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20/04/2011

n°14- Journal de Libye - 07-04 au 19-04 - Fin - Des sérieuses divergences sur la conduite de l'intervention militaire en Libye existent.


n°14- Journal de Libye -  07-04 au 19-04   - Fin - Des sérieuses divergences sur la conduite de l'intervention militaire en Libye existent. 


Face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Sa diffusion est un acte de résistance.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources.



Journal de Libye

                                        n°14              07-04 au 19-04                             

C.De broeder & M.Lemaire



Le " Journal de Libye" est  visible  sur les blogs : 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) sur le site de Eva Resis           no-war.over-blog.com

c) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

d) sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse : http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm


Si vous voulez-nous contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire de la lutte pour la libération du territoire.

 

6 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

6-1 Non à l'engrenage militaire ! Arrêt des bombardements, Cessez-le-feu.Oui aux solutions politiques

6-2 Manifestation anti-guerre, aux Etats-Unis . 

6-3 Ikram GHIOUA : La voisine d’El Gueddafi raconte.

7  Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion  

7-1 Comaguer: « Affaires » libyennes.

7-2 Libye, Côte d’Ivoire, Sarkozy : Le « come-back » des neo-cons ?

 




6 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information.

6-1 Non à l'engrenage militaire ! Arrêt des bombardements, Cessez-le-feu.

Oui aux solutions politiques. 

L’évolution de la situation en Libye suscite une très vive inquiétude.

Nous sommes de nouveau face à une grave et dangereuse aventure guerrière.

Nous sommes pleinement solidaires des mouvements populaires en Libye, en Tunisie, en Egypte, dans l'ensemble de la région, pour la démocratie, l'égalité et la justice sociale. C'est un souffle d'espoir extraordinaire pour les peuples du monde entier.

Le peuple libyen est confronté à une répression brutale et meurtrière de la part du régime de Kadhafi. Cependant, ni la « protection des civils », ni la prétention à exporter la démocratie ne peuvent légitimer des bombardements qui font de nombreuses victimes, en particulier civiles.

De plus, la pratique du deux poids, deux mesures qui prévaut dans le traitement des conflits et dans la réponse aux répressions de civils au Maghreb, en Méditerranée et au Proche-Orient, est d’une inégalité flagrante.

Il est urgent maintenant de trouver une voie politique, diplomatique et de maintien de la Paix, susceptible d’apporter une issue durable et juste, et de permettre au peuple libyen le libre choix de son avenir dans le respect de l’intégrité territoriale du pays.

Quelle que soit l’appréciation que nous portons sur la résolution 1973 de l’ONU, nous affirmons que d’autres solutions non-militaires sont possibles et nécessaires.

 

C’est pourquoi nous exigeons dans l'immédiat :

     * l'arrêt des bombardements et le retrait de l'OTAN

     * l'engagement d'initiatives politiques, notamment de la France et de l'Union européenne, pour l’établissement d’un cessez-le-feu multilatéral.

     * la mise en place internationale et régionale d'un strict embargo sur tous les armements, de sanctions notamment financières, et l'engagement de poursuites judiciaires contre les dirigeants du régime de Kadhafi responsables de crimes envers le peuple libyen 

Nous appelons l’opinion publique à multiplier les initiatives et les débats citoyens, pour porter le plus largement possible ces exigences, afin de stopper l’engrenage dangereux vers lequel nous refusons d’être entrainés, et que cesse au plus vite la double peine infligée au peuple libyen.

Paris, le 30 mars 2011 

ACCA - ANECR - Appel des Cent pour la Paix - AFASPA -  AAW France – ARAC – CAAC Comores - Centre quaker international – Collectif des iraniens contre la guerre - COT - DIDF - Droit solidarité - Enjeu-Les Pionniers – EPP - Femmes Egalité – Femmes solidaires - Gauche unitaire - Les Alternatifs - Le Mouvement de la Paix - Ligue internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté – MJCF - MRAP – MIR – PCF - Réseau des acteurs de la culture de la paix de la Seine Saint Denis - Réseau franciscain Gubbio - Union pacifiste


6-2 Manifestation anti-guerre, aux Etats-Unis -. 

Des milliers de militants ont participé à une manifestation, samedi, dans les rues de New York, appelant le gouvernement à retirer les troupes d'Irak, d'Afghanistan et de Libye, et à réorienter les recettes financières, afin d'aider les Américains à retrouver un emploi. Ils ont, également, exprimé leur opposition aux nouvelles guerres lancées par les Etats-Unis, en Libye et dans d'autres pays de la région. Les manifestants ont exprimé, aussi, leur indignation, quant à l'élargissement de la guerre américaine au Pakistan. A ce propos, Sarah Flounders, la Directrice du centre d'Action internationale, a déclaré, dans un entretien avec la radio anglophone iranienne, que le peuple américain souhaitait l'instauration de la liberté de presse et de la démocratie, dans tous les pays de la région, et qu'il s'opposait à ce que les hommes d'Etat américains détruisent la démocratie, dans ces pays. Tout en critiquant les expéditions militaires américaines, elle a indiqué que le motif de l'intervention militaire américaine, en Libye, était de s'emparer du pétrole de ce pays. "Les Etats-Unis entendent dominer la région, pour avancer leurs propres objectifs politiques et militaires", a-t-elle précisé.

12/04 

http://french.irib.ir/info/international/item/112111-manifestation-anti-guerre-aux-etats-unis         


6-3 Ikram GHIOUA : La voisine d’El Gueddafi raconte.  

Croyez-moi que la vie suit son cours normal dans plusieurs régions de la Libye
«On se réunit spontanément autour de la résidence du Colonel pour la protéger des bombardements: c’est notre message à la démocratie des bombes.»
Quelle est la véritable situation qui règne actuellement en Libye soumise à un déluge de feu que «crachent» les forces de l’Otan? Peut-on nous contenter uniquement des images travaillées, relookées et prêtes à la consommation diffusées en boucle par les télévisions étrangères? Ou alors, existe-t-il d’autres points de vue, des réalités autres que celles qui nous parviennent des chaînes de télévisions occidentales particulièrement hostiles au colonel El Gueddafi?
Sana Ali Al Nadjar, une citoyenne libyenne qui habite à un jet de pierre de la résidence d’El Gueddafi, à Tripoli, apporte une autre vision de la situation dans son pays. Dans un témoignage exclusif à L’Expression elle raconte: «Je suis effarée par ce qu’on raconte comme mensonges sur mon pays, croyez-moi que la vie suit son cours normal dans plusieurs régions de la Libye, y compris à Tripoli», cela malgré les bombardements de l’Otan qui choisit la nuit pour mener ses raids.
«Pourquoi ces chaînes qui prétendent être des médias professionnels ne filment-elles pas toutes les vérités sur ce qui se passe réellement sur le terrain?», s’interroge cette Libyenne qui travaille dans le secteur de l’enseignement. Taraudée par ce que colportent les télévisions étrangères sur son pays, Sana Ali se demande: «Pourquoi ces télévisions refusent de diffuser les images horribles de victimes mortes sous les bombes de l’Otan?»
Sana Ali dénonce ainsi la partialité de ces médias étrangers donneurs de leçons d’objectivité. «Pourquoi ignore-t-on la cruauté de la rébellion quand elle s’amuse à mutiler des corps de policiers? Comment peut-on prétendre être impartial, professionnel et juste?» s’indigne-t-elle. Ce sont autant de questions qui dérangent cette Libyenne âgée de 30 ans. Pour elle, le choix des Libyens est fait malgré cette guerre militaro-médiatique contre son pays. «La majorité des Libyens soutiennent El Gueddafi et nous sommes prêts à mourir pour lui.» «Vous voulez des preuves?» questionne-t-elle.
Elle pousse un long soupir et ajoute: «Vous savez ce qui se passe la nuit à Tripoli? Toute la population se réunit spontanément autour de la résidence du colonel El Gueddafi pour empêcher les forces aériennes de l’Otan de la prendre pour cible, c’est notre message à la démocratie des bombes.» Sur la question des opérations militaires menées par les forces d’El Gueddafi, notre témoin souligne que «certains raisonnements sont franchement absurdes. Quand quelqu’un vient pour vous tuer, vous faites quoi? Vous vous défendez, n’est-ce-pas? C’est exactement ce qui se passe et c’est la logique qui veut ça, il faut se défendre, les forces du colonel interviennent pour nous défendre.» Rejetant dans le fond et dans la forme l’information selon laquelle il y a une crise alimentaire qui sévit en Libye, Sana Ali Al Nadjar affirme avec fierté que les choses essentielles ne manquent pas aux Libyens. «Je vais vous dire mieux, et c’est une réalité, que si on veut la vérifier, on constatera aussitôt l’hypocrisie étrangère. Les cartons qui contiennent logiquement des médicaments, sont pleins de munitions et de missiles qu’on introduit directement vers la région de l’est de la Libye, plus exactement à Benghazi sous prétexte d’aides humanitaires», témoigne-t-elle, ajoutant que les étrangers ont réussi à couper l’est de la Libye de l’Ouest.
Ces vérités ne sont pas révélées au monde, car les médias internationaux se contentent de diffuser des images filmées par téléphone, qu’ils peuvent eux-mêmes monter et sans vérification et ce sont des images transmises pour détourner l’opinion internationale, dans l’objectif de satisfaire les tendances des plus forts, lance notre témoin. «La vérité n’est pas forcement ce qu’on voit, mais ce qu’on vit», a-t-elle déclaré.
Ikram GHIOUA

7/04/2011

 http://www.lexpressiondz.com/article/2/2011-04-17/88385.html



Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

7-1 Comaguer: « Affaires » libyennes.

La guerre de Libye qui semble maintenant s’installer dans la durée a laissé apparaitre de nombreuses divergences au sein d’une coalition à géométrie éminemment variable. Ces divergences dans la stratégie comme dans les objectifs ne font que refléter l’instabilité et la dureté des rapports entre alliés, rapports reflétant une crise économique à laquelle n’échappe aucun d’entre eux.

Cas classique d’exacerbation des contradictions inter-impérialistes qui n’est pas sans rappeler la période ayant précédé l’éclatement de la première guerre mondiale.

 Une des ces contradictions a été mise à jour par un journaliste italien Franco Bechis qui, à la fin du mois de Mars, a publié deux articles comportant d’intéressantes révélations sur les dessous économiques de la politique de la Présidence française vis-à-vis du régime libyen.

La traduction française d’un de ces articles a été publiée par le Réseau Voltaire (1) l’autre publié sur le blog de Franco Bechis (2) (traduction ci-dessous) et constitue un complément indispensable au premier.

Pour commencer qui est Franco Bechis ?

Rédacteur en chef du quotidien Libero, il appartient et se revendique du centre droit.

Dans la conjoncture politique italienne présente il faut comprendre ce positionnement comme celui d’une droite proche à la fois du patronat et du Vatican mais prenant ses distances par rapport à une droite au pouvoir : Berlusconi, Fini, Bossi et consorts divisée, de plus en plus instable et imprévisible et qui ne doit son maintien au pouvoir qu’à l’inconsistance de l’opposition parlementaire. Cette droite qui pense en termes de compétitivité, de parts de marché, dont le langage est celui du Capital est évidemment très consciente de la concurrence entre pays impérialistes.

Qu’elle soit très attentive à la politique extérieure du locataire de l’Elysée et qu’elle jette une lumière crue sur ses échecs n’est donc pas pour surprendre.

 Quand à partir de 2003 le régime libyen est redevenu fréquentable, les pays européens se sont tous rués sur ce marché longtemps fermé pour cause d’embargo. La France a offert en priorité ses produits habituels : avions de chasse (le fameux Rafale toujours à la recherche d’un client étranger) centrales nucléaires et à en croire les communiqués de la Présidence de la République au lendemain de la spectaculaire visite de Kadhafi à Paris en Décembre 2007, les contrats étaient quasiment signés. Il n’en fut rien et Dassault dut se contenter d’une modeste modernisation de quatre anciens Mirage. Des espoirs avaient également entretenus d’un contrat pour la construction d’un métro à Tripoli mais la Deutsche Bahn appuyée par l’ancien chancelier Schröder l’avait finalement emporté. L’Italie très prompte elle aussi à se réconcilier avec son voisin libyen avait eu quelques succès : pétroliers d’ abord puisque l’ENI était devenu le plus important pétrolier étranger en Libye, industriels ensuite puisque la FINMECCANICA avait conclu un accord de partenariat avec le fonds souverain libyen pour mettre à disposition de l’Etat libyen ses compétences et ses productions en aéronautique et en électronique. FINMECCANICA devait en particulier mettre en place la surveillance électronique des frontières Sud de la Libye pour freiner l’immigration.

 

Enfin au point de vue du matériel militaire la Russie avait pris la place de la France pour la fourniture d’avions et d’hélicoptères.

Franco Bechis a donc de bonnes raisons de penser que le locataire de l’Elysée tout à sa colère de voir lui échapper tous ces marchés avait dés le milieu de l’année 2010 décidé d’en finir avec le colonel Kadhafi. Il avait trouvé dans l’entourage du Colonel le traitre qui prendrait sa place et il ne restait plus qu’à trouver le moment propice au renversement du régime. Il arriva avec les soulèvements tunisien et égyptien La mise à la retraite de Ben Ali et Moubarak permettait d’emboucher les trompettes de la « révolution arabe » (expression de circonstance qui a aujourd’hui disparu du vocabulaire médiatique dominant) et de crier « Au suivant » en installant à Benghazi une équipe hétéroclite bricolée dans d’obscures officines et que l’on présenterait comme un gouvernement. Mais il fallait en même temps tout faire pour garder le bénéfice commercial de la paternité de la guerre de Libye et de la position de premier assaillant – à défaut d’être le premier contributeur aux opérations militaires ce qui est impossible vue la disproportion des moyens entre les Etats-Unis et les autres pays.

 

C’est là qu’interviennent les céréaliers français (voir article du réseau Voltaire) très présents dans la préparation du complot de Paris telle qu’elle est relatée par Franco Bechis. En effet comme l’Egypte et les autres pays du Maghreb la Libye est un fort importateur de blé et les céréaliers français en étaient les premiers fournisseurs, les céréaliers des Etats-Unis très puissants sur le marché mondial, se « contentant » de monopoliser l’énorme marché du blé égyptien, le premier du monde. Impliquer les céréaliers français dans la préparation du coup d’Etat c’était s’assurer que le nouveau régime libyen ne changerait pas de fournisseur après son installation. Pour les « Rafale » on verrait …. l’expérience ayant montré que les Etats-Unis avaient jusqu’à présent réussi à empêcher la moindre exportation de cet avion (et ayant par contre accepté qu’il soit adapté pour apponter sur les porte-avions US en cas d’indisponibilité du Charles de Gaulle).

Le déroulement de la guerre de Libye laisse penser que la Perrette Elyséenne risque fort de renverser son pot au lait et ses « amis » coalisés attendent ce moment avec jubilation car tous font déjà la balance comptable prévisionnelle des dépenses certaines de la guerre et des futures recettes éventuelles pour la reconstruction du pays et ont certainement sélectionné d’autres remplaçants de Kadhafi que celui présélectionné par Paris, l’ex chef du protocole Mesnari, « réfugié » à Paris à l’Hôtel Concorde Lafayette.

COMAGUER 

(1) http://www.voltairenet.org/auteur125277.html l’autre publié sur le blog de Franco Bechis 

(2) hhttp://fbechis.blogspot.com/2011/03/ma-quale-gheddafi-sarko-ha-dichiarato.html traduction ci-dessous

12 avril 2011

http://www.legrandsoir.info/Affaires-libyennes.html


7-2 Libye, Côte d’Ivoire, Sarkozy : Le « come-back » des neo-cons ?

Les arbres, encore une fois, servent à cacher des forêts. Qui pourra, de bonne foi, ignorer la nature non seulement tyrannique mais même criminelle du régime du Colonel Kadhafi ? Le massacre, en une seule journée, des 1200 détenus dont parle Baudouin Loos dans sa carte blanche de ce 31.03, celles des attentats terroristes contre des passagers innocents de l’aviation civile, les cas des infirmières bulgares et bien d’autres suffisent largement à nous donner le profil de ce tyran, victime, probablement, de perturbations mentales. Mais la question n’est pas là.

La question est que des indices graves semblent indiquer que l’on utilise, plus exactement, que l’on ‘rétroactive’ ce CV, pour justifier de toutes pièces une intervention qui a très peu à voir avec les massacres contre des opposants désarmés et d’autres motivations ‘humanitaires’. L’espace de cette chronique m’oblige à ne mentionner, à ce propos, que l’article de Natalie Nougayrède au journal Le Monde du 11.03 disant que « les carnages provoqués par des bombardements aériens n’ont pas, à ce jour, été vérifiés » et aux informations des services de renseignement russes selon lesquels aucun bombardement de populations civiles par l’aviation de Kadhafi n’avait pu être vérifié. Comment par ailleurs expliquer que, dans un monde où le plus petit coin d’une ruelle est sous l’œil des satellites, les services occidentaux, toujours si prêts à susciter nos compassions par une profusion d’images n’en ont produit aucune montrant ces méchants bombardements kadhafistes contre des populations civiles ?

Quant aux motivations humanitaires, toujours aussi compassionnelles, comment ne pas être ébranlé par la révélation du même quotidien français lorsque sa correspondante, Nathalie Guibert nous informe que « les forces interventionnistes ne touchent pas la marine libyenne parce qu’elle sera utile pour faire barrage aux immigrés dans le ‘post-kadhafi’ »  ? (Le Monde, 31.03). Pour ce qui est des opposants désarmés, le doute s’impose lorsqu’on apprend que le 18 mars un avion de chasse abattu à Benghazi et que l’on croyait du dictateur appartenait en réalité aux insurgés. Et que des médias si peu suspects de kadhafisme comme The Telegraph, The Wall Street Journal ou la BBC informaient, des semaines avant la décision du Conseil de sécurité des Nations Unies, que des commandos armées occidentaux se trouvaient déjà en territoire libyen. Plus près de nous, le ‘Canard Enchaîné’, dans un article titré « Fournitures gratuites aux insurgés libyens », informait le 9 mars, (soit 9 jours avant la résolution du Conseil de sécurité autorisant l’usage de la force) que des opérations militaires franco-anglo-américaines se déroulaient déjà sur le terrain. Ce journal récidive trois jours plus tard, en nous apprenant que la DGSE — le service de renseignement et d’action extérieur français — « aurait livré discrètement à Benghazi, dès la mi-mars, quelques canons de 105 mm et des batteries antiaériennes mobiles ».

Comme si toute cette démonstration d’aventurisme de tout genre était insuffisante, voilà que le couple Sarkozy - Ban-ki Moon se lance dans une opération encore plus douteuse dans le contexte des élections en Côte d’Ivoire. Avec un empressement digne des meilleures causes, le second ordonne à son représentant sur place de valider l’élection du candidat Ouattara, ami personnel du premier. C’est ainsi que, dûment entouré par les ambassadeurs de France et des Etats-Unis, ce fonctionnaire décide que Ouattara est le vainqueur malgré de très lourdes et sérieuses contestations. Le Français Alberto Bourgi, professeur du droit public et africaniste reconnu, s’étonnait à la radio française ce vendredi 01.04 de cette curieuse célérité.

Sauf que ce sont toujours des arbres pour cacher la forêt. Encore une fois, le problème semble un peu moins altruiste que le droit humanitaire ou le sacro-saint principe du respect des urnes qui tirent les ficelles de la gestion du dossier ivoirien. Il se fait que le Président Gbagbo avait osé envisager de ne pas limiter aux seuls capitaux occidentaux les perspectives d’investissement dans son pays, mais les ouvrir aussi aux Chinois et aux Indiens. Pire encore, il avait des plans pour faire de la commercialisation du cacao, jusqu’alors dans les mains d’une grosse multinationale, un service public contrôlé par l’Etat, avec la participation des petits producteurs organisés en coopératives. Projets fort gênants parce qu’il se fait qu’un des patrons de cette multinationale, la ‘Armajaro Trading Inc’, Loïc Folleroux, est le propre beau-fils de Ouattara, lequel, en spéculateur habile, venait d’acheter un mois avant les élections 240.000 tonnes de cacao en anticipant une envolée de son cours. Suprême irrévérence, le président Gbagbo se proposait de constituer un système financier essentiellement axé sur une banque publique contrôle par l’Etat. Projet quelque peu détonnant si l’on considère que son rival Ouattara était l’ancien patron du département Afrique du FMI.

Triste scénario de bien douteuse morale. L’Occident se prépare ainsi, au nom des valeurs humanitaires et de liberté qui sont « les siennes », à sacrer le candidat Ouattara dont la Croix Rouge est occupée à découvrir d’importants chantiers semés par ses troupes dans sa route vers Abidjan. Monsieur Sarkozy joue à l’apprenti sorcier en Côte d’Ivoire, deuxième acte d’une partition qui, après la Libye, viserait l’Iran. Délocalisation aidant, les néo-conservateurs ont déménagé vers l’Elysée ? Tout en cherchant à assurer la réélection du patron, seront-ils en train d’explorer les traits d’une folle sortie de crise ?

http://www.michelcollon.info/Libye-Cote-d-Ivoire-Sarkozy-Le.html

 

 

 

 

 

7-3 Mauro Santayana : Le nouveau « manu militari » des vieux dominateurs coloniaux.

Une nouvelle répartition coloniale du monde

L’Europe et les États-Unis avec leur gesticulation envers la Libye [et la Côte d’Ivoire] essaient de revenir au XIXe Siècle, promouvant une nouvelle répartition coloniale du monde. En réalité, il n’y a jamais eu d’indépendance effective des anciennes colonies. Grâce aux artifices du commerce international et surtout de la circulation des capitaux, la dépendance économique et politique des pays périphériques s’est maintenue.

Durant les vingt dernières années avec la globalisation néolibérale, la domination des pays centraux a progressé. Disraeli, le controversé homme d’Etat britannique, avait raison quand il disait que les colonies ne cessent pas d’être des colonies par le simple fait d’être déclarées indépendantes. Cette domination indirecte ne leur suffit pas : elles veulent revenir au statut colonial ouvert à deux battants. A la perception de signes d’insurrection générale des peuples contre l’oppression de ceux qui leur répondent au pouvoir, elles prennent l’initiative de la répression préventive.

La doctrine de la guerre préventive de Bush demeure en vigueur et est actuellement appliquée par la France et la Grande-Bretagne, par délégation de Washington. Les Étasuniens, bien intentionnés, qui ont voté Obama découvrent qu’ils ne peuvent pas changer le système à travers les processus électoraux. Comme l’avait dénoncé et prévu le grand président républicain Eisenhower – l’un des militaires le plus important du siècle passé - celui qui domine le système c’est le « complexe militaro-industriel », avec sa direction actuellement partagée entre le Pentagone et Wall Street.

Le président Obama ressemble, chaque jour davantage, à Bush. Bien que son objectif final soit le même, il s’applique à parler tranquillement à l’Amérique Latine tandis qu’il excite ses alliés contre la Libye, dans un mouvement de reconquête impériale du nord de l’Afrique. Comme Tony Blair dans le cas de l’Irak, Cameron se dispose à faire le sale travail. Selon l’hebdomadaire allemand Focus, il y avait déjà en Libye des commandos britanniques quelques semaines avant l’officialisation de l’alliance.

Le mouvement pour la re-colonisation émanant d’anciennes métropoles, se développe « pari passu » à coté de la mondialisation. La réalité est totalement différente : pour maintenir les niveaux de confort et de consommation des pays occidentaux il est nécessaire de disposer de toutes les ressources humaines et naturelles de la périphérie.

L’espace asiatique de pillage s’est réduit pendant ce temps grâce à l’augmentation de la population et de la consommation conformément aux schémas occidentaux- et à la croissance de la Chine. Mais encore il y a le gaz et le pétrole de la Caspienne pour lesquels les Etasuniens cherchent à contrôler l’Afghanistan et menacent l’Iran. Maintenir les sources pétrolifères du Moyen-Orient et du Nord de l’Afrique, c’est leur objectif principal – malgré leur discours hypocrite sur l’environnement... La même hypocrisie est mise en évidence quand ils déclarent qu’ils ne veulent pas toucher à Kadhafi : sa résidence a été attaquée avec des missiles par Obama, de la même façon que l’avait fait Reagan en 1986, tuant une fille du dirigeant libyen.

En même temps il leur convient de s’assurer l’approvisionnement de minerais et de denrées alimentaires de l’Amérique Latine et de l’Afrique Noire. Menacés par la pénétration des Chinois sur le continent africain, ils sont disposés à jouer le tout pour le tout, afin de restaurer leur ancienne domination. Et ils ne manquent pas les associés de second rang, les sous-traitants du colonialisme comme sont les Espagnols et les Italiens. Les Espagnols nostalgiques de Carlos V et de Felipe II s’unissent à Obama, à Cameron, à Sarkozy. Il n’ ya pas de différences entre Zapatero et Aznar : les deux sont les mêmes, dans leurs efforts pour reconquérir l’Amérique du Sud. Les Italiens sont moins insistants sachant pertinemment que même si Kadhafi tombe, la Libye ne leur sera pas rendue.
Les néocolonialistes essaient de profiter d’une rébellion sans idées, bien que juste, contre la corruption et le pouvoir dictatorial des pays arabes. Mais il n’est pas sûr qu’ils obtiennent un quelconque succès.

Les Étasuniens créent toujours, stimulent et financent les mouvements d’opposition dans l'intérêt de déstabiliser les gouvernements et les systèmes politiques. Nous nous rappelons ces jours de 1964. Nous pourrions nous rappeler toutes les années précédentes, surtout de la période 1945-1954 quand Vargas, élu président du Brésil, a créé les instruments économiques nécessaires au développement indépendant, avec de grandes entreprises publiques. Après la mort du grand président, Juscelino a réussi à se maintenir grâce à l’option politique savante de mobiliser la nation dans des travaux pour une croissance accélérée.

De manière qu’il ne serait pas surprenant que leurs agents et alliés, des pays musulmans ont stimulé le mouvement qui s’est initié en Tunisie de manière apparemment accidentelle. Les jeunes de ces pays étaient insatisfaits de leur vie. Les opportunités de réalisation professionnelle et personnelle leur manquent. Leur liberté est limitée et leurs rêves se meurent devant une société fermée sur elle- même.

Le 21 mars dernier, le New York Time a publié un article d’un jeune de 24 ans, collaborateur heureux du respectable « Conseil des Relations extérieures de New York », Mattew C. Klein dans lequel il analyse la situation des jeunes étasuniens et montre que la situation de chômage est similaire à celle des jeunes de pays pauvres et de que leurs rêves se trouvent également limités. Il aurait pu aussi avoir mentionné le désenchantement face à un gouvernement peu attentif à la jeunesse de son pays, avec la corruption parlementaire et avec le comportement indécent des grandes corporations qui sont au commande de Wall Street, face au bellicisme de son pays. Le fait qu’il y a une liberté de la presse et des élections régulièrement ne réduit pas l’absolutisme essentiel du système des Etats-Unis. Le peuple vote tous les quatre ans, la presse est libre, le système judiciaire fonctionne, bien que la Cour Suprême ne juge pas toujours avec impartialité. Mais malgré cela la liberté, comme dans d’autres lieux, est un bien de marché. Il est nécessaire de l’acheter.

Les droits de l’homme même s’ils sont proclamés dans des déclarations ronflantes, sont aussi violés aux États-Unis et dans les pays qui leur font allégeance. Il suffit de rappeler ce qu’il se passe à Guantanamo, ce qui a été enregistré à Abu Graib et les conditions dans lesquelles se trouve soumis le soldat étasunien Bradley Manning dans la prison de la Marine des Etats-Unis.

Le prétexte selon lequel l’intervention en Libye se fait au nom des droits de l’homme et de la protection des civils est immoral. Et considérée insensée par les parlementaires britanniques eux mêmes, comme le député Rory Stewart le fait dans un article publié par le Londres Review of Books le 18 de ce mois [mars 2011]. Stewart n’est pas un homme de gauche. Député d’un des réduits traditionnels conservateurs du Nord-ouest de l’Angleterre, celui de Penrith and the Border, le parlementaire montre la connaissance du sujet. Il a fait partie des troupes britanniques en Irak et ensuite il a traversé à pied l’Afghanistan, dans le cadre d’un voyage plus long, de 6 mille kilomètres, depuis la Turquie au Népal qui a duré deux ans.

Bien que conservateur, Stewart considère comme une erreur la participation de son pays dans les croisades anti-islamiques. Il justifie en partie l’intervention en Yougoslavie, au nom de la protection des populations civiles devant les menaces de génocide – mais il n’est pas d’accord avec les autres. Nous reproduisons quelques passages de son article «  Here we go again  » :




En terminant son article le parlementaire est cependant plus pessimiste et revient sur les prétextes des colonisateurs :

Rory Stewart (est né à Hong Kong, de parents anglais, éduqué en Angleterre) confirme ainsi l’objectif d’un nouveau mouvement colonialiste, d’un nouveau « manu militari » des vieux dominateurs. Poursuivis par le manque de pétrole bon marché, ils s’accrochent au passé en cherchant à maintenir leur sécurité et leur orgueil, comme propriétaires du monde.

Mauro Santayana

Traduction de l’espagnol pour El Correo de : Estelle et Carlos Debiasi

Mondialisation.ca, Le 13 avril 2011

El Correo
Cette création par http://www.elcorreo.eu.org est mise à disposition El Correo. Paris, le 12 avril 2011.

 Articles de Mauro Santayana publiés par Mondialisation.ca

Article mis à jour le 17 Avril



Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières,les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

" Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19


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