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01/07/2011

n° 583 - La propagande, Manipulation de l’opinion et Dossier de Palestine - Début - La « réalité » israélo-palestinienne


   583 - La propagande, Manipulation de l’opinion et Dossier de Palestine  - Début - La « réalité » israélo-palestinienne


       L'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance

                 Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources 

                                                       



La propagande, Manipulation de l’opinion et Dossier de Palestine

N°583                                                     29-06

C.De Broeder & M.Lemaire



Vous retrouverez ce journal  

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

c) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

d) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be


Sommaire :

1 Médias/Vidéos

1-1 Rudi Barnet : Comment écrire un article sur la « réalité » israélo-palestinienne.

1-2 Vidéo : Yes, We come.

1-3 Vidéo : États-Unis : Netanyahou interpellé par une militante antisioniste juive.

1-4 Vidéo AVOST FR : Voilà comment la démocratie ‘sioniste’ traite les juifs justes !

1-5 The Promise (Le Serment)

1-6 Livre: Handala ou l'emblème de la révolte palestinienne.

Suite

2 Les brèves

2-1 La bande de Gaza est plus près que jamais d’une catastrophe sanitaire.

2-2 Rabbin David Weiss : "Israël est l’exemple flagrant du terrorisme dans le monde".

2-3 Droits de l’homme palestinien : Si l’occupation dépasse les limites avec les prisonniers, cela fera exploser les prisons.

3 Dossier

3-1 Wikileaks : Offensive israélienne contre Gaza à l'hiver 2008/09 : les Etats-Unis voulaient bloquer l'enquête de l'Onu.

3-2 Ziad Medoukh : Et les civils de Gaza, qui les protège ?

3-3 Mehdi Dares - Nazem Roya : Les guerres secrètes de l'alliance saoudo-israélienne.

3-4 Natasha Mozgovaya* et l’agence Reuters : D’anciens officiers israéliens de haut rang esquissent une nouvelle initiative de paix.

Fin

4 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

4-1 La solution Friedman!

4-2 Gilad Atzmon : Le Mur.

4-3 Silvia Cattori - Entretien avec Giorgio S. Frankel : ‘Israël ne cédera jamais les territoires occupés’.

4-4 Le PCL appelle à aller plus avant…

 Contre le régime confessionnel

 



Tiré à part

Israeli police abduct terrified 11 year old boy and bundle him into a van

http://www.youtube.com/watch?v=EbWrHXST20M&feature=player_embedded#at=62



1 Médias/Vidéos

1-1 Rudi Barnet : Comment écrire un article sur la « réalité » israélo-palestinienne.
Dans cette période troublée où le journaliste doit manifester la plus grande prudence dans le compte-rendu des événements du Moyen-Orient et éviter de choquer l'opinion publique, il est bon de rappeler quelques principes et règles qui permettront de parer aux critiques.

Correctement appliquées, les préceptes et conseils ci-dessous vous éviteront d'être accusé d'opinion tendancieuse.
Pense-bête à l'usage du journaliste chargé du Moyen-Orient
• Ne jamais oublier que ce sont toujours les Arabes qui attaquent ; Israël ne fait que se défendre et agit toujours en représailles.
• Quand l'armée israélienne tue des civils arabes, c'est toujours en état de légitime défense. Quand des civils israéliens sont tués, cela s'appelle du terrorisme

• Les Israéliens n'enlèvent pas les civils palestiniens, ils les capturent.

 Toujours mentionner les nécessités de sécurité pour expliquer ces captures.

• Inversement, les Palestiniens et Libanais ne sont pas habilités à capturer des militaires israéliens ! S'ils le font, le qualificatif à utiliser est enlèvement.

• Il n'est pas convenable de mentionner le nombre prisonniers palestiniens (11.000, dont 300 enfants) capturés actuellement. Si, malgré tout, vous devez en faire état, qualifiez-les de  terroristes ou supposés terroristes.

• Utilisez le moins possible le terme Palestinien et préférez Arabe, terme officiel du gouvernement israélien pour désigner les habitants non-juifs des deux territoires.

• Quand vous mentionnez le "Hezbollah", toujours ajouter l’expression soutenu par la Syrie et l’Iran.

Mais quand vous parlez d'Israël, il est superflu d'ajouter soutenu par les USA et l’Europe. On pourrait croire qu’il s’agit d’un conflit déséquilibré.

• Ne pas utiliser le terme "territoires occupés" mais territoires contestés. A ce propos, il est aussi préférable de dire Judée-Samarie plutôt que Cisjordanie.

• Ne jamais rappeler les diverses résolutions de l’ONU ou conventions de Genève défavorables à Israël. Idem pour les condamnations par la Cour de Justice de La Haye... Cela risque de perturber le lecteur, téléspectateur ou auditeur.

• Il est préférable de ne pas dire armée israélienne, mais d'utiliser la qualification plus sympathique de Tsahal.

• Il est de bon ton de laisser entendre que le "Hamas" est un groupe terroriste qui ne reconnaît pas l'Etat d'Israël (ces Islamistes qui ne veulent pas la Paix est un commentaire bienvenu).

Surtout, ne faire aucune mention de la reconnaissance faite en 2002.

• Il n'est pas indiqué de signaler qu'Israël a toujours refusé de fixer ses frontières et ne reconnaît pas la Palestine.

• Le mot colonies doit être écarté dans vos textes, parlez plutôt d'implantations.

• Afin d'affirmer la symétrie du conflit, ne jamais évoquer l'expansionnisme israélien mais toujours parler de deux peuples se disputant un territoire.

• Au cas où vous devriez évoquer les projets de développement nucléaire de l'Iran, il n'est pas utile d'insister sur l'arsenal nucléaire militaire israélien... Et surtout pas de signaler que c'est la 6ème puissance mondiale dans ce domaine.

• Quand vous devez faire état du refus palestinien d'agréer les conditions israéliennes pour l'arrêt des hostilités, toujours ajouter que "Israël considère qu’il n’a plus de partenaire pour le processus de paix"... Si possible sur un ton de regret.

• Si vous êtes appelé à citer le "mur de séparation", ne jamais mentionner qu'il a été établi sur des terres palestiniennes annexées, mais toujours mentionner que ce mur a été érigé pour arrêter les attentats terroristes... Et éviter surtout de citer la condamnation du "Tribunal International de Justice" exigeant son démantèlement.

• Concernant les opposants à Israël, ne jamais utiliser les mots résistants ou militants... Toujours parler d'activistes. Même s'ils manifestent seulement pour la paix, ils doivent être qualifiés de pro-palestiniens.

• Au cas ou vous seriez amené à reparler de "Plomb Durci",  toujours reprendre la thèse israélienne : c'est le Hamas qui a rompu la trêve (ajoutez "unilatéralement" pour une meilleure compréhension)... et qu'Israël avait mis les Palestiniens en garde avant les bombardements (inutile de citer les bombes au phosphore).

• En cas de nouvelle opération visant à briser le blocus de Gaza, utilisez des expressions telles "cette flottille de soi-disant pacifistes" ou "acte de provocation"...  et surtout évitez les commentaires du style "blocus illégal d'Israël, condamné par l'ONU".

• Si vous en avez l'occasion, affirmez qu'Israël est la seule démocratie du Moyen-Orient. Evitez, évidemment, d'ajouter que cette qualité ne concerne que la population blanche et juive du pays.

• Ne faites aucune critique de la volonté du gouvernement actuel de transformer le terme Israël en Etat Juif, excluant de facto les 20% de musulmans de la population. Toujours éviter la référence religieuse à ce propos.

• Les Israéliens parlant mieux le français que les Arabes, donnez-leur souvent la parole. Ils peuvent mieux nous expliquer les règles précédentes et vous affirmerez ainsi votre neutralité journalistique.

Note Importante

Au cas où certains de vos collègues contreviendraient aux règles ci-dessus, prière d'en aviser les responsables de votre media. C'est un devoir citoyen de signaler ces dérives antisémites.

Rudi Barnet

http://www.michelcollon.info/Comment-ecrire-un-article-sur-la.html


1-2 Vidéo : Yes, We come.

Avec le boycott BDS contre la politique d’Israël et la Flotille qui se prépare pour s’opposer au siège de Gaza, la mission du 8 juillet 2011 de centaines de personnes, rendant visite en Cisjordanie aux associations et mouvements palestiniens, illustre l’enjeu de la solidarité internationale des peuples envers la Palestine et notre devoir d’y être impliqué.

Ce clip survole toute la situation actuelle des Palestiniens avec les témoignages de Lubna Marsawa de Jérusalem qui était sur le Mavi Marmara lors de la précédente flotille, de Ronnie Barkan (Anarchistes contre le mur) de Tel Aviv, de Tariq Ramadan et d’autres internationaux solidaires.

Il appelle à les rejoindre et à participer, de fait, à leur résistance.

Source: foumonde.inf

(français)

LIEN DE LA VIDEO : http://bienvenuepalestine.com:80/WordPress/?p=583


1-3 Vidéo : États-Unis : Netanyahou interpellé par une militante antisioniste juive.

LIEN DE LA VIDEO

 :http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=5oFkPqUzAoY#at=22


1-4 Vidéo AVOST FR : Voilà comment la démocratie ‘sioniste’ traite les juifs justes !

Voilà comment sont traités les juifs qui viennent prêter secours aux Palestiniens. Voilà la démocratie sioniste. Que les sionistes ne viennent pas nous bassiner avec leur démocratie car on sait exactement à quoi s'en tenir. Leurs cranes rasés, leurs uniformes et leurs méthodes ne font que nous rappeler une époque que l'on dit révolue, mais qui, hélas, ne l'est pas. Sionistes ! Vous paierez bientôt vos crimes et vos forfaitures. Et comme les pharisiens ont fait crucifier Yeshoua, vos sbires crucifient les juifs qui luttent pour que la Justice soit rendue aux Palestiniens. Nous avons ici la preuve que cet Etat est bien celui des sionistes et en aucun cas celui des juifs. Ils se servent des juifs pour accomplir le Plan du Nouvel Ordre Mondial, s'accaparer de toute la Palestine et de Jérusalem. Mais la Terre va se charger de les ramener à une cruelle réalité : ils n'auront ni l'une ni l'autre. Voilà votre avenir, sionistes !

 Pendant les manifestations racistes et illégales des colons juifs à Jérusalem Est, revendiquant le droit d’en chasser tous les Palestiniens, un jeune juif américain exprime son désaccord avec la politique israélienne et celle des Etats-Unis. Voir comment il se fait alors brutaliser et embarquer par la police israélienne. Quand on sait que BHL écrit que le boycott d’Israël est "une saloperie" parce qu’Israël est "le seul pays du Moyen-orient où juifs et arabes jouissent de la liberté d’expression", on se demande qui donne dans la "saloperie".

LIEN DE LA VIDEO 

 http://www.youtube.com/watch?v=w6cEJv_AGyQ&feature=player_embedded


1-5 The Promise (Le Serment)

Une fiction en 4 parties de 90 minutes
Ecrite et réalisée par Peter Kosminsky
Produite par Daybreak Pictures Traduction : Dominique Muselet
Le film dérange

 visionner cette video

THE PROMISE - VIDEO 1 - CLAUDE GOASGUEN

http://www.youtube.com/watch?v=s1ApLZYPzGQ

 

Critique : du film : The Promise (Le Serment)
Critique :
The Promise : entre passé et présent au cœur du conflit israélo-palestinien (série complète)
Erin Matthews se rend en Israël pour accompagner sa meilleure amie Eliza qui doit faire son service militaire. Dans ses bagages, elle a emporté le journal de son grand-père qui était soldat sur place pendant le mandat britannique sur la Palestine. À travers son histoire, Erin apprend à connaître le conflit israélo-palestinien qui perdure encore …
Peter Kominsky s’était déjà penché sur un bout d’histoire douloureux avec Warriors, et, à sa façon, The Promise poursuit dans ce sens. Un parallèle qu’il n’est pas gratuit de faire vu que c’est après avoir regardé Warriors qu’un ancien soldat ayant servi en Palestine a écrit au scénariste-réalisateur et lui a suggéré de se pencher sur le mandat britannique sur la Palestine. C’est là que l’histoire de The Promise a commencé – en tout cas, le travail de recherches.
Cela nous mène en tout cas à Erin Matthews, incarnée par Claire Foy, jeune anglaise dont le grand-père qu’elle ne connaît pas est mourant. Elle retrouve dans ses affaires le journal qu’il tenait à l’époque où il se trouvait en Palestine, au moment même où sa meilleure amie britannico-israélienne lui demande de l’accompagner en Israël pour la soutenir, car elle va commencer son service militaire
L’histoire du sergent Leonard Matthews – ou Len, interprété par Christian Cooke – débute alors vers la fin de 1946, après avoir eu le droit à des images pour signifier la fin de la Seconde Guerre mondiale. De là, Len est notre passeport au cœur de cette opposition entre Juifs et Arabes, devant obéir aux ordres, mais se retrouvant clairement impliqué émotionnellement dans le conflit – par amour et par amitié.
The Promise joue donc avec son concept temporel, reliant les deux époques et histoires à travers un procédé narratif et visuel qui ne va pas se révéler continuellement concluant. La série laisse la place à toutes les opinions pour s’exprimer, utilisant l’histoire de Len pour nous mener à celle d’Erin. Mais, les parallèles et les discours ne seront pas toujours à la hauteur de la sensibilité que le sujet réclame, se dotant d’une forme pédagogique qui se montre parfois agaçante.
Il faut aussi dire que Kominsky a fait d’Erin une jeune femme qui n’a au départ pas d’opinions, ce qui est tout à fait légitime, mais qui parait aussi parfois ne pas comprendre juste pour pousser quelqu’un à lui expliquer. Le fait est que ses motivations lui sont pendant un moment inconnues et à nous aussi, l’absence de lien avec son grand-père rendant au départ son implication trop imperméable pour être véritablement saisie. Il faudra un peu trop attendre pour comprendre ce qu’elle cherche sur ces terres, alors que c’est pourtant là qu’Erin parviendra à trouver la force nécessaire – et ainsi, permettre à son propre récit de gagner en intensité. Malheureusement aussi, Erin servira de véhicule pour tout passer en revue, ce qui jouera continuellement sur le cheminement qu’elle fait de façon beaucoup trop calculée.
À la différence d’Erin, Len est plongé dans une situation qu’il ne maitrise pas complètement, mais cela ne l’empêche pas de saisir les tenants et aboutissants. Il est alors plus aisé de connecter avec le personnage et son histoire, à travers les idéaux et les valeurs qu’ils incarnent. Pris par son devoir, mais aussi par ses propres convictions, Len permet une véritable immersion dans l’histoire à un moment majeur où il est difficile au final de ne pas ressentir la culpabilité et l’hostilité qui finissent par s’installer.
Il est alors difficile de passer outre le fait que le présent affaiblit épisodiquement la série, trouvant dès le départ sa puissance émotionnelle avec Len. The Promise a la volonté de couvrir une longue période de l’histoire de ce conflit, et le travail était beaucoup trop important sur la durée impartie (4 épisodes pour un total d’approximativement 6 heures). La série n’en demeure pas moins une œuvre suffisamment forte et prenante, autour d’un sujet compliqué et délicat qui mérite assurément d’être exploré, et par extension, d’être regardé.
La série est disponible en DVD sur Amazon (sortie 12 avril).

http://www.canalplus.fr/c-series/pid3740-c-le-serment.html?vid=438301
http://www.canalplus.fr/c-series/pid3740-c-le-serment.html?vid=435791 
 

Ce bilan a été publié une première fois le 4 mars 2011.
http://www.critictoo.com/bilans-de-saisons/the-promise-entre-passe-et-present-au-coeur-du-conflit-israelo-palestinien-serie-complete-christian-cooke-claire-foy-peter-kominsky-channel-4/


1-6 Livre: Handala ou l'emblème de la révolte palestinienne.

Handala, le petit personnage créé par le caricaturiste Naji al-Ali, est l’une des figures les plus connues du monde arabe. Plus que tout autre, depuis des décennies, il symbolise le citoyen mis à l’écart par des pouvoirs dictatoriaux et dont les aspirations ont suscité la révolte actuelle. C’est donc une heureuse initiative que, pour la première fois en français, soit publié un recueil de ses dessins, sous le titre Le Livre de Handala. J’en ai écrit la postface, que vous trouverez ci-dessous
Quelque part là-haut, assis sur un nuage, Naji al-Ali doit regarder ce qui se passe en bas avec une pointe d’amusement, un sourire en coin et, surtout, une infinie satisfaction : tous les maux qu’il avait dénoncés avec férocité, toutes les oppressions du monde arabe sont désormais dénoncés par des centaines de milliers de manifestants, du Maroc à l’Irak, de la Tunisie à Bahreïn. Bien sûr, il n’est pas dupe. Il sait que la lutte n’est pas terminée, que les tyrans ont plus d’un char dans leur sac, que la Palestine ne sera pas libérée demain. Mais, pour quelques instants, comme nous, il savoure l’instant présent, les succès incontestables déjà obtenus.
Un dessin de juillet 1980 montre une affiche sur un mur, surmontée de cette injonction, « Wanted ! » : celui qui est recherché n’est pas un simple criminel ou un vulgaire assassin, mais l’ennemi public n° 1 de tous les régimes, le peuple. C’est lui le vrai coupable, c’est lui qu’il faut enfermer, c’est lui qu’il faut punir. C’est cette humiliation permanente, ce mépris profond des dirigeants pour leurs peuples comme pour les individus qui le composent, qui a été à l’origine de la révolte de 2011.
On ne sait jamais pourquoi les révolutions éclatent à tel moment plutôt qu’à tel autre. L’étincelle qui, pour paraphraser la formule de Mao Zedong, a mis le feu à la plaine en Tunisie est pourtant emblématique de cette insupportable humiliation. Un jeune, titulaire d’un baccalauréat, ne trouvant pas de travail, devient marchand des quatre saisons. Harcelé sans arrêt par la police, il voit, un jour de décembre 2010, sa marchandise confisquée ; désespéré, il se suicide. Il mourra le 4 janvier 2011. Mohamed Bouazizi n’est pas un militant politique, un opposant, mais un homme ordinaire qui cherche comme des centaines de milliers d’autres à gagner sa vie. Il subit l’arbitraire, comme tous les Tunisiens. Tel commerçant veut-il étendre son magasin, il doit payer un pot-de-vin au fonctionnaire du parti unique, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) ; tel homme d’affaires veut-il une licence d’exportation, il doit aussi payer une dîme ; tel citoyen veut-il le renouvellement d’une carte d’identité, nouvelle taxe. Et malheur à celui qui refuse… Et ne parlons pas de ceux qui s’opposent au régime : dans les années 2000 croupissent dans les prisons des milliers de prisonniers politiques, pour la plupart islamistes, battus, torturés, assassinés. Et la presse unanime chante les louanges du président et de sa femme…
En Egypte, c’est une autre « affaire policière » qui déclenche le mouvement. Le 6 juin 2010, un jeune blogueur d’Alexandrie, qui avait dénoncé deux policiers se partageant de la drogue, est arrêté ; il décédera au commissariat. Une page Facebook est créée à son nom pour dénoncer les brutalités policières, une pratique pourtant « banale ». Cet arbitraire total qui rend chaque citoyen vulnérable est une caractéristique commune de tous les pays arabes. Les moukhabarat, la police secrète honnie, déployaient leur toute-puissance : il n’était pas rare que des personnes arrêtées soient maltraitées, torturées ou tuées, parfois pour des raisons politiques, souvent sans aucune raison. La publication en janvier 2011 par WikiLeaks des télégrammes en provenance de l’ambassade américaine au Caire ont confirmé la réalité de ces pratiques, qui n’empêchaient pas les Etats-Unis ou l’Union européenne de saluer ce fidèle allié de l’Occident.
Présent jusque dans la vie quotidienne, cet arbitraire sans limite, qui mettait les citoyens à la merci des forces de l’ordre ou de fonctionnaires corrompus, a servi de détonateur à la révolte de 2011. En finir avec ces humiliations, retrouver une dignité bafouée, telle est l’aspiration des manifestants, du Caire à Tunis. C’est ce cri de « karama », de « dignité », qui a servi de ciment aux revendications de toutes les couches de la société. La peur a désormais disparu et, quels que soient les aléas du mouvement – et il est évident qu’il y aura des avancées et des reculs –, ce qui s’est passé est désormais irréversible. « Quand une fois la liberté a explosé dans une âme d’homme, les dieux ne peuvent plus rien contre cet homme-là » (Jean-Paul Sartre, Les Mouches).
Dans une autre série de dessins, Naji met en scène quelques dirigeants arabes se partageant les richesses et privant leur population du minimum nécessaire à la survie. Quand il publie ces dessins, dans les années 1970 et 1980, il dénonce notamment l’accaparement des richesses pétrolières. Naji n’a pas connu le pire, les années 1990 et 2000. C’est le démantèlement de l’Etat, né des indépendances, qui avait assuré à ses citoyens un minimum de protection, une certaine couverture sociale, un accès à l’enseignement. Il se délite sous les coups de boutoir des politiques néolibérales, de la corruption et de la mondialisation.
La libéralisation entamée dans les années 1990 s’est accompagnée du bradage des entreprises d’Etat, d’enrichissements personnels fabuleux, d’une incroyable prédation des richesses nationales – la fortune des familles de Ben Ali et de Moubarak est évaluée à plusieurs dizaines de milliards de dollars (le produit national brut de la Tunisie dépasse à peine 70 milliards de dollars). Célébrés par les rapports élogieux des organisations financières internationales, les chiffres de croissance affichés par les champions du libéralisme économique – Le Caire, Tunis ou Amman – masquaient mal une pauvreté grandissante et des inégalités abyssales. Dénoncer ce fabuleux écart entre « ceux d’en haut » et « ceux d’en bas » aurait certainement fait les délices de Naji. Depuis plusieurs années, des mouvements sociaux avaient éclaté en Egypte – grèves ouvrières et luttes paysannes, notamment – comme en Tunisie (Gafsa), en Jordanie ou au Yémen. Mais jamais encore ne s’était exprimée ouvertement et massivement cette volonté de transformation politique. L’exemple tunisien a fait sauter un verrou en rendant possible l’impensable : la chute, en quelques semaines, d’un dictateur sous les coups de boutoir d’une révolte populaire.
Pour une fois, Handala aurait pu se réjouir. Naji al-Ali a vécu à une époque charnière dans le monde arabe, celle de la vague révolutionnaire qui a suivi la défaite de la Palestine en 1948 et la renaissance arabe, puis de sa défaite en juin 1967. Cette vague a été marquée par la prise du pouvoir au Caire, le 23 juillet 1952, par des « officiers libres » dirigés par Gamal Abdel Nasser – il a alors 16 ans. Plusieurs événements ponctuent cette période : la révolution algérienne, déclenchée le 1er novembre 1954 ; l’accession du Maroc et de la Tunisie à l’indépendance ; de puissantes manifestations contre le régime du roi Hussein en Jordanie ; des mouvements sociaux et des tentatives de coups d’Etat en Arabie Saoudite. A partir du Caire, la radio La Voix des Arabes galvanise ces mouvements, qui débouchent en 1958 sur la création de la République arabe unie (RAU), regroupant l’Egypte et la Syrie. Puis, le 14 juillet, des officiers renversent la monarchie irakienne. En 1962, le même scénario qu’en Irak se déroule au Yémen, tandis que s’intensifie la lutte contre les Britanniques autour d’Aden et de ce qui deviendra le Yémen du Sud. En 1964 naît à Jérusalem l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), tandis que le Fatah lance sa première opération armée contre Israël le 1er janvier 1965.
Cette vague s’accompagne d’une volonté de récupérer les richesses nationales, contrôlées par l’étranger. Nasser nationalise la Compagnie du canal de Suez en juillet 1956 ; si la tentative de prise du contrôle du pétrole par le pouvoir de Mossadegh en Iran a échoué à la suite de son renversement en 1953 par un coup d’Etat orchestré par Washington et Londres, la revendication du contrôle de l’or noir s’étend et se renforce. Cette vague, profondément nationaliste, va se heurter à un rejet non seulement des puissances coloniales traditionnelles, mais des Etats-Unis, qui, certes, ne sont pas mécontents des difficultés françaises ou britanniques, mais n’acceptent pas la volonté d’indépendance des nouveaux régimes et, surtout, leur refus de s’engager dans des pactes antisoviétiques. Malgré certaines fluctuations, Washington va combattre ces aspirations et devenir la cible des nationalistes, qui se rapprochent de Moscou. Des études historiques ont montré à la fois cette crainte permanente de l’Union soviétique de la part des Occidentaux, qui voient partout au Proche-Orient la « main de Moscou », et le peu de réalité d’une telle peur, dont les conséquences seront pourtant désastreuses, car elle amènera les Occidentaux à tout faire pour affaiblir les mouvements nationalistes, y compris en aidant les mouvements islamistes les plus réactionnaires. Cette vague, nous l’avons dit, se brisera sur la guerre de juin 1967 et la défaite des armées arabes face à Israël. Les raisons de cet échec sont multiples : interventions occidentales ; incapacité des nouveaux régimes à engager leur pays sur la voie du développement économique ; autoritarisme grandissant au nom de la dénonciation de la « démocratie parlementaire », qui s’accompagne d’une mise au pas des syndicats, d’un système de parti unique, de limitations grandissantes de la liberté d’expression. Naji al-Ali a alors 31 ans et, comme tous ceux de sa génération, il en est profondément affecté. Ses dessins montrent son ralliement à la résistance palestinienne, à la lutte armée, non seulement pour libérer la Palestine, mais aussi pour libérer le monde arabe.
Ce n’est pas seulement parce qu’il en est originaire que Naji accorde une importance centrale à la Palestine. Pour toute la génération arabe de l’après-1967, elle n’est pas seulement une cause juste à défendre, mais aussi une cause qui peut servir à la libération de toute la région, à sa transformation. Naji déchantera assez vite, en voyant à la fois la manière dont les régimes arabes, qui craignent plus leurs propres peuples que leurs ennemis déclarés, utilisent cette cause pour brider les libertés et les droits individuels tout en collaborant avec les Etats-Unis, ennemi numéro un des peuples arabes. Lors de la guerre du Liban de 1982, il restera à Beyrouth sous les bombes, ne doutant jamais de la victoire que symbolise son personnage Handala, qui, pour une fois, est présenté de face, agitant deux drapeaux, l’un palestinien, l’autre libanais.
Très critique de la direction palestinienne, et notamment de Yasser Arafat, Naji aura eu au moins la joie d’assister aux premiers mois de l’Intifada, qui éclate à Gaza en décembre 1986 avant de s’étendre à toute la Cisjordanie et à Jérusalem-Est, préfigurant avec vingt-cinq ans d’avance, les formes du soulèvement des peuples arabes en 2011. Naji aurait sûrement vu dans la chute de Hosni Moubarak un immense espoir, non seulement pour le peuple égyptien, mais pour faire avancer la cause palestinienne. Aucun dirigeant arabe n’avait mieux servi les intérêts israéliens et américains, aucun n’avait porté un tel tort à la cause palestinienne.
S’il est encore un peu tôt pour dessiner les contours de la future politique extérieure égyptienne, tous les observateurs admettent que la Maison-Blanche a perdu un allié fidèle, un ami loyal sur lequel, avec Israël, reposait sa stratégie régionale depuis trente ans − l’Egypte participa notamment à la guerre contre l’Irak (1990-1991). Ces dernières années, M. Hosni Moubarak avait pris la tête de la croisade contre la « menace iranienne » ; il avait réussi à entretenir l’illusion d’un « processus de paix », faisant pression sur l’Autorité palestinienne pour qu’elle poursuive les négociations, accueillant régulièrement à Charm el-Cheikh des dirigeants israéliens dont tout confirmait qu’ils ne souhaitaient aucun accord de paix ; il avait participé au blocus de Gaza et contribué à faire échouer toutes les tentatives de réconciliation entre le Hamas et le Fatah, même celle qui avait été négociée par un autre pays « modéré », l’Arabie Saoudite (accords de La Mecque, février 2007).
Durant le soulèvement de cet hiver, quelques manifestants brandissaient des pancartes en hébreu affirmant qu’il s’agissait de la seule langue comprise par M. Moubarak : celle des dirigeants israéliens. Le Conseil suprême des forces armées, qui exerce pour l’instant le pouvoir au Caire, a tenu à rassurer Washington et Tel-Aviv en confirmant que le pays respecterait ses engagements internationaux − une référence aux accords de Camp David (1978) et à la paix israélo-égyptienne signée en 1979. Mais on a pu déjà mesurer le changement sur le dossier palestinien : non seulement le Premier ministre égyptien a confirmé que son pays lèverait rapidement le blocus de Gaza, mais Le Caire a joué un rôle majeur dans la réconciliation entre le Fatah et le Hamas. Que cette décision ait été prise au moment où s’esquisse un rapprochement entre Téhéran et Le Caire est significatif.
Naji al-Ali a été assassiné le 22 juillet 1987 à Londres. Les commanditaires du meurtre ne seront jamais retrouvés. Il se serait sans aucun doute réjoui de l’extension des Intifada à tout le monde arabe, même si le chemin est encore long pour une libération réelle. Les tâches à accomplir sont gigantesques, les contradictions entre les forces qui ont conduit le mouvement (notamment sur la question sociale) restent profondes. Nul ne peut sous-estimer les résistances des pouvoirs établis ni les retours en arrière possibles. Mais une page est désormais tournée, les peuples arabes sont devenus à nouveau des acteurs de leur destin. Et les dessins de Naji al-Ali les accompagneront sur le chemin qui reste à parcourir.
Paris, mai 2011.
Le Livre de Handala, préfacé par Plantu, est disponible sur Internet. Mais, surtout, n’hésitez pas à le commander : Scribest Publications, BP 10077, Hoenheim, F-67802 Bischheim Cedex. 15 euros.
Une pièce de théâtre inspirée de ses dessins est en tournée en France
  
http://blog.mondediplo.net/2011-06-16-Quand-Naji-revait-du-reveil-arabe


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