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14/04/2011

n° 12 - Journal de Côte d'Ivoire - 06-04 au 14-04- :- Suite - Les soldats français en Côte d'Ivoire... pour la « bonne cause » ?-

n° 12 -  Journal de Côte d'Ivoire  -  06-04 au 14-04- :- Suite -  Les soldats français en Côte d'Ivoire... pour la « bonne cause » ?-


Face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

L'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources



       Journal de Côte d’Ivoire  

n°12                              06-04 au 14-04

 

   C.Debroeder &  M.Lemaire



Les informations contenues dans ce journal sont obtenues par la lecture journalière des journaux en ligne.:

                    Nos informations sont également le résultat de recoupements car les médias occidentaux donnent des informations qui ou se contredissent ou ne prennent en note qu’une partie des infos

 



Le journal de Côte d'Ivoire se retrouve

a) sur nos  blogs :  http://www.dhblogs.be/categories/International.html

                               http://www.lalibreblogs.be/categories/International.html

b) sur le site http://turkmenfriendship.blogspot.com/2007/10/journal-dirak-de-m-lemaire.html

c) sur le site de Eva Resis :  no-war.over-blog.com

d) Et Sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

e) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-              solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire




2 Politique 

Les liens familiaux d’Ouattara avec les grands spéculateurs du cacao.

Visage rond, chemises roses, yeux bleus, Anthony Ward, 51 ans, grand amateur des pistes de ski alpines, est considéré comme l’un des meilleurs traders de sa génération.

Au début des années 2000, alors que tous les analystes se montrent optimistes sur l’avenir de la Côte d’Ivoire après l’accession de Laurent Gbagbo au pouvoir, le fondateur de la société londonienne Armarajo est persuadé que le marché du cacao va se trouver en déficit…et se met à stocker dans des entrepôts européens des dizaines de milliers de tonnes de fèves. Deux ans plus tard, une rébellion éclate. Ward a 400 000 tonnes de cacao entre les mains. Il ne reste qu’à attendre le moment où les cours seront élevés pour les revendre et empocher un bonus considérable. Acquérant ainsi son surnom de « chocolate fingers ».
Huit ans plus tard, rebelote. Anthony Ward renouvelle son exploit. Quatre mois avant les élections ivoiriennes de 2010, tablant sur les difficultés politiques futures du pays, il achète d’un seul coup 240 000 tonnes de cacao qu’il revendra... la semaine dernière… juste avant l’offensive des forces rebelles du candidat malheureux à la présidentielle Alassane Ouattara contre le président Laurent Gbagbo. Le prix du cacao venait d’atteindre son plus haut sommet depuis 32 ans.
De quelle bonne fée dispose donc ce fils de militaire sans diplôme, converti dans le négoce international pour prévoir avec autant de justesse les évènements politiques en Côte d’Ivoire ?
Détail, son beau-père n’est autre qu’un certain... Ouattara, champion de la communauté euro-nord américaine ! Celui-là même qui a déclenché les deux guerres sans lesquelles le prix du cacao n’aurait aussi augmenté. Curieusement, on retrouve un autre proche du président de la communauté internationale à la tête de la direction Afrique d’Armajaro, un certain Loïc Folloroux, le fils de Dominique Nouvian, la deuxième épouse de…Ouattara !

Le monde est petit !

12 avril 2011

Source : Le gri-gri international

 

 


22-3 Sur le terrain

L'ex-ministre de Laurent Gbagbo, Désiré Tagro décède dans des circonstances troubles

Désiré Tagro, homme fort du régime du président ivoirien sortant, est mort au lendemain de son arrestation.

Source AFP

Désiré Tagro, ex-ministre de l'Intérieur et proche de l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, est décédé mardi dans des circonstances encore troubles, au lendemain de son arrestation avec Laurent Gbagbo à Abidjan, a-t-on appris de sources concordantes.

Désiré Tagro faisait partie des fidèles de Laurent Gbagbo qui avaient été arrêtés avec lui lundi après l'assaut sur la résidence présidentielle des forces du nouveau chef de l'État Alassane Ouattara, et avait été conduit comme eux à l'hôtel du Golf, ont indiqué une source du camp Ouattara et un diplomate en poste à Abidjan. Selon les mêmes sources, Tagro a été vu blessé à son arrivée à l'hôtel, et avait été ensuite transféré dans une clinique, où il est décédé mardi matin.

Assassinat ou suicide ?

Pascal Affi N'Guessan, chef du parti de Laurent Gbagbo, le Front populaire ivoirien (FPI), a affirmé à l'AFP qu'il avait été "assassiné" d'"une balle à l'hôtel du Golf", une version fermement démentie dans le camp Ouattara. Selon la source diplomatique, il aurait tenté de se suicider d'une balle dans la bouche lors de l'arrestation, et aurait succombé à ses blessures.

Désiré Tagro était un homme fort du régime défait. Porte-parole de Gbagbo puis ministre de l'Intérieur puissant, il avait été nommé secrétaire général de la présidence après le scrutin controversé de novembre 2010. Homme à poigne, souvent considéré comme un "dur", il avait été l'un des artisans de l'accord de paix de 2007 entre Laurent Gbagbo et la rébellion.

Clément Petreault

Le Point.fr 12/04



3   Politique internationale

a) Usa

Le sénateur américain James Inhofe accuse la France de néo-colonialisme.

Le sénateur américain James Inhofe a accusé mardi la France de mener une politique néo-colonialiste en Côte d'Ivoire et demandé au département d'Etat que l'exil soit accordé à Laurent Gbagbo dans un "endroit où il ne soit pas assassiné".
"Je renouvelle mon appel pour une audition devant la commission des Affaires étrangères, sur les bombardements et les massacres par les Nations unies, la France et les rebelles de Ouatarra", a déclaré Inhofe devant le Sénat.
Le sénateur républicain, un proche du président sortant Laurent Gbagbo et de son épouse Simone, arrêtés lundi à Abidjan, en était à son cinquième discours devant le Sénat sur la Côte d'Ivoire en une semaine pour dénoncer l'action de la France et des Nations unies à Abidjan.
"J'ai averti les Nations unies et les Français quatre fois la semaine passée qu'ils auraient du sang sur les mains s'ils continuaient à soutenir les forces rebelles d'Alassane Ouatarra", a-t-il dit en montrant des agrandissements de photos de personnes qui auraient été tuées par les rebelles
à Duékoué. 
"Gbagbo n'est pas le problème, le problème, c'est le retour à l'impérialisme colonial français", a-t-il dit.
Par ailleurs, le sénateur a affirmé que des brutalités auraient été commises contre le couple Gbagbo lors de son arrestation.
Il demande au département d'Etat que l'exil soit accordé à M. Gbagbo dans un "endroit où il ne soit pas assassiné", a dit le sénateur, avant de précisé que celui-ci ne devait pas être jugé car cela signifierait pour lui "la prison à vie".
"J'aime les Français", a dit le sénateur à l'AFP, mais "ils ont complètement tort en ce qui concerne leur politique en Afrique sub-saharienne".
De son côté, le président des Etats-Unis Barack Obama a appelé mardi Alassane Ouattara pour le féliciter de sa prise de fonctions "en tant que président démocratiquement élu de Côte d'Ivoire" et l'assurer de son soutien, a annoncé la Maison Blanche.

afp - 14-04



b) France

"La France n'a pas à jouer un rôle de gendarme, en Afrique"  a oublié Zarkozy.

"La France n'a pas à jouer un rôle de gendarme, en Afrique", déclarait, en 2008, Nicolas Sarkozy.  Paris a trahi ses promesses, en s'engageant militairement, en Libye et en Côte d'Ivoire, aux côtés de l'ONU, note le "Süddeutsche Zeitung". Voilà des images que la France voulait éviter à tout prix, des soldats français tirant sur des positions militaires et des dépôts de munitions, en Côte d'Ivoire, et aidant les casques bleus à attaquer le palais présidentiel, à Abidjan. Les partisans du chef de l'Etat sortant, Laurent Gbagbo, accusent les Français de barbarie et de néocolonialisme. Ceux d'Alassane Ouattara, le Président élu, réclament, au contraire, que Paris s'implique fortement. La France se retrouve, malgré elle, entraînée dans la guerre civile, et doit, désormais, mener une seconde intervention, dans un pays africain, en plus de celle à laquelle elle participe, en Libye. Sarkozy était, pourtant, entré en fonction, en promettant de réduire la présence militaire française, en Afrique. Il voulait normaliser les relations entre la France et ses anciennes colonies, et débarrasser la politique africaine de ses relents d'ingérence et de primauté des intérêts économiques. La Françafrique devait prendre fin. La France ne serait plus le "gendarme de l'Afrique", avait promis Sarkozy. Ces derniers jours, la pression s'est, considérablement, accrue sur Sarkozy. Les deux camps ivoiriens se sont livrés à des massacres. Abidjan est devenue la proie de violents combats. On risquait d'assister à un bain de sang chez la population civile et de voir le chaos se répandre, dans tout le pays. On a demandé à Sarkozy pourquoi il intervenait, en Libye, et pas, aussi, en Côte d'Ivoire. Le génocide rwandais, lors duquel, Paris avait, de son propre aveu, commis de graves erreurs d'appréciation, constituait une mise en garde. Les partisans de Gbagbo ne cessaient de vitupérer contre Paris. Deux Français ont été enlevés par des soldats de Gbagbo, à Abidjan. Les 12.000 Français résidant, en Côte d'Ivoire, ont commencé à craindre pour leur vie. Et n'oublions pas les intérêts économiques de la France, dans ce pays, riche en pétrole, en gaz naturel et minéraux divers. Qu'est-ce que la France cherche, en intervenant, militairement, dans son ancienne colonie, cinquante ans après l'indépendance? Sarkozy peut répondre qu'il agit, sur la base d'une résolution du Conseil de sécurité, et à la demande des Nations unies. La France maintient, depuis longtemps, une force, nommée "Licorne", en Côte d'Ivoire. Ses effectifs sont passés, récemment, de 900 à 1.100 hommes. Les soldats contrôlent l'aéroport d'Abidjan et tentent de mettre en sûreté des milliers de Français et d'autres étrangers. Le 5 avril, des hélicoptères de combat français volaient, à nouveau, au-dessus d'Abidjan, où la bataille finale faisait rage. Le "gendarme français" est de retour, en Afrique.

07/04

 http://french.irib

 

Ca n'a pas trainé : une aide de 400 millions d'euros à la Côte d'Ivoire  

A l’issue de la réunion des ministres des finances de la zone franc au Tchad, Christine Lagarde, ministre de l’Economie, va annoncer un soutien budgétaire exceptionnel de la France à l’égard de la Côte d’Ivoire. Dans un communiqué, la ministre justifie cet aide «pour financer les dépenses d’urgence pour les populations, la ville d’Abidjan et le redémarrage des services publics essentiels et de l’activité économique». Cette aide sera de 400 millions d’euros.

Christine Lagarde fera officiellement cette annonce lors d’une conférence de presse en présence de Charles Koffi Diby, ministre de l’Economie de la Côte d’Ivoire et collaborateur du président Ouattara. La ministre de l’Economie y rendra «hommage au calme, à la retenue et au principe de réconciliation que n’a cessé de prôner le président Ouattara», tout en déplorant l’occupation militaire pendant le conflit d'institutions financières ivoiriennes, notamment la Banque centrale ivoirienne par les forces pro-Gbagbo.  

Le conflit ivoirien pèse lourdement sur la zone franc

L’annonce de cette aide intervient au lendemain de l’arrestation de Laurent Gbagbo. Les partisans de l’ancien président accusent la France de l’avoir conduit directement aux mains de Ouattara. Une information que l’Etat-major français dément.

Représentante de la France qui préside le G20, Christine Lagarde et les participants à la réunion de ce mardi devraient également «s’engager à plaider résolument, avec son collègue ivoirien, pour un réengagement aussi rapide que possible [en Côte d’Ivoire] des institutions financières internationales lors des réunions de printemps du FMI et de la Banque Mondiale ». Le conflit ivoirien pèse lourdement sur la zone franc. Ce pays représente un tiers du PIB des pays d’Afrique de l’Ouest membres de la zone franc.

Mathieu Goar, à N'Djamena

Mardi 12 avril 2011 2 12 /04 /Avr /2011 14:09


 


b) Organisations internationale

"Human Rights Watch

 "HRW" accuse les pro-Ouattara d'atrocités, dans l'Ouest du pays.  
Les forces d'Alassane Ouattara, le Président de Côte d'Ivoire reconnu par la communauté internationale, ont commis de nombreuses exactions contre les partisans du Président sortant, Laurent Gbagbo, dans l'Ouest du pays, au cours du mois de mars, indique "Human Rights Watch" (HRW), dont les accusations viennent s'ajouter à d'autres informations, faisant état de récents massacres, dans cette région.
Dans un rapport, obtenu, samedi soir, par l'Associated Press, "HRW" accuse les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) d'avoir tué plusieurs centaines de civils, commis des viols et brûlé des villages, lors de leur offensive. Selon le rapport, la majorité de ces exactions ont été commises entre le 6 et le 30 mars, période à laquelle les villages de Toulepleu, Doké, Blolequin, Duékoué et Guiglo, dans l'Ouest du pays, sont tombés aux mains des forces pro-Ouattara. L'ONG demande au président ivoirien d'enquêter sur ces faits et de poursuivre les coupables. Elle accuse, également, le camp Gbagbo d'avoir tué une centaine de civils, en représailles à ces exactions. Celles-ci ont été commises, lors de l'offensive, lancée, fin mars, par les forces loyales à Ouattara, qui leur a permis de reprendre des dizaines de localités, avant de buter sur la résistance des pro-Gbagbo, à Abidjan, la capitale économique du pays. Laurent Gbagbo, qui refuse de céder le pouvoir, est toujours retranché, dans sa résidence, en ville.

10/04/2011

http://french.irib.ir/info/afrique/item/112021-c%C3%B4te-d%E2%80%99ivoire-hrw-accuse-les-pro-ouattara-datrocit%C3%A9s-dans-louest-du-pays



4 Médias

4-1 Les hommes d'Alassane OUATTARA ont brûlé des personnes vivant encore.

 10 Avril

Plus de 1.000 personnes ont été tués cette semaine dans la mission salésienne de Sainte Thérèse de Lisieux à Duékoué par les troupes fidèles à Alassane Ouattara.
La population ivoirienne native est surtout la religion catholique et animiste qui voit les objets et le monde naturel comme ayant une âme. Et cela, en soi, est un défi à la vie quotidienne.

VISIONNER LA    VIDEO ICI

http://www.alterinfo.net/Video-Les-hommes-d-Alassane-OUATTARA-ont-brule-des-personnes-vivantes-en-Cote-d-Ivoire_a57339.html
Source : http://afrohistorama.over-blog.com/ext/http://www.minutodigital.com/2011/04/06/asi-queman-vivos-los-musulmanes-a-los-cristianos-en-costa-de-marfil/  



5  Dossier

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information 

5-1 Qui a capturé Laurent Gbagbo ?

Laurent Gbagbo a été capturé lundi après-midi.

Le journal Top Médias parle d’un coup d’Etat de la France.

En effet, les proches de l’ex-président accusent l’armée française de lui avoir mis les menottes alors qu’il téléphonait à LCI pour dénoncer la présence des uniformes de la « Licorne » sous ses balcons.

La France officielle se dit choquée, outrée par ces assertions et dément formellement sa présence sous le ciel ivoirien.

A peine si elle n’accuse pas le Palais de Gbagbo du coup de l’éventail.

Selon la version soft du Taggarin français, les forces spéciales tricolores n’étaient que de passage à Abidjan et leur flânerie, la fleur au fusil d’assaut, les avaient ramenées, par inadvertance, et en dehors de leur propre volonté, du côté du palais résidentiel.

A propos de la présence d’une trentaine de blindés chantant la marseillaise et se dirigeant vers la résidence de Gbagbo, le ministre de la Défense rira fort. En fait, il ne s’agit que d’un convoi nuptial d’un sergent de la force Licorne qui a pris comme épouse la soeur du cuisinier du palais présidentiel. Quant à l’hélicoptère qui survolait en permanence la terrasse résidentielle, il n’était là, selon la version de l’UMP, que pour empêcher les pigeons de saloper le linge présidentiel qui y était étendu. Les partisans de Gbagbo doutent de la version française et affirment que leur président a été livré poings et pieds liés aux hommes de Ouattara.

Les partisans de la rose doutent également du scénario. La logique aussi. La nouvelle diplomatie française à la hussarde, prônée par le demi-Napoléon, veut ainsi rattraper les dernières bourdes estampillées MAM qui avait achevé le travail de sape de Kouchner, le médecin « m’astu vu trimballer des sacs de riz sur mes épaules ». Plus qu’un détail, l’importance de la nationalité de celui qui a passé les bracelets à Gbagbo est primordiale puisqu’elle engage son passeport sur la responsabilité morale de la France.

Une France, qui se trouve en terre du cacao, n’est là que par procuration de l’ONU, avec la seule mission de protéger les civils, blancs et européens, en premier et d’interdire tout usage des armes lourdes. Maintenant, si Paris a ordonné à ses soldats d’arrêter Gbagbo c’est qu’elle a outrepassé les clauses de son mandat et selon les analyses de ceux qui réfléchissent, la présidence de Ouattara serait du coup suspendue à de nombreux points d’interrogation. De là à le qualifier de président placé par les Français, il n’y a qu’un pas que beaucoup ont déjà franchi. Cette parenthèse ivoirienne illustre magnifiquement la déliquescence de la diplomatie française empêtrée dans le désert libyen, accusée devant un tribunal annabi et malmenée un peu partout dans le monde.

Moncef Wafi

http://senegal-actu.com/a-la-une/cote-divoire-qui-a-capture-laurent-gbagbo-1991.html


5-2 Philippe Leymarie : Les soldats français en Côte d'Ivoire... pour la « bonne cause » ?

Philippe Leymarie, collaborateur du Monde diplomatique, a été chargé des questions africaines et de défense sur Radio-France internationale (RFI). Il est l’auteur, avec Thierry Perret, des 100 Clés de l’Afrique (Hachette littérature, 2006).

Les hélicoptères « MI-24 » blancs de l’ONU qui tirent des roquettes sur les derniers réduits de Laurent Gbagbo… Les « Gazelle » françaises qui détruisent au canon les chars et batteries des forces restées fidèles au président sortant… La « bataille d’Abidjan », déclenchée après quatre mois de contestations, blocages, médiations, palabres, puis dans un contexte de guerre civile larvée, de massacres interethniques, et de chaos urbain, s’est jouée au final sur cet engagement soudain de la « communauté internationale », jusque-là réputée « impuissante ». Et de l’ancienne puissance coloniale, qui pourtant se jurait de ne plus jamais rééditer les « exploits » du passé. Tout cela au prix d’une dangereuse tombée des masques… même si c’est en principe pour la « bonne cause ».

Un engagement français chasse l’autre. « Quitte ou double » ? « Tournant majeur » ? « Engrenage fatal » ? « Paris à l’assaut du camp Gbagbo » [1] ? En tout cas, ces salves dans la nuit de lundi à mardi, contre certains des armements de supériorité dont disposait encore le président déchu, ont constitué un sacré coup de main en faveur du camp Ouattara, dont les combattants butaient depuis samedi sur les défenses des unités restées fidèles à Laurent Gbagbo.

Le porte-parole de l’état-major français a précisé que ses soldats n’avaient pris pour cibles que « des casernes, des armes lourdes et des véhicules blindés », en vertu du mandat de l’ONU. Les blindés du camp de gendarmerie d’Agban, la poudrière et le camp d’Akouedo (qui abrite trois bataillons de l’armée pro-Gbagbo), le quartier général de la garde républicaine, ainsi que des batteries autour de la résidence présidentielle et du palais semblent avoir été pulvérisés.

A la faveur des frappes aériennes qu’elles attendaient depuis plusieurs jours, les Forces républicaines (pro-Ouattara) ont pu progresser dans les quartiers d’Abidjan. Selon la plupart des observateurs, mardi à la mi-journée, ce n’était plus « qu’une question d’heures ». Le général Philippe Mangou, chef d’état-major de l’armée de M. Gbagbo, affirmait alors que ses troupes ont « arrêté les combats » contre les forces d’Alassane Ouattara et il « demandait un cessez-le-feu » à l’Onuci, pour « protéger les populations, les militaires, partant la Garde républicaine commise à la sécurité du président de la République, le président de la République lui-même et sa famille, et les membres du gouvernement ». Ces derniers négociaient, disait-on, leur reddition…

« Forces impartiales »

Durcissement des moyens de l’ONU. A la mi-février, l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci) – forte d’une dizaine de milliers de casques bleus, mais peu armée – avait révélé que des hélicoptères de combat avaient été mis à sa disposition pour lui permettre de renforcer son dispositif de sécurisation, afin d’assurer « la protection des civils, la protection de l’hôtel Golf (où se trouve retranché le vainqueur de la présidentielle ivoirienne selon la communauté internationale Alassane Ouattara), ainsi que la sauvegarde des résultats de l’élection présidentielle du 28 novembre ». En outre, le mandat des 500 Casques bleus issus de la Mission des Nations unies au Libéria (MINUL), qui avaient été mis à la disposition de l’Onuci pendant l’élection présidentielle, avait été renouvelé pour trois mois, dans l’attente du renfort de 2 000 soldats supplémentaires promis par le Conseil de sécurité (mais dont une partie seulement avaient pu être acheminés en Côte d’Ivoire).

La force Licorne, à puissance variable. Cette force militaire française, dont les effectifs avaient été réduits ces dernières années, passant de 2 600 à 900 hommes, était restée en attente pour assurer la protection de l’importante communauté française (12 000 personnes, dont plus de la moitié de double-nationalités) et servir de force de réaction rapide, au profit de l’Onuci. Elle faisait partie, avec les casques bleus, de ce qu’on appelait les « forces impartiales », pour les distinguer des forcés belligérantes ivoiriennes. Dans la pratique, elle s’était retirée de l’ancienne ligne de front qui avait séparé le nord et le sud de la Côte d’Ivoire à partir de 2002 ; elle restait cantonnée à Abidjan, et n’avait jamais été sollicitée par l’Onuci.

Au fil de la dégradation du climat politique, ces derniers mois, Licorne avait été à nouveau renforcée, passant à 1200 hommes fin janvier ; et complétée ces derniers jours par trois compagnies de légionnaires, de parachutistes, et d’éléments des forces spéciales, prélevées notamment sur les bases françaises au Gabon et au Tchad – jusqu’à constituer un effectif total de 1 650 hommes. Ainsi se vérifie, à nouveau, qu’avec ce réseau de bases en Afrique, actuellement en cours de démontage au moins partiel, Paris dispose – sur un plan technique ou politique – d’une « boîte à outils » militaire qui n’a pas d’équivalent dans le genre.

Vide sécuritaire

Engagement glissant. C’est, une fois de plus, ce que l’on constate dans les cas où une force étrangère est en place dans un pays (comme la force dite « Licorne » [2] en Côte d’Ivoire), avec le souci de la protection des ressortissants étrangers (c’est la mission numéro un de Licorne, détachement provisoire, depuis la dissolution du 43e Bataillon d’infanterie de marine à la demande des anciennes autorités ivoiriennes), mais se retrouvant de proche en proche à faire le coup de feu (soit pour assurer l’exfiltration, dans des conditions parfois périlleuses, d’étrangers dont la sécurité est menacée ; soit pour modifier un rapport de forces, et faire pencher une balance, en application de directives politiques).

Au siècle dernier de nombreuses interventions françaises d’urgence en Afrique, menées sous couvert du sauvetage de ressortissants, avaient débouché sur des processus de « pacification », de présence sur le long terme (avec accusation « d’occupation »), de coopération militaire plus ou moins clandestine, etc., comme au Zaïre, au Congo, en Centrafrique, au Rwanda, au Tchad…

L’inévitable engrenage. Cette participation, même limitée dans le temps, aux combats contre les irrédentistes ivoiriens, a valu aux militaires français d’être à nouveau accusés par les partisans de l’ancien président de vouloir la mort de Laurent Gbagbo, d’occuper la Côte d’Ivoire, etc. L’avocat Jacques Vergès, qui affirmait lundi vouloir porter plainte contre les responsables français pour « crimes contre l’humanité » et « crimes de guerre », a été jusqu’à souhaiter qu’Abidjan devienne « le tombeau des envahisseurs » !

La France s’est retrouvée « aspirée » par le conflit ivoirien, alors qu’elle avait la hantise du scénario de 2004, qui avait débouché sur un affrontement direct. Mais, cette fois, il n’y a pas eu d’engagement au sol face à la foule ou aux combattants pro-Gbagbo, les seuls soldats déployés dans les quartiers ayant été chargés de l’exfiltration des ressortissants étrangers se sentant menacés.

Des obus dans la ville

Paris, comme l’ONU, s’est défendu « d’entrer en guerre » contre la Côte d’Ivoire, comme n’ont pas manqué de l’en accuser les partisans de Gbagbo. Côté français, la justification « politique » de l’intervention a été appuyée sur une série de constatations :

— les troupes de Laurent Gbagbo tiraient, depuis plusieurs semaines, des obus en pleine ville, notamment dans le grand quartier d’Abobo (une des places-fortes des partisans d’Alassane Ouattara) ;
— elles s’en prenaient également, depuis quelques jours, aux soldats, puis au siège de l’Onuci ;
— le vide sécuritaire, et le chaos s’installaient dans la capitale économique, ainsi que dans certaines villes de province, comme Duékué, dont la prise par les forces pro-Ouattara avait donné lieu à des massacres interethniques ayant fait plusieurs centaines de victimes ;
— le président sortant avait promis, naguère, de « braiser » la capitale, s’il son régime était attaqué, il a commencé au milieu de la semaine dernière à armer ses jeunes patriotes – le plus souvent des désœuvrés des quartiers, invités à servir de « boucliers » en cas d’attaque contre leurs champions, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé (son ministre de la jeunesse, qui avait déjà mené en 2004 des expéditions punitives contre la communauté française) ;
— l’exécutif ivoirien régulièrement élu (sous les auspices de l’ONU) restait assiégé depuis plus de trois mois dans l’hôtel Golf, à Abidjan, où il résidait depuis le scrutin, sans pouvoir exercer la plénitude de ses pouvoirs ;
— en outre, depuis plusieurs semaines, les accusations pointaient sans cesse le « double discours » de la dite communauté internationale : offensive en Libye, mais attentiste en Côte d’Ivoire …

Demande urgente

L’habillage politico-juridique. Il est celui de la légalité internationale : les résolutions successives du Conseil de sécurité mandatent la force des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci) pour faire respecter cette légalité. Ban Ki-Moon, le secrétaire général de l’ONU, avait adressé dans une lettre datée du 3 avril une demande d’aide à Nicolas Sarkozy :

« Il est urgent de lancer les opérations militaires nécessaires pour mettre hors d’état de nuire les armes lourdes qui sont utilisées contre les populations civiles et les casques bleus. L’Onuci a identifié de multiples emplacements concernant ces armes. Etant donnés la nécessité de lancer les opérations contre tous ces emplacements de façon simultanée et les moyens militaires limités de l’Onuci, je vous serais reconnaissant de bien vouloir autoriser, de façon urgente, la force « Licorne », qui est mandatée par le Conseil de sécurité pour appuyer l’Onuci, à exécuter ces opérations conjointement avec l’Onuci. »

« Les hélicoptères des forces françaises visent des armes lourdes et des détachements de blindés utilisés contre la population civile », expliquait donc lundi l’état-major des armées à Paris, en réponse à la demande de l’ONU : des armes qui ont été utilisées ainsi ou pourraient l’être, mais qui dans l’immédiat sont bien des armes d’un belligérant contre un autre. Les frappes lancées par les troupes françaises et celles de l’ONU « visaient à protéger les civils et non à s’attaquer au président sortant Laurent Gbagbo », assurait le secrétaire général des Nations unies : certes, mais – comme dans le cas libyen – l’objectif final non-dit était bien de se débarrasser, d’une manière ou d’une autre, du fauteur de trouble du moment... ce qui semble avoir été fait.

Les Européens et les Américains s’en sont lavé les mains. Le président américain Barack Obama a simplement exhorté à nouveau lundi le président ivoirien sortant à respecter la volonté de ses compatriotes, et à « cesser de revendiquer la présidence ». Et Catherine Ashton s’est contentée, au nom de l’Union européenne, de répéter son message consensuel, mais qui n’implique aucune modalité pratique : « Alassane Ouattara est le président démocratiquement élu de la Côte d’Ivoire et Laurent Gbagbo (doit donc) se retirer immédiatement et se livrer aux autorités légales. La mission des Nations unies en Côte d’Ivoire doit pouvoir pleinement exercer son mandat de protéger la population civile. »

Des Européens tentés – comme le souligne notre confrère du site Bruxelles2 – de laisser la France se débrouiller, pour le meilleur ou pour le pire : elle a des relations historiques et encore des intérêts en Côte d’Ivoire, et connaît mieux le terrain. Les armées de ces pays sont occupées en Afghanistan, voire en Irak, et certaines en Libye : elles sont donc à la limite de leurs capacités. Certaines ont en outre des limites constitutionnelles à leur engagement sur le terrain : Allemagne, Autriche, Irlande. Et toutes doivent compter avec des restrictions budgétaires …

Danger d’instabilité

Quelques questions en suspens, parmi beaucoup d’autres :

— par qui sont pilotés ces hélicoptères armés de l’ONU [3] et quel est leur statut : sont-ils des « casques bleus » dépendants d’un pays, ou des sortes de mercenaires, l’ONU ayant pris le tournant de la « privatisation » de sa propre armée ?
— comment les « forces nouvelles » des ex-rebelles du nord ont-elles pu se reconstituer aussi vite et bien, au point de faire figure – sous le nom de Forces républicaines – d’une véritable armée-bis, avec équipement, encadrement, etc. ?
— comment Laurent Gbagbo, malgré quatre mois de sanctions économiques et autres, a-t-il fait pour fidéliser auprès de lui, jusqu’au bout, certaines unités d’élite de son armée ?

Et des interrogations majeures :

— comment la Côte d’Ivoire, où la légitimité est imposée à coups de canon (tout comme la « liberté » en Libye l’est en ce moment par le truchement des chasseurs de l’OTAN), va-t-elle pouvoir se relever ?
— l’arrivée au pouvoir de Ouattara, au surplus dans ces conditions dramatiques, marque-t-elle un basculement géopolitique, avec une Côte d’Ivoire plus nordiste et musulmane, ou la coupure entre les deux Cote d’Ivoire va-t-elle rester sensible, malgré le règlement du contentieux politique ?
— faut-il craindre, comme prix de ce rétablissement nécessaire d’une légalité internationale bafouée, le retour à une instabilité de fait, qui achèverait de mettre la Côte d’Ivoire à genoux, et ne serait pas sans conséquences sur toute cette fragile région ouest-africaine (Liberia, Guinée, Burkina) ?

Notes

[1] Ce dernier titre est du quotidien Libération du 5 avril 2011.

[2] Les chefs militaires sont de grands poètes, férus de culture gréco-latine, amateurs de sciences héraldiques, etc. Ainsi ont-ils choisi, pour leur contingent en Côte d’Ivoire, cette licorne, animal légendaire : un cheval à corne frontale, pattes d’antilope, queue de lion, barbe de chèvre…

[3] Les pilotes seraient ukrainiens.

Olivier MONTULET

Mardi 5 avril 2011


5-3 K. Habib/M. Saadoune : Paris enferré : Dérives françaises.

Quand les Français se rendront compte que l’activisme agité de leur président aura contribué à générer les impasses dans lesquelles vont se retrouver la Côte d’Ivoire et la Libye, alors le retour de manivelle n’en sera que plus brutal.

par Kharroubi Habib

Laurent Gbagbo, le président ivoirien sortant, est fini. Son départ au moment où nous écrivons est question d’heures. Il en sera de même à plus ou moins longue échéance pour le leader libyen Muammar El-Kadhafi. Ces deux aboutissements vont faire pousser des « cocoricos » pleins de suffisance à la France sarkozyenne. Sauf qu’elle risque de vite déchanter au vu de ce qui va se passer en Côte d’Ivoire et en Libye après les chutes de Gbagbo et de Kadhafi. Dans les deux cas, la France a mis les doigts dans un engrenage dont elle sera incapable de se dépêtrer et dont les développements n’augurent rien de bon pour ses intérêts nationaux dans ces deux pays et même ailleurs.

Il n’y a pas que la France comme acteur étranger impliqué dans les crises ivoirienne et libyenne. Il se trouve néanmoins que Paris y joue, pour différentes raisons, un rôle moteur qui ne lui vaut pas qu’approbation et satisfecit. Les départs de Gbagbo et de Kadhafi ne signifieront nullement la fin des crises que vivent la Côte d’Ivoire et la Libye. Ces crises se sont muées en guerres civiles qui ne cesseront pas dès l’éviction de ces deux hommes d’État qui en furent à l’origine. Leurs partisans dénoncent, à tort ou à raison, la France d’avoir outrepassé les mandats onusiens qui ont rendu possible sa participation aux interventions internationales destinées à chasser leurs « héros » nationaux respectifs et sous couvert desquelles elle a en fait appliqué ses propres plans.

En Libye et en Côte d’Ivoire, il est vite apparu effectivement que Paris s’est fixé d’autres objectifs que celui de faire respecter les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU afférents à ces deux pays. Ni l’Élysée ni le Quai d’Orsay n’en conviennent évidemment : Paris se prétend respectueux de la légalité internationale incarnée par l’ONU. Mais dans les deux cas, en Côte d’Ivoire et en Libye, c’est sa diplomatie qui a fortement contribué à rendre impossible une solution pacifique négociée de leur crise nationale et fait le forcing pour la confrontation militaire avec les régimes de Gbagbo et de Kadhafi.

Pour les camps tant en Côte d’Ivoire qu’en Libye, qui estiment être victimes d’une ingérence étrangère injustifiée, c’est la France qui la symbolise à leurs yeux. Outre qu’ils ne vont pas désarmer malgré leur défaite, ils feront de la France et de ses intérêts la cible de leur combat. Il apparaîtra alors rapidement que Nicolas Sarkozy a endossé pour son pays un rôle qui aura des répercussions négatives sur sa politique africaine et arabe.

Dans l’immédiat, il a peut-être engrangé un petit bénéfice en faisant grimper de quelques points sa cote de popularité dans l’Hexagone. Mais quand les Français se rendront compte que l’activisme agité de leur président aura contribué à générer les impasses dans lesquelles vont se retrouver la Côte d’Ivoire et la Libye, alors le retour de manivelle n’en sera que plus brutal.

En faisant prendre à la France une position en flèche dans les deux crises, Nicolas Sarkozy et ses diplomates ont cru que cela lui permettra d’être influente dans la Libye post-Kadhafi et de conserver celle prépondérante qu’elle a en Côte d’Ivoire. Un calcul de courte vue qui n’a pas tenu compte des rancoeurs et des haines que l’agitation française suscite et pas seulement dans ces deux pays.

Plus qu’un État ayant apporté sa contribution à la réalisation de décisions émanant du consensus onusien, la France sarkozyenne est perçue comme un pays qui n’a pas renoncé à jouer à la grande puissance capable d’imposer ses volontés. Quitte à renouer avec son passé colonial et ses pratiques contraires aux droits des peuples et de l’homme.

K. Habib/M. Saadoune
Le Quotidien d’Oran

6 avril

 


5-4 A. Mbog Pibasso: La France en ses terres conquises d’Afrique

Bien qu’on ait voulu tronquer l’Histoire, la réalité s’est imposée à tous, puisqu’on a fini par admettre que l’Afrique, à travers ses combattants au nom peu respectable de « tirailleurs », a énormément contribué à la libération de la France alors que « l’ex-métropole » venait d’être annexée par les troupes allemandes en plein XXè siècle.

Sans réserve, les Africains se donnèrent à fond au combat, des milliers d’entre eux périrent tandis que les survivants allaient se contenter d’une maigre pension, comparée aux « vrais Français ». Pourtant, cette même France, des décennies plus tôt, posa ses valises en Afrique non en amie - évidemment -, mais plutôt en impérialiste résolue. Le colon venu de très loin de la Gaule, imposait sa loi aux peuples « indigènes » d’Afrique au terme de pires massacres, puis, s’est efforcé de « civiliser » les Africains qu’on traita longtemps de cannibales et de sauvages. Ah, pauvre Afrique.

 

Une période « civilisatrice » qui a débouché il y a un demi-siècle, à l’indépendance – factice – de la plupart des colonies françaises d’Afrique et des pays considérés comme tel – cas du Cameroun -, avant que la France, de manière peu ou prou déguisée, n’installe un encombrant tutorat dans les ex territoires alors sous son administration. Une politique que d’aucuns ont appelée le néo-colonialisme et dont le terme générique essentiellement ambigüe « Françafrique », - ironie du sort car ayant entre autres pour auteurs l’ancien président ivoirien Félix Houphouët Boigny - résume à lui seul la complexité et le flou qui ont toujours entouré les relations franco-africaines. En réalité, la France a donné l’impression de partir pour mieux s’installer, en comptant notamment sur des dirigeants contrôlables qu’ils a placés ou contribué à placer au pouvoir.

 

L’ambigüe françafrique

Le 11 avril 2011, l’Histoire retiendra que le quatrième président de la République de Côte d’Ivoire, en l’occurrence Laurent Koudou Gbagbo, fut délogé de sa résidence présidentielle d’Abidjan sous les balles, les tirs nourris de roquettes et les obus de l’armée française, aidée par les forces de l’Onu, a priori impartiales et protectrices. Au-delà des tentatives de démenti du gouvernement français tendant à démontrer que le président sortant a été arrêté par les éléments fidèles au président déclaré élu Alassane Dramane Ouattara, le « mal » était déjà fait, car en véritable village planétaire qu’il constitue grâce au développement des technologies de l’information et de la communication, le monde entier était déjà au courant de ce scoop que c’est bel et bien l’armée française à travers ses « forces spéciales » pas moins, qui a pêché ce gros poisson de la politique ivoirienne, alors reclus dans le bunker avec le dernier carré de fidèles, dont son épouse Simone.

 

Au regard des immixtions indénombrables de la France dans les affaires intérieures africaines, on peut quand même se demander pourquoi la « mère patrie » perd-elle tant d’énergie pour démentir une information au demeurant vraie et paradoxalement rendue publique par les médias français ? A se demander si tous ces médias dont on ne doute guère du professionnalisme pour peu qu’ils veuillent bien faire leur boulot se sont tous plantés – comme par enchantement - alors que des dizaines d’envoyés spéciaux et de correspondants permanents déployés sur place depuis quatre mois veillaient au grain dans l’espoir de capter ce qui pourrait être l’image de l’année non seulement en Côte d’Ivoire, mais peut-être en Afrique? En acceptant « d’apporter un appui » à l’armée restée fidèle à Ouattara, avec des chars d’assaut « sans entrer dans la résidence présidentielle », la France n’acceptait-elle pas déjà d’être partie prenante d’une guerre civile « ivoiro-ivoirienne » comme Paris l’a maintes fois réitéré? Son parti pris pour l’un des protagonistes de cette crise post-électorale ne souffrait d’aucune ambigüité. En acceptant ouvertement de « détruire » « l’armement lourd » de Gbagbo, la France savait qu’elle faisait partie intégrante des belligérants qui pourraient interpeler pour rendre compte des exactions et autres tueries sauvages consécutives à ce conflit.

Heureusement que dans cette France manipulatrice, oppressante, démagogue et non respectueuse de la souveraineté des Etats, fussent-ils d’anciennes colonies, il y a des citoyens français qui ont le sens de l’honneur, de l’équité, du bon sens et de la véracité des faits. Au sein même de la classe politique française, indépendamment des chapelles politiques, on reconnaît sans ambages que «ce sont bien des chars français qui sont rentrés dans la résidence». Qui plus est, l’on décrit aux moindres détails que «le général qui a remis son arme en signe de reddition l'a remise à un Français de la force Licorne », cette dernière étant comme on le sait, la force spéciale d’environ deux mille militaires déployés en Côte d’Ivoire pour accompagner le processus démocratique dans ce pays.

L’Onu en guerre.

Sur ses ergots, la vaniteuse France bien installée en terrain conquis, et qui se plaît à distribuer les rôles, n’a pas à se justifier de son intervention armée en Côte d’Ivoire. Encore que l’indépendance qu’elle a octroyée à la Côte d’Ivoire comme aux autres ex-colonies françaises d’Afrique reste et demeure une indépendance factice. Raison pour laquelle les peuples africains doivent comprendre et intégrer que plus que jamais, la lutte pour la totale indépendance de l’Afrique les attend. Cette lutte est imposée à l’Afrique qui doit en prendre conscience et se donner les moyens d’en sortir victorieuse. A contrario, le développement de l’Afrique ne serait qu’une vue de l’esprit. La grande France doit-elle se justifier devant les petits Africains d’une intervention armée qui n’a fait qu’un peu plus d’un millier de morts de « nègres » alors que le secrétaire général de l’Onu, le très obséquieux Ban Ki-moon avait donné un mandat « par écrit » à la France d’intervenir avec tout ce que cela peut suggérer comme un libertinage d’actions, tout au moins, comme l’a expliqué le président français Nicolas Sarkozy ? N’est-ce pas cette même France qui était intervenue en 2002 pour contrer les rebelles devenus « Forces nouvelles » alors que ceux-ci se dirigeaient sur Abidjan ? Et que dire de l’intervention de l’armée française en février 2008 alors que le régime du président Idriss Déby Itno allait céder sous la pression des mouvements rebelles tchadiens ? On pourrait citer des exemples de ce genre d’interventionnisme français à profusion ; nonobstant le discours « révolutionnaire » de Dakar pendant lequel l’actuel président français annonçait bruyamment la mort de la Françafrique. Trois ans plus tard, cette Françafrique est plus que jamais renforcée.

Qu’on se le dise, la France n’aime pas l’Afrique pour ses beaux yeux. La France n’aime même pas l’Afrique et les Africains. La France aime plutôt les richesses d’Afrique : pétrole, minerais, matières premières et toutes les autres richesses qui permettent à la France d’être parmi les économies les plus puissantes du monde. Les autorités françaises et les milieux d’affaires ne s’en cachent que peu d’ailleurs. Le jour où cette Afrique prendra conscience de sa force, le discours des « ministrons » français qui braillent sans cesse contre les Africains qui viennent « noircir » la belle France changera. Et un peu à l’image de la « Dialectique du maître et de l’esclave » dont parlait il y a plus de trois siècles le philosophe Allemand Friedrich Hegel. Juste ce rappel aux Africains : la liberté ne s’octroie pas

A. Mbog Pibasso   

Mercredi, 13 Avril 2011

http://www.lanouvelleexpression.info/projet/chronique/2954.html


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