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20/04/2011

n°14- Journal de Libye - 07-04 au 19-04 - Suite - Des sérieuses divergences sur la conduite de l'intervention militaire en Libye existent.

n°14- Journal de Libye -  07-04 au 19-04   - Suite - Des sérieuses divergences sur la conduite de l'intervention militaire en Libye existent. 


Face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Sa diffusion est un acte de résistance.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources.



Journal de Libye

                                        n°14              07-04 au 19-04                             

C.De broeder & M.Lemaire



Le " Journal de Libye" est  visible  sur les blogs : 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) sur le site de Eva Resis           no-war.over-blog.com

c) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

d) sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse : http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm


Si vous voulez-nous contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire de la lutte pour la libération du territoire.

 

4 Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos

4-1 "Bernard Henri Lévy est allé en Lybie pour rencontrer des...

5 Dossier

5-1 Thierry Meyssan : La Libye et la nouvelle doctrine stratégique US.

5-2 Sadek Belhocine  :  Coalition internationale :  il est impossible d’imaginer que la Libye ait un avenir avec Kadhafi.v

 


Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos

4-1 "Bernard Henri Lévy est allé en Lybie pour rencontrer des...

VIDEO VERGES

http://www.dailymotion.com/video/xhzndv_bernard-henri-levy-est-alle-en-lybie-pour-rencontrer-des-zigotos-qui-etaient-en-pleine-insurrection_news#from=embed&start=11


4-2 Derrière la propagande, se cache un énorme crime contre la Libye.

Ce qui est fait à la Libye est un énorme crime composée d'une guerre agressive pour voler une nation, une campagne de meurtres horribles et une guerre psychologique pour tromper le peuple libyen et les peuples du monde.

Examinons ensemble de plus près ce que fait la propagande et disons au monde ce qui s'est réellement passé en Libye. Voici une chronologie des événements pertinents concernant la guerre contre la Libye, montrant que les mesures prises contre ce pays sont fondées sur rien d'autre que des mensonges.

 2002: Le département d'Etat américain a lancé le programme « MEPI » destiné à soutenir " les efforts de réforme "dans le monde arabe. Il a appuyé un large éventail d'opposants aux gouvernements souhaitant une transition vers la liberté, la démocratie et les droits de l'homme à la manière dont les Etats-Unis les conçoivent . Son but était de construire de plus en plus d'impactes US sur les oppositions contre les régimes soutenus par les USA au cours des années, afin que lorsqu'un pays était prêt, les États-Unis pourraient remplacer une dictature parrainée par les USA par un autre nouveau régime toujours parrainé par les USA. La Libye a été l'un des objectifs de ces programmes.

2003: L'armée américaine a désigné la Libye ainsi que d'autres pays comme "cibles pour un changement de régime par des moyens militaires". Au cours de ces mêmes années, s'est rassemblée autours des États-Unis une coalition de volontaires qui a lancé une guerre d'agression contre l'Irak qui était fondée sur une large propagande flagrante basés sur l'idée que l'Irak possède des armes de destruction massive. Voyant la destruction de l'Irak et la menace contre la Libye, cette dernière a abandonné tous les programmes militaires d'acquisition d'armes de dissuasion efficaces, a versé des millions de dollars aux États-Unis en réparation pour des crimes que la Libye n'a jamais commis, a permis aux entreprises de l'Ouest d'exploiter une partie du pétrole de la richesse de la Libye et a collaboré avec les américains pour tenter d'écraser la "résistance islamique" contre l'impérialisme US dans le monde entier. Ces ouvertures ont aidé les États-Unis à mettre le pied en Libye pour œuvrer au futur changement de régime.

 

2003 -: Bien que les guerres dirigées par les États-Unis en Afghanistan et en Irak ont été un désastre pour les USA, le programme de changements pour le monde arabe a été poursuivi. L'étude des dossiers des services américains ont montré que le gouvernement US a secrètement soutenu les opposants aux gouvernements dans le monde arabe pour les aider à changer leurs gouvernements avec l'appui du gouvernement US. En Libye, les Etats-Unis ont utilisé leur présence limitée pour obtenir des contacts étroits avec des responsables libyens à partir des régions dominées par des tribus traditionnellement opposés au gouvernement à Tripoli comme le ministre de la justice Mustafa Mohammad Abduljalil, qui a affirmé que moins de négociations et plus d'action serait préférables contre le gouvernement libyen.

Mai 2005: Selon Wikipedia le Comité d'Organisation de la Conférence nationale de l'opposition libyenne (NClO) a tenu une série de réunions hebdomadaires pour discuter et élaborer un programme pour une conférence visant à "mettre sur pied des approches pratiques pour le suivi des nombreux efforts déployés par divers groupes politiques et individus libyens dans leur contestation de la soit disant dictature libyenne" de Muammar al-Kadhafi. Jusqu'à récemment Wikipedia savait que le NClO est composé de l'"Union constitutionnelle libyenne", une organisation revancharde basée à Londres dirigé par Muhammad as-Senoussi, un prétendant à la monarchie libyenne parrainé par la Colombie, la soi-disant "Ligue libyenne des droits de l'homme» basée à Genève, le soi-disant congrès libyen Tmazight (berbère) résidant dans une boîte aux lettres en Angleterre, et le NFSL, qui est notoirement connu pour être parrainé par la CIA . Le NClO utilise le drapeau de la monarchie libyenne renversé par la révolution du Fatah dirigé par Muamar Kadhafi. C'est le drapeau de leur organisation que l'on appelle "rebelles" qui est maintenant utilisé.

15 février 2008: l'ambassade américaine à Tripoli a déclaré à Washington , que des hauts fonctionnaires du gouvernement libyen ont affirmé que le contrôle sur la Libye de la part des extrémiste islamistes est peut être surestimée. La plupart des imams zélé ont tendance à prêcher dans de nombreuses petites mosquées rurales de banlieue, qui en fin de compte ressemblent physiquement à des mosquées traditionnelles ailleurs dans le pays, reflétant dans le pseudo secret des loges traditionel Sanussi et sont donc difficiles à être identifiés et surveillés par les forces de sécurité libyennes. Les sermons dans les mosquées de l'Est, en particulier les "khutba du vendredi", sont lancées avec des phrases codées, invitant les fidèles à soutenir le djihad en Irak et ailleurs grâce à leur participation directe ou à travers de contributions financières. Les formulations employées sont souvent assez ambigus pour ne pas être rejetées, dit-il, mais pour les musulmans pieux, ils sont clairement, incendiaires et sans ambiguïté en faveur du djihad. Les références directes et indirectes aux "opérations martyre" n'étaient pas rares.

Août 2010: Les préparatifs états-uniens d'un gouvernement mondial nous a conduit à de vastes changements dans le monde arabe qui était dans une phase finale. Le President des États-Unis Barack Obama délivre sa fameuse "Directive de 11 études", demandant aux agences du gouvernement américain de se préparer à des changements de régime dans le monde arabe. Le lobbyiste US-Israël David Ignatius écrit en Mars 2011: Ce document cité "prouve le mécontentement croissant des citoyens de la région contre le régime" et averti que "la région est entrée dans une période critique de transition."

20 octobre 2010: Ancien loyalistes à Kadhafi, Nouri Massoud El-Mesmari, est partit en exil en France et a persuadé les services secrets français d'utiliser ses contacts pour planifier une opération de changement de régime en Libye.

2 novembre 2010: France et Royaume-Uni se sont engagé à unifier leurs forces armées et ont commencé les exercices militaires "Sud Mistral ", un jeu de guerre qui prévoyait un bombardement français et britannique du sud du pays par les aires et par la Méditerranée en Mars 2011, après un vote de résolution du conseil de l'ONU permettant l'attaque.

17 décembre 2010: Après l'auto-immolation de Mohamed Bouazizi le 17 Décembre, des manifestations en Tunisie sont apparues contre la pauvreté et la corruption du gouvernement et en faveur d'élections libres et pour la liberté d'expression. Pour éviter que les manifestations apparaissent être entraînées par la propagande occidentale, le travail des médias était centré sur la promotion des appels à manifester lancés sur les sites de réseaux sociaux comme Twitter et Facebook. Le gouvernement tunisien a réagi aux manifestants dans un discours TV vide de sens et utilisa la violence des forces de sécurité pour écraser toutes les protestations. Ceux qui ont préparé le terrain pour le travail des médias de l'insurrection tunisienne ont été des activistes des médias sociaux financés et entraînés par les organisations de l'establishment américain comme Freedom House et le Congrès Islamique Américain. Scott Carpenter, homme du régime de GW Bush, membre du programme de changement MEPI, a confirmé publiquement que les États-Unis avaient fait beaucoup de choses afin de préparer l'insurrection en Tunisie et qu'il l'a fait très doucement, presque secrètement.

Janvier 2011: Des conteneurs remplis d'armes, de munitions et d'explosifs et environ 1000 téléphones mobiles Thuraya sont passés en contrebande en Libye par le port de Misrata et distribué à l'aide de "Al-Naseem icecream Factory owned" par le clan familial Raiedha.

13 janvier 2011: Rachid Ammar, chef d'état-major de l'armée tunisienne et qui entretien de bonnes relations avec l'armée américaine, a déclaré qu'il prend parti pour le soulèvement . Comme ses troupes se sont avéré être loyal envers le chef des opérations dans cette situation et que les militaires avaient plus d'hommes et de puissance de feu que la police et les forces de sécurité tunisiennes du présidents, avec la défection de Rachid Ammar l'opération dirigée par un changement de régime US conduit en Tunisie avec succès à évincer le président tunisien de longue date Ben Ali un jour plus tard. Après que Ben Ali ait été évincé, la machine médiatique occidentale a été mise en branle afin de provoquer des soulèvements conduisant à un changement de régime dans d'autres pays cibles du MEPI.

25 janvier 2011: les médias occidentaux et la chaine TV Al-Jazira basée au Qatar, client des États-Unis, a promu avec succès un appel à manifestations massives en Egypte contre la "violente dictature de la police et la corruption du gouvernement dès le 25 Janvier 2011". Le lendemain, les Frères musulmans d'Egypte, se sont lancés et ont appelé leurs membres et amis à soutenir le soulèvement contre le régime de Hosni Moubarak. Les forces de sécurité égyptiennes ont réagi avec une violence brutale contre les manifestants, tuant des centaines d'entre eux, usant de la violence et de propos délibéré sous fausse bannière des forces de sécurité en civil contre la population pour justifier la violence pour écraser les protestations. Le travail des médias de l'insurrection était dirigée par Al-Jazira, représentants du gouvernement de l'Ouest, jusqu'à ce que le président américain Barack Obama a ouvertement et publiquement soutenu le soulèvement.. Ce n'est pas secret qu'ils ont exigé du président Hosni Moubarak de démissionner le 11 février 2011. Puisque les branches de l'armée ainsi que les Forces aériennes sont restées fidèles au président Hosni Moubarak, c'est le général Sami Hafez Enanles des forces militaires fidèles, chef d'état-major des forces armées, qui se trouvait la semaine précédent le début du soulèvement égyptienne aux États-Unis pour des entretiens avec des hauts fonctionnaires US , qui a empêché le soulèvement en Egypte d'être écrasé par les forces de sécurité sur la place Tahrir au Caire. Pour éviter une guerre entre les différentes branches de l'armée, le Conseil militaire égyptien a organisé un coup d'Etat le 11 Février 2011, chassant le président Hosni Moubarak.

15 février 2011: Deux jours avant un soulèvement annoncé sur Facebook, de violentes manifestations à Benghazi ont été vues en face de l'immeuble de sécuté de l'État, en faveur de l'avocat arrêté récemment Fethi Tarbel, qui représente les victimes de 1996 de la la prison d'Abou Salim. Les manifestations ont été dispersées par les forces de sécurité, sans aucune perte en vie humaine, mais faisant environ 38 personnes blessées. Selon un correspondant de France 24 basé à Benghazi, du journal privé Quryna, citant lui-même un certain Abdelkrim Gubaili, directeur d'un hôpital local, la plupart des blessés étaient membres des forces de la sécurité . France 24 a aussi cités des "témoins" anonymes, disant selon France 24 que des rapports "difficiles à confirmer" font état de scène ou  «les responsables de sécurité auraient foncé avec leur voiture dans la foule à grande vitesse." France 24 a également intégré une vidéo Youtube illustrant ses propos: "Les images sur YouTube du mardi matin montre des manifestants rassemblés devant une station de police de Benghazi où la panique balaie la foule et des coups de feu sont entendus. Non confirmé".   Bien que la vidéo n'a pas été confirmée, qu'une bande sonore faisant entendre des coups de feu peut être facilement ajoutée à une vidéo, avec allégation selon laquelle des forces de sécurité ont tiré sur ​​la foule et cela en contradiction avec toutes les informations provenant de sources anonymes, le lien de cette vidéo a été largement répandu dans les médias sociaux, souvent qualifiée de preuve que "les forces de sécurité de Kadhafi" ont tiré sur la foule. Fait intéressant, cette vidéo qui a été présentée comme preuve des soit disant "crimes de Kadhafi" au début de l'insurrection en Libye, a été entre-temps - ainsi que nous en informe Youtube - "supprimée par l'utilisateur". Cette fausse vidéo a été l'un des moyens pour inciter les gens à la violence en Libye pour le soulèvement prévu.

17 février 2011: Date prévue du début du soulèvement en Libye. Comme l'a clairement démontré l'appel anonyme sur une page de Facebook pour "un jour de colère", c'est à dire de violentes protestations, le drapeau de la monarchie a été utilisé en tant que symbole, depuis le début, affichant que cette pseudo révolution ne permettrais pas à la Libye d'acceder à la «prospérité», ainsi que les soit disant "rebelles" le prétendaient, et que l'objectif réel est de renverser le gouvernement libyen par une violente révolution.  Le NClO prend part à l'organisation de l'insurrection. La chaine de télévision Al Jazeera du Qatar, tous les canaux des médias de l'Arabie saoudite et de l'ouest ont rapportés la publication de cette page sur Facebook afin d'en faire le maximum de publicité, Ainsi informé des millions de gens ont pu être tenu au courant du soulèvement prévu. Dans différentes villes de la Libye, d'une centaine à plusieurs milliers de personnes sont sorti pour manifester contre le gouvernement. D'autres ont manifesté en faveur du gouvernement affimontrant leur soutien pour le gouvernement libyen. La propagation de fausses nouvelles par Al-Jazira des appels anonymes sur les atrocités alléguées du gouvernement contre les manifestants anti gouvernement ont chauffé l'ambiance de la foule comme la fausse vidéo des forces du gouvernement tirant sur la foule dès le 15 Février.

L'une des plus puissantes fausses allégations contre le gouvernement a été la rumeur propagée par la meurtrière Al Jazeera, Al Arabia, Press TV et les médias occidentaux selon lesquels le gouvernement a utilisé des "merceneries africains" pour écraser le soulèvement. Quand Human Rights Watch a envoyé tardivement Peter Bouckaert sur place pour parler avec les gens "noirs" arretés par les «rebelles» en tant que mercenaires et enquêter sur la revendication, il n'a trouvé aucune preuve confirmant les allégations des "rebelles", disant que le gouvernement a utilisé des mercenaires. Au lieu de cela, il a découvert que les 156 personnes "Noires" capturées par les «rebelles» et présentées à lui comme "mercenaires noirs", étaient en fait des soldats régulièrs libyens venant du sud de la Libye, région ou la plupart des gens sont noirs.

C'est dans les villes à "foyer djihadiste" dans le nord-est de la Libye, Benghazi, Ajdabiya, Al Beida, Derna et Tobrouk, ou la justification de leurs actions par des allégations de la présence de faux mercenaires noirs a donné des scènes de lynchage précédés par une chasse à l'homme et toute les personnes de couleur "noir" ont été arrêtées, maltraitées et tuées par les moyens les plus atroces avec des couteaux. Comme beaucoup de gens dans le pays riche de Libye ont des téléphones mobiles avec des caméras, une foultitude de personnes a filmé des crimes et les ont publiés sur les sites des médias sociaux comme signe de victoire.

International (LVO) :



5 Dossier

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information.

5-1 Thierry Meyssan : La Libye et la nouvelle doctrine stratégique US.

L’opération militaire alliée en Libye marque un changement stratégique majeur. Washington a renoncé à une guerre d’occupation et a sous-traité à ses alliés les opérations terrestres à venir. Thierry Meyssan décrit le nouveau paradigme stratégique des Etats-Unis : la globalisation forcée est interrompue, l’ère des deux mondes commence.

On dit souvent que les généraux ne voient pas venir les changements et préparent la prochaine guerre comme si elle devait ressembler à la précédente. Il en va de même pour les commentateurs politiques : ils interprètent les nouveaux événements non pour ce qu’ils sont, mais comme s’ils répétaient ceux qui les ont précédés.

Lorsque des mouvements populaires ont renversé Zine el-Abidine Ben Ali en Tunisie et Hosni Moubarak en Égypte, beaucoup ont cru assister à une « révolution du jasmin » [1]et une «  révolution du lotus  » [2], à la manière des révolutions colorées que la CIA et la NED ont organisées à la chaine depuis la disparition de l’URSS. Certains faits semblaient leur donner raison, comme la présence d’agitateurs serbes au Caire ou la diffusion de matériels de propagande [3]. Mais la réalité était toute différente. Ces révoltes étaient populaires et Washington tentait sans succès de les détourner à son profit. En définitive, les Tunisiens et les Égyptiens n’aspiraient pas à l’American Way of Life, mais au contraire à se débarrasser de gouvernements fantoches manipulés par les États-Unis.

Lorsque des troubles sont survenus en Libye, ces mêmes commentateurs ont essayé de récupérer leur retard sur la réalité en nous expliquant que, cette fois-ci, il s’agissait d’un soulèvement populaire contre le dictateur Kadhafi. Ils accompagnaient alors leurs éditoriaux de doux mensonges présentant le colonel comme un éternel ennemi de la démocratie occidentale, oubliant qu’il collaborait activement avec les États-Unis depuis huit ans [4].

Pourtant, à y regarder de plus près, ce qui se passe en Libye est d’abord la résurgence de l’antagonisme historique entre la Cyrénaïque d’un côté, la Tripolitaine et le Fezzan de l’autre. Ce n’est que secondairement que ce conflit a pris une coloration politique, l’insurrection s’identifiant avec les monarchistes, bientôt rejoints par toutes sortes de groupes d’opposition (nassériens, khomeinyistes, communistes, islamistes etc…). En définitive. À aucun moment l’insurrection ne s’est étendue à l’ensemble du pays.

Toute voix qui dénonce la fabrication et l’instrumentation de ce conflit par un cartel colonial rencontre des protestations. L’opinion majoritaire admet que l’intervention militaire étrangère permet au peuple libyen de se libérer de son tyran, et que les bavures de la coalition ne peuvent être pires que les crimes de ce génocidaire.
Or, l’Histoire a déjà démontré la fausseté de ce raisonnement. Par exemple, nombre d’Irakiens opposés à Saddam Hussein et qui ont accueilli en sauveurs les troupes occidentales disent, huit ans et un million de morts plus tard, que la vie était meilleure dans leur pays du temps du despote.

Surtout, ce jugement se fonde sur une série de convictions erronées :

 Contrairement à ce qu’affirme la propagande occidentale et à ce que semble créditer la proximité chronologique et géographique avec la Tunisie et l’Égypte, le peuple libyen ne s’est pas soulevé contre le régime de Kadhafi. Celui-ci dispose encore de légitimité populaire en Tripolitaine et au Fezzan ; régions où le colonel a fait distribuer des armes à la population pour résister à l’avance des insurgés de Cyrénaïque et des puissances étrangères.

 Contrairement à ce qu’affirme la propagande occidentale et à ce que semblent accréditer des déclarations furieuses du « frère Guide » lui-même, Kadhafi n’a jamais bombardé sa population civile. Il a fait usage de la force militaire contre des putschistes sans prendre garde aux conséquences pour la population civile. Cette distinction n’a pas d’importance pour les victimes, mais en droit international elle sépare les crimes de guerre des crimes contre l’humanité.

 Enfin, contrairement à ce qu’affirme la propagande occidentale et au romantisme révolutionnaire d’opérette de Bernard Henry Lévy, la révolte de Cyrénaïque n’a rien de spontanée. Elle a été préparée par la DGSE, le MI6 et la CIA. Pour constituer le Conseil national de transition, les Français se sont appuyés sur les renseignements et les contacts de Massoud El-Mesmari, l’ex-compagnon et confident de Kadhafi qui a fait défection en novembre 2010 et a reçu asile à Paris [5]. Pour rétablir la monarchie, les Britanniques ont réactivé les réseaux du prince Mohammed el-Senoussi, prétendant au trône du Royaume-Uni de Lybie, actuellement réfugié à Londres, et ont distribué partout le drapeau rouge-noir-vert au croissant et à l’étoile [6]. Les États-uniens ont pris le contrôle économique et militaire en rapatriant de Washington des Libyens en exil pour occuper les principaux ministères et l’état-major du Conseil national de transition.

Au demeurant, ce débat sur la pertinence de l’intervention internationale est l’arbre qui cache la forêt. Si nous prenons un peu de recul, nous nous rendons compte que la stratégie des grandes puissances occidentales a changé. Certes, elles continuent à user et à abuser de la rhétorique de la prévention du génocide et du devoir d’intervention humanitaire des grands frères, voire du soutien fraternel aux peuples en lutte pour leur liberté pourvu qu’ils ouvrent leurs marchés, mais leurs actes sont différents.

La « doctrine Obama »

Dans son discours à la National Defense University, le président Obama a défini plusieurs aspects de sa doctrine stratégique en soulignant ce qui la distinguait de celles de ses prédécesseurs, Bill Clinton et George W. Bush [7].

Il a d’abord déclaré : « En un mois seulement, les États-Unis ont réussi, avec leurs partenaires internationaux, à mobiliser une vaste coalition, à obtenir un mandat international de protection des civils, à stopper l’avance d’une armée, à éviter un massacre et à établir, avec leurs alliés et partenaires, une zone d’exclusion aérienne. Pour bien mettre en perspective la rapidité de notre réaction militaire et diplomatique, rappelons que dans les années 1990, lorsque des populations se faisaient brutaliser en Bosnie, il a fallu plus d’un an à la communauté internationale pour intervenir avec des moyens aériens afin de protéger ces civils. Il nous a fallu cette fois seulement 31 jours. »

Cette rapidité contraste avec la période de Bill Clinton. Elle s’explique de deux manières.
D’une part les États-Unis de 2011 ont un projet cohérent —nous allons voire lequel—, alors que dans les années 90, ils hésitaient entre profiter de la disparition de l’URSS pour s’enrichir commercialement ou pour édifier un empire sans rival.
D’autre part, la politique de la « réinitialisation » (reset) de l’administration Obama, visant à substituer la négociation à l’affrontement, a porté partiellement ses fruits avec la Russie. Bien que celle-ci soit une des grandes perdantes économiques de la guerre de Libye, elle en a accepté le principe — même si les nationalistes Vladimir Poutine [
8]ou Vladimir Chamov [9] en ont des aigreurs d’estomac—.

Puis, dans le même discours du 28 mars 2011, Obama a poursuivi : « Notre alliance la plus efficace, l’OTAN, a pris le commandement de l’application de l’embargo sur les armes et de la zone d’exclusion aérienne. Hier soir, l’OTAN a décidé de prendre la responsabilité supplémentaire de la protection des civils libyens. (…) Les États-Unis joueront (…) un rôle d’appui - notamment au niveau du renseignement, du soutien logistique, de l’assistance à la recherche et au sauvetage, et du brouillage des communications du régime. Du fait de cette transition vers une coalition plus vaste, fondée sur l’OTAN, les risques et les coûts de ces opérations - pour nos soldats et nos contribuables - se trouveront considérablement réduits. »

Après avoir mis la France en avant et avoir feint de traîner les pieds, Washington a admis avoir « coordonné  » toutes les opérations militaires depuis le début. Mais ce fut pour annoncer immédiatement le transfert de cette responsabilité à l’OTAN.
En termes de communication intérieure, on comprend bien que le Prix Nobel de la paix Barack Obama ne souhaitait pas donner l’image d’un président entrainant son pays dans une troisième guerre en terre d’islam après l’Afghanistan et l’Irak. Néanmoins cette question de relations publiques ne doit pas faire oublier l’essentiel : Washington ne veut plus être le gendarme de la planète, mais entend exercer un leadership sur les grandes puissances, intervenir au nom de leur intérêt collectif et en mutualisant les coûts. Dans cette perspective, l’OTAN est appelée à devenir la structure de coordination militaire par excellence, à laquelle la Russie, voire plus tard la Chine, devraient être associées.

Enfin, le président Obama a conclu à la National Defense University : «  Il y aura des occasions où notre sécurité ne sera pas directement menacée mais où nos intérêts et nos valeurs le seront. L’histoire nous met face à face parfois avec des défis qui menacent notre humanité et notre sécurité communes - intervenir dans le cas de catastrophes naturelles, par exemple ; ou prévenir un génocide et préserver la paix ; assurer la sécurité régionale et maintenir le flot du commerce. Ce ne sont peut-être pas des problèmes uniquement américains mais ils nous sont importants. Ce sont des problèmes qui méritent d’être résolus. Et dans ces circonstances, nous savons que les États-Unis, en tant que nation la plus puissante du monde, seront souvent appelés à apporter leur aide  ».

Barack Obama rompt avec le discours enflammé de George W. Bush qui prétendait étendre au monde entier l’American Way of Life par la force des baïonnettes. S’il admet déployer des moyens militaires pour des causes humanitaires ou des opérations de maintien de la paix, il n’envisage la guerre que pour « assurer la sécurité régionale et maintenir le flot du commerce ».

Ceci mérite une explication approfondie.

Le changement stratégique

Par convention ou par commodité, les historiens appellent chaque doctrine stratégique du nom du président qui la met en œuvre. En réalité, la doctrine stratégique est aujourd’hui élaborée au Pentagone et non plus à la Maison-Blanche. Le changement fondamental n’a pas eu lieu avec l’entrée de Barack Obama dans le Bureau ovale (janvier 2009), mais avec celle de Robert Gates au Pentagone (décembre 2006). Les deux dernières années de la présidence Bush ne ressortent donc pas de la « doctrine Bush », mais préfigurent la « doctrine Obama ». Et c’est parce qu’il vient de triompher que Robert Gates envisage de se retirer avec la fierté du travail accompli [10].

Pour me faire mieux comprendre, je distinguerai donc une « doctrine Rumsfeld  » et une « doctrine Gates ».
Dans la première, l’objectif est de changer les régimes politiques, un à un, partout dans le monde, jusqu’à ce qu’ils soient tous compatibles avec celui des États-Unis. Ce qui est appelé « démocratie de marché  » étant en réalité un système oligarchique dans lequel de pseudos-citoyens sont protégés de l’arbitraire de l’État et peuvent choisir leurs gouvernants à défaut de pouvoir choisir leurs politiques.
Cet objectif a conduit à l’organisation de révolutions colorées comme à l’occupation de l’Afghanistan et de l’Irak.

Or, indique Barack Obama dans le même discours : « Grâce aux sacrifices extraordinaires de nos troupes et la détermination de nos diplomates, nous sommes pleins d’espoir quant à l’avenir de l’Irak. Mais le changement de régime a pris huit ans, a coûté des milliers de vies américaines et irakiennes et près de mille milliards de dollars. Nous ne pouvons nous permettre que cela se reproduise en Libye. »

Bref, cet objectif d’une Pax Americana, qui à la fois protégerait et dominerait tous les peuples de la terre, est économiquement irréalisable. De même d’ailleurs que l’idéal de convertir l’humanité entière à l’American Way of Life

Une autre vision impériale, plus réaliste, s’est progressivement imposée au Pentagone. Elle a été vulgarisée, par Thomas P. M. Barnett dans son ouvrage The Pentagon’s New Map. War and Peace in the Twenty-First Century (La Nouvelle carte du Pentagone. Guerre et paix au XXIe siècle).

Le monde futur serait divisé en deux. D’un côté le centre stable, constitué autour des États-Unis par des pays développés et plus ou moins démocratiques. De l’autre une périphérie, livrée à elle même, en proie au sous-développement et à la violence. Le rôle du Pentagone serait alors de garantir l’accès du monde civilisé qui en a besoin aux richesses naturelles de la périphérie qui ne sait pas s’en servir.

Cette vision suppose que les États-Unis en soient plus en compétition avec les autres États développés, mais deviennent leur leader de sécurité. Cela paraît posible avec la Russie, dans la mesure où le président Dmitry Medvedev a ouvert la voie à une collaboration avec l’OTAN lors du défilé commémoratif de la fin de la Seconde Guerre mondiale, puis lors du sommet de Lisbonne. Ce sera peut-être plus compliqué avec la Chine dont la nouvelle équipe dirigeante semble plus nationaliste que la précédente.

La division du monde en deux zones, stable et chaotique, où la seconde n’est que le réservoir de richesses naturelles de la première, pose évidemment la question des délimitations. Dans l’ouvrage de Barnett (2004), les Balkans, l’Asie centrale, presque toute l’Afrique, les Andes et l’Amérique centrale sont rejetées dans les ténèbres. Trois États membres du G20 —dont un est également membre de l’OTAN— sont voués au chaos : la Turquie, l’Arabie saoudite et l’Indonésie. Cette carte n’est pas figée et des repêchages restent possibles. Ainsi, l’Arabie saoudite est en train de gagner ses galons en écrasant dans le sang la révolte à Bahreïn.

Puisqu’il n’est plus question d’occuper de pays, mais uniquement de tenir des zones d’exploitation et de procéder à des raids lorsque c’est nécessaire, le Pentagone se doit d’étendre à toute la périphérie le processus de fragmentation, de « remodelage  », amorcé au « Proche-Orient élargi » (Greater Middle-East). Le but de la guerre n’est plus l’exploitation directe d’un territoire, mais la déstructuration de toute possibilité de résistance. Le Pentagone se concentre sur le contrôle des voies maritimes et les opérations aériennes pour sous-traiter autant que possible les opérations terrestres à ses alliés. C’est ce phénomène qui vient de débuter en Afrique avec la partition du Soudan et les guerres de Libye et de Côte d’Ivoire.

Si, au regard du discours démocratique, le renversement du régime de Mouammar Kadhafi serait un objectif gratifiant, il n’est ni nécessaire, ni souhaitable du point de vue du Pentagone. Dans la « doctrine Gates », mieux vaut le maintien d’un Kadhafi hystérique et humilié dans un réduit tripolitain qu’une Grande Libye capable un jour de résister à nouveau à l’impérialisme.

Bien sûr cette nouvelle vision stratégique n’ira pas sans mal. Il y aura ces flux de migrants, toujours plus nombreux, fuyant l’enfer de la périphérie pour accéder au paradis du centre. Et il y aura ces incorrigibles humanistes pour penser que le paradis des uns ne doit pas s’édifier sur l’enfer des autres.

C’est ce projet qui est en jeu en Libye et c’est par rapport à lui que chacun doit se déterminer.

[1] « Washington face à la colère du peuple tunisien », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 23 janvier 2011.

[2] « L’Égypte au bord du sang », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 31 janvier 2011.

[3] « Le manuel états-unien pour une révolution colorée en Égypte », Réseau Voltaire, 1er mars 2011.

[4] « Mon album de famille, par Mouammar Kadhafi » (pastiche), Réseau Voltaire, 25 mars 2011.

[5] « La France préparait depuis novembre le renversement de Kadhafi », par Franco Bechis, Réseau Voltaire, 24 mars 2011.

[6] « Quand flottent sur les places libyennes les drapeaux du roi Idris », par Manlio Dinucci, Réseau Voltaire, 1er mars 2011.

[7] « Allocution à la Nation sur la Libye », par Barack Obama, Réseau Voltaire, 28 mars 2011.

[8] « Remarks on the situation in Libya », par Vladimir V. Putin, Voltaire Network, 21 mars 2011.

[9] « L’ambassadeur Chamov accuse Medvedev de trahison en Libye », Réseau Voltaire, 26 mars 2011.

[10] « Robert Gates sur le départ », Réseau Voltaire, 7 avril 2011.

Source Komsomolskaïa Pravda (Fédération de Russie)

Source : Réseau Voltaire

Thierry Meyssan

 Analyste politique français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Il publie chaque semaine des chroniques de politique étrangère dans la presse arabe et russe. Dernier ouvrage publié : L’Effroyable imposture 2, éd. JP Bertand (2007).

 

13 avril 2011
http://www.voltairenet.org/...

Sadek Belhocine : L’aveu d’impuissance de


5-2 Sadek Belhocine  :  Coalition internationale :  il est impossible d’imaginer que la Libye ait un avenir avec Kadhafi.

Les troupes du guide de la Jamahyria mènent l’offensive et font reculer les insurgés dans leurs derniers retranchements, notamment à Misrata et El Ajdabya, et menacent de reprendre Benghazi le fief de l’insurrection et des chefs de la rébellion.
«Il ne s’agit pas d’évincer Kadhafi par la force. Mais il est impossible d’imaginer que la Libye ait un avenir avec Kadhafi. ». La phrase des présidents américain Barack Obama et français Nicolas Sarkozy ainsi que David Cameron, Premier ministre anglais, contenue dans leur tribune commune, parue sur plusieurs quotidiens, résume, à elle seule, l’ épineuse équation dans laquelle s’est embourbée la coalition internationale menée par les USA, la France et le Royaume Uni en Libye. Les raids aériens de l’Otan sur les positions des forces loyalistes du colonel Kadhafi ont atteint la limite de leur puissance. Les troupes du guide de la Jamahyria mènent l’offensive et font recul les insurgés dans leurs derniers retranchements, notamment à Misrata et El Ajdabya et menacent de reprendre Benghazi le fief de l’insurrection et des chefs de la rébellion En effet, il est à se demander comment les puissances occidentales comptent-elles se prendre pour résoudre cette terrible équation : ne pas évincer par la force le colonel Kadhafi et ne pas imaginer que la Libye ait un avenir avec Kadhafi sachant qu’il est peu probable que les rebelles puissent arriver jusqu’à Tripoli pour le chasser du pouvoir. L’intervention militaire au sol étant exclue dans la résolution 1973 de l’Onu, les trois dirigeants de la coalition se retrouvent dans une vraie quadrature du cercle.
Il est urgent de passer à la phase politique
La force militaire aérienne n’est pas suffisante pour obtenir le départ de Kadhafi, et même si la zone d’exclusion aérienne a été rapidement mise en place dès le 19 mars, force est de constater que l’appui aérien aux rebelles n’a pas permis à ces derniers d’avancer. Une solution politique est envisagée et en l’état actuel des choses. Elle est la solution la plus réaliste et elle est avancée par de nombreuses organisations régionales et internationales pour sortir de l’impasse dans la crise libyenne. La Ligue arabe, un moment favorable à l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne, paraît en retrait, excepté le Qatar et les Emirats arabes unis qui sont engagés dans le conflit. L’Union africaine a critiqué l’intervention militaire et prône une solution négociée. L’UA pourrait même jouer un rôle majeur dans la recherche d’un pays d’accueil pour le Colonel Kadhafi, dans le cas où il prendrait le chemin de l’exil, une solution défendue par plusieurs pays comme l’Italie ou l’Espagne. Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe, estime que les actions de l’Otan en Libye "outrepassent le mandat" issu de la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies. Il appelle à un règlement "diplomatique" de la crise libyenne. "Aujourd’hui, nous assistons à des actions qui, dans un certain nombre de cas, outrepassent le mandat du Conseil de sécurité des Nations unies" tel qu’énoncé dans la résolution 1973, a affirmé M. Lavrov après une réunion avec ses homologues de l’Alliance atlantique à Berlin. "Nous croyons important de passer de manière urgente à la phase politique et d’avancer vers un règlement politique et diplomatique" de la crise libyenne, a-t-il ajouté. Le président russe, Dmitri Medvedev, s’était déjà élevé jeudi contre les opérations de l’Otan en Libye en ces termes: "Qu’avons nous comme résultat ? Nous avons essentiellement une opération militaire. La résolution ne dit rien de cela". Pour le secrétaire général de l’Alliance, Anders Fogh Rasmussen, l’opération Protecteur unifié de l’Otan "se déroule conformément à la résolution 1973 du Conseil de sécurité", ajoutant même que "je me permets de souligner que dans la conduite de l’opération nous n’allons pas au-delà du texte et de l’esprit de la résolution. Les cinq pays émergents du groupe Brics (Brésil, Russie, Inde, Afrique du Sud), qui représentent plus de 40% de la population et 18% du PIB de la planète, réunis jeudi en Chine, se sont prononcés contre l’usage de la force en Libye.
Raids de l’Otan sur Syrte et combats à Ajdabya
De nouveaux combats se déroulaient, hier après-midi, entre les forces fidèles au dirigeant libyen Maammar Kadhafi et les rebelles à l’ouest de la ville d’Ajdabiya (est de la Libye), rapportent des médias. Selon des correspondants de presse sur place, des obus de mortier, des roquettes et des armes automatiques étaient utilisés dans ces combats. Les rebelles libyens avaient affirmé dans la matinée qu’ils contrôlaient une zone de plusieurs kilomètres dans le désert au-delà d’Ajdabiya, le long de la route côtière menant à la ville pétrolière de Brega, 80 km à l’ouest rebelles et forces loyalistes au régime se disputent depuis des jours la ville d’Ajdabiya, un nœud de communication stratégique situé à 160 km au sud de Benghazi, le fief des rebelles. Des raids aériens menés par l’Otan ont visé, hier, la ville de Syrte (est de la Libye), a rapporté l’agence de presse libyenne Jana. Selon Jana, des raids ont visé Syrte, ville d’environ 120.000 habitants située à 600 km à l’est de Tripoli. Syrte, ville natale du dirigeant libyen Maammar Kadhafi, avait déjà fait l’objet de raids vendredi, toujours selon Jana.

Sadek Belhocine

17/04/2011

http://www.lemidi-dz.com/index.php?operation=voir_article&date_article=2011-04-17&id_article=la_24@art1@2011-04-17


5-3 Réunion de l’OTAN sur la Libye: un camouflet infligé à Sarkozy et à Cameron.

Tout ce qui se produit actuellement en Libye et autour d’elle suscite d’étranges pensées. Par très humanistes, voire très réactionnaires. Selon la pensée principale, tout cela ne se serait pas produit, ou se serait déroulé rapidement et donc avec moins de dégâts, s’il y avait eu plus "d’adultes." Il est difficile de s’imaginer qu’après avoir commencé, qui plus est par les bombardements effectués par l’Occident puis par l’OTAN, la "révolution libyenne" se fût arrêtée pratiquement là où elle a débuté à l’époque de Margaret Thatcher. Ou qu’elle ait simplement pu avoir lieu, de surcroît avec des bombardements, à l’époque du général de Gaulle. Ou que ces deux choses aient pu arriver à l’époque de Ronald Reagan, de Mao, de Khrouchtchev, de l’Egyptien Nasser…
Les pièces sur l’échiquier mondial sont parfois disposées d’une manière très bizarre. Les rois et les reines disparaissent quelque part, et on se retrouve avec des pions. Ce sont des pensées désagréables, mais il est difficile de leur échapper car…
…car toute la seconde moitié de cette semaine est une sorte de dernier "brainstorming" entre l’OTAN et la "coalition libyenne." Les questions sont plus graves les unes que les autres: que faire avec Kadhafi, comment "requinquer" l’Alliance, créer une opposition libyenne, la former, l'armer, la financer? Il s’est avéré qu’au début personne ne semblait y avoir pensé. Et comment obliger les Etats-Unis à quitter le siège arrière de "l’opération humanitaire" pour se remettre au volant? Ou au moins occuper la place du moniteur?
Il reste très peu de temps à jusqu’au 19 avril, qui marquera le mois anniversaire du début de la "répression humanitaire" de Mouammar Kadhafi et de son régime. Mais personne ne connaît la marche à suivre. Et Kadhafi reste en place. D’autant plus que ses positions se renforcent de jour en jour. Et à moins de commettre une erreur fatale (détruire une ville en faisant des centaines de morts), ce qui ne devrait pas être le cas, il restera à Tripoli. Et les lents "bombardements humanitaires" se poursuivront.
Depuis le mercredi 13 avril, l’Alliance est constamment en conférence ou en consultation. Au début, à Qatar s’est tenue une réunion du "groupe de contact" sur la Libye, né en mars lors de la conférence sur la Libye à Londres. Washington n’a même pas pris la peine d’envoyer la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton à la réunion ministérielle, ce qui montre à quel point elle était "importante." L’un de ses adjoints la remplaçait et il est reparti sans prendre la peine de rencontrer les journalistes.
Au Caire, la 14 avril, la Ligue des Etats arabes, l’Union africaine et la Haute représentante de l’Union pour les Affaires étrangères Catherine Ashton se sont
entretenues avec le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon. La veille, les "rebelles" ont rejeté le "plan africain de règlement du conflit", qui ne prévoyait pas d'évincer Kadhafi du pouvoir. C’était donc également une perte de temps inutile.
Le mercredi 13 avril, avant la réunion du Conseil de l’OTAN au niveau des ministres des Affaires étrangères à Berlin, le premier ministre britannique David Cameron s’est rendu d’urgence à Paris pour rencontrer le président français Nicolas Sarkozy. Et les 14 et 15 avril, l’OTAN devrait décider à Berlin ce qu’il faut faire avec la Libye, Kadhafi et les "rebelles errants" de ville en ville. Faut-il les armer, les financer, les former, et est-ce que cela va à l’encontre des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies sur la Libye?
Il faut dire tout de suite que cela va à l’encontre des résolutions. Bien qu’il existe des avis différents à ce sujet. Paris, Londres et le Qatar sont clairement en faveur de l’approvisionnement en armes, du financement des troupes rebelles, de la vente du pétrole libyen (le Qatar s’en occupe déjà), de l’utilisation des fonds bloqués du régime libyen pour financer les attaques contre Kadhafi.
Même l’Allemagne doute qu’il soit possible d’interpréter aussi librement la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Et même le Secrétaire général de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen n’en est pas convaincu.

L’OTAN sans pivot n’est plus l’OTAN
Mais Sarkozy et Cameron insistent. Bien que l’approche du premier ministre britannique soit plus habile par rapport à la rigidité de Sarkozy. Londres estime qu’il est possible de fournir des armes, mais seulement pour la "protection de la population civile", et pas directement mais via les alliés arabes (le Qatar). On voit tout de même la génétique coloniale très riche de la mentalité britannique.
Lors de la réunion de l’OTAN, Paris et Londres espèrent convaincre les alliés de "bombarder plus", car le "moins" n’est d’aucune aide. Et de faire revenir les Etats-Unis au premier plan. Bien que les Américains aient déjà fait comprendre que c’était impossible. En fait, les Américains ne se sont pas retirés définitivement de la partie militaire de l’opération. Le Pentagone a reconnu le 13 avril que les avions de neutralisation électronique américains accomplissent des missions en Libye et ont effectué plusieurs bombardements. Mais c’est très loin des 70% de tous les bombardements de l’OTAN accomplis par les Etats-Unis avant le transfert de la coordination totale des opérations à l’OTAN. Obama a déjà tellement investi (militairement et politiquement) en Afghanistan et en Irak, qu’il ne peut plus se le permettre en Libye. Et il existe peu de chances de le convaincre de revenir en arrière.
Ainsi, Sarkozy et Cameron doivent actuellement éprouver un terrible sentiment de solitude et d’humiliation. Cela arrive généralement aux enfants auxquels on dit qu'ils se mêlent de ce qui ne les concerne pas et qu’ils vont le regretter, et en fin de compte cela se termine précisément de cette manière. Ce qui est fait est fait et il est impossible de le corriger. Et la "classe" (l’OTAN) presque toute entière tourne le dos à Cameron et à Sarkozy. Alors que le président français était le promoteur le plus ardent des bombardements contre Kadhafi.
Et il ne s’agit pas du fait que la Grande-Bretagne et la France n’ont pas suffisamment d’avions, de missiles, de navires ou d’autre matériel militaire, de pilotes, d’expérience des opérations militaires, etc. Le fait est que lorsque les Etats-Unis décident subitement de passer sur le "siège arrière" de l’OTAN, il s’avère que le pivot de toutes les coalitions et de leur efficacité disparaît avec eux.
C’est comme si les adultes décidaient d’assoir au volant des enfants sur une route dangereuse et d’inviter des amis à faire une balade. Qui prendrait le risque?
Le BRICS aurait évité l'intervention
Hormis les informations déplaisantes dans les arènes internationales lointaines, on assiste à des événements notables, dans le contexte desquels tout ce qui se produit autour de la Libye paraît de plus en plus "incongru."
Sur l’île chinoise de Hainan, les dirigeants du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud semblent avoir officialisé leurs nouvelles relations au sein de
l’alliance BRICS.
Comme l’a annoncé le président russe Dmitri Medvedev, le problème de la Libye doit être réglé seulement par des méthodes politiques et diplomatiques.
Tous les pays du BRICS font partie du Conseil de sécurité des Nations Unies, et la Russie et la Chine, qui sont membres permanents, y ont le droit de veto. A Hainan les cinq pays ont annoncé dans une déclaration spéciale qu’ils se prononçaient en faveur de la "nécessité d’une réforme globale de l’ONU, y compris du Conseil de sécurité." Lors du sommet, la Russie et la Chine ont confirmé "l’importance qu’elles [accordaient] au statut de l’Inde, du Brésil et de l’Afrique du Sud dans les affaires internationales" et qu’elles "[comprenaient] et [soutenaient] leur aspiration à jouer un rôle plus important au sein de l’ONU." L’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud sont proposés à titre de membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU. On parle depuis longtemps de l’extension du nombre des membres permanents à 10-15 pays.
Une "deuxième Libye" serait peu concevable avec de tels alliés de la Russie au sein de l’ONU.

L’opinion de l’auteur de coïncide pas forcément avec la position de la rédaction .

 16 Avril

http://fr.rian.ru


 

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