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12/06/2011

n°478 - dossiers de l'Afghanistan - 12-06- : Fin - : Les Américains de plus en plus pour un retrait des troupes.


Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



dossiers de l'Afghanistan 

n°478 du 12-06

C.De Broeder & M.Lemaire

 



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



 Le "Afghanistan le dossier" est  visible  sur mes blogs : 

a)   sur nos blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

c) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

 

d) un sommaire à :  http://www.palestine-solidarite.org/journaux.CathyetMarc.htm

cette page est accessible depuis la page d'accueil ( http://www.palestine-solidarite.org/ ) colonne de gauche.

NB : Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 


Sommaire :  

3 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

3-1 Adolfo Pérez Esquivel : de Nobel à Nobel, une lettre au Président des Etats-Unis...

3-2 Article Liberation - un jeune afghan est mort.

4 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

4-1 Manlio Dinucci : L’art de la guerre.

4-2 M. K. Bhadrakumar : Les USA insufflent une nouvelle guerre froide.



3 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

3-1 Adolfo Pérez Esquivel : de Nobel à Nobel, une lettre au Président des Etats-Unis...

Adolfo Pérez Esquivel : Cher Barack :En t’adressant cette lettre, je le fais fraternellement afin de t’exprimer mon inquiétude et mon indignation de voir comment la destruction et la mort ont pu être semées dans plusieurs pays, au nom de la “liberté et de la démocratie”, des paroles prostituées et vidées de leur contenu afin de justifier un assassinat fêté comme s’il s’agissait d’un évènement sportif.

Indignation face à l’attitude d’une partie du peuple des U.S.A., des Chefs d’Etats Européens ainsi que d’autres pays qui se sont réjouis de l’assassinat de Bin Laden, ordonné par ton gouvernement et ta complaisance au nom d’une pseudo justice.

Vous n’avez pas cherché à l’arrêter afin de le juger pour les crimes qu’il est supposé avoir commis, ce qui engendre le plus grand doute ; l’objectif était de l’assassiner.

Les morts ne parlent pas et face à la crainte de voir l’accusé révéler des faits dérangeants pour les U.S.A., l’issue résidait dans le meurtre avec la conviction « qu’une fois le chien tué, la rage serait éradiquée », sans prendre conscience que vous ne feriez que la propager.

Quand le Prix Nobel de la Paix t’a été décerné, prix dont nous sommes dépositaires en tant que lauréats, je t’ai adressé un courrier où je déclarais : “Barack, j’ai été très surpris que le Prix Nobel de la Paix t’ait été décerné, mais dorénavant en tant que lauréat, tu dois le mettre au service de la paix entre les peuples ; tu as toutes les possibilités de le faire, en mettant fin aux guerres et en t’engageant dans la résolution de la grave situation que vivent ton pays et le monde”.

Tu as hélas alimenté la haine en trahissant les engagements pris vis-à-vis de ton peuple pendant la campagne électorale, notamment de mettre fin aux conflits en Afghanistan et en Irak et de fermer les prisons de Guantánamo et d’Abou Graib en Irak. Non seulement tu ne les a pas tenus, mais tu t’es au contraire engagé dans une guerre contre la Libye, en t’appuyant sur l’OTAN et la honteuse résolution des Nations-Unies la soutenant ; Quand cette organisation majeure, amoindrie et dépourvue de son autonomie de pensée, s’est trouvée dévoyée par sa soumission aux volontés et intérêts des puissances dominantes.

Dans les fondements de l’ONU figurent la défense et la promotion de la paix et de la dignité entre les peuples. Son préambule affirme : “Nous, peuples du monde…”, absents à l’heure actuelle de cet organe suprême.

Je veux évoquer ici un mystique et maître qui a eu une grande influence dans ma vie, le moine trappiste de l’Abbaye de Gethsémani au Kentucky, Thomas Merton, qui a déclaré : “Le plus grand besoin de notre époque consiste à nous purger de l’énorme quantité de déchets mentaux et émotionnels qui pèse sur nos esprits et réduit toute la vie politique et sociale à une aliénation de masse. Sans cette purge domestique, nous ne saurions commencer à voir. Et si nous ne voyons pas nous ne pouvons pas penser”. Tu étais très jeune Barack pendant la Guerre du Vietnam ; peut-être ne te souviens-tu pas la lutte du peuple nord-américain contre cette guerre.

Les morts, blessés et mutilés au Vietnam souffrent encore aujourd’hui de ses conséquences.

Thomas Merton affirmait – à propos de l’édition d’un timbre ayant pour thème « The U.S. Army, key to peace », “L’armée états-unienne, une clé pour la paix”– : aucune armée ne peut être la clé pour la paix. Aucune nation ne détient la clé de rien qui n’est pas la guerre. Le pouvoir n’a rien à voir avec la paix. Plus les hommes accroissent le pouvoir militaire, plus ils violent la paix et la détruisent.

J’ai accompagné et échangé avec les vétérans de la Guerre du Vietnam, en particulier avec Brian Wilson et ses camarades, qui ont été des victimes de cette guerre et de toutes les guerres. La vie possède ce je ne sais quoi d’imprévu et d’inattendu, de ce parfum et de cette beauté que Dieu nous a octroyé pour toute l’humanité et qu’il nous appartient de protéger pour léguer aux générations futures une vie plus juste et fraternelle ; rétablir l’équilibre avec la Terre Mère. Si nous ne réagissons pas pour changer l’actuelle perspective de vanité suicidaire qui entraîne les peuples vers les tréfonds où se meurt l’espérance, il nous sera difficile de nous en sortir et d’apercevoir la lumière. L’humanité mérite un meilleur sort.

Tu sais que l’espérance est comme le lotus qui pousse dans la fange pour fleurir dans toute sa splendeur en exhibant sa beauté. Leopoldo Marechal, ce grand écrivain argentin, disait que “c’est par le haut que l’on sort du labyrinthe”.

Je crois, Barack, qu’après avoir perdu ta route en t’égarant sur des chemins de traverse, te voilà dans un labyrinthe où tu ne trouves pas d’issue, si ce n’est celle de t’enferrer de plus en plus dans la violence et l’incertitude, dévoré par la soif de domination, instrument des grands trusts, du complexe militaro-industriel, convaincu de ton omnipotence et que le monde entier est aux pieds des U.S.A., dès lors qu’ils peuvent imposer leur puissance militaire et agresser des pays en toute impunité. Voilà la douloureuse réalité, mais il y a aussi la résistance des peuples qui refusent de se plier face à la volonté des puissants.

Les atrocités commises par ton pays dans le monde sont si vastes qu’elles fourniraient une abondante matière constituant un défi pour les historiens qui voudront analyser et comprendre les comportements, la politique, les grandeurs et mesquineries qui ont conduit les U.S.A. à ce conditionnement des esprits ne leur permettant pas de tenir compte des autres réalités que la leur.

Vous avez fait de Bin Laden, auteur idéologique supposé de l’attaque contre les “Twin Towers”, le grand Satan rouge qui terrorisait le monde et la propagande de ton gouvernement l’a présenté comme l’“axe du mal”, afin de pouvoir justifier les conflits déclenchés permettant au complexe militaro-industriel d’écouler ses productions de mort.

Tu dois savoir que des enquêteurs ont estimé que les évènements tragiques du 11 septembre avaient beaucoup d’un « coup monté », notamment concernant l’avion qui s’est écrasé sur le Pentagone et l’abandon préalable de bureaux dans les « Twin Towers » ; cet attentat qui a servi d’argument pour déclencher les guerres contre l’Irak et l’Afghanistan et aujourd’hui contre la Lybie ; s’appuyant sur le mensonge et la morgue d’un pouvoir prétendant toujours agir pour sauver les peuples, au nom de “la liberté et de la défense de la démocratie”, avec le cynisme de nommer “dommages collatéraux” les femmes et les enfants tués. Une situation que j’ai vécue en Irak, à Bagdad lors des bombardements sur la ville et l’hôpital pédiatrique, ainsi que des crèches, tous victimes de ces “dommages collatéraux”.

La parole est ainsi dépouillée de sa valeur et de son sens, où l’assassinat devient une mort pour que tu puisses affirmer que les U.S.A. ont enfin « mis fin aux jours » de Bin Laden. Il ne s’agit pas pour moi de le défendre sous aucun prétexte, j’ai toujours été contre tout terrorisme, qu’il soit le fait de groupes armés, ou qu’il relève du terrorisme d’Etat auquel se livre ton pays dans diverses parties du monde en soutenant des dictateurs, en imposant des bases militaires et des interventions armées, en exerçant la violence afin de rester par le recours à la terreur l’axe du pouvoir mondial. N’y aurait-il donc qu’un seul “axe du mal” ? Comment le nommerais-tu ?

Est-ce pour cette raison que le peuple des U.S.A. éprouve tant de frayeur face aux éventuelles représailles de ceux qu’ils appellent l’“axe du mal” ? Le simplisme et l’hypocrisie pour justifier l’injustifiable. La paix constitue une dynamique de vie dans les relations entre les personnes et les peuples ; c’est un défi à la conscience de l’humanité ; sa voie est ardue, quotidienne et emplie d’espoir, où les peuples sont acteurs de leur propre vie et de leur propre histoire. Nul ne fait de la paix un cadeau, elle se construit, et c’est ce qui te manque mon garçon : du courage pour assumer la responsabilité historique face à ton peuple et à l’humanité.

Tu ne peux pas continuer à vivre dans le labyrinthe de la peur et de la domination de ceux qui gouvernent les U.S.A., au mépris des traités internationaux, des pactes et protocoles, signés par des gouvernements qui n’en respectent pas les termes et n’en assument aucun des engagements, mais prétendent parler au nom de la liberté et du droit.

Comment peux-tu parler de paix si tu ne respectes rien, si ce n’est les intérêts de ton pays ? Comment peux-tu parler de liberté quand tu détiens dans tes prisons des innocents à Guantánamo, aux U.S.A., en Irak, notamment dans celle d’Abou Graib, et en Afghanistan ? Comment peux-tu parler des droits humains et de la dignité des peuples quand tu les violes en permanence et imposes des blocus à ceux qui ne partagent pas ton idéologie et doivent endurer tes abus ? Comment peux-tu envoyer des forces militaires en Haïti après un tremblement de terre dévastateur et non pas de l’aide humanitaire à ce peuple qui a tant souffert ?

Comment peux-tu parler de liberté quand tu massacres les peuples du Moyen-Orient en propageant guerres et tortures, dans des conflits interminables qui saignent les Palestiniens et les Israéliens ?

Barack : regardes au-dessus de ton labyrinthe, peut-être y apercevras-tu une étoile qui puisse te guider, même si tu sais que tu ne l’atteindras jamais, comme l’a si bien dit Eduardo Galeano. Essaies de garder la cohérence entre ce que tu dis et ce que tu fais, c’est la seule façon de ne pas perdre son cap. C’est un défi de la vie.

Le Prix Nobel de la Paix est un instrument au service des peuples, et jamais pour la vanité personnelle. Je te souhaite beaucoup de force et d’espoir dans l’attente que tu trouves le courage de corriger ton chemin afin de trouver la sagesse de la paix.

Buenos Aires, 5 mai 2011

Adolfo Pérez Esquivel

Un jour comme aujourd’hui, il y a 34 ans, j’ai recouvré la vie ; j’ai été victime d’un “vol de la mort” (supplice consistant à être jeté d’un appareil dans l’eau infligé aux prisonniers politiques, ndt) pendant la dictature militaire argentine soutenue par les U.S.A. et, grâce à Dieu, j’en ai survécu et j’ai du sortir par le haut du labyrinthe du désespoir et découvrir dans les étoiles la voie pour déclarer comme le prophète : “L’heure la plus sombre est celle qui précède l’aube ».

16 mai par Comité Valmy

 Traduction Pedro DA NOBREGA

http://www.comite-valmy.org:80/spip.php?article1479 


3-2 Article Liberation - un jeune afghan est mort.

From: nassim.majidi

To: jeanmichel.centres

Date: Fri, 10 Jun 2011
Bonjour,
Suite à l'information circulée par Jean-Michel Centres il y a quelques semaines, nous avons pris l'initiative, avec un journaliste de Libération (Luc Mathieu) de mener une recherche sur les conditions de la mort d'Aminullah, ce jeune Afghan suicidé il y a plus d'un moins à Paris. Nous avons contacte l'ASE, sa famille, ses amis, pour peindre cet état des lieux inquiétant pour tous les afghans mineurs isolés. Je vous prie de faire circuler cet article autour de vous (en pièce jointe et sur le lien ci-dessous).

http://www.liberation.fr/monde/01012342435-la-france-oula-mort
Nassim Majidi
Doctorante, Sciences Po Paris / Oxford
Partner, Samuel Hall Consulting, Kaboul

jean michel Centres:  Aminullah s’est suicidé il y a deux semaines à Paris.

Il aurait eu 18 ans en juillet.

Arrivé en novembre 2009 il avait été déclaré majeur par une expertise osseuse malgré son document d’état civil original. Reconnu comme mineur par un juge des enfants, il avait été pris en charge par l’ASE de Paris en février 2010 à l’âge de 16 ans et demi.



Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

4-1 Manlio Dinucci : L’art de la guerre.

La montre des dépenses militaires

Imaginez que vous avez au poignet une montre digitale qui n’indiquerait pas seulement les minutes et les heures, mais les chiffres des dépenses militaires de minute en minute et d’heure en heure. Vous pouvez ainsi voir qu’en Italie on dépense en argent public, dans le secteur militaire, plus de 50mille euros à la minute, 3 millions à l’heure, 76 millions par jour. Ce qui équivaut à environ 27 milliards d’euros (38 milliards de dollars) en une année. La montre est réglée sur les dernières données du Sipri (le réputé institut international dont le siège est à Stokolm), relatives à la dépense militaire de 2010. On peut voir la dépense mondiale sur un autre cadran : on dépense dans le monde à des fins militaires plus de 3 millions de dollars par minute, 186 millions par heure, 4,5 milliards par jour. Ce qui équivaut à 1.630 milliards de dollars en une année. Calculée nette d’inflation, la dépense militaire mondiale en 2010 dépasse de 50% celle de 2001. Dans le classement des pays qui dépensent le plus, les Etats-Unis se trouvent nettement au premier rang avec environ 700 milliards de dollars annuels, équivalant à 43% de la dépense mondiale. Suivent la Chine, la Grande-Bretagne, la France, la Russie, le Japon, l’Arabie Saoudite, l’Allemagne, l’Inde et l’Italie. Ces dix pays totalisent les trois quarts de la dépense  militaire globale des 171 pays recensés par le Sipri. Toutes ces données peuvent se lire sur la montre spéciale, que tout gouvernant devrait porter au poignet.

Le premier exemplaire de ces montres (avec gravé sur le boîtier en or massif « God Don’t Bless America ») devrait être donné au président des Etats-Unis pour lui rappeler que, si en 2010 la dépense militaire mondiale a augmenté en termes réels de 20 milliards de dollars par rapport à 2009, ceci est dû presque entièrement à la croissance de la dépense militaire étasunienne. Si une telle somme avait été épargnée, on aurait pu recueillir les 20 milliards de dollars qu’Obama et les autres leaders, au Summit G8 de L’Aquila en 2009, avaient promis mais jamais donnés, pour combattre la faim dont est victime dans le monde plus d’un milliard de personnes.

En Italie, c’est avant tout le président de la république, le président du conseil et les membres du gouvernement qui devraient recevoir la montre, dans une série spéciale dédiée au centenaire de la première guerre de Libye (le 5 octobre 1911 les troupes italiennes débarquèrent à Tripoli, NdT), particulièrement significatif aujourd’hui alors que l’Italie est engagée dans la seconde guerre coloniale en Libye. Cette même montre, avec gravé sur le boîtier « Souviens-toi que l’Italie répudie la guerre » (Article 11 de la Constitution italienne : « L’Italie répudie la guerre comme mode de solution des controverses internationales », NdT), devrait être donnée aussi aux parlementaires. En particulier aux rangs bipartisans qui attribuent cette année 800 millions d’euros d’argent public pour la guerre en Afghanistan (après y avoir déjà dépensé plus de 3 milliards), auxquels s’ajoutent plus de 100 millions par mois pour la guerre de Libye. Ce serait bien que cette montre soit aussi portée par les hommes politiques et les syndicalistes qui, tandis qu’ils se plaignent de la pression fiscale et de la rareté des fonds pour les dépenses sociales, oublient que chaque année l’Italie dépense dans le militaire l’équivalent d’une grosse loi de finances et qu’on trouverait les sous pour les dépenses sociales si on avait la volonté de réduire la dépense militaire.

Ce serait important que tous les citoyens portent cette montre. Ils verraient ainsi que la dépense militaire d’une seule journée équivaut aux salaires annuels bruts de 3 mille enseignants ou autres travailleurs. Et ayant vu «quelle dépense il est», ils diraient qu’il est temps d’en finir.

Manlio Dinucci

17-05
Edition de mardi 17 mai 2011 de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20110517/manip2pg/14/manip2pz/303302/ 
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio



4-2 M. K. Bhadrakumar : Les USA insufflent une nouvelle guerre froide.
article original : "US breathes life into a new cold war"
http://atimes.com/atimes/Central_Asia/MF07Ag01.html

http://questionscritiques.free.fr/edito/AsiaTimesOnline/M_K_Bhadrakumar/Etats-Unis_Russie_guerre_froide_strategie_energetique_Asie_Centrale_100611.htm

Il y avait peut-être une différence d’opinion entre le dramaturge grec classique Eschyle et le poète romantique britannique Percy Bysshe Shelley à propos des circonstances de la libération du Titan Prométhée de sa captivité : elle a fait suite à sa réconciliation avec Jupiter – c’est la pensée classique – ou était une rébellion, comme insiste le romantique. Dans les deux cas, Prométhée a été « délivré ».

Les circonstances exactes de la fin de partie en Irak et en Afghanistan resteront difficiles à formuler, mais il est certain que le résultat sera que les Etats-Unis, lesquels, à l’instar de Prométhée, ont été enchaînés à une montagne où ils ont été quotidiennement punis par l’aigle de Jupiter et enduré une immense souffrance, sont « délivrés » et rendus à la vie normale.

Pour Prométhée, cela s’est produit comme un moment existentiel et, lorsque Hercules est arrivé pour le délier, il a tellement été soulagé par cette liberté « si longtemps désirée/si longtemps tardive » qu’il a promis à son amour « nous nous assoirons et causerons temps et changement/comment le monde décline et s’écoule, sans que nous changions nous-mêmes ».

Les Etats-Unis, aussi, reparaissent « inchangés ». Il y a un tourbillon d’activité, comme pour rattraper le temps perdu : l’intervention militaire « unilatérale » en Libye ; le déploiement d’une escadre de F-16 en Pologne ; l’établissement de bases militaires en Roumanie ; la ressuscitation des plans de l’ère de George W. Bush pour l’établissement d’un bouclier antimissile étasunien en Europe Centrale ; la reprise de l’entente cordiale entre les « nouveaux européens » ; la menace d’une « intervention humanitaire » en Syrie ; La reprise des discussions en vue d’une action militaire contre l’Iran ; la campagne pour une présence militaire à long terme en Irak et en Afghanistan ; la montée en régime de l’expansion de l’OTAN en Asie Centrale ; la violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Pakistan ; la menace d’un « changement de régime » au Sri Lanka ; et, l’annonce, le week-end dernier, du déploiement de navires de combat légers à Singapour.

Tout cela s’est produit en l’espace de 100 jours. Il était pratiquement inévitable que le grand jeu de la Caspienne soit également ravivé. Après l’hibernation inexpliquée au cours de la période qui a suivi la fin de la présidence Bush, début 2009, Richard Morningstar, l’envoyé spécial des Etats-Unis pour l’énergie eurasienne, est retourné dans l’arène.

Si son témoignage, lors de l’audition devant la Commission des Affaires Etrangères de la Chambre des Représentants, la semaine dernière, contenait un seul message, il était le suivant : la stratégie énergétique eurasienne des Etats-Unis reste « inchangée » dans son programme central, c’est à dire, défier le potentiel de la Russie à se servir de ses vastes réserves en tant qu’exportateur d’énergie pour réapparaître comme une grande puissance sur la scène mondiale.

La rhétorique de la guerre froide ressurgit

Lors de cette même audition parlementaire, l’agenda géopolitique de la stratégie énergétique eurasienne des Etats-Unis a été formulé avec un franc-parler caractéristique par l’expert réputé sur la Russie, Ariel Cohen. Il n’y a peut-être sans doute rien de remarquablement nouveau dans la thèse de Cohen à propos de « l’agenda expansionniste » de la Russie, reflété par sa politique énergétique, mais cela mérite néanmoins d’être répété à travers le prisme du témoignage de Morningstar (les normes de la pratique diplomatique ont contraint ce dernier à retenir toute critique directe de la Russie, avec laquelle l’administration Obama est actuellement engagée dans une « réinitialisation » [reset]) :

· Le Kremlin considère l’énergie comme un outil lui permettant de poursuivre une politique étrangère affirmée.

· Le niveau de dépendance de l’Europe vis-à-vis de la Russie en matière d’énergie est beaucoup trop élevé.

· La Russie essaye d’exclure les Etats-Unis des marchés énergétiques d’Asie Centrale et de la Caspienne.

· La Russie se sert de l’énergie pour « re-séduire » l’Inde, l’Asie du Sud-Est, le Moyen-Orient et l’Amérique Latine.

· La Russie force ses voisins à piloter leurs exportations d’énergie en passant par son système de pipelines.

· L’absence d’une « séparation constitutionnelle de la justice et du pouvoir » bloque l’entrée des sociétés occidentales dans le secteur énergétique russe.

· La Russie reste désintéressée à développer des liens énergétiques avec les Etats-Unis.

Cohen a formulé franchement cette géopolitique. En premier, il est prévu que la demande européenne en énergie continuera d’augmenter, ce qui entraînera de sérieuses conséquences pour les liens entre Moscou et l’Europe.

Le fait est que les Etats-Unis redoutent que Moscou exploite ces liens énergétiques croissants pour stabiliser ses relations avec les pays d’Europe de l’Ouest et que cela pourrait affaiblir l’esprit euro-atlantique et relâcher progressivement le leadership transatlantique des Etats-Unis.

Deuxièmement, l’Allemagne a pris la décision stratégique d’abandonner l’énergie nucléaire et, à la place, d’accroître ses importations énergétiques depuis la Russie. Du point de vue des USA, des liens russo-allemands croissants n’ont pas seulement une résonance historique de très grande importance pour la sécurité européenne, mais ils pourraient finir par affaiblir l’unité européenne et les fondements-mêmes de l’OTAN, que les USA commandent comme instrument principal pour la poursuite de leurs stratégies globales. 

Troisièmement, la Russie aspire à passer du rôle d’exportateur d’énergie vers l’Europe à une participation dans le système de distribution de l’énergie du continent, ainsi que dans son commerce de détail. L’Europe pourrait finir par « être confrontée à des choix difficiles entre le coût et la stabilité de ses approvisionnements énergétiques et se mettre du côté des Etats-Unis sur les questions clés ».

Inversement, voici ce que Cohen anticipe : « Tandis que le prix du pétrole grimpe, on peut sûrement s’attendre à la réapparition de l'audace de la Russie ». Quel genre d’audace ? En termes géopolitiques, cela signifie une Russie plus affirmée dans la politique mondiale. Cohen a également mentionné l’Inde plus d’une fois, comme perspective inquiétante pour les Etats-Unis.

Lignes de démarcation en Asie du Sud

Avant tout, des pays comme l’Inde, où les Etats-Unis espèrent pouvoir s’ancrer en tant que partenaire stratégique, pourraient choisir d’être autonomes ou « non-alignés », si la Russie réussit à développer des liens énergétiques plus forts avec eux. En ce qui concerne l’Inde en particulier, les implications sont considérables puisque la stratégie étasunienne dans la région Asie-Pacifique et leur politique d’isolement envers la Chine se trouveraient sérieusement débilitées si Delhi décidait de ne pas y participer.

Chose intéressante, Cohen fait intervenir la Syrie dans ce contexte. Il soutient que la Russie « cherchait à se réengager dans un équilibre de pouvoir vieux de plusieurs siècles au Moyen-Orient », et la Syrie – comme l’Inde dans la région Asie-pacifique – est essentielle, raison pour laquelle Moscou reconstruit ses bases navales de Tartous et de Latakieh et y « achemine des armes modernes » - comme elle le fait avec l’Inde. 

Quatrièmement, la Russie pousse l’Organisation de la Coopération de Shanghai (OCS) à être une chasse gardée exclusive, afin de laisser les Etats-Unis hors de portée, notamment, du club énergétique de ce groupe. L’OCS comprend la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizstan, la Russie, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan.

Que l’OCS se prépare à admettre l’Inde et le Pakistan comme membres à part entière et l’Afghanistan comme observateur fait enrager les Etats-Unis. Jusqu’à présent, les USA comptaient sur les réserves de la Russie et de la Chine vis-à-vis de l’adhésion du Pakistan et de l’Inde, mais le fait que Moscou et Pékin aient revu leur position à cet égard a tiré la sonnette d’alarme à Washington.

Moscou est en train de déborder les Etats-Unis en construisant rapidement des liens avec le Pakistan. Un vecteur crucial dans cette relation qui s’accélère est la coopération en matière d’énergie. Moscou a commencé à discuter avec le Pakistan des détails pratiques de sa participation dans le projet du gazoduc TAPI (Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde).

Ces pays restaurent leurs liens aériens, ils ont tenu deux réunions au sommet en l’espace d’un an et ont commencé à coordonner étroitement leur approche à la stabilisation de l’Afghanistan (ce qui fait partie intégrante de la mise en œuvre du TAPI). Incidemment, le représentant spécial de la Russie pour l’Afghanistan, Zamir Kabulov (l’as des as du Kremlin sur l’Afghanistan), s’est rendu à Islamabad la semaine dernière pour des entretiens approfondis.

La portée de l’approche russe est d’accroître l’autonomie stratégique du Pakistan afin qu’il puisse résister aux intimidations de Washington. Et Moscou estime que le Pakistan est chaud pour rendre la pareille. Ainsi que l’éminent spécialiste russe de l’Asie du Sud, Andrei Volodin, l’a écrit la semaine dernière, « La visite d[u Président pakistanais] Asif Zardari en Russie a montré que le Pakistan est en train de diversifier activement ses liens économiques avec l’étranger et sa politique étrangère. Cette attitude est bien accueillie par l’allié principal et indéfectible du Pakistan, la Chine, qui poursuit une politique d’ "isolement inversé en douceur" de l’Amérique en Asie, y compris au Pakistan. »

Fini le rêve d’un pipeline turkmène !

Donc, l’initiative russo-chinoise d’incorporer le Pakistan et l’Inde comme membres à part entière de l’OCS entretient la perspective d’asséner un coup dévastateur à la stratégie étasunienne de pouvoir « s’ancrer » en Asie. Le fondement du quadrillage énergétique régional, puisant dans les réserves énergétiques du Turkménistan, confère un caractère profond à cette matrice.

 

Le fait est que les Etats-Unis ont toujours dit qu’ils étaient favorables au TAPI, mais leur véritable intérêt se trouvait dans ce que l’on appelle le Corridor Sud pour transporter l’énergie turkmène vers l’Europe occidentale, afin de réduire la domination russe sur le marché européen.

La Russie fait d’une pierre deux coups. En détournant le gaz turkmène vers les énormes goinfres d’Asie du Sud – l’Inde est potentiellement l’un des deux ou trois futurs plus gros consommateurs d’énergie dans les décennies à venir – Moscou sape, d’un côté, la stratégie énergétique eurasienne des Etats-Unis consistant à évacuer le gaz vers l’Europe, tout en maintenant simultanément sa position dominante sur le marché énergétique européen qui aurait pu être défiée par le gaz turkmène.

Depuis le début, le gros point d’interrogation sur le TAPI était double. D’abord, il y avait un doute concernant les réserves énergétiques du Turkménistan. Cependant, la confirmation par le cabinet d’audit Gaffney, Cline & Associates, la semaine dernière, que le Turkménistan était assis sur le deuxième plus gros champ gazier du monde – le Yolatan Sud – a complètement changé la donne. (Le Président afghan Hamid Karzaï s’est envolé à toute vitesse vers Achgabat dès qu’il a eu vent de cette information.) Le vaste champ gazier de Yolatan Sud couvre une surface d’environ 3.500 kilomètres carrés – plus grande que le Luxembourg – et, ainsi que l’a formulé un des directeurs de l’auditeur britannique, « le champ de Yolatan Sud est tellement grand qu’il peut accueillir plusieurs développements en parallèle. »

Bref, le Turkménistan a la capacité prouvée de répondre aux besoins énergétiques de la Chine, de l’Inde et du Pakistan pour de nombreuses décennies à venir, et il lui resterait encore des surplus à exporter vers la Russie. Cette perspective est un choc pour la stratégie étasunienne, si se réalise finalement ce que l’on appelle « le club énergétique de l’OCS », une idée lancée en 2005, un peu en avance, par l’ancien président russe, Vladimir Poutine.

Par conséquent, tout ce qui suit a également une « dimension énergétique » immensément importante : les diplomaties énergiques russe et chinoise déployées sur le Pakistan, en vue d’encourager celui-ci à changer de paradigme dans sa politique afghane ; l’impatience croissante des Etats-Unis vis-à-vis de « l’esprit récalcitrant » du Pakistan ; l’enthousiasme de l’OCS a être impliquée dans la stabilisation de l’Afghanistan ; l’insistance des Etats-Unis sur le fait qu’ils doivent avoir des négociations directes avec les Taliban plutôt qu’à travers un processus de paix « mené par les Afghans » ; la pression exercée par Washington en vue d’établir une présence militaire à long terme en Afghanistan ; la précipitation de la Russie et de la Chine à faire monter à bord l’Inde et le Pakistan en tant que membres de l’OCS ; les ouvertures des Etats-Unis en direction de l’Inde, avec un partenariat que le Secrétaire US à la Défense Robert Gates a décrit, la semaine dernière dans un discours prononcé à Singapour lors d’une réunion régionale de ministres de la défense (dont les ministres chinois, russe et indien), comme étant le « pilier indispensable de la stabilité en Asie du Sud et au-delà » ; et, l’affirmation de Gates de l’engagement des Etats-Unis à une présence militaire « forte » et « accrue » en Asie, en particulier dans le Détroit de Malacca.

Cohen est un expert sur la Russie, mais il a mentionné l’Asie Centrale plus d’une fois lors de son audition parlementaire et il a porté ostensiblement l’attention des parlementaires américains sur le fait que la Russie essayait de « faire sortir les Etats-Unis d’Asie Centrale » et qu’elle « limitait avec succès la participation étasunienne dans les nouveaux projets énergétiques de la Caspienne, l’excluant du club énergétique de l’OCS ».

Isoler la superpuissance de l’énergie

Dans son audition parlementaire, l’ambassadeur Morningstar est resté dans le décorum diplomatique et a nettement éludé la géopolitique, s’attachant à une présentation détaillée de la stratégie énergétique eurasienne des Etats-Unis, qu’il a présentée comme un mélange de continuité de l’ère de George W. Bush, imprégnée des nouvelles réalités. Les principaux vecteurs de la stratégie étasunienne peuvent être identifiés ainsi :

· L’intention des USA d’être profondément impliqués dans la sécurité énergétique européenne n’est jamais mise en doute, puisque «  ’Europe est notre partenaire sur un certain nombre de questions globales, de l’Afghanistan à la Libye et au Moyen-Orient, et des droits de l’homme au libre échange

· Les Etats-Unis travailleront pour la « diversification du mix énergétique » de l’Europe, tant en termes de sources d’approvisionnement et de voies de transport que de diversité des consommateurs, tout ceci avec une focalisation sur les technologies alternatives et renouvelables et autres technologies d’énergie propre, ainsi qu’une efficacité énergétique accrue». (Les Etats-Unis pénètrent le marché européen comme gros exportateur de gaz de schiste, concurrençant le gaz naturel russe.)

· L’objectif des Etats-Unis est d’encourager l’Europe à développer une « stratégie énergétique équilibrée et diversifiée avec de multiples sources d’énergie et de multiple voies d’approvisionnements vers son marché ». (Comprendre : réduire la dépendance vis-à-vis de la Russie, qui fournit actuellement un-tiers des besoins énergétiques de l’Europe.)

· Les Etats-Unis encourageront et aideront les pays d’Asie Centrale et de la Caspienne à « trouver de nouvelles routes vers ces marchés ». (Comprendre : contourner le territoire et les pipelines russes.)

· Les Etats-Unis pousseront à la privatisation du secteur de l’énergie et, à cette fin, ils « créeront le cadre politique » dans l’espace post-soviétique, au sein duquel « les entreprises et les projets commerciaux peuvent prospérer ».

· L’engagement de l’administration Obama à ce que l’on appelle le Corridor Sud – pour acheminer le gaz naturel de la Caspienne vers l’Europe via Turquie et « potentiellement d’autres sources [d’énergie] au-delà des frontières européennes du sud-est » - est identique à l’engagement des précédentes administrations US de Bill Clinton et de Bush. Les Etats-Unis encourageront activement les trois consortiums européens de pipelines – les groupes Nabucco, ITGI et TAP – et sont « confiants dans le fait qu’un Corridor Sud commercialement viable sera réalisé. Les décisions d’investissement pour rendre cela possible devraient seront prises d’ici à la fin de l’année. »
· Washington porte une attention particulière pour encourager le Turkménistan à devenir un fournisseur majeur de gaz pour l’Europe via le Corridor Sud.

· Les Etats-Unis soutiendront l’intégration des Etats Baltes dans le marché énergétique européen, afin que ceux-ci ne restent pas vulnérables aux approvisionnements et/ou à la pression politique russes.

· Les Etats-Unis défieront les efforts de la Russie à obtenir un monopole sur le secteur énergétique de l’Ukraine.

· L’Europe devrait développer un marché unique de l’énergie afin que la sorte de relations bilatérales qui se développent entre l’Allemagne et la Russie, l’Italie et la Russie ou la France et la Russie ne se réalisent pas.

· L’Europe devrait se focaliser plus sur le développement de gaz de schiste, qui peut être un substitut au gaz russe.

· L’Europe devrait prendre des initiatives pour « séparer les fonctions de distribution et d’approvisionnement des entreprises d’énergie » afin que les efforts de la société russe monstre Gazprom pour pénétrer les activités en aval puissent être bloquées.

C’est le cœur du continent eurasien, idiot !

La stratégie énergétique eurasienne des USA est presque entièrement conçue pour « contenir » le rôle prééminent de la Russie de fournisseur d’énergie pour l’Europe et sa vaste influence sur les pays producteurs d’énergie d’Asie Centrale et de la Caspienne. Cohen a parlé du futur rôle de l’OTAN qui assurera la sécurité des pipelines non-russes, mais il n’est pas surprenant que Morningstar n’ait pas creusé cette idée controversée, qui a été soulevée en premier par l’administration Bush. Ce qui est du plus grand intérêt est que Morningstar n’a pas dit un seul mot sur la possibilité que le Turkménistan ou la région d’Asie Centrale approvisionne en énergie la région de l’Asie du Sud, bien que les diplomates étasuniens qui se rendent à Delhi prétendent infailliblement avoir un vif intérêt dans le TAPI. Ce qui émerge est que les Etats-Unis sont focalisés à 100% sur la sécurité énergétique de l’Europe – comment développer ses approvisionnements depuis la Caspienne, l’Asie Centrale et les régions moyen-orientales – et ils disent être favorables au TAPI.

Il est clair que la réunion au sommet de l’OCS, programmée pour se tenir au Kazakhstan la semaine prochaine, devient une occasion historique pour la géopolitique de l’énergie. Les auditions parlementaires américaines de la semaine dernière ont été opportunes. Les Etats-Unis appréhendent un changement de paradigme dans la dynamique de la puissance de l’Asie. Jusqu’à présent, les probabilités s’accumulent fortement contre les Etats-Unis, alors que la Russie et la Chine redessinent leur politique en Asie du Sud, laquelle a pour but d’harmoniser leurs liens avec le Pakistan et l’Inde au sein du parapluie de l’OCS.

Un des plus grands spécialistes chinois, Yan Xuetong, le directeur de l’Institut des Etudes Internationales de l’Université de Tsinghua, a déclaré lors d’un récent séminaire de l’Institut des Etudes Asie-pacifique, une branche de l’Académie Chinoise des Sciences Sociales :

 Si nous pouvons établir des relations avec nos voisins comme nous le faisons avec les pays de l’OCS, nous parviendrons à accélérer la cadence. La création de l’OCS dans les années 90 a été largement reconnue comme l’un des coups diplomatiques les plus réussis de la Chine. Le but de la création de l’OCS est de défier l’objectif stratégique américain d’étendre la brèche militaire [qu’ils ont ouverte] en Asie Centrale.

 Elle [l’OCS] a mis à mal l’intention de l’Amérique de faire de l’Asie Centrale sa sphère d’influence militaire. Avec l’OCS, les relations de la Chine avec les pays de la région ont été largement améliorées. Afin d’établir des relations du type OCS avec ses voisins, la Chine doit […] établir des partenariats stratégiques infaillibles avec eux. Sinon, il sera impossible pour la Chine d’avoir plus et de meilleures relations amicales internationales que l’Amérique.

En effet, la fin de partie en Afghanistan inspire les diverses pistes de la géopolitique de l’Eurasie, de l’Asie Centrale et de l’Asie du Sud, dont certaines, qui sont parfois dormantes, parfois visibles ou pas si visibles, commencent à converger. Mais le point central est l’Eurasie.

En effet, Sir Halford John Mackinder (1861-1947), le grand géographe britannique et diplomate expert, qui est considéré comme l’un des pères fondateurs des sujets ésotériques de la géopolitique et de la géostratégie, a basé sa célèbre théorie du Cœur des continents en partant du principe que l’Eurasie reste le cœur de la politique internationale. Curieusement, lorsque Prométhée a eu le foie dévoré quotidiennement par l’aigle de Jupiter – lequel se régénérait la nuit –, il était également enchaîné à un rocher dans le Caucase.

M. K. Bhadrakumar
M K Bhadrakumar a servi en tant que diplomate de carrière dans les services extérieurs indiens pendant plus de 29 ans. Ses affectations incluent l'Union Sovétique, la Corée du Sud, le Sri Lanka, l'Allemagne, l'Afghanistan, le Pakistan, l'Ouzbékistan, le Koweït et la Turquie.
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Asia Times Online,

le 10 juin 2011



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  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

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