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23/06/2011

n° 90 - Les Analyses - Géopolitique et stratégie - Réflexion de l'OTAN- 22-06 -: De plus en plus voyou : Les crimes de guerre de l’OTAN en Libye.


n° 90 - Les Analyses -  Géopolitique et stratégie - Réflexion de l'OTAN- 22-06  -: De plus en plus voyou : Les crimes de guerre de l’OTAN en Libye.



 Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



Les ‘Guerres de l'Otan’. n° 90 - 22-06

C.De Broeder & M.Lemaire

 



 "Le'Dossier des guerre de l'Otan" est  visible :

a) Sur nos  blog :  http://www.dhblogs.be/categories/International.html

                              http://www.lalibreblogs.be/categories/International.html

b) Sur le site http://turkmenfriendship.blogspot.com/2007/10/journal-dirak-de-m-lemaire.html

c) Sur le site de Eva Resis  : no-war.over-blog.com

d) Sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

e) Sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire.

Tiré à part :

Susan Lindauer : De plus en plus voyou : Les crimes de guerre de l’OTAN en Libye.

2 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Drones et réseaux ombre
2-1 Manlio Dinucci : La guerre secrète d’Obama.

2-2 M. K. Bhadrakumar : Les USA insufflent une nouvelle guerre froide.

 Annexe 

William Blum : Les guerres scélérates : interventions de l’armée US et de la CIA depuis 1945.



Tiré à part :

Susan Lindauer : De plus en plus voyou : Les crimes de guerre de l’OTAN en Libye.

C’est une histoire que CNN ne couvrira pas 

Tard dans la nuit des coups à la porte dans la ville de Misurata. Des soldats armés sortent des jeunes femmes libyennes de leurs lits avec leurs armes. En embarquant les femmes et les adolescentes dans des camions, les soldats jettent ces femmes dans des séances de viols collectifs par des rebelles de l’OTAN – ou bien les violent devant leurs maris ou leurs pères. Quand des rebelles de l’OTAN finissent leur sport de viol, ils tranchent les gorges des femmes.

Selon des rapports de réfugiés, les viols sont désormais des actes de guerre courants dans les villes tenues par les rebelles, et font partie d’une stratégie militaire organisée.

Joanna Moriarty, qui fait partie d’une délégation d’investigation internationale, visitant Tripoli cette semaine, rapporte également que des rebelles de l’OTAN sont passés de maisons en maisons à Misurata, demandant aux familles s’ils soutiennent l’OTAN. Si les familles répondent par la négative, elles sont tuées sur place. Si les familles disent qu’elles veulent rester au combat, les rebelles de l’OTAN prennent pour les terroriser une approche différente. Les portes "de maisons neutres" sont complètement obturées et soudées, rapporte Moriarty, prenant au piège les familles à l’intérieur. Dans des maisons libyennes, les fenêtres sont typiquement protégées par des barreaux. Ainsi quand les portes d’une maison sont soudées, les habitants libyens sont enfermés dans leurs propres maisons, où les forces de l’OTAN peuvent être sûres que des familles entières mourront lentement de faim.

Cela se passe quotidiennement. Ce ne sont pas des événements isolés. Et les soldats de Kadhafi ne sont pas responsables. En fait, des familles pro-Kadhafi et "neutres" sont la cible de ces attaques. Il est probable que l’OTAN ait essayé de tirer parti de ces évènements dans l’espoir de les imputer aux forces de Kadhafi. Ces attaques cependant commencent à avoir un effet contraire.

Flashback en Serbie

Ces événements sont sinistrement évocateurs du conflit de la Serbie dans les Balkans avec ses camps de viol tristement célèbres – sauf qu’aujourd’hui l’OTAN elle-même commet ces crimes de guerre – comme s’ils avaient appris de leurs ennemis la pire tactique de terreur qui soit.

Leurs actions seraient catégorisées comme crimes de guerre, comme celles du leader serbe, Slobodan Milosevic, sauf que l’OTAN ne se permettra pas de faire face à l’accusation. Pour l’OTAN, les lois internationales semblent être réservées à l’adversaire.

L’OTAN a tort. Tant que les gouvernements de l’OTAN fournissent le financement, les fusils d’assaut, l’entrainement et la formation militaire, les conseillers au sol, les véhicules de soutien et l’aviation, ils sont entièrement responsables des actions de leurs soldats dans la zone de guerre. Les rebelles de Libye ne sont pas une force de combat en guenille non plus. Grâce aux largesses de l’OTAN, financées par les contribuables étatsuniens et européens, ils sont entièrement parés d’uniformes militaires, défilant dans les rues avec des véhicules militaires pour que tout le monde puisse les voir.

Et on les voit vraiment. À Washington, le Congrès se plait à prétendre que l’Amérique ne s’est pas impliquée dans les réalités quotidiennes de la planification militaire. Cependant les réfugiés ont observé des soldats étatsuniens, britanniques, français et israéliens à proximité des soldats rebelles attaquant des civils.

"Les parties de viol" sont les exemples les plus obscènes de la perte de contrôle moral de l’OTAN. Un père en pleurs a dit à la délégation d’investigation comment il y a environ deux semaines des rebelles de l’OTAN avaient ciblé sept ménages distincts, enlevant une fille vierge dans chaque famille pro-Kadhafi. Les rebelles étaient payés pour chaque fille enlevée, de même qu’ils sont payés pour chaque soldat libyen qu’ils tuent – comme des soldats mercenaires. Ils ont embarqué les filles dans des camions et les ont emmenées dans un bâtiment où elles ont été enfermées dans des pièces séparées.

Les soldats de l’OTAN ont continué à boire de l’alcool, et à se saouler. Alors le leader leur a dit d’aller violer les filles vierges selon le mode du viol collectif. Quand ils eurent fini de violer les filles, le leader de l’OTAN leur a dit de trancher les seins des filles vivantes et de les lui apporter. Ils l’ont fait alors que les filles étaient vivantes et hurlant de douleur. Toutes les filles sont mortes de mort affreuse. Alors leurs seins coupés ont été emmenés sur une place locale et ont été mise en place pour orthographier le mot "putain".

Le père affligé a parlé lors d’une convention d’ouvriers, suivie par la délégation d’enquête internationale. Il pleurait ouvertement, comme chacun d’entre nous le ferait. Les délits de l’OTAN en Libye sont aussi épouvantables et impardonnables que la castration de la Syrie et la mutilation du garçon de 13 ans qui a choqué le monde. Pourtant dès que l’OTAN s’avère être en position de culpabilité coupable, les média occidentaux regardent avec dégoût dans la direction opposée.

Certains d’entre nous prêtent attention. Nous pouvons voir que l’OTAN est devenue le voyou en Libye. Et le peuple libyen lui-même considère cela comme impardonnable. La semaine dernière, 2000 chefs tribaux se sont réunis à Tripoli pour mettre sur pied une Constitution pour leur pays, comme demandé par le gouvernement britannique. Notoirement, des navires de guerre britanniques et des drones américains ont bombardé les rues de Tripoli avec des bombes à bunker et des missiles pendant des jours et des nuits à proximité même de l’endroit où les chefs tribaux se réunissaient. De Tripoli, cela donnait le terrible sentiment que les Anglais essayaient d’empêcher le peuple libyen de mettre sur pied cette constitution.

Les chefs tribaux condamnent l’agression britannique

Voici ce que ces 2000 chefs tribaux avaient à dire de l’agression britannique, dans une déclaration approuvée unanimement le 3 juin. Le scheik Ali, le leader des chefs tribaux, l’a transmise à Joanna Moriarty et d’autres membres de la mission internationale.
"Le peuple libyen a le droit de se diriger lui-même. Des attaques constantes depuis le ciel, à toutes les heures du jour (et de la nuit) ont complètement perturbé les vies des familles de Libye. Il n’y a jamais eu de combat à Tripoli, et pourtant nous sommes bombardés chaque jour. Nous sommes des civils et nous sommes tués par les Anglais et par l’OTAN. Les civils sont des gens sans armes à feu, cependant les Anglais et l’OTAN protègent seulement les croisés armés de l’Est en agissant comme leur armée d’attaque. Nous avons lu les résolutions de l’ONU et il n’y a aucune mention de bombarder des civils innocents. Il n’y a aucune mention d’assassiner les autorités légitimes dans toute la Libye."

"Le peuple libyen a le droit de choisir ses propres leaders. Nous avons subi l’occupation par des pays étrangers pendant des milliers d’années. Ce n’est qu’au cours des 41 dernières années que nous les Libyens avons pu jouir de notre propre propriété. Ce n’est qu’au cours des 41 dernières années que nous avons vu notre pays se développer. Ce n’est qu’au cours des 41 dernières années que nous avons vu tous les Libyens jouir de meilleures conditions de vie tout en sachant que nos enfants auront une vie meilleure que ce que nous avons eu. Mais maintenant avec les Anglais et les attentats à la bombe de l’OTAN sur notre pays, nous assistons à la destruction de notre infrastructure nouvelle et développée."

"Nous des leaders voyons la destruction de notre culture. Nous des leaders voyons des larmes dans les yeux de nos enfants à cause de la crainte constante" de la "pluie de terreur" dans les cieux de Libye des Anglais et des attentats à la bombe de l’OTAN. Nos vieillards souffrent de problèmes du cœur, de diabète accru et de perte d’énergie. Chaque jour nos jeunes mères perdent leurs bébés à cause du stress des Anglais et des attentats à la bombe de l’OTAN. Ces bébés perdus sont l’avenir de la Libye. Ils ne peuvent jamais être remplacés. Nos armées ont été détruites par les Anglais et les attentats à la bombe de l’OTAN. Nous ne pouvons pas nous défendre d’attaques de qui que ce soit."

"En tant que chefs tribaux de Libye, nous devons demander : pourquoi les Anglais et l’OTAN ont-ils décidé d’engager cette guerre contre le peuple libyen ? Il y a un nombre limité de dissidents à l’est de la Libye qui a initié une insurrection armée contre notre autorité légitime. Tout pays a le droit de se défendre contre une insurrection armée. Pourquoi donc la Libye ne peut-elle pas se défendre ?"
"Les chefs tribaux de Libye exigent que tous les actes d’agression, par les Anglais et par l’OTAN, contre le peuple libyen s’arrêtent immédiatement
.

Le 3 juin 2011."

Ceci donne-t-il à penser que l’OTAN dispose une stratégie gagnante ? S’il en est ainsi, ils devraient y penser à deux fois. Même si Kadhafi tombe, l’OTAN n’a aucun espoir de se débarrasser de l’entièreté de structure tribale de la Libye, qui comprend toutes les familles et les clans. Au lieu de cela, avec chaque missile qui percute un nouveau bâtiment, l’OTAN est en train de perdre la bataille pour les cœurs et les esprits du peuple libyen.

Réactions tribales

Le peuple libyen résiste. Ce rapport est arrivé de Tripoli aujourd’hui. Il n’est pas édité et décrit une réaction dans la guerre tribale de la Ville de Darna à l’Est, où l’on suppose que la rébellion est la plus forte :

"Des gens ont trouvé le corps de Martyr Hamdi Jumaa Al-Shalwi dans la ville de Darna, à l’Est de la Libye. Sa tête avait été coupée et placée ensuite devant le siège social de la Sécurité Intérieure de Dernah. Cela s’est passé suite à un kidnapping au point de contrôle Herich. En réponse à cela, la famille Al-Shalwi a érigé une tente d’obsèques pour recevoir des condoléances, où a été hissé le drapeau vert [de la Libye]. Après les obsèques la ville entière de Darna est montée avec toutes ses tribus qui comprennent : la famillle Abu Jazia, la famille Al-Shalwi, les familles Quba, les familles Ain Marra. Après cela, la famille Al-Shalwi et la tribu Bojazia ont attaqué le siège social du Conseil Transitoire et ont tué tous les rats (les rebelles) et des drapeaux verts ont été hissés. En outre, le fils de Sofian Qamom a été tué, de même que deux membres d’ Al Qaeda ont été tués par les résidants de la ville de Darna. Le drapeau du Jamahiriya libyen a été hissé au-dessus de Darna après les heurts. "

CNN n’a rien rapporté de tout ceci. Les médias conventionnels continuent à faire croire aux étatsuniens à de faux progrès sur la guerre libyenne. Les étatsuniens sont hors jeu vis-à-vis des échecs de l’effort de guerre. Par conséquent, les Libyens perdent confiance vis-à-vis du potentiel d’amitié avec l’Ouest. Un champion peu probable pourrait rétablir cette confiance. Pour le moment une équipe d’avocats internationaux est en train de préparer des griefs d’urgence pour le compte des chefs tribaux et du peuple libyens. La Communauté de Paix Internationale pourrait contribuer considérablement à la reconstitution de la confiance de la Libye envers l’Ouest en soutenant cette action de droits de l’homme. En effet, le peuple libyen et les chefs tribaux méritent notre soutien. Ensemble nous devons exiger que l’OTAN fasse face à la aux accusations pour crime de guerre, sur base de ces exemples ainsi que d’autres.

Il doit être exigé des gouvernements de l’OTAN qu’ils paient pour dommages et intérêts financiers aux familles libyennes, de la même façon que ce que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne exigeraient pour le compte de leurs propres citoyens dans des circonstances identiques. Le monde ne peut pas tolérer des doubles standards par lesquels des nations puissantes abusent de citoyens impuissants. Les conventions internationales de guerre de Genève doivent être mises en application et la force égale de la loi doit être appliquée.

Le Combat pour Misurata

Quoique les attaques soient étendues, certains des pires abus se produisent à Misurata. La ville dispose du seul grand port en Libye et traite le transport pour le pays, y compris les plus grands dépôts pétroliers et à gaz. L’OTAN fera tout pour prendre la Ville.

Des réfugiés rapportent que le drapeau à l’Étoile de David israélien a été hissé sur la plus grande Mosquée de Misurata le deuxième jour des combats, des actions visant à humilier et contrarier à la population locale.

Des forces de l’OTAN ont coupé l’approvisionnement alimentaire et médical partout dans le pays. Mais le poisson est abondants dans des eaux méditerranéennes. Des pêcheurs courageux ont pris leurs bateaux du port, et essayent de récolter le poisson pour la population affamée. Pour entraver leur persévérance, des drones américains et des avions de guerre britanniques tirent des missiles sur les bateaux de pêche, visant délibérément des navires non-militaires pour les déloger.

Pourtant malgré toute sa puissance de feu et ses avantages tactiques, l’OTAN semble être en train de perdre. Selon la délégation d’enquête aujourd’hui, beaucoup de rebelles ont quitté) Misurata et sont repartis en bateau pour Benghazi. La majeure partie du centre de Misurata est maintenant libre et sous contrôle militaire central. Le peuple libyen a abattu deux hélicoptères de combat près de la ville de Zlitan. Et bien qu’Al Jazeera ait montré toute une histoire sur un soulèvement majeur contre Kadhafi à Tripoli, une des femmes d’un leader tribal vit dans la rue qui aurait supposément été au centre de la manifestation et aurait déclaré qu’elle n’a vu aucune foule depuis sa fenêtre. Et il n’y a pas de bus à Tripoli comme ceux qui ont été décrits dans la vidéo d’Al Jazeera.

On doit se demander : quel genre de société l’OTAN pense-t-elle créer si Kadhafi peut en fait être expulsé, ce qui semble très peu probable ?

Washington et Londres n’ont-ils rien appris de leur échec en Irak ?

La cruauté et la dégradation des forces de l’OTAN alimentent déjà des haines profondes qui continueront pour la génération suivante.

Qui pourrait être fier de tels "alliés" ? Sûrement pas le peuple libyen.

Des soldats de l’OTAN ne valent guère mieux que des voyous. N’importe qui d’autre serait étiqueté de terroriste. Plus inquiétant, il peut être garanti que les actions de l’OTAN auront des conséquences sérieuses à long terme sur la stabilité politique en Libye. Des vendettas se forment entre des tribus et des clans familiaux et celles-ci se poursuivront pendant des décennies. Les exactions (de l’OTAN) font preuve d’une vision à extrêmement court terme et sont autodestructives.

L’OTAN devrait prendre cet avertissement à cœur : ses soldats ne sont pas à l’abri de répercussions juridiques. La Communauté Internationale de Paix agit dors et déjà pour soutenir les droits naturels de la Libye aux Nations unies. Beaucoup d’entre nous dans la Communauté Internationale de Paix défendront les femmes de Libye. Et nous exigerons une accusation pour crimes de guerre et des dommages et intérêts financiers majeurs envers les gouvernements de l’OTAN, pour le compte du peuple libyen.

Personne ne croit à l’histoire de l’OTAN selon laquelle Kadhafi est le parti coupable. Nous savons que Washington, la Grande-Bretagne, la France, l’Italie – et Israël sont ici les véritables criminels.

Les femmes assassinées de Misurata auront la justice. l’OTAN peut compter dessus.

Susan Lindauer ex-correspondante américaine pour la Libye aux Nations unies.

Article paru 7 juin 2011

sur http://www.veteranstoday.com/2011/0...

Traduction copyleft Jean-Luc Guilmot - 11 juin 2011

 

Cet article peut être réimprimé en tout ou en partie avec l’attribution à l’auteur.
Susan Lindauer a couvert la Libye aux Nations unies comme correspondante américaine de 1995 à 2003 et a initié des pourparlers pour le Procès de Lockerbie. Lanceuse d’alertes sur les événements du 11-Septembre, au même titre que la turco-américaine Sibel Edmonds, elle est l’auteur du livre Préjudice Extrême : L’histoire terrifiante du Patriot Act et les dissimulations du 11/9 et de l’Irak qui relate son calvaire en tant que deuxième Américaine non arabe à avoir été inculpée au travers des lois Patriot Act, et à avoir dû faire face à des accusations secrètes, des preuves secrètes, des témoignages secrets d’un jury d’accusation, ainsi qu’à des menaces de détention illimitée.
http://www.legrandsoir.info/de-plus-en-plus-voyou-les-crimes-de-guerre-de-l-otan-en-libye-veterans-today.html



Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication de l'article  ne signifie nullement que la rédaction est d'accord avec l'article mais doit être vu comme information.

Drones et réseaux ombre
2-1 Manlio Dinucci : La guerre secrète d’Obama.

 Tandis que les raids aériens sur la Libye se montent actuellement à un total de 11.500 et que le secrétaire général de l’OTAN, Rasmussen, demande aux alliés davantage de dépenses militaire et un plus grand engagement dans la guerre, la guerre se propage dans la région moyen-orientale et nord-africaine en des formes moins visibles mais non moins dangereuses, ouvrant continuellement de nouveaux fronts. La CIA - d’après un fonctionnaire de l’agence d’espionnage étasunienne cité par le New York Times - est en train de construire une base secrète au Moyen-Orient pour lancer des attaques au Yémen avec des drones armés. Ce sont des Predator/Reaper (déjà en action en Afghanistan, Pakistan et Libye), armés de 14 missiles Hellfire et télécommandés depuis une base au Nevada, à plus de 10 mille kilomètres de distance.

Depuis qu’il est entré en fonction, « le président Obama a drastiquement augmenté la campagne de bombardement de la Cia au Pakistan, en utilisant des drones armés », ceux-là même qui seront utilisés pour « étendre la guerre au Yémen ». L’administration les considère « comme l’arme préférée pour prendre en chasse et tuer des militants dans des pays où n’est pas praticable une grosse présence militaire américaine ». 

Au Yémen, est actuellement en action le Commandement suprême conjoint pour les opérations spéciales (Ussocom), assisté par la CIA et autorisé par le pouvoir exécutif de Sanaa. Mais, étant donnée la « fragilité de ce gouvernement autoritaire », l’administration Obama est préoccupée quant à un futur gouvernement qui ne serait pas en mesure, ou disposé, à soutenir les opérations étasunienes. De ce fait, elle a chargé la CIA de construire la base secrète dans une localité moyen-orientale non identifiée, de façon à entreprendre « des actions couvertes sans l’appui du gouvernement hôte ».

Ceci confirme que l’administration Obama est en train d’intensifier la guerre secrète dans toutes ses variantes. Comme le déclare officiellement l’Ussocom, elle comprend : une action directe pour détruire des objectifs, éliminer ou capturer des ennemis ; une guerre non-conventionnelle conduite par des forces externes, entraînées et organisées par l’USSOCOM ; une contre-insurrection pour aider des gouvernements alliés à réprimer une rébellion ; une opération psychologique pour influencer l’opinion publique étrangère de façon à soutenir les actions militaires étasuniennes. Ces opérations sont menées en se fondant sur des technologies de plus en plus avancées. 

Entre dans ce cadre la décision de l’administration Obama, rendue publique par le New York Times, de créer à échelle mondiale « des réseaux ombre d’Internet et téléphonie mobile qui puissent être employés par les dissidents pour contourner la censure gouvernementale ». Le Pentagone et le Département d’Etat y ont jusqu’à présent investi au moins 50 millions de dollars. Ces réseaux sont réalisés au moyen de petites valises spéciales qui, une fois introduites dans un pays déterminé, permettent de communiquer avec l’étranger via des ordinateurs et téléphones portables, dans des modalités wireless et codées, évitant contrôles et interdits gouvernementaux.

La motivation officielle de Washington est de « défendre la liberté de parole et élever la démocratie ». Tout autres les objectifs. Les réseaux ombre, fournis seulement aux groupes dissidents utiles à la stratégie étasunienne (en Syrie, Iran et quelques autres pays) et contrôlés par Washington, sont les plus adaptés à diffuser sur les media des informations fabriquées, pour des opérations psychologiques qui préparent l’opinion publique à de nouvelles guerres.

Manlio Dinucci
19 juin 2011

Edition de vendredi 17 juin de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/...


2-2 M. K. Bhadrakumar : Les USA insufflent une nouvelle guerre froide.
Il y avait peut-être une différence d’opinion entre le dramaturge grec classique Eschyle et le poète romantique britannique Percy Bysshe Shelley à propos des circonstances de la libération du Titan Prométhée de sa captivité : elle a fait suite à sa réconciliation avec Jupiter – c’est la pensée classique – ou était une rébellion, comme insiste le romantique. Dans les deux cas, Prométhée a été « délivré ».

Les circonstances exactes de la fin de partie en Irak et en Afghanistan resteront difficiles à formuler, mais il est certain que le résultat sera que les Etats-Unis, lesquels, à l’instar de Prométhée, ont été enchaînés à une montagne où ils ont été quotidiennement punis par l’aigle de Jupiter et enduré une immense souffrance, sont « délivrés » et rendus à la vie normale.

Pour Prométhée, cela s’est produit comme un moment existentiel et, lorsque Hercules est arrivé pour le délier, il a tellement été soulagé par cette liberté « si longtemps désirée/si longtemps tardive » qu’il a promis à son amour « nous nous assoirons et causerons temps et changement/comment le monde décline et s’écoule, sans que nous changions nous-mêmes ».

Les Etats-Unis, aussi, reparaissent « inchangés ». Il y a un tourbillon d’activité, comme pour rattraper le temps perdu : l’intervention militaire « unilatérale » en Libye ; le déploiement d’une escadre de F-16 en Pologne ; l’établissement de bases militaires en Roumanie ; la ressuscitation des plans de l’ère de George W. Bush pour l’établissement d’un bouclier antimissile étasunien en Europe Centrale ; la reprise de l’entente cordiale entre les « nouveaux européens » ; la menace d’une « intervention humanitaire » en Syrie ; La reprise des discussions en vue d’une action militaire contre l’Iran ; la campagne pour une présence militaire à long terme en Irak et en Afghanistan ; la montée en régime de l’expansion de l’OTAN en Asie Centrale ; la violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Pakistan ; la menace d’un « changement de régime » au Sri Lanka ; et, l’annonce, le week-end dernier, du déploiement de navires de combat légers à Singapour.

Tout cela s’est produit en l’espace de 100 jours. Il était pratiquement inévitable que le grand jeu de la Caspienne soit également ravivé. Après l’hibernation inexpliquée au cours de la période qui a suivi la fin de la présidence Bush, début 2009, Richard Morningstar, l’envoyé spécial des Etats-Unis pour l’énergie eurasienne, est retourné dans l’arène.

Si son témoignage, lors de l’audition devant la Commission des Affaires Etrangères de la Chambre des Représentants, la semaine dernière, contenait un seul message, il était le suivant : la stratégie énergétique eurasienne des Etats-Unis reste « inchangée » dans son programme central, c’est à dire, défier le potentiel de la Russie à se servir de ses vastes réserves en tant qu’exportateur d’énergie pour réapparaître comme une grande puissance sur la scène mondiale.

La rhétorique de la guerre froide ressurgit

Lors de cette même audition parlementaire, l’agenda géopolitique de la stratégie énergétique eurasienne des Etats-Unis a été formulé avec un franc-parler caractéristique par l’expert réputé sur la Russie, Ariel Cohen. Il n’y a peut-être sans doute rien de remarquablement nouveau dans la thèse de Cohen à propos de « l’agenda expansionniste » de la Russie, reflété par sa politique énergétique, mais cela mérite néanmoins d’être répété à travers le prisme du témoignage de Morningstar (les normes de la pratique diplomatique ont contraint ce dernier à retenir toute critique directe de la Russie, avec laquelle l’administration Obama est actuellement engagée dans une « réinitialisation » [reset]) :

· Le Kremlin considère l’énergie comme un outil lui permettant de poursuivre une politique étrangère affirmée.

· Le niveau de dépendance de l’Europe vis-à-vis de la Russie en matière d’énergie est beaucoup trop élevé.

· La Russie essaye d’exclure les Etats-Unis des marchés énergétiques d’Asie Centrale et de la Caspienne.

· La Russie se sert de l’énergie pour « re-séduire » l’Inde, l’Asie du Sud-Est, le Moyen-Orient et l’Amérique Latine.

· La Russie force ses voisins à piloter leurs exportations d’énergie en passant par son système de pipelines.

· L’absence d’une « séparation constitutionnelle de la justice et du pouvoir » bloque l’entrée des sociétés occidentales dans le secteur énergétique russe.

· La Russie reste désintéressée à développer des liens énergétiques avec les Etats-Unis.

Cohen a formulé franchement cette géopolitique. En premier, il est prévu que la demande européenne en énergie continuera d’augmenter, ce qui entraînera de sérieuses conséquences pour les liens entre Moscou et l’Europe.

Le fait est que les Etats-Unis redoutent que Moscou exploite ces liens énergétiques croissants pour stabiliser ses relations avec les pays d’Europe de l’Ouest et que cela pourrait affaiblir l’esprit euro-atlantique et relâcher progressivement le leadership transatlantique des Etats-Unis.

Deuxièmement, l’Allemagne a pris la décision stratégique d’abandonner l’énergie nucléaire et, à la place, d’accroître ses importations énergétiques depuis la Russie. Du point de vue des USA, des liens russo-allemands croissants n’ont pas seulement une résonance historique de très grande importance pour la sécurité européenne, mais ils pourraient finir par affaiblir l’unité européenne et les fondements-mêmes de l’OTAN, que les USA commandent comme instrument principal pour la poursuite de leurs stratégies globales. 

Troisièmement, la Russie aspire à passer du rôle d’exportateur d’énergie vers l’Europe à une participation dans le système de distribution de l’énergie du continent, ainsi que dans son commerce de détail. L’Europe pourrait finir par « être confrontée à des choix difficiles entre le coût et la stabilité de ses approvisionnements énergétiques et se mettre du côté des Etats-Unis sur les questions clés ».

Inversement, voici ce que Cohen anticipe : « Tandis que le prix du pétrole grimpe, on peut sûrement s’attendre à la réapparition de l'audace de la Russie ». Quel genre d’audace ? En termes géopolitiques, cela signifie une Russie plus affirmée dans la politique mondiale. Cohen a également mentionné l’Inde plus d’une fois, comme perspective inquiétante pour les Etats-Unis.

Lignes de démarcation en Asie du Sud

Avant tout, des pays comme l’Inde, où les Etats-Unis espèrent pouvoir s’ancrer en tant que partenaire stratégique, pourraient choisir d’être autonomes ou « non-alignés », si la Russie réussit à développer des liens énergétiques plus forts avec eux. En ce qui concerne l’Inde en particulier, les implications sont considérables puisque la stratégie étasunienne dans la région Asie-Pacifique et leur politique d’isolement envers la Chine se trouveraient sérieusement débilitées si Delhi décidait de ne pas y participer.

Chose intéressante, Cohen fait intervenir la Syrie dans ce contexte. Il soutient que la Russie « cherchait à se réengager dans un équilibre de pouvoir vieux de plusieurs siècles au Moyen-Orient », et la Syrie – comme l’Inde dans la région Asie-pacifique – est essentielle, raison pour laquelle Moscou reconstruit ses bases navales de Tartous et de Latakieh et y « achemine des armes modernes » - comme elle le fait avec l’Inde.

 

Quatrièmement, la Russie pousse l’Organisation de la Coopération de Shanghai (OCS) à être une chasse gardée exclusive, afin de laisser les Etats-Unis hors de portée, notamment, du club énergétique de ce groupe. L’OCS comprend la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizstan, la Russie, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan.

Que l’OCS se prépare à admettre l’Inde et le Pakistan comme membres à part entière et l’Afghanistan comme observateur fait enrager les Etats-Unis. Jusqu’à présent, les USA comptaient sur les réserves de la Russie et de la Chine vis-à-vis de l’adhésion du Pakistan et de l’Inde, mais le fait que Moscou et Pékin aient revu leur position à cet égard a tiré la sonnette d’alarme à Washington.

Moscou est en train de déborder les Etats-Unis en construisant rapidement des liens avec le Pakistan. Un vecteur crucial dans cette relation qui s’accélère est la coopération en matière d’énergie. Moscou a commencé à discuter avec le Pakistan des détails pratiques de sa participation dans le projet du gazoduc TAPI (Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde).

Ces pays restaurent leurs liens aériens, ils ont tenu deux réunions au sommet en l’espace d’un an et ont commencé à coordonner étroitement leur approche à la stabilisation de l’Afghanistan (ce qui fait partie intégrante de la mise en œuvre du TAPI). Incidemment, le représentant spécial de la Russie pour l’Afghanistan, Zamir Kabulov (l’as des as du Kremlin sur l’Afghanistan), s’est rendu à Islamabad la semaine dernière pour des entretiens approfondis.

La portée de l’approche russe est d’accroître l’autonomie stratégique du Pakistan afin qu’il puisse résister aux intimidations de Washington. Et Moscou estime que le Pakistan est chaud pour rendre la pareille. Ainsi que l’éminent spécialiste russe de l’Asie du Sud, Andrei Volodin, l’a écrit la semaine dernière, « La visite d[u Président pakistanais] Asif Zardari en Russie a montré que le Pakistan est en train de diversifier activement ses liens économiques avec l’étranger et sa politique étrangère. Cette attitude est bien accueillie par l’allié principal et indéfectible du Pakistan, la Chine, qui poursuit une politique d’ "isolement inversé en douceur" de l’Amérique en Asie, y compris au Pakistan. »

Fini le rêve d’un pipeline turkmène !

Donc, l’initiative russo-chinoise d’incorporer le Pakistan et l’Inde comme membres à part entière de l’OCS entretient la perspective d’asséner un coup dévastateur à la stratégie étasunienne de pouvoir « s’ancrer » en Asie. Le fondement du quadrillage énergétique régional, puisant dans les réserves énergétiques du Turkménistan, confère un caractère profond à cette matrice. 

Le fait est que les Etats-Unis ont toujours dit qu’ils étaient favorables au TAPI, mais leur véritable intérêt se trouvait dans ce que l’on appelle le Corridor Sud pour transporter l’énergie turkmène vers l’Europe occidentale, afin de réduire la domination russe sur le marché européen.

La Russie fait d’une pierre deux coups. En détournant le gaz turkmène vers les énormes goinfres d’Asie du Sud – l’Inde est potentiellement l’un des deux ou trois futurs plus gros consommateurs d’énergie dans les décennies à venir – Moscou sape, d’un côté, la stratégie énergétique eurasienne des Etats-Unis consistant à évacuer le gaz vers l’Europe, tout en maintenant simultanément sa position dominante sur le marché énergétique européen qui aurait pu être défiée par le gaz turkmène.

Depuis le début, le gros point d’interrogation sur le TAPI était double. D’abord, il y avait un doute concernant les réserves énergétiques du Turkménistan. Cependant, la confirmation par le cabinet d’audit Gaffney, Cline & Associates, la semaine dernière, que le Turkménistan était assis sur le deuxième plus gros champ gazier du monde – le Yolatan Sud – a complètement changé la donne. (Le Président afghan Hamid Karzaï s’est envolé à toute vitesse vers Achgabat dès qu’il a eu vent de cette information.) Le vaste champ gazier de Yolatan Sud couvre une surface d’environ 3.500 kilomètres carrés – plus grande que le Luxembourg – et, ainsi que l’a formulé un des directeurs de l’auditeur britannique, « le champ de Yolatan Sud est tellement grand qu’il peut accueillir plusieurs développements en parallèle. »

Bref, le Turkménistan a la capacité prouvée de répondre aux besoins énergétiques de la Chine, de l’Inde et du Pakistan pour de nombreuses décennies à venir, et il lui resterait encore des surplus à exporter vers la Russie. Cette perspective est un choc pour la stratégie étasunienne, si se réalise finalement ce que l’on appelle « le club énergétique de l’OCS », une idée lancée en 2005, un peu en avance, par l’ancien président russe, Vladimir Poutine.

Par conséquent, tout ce qui suit a également une « dimension énergétique » immensément importante : les diplomaties énergiques russe et chinoise déployées sur le Pakistan, en vue d’encourager celui-ci à changer de paradigme dans sa politique afghane ; l’impatience croissante des Etats-Unis vis-à-vis de « l’esprit récalcitrant » du Pakistan ; l’enthousiasme de l’OCS a être impliquée dans la stabilisation de l’Afghanistan ; l’insistance des Etats-Unis sur le fait qu’ils doivent avoir des négociations directes avec les Taliban plutôt qu’à travers un processus de paix « mené par les Afghans » ; la pression exercée par Washington en vue d’établir une présence militaire à long terme en Afghanistan ; la précipitation de la Russie et de la Chine à faire monter à bord l’Inde et le Pakistan en tant que membres de l’OCS ; les ouvertures des Etats-Unis en direction de l’Inde, avec un partenariat que le Secrétaire US à la Défense Robert Gates a décrit, la semaine dernière dans un discours prononcé à Singapour lors d’une réunion régionale de ministres de la défense (dont les ministres chinois, russe et indien), comme étant le « pilier indispensable de la stabilité en Asie du Sud et au-delà » ; et, l’affirmation de Gates de l’engagement des Etats-Unis à une présence militaire « forte » et « accrue » en Asie, en particulier dans le Détroit de Malacca.

Cohen est un expert sur la Russie, mais il a mentionné l’Asie Centrale plus d’une fois lors de son audition parlementaire et il a porté ostensiblement l’attention des parlementaires américains sur le fait que la Russie essayait de « faire sortir les Etats-Unis d’Asie Centrale » et qu’elle « limitait avec succès la participation étasunienne dans les nouveaux projets énergétiques de la Caspienne, l’excluant du club énergétique de l’OCS ».

Isoler la superpuissance de l’énergie

Dans son audition parlementaire, l’ambassadeur Morningstar est resté dans le décorum diplomatique et a nettement éludé la géopolitique, s’attachant à une présentation détaillée de la stratégie énergétique eurasienne des Etats-Unis, qu’il a présentée comme un mélange de continuité de l’ère de George W. Bush, imprégnée des nouvelles réalités. Les principaux vecteurs de la stratégie étasunienne peuvent être identifiés ainsi :

· L’intention des USA d’être profondément impliqués dans la sécurité énergétique européenne n’est jamais mise en doute, puisque «  ’Europe est notre partenaire sur un certain nombre de questions globales, de l’Afghanistan à la Libye et au Moyen-Orient, et des droits de l’homme au libre échange

· Les Etats-Unis travailleront pour la « diversification du mix énergétique » de l’Europe, tant en termes de sources d’approvisionnement et de voies de transport que de diversité des consommateurs, tout ceci avec une focalisation sur les technologies alternatives et renouvelables et autres technologies d’énergie propre, ainsi qu’une efficacité énergétique accrue». (Les Etats-Unis pénètrent le marché européen comme gros exportateur de gaz de schiste, concurrençant le gaz naturel russe.)

· L’objectif des Etats-Unis est d’encourager l’Europe à développer une « stratégie énergétique équilibrée et diversifiée avec de multiples sources d’énergie et de multiple voies d’approvisionnements vers son marché ». (Comprendre : réduire la dépendance vis-à-vis de la Russie, qui fournit actuellement un-tiers des besoins énergétiques de l’Europe.)

· Les Etats-Unis encourageront et aideront les pays d’Asie Centrale et de la Caspienne à « trouver de nouvelles routes vers ces marchés ». (Comprendre : contourner le territoire et les pipelines russes.)

· Les Etats-Unis pousseront à la privatisation du secteur de l’énergie et, à cette fin, ils « créeront le cadre politique » dans l’espace post-soviétique, au sein duquel « les entreprises et les projets commerciaux peuvent prospérer ».

· L’engagement de l’administration Obama à ce que l’on appelle le Corridor Sud – pour acheminer le gaz naturel de la Caspienne vers l’Europe via Turquie et « potentiellement d’autres sources [d’énergie] au-delà des frontières européennes du sud-est » - est identique à l’engagement des précédentes administrations US de Bill Clinton et de Bush. Les Etats-Unis encourageront activement les trois consortiums européens de pipelines – les groupes Nabucco, ITGI et TAP – et sont « confiants dans le fait qu’un Corridor Sud commercialement viable sera réalisé. Les décisions d’investissement pour rendre cela possible devraient seront prises d’ici à la fin de l’année. »
· Washington porte une attention particulière pour encourager le Turkménistan à devenir un fournisseur majeur de gaz pour l’Europe via le Corridor Sud.

· Les Etats-Unis soutiendront l’intégration des Etats Baltes dans le marché énergétique européen, afin que ceux-ci ne restent pas vulnérables aux approvisionnements et/ou à la pression politique russes.

· Les Etats-Unis défieront les efforts de la Russie à obtenir un monopole sur le secteur énergétique de l’Ukraine.

· L’Europe devrait développer un marché unique de l’énergie afin que la sorte de relations bilatérales qui se développent entre l’Allemagne et la Russie, l’Italie et la Russie ou la France et la Russie ne se réalisent pas.

· L’Europe devrait se focaliser plus sur le développement de gaz de schiste, qui peut être un substitut au gaz russe.

· L’Europe devrait prendre des initiatives pour « séparer les fonctions de distribution et d’approvisionnement des entreprises d’énergie » afin que les efforts de la société russe monstre Gazprom pour pénétrer les activités en aval puissent être bloquées.

C’est le cœur du continent eurasien, idiot !

La stratégie énergétique eurasienne des USA est presque entièrement conçue pour « contenir » le rôle prééminent de la Russie de fournisseur d’énergie pour l’Europe et sa vaste influence sur les pays producteurs d’énergie d’Asie Centrale et de la Caspienne. Cohen a parlé du futur rôle de l’OTAN qui assurera la sécurité des pipelines non-russes, mais il n’est pas surprenant que Morningstar n’ait pas creusé cette idée controversée, qui a été soulevée en premier par l’administration Bush. Ce qui est du plus grand intérêt est que Morningstar n’a pas dit un seul mot sur la possibilité que le Turkménistan ou la région d’Asie Centrale approvisionne en énergie la région de l’Asie du Sud, bien que les diplomates étasuniens qui se rendent à Delhi prétendent infailliblement avoir un vif intérêt dans le TAPI. Ce qui émerge est que les Etats-Unis sont focalisés à 100% sur la sécurité énergétique de l’Europe – comment développer ses approvisionnements depuis la Caspienne, l’Asie Centrale et les régions moyen-orientales – et ils disent être favorables au TAPI.

Il est clair que la réunion au sommet de l’OCS, programmée pour se tenir au Kazakhstan la semaine prochaine, devient une occasion historique pour la géopolitique de l’énergie. Les auditions parlementaires américaines de la semaine dernière ont été opportunes. Les Etats-Unis appréhendent un changement de paradigme dans la dynamique de la puissance de l’Asie. Jusqu’à présent, les probabilités s’accumulent fortement contre les Etats-Unis, alors que la Russie et la Chine redessinent leur politique en Asie du Sud, laquelle a pour but d’harmoniser leurs liens avec le Pakistan et l’Inde au sein du parapluie de l’OCS.

Un des plus grands spécialistes chinois, Yan Xuetong, le directeur de l’Institut des Etudes Internationales de l’Université de Tsinghua, a déclaré lors d’un récent séminaire de l’Institut des Etudes Asie-pacifique, une branche de l’Académie Chinoise des Sciences Sociales :

 Si nous pouvons établir des relations avec nos voisins comme nous le faisons avec les pays de l’OCS, nous parviendrons à accélérer la cadence. La création de l’OCS dans les années 90 a été largement reconnue comme l’un des coups diplomatiques les plus réussis de la Chine. Le but de la création de l’OCS est de défier l’objectif stratégique américain d’étendre la brèche militaire [qu’ils ont ouverte] en Asie Centrale.

 Elle [l’OCS] a mis à mal l’intention de l’Amérique de faire de l’Asie Centrale sa sphère d’influence militaire. Avec l’OCS, les relations de la Chine avec les pays de la région ont été largement améliorées. Afin d’établir des relations du type OCS avec ses voisins, la Chine doit […] établir des partenariats stratégiques infaillibles avec eux. Sinon, il sera impossible pour la Chine d’avoir plus et de meilleures relations amicales internationales que l’Amérique.

En effet, la fin de partie en Afghanistan inspire les diverses pistes de la géopolitique de l’Eurasie, de l’Asie Centrale et de l’Asie du Sud, dont certaines, qui sont parfois dormantes, parfois visibles ou pas si visibles, commencent à converger. Mais le point central est l’Eurasie.

En effet, Sir Halford John Mackinder (1861-1947), le grand géographe britannique et diplomate expert, qui est considéré comme l’un des pères fondateurs des sujets ésotériques de la géopolitique et de la géostratégie, a basé sa célèbre théorie du Cœur des continents en partant du principe que l’Eurasie reste le cœur de la politique internationale. Curieusement, lorsque Prométhée a eu le foie dévoré quotidiennement par l’aigle de Jupiter – lequel se régénérait la nuit –, il était également enchaîné à un rocher dans le Caucase.

Par M. K. Bhadrakumar

M K Bhadrakumar a servi en tant que diplomate de carrière dans les services extérieurs indiens pendant plus de 29 ans. Ses affectations incluent l'Union Sovétique, la Corée du Sud, le Sri Lanka, l'Allemagne, l'Afghanistan, le Pakistan, l'Ouzbékistan, le Koweït et la Turquie.

Asia Times Online, le 10 juin 2011
article original : "US breathes life into a new cold war"

Traduction [JFG-QuestionsCritiques].
http://atimes.com/atimes/Central_Asia/MF07Ag01.html

http://questionscritiques.free.fr/edito/AsiaTimesOnline/M_K_Bhadrakumar/Etats-Unis_Russie_guerre_froide_strategie_energetique_Asie_Centrale_100611.htm



Annexe 

William Blum : Les guerres scélérates : interventions de l’armée US et de la CIA depuis 1945.

Le livre "KILLING HOPE - U.S. Military and CIA Interventions Since World War II" de William Blum

Editions Parangon

"Nous possédons environ 60% des richesses mondiales, mais seulement 6,3% de la population mondiale... Notre tâche dans l’avenir est...de maintenir cette situation de disparité." George KENNAN, responsable de la planification du département d’Etat, 1948

"Ce livre très documenté relate plus d’une cinquantaine d’interventions américaines de 1945 à nos jours et révèle le visage des Etats-Unis qui, sous couvert de guerre froide et d’anticommunisme, ont commencé à forger leur empire depuis de nombreuses décennies.

En effet, la propagande américaine contre le communisme et les Soviétiques a été d’une violence inouie et a eu pour but de justifier les interventions militaires US et de la CIA partout dans le monde depuis 1945. Aujourd’hui, le bloc de l’Est n’existe plus mais c’est le même élan impérialiste qui guide le gouvernement américain dans sa lutte contre le terrorisme, au nom de la démocratie et des valeurs universalistes américaines.

"Les Guerres Scélérates" nous démontre que la période d’après-guerre, loin d’avoir été froide, a fait des millions de victimes, particulièrement dans les Etats qui ont eu la volonté de s’affranchir politiquement et économiquement de Washington. Tout au long de cette période, les Etats-Unis ont soutenu de nombreuses dictatures, écrasé des gouvernements démocratiquement élus et des mouvements de libération, au nom de la démocratie et de la lutte contre le complot communiste international. En particulier, les Etats-Unis se sont empressés de liquider tout mouvement ou gouvernement qui aurait porté atteinte aux intérêts économiques des firmes américaines. Ainsi, l’expression de la démocratie "à la sauce" Washington, d’est-elle exercée à coups de massacres de masse, d’escadrons de la mort, de tortures, de coups d’Etat militaires et de corruption généralisée."

William Blum est un ancien haut fonctionnaire du département d’Etat, qu’il quitte en 1967 en raison de son opposition à la guerre du Vietnam. Il est l’un des membres fondateurs de la Washington Free Press, revue alternative typique des années 1960-1970. En 1969, il rend publics le nom et l’adresse de plus de 200 employés de la CIA dans le Quicksilver Times, journal alternatif de Washington. Il passe plusieurs mois au Chili entre 1972 et 1973, où il écrit une série d’articles sur l’expérience d’Allende. Au milieu des années 1970, il retrouve à Londres l’ex-officier de la CIA Philip Agee, avec qui il a le projet de révéler un nombre d’actions secrètes de la CIA dans différentes parties du monde.

Son livre "Les guerres scélérates" est publié pour la première fois aux Etats-Unis en 1995 [sous le titre "Killing Hope"] et connait plusieurs mises à jour, notamment à mesure que les documents officiels sont déclassifiés.

William Blum

En 1999, William Blum a reçu le Project Censored’s award pour un article censuré ayant pour titre "Les Etats-Unis contre l’Irak, une étude de l’hypocrisie" dans lequel il établit la liste des matériaux biologiques fournis à l’Irak par les Etats-Unis.

Il écrit pour The Ecologist et collabore régulièrement aux sites Znet et Counterpunch. Ses livres sont traduits dans plus de douze langues.

 LES GUERRES SCELERATES
Les interventions de l’armée américaine et de la CIA depuis 1945 William Blum

 Editions Parangon L’Aventurine 

ISBN 2-84190-116-5 456 pages 20 euro

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http://www.legrandsoir.info/les-guerres-scelerates-interventions-de-l-armee-us-et-de-la-cia-depuis-1945.html


Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières,les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

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