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30/07/2011

n° 92 - Géopolitique et stratégie 'des Guerres de l'Otan - 28-07 - Début - : La rapine du siècle : l'assaut des « volontaires » sur les fonds souverains libyens.

° 92 -  Géopolitique et stratégie 'des Guerres de l'Otan - 28-07 - Début - : La rapine du siècle : l'assaut des « volontaires » sur les fonds souverains libyens.


Géopolitique et stratégie 'des Guerres de l'Otan.

n° 92 - 28-07

C.De Broeder & M.Lemaire

 



Vous retrouverez ce journal 

a) sur mes blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire.

Tiré à part :

1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

1-1 Mohamed Habili : Révolution grand-guignolesque.

1-2 Manlio Dinucci : La rapine du siècle : l’assaut des « volontaires » sur les fonds souverains libyens.

1-3 Manlio Dinucci : L’art de la guerre.

1-4 Bark Biiga : Libye-OTAN: Autant avouer l'enlisement.  

1-5 Mario Franssen : Les amis louches de l’Otan

1-6 François Brousseau : Le Waterloo de l’OTAN?

1-7 Capitaine Martin : Les ennuis libyens…

Suite

2 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

2-1 Déclaration sur la Libye

3 Témoignage
3-1Thierry Meyssan : Le massacre de Sorman.

3-2 Entretien avec Russia Today : Thierry Meyssan : « La recolonisation a commencé - Les députés français votent la guerre ».

3-3 L’avocat Marcel Ceccaldi demande une enquête de la CPI sur les "crimes de guerre" de l'OTAN.

3-4 TERRA-Quotidien : Morts en Méditerranée. :

Fin

4 Annexe

4-1 A propos du "Printemps arabe"...



Tiré à part :

Deux interventions de Jean Bricmont sur l’impérialisme humanitaire.

Docteur en sciences, Jean Bricmont a travaillé comme chercheur à l’Université Rutgers puis a enseigné à l’Université de Princeton toutes deux situées au New Jersey (États-Unis). Il est actuellement professeur de physique théorique à l’université catholique de Louvain, dans l’unité de physique théorique et de physique mathématique (département de physique) et membre de l’Académie royale de Belgique.

Son activité de recherche concerne les méthodes de groupe de renormalisation et les équations différentielles non linéaires. Cette activité lui a valu deux distinctions : le prix J. Deruyts (1996) de l’Académie Royale de Belgique, Classe des Sciences et le prix quinquennal FNRS (Prix A. De Leeuw-Damry-Bourlart) (2005).

27-06

VISIONNER LES DEUX VIDEOS SUR CE SITE: http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=10939


Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication de l'article  ne signifie nullement que la rédaction est d'accord avec l'article mais doit être vu comme information.

1-1 Mohamed Habili : Révolution grand-guignolesque.
Rappelons-nous. Il y a quatre mois, les rebelles se trouvaient à une encablure de la dernière place forte occupée par les forces loyalistes, Tripoli, qu’ils s’apprêtaient à prendre en tenaille, s’y hâtant à la fois par   l’est  et par l’ouest. Puis voilà qu’aux dernières nouvelles ils seraient enfin à ses portes, se disposant à livrer l’assaut final.  Ils en ont donc fait… du surplace depuis le début des hostilités.

A moins, bien sûr, qu’ils n’aient rebroussé chemin depuis que l’aviation de l’Otan s’applique à leur frayer soigneusement la voie – selon la méthode combien radicale du nettoyage par le vide, même quand la cible «militaire» se loge au cœur d’une zone d’habitation.

En fait, dans cette drôle de guerre, tout se passe d’une façon inhabituelle, voire loufoque.

Aussi longtemps qu’on pense, ou qu’on affecte de croire, qu’elle met face à face, au ras des sables du pays, d’une part, les forces loyales à Kaddafi, dont le quartier général est quelque part dans un endroit secret à Tripoli, et de l’autre, les forces rebelles, commandées à ciel ouvert depuis Benghazi, on s’interdit d’y comprendre quelque chose. On est en particulier sans ressource devant cette bizarrerie de la reculade à laquelle les rebelles, qui, nous dit-on, n’arrêtent pas de repousser les forces loyalistes dans ses derniers retranchements, ont dû opérer depuis l’entrée en lice des avions de l’Otan, qui pourtant ne sont pas là pour leur tirer dessus, même si cela arrive quelquefois. Mais si en revanche, on admet l’évidence, à savoir que la vraie bataille ne met pas aux prises les forces pro-Kaddafi et les rebelles, mais principalement les premières et l’aviation de l’Otan, alors plus de mystère, plus d’interrogations sur le sens des événements, tout ou presque s’éclaircit alors d’une lumière vive. On comprend dès lors ce que cela veut dire pour les rebelles de se trouver à un moment donné aux portes de Tripoli, puis, l’instant d’après, toujours enfermés, dans Misrata  ou quelque part ailleurs, en train d’essuyer les bombardements de l’artillerie loyaliste. 

L’on devine ce qui a dû se passer ces derniers temps dans le hameau de Goualiah, à 50 kilomètres au sud de Tripoli, et qui a permis aux médias de claironner en chœur qu’ils étaient aux portes de Tripoli. En réalité, il est clair que l’Otan les y avait précédés, qui avait détruit les forces loyalistes qui y étaient stationnées. Ce n’est qu’une fois le nettoyage par le vide dûment accompli, et que les caméras des chaînes de télévision s’étaient précipitées à l’endroit indiqué, que les «révolutionnaires» se sont amenés, pétaradant comme à leur habitude, pour prendre possession de la victoire. Mais aussi, propagande oblige, pour faire des prisonniers, de préférence de couleur noire, parce qu’il est plus facile de les faire passer pour des mercenaires africains. A moins, bien sûr, les bombardements de l’Otan s’étant déroulés en deux temps – d’abord par les avions volant en haute altitude, pour le gros du travail, ensuite par les hélicoptères, pour les tirs plus ajustés de peaufinage – qu’ils les aient eu déjà sous la main, les sortant de leurs geôles pour aller se faire filmer en leur compagnie.

Il ne faut donc pas s’étonner si dans peu de temps, on n’entend plus dire qu’ils sont aux portes de Tripoli. Qu’ils y sont en fait si peu qu’ils sont plus près de Benghazi. C’est que ça ne dépend pas d’eux qu’ils avancent ou qu’ils reculent, mais de l’Otan, qui parfois tape dans le mille et a la gentillesse de les appeler sur place, pour immortaliser le moment, parfois rate sa cible, et alors il ne se passe rien. La seule façon pour elle d’achever le travail commencé voilà quatre mois, c’est de descendre au sol pour affronter les forces loyalistes au ras des sables. Mais de cela elle ne veut pas. Même dans la supposition où elle le veuille, il lui faudrait recevoir mandat pour cela du Conseil de sécurité, ce qu’elle sait ne pas pouvoir obtenir. Sans compter que les Etats-Unis pensent à se retirer complètement d’une aventure d’inspiration, et pour l’essentiel d’exécution, européennes, dont ils semblent penser qu’elle n’a que trop duré.

Par Mohamed Habili

Le Jour d'Algérie –

11/07/11

http://www.lejourdalgerie.com/Editions/100711/une/Lejour.htm


1-2 Manlio Dinucci : La rapine du siècle : l’assaut des « volontaires » sur les fonds souverains libyens.

L’objectif de la guerre en Libye n’est pas seulement le pétrole, dont les réserves (estimées à 60 milliards de barils) sont les plus grosses d’Afrique et les coûts d’extraction parmi les plus bas du monde, ni le gaz naturel dont les réserves sont estimées à environ 1.500 milliards de m3. Dans le viseur des « volontaires » de l’opération « Protecteur unifié » il y a aussi les fonds souverains, les capitaux que l’Etat libyen a investi à l’étranger.

Les fonds souverains gérés par la Libyan Investment Authority (Lia) sont estimés à environ 70 milliards de dollars, qui grimpent à plus de 150 si l’on inclut les investissements étrangers de la Banque centrale et d’autres organismes. Et ils pourraient être plus importants encore. Même s’ils sont inférieurs à ceux de l’Arabie saoudite ou du Koweït, les fonds souverains libyens se sont caractérisés par leur croissance rapide. Quand la Lia a été constituée en 2006, elle disposait de 40 milliards de dollars. En cinq années à peine, elle a effectué des investissements dans plus de cent sociétés nord-africaines, asiatiques, européennes, nord-américaines et sud-américaines : holding, banques, immobilier, industrie, compagnies pétrolières et autres.

En Italie les principaux investissements libyens sont ceux effectués dans UniCredit Banca (dont Lia et la Banque centrale libyenne possèdent 7,5%), dans Finmeccanica (2%) et Eni (1%) : ces investissements et d’autres (dont 7,5% au Juventus Football Club) ont une  signification plus politique qu’économique (ils se montent à environ 4 milliards de dollars).

La Libye, après que Washington l’ait effacée de sa liste de proscription des « Etats voyous », a essayé de se refaire une place à un niveau international en misant sur la « diplomatie des fonds souverains ». Quand les Etats-Unis et l’Union européenne ont révoqué leur embargo de 2004 et les grandes compagnies pétrolières sont revenues dans le pays, Tripoli a pu disposer d’un surplus commercial d’environ 30 milliards de dollars annuels qu’il a destiné en grande partie aux investissements étrangers. La gestion des fonds souverains a cependant créé un nouveau mécanisme de pouvoir et corruption, aux mains de ministres et hauts fonctionnaires, qui a probablement échappé au contrôle de Kadhafi lui-même : confirmé par le fait qu’en 2009, ce dernier a proposé que les 30 milliards de dividendes pétroliers allassent « directement au peuple libyen ». Ceci a accentué les fractures à l’intérieur du gouvernement libyen.

C’est sur ces fractures que se sont appuyés les cercles dominants étasuniens et européens qui, avant d’attaquer militairement la Libye pour mettre la main sur sa richesse énergétique, se sont appropriés les fonds souverains libyens. Cette opération a été favorisée par le représentant même de la Libyan Investment Authority, Mohamed Layas : comme le révèle un câblogramme exfiltré à travers Wikileaks, le 20 janvier Layas a informé l’ambassadeur étasunien à Tripoli que la Lia avait déposé 32 milliards de dollars dans des banques étasuniennes. Cinq semaines plus tard, le 28 février, le Trésor étasunien les a « gelés ». Selon les déclarations officielles, c’est « la plus grosse somme d’argent jamais bloquée aux Etats-Unis », que Washington garde « en dépôt pour l’avenir de la Libye ». Elle servira en réalité pour une injection de capitaux dans l’économie étasunienne toujours plus endettée. Quelques jours plus tard, l’Union européenne a « gelé » environ 45 milliards d’euros de fonds libyens.

L’assaut sur les fonds libyens aura un impact particulièrement fort en Afrique. Ici, la Libyan Arab African Investment Company a effectué des investissements dans plus de 25 pays, dont 22 en Afrique sub-saharienne, en programmant de les augmenter dans les cinq prochaines années, surtout dans les secteurs minier, manufacturier, touristique et dans celui des télécommunications. Les investissements libyens ont été décisifs dans la réalisation du premier satellite de télécommunications de la Rascom (Regional African Satellite Communications Organization) qui, mis en orbite en août 2010, permet aux pays africains de commencer à se rendre indépendants des réseaux satellitaires étasuniens et européens, en réalisant ainsi une économie annuelle de centaines de millions de dollars.

Plus importants encore ont été les investissements libyens dans la réalisation des trois organismes financiers lancés par l’Union africaine : la Banque africaine d’investissement, dont le siège est à Tripoli ; le Fond monétaire africain, siège à Yaoundé (Cameroun) ; la Banque centrale africaine, siège à Abuja (Nigeria). Le développement de ces organismes permettrait aux pays africains d’échapper au contrôle de la Banque mondiale et du Fond monétaire international, tous deux instruments de domination néo-coloniale, et marquerait la fin du franc Cfa, la monnaie que sont obligés d’utiliser 14 pays, ex-colonies françaises. Le gel des fonds libyens assène un coup très dur à tout le projet. Les armes utilisées par les « volontaires » ne sont pas seulement celles de l’opération « Protecteur unifié ».

Manlio Dinucci

Edition de vendredi 22 avril 2011 de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20110422/manip2pg/09/manip2pz/301857/


1-3 Manlio Dinucci : L’art de la guerre.

Que feriez-vous si une banque, à laquelle vous avez confié 100.000 euros pour les faire fructifier, vous communiquait qu’en une année ils se sont réduits à moins de 2.000 euros ? 

C’est ce qui est arrivé à la Libye, d’après une enquête du Wall Street Journal. Après que les USA et l’Ue aient révoqué l’embargo en 2004, affluèrent en Libye des dizaines de banques et sociétés financières étasuniennes et européennes. Parmi lesquelles Goldman Sachs, une des plus grandes banques d’investissement du monde, dont le siège principal est à New York. Dans la première moitié de l’année 2008, l’Autorité libyenne d’investissement lui confia 1 milliard et 300 millions de fonds souverains (capitaux de l’Etat investis à l’étranger). La banque Goldman Sachs les investit dans un panier de valeurs et en actions de six sociétés : l’étasunienne Citigroup Inc., la banque italienne Unicredit et l’espagnole Santander, la compagnie allemande d’assurances Allianz, la compagnie énergétique française Electricité de France et l’italienne Eni. Un an après, Goldman Sachs communiqua à l’Autorité libyenne qu’à cause de la crise financière, le fonds libyen avait perdu 98% de sa valeur, les 1 milliard et 300 millions se réduisant à 25 millions de dollars. Les responsables de l’Autorité  libyenne, furieux, convoquèrent à Tripoli le responsable de Goldman Sachs pour l’Afrique du Nord. La rencontre fut turbulente, si bien que Goldman Sachs évacua précipitamment  ses employés de Tripoli, craignant qu’ils ne fussent arrêtés. Comme la Libye menaçait d’intenter un procès, qui aurait compromis la réputation de la banque aux yeux d’autres investisseurs institutionnels, Goldman Sachs lui offrit en dédommagement des actions privilégiées de la banque elle-même.  Mais les Libyens étant à juste titre soupçonneux, l’accord ne fut pas signé. Restait ainsi ouverte la possibilité, redoutée par Goldman Sachs, que l’Autorité libyenne n’entreprit un procès international. Des cas analogues de « mauvaise administration de l’argent libyen » sont rapportés par une enquête publiée par le New York Times. Par exemple, la société Permal -unité de Legg Mason, une des principales sociétés de gestion d’investissements, dont le siège est à Baltimore- a administré 300 millions de dollars de fonds souverains libyens, qui ont perdu 40% de leur valeur entre janvier 2009 et septembre 2010. En compensation, Permal a perçu 27 millions de dollars pour ses prestations. Même chose pour d’autres banques et sociétés financières, comme la hollandaise Palladyne, la française BNP Paribas, la britannique HSBC et le Crédit Suisse. L’Autorité libyenne menaçait d’entreprendre contre elles des actions judiciaires internationales, qui auraient endommagé l’image de ces « prestigieux » organismes financiers. Le tout s’est résolu de façon heureuse quand, en février dernier, Etats-Unis et Union européenne ont « congelé » les fonds souverains libyens. Leur « surveillance » a été confiée à ces mêmes banques et sociétés financières qui les avaient si bien gérés.

Et, du vol, on est passé à la rapine à main armée quand la guerre a commencé, en mars. A l’abri des chasseurs-bombardiers de l’OTAN, HSBC et d’autres banques d’investissement ont débarqué à Benghazi pour créer une nouvelle  « Central Bank of Libya », qui leur permettra de gérer les fonds souverains libyens « congelés » et les nouveaux qu’ils tireront de l’exportation pétrolifère. Cette fois, sans aucun doute, en obtenant de forts rendements.

Manlio Dinucci

5/7/2011

Edition de mardi 5 juillet 2011 de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20110705/manip2pg/14/manip2pz/306147/
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Commentaire de M-A.Patrizio

Voir aussi à propos du sort du fonds souverain libyen, l'article de T. Meyssan :

http://www.voltairenet.org/a170056 , en  particulier le (dernier) paragraphe :

Le grain de sable

[...]

Bien que le détail exact du montage imaginé par Dominique Strauss-Kahn pour créer cette nouvelle monnaie de réserve adossée aux Droits de tirages spéciaux du FMI soit secret, il apparaît que la Libye y jouait un rôle clé : à titre expérimental, c’est la Banque centrale libyenne qui la première avait décidé de fonder sa monnaie, le dinar, sur l’or et au delà sur les DTS. La chose est d’autant plus importante que la Libye dispose d’un fond souverain parmi les mieux dotés du monde (il est même un peu plus riche que celui de la Russie).

Or, en entrant en guerre contre la Libye, la France et le Royaume-Uni ont provoqué un gel théorique des avoirs non seulement de la famille Kadhafi, mais de l’État libyen. Pis, Paris et Londres ont dépêché des cadres de la banque HSBC à Benghazi pour créer une Banque centrale libyenne rebelle et tenter de s’emparer des avoirs nationaux. Sans que l’on sache si Nicolas Sarkozy et David Cameron se sont laissés emporter par l’ivresse de leur force ou ont agi sur instruction de leurs mandants à Washington, le fragile édifice élaboré par Dominique Strauss-Kahn s’est effondré.

Selon nos contacts à Tripoli, au moment de son arrestation, DSK partait à Berlin pour trouver une solution avec la chancelière Angela Merkel. Il devait ensuite partir avec un émissaire de Mme Merkel négocier avec des représentants du colonel Kadhafi —voire avec lui directement—. La signature du Guide libyen étant indispensable au déblocage de la situation.

On assiste désormais à une guerre financière d’une ampleur jamais égalée : alors que la situation économique des États-Unis vacille et que le dollar pourrait devenir rapidement une monnaie de singe, l’accord conclu au G8 et avalisé au G20, mis en œuvre par le FMI en coordination avec la Banque mondiale et les milieux bancaires internationaux dont DSK était le champion, est suspendu. La domination du dollar est intacte quoique plus que jamais artificielle ; ce dollar que les États émergents voulaient relativiser, mais sur lequel le complexe militaro-industriel israélo-états-unien assoit sa puissance.

Dans ce contexte que vaut l’honneur d’un homme ?"


1-4 Bark Biiga : Libye-OTAN: Autant avouer l'enlisement.  

Trois mois après la solution unilatérale et «chirurgicale» de «démocratisation» de la Lybie par des frappes de l'Otan, on tend vers l'enlisement. Les raids aériens et terrestres n'ont pas réussi à chasser le colonel Mouammar Kadhafi du pouvoir. Plus les semaines passent, plus l'incertitude s'installe quant à l'issue de cette opération de plus en plus mise en doute par l'Union africaine. Mais aussi par la dernière déclaration du secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-Moon qui semblait envisager une solution politique négociée. Une marche en arrière qui ressemble fort à un aveu d'échec. Pendant ce temps, les forces de l'Otan se mêlent les pinceaux et multiplient des erreurs qui ne font que les discréditer ainsi que les pays qu'elles représentent. La traque du vieux leader de la grande Jamahiriya se révèle plus difficile à conclure que prévue. Ceux qui pensaient faire de Kadhafi une bouchée se sont plantés. Et cette situation n'est pas faite pour arranger l'image de l'Organisation sur le terrain libyen.
Il est peut-être temps que l'Onu et ses alliés reconnaissent unanimement l'impasse libyenne et épargnent les pauvres populations des bavures qui ne font qu'accroître la souffrance d'un peuple qui ne sait plus à quel saint se vouer. Mais le hic dans cette affaire, c'est qu'on signe des reconnaissances, à tour de bras, avec la rébellion alors que dans la pratique, le colonel Mouammar Kadhafi est toujours en place. Plus ça va durer, plus la Lybie deviendra une poudrière difficile à gérer. Autant avouer l'enlisement de l'Otan pour sauver ce qui peut encore l'être.
Bark Biiga
22/06/2011

Fasozine/

http://www.afriquejet.com/afrique-du-nord/libye/libye-otan:-autant-avouer-l%27enlisement-2011062215882.html


1-5 Mario Franssen : Les amis louches de l’Otan

Qui fait partie du Conseil National de Transition?

Le 27 février 2011, à Benghazi, les rebelles fondaient le Conseil national de transition, qu’ils proclamaient « seul représentant de la Libye ». Nous distinguons quatre fractions importantes, dans ce CNT.

Les royalistes : Ce sont les partisans du roi Idris Senoussi. Leur siège se trouve à Riyad, en Arabie saoudite. En 1951, Idris a pris le pouvoir avec l’aide des Britanniques et il a régné en Libye jusqu’en 1969. Son pouvoir reposait sur quelques clans de l’est de la Libye. En 1969, Idris était chassé du pouvoir par Kadhafi. Le rapport des experts français (Libye : un avenir incertain) affirme que ce groupe ne peut être soupçonné du moindre réflexe démocratique : il veut tout simplement remettre la maison royale au pouvoir.

Les transfuges : Jusqu’il y a peu, ils faisaient partie du gouvernement libyen ou de l’appareil militaire. Sur base de leur expérience, ils jouent aujourd’hui un rôle important dans la direction du CNT. Il s’agit entre autres de l’ancien ministre de la Justice, Mustapha Abdujalil Al-Bayda (président du CNT), de l’ancien ambassadeur en Inde, Al-Essaoui (responsable des relations extérieures du CNT) et d’Omar al-Hariri (responsable des affaires militaires du CNT). Ce dernier a commis le coup d’État de 1969 en compagnie de Kadhafi mais, déjà en 1975, il tentait vainement un coup d’État destiné à renverser ce dernier.

Les mafieux : L’Est de la Libye est depuis longtemps une sorte de port franc sur lequel les autorités n’exercent que peu de contrôle. Ces quinze dernières années, la mafia locale y a organisé un trafic d’humains de l’Afrique vers l’Europe. Les rentrées de ce commerce s’élevaient à des milliards de dollars. Avec l’accord conclu l’an dernier entre l’Italie et la Libye à propos des réfugiés et l’arrestation de plusieurs chefs de la mafia, ce commerce a été mis à l’arrêt. D’après le rapport français déjà cité, ces bandes mafieuses sont responsables des agressions et assassinats racistes contre des Libyens noirs et des Africains à Benghazi.

Les fondamentalistes musulmans : Enfin, il y a les islamistes radicaux. Depuis les années 90, ils sont actifs en tant que Groupe islamique combattant libyen, ou GICL. Depuis 2007, ils font partie d’al-Qaïda. L’Est de la Libye est renseigné aux États-Unis comme le principal fournisseur des djihadistes qui, en Irak, sont allés combattre contre les occupants américains.

Les experts français disent encore que les forces démocratiques ne constituent qu’une petite minorité, au sein du CNT. Human Rights Watch accuse les rebelles libyens d’avoir déjà arrêté des dizaines de citoyens tout simplement parce qu’ils étaient favorables à Kadhafi. L’une des personnes arrêtées, Mohamed El-Dabr, a été torturée à mort. Les prisonniers ne peuvent s’adresser à aucun avocat et ils n’ont pas encore pu voir le moindre juge.

Le 17 juin, le Ministre des Affaires Etrangères, Vanackere, a fait savoir au parlement qu'il avait invité quelques représentants du Conseil national de transition à Bruxelles. On serait bien curieux de savoir qui, parmi ce petit club du CNT, peux venir séduire ministre Vanackere. 

Mario Franssen

29 juin 2011

http://www.nato.int -     


1-6 François Brousseau : Le Waterloo de l’OTAN?

L'OTAN survivra-t-elle à l'Afghanistan et à la Libye?

Sortie annoncée d'Afghanistan, très dure campagne en Libye, épuisement des ressources, désaccords entre alliés : les temps sont difficiles pour l'alliance militaire occidentale, qui s'interroge avec angoisse sur elle-même et sur son avenir. 
À la mi-juin, Robert Gates, secrétaire sortant à la Défense des États-Unis, se sentant, peut-être, déjà libéré du devoir de réserve car il prend sa retraite à la fin juin, y allait d'un diagnostic très, très dur sur l'état de l'Alliance. Il a parlé d'un avenir funeste pour l'organisation, si elle ne se ressaisit pas rapidement, si une campagne comme celle menée en Libye ne donne aucun résultat positif, et si les Européens continuent de refuser de payer leur part. Actuellement, l'Europe ne défraie que 25 % des coûts de l'OTAN, contre 75 % pour les États-Unis. Il y a 20 ans, c'était moitié-moitié.
Désarroi et zizanie

En Libye, plus de trois mois après une initiative qui devait faire tomber rapidement le dictateur, l'aveu de bavures mortelles contre des civils, ceux-là mêmes que l'opération est censée protéger sème désarroi et zizanie. Et si nous nous trompions dans toute cette affaire, se demande par exemple le gouvernement italien, qui a réclamé, avant de se dédire, une suspension des activités dans le ciel de Libye. Même si d'autres, comme les Français, continuent de croire que Mouammar Kadhafi va bien finir par tomber et qu'il faut donc maintenir la pression.
Pour l'OTAN et les États-Unis, l'Afghanistan est une affaire qui dure depuis presque une décennie, une expérience peu concluante de « nation-building ». Barack Obama a annoncé le 23 juin un début de retrait d'Afghanistan, en admettant que les États-Unis « ne laisseraient pas derrière eux un pays parfait »... une belle litote!
Mais la Libye représente potentiellement un autre type d'échec. L'Afghanistan ronge l'OTAN sur le long terme, avec des objectifs officiels qui sont modifiés, révisés à la baisse, au fil des années, et avec des opinions publiques qui décrochent graduellement. Tandis que l'expédition libyenne, elle, fait mal dans l'immédiat. Elle représente peut-être pour l'OTAN... la goutte qui fait déborder le vase.
Voici la plus grande alliance militaire de tous les temps, pour reprendre les mots de Robert Gates, qui annonce une campagne éclair, limitée dans le temps, ultraciblée et foudroyante, censée en finir avec Kadhafi en deux temps, trois mouvements... mais qui, après plus de trois mois, s'avère incapable de vaincre, dans un pays de 6 millions d'habitants, doté d'une armée plutôt rudimentaire... 
L'humiliation!
Bientôt à court de munitions
Et maintenant, on chuchote que les Européens en Libye seraient même à la veille... d'une rupture de stock!

Des entrepôts vides... Des munitions bientôt manquantes pour les avions Rafale et Super-Étendard des Français... Des effectifs au sol en nombre insuffisant pour guider les sorties des avions... Un porte-avions, le George-Clemenceau - c'est le seul vaisseau européen de ce type actuellement disponible - qui serait à la limite de ses capacités, avec un urgent besoin d'entretien. On peut allonger cette liste, qui renvoie l'image d'une alliance occidentale à bout de souffle.
Pas étonnant que dans ces conditions, les Italiens disent maintenant : « arrêtons, suspendons les activités militaires en Libye, tenons-nous-en à l'humanitaire et favorisons une solution politique ». Franco Frattini, le ministre des Affaires étrangères, un des rares personnages sérieux du gouvernement Berlusconi, a causé un petit scandale en disant qu'après les bavures des 18 et 19 juin à Tripoli (une quinzaine de civils tués par l'OTAN), la campagne militaire occidentale a perdu de sa crédibilité. 
Sans compter la question de l'argent... Dans son « discours-testament » de Bruxelles, Robert Gates a parlé très fort de ce problème, en demandant aux Européens : « Voulez-vous, oui ou non, payer pour votre défense? Parce que les Américains, eux, le peuvent de moins en moins! » Et Gates a enfoncé le clou : notre situation, dit-il, devient in-te-na-ble.
Le problème, c'est qu'en Europe aussi, les budgets sont complètement étirés, l'élastique est au maximum... Il n'y a plus d'argent, et le climat n'est absolument pas propice à un doublement des dépenses de défense, un doublement qui, selon les États-Unis, serait nécessaire en Europe.
Autrement dit, le bon vieil impérialisme occidental a du plomb dans l'aile. Il n'a peut-être plus les moyens de ses ambitions.

La projection pessimiste de Robert Gates, c'est que, après l'Afghanistan et la Libye, l'OTAN n'a peut-être tout simplement plus sa raison d'être.

François Brousseau,

Radio-Canada,

24 juin 2011

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets/2011/06/24/133001.shtml?auteur=2096


1-7 Capitaine Martin : Les ennuis libyens…

Coût de la guerre en Libye

La guerre en Libye est en train de devenir un problème.

Ce n’est pas la guerre-éclair que beaucoup attendaient. A presque quatre mois du début du soulèvement de la « coalition des volontaires », la situation sur le champ de bataille ne connaît pas de changements notables. Bien au contraire, les pays qui promouvaient l’intervention et les résolutions de l’ONU qui lui font lieu de paravent connaissent une agitation symptomatique.

En France, l'amiral Pierre-François Forissier, chef d'état-major de la marine nationale, a exprimé le 10 juin devant l'AJD (Association des journalistes de défense) de sérieuses préoccupations sur l'effet des opérations libyennes sur les ressources techniques et humaines de la marine de guerre. Tout en affirmant que les forces navales ne se trouvent pas en "surchauffe", il ajoutait aussitôt : « Nous consommons de façon intensive un potentiel qui aurait dû être consommé de façon régulière tout au long de l'année ». Les navires militaires français sont prévus pour naviguer une centaine de jours par an. Les ressources humaines de la marine sont calculées à l'aune de ces potentiels. Au-delà, les navires sont difficilement maintenus en condition, les personnels souffrent de "trous" dans leurs formations et leur entraînement, et des tensions apparaissent dans les familles.

En Italie, le ministre de l’intérieur Roberto Maroni a invité son gouvernement à  « ne plus gaspiller de l’argent en jetant des bombes ».  En Grande-Bretagne, l’armée de sa Majesté entrevoit la possibilité de ne pas poursuivre trop longtemps la mission à cause des coupes sombres faites à la défense.  Les États-Unis ne sont pas en reste et le conflit libyen y provoque une certaine agitation. Le président américain a été accusé par le Congrès d’avoir violé la loi parce qu’avant de donner le top à l’intervention en république libyenne, il aurait dû avoir l’approbation du Parlement (loi sur les pouvoir de guerre de 1973).  Un groupe de députés a même formellement dénoncé Obama à un tribunal fédéral de Washington pour violation des normes constitutionnelles.

Pour le moment, les opérations militaires en Libye ont coûté aux  Etats-Unis la bagatelle de 716 millions de dollars, et devraient atteindre le somme d’1,1 milliard de dollars fin septembre, selon les estimations de la Maison blanche elle-même.

La France n’aurait quant à elle déboursé que 160 millions d'euros. C'est du moins ce qu'a déclaré la ministre du Budget, Valérie Pécresse, dans un entretien au Journal du dimanche (JDD).

Le 12 juillet, le Parlement français devra voter la prolongation ou non de l’intervention française en Libye. L’article 35 de la Constitution prévoit en effet que « lorsque la durée de l’intervention excède quatre mois, le gouvernement soumet sa prolongation à l’autorisation du Parlement ». Le débat pourrait être difficile [euh... cf http://www.parti-socialiste.fr/communiques/position-du-bureau-national-du-parti-socialiste-sur-la-prolongation-de-l-intervention-mi - RM]. Se profile alors, en cas de difficultés persistantes sur le terrain militaire, le spectre de la partition de la Libye, le but étant de permettre à la rébellion la maîtrise des zones gazières et pétrolifères, c’est-à-dire essentiellement l’est et une partie du sud du pays. Les véritables objectifs de cette guerre apparaissent ainsi aux yeux de tous. Loin de la geste humanitaire du duo Sarkozy-BHL…

La domination sur la terre et ses richesses, le maintien des privilèges des multinationales, le maintien des tyrans aux ordres et le combat contre ceux qui résistent à l’Empire, ont un coût que les peuples vont une fois de plus devoir supporter. Et quels profits en tireront-ils ? Nous connaissons malheureusement la réponse.

Capitaine Martin.

Resistance.fr
Dimanche 10 juillet 2011

http://www.resistance-politique.fr/article-les-ennuis-libyens-79081960.html


 

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