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08/06/2011

n°582 - Dossier de Palestine - 08-06 - début - : Célébrer 63 années de nettoyage ethnique...

 


n°582 - Dossier de Palestine - 08-06  - début - : Célébrer 63 années de nettoyage ethnique...



L'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources



Dossier de Palestine

n°582                                                    08-06

C.De Broeder & M.Lemaire



Vous retrouverez ce journal 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

 

c) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

d) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire

Tiré a part

Les israéliens se bousculent pour un deuxième passeport.

1 Dossier

1-1 Nakba 63, c’est le moment du retour : Tsahal tue et blesse de tous les côtés.  

1-2 Michel Collon : "On ne peut pas dire la vérité à la télé. Il y a trop de gens qui regardent !"

1-3 Eva Bartlett : Invincibles, les Flottilles de la Liberté se multiplient.

Suite-

1-4 La seconde flottille déterminée à forcer le blocus israélien.

1-5 Robert Bibeau : BANTHOUSTAN PALESTINIEN ?

2 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

2-1 Mick Napier : Le Premier ministre d’Écosse demande des sanctions contre Israël.

3 Analyse - Géopolitique et stratégie – Réflexion.

3-1 LE COMBAT OBAMA – NETANYAHU : LA REVANCHE

Fin

3-2 Salem Ferdi : Obama rate le printemps arabe.

3-3 Omar Barghouti : Obama, le printemps arabe, et le manque de pertinence de ses discours.

3-4 The Jerusalem Fund : Ce que veut dire et ne veut pas dire l'ouverture de Rafah…

3-5 Khaled Amayreh : Célébrer 63 années de nettoyage ethnique...

3-6 Un rapport explosif de B'Tselem : L'annexion israélienne de la vallée du Jourdain et du nord de la Mer Morte.



Tiré a part

Les israéliens se bousculent pour un deuxième passeport.

A lire absolument un excellent article traduit de l'anglais  :

http://www.centpapiers.com/les-israeliens-se-bousculent-pour-un-deuxieme-passeport/72477



1 Dossier

Ndlr :La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information

1-1 Nakba 63, c’est le moment du retour : Tsahal tue et blesse de tous les côtés.  

La tension était vive dimanche à Jérusalem-Est AlQuds occupée, dans les territoires palestiniens de 1948, en Cisjordanie, dans la Bande de Gaza, au Liban et en Syrie, durant la commémoration de la "Nakba" (la catastrophe).
La date commémore l’usurpation de la Palestine et l’expulsion de plus de 800.000 Palestiniens de quelques 700 villages, détruits ultérieurement dans leur majeure partie . Sachant que quelque 70 massacres avaient précédé cette expulsion forcée , causant la mort de 15.000 Palestiniens.
Cette année, et pour la première fois depuis 63 années, des milliers de Palestiniens venus de plusieurs régions palestiniennes et arabes, en particulier libanaises et syriennes se sont rendus vers la frontière avec la Palestine usurpée pour commémorer cette douloureuse occasion.
Leur slogan pour cette année: la Nakba c'est fini! c'est le moment du retour!
Qalandia: les heurts se poursuivent: un martyr et des dizaines de blessés
Ce dimanche, des heurts ont éclaté dès le matin dans le quartier arabe d'Issawiya ainsi que dans le camp de réfugiés de Chouafat et au checkpoint de Kalandia, à l'entrée de Jérusalem AlQuds occupée.
Selon un dernier bilan ( 14h44 GMT) il y a eu un martyr et plusieurs dizaines ont été blessés par des tirs israéliens. Dans l’après-midi, les affrontements se sont poursuivis.
Les manifestants lançaient des pierres et les forces israéliennes ripostaient en tirant des grenades lacrymogènes et des balles caoutchoutées.
Un des blessés, atteint à la tête par une balle caoutchoutée, est dans un état grave, selon des sources médicales et des témoins.
Une porte-parole militaire israélienne a de son côté fait état de "confrontations entre quelque 200 manifestants et des garde-frontières".
Samedi, l’armée israélienne qui a ouvert le feu contre les manifestants Palestiniens du quartier de Selwane à Jérusalem AlQuds occupée, avant blessé mortellement un jeune adolescent de 16 ans, Milad Samir Ayyache.
Dans la nuit de samedi à dimanche, des affrontements avaient été signalés dans la Ville sainte.
13 Palestiniens ont été interpellés , ce qui porte à plus de soixante le nombre de Palestiniens arrêtés depuis le début des commémorations vendredi, selon le porte-parole de la police israélienne.
Ailleurs; l'armée israélienne a fait état d'incidents à Birzeit, qui héberge la principale université palestinienne, et dans la région de Hébron (sud).
Interrogé dimanche à la radio publique, un haut gradé israélien en Cisjordanie a précisé que ses forces œuvraient "en coordination avec les services de sécurité de l'Autorité palestinienne" du président Mahmoud Abbas pour assurer le contrôle de la situation.
Bande de Gaza : un martyr et plus de 60 blessés
Alors que dans le nord de la bande de Gaza, un palestinien a été tué et 60 autres ont été blessés, dont de nombreux enfants, lorsque l'armée israélienne a ouvert le feu sur une foule de jeunes Palestiniens se dirigeant vers le côté gazaouie du terminal frontalier avec l’entité sioniste à Beit Hanoune (Eretz), selon un porte-parole des services d'urgences de Gaza.
Selon des correspondants de l'AFP, des blindés israéliens ont tiré des coups de semonce en l'air. Alors que l’agence palestinienne Maan a affirmé que les tirs de blindés avaient été dirigés en direction des manifestants.
Citant des témoins, l’agence palestinienne indique que les soldats de l’occupation ont aussi utilisé des pour tirer contre les manifestants. Les blessés ont été atteints à la tête et au ventre.
Selon la radio israélienne, quelque 10.000 policiers et gardes-frontières sont en état de mobilisation. L'armée a par ailleurs déployé sept bataillons supplémentaires (environ 3.500 hommes) en Cisjordanie occupée contre laquelle l'armée israélienne a imposé un bouclage strict de samedi minuit (21H00 GMT) jusqu'à la même heure dimanche.
Majdal Shams occupée investie par les jeunes palestiniens
Au Golan syrien occupé, l’armée de l’ennemi sioniste a ouvert le feu contre des milliers de manifestants palestiniens et syriens qui s'étaient rendus vers le village de Aïn ElTineh, située en face de la localité occupée de Majdal Shams. Dans les images diffusées par la chaîne d'Almanar, les manifestants se sont trouvés dans un face à face avec des dizaines de soldats israéliens armés jusqu'aux dents qui ont alors ouvert le feu.
Plusieurs manifestants ont été blessés. Il y aurait eu 4 manifestants tués, et une centaine de palestiniens ont été blessés.
Selon le correspondant d'AlManar en Syrie, certains manifestants sont parvenus à investir la localité occupée par Israël de Majdal Shams.
Au Liban, quatre jeunes martyrs et des blessés
Au Liban où une grande marche a été organisée, comprenant des milliers de réfugiés palestiniens venus des camps palestiniens de toutes les régions, lesquels se sont rendus vers la l’emblématique localité libanaise Maroune Rass située aux confins avec la Palestine usurpée.
Les bus portaient des noms de localités arabes d’où les Palestiniens ont été expulsés comme Haïfa ou Oum el-Fahm.
"Le but de la marche est de rappeler aux nouvelles générations nées hors des frontières de la patrie que des terres de nos pères et grands-pères ont été usurpées par les juifs, qu'on a été chassé de là-bas et que nous devons récupérer ces terres", a affirmé l'un des organisateurs Ayad Abou al-Aynayn.
Alors que du côté israélien, zone décrétée « zone militaire interdite d'accès pour la journée de dimanche » selon une porte-parole militaire, les militaires israéliens étaient en état d’alerte. Samedi, Tel Aviv avait envoyé un ultimatum aux autorités libanaises les mettant en garde contre toute escalade à la frontière.
« Par notre âme, par notre sang, nous nous sacrifions pour toi Palestine » scandaient les manifestants palestiniens à Maroune ErRas localité sudiste emblématique vu que les forces armées israéliennes ont été incapables de l'investir durant la dernière guerre israélienne contre le Liban en 2006.
Après la prière de midi, un festival a eu lieu au cours duquels des discours ont été prononcés par des responsables palestiniens. Des milliers de ballons aux couleurs du drapeau palestinien et transportant le drapeau palestinien ont été dépêchés.
Durant les festivités, des centaines de jeunes palestiniens se sont approchés de la barrière frontalière entre le Liban et la Palestine jetant des pierres contre les soldats israéliens. Ce à quoi ces derniers ont riposté en ouvrant le feu d’une façon ciblée, tirant sur les têtes et les poitrines, selon le correspondant d'AlManar.
Il y aurait eu quatre martyrs et des dizaines de blessés.
Tel Aviv: une petite vengeance?
A Tel Aviv, et dans ce qui semble être une riposte à l’assassinat du jeune Ayyache, un camionneur palestinien de 22 ans a percuté en début de matinée un bus et au moins quatre véhicules, faisant un tué et au moins cinq blessés, selon la police. Selon l’AFP, la police israélienne s'efforce de déterminer s'il s'agit d'un accident ou pas.
En guise de riposte officielle le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s’est contenté de s’étonner : “Il est regrettable que des extrémistes prennent prétexte de l'anniversaire de la création de la démocratie israélienne pour répandre la haine", a déclaré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

15/05 

 http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=15533&cid=18&fromval=1&frid=18&seccatid=20&s1=1


MICHEL COLLON CONTRE LES MEDIA MENSONGES

1-2 Michel Collon : "On ne peut pas dire la vérité à la télé. Il y a trop de gens qui regardent !"

Interview : Julien Versteegh
Sommes-nous bien informés sur Gaza, le Hamas, l'Histoire ?

Pourquoi ce divorce entre l'opinion des "Vieux Européens" et les citoyens d'origine immigrée ?

Que peut-on faire pour surmonter ce fossé? Michel Collon, spécialiste des conflits, répond aux questions « provocantes » de l'hebdomadaire belge Solidaire.
La crise économique et les soucis quotidiens occupent les esprits et Gaza passe peut-être en second plan dans le quotidien des travailleurs. Pourquoi ?
Michel Collon. Coluche disait « On ne peut pas dire la vérité à la télé, il y a trop de gens qui regardent ». La question à poser à la population belge est : pensez-vous être bien informés ? Croyez-vous que dans une région comme le Moyen-Orient avec toute la richesse du pétrole, on va vous dire la vérité ?
Les médias et l’école cachent soigneusement comment Israël s’est imposé. Imaginez ceci… Vous Belges, vivant et travaillant ici depuis des générations, tout d’un coup, des gens débarquent : « Nos ancêtres vivaient ici il y a deux mille ans, notre Dieu a dit que cette Terre nous appartient, allez ouste, dehors ! » Vous devez quitter votre maison, vos champs, vos richesses et aller vivre dans des tentes. D’abord, les envahisseurs prennent Bruxelles, Anvers, le Hainaut. Un peu plus tard, Liège et la Flandre occidentale. Ils bloquent toutes les routes avec un grand mur. Et finalement, vous vous retrouvez tous parqués autour d’Ostende et au fond des Ardennes. Dans des conditions de vie misérables. En plus, on vous traite de menteurs, de violents, de terroristes. Eh bien, remplacez Ostende par Gaza, et les Ardennes, par la Cisjordanie, vous avez exactement ce qu’a fait Israël !
A propos de désinformation, les Belges ont quand même eu un fameux avertissement, non ? La RTBF a réussi à leur faire croire que la Belgique avait disparu en une soirée. Alors, prudence ! Dans les années 80, au Nicaragua, un gouvernement de gauche voulait éliminer la pauvreté et résister aux États-Unis. Le Nicaragua a été attaqué par des terroristes financés par la CIA, et diabolisé par les médias. Les sandinistes ont été chassés et le pays est retourné à la misère. Un prêtre nicaraguayen, alors ministre de la culture, disait : « Quand je vois ce que les médias racontent sur mon pays que je connais bien, je me dis que je ne dois rien croire de ce qu’ils racontent sur les pays que je ne connais pas ».
Le grand problème, des Belges, des Français, des Européens sur le conflit israélo-palestinien c’est qu’ils sont désinformés. Avec quelques rares exceptions, la télé se met du côté d’Israël. Ces derniers jours, elle a fini par montrer les crimes d’Israël. Mais tant qu’on le présente comme “ripostant à des roquettes”, on justifie le colonialisme.

Quand même le Hamas a commencé et il prend la population palestinienne en otage, non ?
Michel Collon. Non. A propos des roquettes tirées sur des villes israéliennes, on ne nous dit pas que des Palestiniens (Hamas, Fatah et individus) les tirent sur des villes dont on a chassé leurs parents. Ils y habitaient avant ! Pourquoi le cache-t-on ? Mais surtout : le Hamas a respecté la trêve pendant des mois. Or, cette trêve avait plusieurs conditions. Israël devait lever le blocus qui étranglait Gaza, il ne l’a pas fait. Il ne devait plus commettre d’agressions militaires, il en a commis. L’Égypte devait ouvrir ses frontières, cela n’a pas été fait. En réalité, c’est Israël qui n’a pas respecté la trêve.

Le Hamas, c’est quand même des fondamentalistes. Des progressistes peuvent-ils les soutenir ?
Michel Collon. D’abord, pendant des décennies, quand le Hamas n’existait pas encore, Israël a tout fait pour détruire le Fatah d’Arafat et les mouvements palestiniens de gauche. Ensuite, comme le Hebzollah au Liban, le Hamas semble d’accord de respecter le mode de vie de l’ensemble des populations à Gaza.

Les gens ont voté Hamas, s’estimant trahis par les précédents dirigeants palestiniens. Si vous interrogez des Palestiniens de gauche et laïcs, ils ont voté pour le Hamas parce c’est le parti qui résiste. Il est faux de dire que le Hamas prend les Palestiniens en otage, ce sont tous les Palestiniens refusent et refuseront toujours la colonisation, même si demain le Hamas était totalement détruit.
Enfin, on nous dit ensuite de façon un peu raciste que ces gens sont des musulmans et qu’ils sont des fanatiques… Qu’on m’explique alors pourquoi les USA organisent des coups d’Etat pour renverser Chavez, un fervent chrétien ! Ou Evo Morales, un Indien. Au Venezuela, avant Chavez, 80 années de richesse pétrolière ont produit 80 % de pauvres. L’argent partait dans les poches d’Exxon. Chavez, Evo, les Irakiens ou les Palestiniens : rien à voir avec la religion, tout à voir avec le pillage des ressources de ces pays.


Mais en Palestine, il y a peu de ressources naturelles…
Michel Collon. Le Moyen-Orient forme un ensemble. Les Arabes se voient comme une seule nation. Ce sont les colonisateurs qui ont divisé la région pour mieux la contrôler. Les Britanniques, puis les États-Unis ont veillé à mettre le pétrole aux mains des rois, des riches saoudiens et autres marionnettes pendant que le reste du monde arabe se débat dans la pauvreté et le sous-développement. Israël est surarmé par Washington pour être le gendarme du Moyen-Orient. De plus, il veut construire un pipe-line qui en fera le distributeur du pétrole irakien sur la Méditerranée.


Israël prétend qu’il n’y a personne en face pour négocier et que la paix est impossible.
Michel Collon. La paix est possible au Moyen-Orient. Il faut créer un seul État garantissant tous les droits à tous : juifs, musulmans, chrétiens ou athées. Un État ne peut pas être fondé sur une religion privilégiée, excluant ou rabaissant les autres. Un seul État, un homme une voix, et le droit au retour pour ceux qui ont été chassés.
Beaucoup de Palestiniens et d’Israéliens pensent qu’il faudra une solution transitoire avec deux États. A eux de trancher. Sans doute qu’avec toute la haine qui a été semée, il faudra une ou deux générations pour arriver à une coexistence harmonieuse. En tout cas, je maintiens qu’Israël est l’État le plus raciste au monde, pratiquant le nettoyage ethnique contre les Arabes. Pour arriver à une solution il faut mettre fin à ce racisme. Un État comportant plusieurs cultures n’est pas un appauvrissement, mais un enrichissement.
Je pense qu’avec ces provocations et ces destructions terribles, Israël ne veut pas la paix. Il refuse de négocier en sachant que cela risque de provoquer des attentats. Il aura ainsi un prétexte pour justifier ses nouvelles déportations et annexions.

Le ministre belge des affaires étrangères Karel De Gucht et ses collègues européens semblent prendre une position neutre dans l’histoire…
Michel Collon. De Gucht n’est absolument pas neutre, et l’U.E. non plus. Elle vient de voter pour Israël un statut de quasi-membre de l’Union européenne alors qu’Israël viole toutes les résolutions de l’ONU et le droit international depuis des dizaines d’années ! Elle a qualifié de ‘terroriste’ le gouvernement Hamas élu démocratiquement, ce qui a donné le feu vert à l’agression. Quand la ministre des affaires étrangères israélienne dit qu’Israël défend les valeurs de la communauté internationale devant Sarkozy, celui-ci applaudit.

 

Quand on voit comment Sarkozy, Merkel, De Gucht et compagnie ont soutenu Israël tout le temps, je dis que ce sont eux qui bombardent en notre nom. Va-t-on continuer à le tolérer ?
C’est surtout la population belge d’origine immigrée qui se mobilise actuellement. Pourquoi y a-t-il encore tellement d’indifférence et de passivité des travailleurs « belgo-belges » ?
Michel Collon. Ils sont maintenus dans l’ignorance. Mais la guerre en Palestine fait partie d’une guerre globale Nord - Sud qu’on mène en notre nom. On ne peut comprendre le monde d’aujourd’hui si on ne comprend pas pourquoi la richesse est au Nord et la pauvreté au Sud.
Les grosses sociétés européennes ont volé l’or et l’argent de l’Amérique latine, les minerais, le caoutchouc et les esclaves de l’Afrique (avec notre Léopold II coupant les mains quand on refusait de travailler pour lui), et le pétrole du Moyen-Orient. Aujourd’hui, le tiers monde reste pauvre car les multinationales s’y installent en payant les travailleurs une misère, en interdisant les syndicats, en corrompant les dirigeants politiques et la police.

 

Donc, toute la richesse du Sud continue de partir vers le Nord. Ceci place les travailleurs belges devant un choix moral : se ranger du côté des volés ou des voleurs ? Réclamer justice ou faire l’autruche en espérant profiter un peu du vol ?
Nous devrions témoigner de plus de curiosité et d’ouverture. En Belgique, nous avons la chance d’avoir des immigrés, y compris des travailleurs sans-papiers. Il faut parler avec eux, les écouter. On peut en apprendre beaucoup ! Les Arabes vous expliqueront ce qu’a fait l’Europe au Moyen-Orient depuis des siècles. Les Noirs vous expliqueront ce qu’elle a fait au Congo. Les Latinos pourquoi il y a encore 44 % de pauvres alors que l’Amérique latine est très riche.
Je compare la situation actuelle au Titanic. Avec les très riches en première classe, les classes moyennes et les travailleurs qui sont dans la troisième classe sans beaucoup de confort mais ils sont dans le bateau.
Seulement le Titanic fonce vers le désastre car le capitaine et surtout les armateurs gagnent gros. Sur le dos de ceux qui rament, les esclaves du Sud, et sur le dos des travailleurs du Nord. En les appauvrissant et en nous appauvrissant continuellement, ils provoquent la crise, car ils n’ont plus personne à qui vendre.
Les travailleurs belges veulent-ils rester dans le Titanic, fondé sur l’appauvrissement du tiers-monde, un système qui, après la crise financière, s’en prépare d’autres, peut-être plus graves encore ? Le nombre de pauvres n’a cessé d’augmenter dans le monde depuis 20 ans. Veut-on couler avec le Titanic ou choisir une autre façon de naviguer basée sur des rapports Nord-Sud justes ?


Que faire alors ?
Michel Collon. Depuis quelques années, je travaille avec l’équipe Investig’Action, et mon site www.michelcollon.info pour décoder l’info, donner la parole aux exclus de l’info officielle, montrer les images cachées, apprendre à repérer les médiamensonges. Beaucoup de gens m’écrivent, dégoûtés par la presse et découragés, car on ne les écoute pas.
Il faut une stratégie collective pour que les gens puissent tester l’info et devenir actifs. L’info est un droit qui se conquiert et ne tombe pas du ciel. Comme tous les autres droits. Ca nécessite une démarche active. Par exemple, si un responsable syndical a encore un doute sur qui est l’agresseur et le colonisateur entre Israël et les Palestiniens, qu’il organise donc pour tous ses affiliés un débat avec les deux parties, qu’il s’informe sur Internet, auprès des syndicalistes palestiniens et auprès de ceux que la télé exclut de ses débats !
Pour conquérir le droit à une information de qualité, complète et non manipulée par des intérêts, nous avons besoin d’un mouvement citoyen pour l’information, à la base. « Nous sommes tous des journalistes ! »
http://www.ptb.be/fr/hebdomadaire/


1-3 Eva Bartlett : Invincibles, les Flottilles de la Liberté se multiplient.

Un nouveau mémorial flambant neuf se dresse au centre du port endommagé de Gaza. Flanqué des drapeaux des différents pays dont les citoyens ont tenté d’atteindre Gaza en bateau pour mettre en avant le siège impitoyable de Gaza, le mémorial porte les noms des militants du mouvement turc de la solidarité qui sont morts il y a un an quand les membres d’un commandé israélien arrivés par les airs au dessus de la Flottille de la Liberté ont tiré avec des fusils mitrailleurs, faisant 9 morts et plus de 50 blessés parmi les civils qui se trouvaient sur le bateau.

Un an après l’attaque illégale israélienne de la flottille et l’enlèvement de plus de 600 civils dans les eaux internationales, le port de Gaza fourmille de gens pleins d’énergie : ils sont venus commémorer les morts et annoncer les bateaux de la Flottille numéro 2 qui vont arriver prochainement à Gaza. Le Premier ministre palestinien Ismail Haniya fait un discours pour remercier les militants turcs et leur gouvernement pour leur soutien indéfectible à la Palestine.

Depuis les bateaux "Free Gaza" arrivés en 2008 - les premiers bateaux à briser le blocus et les premiers bateaux à s’amarrer dans les docks de Gaza depuis qu’Israël à investi la bande de Gaza en 1967 - le mouvement qui amène des bateaux à Gaza s’est développé de manière exponentielle. Free Gaza a réussi à rentrer cinq fois dans le port de Gaza et quatre autres expéditions ont été violemment contrecarrées par la marine israélienne.

L’expédition maritime de 2008 a été interrompue par un navire de guerre israélien qui a arraisonné un bateau de Free Gaza transportant du matériel médical, des militants non violents, des chirurgiens et des journalistes. La tentative de 2009 a avorté quand les soldats israéliens sont montés à l’abordage et se sont mis à battre et à kidnapper les passagers qui se trouvaient pourtant dans les eaux internationales. En juin 2009, un autre bateau a été stoppé par la marine israélienne et ses passagers ont été kidnappés et déportés.

Les différents bateaux transportaient des militants non violents, des journalistes de presse et de télévision, des parlementaires européens, des juifs solidaires de la Palestine dont des survivants de l’holocauste et des militants et des journalistes israéliens et même des Palestiniens qui ne peuvent pas sortir de Gaza pour aller étudier dans des universités étrangères ou qui n’ont pas le droit de rentrer à Gaza pour rejoindre leurs familles.

Israël bloque le passage des bateaux qui veulent rentrer et sortir de Gaza sous le prétexte de la sécurité pour soi-disant empêcher que des armes de contrebande n’entrent à Gaza. Dans tous les bateaux qui ont été arraisonnés et emmenés de force en Israël on n’a trouvé que de l’approvisionnement humanitaire. Loin de défaire le mouvement des bateaux vers Gaza, les agressions d’Israël ont eu l’effet inverse.

Des bateaux en provenance de Libye, de Malaisie et un bateau transportant des militants juifs ont fait route sur Gaza et ont été bloqués par des navires de guerre israéliens avant d’arriver à la bande de Gaza. Il y a deux semaines, des soldats israéliens ont tiré sur un navire d’aide humanitaire malaisien qui transportait des canalisations pour un projet sanitaire à Gaza et l’ont obligé à aller dans un port égyptien.

En mai 2010, Free Gaza, soutenu par l’organisation humanitaire turque IHH, a envoyé à nouveau des bateaux et des militants vers la bande de Gaza assiégée, cette fois accompagnés par la grand bateau turc le Mavi Marmara. Quand les six navires de la Flottille de la Liberté et leurs 600 passagers ont approché Gaza, les commandos israéliens se sont mis à tirer avec des fusils mitrailleurs sur les navires qui se trouvaient dans les eaux internationales. Grâce à la retransmission par satellite, l’assaut a été enregistré et retransmis à des spectateurs incrédules à Gaza et dans le monde entier.

Keven Niesh, un militant canadien de 53 ans qui se trouvait à bord du Mavi Marmara a décrit les meurtres. "Il y avait plusieurs hommes qui avaient deux impacts de balles côte à côte sur le côté de la tête -ils ont clairement été exécutés" a dit Neish à Counter Punch dans un interview après le massacre de la Flottille l’année dernière.

Les militants internationaux ne se sont pas laissés décourager par les massacres de l’année dernière et ils ont organisé la Flottille de la Liberté numéro 2 qui doit prendre la mer dans un mois avec au moins 10 bateaux et plus de 1000 militants. Des bateaux canadiens et étasuniens se joindront à l’Europe, la Turquie et d’autres pays.

Tout de suite après le massacre de l’année dernière, les autorités égyptiennes ont ouvert partiellement le passage de Rafah. Pour faire taire les critiques, les autorités israéliennes ont ensuite annoncé un allègement du siège de Gaza. Mathilde De Riedmatten, du Comité International de la Croix Rouge (CICR), a fait remarquer dans un interview de mai 2011 que "l’entrée des marchandises dans Gaza est toujours très limité non seulement en termes de quantités mais en termes de choix de produits autorisés."

Plus récemment, les autorités égyptiennes ont annoncé l’ouverture continue du passage de Rafah.

Le Centre palestinien des droits de l’homme (CPDH) cependant note que ce changement n’aura pas d’impact sur les importations ni les exportations ni sur l’économie de Gaza. "Ces procédures ne soulageront pas les souffrances des civils Palestiniens ni ne changeront la situation économique causée par le strict blocus imposé à la bande de Gaza" selon le CPDH.

Le CPDH demande "que soit levé le siège israélien imposé à la bande de Gaza, que les barrages soient ouverts pour permettre les transactions commerciales et la liberté de mouvement des personnes y compris les mouvements entre la bande de Gaza et la Cisjordanie par les points de passage contrôlés par les forces d’occupation israéliennes."

Le siège de Gaza a un impact sur l’eau potable (95% de l’eau de Gaza a une qualité inférieure aux normes de l’organisation mondiale de la santé), le système sanitaire ( les eaux usées sont pompées quotidiennement dans la mer par manque de capacité de stockage), et les secteurs de l’agriculture et de la pèche (les soldats israéliens tirent tous les jours sur les pécheurs et les fermiers). Les niveaux du chômage et de la malnutrition montent en flèche, il y a sans arrêt des pannes d’électricité qui endommagent le matériel hospitalier et les Palestiniens continuent de vivre dans ce que de plus en plus de personnes extérieures appellent "une prison à ciel ouvert". Le pianiste de renom, Anton Kuerti, qui soutient le bateau canadien pour Gaza, dit que le siège a fait de Gaza un endroit "qui ressemble trait pour trait à un camp de concentration".

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon a suggéré que les nations empêchent leurs citoyens de prendre la mer en disant que les gouvernements devraient "utiliser leur influence pour décourager de telles flottilles qui peuvent engendrer une escalade de la violence."

L’avocat de Free Gaza dit que "la flottille ne viole aucune loi internationale ni aucune loi maritime de sorte qu’une interdiction absolue de naviguer vers Gaza viole le droit des Palestiniens de contrôler leurs propres ports et leur propre vie."

La Turquie a demandé à Israël de s’excuser et d’indemniser les familles des militants assassinés et le ministre des Affaires étrangères turc, Ahmet Davutoglu, a dit sur la chaîne de télévision NTV que "la Turquie répondrait comme il se doit à une autre provocation d’Israël en haute mer."

David Heap, un militant très engagé de Un bateau canadien pour Gaza, dit que les participants de la flottille de la liberté n’ont pas peur. "Nos gouvernements trahissent les Palestiniens de Gaza, la société civile doit prendre la relève."

Tout comme Free Gaza, le but de la grande flottille est de mettre fin au siège de Gaza. Le bateau canadien pour Gaza (CBG) "remettra en question la politique étrangère canadienne et le soutien inconditionnel aux crimes de guerre israéliens par le gouvernement actuel."

Eva Bartlett

* Eva Bartlett est une avocate canadienne spécialisée dans les droits de l’homme. Elle vit actuellement dans la bande de Gaza.

IPS

3 juin

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=10699


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