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06/08/2011

n°33 - Libye : Analyse, Géopolitique et stratégie de L'Otan, France, & Grande-Bretagne (2)- Fin - : - 03-08 : Les ratés d'une guerre française.


n°33 - Libye : Analyse, Géopolitique et stratégie de L'Otan, France, & Grande-Bretagne (2)- Fin  - : - 03-08 : Les ratés d'une guerre française.



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



Libye :Analyse, Géopolitique et stratégie de L'Otan, France,

& Grande-Bretagne ( 2 )

n°33 du 03-08

C.De Broeder & M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Le " dossiersdu libye" est  visible  sur nos blogs : 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) Sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

c) Sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

d) Sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm 

 

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Sommaire. 

2 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

2-1 Tony Busselen : Une vue de la situation en quatre questions.

2-2 Chems Eddine CHITOUR : Avenir sombre pour la Libye, la responsabilité de BHL « le tintin des démocrates »





Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

2-1 Tony Busselen : Une vue de la situation en quatre questions.

1. Mouammar Kadhafi aurait-t-il déjà perdu la guerre ?

Hillary Clinton vient de déclarer : « Pour Kadhafi, c’est ‘game over’. »

Or ce qui m’a le plus frappé, c’est la contradiction entre ce que j’ai vu d’un côté et  de l’autre la suggestion dans la presse occidentale que Tripoli serait une ville assiégée et Kadhafi, « un homme fini ».

Tripoli, la capitale de la Libye compte 1,6 million d’habitants pour un pays de 6,5 million. Partout où nous passions en voiture ou à pied, j'ai constaté que la ville était calme et pleine de monde.

Aucun signe d’activité militaire majeure, ni d’opposition au gouvernement.

Le journal français Le Nouvel Observateur, du 7 juillet titre « Libye : Les ratés d’une guerre française ». Il continue : « Cela devait durer quelques jours, quelques semaines tout au plus. "Sûrement pas des mois", disait Alain Juppé  [ministre français des Affaires étrangères]. Les services de renseignements français assuraient que, dès les premières frappes, des milliers de soldats de Kadhafi feraient défection. … Mais rien ne s'est passé comme prévu. »

En effet, après 5 mois de guerre contre l'Otan, le gouvernement libyen a entamé une mobilisation populaire impressionnante. Depuis le 1 juillet il y a après les prières de chaque  vendredi des manifestations monstres avec chaque fois des centaines de milliers de Libyens.

D’abord à Tripoli, le 1 juillet. Ensuite, le 8 juillet nous avons vu les images de centaines de milliers de Libyens qui portaient un long drapeau - d’une longueur de 6 km, selon la télévision libyenne - à Sabha (au sud du pays, à 912 km de distance de Tripoli).

En même temps nous avons vu une grande masse manifester à Tripoli même.

Le Nouvel Observateur a raison de dire : « Quatre mois et des milliers de frappes plus tard, Kadhafi est toujours là. … la guerre voulue par Nicolas Sarkozy s'enlise. … Cette guerre devait être un passeport pour la gloire. On se contenterait aujourd'hui d'un sauf-conduit pour en sortir ».

La Norvège, suivie de l’Italie ont déjà annoncé qu’elles se retireront des opérations militaires de l’OTAN.[1]  L’Agence France-Presse rapporte même une déclaration de Gérard Longuet, ministre français de la Défense, qui reconnaissait dimanche 10 juillet, la défaite des bombardement de l’OTAN :

« On s’arrête de bombarder dès que les Libyens parlent entre eux et que les militaires de tous bords rentrent dans leur caserne ».

Et si le colonel Kadhafi n’est pas parti ?

« Il sera dans une autre pièce de son palais avec un autre titre », a répondu M. Longuet.

2. Négocier sur base de quelle proposition ?

Il existe plusieurs plans de paix et propositions de négociations pour arriver à une sortie pacifique de la guerre. Dans un entretien avec notre délégation, Souleiman Sassi Chhoumi, coordinateur de la commission des Affaires étrangères au Congrès populaire générale (le parlement Libyen), a insisté sur le fait que pour le gouvernement libyen, les propositions de l’Union Africaine peuvent former la base de négociations. Ces propositions ont été citées plusieurs fois dans les médias d’une façon fragmentaire. Lors de cet entretien, nous avons eu une vue sur le contenu somme toute équilibré de ces propositions. Le plan de l’UA consiste en 5 points :

1      Un cessez-le feu immédiat,    

     La formation d’une commission de contrôle neutre du cessez-le-feu

3     La création d’une commission conjointe entre les rebelles et le gouvernement avec l’agenda de formation d'un gouvernement transitoire pour une période limitée, ainsi que la création d’un parlement de transition. 

4     Ce parlement formera une commission constitutionnelle qui élaborera une proposition de constitution

5     Cette proposition de constitution sera alors soumise par referendum au peuple libyen en présence d'observateurs internationaux.

Il est possible que ce plan aboutisse à un changement fondamental du système politique actuel de la Libye dans lequel 600 congrès populaires forment la base de ce que les autorités libyennes appellent la Jamahiriya ou « la démocratie directe des masses ». Mais ce qui est exclu par tous nos interlocuteurs, aussi bien de la part des autorités que des simples gens, c’est l’exil de M. Kadhafi.

Pour tous nos interlocuteurs c’était évident que quoiqu’il arrive, M. Kadhafi continuera à vivre en Libye. Tout au long de la semaine que nous avons passé à Tripoli, nous avons constaté partout l’influence de M. Kadhafi. Même si certains se posent des questions sur ses idées, tous voient dans la personne de M. Kadhafi le symbole de la nation libyenne et de sa résistance à l’agression de l’OTAN. Il est donc certain que dans ce scénario, même sans aucune fonction publique, Kadhafi restera une autorité morale importante en Libye.

3. Que veulent les Etats-Unis ?

Si cette guerre a été voulue par Sarkozy, ce sont toujours les Etats-Unis qui dirigent l’Occident. Le Nouvel Observateur note : « les Américains sont toujours indispensables. ‘Rien ne serait possible sans leur soutien. Ils nous tiennent par la barbichette. Ce sont toujours eux les patrons.’ … Un chiffre résume tout : devant la délégation parlementaire sur le renseignement, le directeur du renseignement militaire français, le général Didier Bolelli, a révélé que plus de 80% des cibles affectées aux pilotes français en Libye étaient désignées par les services américains ! Autrement dit, si Français et Britanniques réalisent la majorité des frappes, les Américains dirigent les opérations en coulisses, ‘from behind’, dit le grand magazine ‘New Yorker’. ‘Ils nous donnent juste ce qu'il faut pour que nous ne nous cassions pas la figure’, assure un diplomate. »

Il est clair que les Etats-Unis n’accepteront pas une défaite de l’OTAN et qu’ils visent la disparition de M. Kadhafi. Ce n’est pas un hasard si  les bombardements visent pour une grande partie sa personne, sa famille et les familles des gens qui l'entourent.

Washington n’a pas apprécié les déclarations des ministres français et italiens sur la nécessité de négocier avec Tripoli. Trois jours après la déclaration du ministre français de la Défense, G. Longuet, Hillary Clinton a corrigé le tir :

« Bien que personne de nous peut prédire le jour précis que Kadhafi va quitter le pouvoir, nous sommes tous d’accord que ses jours sont comptés ».[2]

Le jour même où un rapport de Human Rights Watch dénonce des crimes commis par les rebelles [3], le ministre belge des Affaires étrangères annonce que les gouvernements du Benelux ont décidé ensemble de reconnaître le Conseil National de Transition (CNT), l’organe dirigeant des rebelles à Benghazi comme le représentant légitime du peuple libyen.

The Washington Post explique que le gouvernement américain ferait bien de suivre cet exemple et de reconnaître à son tour le CNT comme le gouvernement légitime du peuple libyen. « Ainsi la Maison Blanche pourrait libérer les dizaines de milliards de dollars de l’Etat libyen qui sont gelés pour le moment dans des banques aux Etats-Unis. » [4]

Sur le site « European Voice » John Herbst, ancien ambassadeur et directeur du Centre pour les Opérations complexes à l’Institut pour les Etudes Nationales Stratégique de l’Université nationale de Défense à Washington, et un collègue de cet Institut, Leo Michel, expliquent ce que les stratèges étasuniens attendent de l’Europe.

Ils plaident pour l’envoi d’une brigade européenne d’intervention rapide en Libye. Ce serait « une opération complexe et importante ». Ils reconnaissent que l’Union Européenne est peu disposée à un engagement militaire. Sur un ton menaçant ils concluent: «L’Europe sera la première à souffrir du chaos quand une Libye post-Kadhafi explosera en violence. »[5]

4. Que pouvons nous faire ?

Les peuples d’Europe sont confrontés à des plans pour installer la pauvreté en Grèce, Portugal, Irlande et l’Italie. D’autres pays, comme la Belgique, risquent de suivre demain.  A la recherche de profits pour leurs multinationales, les gouvernements européens se lancent dans des aventures de recolonisation d'un pays riche en pétrole.

Indépendamment de l’appréciation que l’on peut avoir du gouvernement de Tripoli, ce qui est en jeu c’est la solidarité avec le peuple libyen ainsi que le refus des aventures militaristes folles dont on ne peut que s’inquiéter.

Que demain la Libye soit dirigée ou non par M. Kadhafi, c’est aux Libyens d’en décider.

Nous avons eu, à Tripoli,  plusieurs entretiens avec des émigrés Africains. L’un d’eux, Gilbert, un Camerounais me disait :

« Le peuple Libyen est un petit peuple de marchands et de bédouins qui ont la chance d’avoir les revenus du pétrole. Le travail dans cette société c’est fait par nous, les immigrés étrangers. Mais nous sommes très contents ici. Une bonne partie des revenus du pétrole sont investis dans le développement. Nous avons ici des avantages dont on ne peut pas rêver chez nous. L’électricité et l’eau gratuite. Ma femme vient d’accoucher, je n’ai rien du payer et c’était un hôpital bien équipé. »

De son côté, une Nigériane m'a dit :

«  Si ici c’est mauvais et c’est la dictature, c’est quoi alors chez nous ? Nous ne comprenons pas les occidentaux, qu’est-ce qu’ils veulent pour l’Afrique ? » « Kadhafi, il a mis les bases militaires des Américains et des Britanniques dehors, il a nationalisé le pétrole, il a osé dire la vérité sur l’ONU qui n’est qu’un instrument des grandes puissances contre nous, les peuples du tiers monde. Toute l’Afrique appuie tout ça ».

En effet, partout à Tripoli nous avons pu voir les posters de Kadhafi avec une chemise sur laquelle sont imprimés les photos de grands dirigeants Africains de la lutte anti-coloniale, tel que Lumumba, Nkrumah, Ben Bella et d’autres.

Dans sa résistance contre l’OTAN, le peuple libyen lutte aussi pour nous. Ils s’opposent à une politique agressive anti-populaire et pour la paix. Il a droit à notre solidarité démocratique. C’est ainsi que nous appelons tous nos lecteurs à participer à la campagne d'intal contre la guerre.

 

[1]          « Libye : Sarkozy au bord de la crise des nerfs » dans Le Post du 12 juillet.

[2]          « Hillary Clinton says Gaddafi’s days numbered », Xinhua, 14 juillet.

[3]          « Rebellen plunderen in Westen van Libë. Human Rights Watch laakt mensenrechtenschendingen door opstandelingen », De Standaard 14 juli.

[4]          « Preparing for a new Libya », The Washington Post, 14 juillet.

[5]            « Why the EU should patrol Libya », European Voice, 14 juillet.

(*) Tony Busselen (Solidaire) a participé  avec Michel Collon et Simon De Beer (collaborateurs de investig’Action, www.michelcollon.info), Ilse Grieten ( www.intal.be ) et Mohamed Hassan à une délégation qui a visité entre le 4 et le 10 juillet Tripoli sur invitation de l’Associaton Internationale des Avocats de la Méditeranée.

Tony Busselen


2-2 Chems Eddine CHITOUR : Avenir sombre pour la Libye, la responsabilité de BHL « le tintin des démocrates »

Bas du formulaire

 « On ne s'impose qu'en s'opposant »

 Il est des feuilletons dont on connaît à l'avance l'issue, il en est d'autres qui nous tiennent en haleine. En l'occurrence, le feuilleton libyen a battu tous les records par son imprévisibilité. Voilà un potentat qu'on croyait facilement indéboulonnable après 41 ans de règne sans partage et qui fait contre toute attente de la résistance avec son fameux cri de résistance (zenga zenga, dar dar) ; (Rue par rue, maison par maison), qui arrive encore à mobiliser plus d'un million de personnes pour aller bouter les insurgés de Benghazi. Pour l'histoire, la résolution 1973 -votée avec la félonie de la Ligue arabe de Amr Moussa qui voulait être dans les bons papiers de l'Occident attendant un retour d'ascenseur pour une éventuelle succession du pharaon aux pieds d'argile qu'était Moubarek - était censée protéger les civils qui sont morts par centaines !!!

 

 Comment a commencé la croisade avec BHL « le tintin chez les diplomates » ?

  Christopher Caldwell, rédacteur en chef du Weekly Standard, n'est pas tendre avec Bernard-Henry Levy qui s'avère être l'âme du complot contre la Libye. Nous l'écoutons : « Le philosophe BHL a beaucoup pesé pour que Paris s'engage contre Kadhafi. De grands principes et un opportunisme teinté d'amateurisme qui pourrait faire des dégâts. L'Occident espère désormais, que Lévy ne s'est pas trompé sur la Libye. C'est en effet grâce à lui - ou à cause de lui - que l'Otan est intervenue. Fin février, Lévy a pris un avion pour se rendre à la frontière entre l'Egypte et la Libye, où il est entré en contact avec le Conseil national de transition (CNT), un groupe d'insurgés de Benghazi. (..) Il a alors téléphoné à Nicolas Sarkozy (son ami depuis trente ans) pour l'engager à soutenir les rebelles par des frappes aériennes. Le philosophe a ensuite organisé à Paris une rencontre entre les rebelles et Nicolas Sarkozy, le 10 mars, et Hillary Clinton a rencontré leur dirigeant officiel, Mahmoud Jibril, quelques jours plus tard dans la capitale française. Le 17 mars, dix membres du Conseil de sécurité de l'ONU ont voté la résolution 1973, et l'aviation française est entrée en action pour empêcher les chars de Kadhafi d'entrer dans Benghazi ».(1)

  « Plus le temps passe, moins ces initiatives semblent judicieuses. (...) L'avenir de Sarkozy dépend désormais de cette question : est-ce Bernard-Henri Lévy ou bien BHL qui l'a poussé à agir ? Lancer un pays dans la guerre après avoir consulté un philosophe d'une haute autorité morale est une chose ; mais le faire sous la pression d'un ami très riche et très influent en est une autre. (...) Il est vrai que l'humanitarisme militarisé de Lévy, contrairement à celui de Bush, suppose l'obsolescence de l'Etat-nation. D'après Lévy, que la Ligue arabe demande de l'aide à l'ONU pour renverser Kadhafi est un fait historique d'une importance capitale. Pourtant, son engagement au nom de la communauté internationale reste flou. (...) La France a beau dire qu'elle occupe une place privilégiée en Afrique du Nord, les soulèvements démocratiques dans la région ont été autant d'humiliations pour elle. Lévy a surtout joué un grand rôle dans la manière dont la France s'est engagée dans la guerre. (...) La France a ensuite rapidement reconnu le CNT comme seul gouvernement légitime de la Libye, suivie par l'Italie et le Qatar. Ce n'était apparemment pas une sage décision. (...) Voilà un homme riche qui assure au reste du monde que la Libye compte d'innombrables démocrates, mais qui agit ensuite en secret pour s'assurer que le contrôle des milliards du pétrole libyen revienne bien à la poignée de démocrates qu'il connaît personnellement. C'est hélas, le genre de démocratie qui fait le lit des dictateurs ».(1)


Le trophée de l'Otan

  Au fil des mois, l'Otan s'est illustré surtout dans la mort des civils en toute impunité, notamment les équipages français qui ont tiré les premiers pour avoir la priorité des contrats pétroliers auprès du CNT ont fait une dizaine de morts parmi les civils en juin. L'Otan promet une enquête, on est rassuré...Par ailleurs, on apprend que le « Center for Research on Globalisation », (CRG), a révélé l'usage, par l'Otan, d'uranium appauvri, en Libye. Mahdi Darius Nazemroaya, chercheur associé au centre, a dit, lors d'un entretien avec Press TV, que l'Otan a commis des crimes de guerre, en ayant recours à l'uranium appauvri. Nazemroaya, qui se trouve à Tripoli, affirme que les chasseurs-bombardiers de l'Alliance bombardent et détruisent les hôpitaux, les maisons et les hôtels.

  Selon toute vraisemblance, écrit Nabila Ramdani, c'est un missile français qui aurait par accident tué neuf civils libyens, dont deux enfants, le 19 juin à Tripoli. (...) Il y a à peine plus de trois mois, Nicolas Sarkozy conviait la presse mondiale à l'Elysée pour annoncer le début de son offensive aérienne contre la Libye. Entrant fièrement par une double porte dans un des salons grandioses de l'Elysée, le président français avait déclaré aux journalistes, avec un rictus déterminé, qu'en « ce moment-même » (voix forte, torse bombé et menton levé), les as français pulvérisaient les chars et les soldats de Kadhafi sur une vague route perdue à l'ouest de Benghazi. Peut-être les Rafale qui s'acquittaient de la tâche étaient ceux-là mêmes que Sarkozy avait tenté de vendre à Kadhafi lors de sa visite d'Etat à Paris, seulement quatre ans plus tôt, mais qu'importe : l'heure était à la célébration d'une initiative martiale bleu-blanc-rouge, non au souvenir d'échecs commerciaux. A écouter Sarkozy, on aurait pu croire qu'il parlait du général Philippe Leclerc et de sa 2e DB, fer de lance de la libération de Paris en 1944. (...) Aujourd'hui, cette même presse hexagonale se fait étrangement silencieuse alors que, selon toute hypothèse, ce serait un missile français qui aurait frappé un pâté de maisons à Tripoli, tuant au moins 9 civils, dont de jeunes enfants, et en blessant des dizaines d'autres.(2)

  C'est dire que l'Otan veut sauver des civils en tuant d'autres !!!. En toute impunité, car nous n'avons pas vu une résolution contre l'Otan. Pour l'histoire, cette résolution arrachée par la France et l'Angleterre s'est faite en menaçant la Chine par Arabie Saoudite interposée d'un tarissement du ravitaillement en pétrole et en promettant à la Russie la vente des bateaux de guerre.

  Comment expliquer que Kadhafi tienne encore ? « Dans la plupart des pays arabes, écrit Franklin Lamb, le vendredi est un jour de colère contre le gouvernement en place, mais en Libye les prières du vendredi sont suivies par des manifestations massives pro-Kadhafi auxquelles ont participé il y a deux semaines près de 65% de la population de Tripoli. (...) Depuis le début des opérations de l'Otan (le 31 mars 2011), l'alliance a effectué 15.000 sorties, dont près de 6000 opérations de bombardement - selon les chiffres officiels du bureau de Naples de l'Otan. Les chiffres annoncés pour la journée du 9 juillet sont de 112 sorties et 48 bombardements ou attaques par missiles, ce qui correspond à la moyenne. (...) Les dirigeants russes et chinois sont de plus de plus critiques des actions de l'Otan et exigent à présent un cessez-le-feu immédiat et définitif. (...) »(3)

  « Des sources de l'Otan, diplomatiques et du Congrès (US) confirment que l'administration Obama s'est lourdement trompée en pensant que le régime libyen s'effondrerait « en quelques semaines sinon en quelques jours », comme l'avait affirmé Obama au peuple américain qui devra mettre la main à la poche à la hauteur de 5000 milliards de dollars au 31 juillet pour couvrir les coûts de l'opération. L'erreur de calcul d'Obama pourrait lui coûter la présidence, si ce n'est pas la situation économique. (...) Le dimanche 10 juillet, la France semblait se ranger aux côtés des Russes et des Chinois en appelant à l'arrêt immédiat des bombardements inutiles et contre-productifs, alors que de plus en plus de pays connaissent des manifestations contre les actions de l'Otan en Libye. Le ministre de la Défense français, Gérard Longuet a déclaré à Paris qu'il était temps pour les loyalistes à Kadhafi, dont la France reconnaît que leur nombre est en croissance rapide, et les rebelles libyens de « s'asseoir à une table pour trouver un compromis » parce que, a-t-il dit, « il n'y avait pas de solution par le recours à la force ». Le ministre français de la Défense s'était à peine exprimé, en accord avec l'opinion des militaires britanniques et italiens, que le département d'Etat des Etats-Unis publiait une déclaration confirmant que « les Etats-Unis poursuivront leurs efforts en tant que membres de l'Otan pour faire respecter la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU destinée à protéger les civils libyens de toute attaque ».(3)

  Amar Djerrad abonde dans le même sens et analyse le rôle des médias aux ordres et qui ont joué les boutefeux, en vain. Khadafi est toujours aussi populaire. « Quelle déchéance ont atteint la plupart des médias occidentaux et leurs alliés arabes comme surtout Al Jazeera de l'émir du Qatar, Alarabia la Saoudienne - que singent idiotement certains autres médias arabes - lorsqu'ils débitent en continu des infos ridicules qui frisent la débilité ! Après 4 mois d'intenses matraquages médiatiques, elles ont épuisé tous les sujets de mensonges. (...) Les articles, images, reportages et témoins « oculaires » de ces chaînes se sont avérés, avec le temps, qu'un tissu de mensonges, y compris les accusations de « bombardements de civils par Kadhafi » qui avaient « justifié » l'agression, comme l'affirment des journalistes, analystes et observateurs sur les lieux. (...) La réalité est que l'Otan avec ses « révolutionnaires » de pacotille - composés de voyous, de truands, de prisonniers libérés de Benghazi et de Guantanamo, d'islamistes graciés, d'éléments de l'Aqmi, de jeunes désoeuvrés et de sots, de félons de dissidence récente, de renégats, d'opposants inconnus de dernière minute- montre des signes d'échec, voire de déroute face à un petit pays (qui n'a jamais agressé quiconque) de 7 millions d'habitants qui vivaient correctement, mieux que beaucoup de pays européens, y compris la France. (...) Faire croire que Kadhafi est trahi de tous côtés ou qu'il n'a plus de « légitimité populaire » est de la désinformation de bas niveau ».(4)

  « De plus, il est difficile de faire admettre que toute la population s'était liguée contre lui et du même souffle expliquer pourquoi des centaines de milliers lui manifestent leur soutien, pourquoi il ne craint pas d'armer la population, pourquoi il se permet des tours - en cortège et en voiture découverte - dans les rues et ruelles de la capitale sous les applaudissements de milliers de citoyens dont beaucoup sont armés, pourquoi les habitants de plusieurs agglomérations ont violemment répondu par les armes aux rebelles qui avaient tenté de conquérir leur localité, pourquoi Benghazi et récemment Tobrouk, mais aussi Derna - du tueur « Gambo » que soutient l'Otan - se révoltent. (...) Cette aventure en Libye a mis à l'épreuve les règles internationales de l'ONU qui s'avèrent n'être érigées que pour mettre au pas, par la menace ou la force, les pays qui n'entrent pas dans le giron occidental - c'est-à-dire dans les fondements euro-atlantistes et mondialistes en les obligeant à adopter leurs principes politico-philosophiques - et non pour plus de justice dans le monde après l'effroi de la Seconde Guerre mondiale. (...) L'avenir proche nous le dira.(4)

L'impasse occidentale en Libye

 « Pour le capitaine Martin, la guerre en Libye est en train de devenir un problème. Ce n'est pas la guerre-éclair que beaucoup attendaient. A presque quatre mois du début du soulèvement de la « coalition des volontaires », la situation sur le champ de bataille ne connaît pas de changements notables. Bien au contraire, les pays qui promouvaient l'intervention et les résolutions de l'ONU qui lui font lieu de paravent connaissent une agitation symptomatique. En France, l'amiral Pierre-François Forissier, chef d'état-major de la Marine nationale, a exprimé le 10 juin devant l'AJD (Association des journalistes de défense) de sérieuses préoccupations sur l'effet des opérations libyennes sur les ressources techniques et humaines de la marine de guerre. En Italie, le ministre de l'Intérieur Roberto Maroni a invité son gouvernement à « ne plus gaspiller de l'argent en jetant des bombes ». En Grande-Bretagne, l'armée de Sa Majesté entrevoit la possibilité de ne pas poursuivre trop longtemps la mission à cause des coupes sombres faites à la défense. Les États-Unis ne sont pas en reste et le conflit libyen y provoque une certaine agitation. Le président américain a été accusé par le Congrès d'avoir violé la loi parce qu'avant de donner le top à l'intervention en République libyenne, il aurait dû avoir l'approbation du Parlement (loi sur les pouvoirs de guerre de 1973). Pour le moment, les opérations militaires en Libye ont coûté aux Etats-Unis la bagatelle de 716 millions de dollars, et devraient atteindre le somme d'1,1 milliard de dollars fin septembre, La France n'aurait quant à elle, déboursé que 160 millions d'euros.(5)

Kadhafi reste...« dans une pièce à côté »

  L'heure n'est donc plus au départ de Kadhafi qui renaît peu à peu de ses cendres, mais au dialogue pour un éventuel partage des richesses pétrolières de la Libye, au grand dam du Conseil national de transition, (branche politique de la rébellion) sacrifié sur l'autel des intérêts en plein désert. (...) La détermination de l'adversaire à aller jusqu'au bout est une donnée qu'il ne faut jamais négliger quand on veut prendre de force au nom d'une démocratie dont on n'a que faire, les richesses des autres. S'asseoir donc à la même table que celui contre qui la CPI a lancé un mandat d'arrêt international, pour finir par faire ce qu'on ne voulait pas envisager.(6)

  Pour le quotidien conservateur italien, l'aventure libyenne du président français est un échec patent. Même si le Parlement a choisi de reconduire les opérations menées contre le régime Kadhafi, la façon dont elle a été menée n'a pas permis d'atteindre l'objectif fixé. « Kadhafi peut rester, dans une autre pièce de son palais, avec un autre titre. » L'auteur de cette déclaration- aussi surprenant que cela puisse paraître - Gérard Longuet, le ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy. (...) Ainsi conclut le ministre français : « Nous avons demandé aux deux camps de se parler, parce que, selon nous, le moment est arrivé de s'asseoir autour d'une table. »(7)

  Il ne faut pas pour autant croire que l'Occident a renoncé à la force en négociant. Les frappes sont toujours là et un forcing est fait pour que le CNT arrive à s'emparer de Tripoli avant le début du Ramadhan qui risque d'être problématique pour la coalition : faire la guerre pendant le Ramadhan est difficilement gérable auprès des opinions publiques. De plus, la réunion d’Istanbul du 14 juillet n’apportera pas la sérénité au peuple libyen , une fois de plus la position modérée de l’Union africaine –C’est un problème libyo-libyen, qui doit être réglé par les Libyens eux même, après un cessez le feu- est marginalisée. Le CNT a arraché une reconnaissance des participants occidentaux , notamment des Etats-Unis. Ce qui est sûr c'est que Khadafi passera la main, par contre des jours sombres se profilent pour une Libye démolie et que l'Occident qui l'a détruite compte reconstruire avec les dollars du pétrole. De plus, la fracture intertribale est plus que jamais d'actualité. Le prochain gouvernement devra choisir entre la légitimité populaire ou l'adoubement de l'Occident, jetant une fois de plus le doute concernant la sincérité occidentale quant au vœu pour l'émergence de sociétés arabes démocrates fascinées par l'avenir. Il n'en sera rien, la démocratie ne peut et ne doit être qu'endogène et tous les satrapes qui cherchent une légitimité à la pointe des canons occidentaux n'ont aucune chance de mener leur pays à bon port.

1.Christopher Caldwell BHL, ou Tintin chez les diplomates Bookforum 30.06.2011

 2.Nabila Ramdani : Silence, nos missiles tuent en Libye. The Guardian 21.06.2011

 3.Franklin Lamb 2 juillet 2011 http://www.informationclearinghouse.info/article28544.htm

 4.Amar Djerrad http://www.legrandsoir.info/l-onu-a-l-epreuve-des-visees-euro-atlantistes-et-mondialistes-suite-a-l-agression-contre-la-libye.html

 5.Capitaine Martin. http://www.resistance-politique.fr/article-les-ennuis-libyen...

 6.ww.come4news.com/index.php ?option=com_content&task=view&id=44952&Itemid=999

 7.Carlo Panella Le jour où Sarkozy a perdu en Libye Il Foglio13.07.2011

Chems Eddine CHITOUR

16-07

http://www.legrandsoir.info/avenir-sombre-pour-la-libye-la-responsabilite-de-bhl-le-tintin-des-democrates.html



Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières,les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

" Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19


 

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