires étrangères pour son parti (dans l’opposition – NdT) faisant son rapport à l’ambassade US à Londres sur sa récente visite à Cuba. Hague « a déclaré qu’il était quelque peu surpris que les dirigeants cubains ne paraissaient pas s’orienter vers une ouverture du modèle économique à la chinoise, mais qu’ils étaient encore des "révolutionnaires romantiques" » Lors de sa conversation avec le ministre des affaires étrangères de Cuba, Bruno Rodriguez, « la discussion a abordé la question de l’idéologie politique, et Hague a dit que les gens en Grande-Bretagne étaient plus intéressés par le shopping que par l’idéologie. » (Mon Dieu, quel magnifique argument en faveur de l’Occident. Rule Britannia ! God Bless América !) Hague raconte ensuite que "Rodriguez semblait mépriser cette notion et a répondu qu’on n’avait besoin du shopping que pour acheter de la nourriture ou quelques bons livres." » 

[...] 

William Blum

3 avril 2011

http://killinghope.org/bblum6/aer92.html

Traduction « avec tout ça, les magasins sont fermés et le frigo est vide » pour le Grand Soir par VD avec probablement les fautes et coquilles habituelles.

1. killinghope.org/bblum6/panam.htm

2. March 4, 2011, Democratic Party function, Miami, FL, CQ Transcriptions

3. Los Angeles Times, March 11, 2011

4. For this and the previous two examples, see "Jim DeMint’s Theory Of Relativity : ’The Bigger Government Gets, The Smaller God Gets’", Think Progress, March 15, 2011

5. Fox News Sunday, December 19, 2010

6. Washington Post, September 19, 2001

7. Washington Post, March 7, 2011

8. UPI Reporte LatAm, March 4, 2011

9. George Cotter, "Spies, strings and missionaries", The Christian Century (Chicago), March 25, 1981, p.321

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Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières,les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

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