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03/06/2011

n°23 - Analyse, Géopolitique et stratégie de la Libye - 02-06 - : Suite - : 1-1Jean-Paul Pougala : Kadhafi a-t-il tiré sur son peuple? A-t-il tué "10 000 Libyens? Faux!


n°23 - Analyse, Géopolitique et stratégie de la Libye  - 02-06 - : Suite - : 1-1Jean-Paul Pougala : Kadhafi a-t-il tiré sur son peuple? A-t-il tué "10 000 Libyens? Faux!



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



Analyse, Géopolitique et stratégie de la Libye 

n°23 du 02-06

C.De Broeder & M.Lemaire



Le " dossiers du libye" est  visible  sur mes blogs : 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) Sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

c) Sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

d) Sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm 

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Sommaire :  

1  Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

1-1Jean-Paul Pougala : Kadhafi a-t-il tiré sur son peuple? A-t-il tué "10 000 Libyens? Faux!

1-2 "L’intervention étrangère se transforme en aventure impériale d’un autre temps".

1-3 Djerrad AMAR : La CPI, dernière arme de la coalition et attrape-nigaud des Africains.

1-4 Dick Emanuelsson, Jorge Capelán et Toni Solo : Libye : adieu "Rebelión", au revoir "gauche" occidentale ...

1-5 Jean-Claude Paye : L’oxymore de la guerre humanitaire.



1-2 "L’intervention étrangère se transforme en aventure impériale d’un autre temps".

 Il est probable que Kadhafi finira par tomber parce qu’il est trop faible pour résister aux forces déployées contre lui. L’échec à mettre fin à son régime serait trop humiliant et politiquement désastreux pour l’Otan après 2.700 frappes aériennes. Mais, à l’instar de la prise de Bagdad en 2003, la chute de ce régime pourrait ouvrir la voie à une nouvelle série de longues crises libyennes dans les années à venir.
Tout s’est développé plutôt différemment de ce que les Français et les Britanniques semblent avoir imaginé lorsqu’ils ont commencé à intervenir en mars pour sauver les citoyens de Benghazi des chars de Kadhafi. Si c’était leur seul objectif, alors les frappes aériennes ont été couronnées de succès. Le bord de la route, de Benghazi à Ajdabiya, est toujours jonché de carcasses de véhicules blindés calcinés. Mais, plusieurs mois après que William Hague eut suggéré que Kadhafi fût déjà en route pour le Venezuela, ce dernier est toujours à Tripoli.

Trois mois après le début du soulèvement libyen, les troupes de Kadhafi n’ont pas réussi à prendre Misurata, et les rebelles ne semblent pas non plus capables d’avancer vers Tripoli. Ils ont brisé le siège de Misurata, notamment parce que leurs miliciens ont mis la main sur les radios et peuvent désormais faire appel aux frappes des forces de l’Otan. Ce soutien aérien de proximité est efficace et ressemble au soutien tactique aérien apporté en 2001 par les Etats-Unis aux soldats de l’Alliance du nord en Afghanistan et, deux ans plus tard, aux combattants kurdes des peshmergas dans le nord de l’Irak.

Tant le gouvernement libyen que les forces d’opposition sont faibles. Les forces qui se sont affrontées sur les routes du désert entre Brega et Ajdabiya, au sud de Benghazi, ne dépassent souvent pas quelques centaines de combattants à moitié entraînés. Les troupes de Kadhafi, avec lesquelles celui-ci essaye de contrôler son vaste pays, ne dépassent pas les 10.000 à 15.000 soldats. Ce n’est pas toujours évident pour ceux qui ne sont pas des témoins oculaires, parce que la presse étrangère qui est sur place hésite à mentionner qu’il y a parfois plus de journalistes que de combattants sur le front.

Un résultat décourageant du soulèvement libyen est que l’avenir de la Libye a de moins en moins de chance d’être déterminé par les Libyens eux-mêmes. L’intervention étrangère se transforme en aventure impériale d’un autre temps. Presque la même chose s’est produite en 2003 en Irak et, ces dernières années, en Afghanistan. En Irak, l’invasion américaine pour renverser Saddam Hussein, un dirigeant détesté par la plupart des Irakiens, s’est rapidement transformée en ce que beaucoup d’Irakiens ont considéré être une occupation étrangère.

Comme en Irak et en Afghanistan, la faiblesse de la France et de la Grande-Bretagne est qu’elles n’ont pas un partenaire local puissant et représentatif, comme elles le prétendent. A Benghazi, la capitale des rebelles, on ne voit pas beaucoup les dirigeants du conseil national de transition, ce qui n’est guère surprenant, puisqu’ils passent le plus clair de leur temps à Paris et à Londres. A Washington, la Maison Blanche a été un peu plus prudente la semaine dernière, lorsque Mahmoud Jibril, le Premier ministre libyen par intérim, et d’autres membres du conseil [national de transition] sont venus pour renforcer leur crédibilité et tenter d’obtenir quelque soutien financier. Plus discrètement, les dirigeants rebelles libyens étaient là pour dissiper les soupçons des Américains que l’opposition libyenne ne serait pas tout à fait aussi amène qu’elle le prétend et qu’elle inclurait des sympathisants d’al-Qaïda qui n’attendent qu’une occasion pour prendre le pouvoir.

L’opposition libyenne est peut-être faible, mais elle n’est pas tout à fait aussi naïve ou inexpérimentée qu’elle peut parfois paraître. Ses dirigeants sont prompts à minimiser la l’Islam militant traditionnel dans l’Est de la Libye. Dans la ville d’Al Bayda, sur la longue route qui relie l’Egypte à Benghazi, j’ai vu un grand panneau en français s’adressant à tous les étrangers qui passent par-là, réfutant tout lien avec al-Qaïda. C’est en grande partie la vérité, mais pas entièrement. Un observateur libyen à Benghazi a expliqué : « Les seules personnes dans cette partie du pays qui ont une expérience militaire récente sont ceux qui combattaient les Américains en Afghanistan et nous les avons donc bien sûr envoyés au front ».

Les guerres élargissent et creusent souvent les fissures qui existent dans une société. Le conseil national de transition des rebelles se plaît à minimiser les suggestions qu’il serait avant tout un mouvement de la Cyrénaïque, la grande partie de la Libye orientale où Kadhafi a toujours été impopulaire. De son côté, Kadhafi s’est agrippé à la majeure partie de la Libye occidentale. Aujourd’hui, ces deux moitiés de la Libye, séparée par des centaines de kilomètres de désert, se sentent de plus en plus comme des pays distincts.

Les Libyens sur le terrain ont encore moins d’inhibitions pour discuter de ces différences. A l’extérieur de quelques huttes de plage à Benghazi, abritant habituellement des réfugiés, j’ai parlé à des ouvriers pétroliers du port de Brega, une ville d’environ 4.000 habitants, qui ont fui lorsque les forces de Kadhafi l’on prise. Un exploitant de ce champ gazier a dit : « Les gens de Kadhafi ont tenu un livre avec tous nos noms, parce qu’ils voulaient voir ceux qui venait de la Libye orientale, lesquels, à leurs yeux, seraient naturellement des rebelles ».

Evidemment, les opposants à Kadhafi ne viennent pas tous de l’Est. Il est raisonnable de supposer que la plupart des Libyens de toutes les parties du pays veulent qu’il parte. Il s’accroche au pouvoir parce qu’il règne à travers sa famille, son clan, sa tribu et des tribus alliées, en combinaison avec son contrôle déclinant sur le gouvernement libyen et la machine militaire délabrés. Dans la partie de la Libye qu’il contrôle, tout dépend encore personnellement de Kadhafi. Une fois qu’il sera parti, il y aura un vide politique que l’opposition aura beaucoup de mal à combler.

La guerre pourrait-elle se terminer plus tôt par la négociation ? Là encore, le problème est la faiblesse de l’opposition organisée. Si celle-ci est soutenue par une implication militaire accrue de l’Otan, alors elle pourra prendre le pouvoir. Sans cette implication militaire, ce sera impossible. Par conséquent, l’opposition a toutes les raisons d’exiger le départ de Kadhafi comme condition préalable à un cessez-le-feu et à des négociations. Mais, étant donné que seul Kadhafi peut prononcer le cessez-le-feu et entamer des pourparlers sérieux, cela signifie que la guerre ira jusqu’au bout. Le départ de Kadhafi devrait être l’objectif des négociations, pas leur point de départ.

Un aspect surprenant de ce conflit, jusqu’à présent, est qu’il n’y a pas eu de gros efforts pour impliquer l’Algérie et l’Egypte, les deux plus grosses puissances en Afrique du Nord. Leur implication rendrait le départ de Kadhafi plus facile à négocier et toute cette aventure libyenne ressemblerait moins à une renaissance de l’impérialisme ouest-européen. L’objectif de l’intervention de l’Otan était de limiter les victimes civiles, mais ses dirigeants ont foncé aveuglément dans une stratégie qui rend inévitables un conflit prolongé et de lourdes pertes civiles.
Levif.be avec Belga

25 mai

Traduction JFG-QuestionsCritiques

http://questionscritiques.free.fr/edito/Independent/Patrick_Cockburn/Libye_Otan_rebelles_Kadhafi_conseil_national_de_transition_230511.htm

 


1-3 Djerrad AMAR : La CPI, dernière arme de la coalition et attrape-nigaud des Africains.

Ce qui se déroule en Libye est bien une guerre d’essence colonialiste – conduite par une coalition de brigands composée de Sarkozy, de Cameron et de Berlusconi aidés par les États-Unis et deux monarques arabes feudataires de l’Amérique, le Qatar et les Émirats - pour réinstaurer un pouvoir affidé à l’occident, comme du temps du roi Idris, qui veut s’accaparer le pétrole et le gaz. Plus de 60 jours d’agression et de bombardements qui détruisent les infrastructures de bases, tuent les populations civiles de toutes les couches sociales. On a comptabilisé au 21 mai 2892 frappes de missiles sur plus de 7800 vols de reconnaissance des avions de combat.

Il a été déployé une monstrueuse machine de propagande et d’actions psychologiques que mènent des chaînes occidentales et les chaînes des pétromonarchies du Golf au service d’une oligarchie ploutocratique qui débitent mensonges, désinformation et diversion en continu. Cela fait aussi plus de 60 jours que l’on annonce - la chute ‘imminente’ dans ‘quelques jours’ du régime de Kadhafi, sa fuite au Venezuela ou au Soudan - son retranchement dans son dernier carré dans Tripoli avec ses « brigades » - qu’il n’a plus d’armée - que ses « mercenaires » africains répriment les libyens, violent les femmes - que son aviation bombarde la population - que les villes libyennes ne cessent de connaitre des manifestations anti-Kadhafi, réprimées etc. que l’on exige de lui qu’il « quitte le pouvoir et la Libye » Mais tout cela reste dans l’annonce amplifiée et dramatisée par ces médias de services qui manipulent l’image, inventent des faits, créent des évènements et ce, selon une stratégie et des tactiques étudiées. Ce matraquage médiatique, sans pareil, a même dérouté les plus éveillés ; trompés certainement par la réputation d’Aljazeera et Alarabia, chaînes arabes, qu’un esprit logique ne doutera jamais qu’elles peuvent faire partie d’un complot atlanto-sioniste ! Beaucoup ont épousé, dans ce sillage, la cabale médiatique contre cette Libye. Pourtant, depuis le début du conflit, ces médias n’ont jamais montré de foules de civils sans armes demandant le départ de Kadhafi ! Les seules images qui sont apparues montrent des bandes de rebelles désorganisés, sales, barbus, dédaigneux, gesticulants, flanqués d’armes légères et lourdes revendiquant la chute du pouvoir par la force !

Comme le temps permet la réflexion et la bonne mesure, le monde s’est aperçu de la réalité incontestable, du côté où se situent le bien et le mal, la vérité et le mensonge. Résultat, les « bombardements de civils » qui ont justifié l’agression n’ont jamais eu lieu comme l’affirment les journalistes et observateurs ; la presse russe a rapporté des témoignages d’expatriés russes en Libye affirmant que l’aviation de Kadhafi n’a jamais bombardé de zones résidentielles : cela avait été fait par les bombardements français et britanniques, affirment-ils. On constate un peuple endurant et combatif qui manifeste, quotidiennement dans plusieurs villes, son soutien à Kadhafi. Celui-ci, toujours flegmatique résiste en apparaissant épisodiquement pour recevoir des personnalités étrangères et locales ou visiter des écoles. Il se permet aussi des tours - en cortège et en voiture découverte - dans les rues et ruelles de la capitale sous les applaudissements de milliers de citoyens. L’armée lui est restée fidèle et intacte. Les expressions « brigades et mercenaires de Kadhafi » apparaissent mensonges pour faire croire que le guide est « lâché » mais surtout pour cacher l’usage par les coalisés de mercenaires, dont des éléments de ‘black water’, qui encadrent une « armée » composée de bandits, de voyous, de prisonniers libérés, d’ex détenus islamistes graciés, de plusieurs groupuscules d’Al-Qaïda surtout de l’Aqmi qui profite de la situation pour s’armer, de jeunes désœuvrés abrutis ou forcés ; que l’on arme en violation des textes de l’ONU. On découvre que les forces introduites sur les terres libyennes sont un ramassis de traitres libyens sans dignité, composés d’opposants qui emmargent à la CIA et le MI6, d’ex-ministres dissidence récente, de quelques militaires renégats et d’ex haut fonctionnaires opportunistes et félons. La Libye reproche, par exemple, à Abdeljalil l’ex ministre de la justice, devenu président du CNT, des actes de corruption en particulier dans la non-exécution de milliers de décisions de justice. On s’aperçoit que les résolutions 1970 et 1973 ont été adoptées dans la précipitation et illégalement, sur des rapports de médias, sans vérification comme l’exigent les textes de l’ONU. Cette « 1973 » qui avait pour but d’instaurer un « no fly zone » pour « protéger les civils » a été déviée dans l’objectif de venir en aide aux ‘insurgés’, en bombardant quotidiennement les infrastructures civiles et militaires, les populations civiles, les dépôts de nourritures, en plus des bombardements par mer. On relève aussi le vol d’importantes quantités de pétrole. On introduit bassement auprès de la putréfiée Ligue dites « arabe » du méprisant Amr Moussa, via les monarchies vassales, une demande, acceptée, pour empêcher la diffusion des chaînes de la Jamahiria sur ‘Arabsat’ (3 chaînes sur les 7 déjà ont des difficultés de diffusion) ; ce qui confirme l’impact et le succès de ces chaînes à démonter, jour après jour, le complot, les mensonges mais également à susciter un certain désarroi et un sentiment d’échec chez les agresseurs. D’où cette obsession maladive, cet acharnement, par vengeance, à ‘sanctionner’ une population qui résiste, qui refuse l’abdication en opposant les chants et la danse sur les places et endroits susceptibles d’être visées afin d’empêcher leurs bombardements. On découvre aussi que les vraies forces militaires libyennes n’ont pas encore été engagées ; elles seraient réservées à l’ennemi extérieur en cas d’offensive terrestre. Des analystes soutiennent que les combats actuels sont assurés par des volontaires libyens, appelés « le peuple armé », encadrés par quelques compagnies de soldats. Enfin, la dernière révélation, par les services secrets ukrainiens, est l’accord secret conclu entre le CNT et Israël pour l’installation d’une base militaire israélienne aux Monts verts, en Libye. Le document a été publié aussi par le journal israélien Yediot Aharonot.

Faut-il continuer sur cette tactique démentielle qui engendre plus de haines et de détermination en plus des condamnations ou engager une hypothétique et dangereuse offensive terrestre ? Ou bien se retirer avec toutes les conséquences ? Même la ’carte’ visant la manipulation des « tribus » a lamentablement échoué devant la « conférence nationale des tribus libyennes », qui en a regroupé plus de 2000 – l’authentique peuple Libyen - au terme de laquelle on retient un soutien franc et solennel au principe de l’unité de la Libye, la condamnation ferme de l’agression et le soutien sans équivoque à Kadhafi. On annonce aussi que les benghazis manifestent, depuis vendredi 20, dans plusieurs cités dont ceux de Louhaichi, Zeitoun et Sabri les plus irréductibles contre l’Otan, le CNT et la dégradation des conditions économiques et sociales. A ce propos, Tripoli affirme, avec preuves, avoir versé les salaires et autres pour une période de 6 mois (jusqu’en juin) au trésor de Benghazi. Où est donc passé cet argent qui devait permettre aux benghazis de ne pas dépendre, de façon vexante, de l’aide extérieure. Le drapeau vert a été élevé dans plusieurs immeubles. On signale des victimes parmi les manifestants suite à la répression. Ces manifestations ont été précédées par plusieurs autres, initiées la veille par les tribus, dans plus de 70 villes et villages en soutient et encouragement aux benghazis. Que pouvait-il bien rester comme carte devant un fiasco annoncé. C’est l’enlisement car tout était construit sur du mensonge et du faux !

La dernière carte, après celle du « groupe de contact » qui visait surtout, par piraterie, la confiscation d’une partie des avoirs libyens, est bien celle de la CPI d’Ocampo - ce serviteur docile des puissances impérialistes - afin, croient-ils, d’inciter à plus de défections au sein de l’appareil dirigeant qui faciliterait la prise du pouvoir par cette marionnette qu’est le CNT d’une part et de bloquer toute solution à la crise d’autre part. C’est la France et la GB avec l’aide du CNT, c’est-à-dire les agresseurs, qui ont monté le dossier pour la CPI. La Libye pourtant - comme les EU, la Russie et la Chine - n’est pas membre de cette Cour. Le bouton ’Ocampo’ est enfoncé juste au moment où l’Otan n’arrive pas à tuer Kadhafi qui est leur objectif et au moment où elle a usé de tous les moyens surtout celui de tuer des civils, de détruire les infrastructures de bases dans l’espoir de retourner la population contre leur leader.

Pourquoi a-t-on refusé une mission d’enquête que la Libye n’a cessé de la réclamer avant les frappes ? Car il n’y avait rien des accusations qui avaient « justifié » l’agression sous le fallacieux et grotesque prétexte que l’Otan cherche à « protéger les civils ». Maintenant, c’est le moment d’user de ce moyen, de cette arme de type CPI, afin de lui imputer tous les crimes dont l’Otan et les ’insurgés’ sont coupables considérant que ces derniers sont des ’civils’ comme le rabâche la propagande. Toutes les preuves rassemblées par ce serviteur sont des vidéos, traduites en anglais, fournies par leurs chaînes dont Aljazeera. Des 2892 frappes de missiles qui ont atteint ou détruit des habitations civiles, des hôpitaux, des écoles et collèges, des bâtiments administratifs dont les locaux de police et des renseignements généraux chargés de la corruption, de la cité de l’enfance, des infrastructures de bases, des réseaux de communication tuant des milliers de personnes civiles parmi eux des femmes des vieillards, des hommes de religions au nombre de16 dans leur lieu de culte, des enfants, des bébés (les 3 petits-fils de Kadhafi avaient 3 ans, 2 ans et 4 mois) motus ! Des centaines de viols suivis d’assassinats de jeunes filles que l’on a arrachées à leur famille, évidemment silence. Cela n’entre pas dans la ’mission’ d’Ocampo. Par contre, le pseudo viol par « 15 hommes de Kadhafi », de Imane Obeidi, cette prostituée que l’on a payée pour provoquer un "scandale" dans l’hôtel Rixos à Tripoli le 26 mars, cela oui ! C’est crédible. Pourtant, chacun sait qui est cette sinistre femme selon des vidéos publiées sur You Tube. Une anecdote : on cite comme ‘preuve’ des viols, le coup monté découvert par la suite, le fait qu’ils auraient trouvé des « pilules de Viagra dans des tanks et des voitures prises aux forces de Kadhafi ». On ne nous parlera pas des dizaines d’aveux des ’insurgés’ capturés démentant, par leurs récits des faits et « exploits », toute la propagande mensongère et subversive de la coalition. Un certain (...) arrêté par l’armée à Misrata a raconté en détails les monstruosités commises dans cette ville. Après s’être présenté, il a expliqué comment, avec son groupe composé de libyens et d’étrangers, ils assassinaient les éléments de l’armée libyenne, les pro-Kadhafi ou ceux que l’on soupçonne « mercenaires » par l’égorgement à l’épée, pendus ou brulés, comment ils enlevaient les filles à leur famille pour les violer, comment ils les tuaient après leur avoir arraché les seins au couteau puis fêter leurs ’exploits’ à l’alcool et au jus de fruits. À la question de savoir s’il « se sent un être humain », la réponse est ’non’ de la tête. Des scènes terribles filmées surtout à Mesrata, à l’aide de portables, par des témoins durant l’occupation de cette ville par ces groupes criminels qu’aide l’Otan.
Nous avons tous constaté que depuis que l’occident a obtenu la division du Soudan, le procureur Ocampo - ce « produit » d’une union illégitime entre des décideurs/brigands, occidentaux de corps, sionistes de conviction et une Cour (CPI) attrape-nigaud instrument d’une stratégie hégémonique - convertie en ’mercenaire’ chargé de l’exécution des « lettres de cachets » de maîtres puissants après avoir été leur serviteur ailleurs, ne parle plus pour l’instant de l’inculpation de Bachir.

Un Ocampo qui se saisit cette fois du « dossier Libyen » - tout en lorgnant sur la Syrie - imputant à Kadhafi les méfaits de la coalition et des renégats de Benghazi, sur des témoignages sélectionnés qu’il présente « crédibles ». Un Ocampo qui a travaillé aussi pour la Banque mondiale après avoir été président d’une ONG ’Transparency International’ que finance le milliardaire George Soros ce célèbre sioniste spéculateur devenu philanthrope, par stratégie, que l’on surnomme « l’homme qui fit sauter la Banque d’Angleterre ». Devenu ensuite 1er procureur de la CPI on relève ce hasard que quelques mois plus tard, en avril 2005, Annan livre les noms de 51 suspects, soupçonnés d’avoir « massacré des milliers » de personnes au Darfour. Un Ocampo pour la Libye avec les mêmes mensonges et les mêmes objectifs, flanqué de son arme la CPI, présentant des accusations de persécution des manifestants et des opposants qui « semble avoir été systématique et s’être produite dans différentes villes » et « des crimes de guerre ont apparemment été commis par décision politique » en citant le fait que les forces de sécurité aient « tiré sur les manifestants désarmés », « l’utilisation du viol et les arrestations systématiques, la torture, la déportation, les meurtres, les disparitions forcées et la destruction des mosquées », « l’utilisation de bombe à fragmentation ».

Une CPI contestée dans sa forme, ses actions et ses objectifs politiques - dont on sait qu’elle abrite les ombres de ce même Soros et de lord Malloch Brown l’ancien Ministre britannique qui a été vice-président de la Banque mondiale, puis « chef de cabinet » de Kofi Annan après avoir travaillé chez Soro aussi. Une CPI, qui reçoit des dons de sociétés et d’organisations privées, créée la veille de la guerre contre l’Irak, dévouée aux causes injustes à visées hégémoniques que mène Washington. Comment expliquez que toutes les six enquêtes ouvertes concernent l’Afrique ? On comprend bien que le « génocide du Darfour » était un mensonge, un leurre dont les prolongements sont maintenant la Libye. Voici ce que l’on dit d’Ocampo et de la CPI :

L’analyste Chris Marsden a montré et dénoncé « L’hypocrisie de l’enquête en question crève les yeux. Elle arrive au milieu de plus de 5 000 opérations militaires, dont 2 204 accompagnées de frappes, des forces de l’OTAN sur Tripoli et d’autres endroits peuplés de civils. Ces opérations incluaient l’assassinat ciblé de Kadhafi….Tout en étant les instigateurs de procès légaux pour crimes de guerres contre le régime qu’ils veulent éliminer, Washington, Londres et Paris commettent eux-mêmes de monstrueux crimes de guerre. »

Andrew Cayley, l’ancien avocat de la CPI, écrivait après sa démission « qu’il est difficile de dénoncer un génocide dirigé par le gouvernement et d’expliquer du même souffle pourquoi deux millions de Darfouris ont cherché refuge autour des principales garnisons de l’armée dans leur province ».

Selon Alex de Waal (écrivain britannique devenu expert critique du CPI) de nombreux avocats avaient quitté la Cour en raison du manque d’objectivité et de sérieux dans l’examen des preuves et la qualification des faits, imposés par Ocampo.

L’ancien vice-ministre Égyptien des AE, expert en droit et relations internationales, Abdallah Al Achaala avait estimé que le mandat lancé par la CPI contre Al Bachir « ne reposait sur aucune base juridique et qu’il constituait un précédent dangereux parce qu’il réduit à zéro le principe de l’immunité, fondement essentiel des relations internationales ». Et de se demander « …comment elle pourrait défendre le caractère éminemment politique de son mandat contre Al Bachir alors qu’elle ignore les crimes d’Israël en Palestine et ceux des américains en Irak ». Al Achaal ajoutait « ce faisant la CPI a signé son acte de mort par suite de la stupidité de son procureur et de l’incompétence de sa juridiction. Il est du devoir de la communauté internationale de réagir afin de sauver le rêve d’une justice pénale internationale, bafoué par le sionisme » Vladimir Anokhin, vice-président de l’Académie des Sciences Géopolitiques, avait déclaré à la Pravda que le tribunal de La Haye « montre un manque de respect absolu envers l’Organisation des Nations Unies. »

Pour le président de la Commission de l’Union Africaine Jean Ping, cité par l’AFP dans le cas d’Al Bachir. « ... le problème est la façon dont le procureur général de la CPI Luis Moreno Ocampo rend la justice »

Enfin, réitérons que sous-couvert d’un droit international ratifié par les États pour se protéger des éventuelles agressions et injustices, surtout les pays pauvres dont les richesses sont convoitées, ces institutions ont été corrompues en instruments de chantage aux « Droits de l’homme », à la « liberté d’expression » susceptible de « sanctions internationales » ou l’inculpation d’un chef d’État même en exercice. On est donc dans le même esprit impérialiste et colonialiste prédateur, mais drapé de prétextes "humanitaires" et couvert par la "légalité". Le « droit ou devoir d’ingérence humanitaire » est l’expression même de cet esprit qui n’est pas près de s’extirper des mauvaises consciences.

Les pays africains, indépendants et libres de leurs décisions, doivent au plus vite quitter ces organisations-piège qui donnent aux puissants une légitimité pour les dominer ou les agresser. Ces organisations ne les toucheront jamais, car elles sont leurs instruments, leurs armes pour leurs intérêts et rien d’autre.

Djerrad AMAR

27 mai 2011

http://www.legrandsoir.info:80/Libye-la-CPI-derniere-arme-de-la-coalition-et-attrape-nigaud-des-Africains.html


1-4 Dick Emanuelsson, Jorge Capelán et Toni Solo : Libye : adieu "Rebelión", au revoir "gauche" occidentale ...

Le cas de la Libye a démontré catégoriquement que la gauche occidentale n’abandonnera jamais son narcissisme.

La censure d’opinions par un média qui se déclare anti-impérialiste et progressiste génère la méfiance et les doutes. Dans le cours normal de choses on accepte comme normal que l’un ou l’autre article soit rejeté pour tel ou tel motif. Mais parfois face à des événements d’une telle transcendance, ce qui à d’autres moments paraît banal devient inacceptable.

Le montage médiatique occidental contre la Libye et la collaboration avec cette campagne de la part de tant de courants qui se disent de gauche ou anti-impérialistes marquent le point de non-retour pour de nombreuses personnes. Ce fut un moment où il était encore possible de retarder et de rendre plus difficile l’agression barbare tramée contre la Libye par le gouvernement des États-Unis et ses pions-complices de l’OTAN. A ce moment la grande majorité de l’opinion de gauche dans les pays du bloc occidental appuyait le schéma agressif impérialiste contre la Libye.

Ce ne fut pas une surprise pour nous qui vivons au Nicaragua et qui avons expérimenté les campagnes cyniques et malhonnêtes de personnes de la gauche occidentale contre le Front Sandiniste de Libération Nationale. Il a fallu près de dix ans pour renverser un peu l’impact de ces campagnes. Dans le cas de la Libye, le retournement de l’opinion de la gauche occidentale a été plus rapide mais guère plus convaincant.

La Libye et Rebelión

Quand a éclaté la crise en Libye, beaucoup de gens ont écrit des articles qu’ils ont envoyé à des sites comme Rebelión pour défendre le gouvernement libyen, mettre en cause la propagande des médias privés, et proposer une perspective plus rationnelle et juste sur le conflit interne en Libye. Rebelión nous a censurés systématiquement. Comme n’importe quel média, Rebelión a tout droit de publier et de rejeter ce qui lui plaît. Mais qu’on ne vienne pas ensuite nous parler d’”ouverture” et de “forum de large débat”.

Dans le cas de l’agression contre la Libye, Rebelión a effectivement collaboré avec le message de propagande des médias impérialistes. Ce n’est qu’après, lorsque les proportions et l’objectif de l’agression sont devenus clairs que Rebelíón a modifié sa ligne. La fréquence des positions contre le gouvernement libyen d’intellectuels connus confirme l’existence d’une clase gestionnaire-intellectuelle de la gauche occidentale qui se comporte précisément en accord avec ses intérêts de classe. Ces intérêts ne coïncident pas avec les intérêts des peuples qui cherchent à s’émanciper des peuples et du sadisme des pouvoirs occidentaux.

Le Forum de Sao Paulo à Managua

La même chose s’est produite en ce qui concerne le Nicaragua. Le gouvernement révolutionnaire du Front Sandiniste de Libération Nationale dirigé par le président Daniel Ortega a exécuté la majeure partie de son programme de gouvernement avec un succès extraordinaire. Ses réussites sociales ont forcé la majorité de la gauche occidentale et leurs camarades en Amérique Latine et les Caraïbes à abandonner ou à modifier leur analyse politique superficielle du Nicaragua. Ce fait a été constaté lors de la récente 17ème rencontre du Forum de Sao Paulo à Managua.

Cette rencontre du Forum de Sao Paulo à Managua a réuni 673 représentants de 77 partis d’Amérique Latine, d’Afrique, d’Asie et d’Europe. Ces partis représentent une vaste gamme d’idéologies révolutionnaires et progressistes. Sans doute incluent-ils une partie non négligeable de personnes et d’organisations qui ne ressentent pas un grand enthousiasme pour le FSLN et pour le commandant Daniel Ortega. Cependant le forum fut un succès. Sa Déclaration Finale, mesurée et conséquente, représente un rejet catégorique de nombreuses positions de la gauche occidentale à l’égard, par exemple, des événements en Libye et au Nicaragua.

Point de vue

Un point fondamental de cette déclaration est que les “processus révolutionnaires et de changement social progressiste qui se développent en Amérique Latine démontrent par leurs politiques et par l’impulsion de projets alternatifs que les intérêts populaires ne peuvent être défendus avec efficacité que sur la base d’une force politique qui livre bataille à la droite, à l’oligarchie et à l’impérialisme.

Il est logique qu’une telle affirmation surgisse d’un forum de partis politiques. Cependant elle est d’autant plus pertinente lorqu’on considère des expériences continentales qui vont du zapatisme au Mexique jusqu’à la guerre civile en Colombie ou la lutte du peuple Mapuche au Chili. La victoire de Bildu en Euskal Herrera souligne sa validité.

La gauche occidentale s’est accommodée de sa relative impuissance et de sa marginalité. Dans sa grande majorité elle n’est plus intéressée par la réalité pratique et concrète des processus de changement en Amérique Latine, en Asie et en Afrique. Elle se mobilise autour de certains thèmes comme les droits de l’homme, la dette, l’environnement ou de causes comme la Palestine et elle peut mener des actions importantes sur ces thèmes et ces causes. Mais le cas de la Libye a démontré catégoriquement que la gauche occidentale n’abandonnera jamais son narcissisme.

La Déclaration Finale du Forum de Sao Paulo dit : “Les politiques et les réussites des forces de gauche au gouvernement en faveur des secteurs populaires de notre continent se manifestent dans des projets de construction sociale qui correspondent, chacun d’eux, aux réalités des pays concernés.” Tant que la gauche occidentale n’acceptera pas que la réalité des peuples a une préséance sur ses désirs occidentaux, elle indiffèrera les peuples du monde qui résistent aux attaques des gouvernements et des élites du Bloc Occidental.

La critique sincère et la solidarité

Pour les personnes engagées dans l’appui concret et pratique de la Révolution Sandiniste au Nicaragua et du projet de l’ALBA dans la région, les apports de la classe gestionnaire-intellectuelle de la gauche occidentale ont peu d’intérêt. Les peuples vont avancer sur leur route avec ou sans l’appui de cette classe. L’appui populaire à la gestion extraordinaire du Front Sandiniste de Libération Nationale au Nicaragua est une preuve de poids de cette vérité.

Appuyer les projets émancipateurs des peuples n’implique pas d’abandonner la critique ou la défense des principes fondamentaux. La validité de ces critiques et les réponses à ces critiques dépendent du sérieux, de la conséquence et de la sincérité de ceux qui les font et de la manière dont ils la font. Le cas de la remise de Joaquín Perez Becerra aux autorités colombiennes a été très instructif en ce sens.

Cette affaire a servi de prétexte à de nombreuses manoeuvres. Certaines personnes en ont profité pour attaquer le processus révolutionnaire au Venezuela en tant que tel. Il y a eu des déclarations de certains groupes qui renoncent à appuyer ce processus. D’autres ont profité du cas de Joaquín Perez Becerra pour lancer de vieilles et de nouvelles calomnies. Mais la majorité des critiques sensées de l’action des autorités vénézuéliennes, tout en condamnant ce qu’elles estiment être une grave erreur, soulignent leur appui au processus révolutionnaire au Venezuela.

Si on passe en revue les positions incohérentes, opportunistes et insincères qui ont surgi autour de l’affaire Becerra, on retrouve dans de nombreux cas les mêmes personnes et les mêmes organisations qui ont attaqué le Front Sandiniste de Libération Nationale au Nicaragua. Le moment-clé dans le cas du Nicaragua pour déterminer le degré de sincérité dans la critique fut la période avant et après les élections municipales de 2008. Toutes les personnes qui se sont jointes à la campagne cynique et malhonnête des dits “rénovateurs” sur l’inexistante fraude électorale ont démontré à ce moment leurs loyautés fondamentales – qui sont tout sauf des loyautés révolutionnaires.

On peut dire la même chose de la période entre le 15 février et le 19 mars de cette année au sujet de la Libye. Ce sont des moments où les personnes expriment leurs réactions instinctivement. Dans les deux cas, la Libye aujourd’hui et le Nicaragua en 2008, les réactions d’une grande partie de la gauche occidentale ont révélé leur loyauté à une idéologie de type néo-colonial. Dans cette réalité il reste de nombreuses tâches à accomplir pour combattre ce que le Forum de Sao Paulo appelle la contre-attaque de l’impérialisme. Il ne faut pas perdre de temps avec une gauche occidentale qui a démontré sa capacité de collaborer aux moments-clefs avec ce système impérial.

Dick Emanuelsson, Jorge Capelán et Toni Solo

30 mai 2011

source : http://www.radiolaprimerisima.com/b...

Traduction : Thierry Deronne http://www.larevolucionvive.org.ve/...

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http://www.legrandsoir.info/Libye-adieu-Rebelion-au-revoir-gauche-occidentale.html


1-5 Jean-Claude Paye : L’oxymore de la guerre humanitaire.
La guerre est la paix et la paix est la guerre. L’intervention militaire libyenne s’identifie à la paix puisqu’elle est déclenchée au nom de la sauvegarde des populations.
Le discours de nos gouvernants est un élément essentiel pour comprendre l’intervention militaire en Libye. S’il ne permet pas de saisir ce qui se passe sur le terrain, ni les enjeux matériels du conflit, il permet de voir que la "guerre humanitaire" est aussi une guerre contre le langage. Elle nous place dans l’image et supprime ainsi toute possibilité d’opposition.
Par exemple, la tribune du 15 avril, de Barack Obama, Nicolas Sarkozy et David Cameron, publiée conjointement par "The Times", "The International Herald Tribune", "Al-Hayat" et "Le Figaro", nous communique qu’"il ne s’agit pas d’évincer Kadhafi par la force. Mais il est impossible d’imaginer que la Libye ait un avenir avec Kadhafi." Cette déclaration met ensemble deux propositions contradictoires. Il ne s’agirait pas d’une action militaire contre Kadhafi, mais il est impensable que, à la suite de cette intervention, celui-ci reste au pouvoir.
Cette proposition s’inscrit parfaitement dans l’oxymore construit par la guerre humanitaire : deux termes qui s’excluent et qui ici sont fusionnés. Cette procédure a pour effet de renverser le sens de chaque notion. La guerre est la paix et la paix est la guerre. L’intervention militaire s’identifie à la paix puisqu’elle est déclenchée au nom de la sauvegarde des populations. Quant à l’intentionnalité humanitaire, elle exclut toute négociation et se réalise uniquement par des moyens militaires.
Le but humanitaire énoncé n’est pas mis en rapport avec les moyens militaires engagés et leurs conséquences sur les populations. Le déchiffrage du réel ne pourrait être qu’une entrave à la réalisation des objectifs de cette guerre : la protection de populations sans défense
Ainsi, les faits ne sont pas refoulés, mais leur observation est suspendue afin de laisser la place au regard, au sens donné. Il s’agit de libérer celui-ci de l’observation des objets, afin de faire voir l’intériorité de la guerre humanitaire, son intentionnalité : l’amour de la victime.
La tribune nous confirme que c’est bien l’appel des victimes qui serait à la base de l’intervention militaire. Mais, en déclarant "qu’il est impensable que quelqu’un qui ait voulu massacrer son propre peuple joue un rôle dans un futur gouvernement libyen", elle ajoute un élément supplémentaire, celui de la capacité de nos gouvernants d’anticiper le cri des populations. Cette anticipation nous confirme qu’elle ne porte pas sur les victimes concrètes, mais sur leur image.
Ce ne sont pas la matérialité des faits, la répression subie ou les massacres réalisés qui permettent de désigner la victime, mais uniquement le regard pur, libéré de tout objet de perception, que le pouvoir porte sur les événements. Les habitants de l’émirat de Barhein, bien que réprimés violemment par leurs gouvernants avec l’appui de troupes d’une puissance étrangère, l’Arabie saoudite, ne sont pas désignés comme des victimes. Au contraire, les populations libyennes ne peuvent qu’être massacrées par Kadhafi, bien qu’aucune preuve n’ait été avancée, à part les intentions proclamées par le dictateur lui-même.
La voix des populations pilonnées par Kadhafi est installation d’une image, d’un signifié originaire qui nous installe dans la psychose. Elle est création d’un nouveau réel, libéré de la fonction langagière et qui se saisit de nous. Ici aussi, la perception des faits doit être mise en parenthèses. La voix des victimes est le support d’une création ex nihilo. Il s’agit de la procréation d’un nouveau réel, celui de la mise en place d’un nouvel ordre international, non plus structuré par des oppositions et des conflits d’intérêts, mais par l’amour de nos gouvernants envers les peuples victimes des tyrans.
La voix, portée par l’image de la victime, nous appelle de l’extérieur, mais ne parle pas. Son action est silencieuse, mais dit la vérité. Elle se pose en tant que sens, en tant que signifié originaire. Elle est ce qui se met à la place de ce que Lacan, travaillant sur la structure psychotique, a désigné comme le signifiant originaire, le symboliquement réel, la part du réel qui est directement symbolisée. Le logos, le symboliquement réel, en tant qu’il permet l’inscription du réel, est possibilité d’un devenir. L’image de la voix de la victime, quant à elle, annule toute inscription, toute capacité de symbolisation du réel.
Elle supprime la fonction de la parole et ainsi toute possibilité d’opposition. Elle nous installe dans un silence traumatique.
La guerre humanitaire, ordonnée par l’image de la victime, nous introduit ainsi directement dans le sacré. Les massacres, empêchés par l’intervention militaire, existent grâce à l’image de la voix des victimes que les dirigeants occidentaux ont préventivement su entendre. La violence du dictateur, exposée dans le discours, apparaît sans objet.
Elle a, comme René Girard l’a théorisé, dans "La violence et le sacré", un caractère originaire.
Elle prend aussi la forme de la vengeance, de deux violences mimétiques, l’une hors la loi, les massacres que Kadhafi ne peut que réaliser, et l’autre, au-delà de la loi, fondée sur le sacré, sur l’amour de la victime Il n’y a plus de tiers, l’Onu est annulé. Son autorisation de procéder à la création d’un espace aérien, afin de protéger les populations, est non seulement immédiatement violée par l’engagement aux côtés des insurgés, mais aussi dénié par le discours, par la déclaration concomitante que Kadhafi doit partir. L’image de la victime nous place hors langage. Elle renverse ainsi la loi et supprime tout cran d’arrêt à la violence.

Jean-Claude Paye

Sociologue
27/05

http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/663505/l-oxymore-de-la-guerre-humanitaire.html

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