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08/09/2011

n°38 - Dossier de la Libye - 07-08- Fin - Honte aux journalistes de radio France-Intertraitant de la Libye

n°38 - Dossier de la Libye - 07-08- Fin  - Honte aux journalistes de radio France-Intertraitant de la Libye




Face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Sa diffusion est un acte de résistance.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources.



Dossier de la Libye

                         n°38                                                       07-09        

C.De broeder & M.Lemaire



Le "Dossier de laLibye" est  visible  sur … : 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) sur le site de Eva Resis :  no-war.over-blog.com

c) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

d) sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse : http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm


Si vous voulez-nous contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire de la lutte pour la libération du territoire.

Tiré à part

Honte aux journalistes de radio France-Intertraitant de la Libye !

1 Dossier

3  Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

4-1 David Gakunzi : Sarkozy, l’Otan et la Libye: détruire pour posséder.

4-2 Des «djihadistes» au pouvoir à Tripoli.

4-3 William Blum:La Libye et le monde dans lequel nous vivons.

4-4 Le Grand Soir : Voici les nouveautés de la semaine.


3  Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

 Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

3-1 David Gakunzi : Sarkozy, l’Otan et la Libye: détruire pour posséder.

Il fut un temps où le Droit portait en soi le respect de l’égale dignité de tous les humains; un temps où on réclamait la liberté au nom du Droit, au nom du Droit associé ontologiquement aux valeurs de justice et d’équité. Le Droit était alors cette force morale mobilisable, mobilisée pour contester toutes les dominations impériales, toutes les iniquités et oppressions; le Droit était ce bouclier, cet étendard haut brandi pour affirmer le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Que ce temps-là semble, hélas, aujourd’hui lointain, éloigné!

Désormais seule la force des bombes est fondement du Droit; désormais, seule la volonté de toute-puissance de quelques uns est Loi fondamentale: retour aux temps du code colonial élevant le droit du plus fort en droit naturel. Le message est clairement énoncé dans le fracas des bombes jetées sur Tripoli: le Droit, dorénavant, peuples du monde, c’est selon le caprice, c’est selon le bon vouloir, c’est selon les intérêts des plus puissants. N’est dorénavant juste, légitime que ce qui correspond et répond aux intérêts des puissances du jour; la seule parole globale, juridique, autorisée et contraignante pour tous est désormais, exclusivement celle des pays surarmés.

Rupture radicale: le Droit confondu avec l’opinion des plus violents, le Droit au service des plus musclés, voilà le mouvement, voilà le principe organisateur qu’on voudrait nous imposer aujourd’hui, de nouveau, comme un absolu infini, comme un absolu immuable, révélé, indiscutable car émis de Paris, car commandé de Washington, car intimé de Londres.

Et il y a dans cette brutale volonté de soumettre le reste du monde aux quatre désirs des coalisés de l’OTAN, quelque chose qui participe de cette éternelle tentation de toute puissance narcissique si caractéristique de l’histoire impériale de l’Occident; quelque chose de ce fâcheux narcissisme agressif, belliqueux, sadique qui ne reconnait l’autre que soumis, conquis, dominé, obéissant, à genoux ou alors tout simplement aboli. Que nous disent en effet, les bombes larguées, balancées, jetées sur la Lybie? Que dorénavant le destin de tout pays sans défense dissuasive est tributaire du bon vouloir de l’Elysée, de la Maison blanche et de Down street; que la puissance de juger et de tuer, la potence ou la pitié, c’est Paris, c’est Washington, c’est Londres ; et que toute velléité libertaire, toute propension à la dissidence est délit qui ne saurait valoir à ses auteurs qu’humiliations et mort.

Morts. Morts les enfants libyens éclatés par les bombes de l’OTAN; mortes les femmes, mortes les mères, éventrées, démembrées; morts les hommes, carbonisés, déchiquetés. Morts! Morts, tous brûlés, réduits en cendre. Tués! Oui, tués, assassinés! Assassinés au nom de la démocratie! Massacrés au nom des droits de l’homme! L’ignominie au nom de la démocratie. Un exemple? Un seul exemple concret? Zliten, le 8 août 2011: raid de l’OTAN sur un quartier résidentiel. Carnage: 75 victimes dont 33 gamins.

Et pourtant, il est dit; et pourtant, il est écrit dans toutes les civilisations que « tu ne tueras point »; et pourtant il est dit dans toutes les cultures que le mal absolu c’est de donner la mort. Mais voilà maintenant qu’on vient nous dire que ce mal ne serait plus aussi absolu que ça, mais plutôt discrétionnaire; car acquitté d’office par une raison supérieure: la démocratie. Nos jeteurs de bombes de l’OTAN: « L’Eglise c’est le Pape, et la démocratie c’est nous! Nous sommes la démocratie! Et hors notre domination, hors notre surveillance, hors notre contrôle, point de démocratie! Oui, tout régime qui n’est pas de chez nous, tout régime non façonné à notre image, est porteur de tous les élans dictatoriaux».

Tout le mal du monde est là, ancré dans ce raisonnement, noué dans ce discours, enraciné dans ce charabia menaçant pour l’humanité de l’homme, car ne parlant d’autrui que pour le nier, n’évoquant l’autre que pour le réduire. Tout le mal du monde est serré dans ce baragouin mortifère, sentencieux qui affirme que tout régime qui ne sacrifie pas aux mêmes rites, qui n’accomplit pas les mêmes gestes, qui ne parle pas la même langue que Paris, Washington et Londres n’est que folklore du mal dictatorial. Folklore maléfique à manipuler, maltraiter, éliminer, annihiler, anéantir, tuer à merci. Il faut détruire « cette chose, cette chose-là » car la démocratie ne saurait souffrir aucune exception.

La démocratie prescription sans frontières. Questions  mais qu’est-ce donc cette obligation transnationale armée du droit de vie et de mort sur tout pouvoir qui ne lui revient pas? Qu’est-ce cette nouvelle théologie enflammée de violence totale et de guerres tous azimuts? Qu’est-ce vraiment la démocratie, cette « démocratie »? La limitation du pouvoir par d’autres pouvoirs? Non. Le combat contre l’arbitraire? Non plus! Mais alors? C’est très simple: Quand l’OTAN dit démocratie, démocratie dans le monde, l’organisation pense soumission. Oui, quand Paris dit, quand Londres dit, quand Washington dit démocratie, traduisez tout de suite: hégémonie sans frontières, « universalisation de nos intérêts »! Oui, Sarkozy et les démocrates de Washington disent démocratie dans le monde comme Voulet et Chanoine disant en leur temps civilisation. Même vision de la planète, mêmes instincts, mêmes pulsions, mêmes justifications, mêmes ambitions, même ressorts. Oui mêmes ressorts.

Car ne nous y trompons pas: derrière cette nouvelle bigoterie fanatisée, intégriste, cannibalesque qui se dit humanitaire, se terre des mobiles d’une nature plus abrupte, plus terre-à-terre, moins idéelle: la cupidité, la soif inextinguible du profit, la domination, la restauration coloniale. On veut le pétrole de la Libye. Alors tout est bon: mystifications, impostures, l’éthique traficotée, la propagande colportée, répandue, propagée de média à média: « Kadhafi a bombardé les populations civiles libyennes »; « Kadhafi a fait des dizaines; non, des centaines; non, un millier; non, des milliers de morts! »

Flots de mensonges, torrents de mensonges déversés dans les medias; les médias mis au service du mensonge; le mensonge usiné, produit, distribué en masse; le mensonge répété, multiplié, diffusé à l’infini. Falsification des faits, mépris total et absolu de la vérité; tromperie froidement organisée, régulée, calculée, marketing de la guerre; bannissement de la vérité. C’est que l’enjeu est majeur: l’opinion est une force qu’il faut berner, qu’il faut manipuler, duper, abuser, tromper afin de manœuvrer en toute impunité. L’entendement humain doit donc être charmé; les cerveaux doivent être possédés; l’opinion doit être dépossédée de ses yeux, dépossédée de ses oreilles, dépossédée de son jugement, dépossédée de sa capacité de douter! Il faut mystifier la raison humaine; il faut rendre la future agression naturelle, normale, banale, morale. La réalité doit être diluée et le mensonge érigé, institué en réel.

Alors: internement de l’opinion dans un discours médiatique unique imposé à toutes les plumes, imposé à toutes les lèvres ; haro sur tout autre discours susceptible de fissurer, de bousculer le pouvoir des puissants du jour de décréter le réel. Tout discours contradictoire, tout discours non aligné sera asphyxié, ostracisé, ridiculisé. Le mensonge doit devenir réalité: « Kadhafi a bombardé les populations civiles libyennes ». Viol verbal de la vérité qui en annonce un autre.

La suite? La réalité renversée, culbutée, la volonté du plus fort peut se mettre en actes: sous le fallacieux prétexte de protection des populations civiles menacées, on peut décoller, franchir la ligne de souveraineté du corps de cette terre libyenne, planter, déverser bombes sur bombes dans ses entrailles. Avec rage et sauvagerie.

Ainsi Tripoli bombardée; ainsi Tripoli terrorisée, martyrisée pendant six mois! Et chaque jour le même discours: tant que Kadhafi ne se sera pas accusé du crime qu’il n’a pas commis, nous continuerons de bombarder Tripoli! Ainsi Tripoli réduite en cendres. « Tant que Kadhafi… Il faut que Kadhafi ratifie notre accusation… Il faut que Kadhafi avoue qu’il est bel et bien un odieux dictateur… Il faut que Kadhafi… Que Kadhafi quitte le pouvoir… Qu’il quitte le pouvoir sinon… Sinon nous continuerons de bombarder Tripoli… Sinon nous continuerons de tourmenter Tripoli. Sinon… Les bombardements vont se poursuivre. Sinon… nous frapperons ses proches… Sinon…nous frapperons sa famille; nous frapperons ses enfants ». Le 30 avril, trois missiles sur la maison de Saïf al Arab, le plus jeune fils de Kadhafi. Saïf assassiné avec ses trois enfants. Meurtre prémédité. Le terrible crime commis par les victimes? Etre nés fils et petits fils de Kadhafi. Crime de filiation.

« Tant que Kadhafi… Kadhafi doit… » On frappe, on mutile, on estropie. Terreur. Terrorisme du muscle. Fracas des bombes. On frappe, on étrangle, on tue. « Tant que Kadhafi… » Vingt mille libyens tués. « Tant que Kadhafi… » Chasse aux Noirs. « Tant que Kadhafi… » Les Noirs, tous les Noirs Libyens pourchassés. Pourchassés dans Benghazi, pourchassés dans Misrata, traqués dans Ras Lanouf, traqués à Brega, traqués, massacrés, massacrés les mains attachées, liées derrière le dos, massacrés par des rebelles mis au monde par la France en couche étrangement avec des féodaux nostalgiques de l’ancienne royauté et des éléments d’Al-Qaïda. On combat Al-Qaïda en Afghanistan et au Maghreb et on fait le coup de feu avec lui en Libye. Etrange paradoxe. Les troupes les plus performantes de cette rébellion? Des anciens d’Afghanistan, des anciens de Tchétchénie, des anciens du Soudan; des salafistes du Maghreb. L’officier le plus efficace de la rébellion? Abdel Hakim Belhadj, fondateur du GICL, le Groupe islamique combattant de Libye, membre de la mouvance Al-Qaïda, connu de tous les services de renseignement.

On injurie, on exècre les djihadistes en Afghanistan et on les loue comme des révolutionnaires humanistes dès lors qu’ils sont regroupés dans le CNT libyen; le CNT, ce mouvement très hautement démocratique aux ambitions extrêmement nobles: purger la Libye de tous ses Nègres, purifier la Libye de tous « ses esclaves à la peau noire ». Ibrahim al-Halbous, commandant de la rébellion: « Il faut que les Noirs Libyens fassent leurs valises ». Purification raciale ouverte, déclarée, assumée au grand jour, assumée devant toutes les caméras du monde. C’est que la démocratie est en marche et qu’au nom de la démocratie, on peut tout; au nom de la démocratie, tout est permis.

Le racisme explose donc dans toute sa brutalité dans les villes arborant le drapeau tricolore et la bannière étoilée; l’orgie klux-klux-klanienne bats son plein à Benghazi; on s’arroge le droit de tuer les peaux noires; on tue les Noirs parce qu’ils sont Noirs. On tue les Noirs en toute bonne conscience, en toute impunité. Et pendant ce temps-là que fait-on à Paris; que fait-on à Washington? On plaisante, on rit, on boit, on se congratule. Les Noirs peuvent être massacrés; les Nègres ne comptent pas; ils sont peu de choses. Silence du côté de la Cour Pénale Internationale.

Silence du côte de cette cour si prompte pourtant à aboyer sur Kadhafi et ses partisans. Normal. Qu’est-ce en effet cette fameuse cour internationale sinon un outil bricolé par les pays dominants afin de légitimer la reproduction de l’ordre mondial actuel? Oui, qu’est-ce cette CPI, sinon une juridiction discriminatoire, une cour ségrégationniste, une institution destinée à juger les dirigeants des pays faibles? Le message de cette Cour est très limpide: tout chef d’Etat de pays non doté d’une défense dissuasive peut être arrêté, de jour ou de nuit, arrêté sous n’importe quel prétexte, arrêté, ficelé, ligoté et déporté pour être jugé et condamné comme le vulgaire malfrat du coin. Par contre, tout suppôt au service des puissances du jour ou tout chef d’Etat d’un pays puissant peut, lui, massacrer, tuer allègrement à coup de machettes, de bombes lasers ou de drones, la CPI ne se sentira en aucun cas concernée par cette barbarie-là. Ses auteurs ne seront jamais accusés de crime de guerre, de crime contre l’humanité: bien au contraire, ils seront honorés, glorifiés, commémorés, ovationnés et couverts de médailles: « gloire aux messies sauveurs et libérateurs de l’humanité » !

On tue donc les Noirs dans les territoires libyennes libérées par les bombes de l’OTAN et, à Paris, à Washington, à Londres, on festoie: la machine démocratique occidentale cuirassée de plomb est en marche en terre libyenne. Et quand Kadhafi et l’union africaine proposent l’arrêt des combats et la négociation, on s’esclaffe, on rigole. Désolé, on est occupés, très occupés. On verra plus tard. Pour l’instant, on est occupés. On voulait cette guerre. On voulait cette guerre depuis le début, alors pas de temps à perdre. On est occupés. Occupés à bombarder ; occupés à transformer ce pays en gouffres et en fumées; occupés à démolir. A démolir les hommes, à démolir les femmes, à démolir les enfants, à démolir les ponts, les hôpitaux, les routes. On démolit et on célèbre. C’est étrange mais c’est ainsi: il est des âmes ainsi faites; détruire leur procure une incompressible et incompréhensible jouissance. Jouissance mortifère sur les plateaux de télévision, jouissance exhibée dans les colonnes de journaux. Spectacle obscène: d’un plateau à l’autre, d’une colonne à l’autre, quelques petites gueules voraces posent et s’exposent. Soucieux de leur apparence sur les pellicules de l’histoire, agités de se montrer, ils commentent, glosent sur la chute de Tripoli. Avec une certaine délectation jubilatoire, avec un certain plaisir haineux, sadique. Les bombes larguées sur Tripoli, c’est bon, trop bon, n’est-ce pas?

Ils parlent en Maréchaux; fantasme d’omnipotence, sentiment de toute-puissance: « Sommes-nous satisfaits? Oui. Très satisfaits. Sommes-nous justifiés? Oui, plus que justifiés! Puisque la démocratie est en marche en Libye; puisque la démocratie a été mise en actes; puisque Tripoli a été libérée. C’est une très belle journée ». La raison vaincue par la folie des grandeurs, l’œil torve entre deux exhibitions médiatiques et deux campagnes électorales, nos universels démocrates posent en nombril du monde; show médiatique, slogans, perversion de la réalité et du sens des mots: « Regardez! Regardez-nous: admirez-nous! Par ici les caméras! La bonté humanitaire debout pour la défense de tous les malheureux de ce monde? C’est nous! Les protecteurs globaux au bon cœur et à la juste cause? Encore Nous! Oui, Nous! Nous! La preuve? A Benghazi: ils crient vive la France!»

Terrible constat: on croyait l’élan colonial, cette abomination honteuse, aboli à jamais; on croyait l’Afrique et le monde protégés pour toujours du rapt colonial; on croyait… N’était-il pas gravé dans le Droit international qu’aucun Etat n’a le droit de contraindre un autre Etat à subordonner l’exercice de ses droits souverains? N’était-il pas souligné et re-souligné dans la Charte des Nations Unies qu’aucun Etat n’a le droit d’organiser, de fomenter, de financer, d’encourager, de tolérer des activités subversives ou terroristes destinées à changer par la violence le régime d’un autre Etat? N’était-il pas dit et reconnu par toutes les instances internationales qu’aucun Etat n’a le passe-droit de renverser le gouvernement d’un autre Etat, même en alléguant que ce pouvoir-là ne répondrait pas à la volonté de son propre peuple? N’était-il pas consigné dans la Charte des Nations Unies que le recours à la guerre ne saurait être le moyen approprié pour veiller ou imposer le respect des Droits de l’homme? N’était-il pas admis que l’égalité de droit de tous les Etats était un principe sacré, intangible du droit international? On croyait la récidive coloniale donc impossible, impensable ; on croyait la conscience humaine en progrès; on croyait….

Et voilà qu’on découvre soudainement, au détour d’abord de la guerre contre la Côte d’Ivoire puis de cette guerre de l’OTAN contre la Libye, qu’en réalité, il n’ya jamais eu dans certains esprits de coupure, de séparation claire, définitive entre l’hier colonial et aujourd’hui; qu’en réalité la volonté impériale est toujours tapie dans l’ombre, tapie dans les coulisses, guettant son heure, les muscles tendus, la mâchoire acérée, prête à ressurgir, à bondir toutes griffes dehors, la violence déchaînée et sans retenue; prête de nouveau à tout détruire pour posséder. Voilà qu’on réalise brutalement qu’au-delà de ses nouveaux attributs et visages, la volonté coloniale est loin d’avoir changée de nature depuis la dernière fois: même pulsion d’emprise, même obsession de domination, même violence pulsionnelle, même voracité, même soif démesuré, inextinguible du profit. Mais plus inquiétant, c’est que, depuis la dernière fois, elle a gagné en malignité gangrenant jusqu’à la racine l’inconscient collectif, rongeant jusqu’à la moelle les défenses immunitaires de la conscience humaine. Honnie et mise à l’index hier, cachée comme on cache une maladie honteuse, la voilà maintenant vantée, chantée comme on chante une épopée héroïque, humaniste, chevaleresque!

Et ses victimes? Les milliers de morts tués de mille morts; les vies réduites en lambeaux à coups de bombes à Tripoli, à Misrata, à Brega et ailleurs? Protestation outrée, protestation véhémente de nos Messieurs de Paris, de Washington et de Londres: « Mais donner la mort n’a jamais figuré dans nos objectifs. Qui ne sait d’ailleurspas que c’est pour sauver des vies humaines que nous sommes là-bas? Aucune tâche de sang sur nos mains. Même Kadhafi n’est pas notre cible! » Mains propres, immaculées donc nuits calmes, paisibles, sereines, consciences tranquilles. Vraiment ? Sûrs? Sûrs et certains de n’avoir jamais tué ? Oui, tuer. « Mais fichtre, de toutes les façons, nous sommes à l’aise: la guerre, la tuerie est un mal nécessaire dans certaines circonstances historiques et puis nous n’avons fait – après-tout – que tuer des viles créatures. C’est notre dû, que disons-nous, notre honneur! » La tuerie magnifiée, louée, prônée, légitimée comme exception humanitaire! C’est ainsi: quand la raison de la force devient loi, l’humanité se perd, l’humanité recule et s’enfonce vers des dédales lugubres et caverneux. Les dédales du profit maximum. Au milieu du fracas des bombes, les multinationales du pétrole s’affairent déjà autour de la Libye. Exon, Total, BP, Eni, Shell… Maîtres du capital, du sous-sol, de l’or noir. Curée, ruée vers le pétrole, vers le gaz, vers le magot libyens. Le poignard est dans la gorge de l’animal. Chacun veut sa part; chacun aura sa part. Des nouvelles lois garantissant l’ouverture du marché libyen sans aucune condition aux capitaux qui veulent investir dans le sous-sol libyen seront bientôt adpotées, édictées. Il s’agissait d’agrandir le périmètre du monde libre et démocratique, n’est-ce pas?

Et maintenant? Une interrogation demeure: pourquoi, oui pourquoi? Comment l’inacceptable d’hier – la récidive, la restauration coloniale – a-t-il pu être imposé ainsi, aussi facilement comme une nécessité humanitaire? Comment expliquer le succès de cette duperie? Quelle est l’énigme tapie derrière le succès de cette entreprise de mystification générale? De quoi cette mystification est-elle le symbole? Trois possibles réponses.

Primo: La mutilation de l’esprit critique par une redoutable technologie planétaire de manipulation des consciences, de massification du mensonge. Jamais sans doute, les mots n’auront été autant usés, utilisés pour dire le contraire des réalités. C’est que le pouvoir de dire le réel est de plus en plus un pouvoir censitaire propriété exclusive de quelques tartuffes qui parlent à tout vent de droits de l’homme et de démocratie et qui, pratiquent dans les faits, le contraire. Tout le contraire. Tripoli a été bombardée, la Libye a été saccagée non pas – comme à l’époque des Voulet- Chanone, Léopold II et bien d’autres conquérants – non pas au nom de la suprématie d’une race, mais au nom d’une idéologie qui se veut humanitaire, au nom de la défense d’une haute idée: la démocratie. Procédé plus vicieux dissimulant le même totalitarisme que celui des massacreurs de Sétif, des tueurs de Madagascar, de la sauvagerie de Léopold II au Congo sous un paravent humanitaire; procédé plus retors, plus difficile à exposer, à dénoncer, à combattre qu’un discours classique affirmant le droit de conquête comme un droit naturel, comme un droit racial.

Deuxio: Il faut le rappeler l’inconscient collectif occidental demeure traversé, habité, hanté par des vestiges d’un certain racisme, héritage du passé colonial. Une frange de l’opinion des pays du Nord est manifestement toujours, encore imprégnée, gangrenée par une certaine vision de « ces pays là-bas », « ces pays étranges dont l’essence politique primitive ne saurait être que régime dictatorial ». Et cette opinion-là est flattée, exaltée dans sa conscience de groupe, chaque fois qu’on lui susurre à l’oreille ce qu’elle souhaiterait entendre: qu’elle appartient encore au monde des plus puissants, qu’elle appartient au monde mandaté pour définir et fonder la règle du bien et du mal; qu’elle appartient – dans ces guerres transformées en jeu vidéo – au camp des bons, des gentils en prise avec ces « étranges, méchants et menaçants barbares ».

Tertio; Il faut le dire aussi: l’agression contre la Libye pose la question des failles et des limites des dirigeants africains. Toute l’Afrique a été outragée, pietinée, rabaissée à Tripoli, et qu’ont fait nombre de dirigeants Africains? Ils ont choisi de regarder ailleurs espérant ainsi – sans doute – sauvés leurs propres têtes. Naïveté politique, ignorance de l’histoire: l’obéissance n’a jamais sauvé aucun mouton de l’abattoir impérial. Le sacrifice de la Libye a été nourri – dans une certaine mesure – par ces silences-là, par ces désapprobations à peine audibles, par ces nombreux abandons et lâchetés africaines. Thabo Mbeki, une des rares voix africaines courageuses, le dit bien: « La question que nous devons nous poser est la suivante : pourquoi sommes-nous si silencieux ? Ce qui est arrivé en Libye peut très bien être un signe précurseur de ce qui peut arriver dans un autre pays. Je pense que nous devons tous examiner ce problème, parce que c’est un grand désastre. Nous ne pouvons pas dire que nous sommes incapables d’empêcher ces pouvoirs occidentaux d’agir comme ils agissent parce qu’ils agiront de cette manière demain. Je pense que nous pouvons, pourvu que nous agissions et qu’ils voient que s’ils se contentent ce ce type d’actions, ils rencontreront la résistance de tout le continent africain. Mais malheureusement, notre voix est trop faible et nous devons faire quelque chose pour la rendre plus forte et pour revendiquer clairement le droit des Africains de décider de leur propre avenir ».

Et maintenant? La guerre, toute guerre aussi brutale et totale, engendre des souffrances et des tragédies indicibles. Elle laisse des blessures indélébiles, inguérissables dans les corps et les mémoires. La terre de Libye ne fera pas exception: elle restera longtemps marquée par ces coups de bombes infligés par la France, les Etats Unis et l’Angleterre. Mais que sortira-t-il demain de toutes ces blessures? Que sortira-t-il de toutes ces humiliations? Que sortira-t-il des décombres actuels? Une autre guerre sans doute. Car il en est ainsi: toute guerre coloniale, toute velléité de domination, d’occupation coloniale lève tôt ou tard des troupes contre elle-même ; des troupes n’ayant plus rien à perdre, des troupes n’ayant pas, n’ayant plus d’autre choix, des troupes déterminées à lui faire face, à la combattre, à l’acculer. A la vie, à la mort. Les conquérants viennent un jour et dictent le silence par la force du plomb puis un autre jour, le conquis se lève, retrouve et sa voix, et sa mémoire et sa terre.

Et maintenant?

La scène internationale semble hélas, de nouveau prête pour accueillir d’autres Libye. Mensonges, agressions, violences, guerres… Des pays saisis les uns après les autres par la force brutale de l’OTAN. Les mensonges vont se suivre; les guerres vont se suivre. Répétition. Le risque de la répétition est là, réel, palpable, tangible. Les guerres vont se suivre car il n’y a plus pour Sarkozy, Cameron et Obama de loi internationale qui tienne. L’ère des égorgements – commencé avec les bombardements sur Abidjan – va continuer si nous acceptons sans aucune protestation l’imposture libyenne. Avaler et couvrir cette agression par notre silence, par notre indifférence et passer aussitôt à autre chose, ce serait accepter la restauration de la barbarie coloniale ; ce serait ratifier la redéfinition de l’homme ; ce serait approuver cette idéologie qui dit qu’il est des hommes plus égaux que d’autres, qui affirme qu’il est des hommes nés pour commander d’autres; ce serait ratifier le retour à la loi de la jungle, le retour à la loi du plus armé; ce serait entériner la remise en question du droit des peuples, de tout peuple à disposer de lui-même. Or aucun peuple ne saurait être la propriété d’un autre peuple; or aucun pays ne saurait être la possession d’un autre pays. Notre devoir d’homme est de le rappeler aujourd’hui. A haute et intelligible voix.

David Gakunzi

02-09

http://unebourriche.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/09/02/sarkozy-l-otan-et-la-libye-detruire-pour-posseder.html


3-2 Des «djihadistes» au pouvoir à Tripoli.  
L’Algérie avait donc de bonnes raisons de s’inquiéter de la présence de membres d´Al Qaïda dans les rangs de la rébellion qui est venue à bout du régime du colonel Kadhafi. Ses craintes se sont vérifiées puisque les Etats-Unis, son principal allié au monde dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, semblent s’inquiéter, eux aussi, de la possible accession au pouvoir du courant salafiste.
Mme Hillary Clinton n’a pas omis, à la Conférence des Amis de la Libye, qui s’est tenue jeudi à Paris, de faire part de ses craintes à ce sujet à ses alliés et au Conseil national de transition (CNT).
La Secrétaire d’Etat américaine a déclaré attendre des autorités libyennes qu’elles «neutralisent» la présence des extrémistes dans ses rangs.
Ces extrémistes, ce ne sont pas seulement ces groupes incontrôlés d´insurgés qui voient dans tous les pauvres immigrés africains des mercenaires à la solde du régime déchu, ou qui ont saccagé l´ambassade d’Algérie, mais ces fondamentalistes djihadistes que l’on ne nomme pas encore comme. Alger comme Washington savent de quoi ils parlent.
La réponse à ces craintes est venue d’abord du président du CNT, Mustapha Abdeljalil, lui-même, lorsqu’il avait clairement annoncé la couleur du futur régime politique de la nouvelle Libye, dans la ‘Feuille de route» qu’il avait présentée à Paris. «L’Etat islamique sera l’axe autour duquel s’articuleront les institutions de la future Libye démocratique où la charia sera la source de la jurisprudence», annoncera le chef du CNT.
Les émirs du GILL
Ce projet d’Etat semble être le résultat d’un rapport de force sur le terrain, après la prise de Tripoli par les insurgés, qui a tourné à l’avantage des djihadistes.
En effet, le rôle déterminant joué par les groupes islamistes dans les combats durant ces six derniers mois a octroyé à ces djihadistes un grand pouvoir d’influence, à la mesure de la nouvelle configuration du rapport de force politique en Libye où le pouvoir a été réparti entre les milices les plus agissantes.
Les plus puissantes de ces milices sont celles qui sont venues de Misrata, de Zintane ou de Djefren, les localités qui ont le plus résisté aux bombardements de l’armée de Kadhafi. Ce sont elles qui contrôlent, aujourd’hui, les plus importants secteurs de la capitale.
Elles sont parvenues à placer leur leader, le djihadiste Abdoul Hakim Belhak, l’ancien émir du Groupe islamique libyen de lutte, à la tête du commandement militaire de Tripoli. Les «alliés» occidentaux, plus motivés par le partage du gâteau de la «reconstruction» et des richesses pétrolières du pays maghrébin, ne se préoccupent pas de ce gros détail, en continuant ce faisant comme si ces islamistes radicaux étaient des insurgés comme les autres
Un sujet tabou
Il s’agit, pourtant, de djihadistes qui se sont montrés hostiles à l’envoi de Casques bleus au pays pour superviser le processus de transition.
Ce sont ces islamistes qui ont exprimé et imposé leur désaccord sur le déploiement militaire de l’ONU ou de toute autre organisation dans leur pays, comme ils voient d´un mauvais œil la future mission de l’ONU qui aura pour tâche, selon le conseiller de l’organisme pour la planification post-conflit, Ian Martin, «d´aider les nouvelles autorités à développer un processus de transition vers la démocratie».
«Ces dizaines de milices, qui ont pris part au djihad face à l’Union soviétiques en Afghanistan, ont joué un rôle déterminant sur le front», a reconnu, cette fin de semaine à Tripoli, un responsable rebelle du CNT qui a tenu à garder l’anonymat. Selon cette source, «toute référence aux djihadistes est taboue», pour le moment, les alliés comme la rébellion préfèrent éviter durant cette phase «post-Kadhafi» d´évoquer le facteur islamiste dans la chute du régime libyen.
Des anciens de Guantanamo
Le nombre d’insurgés avoisinerait les l1000 miliciens, rompus à l´art de la guerre, selon différents sites web spécialisés dans le djihadisme, qui font observer que les commandos fondamentalistes ont été les artisans de la prise de Bab Al-Aziziya, le quartier général de Kadhafi et véritable symbole du régime.
A la tête de cette opération qui a abouti à la chute du régime de Tripoli, il y avait Abdoul Hakim Belhhaq, récemment nommé responsable militaire de la province de Tripoli.
Il avait à ses côtés d’autres émirs qui ont fait leurs classes en Afghanistan. C´est le cas d’Abdelkarim Al-Gasadi et d’Abou Soufian Bin Qoumou, tous deux originaires de Derna et ex-prisonniers à Guatanamo pour leur supposé lien avec Al Qaïda.
Le fait d´avoir fait du coude à coude avec l’OTAN contre Kadhafi n´en fait pas, pour autant, des alliés de la démocratie dans la future Libye, même si certains d´entre eux se veulent rassurants en niant avoir été des membres actifs de Al Qaïda. L´avenir le dira.
H. A.

03/09/2011
http://www.letempsdz.com//content/view/61832/182/


3-3 William Blum:La Libye et le monde dans lequel nous vivons.

« Pourquoi nous attaquez-vous ?

Pourquoi tuez-vous nos enfants ?

Pourquoi détruisez-vous nos infrastructures ?  » -

(intervention télévisée de Kadhafi, 30 avril 2011)

Quelques heures plus tard, l’OTAN frappait Tripoli, tuant le fils de Kadhafi, Saif al-Arab, 29 ans, et trois de ses petites-filles, la plus âgée n’avait pas 12 ans, ainsi que plusieurs amis et voisins.

Dans son intervention télévisée, Kadhafi a demandé à l’OTAN un cessez-le-feu pour négocier, après six semaines de bombardements et d’attaques par des missiles de croisière contre son pays.

Voyons ce que nous pouvons tirer comme enseignements de la situation en Libye.

La Sainte Trinité - les Etats-Unis, l’OTAN et l’Union Européenne – ne reconnaît aucun pouvoir supérieur et croit, littéralement, qu’elle peut faire ce qu’elle veut, où elle veut, quand elle veut, à qui elle veut et qualifier son action comme bon lui semble, comme « humanitaire » par exemple.

Si la Sainte Trinité décide qu’elle ne veut pas renverser les gouvernements de Syrie, Égypte, Tunisie, Bahreïn, Arabie Saoudite, Yémen ou Jordanie, peu importe si ces gouvernements sont répressifs, cruels ou intolérants, peu importe si le peuple est affamé ou torturé, peut importe le nombre de manifestants abattus sur leur Place de la Liberté, la Sainte Trinité ne les renversera pas.

Si la Sainte Trinité décide qu’elle veut renverser le gouvernement de la Libye, même si le gouvernement est laïque et qu’il a consacré ses richesses aux peuples Libyen et d’Afrique, peut-être plus qu’aucun autre gouvernement du Moyen orient ou d’Afrique, mais que ce gouvernement persiste pendant des années à défier les ambitions impériales de la Trinité en Afrique et durcir ses exigences envers les compagnies pétrolières de la Trinité, alors la Trinité renversera le gouvernement de la Libye.

Si la Trinité veut punir Kadhafi et ses fils, elle s’arrangera avec ses amis de la Cour Pénale Internationale pour émettre des mandats d’arrêt. Si la Trinité ne veut pas punir les dirigeants de Syrie, Égypte, Tunisie, Bahreïn, Arabie Saoudite, Yémen et Jordanie, elle ne demander pas à la CPI d’émettre des mandats d’arrêt.

Depuis la création de la Cour en 1998, les Etats-Unis ont refusé de la ratifier et ont fait de leur mieux pour la dénigrer et dresser ses obstacles , parce que Washington craint que des officiels Américains puissent un jour être inculpés pour leur nombreux crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Bill Richardson, l’ambassadeur US à l’ONU, a clamé haut et fort en 1998 que les Etats-Unis devraient être exemptés de poursuites à cause de leurs « responsabilités globales particulières ». Ce qui n’empêche pas les Etats-Unis de recourir à la Cour lorsque cela convient à leur politique internationale.

Si la Trinité veut soutenir la force armée rebelle pour renverser le gouvernement de la Libye, peu importe leur degré de fanatisme religieux, lié à Al-Qaeda, peu importe les décapitations, exécutions, tortures, peu importe la monarchie ou les factions qui s’affrontent, la Trinité la rébellion, comme elle a soutenu certaines forces en Afghanistan et en Irak, en espérant qu’après la victoire en Libye elle ne se transformera pas en une force aussi djihadiste qu’en Afghanistan ou aussi fratricide qu’en Irak. Une source de problème potentielle pour les rebelles, et pour le pays si ces derniers prennent le pouvoir, est la déclaration constitutionnelle faite par le Conseil rebelle qui stipule, tout en garantissant la démocratie et les droits aux non-Musulmans, « L’Islam est la religion d’état et la principale source de la législation sera la jurisprudence islamique ». (2)

Pour en rajouter dans les charmantes qualités de nos rebelles, nous avons aussi le rapport d’Amnesty International selon qui les rebelles ont effectué de nombreuses arrestations de noirs à travers le pays, en les qualifiant de « mercenaires étrangers » mais où il apparait de plus en plus qu’ils ne sont en fait que de simples travailleurs immigrés. Selon l’agence de presse Reuters (29 août) : « Samedi, des journalistes ont aperçu les cadavres en décomposition de 22 hommes d’origine africaine sur une place de Tripoli. Des volontaires qui se sont présentés pour les enterrer ont dit qu’il s’agissait de mercenaires abattus par les rebelles. » Pour compléter le portrait de ces nouveaux chéris de l’Occident, nous avons ce rapport du quotidien The Independent de Londres (27 août) : « Ils ont tué sans pitié. Cela s’est déroulé dans un hôpital de campagne, une tente qui portait clairement les insignes du Croissant Rouge. Certains morts étaient sur des brancards, encore reliés à des intraveineuses. Certains se trouvaient à l’arrière d’une ambulance sur qui ils avaient tiré. Quelques uns étaient par terre, et apparemment tentaient de ramper à l’abri lorsqu’ils ont été abattus »

Si la propagande de la Trinité est suffisamment intelligente et trompeuse et brosse un tableau effrayant d’une grande tragédie provoquée par Kadhafi en Libye, de nombreux progressistes américains et européens affirmeront que jamais au grand jamais ils ne soutiendraient l’impérialisme mais que pour cette fois-ci ils feront une exception, parce que....

- Le peuple libyen est en train d’être sauvée d’un « massacre » - à la fois en cours et potentiel. Cependant, ce massacre semble avoir été grossièrement exagéré par la Trinité, Al Jazeera et le propriétaire de cette chaîne, le gouvernement du Qatar. Rien qui puisse ne serait-ce que ressembler à une preuve n’a été présentée, pas de fosse commune, rien. Le massacre s’apparente aux histoires de viols commis sous Viagra diffusées par Al Jazeera (le Fox News du soulèvement Libyen). Il faut noter que le Qatar a joué un rôle actif ux côtés de l’OTAN dans la guerre civile. Il faut noter aussi que le plus grand massacre commis en Libye a été la campagne de bombardement effectuée par la Trinité et qui a duré six mois, tuant un nombre indéterminé de civils et ruinant une bonne partie des infrastructures. Juan Cole, professeur à l’Université du Michigan et l’archétype de celui qui croit dur comme fer aux bonnes intentions de la politique étrangère des Etats-Unis mais qui arrive malgré tout à s’imposer dans les médias progressistes, a récemment écrit que « Kadhafi n’est pas un homme à faire des concessions.. son appareil militaire, si on le laisse faire, massacrerait les révolutionnaires. » Message bien reçu ? Car nous savons tous, bien sûr, que Sarkozy, Obama et Cameron sont des hommes qui ont sans cesse fait des concessions dans leur destruction de la Libye, ne serait-ce que par exemple en s’abstenant d’employer des armes nucléaires.

- L’ONU a autorisé l’intervention militaire, c’est-à-dire que les pays dirigeants de la Trinité l’ont autorisée, après que la Russie et la Chine se soient lâchement abstenues au lieu d’exercer leur droit de veto (peut-être dans l’espoir d’un renvoi d’ascenseur de la part des Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France le jour où la Russie ou la Chine seront les agresseurs)

- Le peuple Libyen est en train d’être « libéré », quelle que soit la signification de ce mot, présente ou future. Kadhafi est un « dictateur », insistent-ils. Ce qui est peut-être bien le cas, mais posons-nous la question suivante : est-il un dictateur relativement bénin ou fait-il partie de cette autre catégorie de dictateurs que les Etats-Unis aiment tant ? Autre question : puisque les Etats-Unis ont l’habitude depuis cent ans de soutenir les dictateurs, pourquoi pas celui-ci ?

La Trinité et ses médias aux ordres voudraient nous faire croire que les évènements en Libye auraient quelque chose à voir avec le Printemps Arabe, un soulèvement populaire non violent contre un dictateur en faveur du désormais célèbre liberté et démocratie, soulèvement qui se serait répandu depuis la Tunisie et l’Egypte, respectivement situés à l’ouest et à l’est de la Libye. Mais il y a plusieurs raisons pour douter de cette version et de lui préférer celle d’un soulèvement violent et planifié de rebelles pour une prise de pouvoir au nom de leur propre mouvement politique, aussi hétérogène que puisse paraître le mouvement. Par exemple :

- Ils ont très tôt brandi le drapeau de la monarchie que Kadhafi avait renversée.

- Il s’agissait pratiquement dès le début d’une rébellion armée et violente. En l’espace de quelques jours, nous pouvions lire que des « citoyens armés ont pris le contrôle de bases militaires. » (3) et que « des policiers impliqués dans des affrontements ont été pendus par les manifestants. » (4)

- La révolte a été déclenchée non pas dans la capitale mais dans le cœur de la région pétrolière. Ils ont ensuite relancé la production du pétrole et annoncé aux pays étrangers que ces derniers seront récompensés avec du pétrole en fonction de l’aide qu’ils apporteront à la cause.

- Ils ont rapidement crée une Banque Centrale, initiative plutôt étrange de la part d’un mouvement de protestation.

- Le soutien international est arrivé très vite, et même avant, du Qatar et Al Jazeera jusqu’à la CIA et les services secrets français.

Et l’idée qu’un dirigeant n’aurait pas le droit de mater un soulèvement armé contre l’état est trop absurde pour être débattue.

Il n’y a pas si longtemps, l’Irak et la Libye étaient les deux états les plus laïques et modernes du Moyen Orient et de l’Afrique du nord avec peut-être le plus haut niveau de vie de la région. Puis les Etats-Unis sont arrivés et ont décidé d’en faire des cas d’école. La volonté d’en finir avec Kadhafi a été patiemment construite depuis des années ; le dirigeant Libyen n’était pas un pion fiable, et le Printemps Arabe a fournit une excellente opportunité et une couverture. Quant à la question « Pourquoi ? », choisissez parmi les réponses suivantes :

- les projets de Kadhafi d’effectuer les échanges commerciaux de la Libye des matières premières et du pétrole dans une nouvelle devise – le dinar-or africain, un changement qui aurait été un sérieux coup contre la position dominante des Etats-Unis dans l’économie mondiale. (En 2000, Saddam Hussein avait annoncé que le pétrole irakien serait commercialisé en euros au lieu de dollars. Les sanctions et l’invasion n’ont pas tardé.) Pour plus d’informations, voir ici http://www.finalcall.com/artman/publish/World_News_3/article....

- Un pays hôte pour Africom, la Commande Africaine des Etats-Unis, une des six commandes militaires régionales avec lesquelles le Pentagone a quadrillé le monde. De nombreux pays africains contactés ont décliné, parfois en des termes très durs. L’Africom est actuellement basée à Stuttgart, en Allemagne. Selon un officiel du Département d’Etat : « Nous avons un sérieux problème d’image là bas... L’opinion publique est véritablement opposée à fricoter avec les Etats-Unis. Ils ne font tout simplement pas confiance aux Etats-Unis. » (5)

- Une base militaire US pour remplacer celle que Kadhafi a fermé lorsqu’il a pris le pouvoir en 1969. Il n’existe qu’une seule base similaire en Afrique, à Djibouti. Attendez-vous à en voir surgir une autre, bientôt, probablement située près des puits de pétrole américains. Ou peut-être que le peuple libyen aura le choix : entre une base américaine et une base de l’OTAN.

- La nouvelle illustration de la recherche désespérée de l’OTAN, depuis la fin de la guerre froide et du Pacte de Varsovie, d’une raison d’exister.

- Le rôle de Kadhafi dans la création de l’Union Africaine. Les patrons n’aiment pas voir leurs esclaves créer un syndicat. Le dirigeant Libyen a aussi soutenu les Etats-Unis d’Afrique car il savait que les 54 états indépendants de l’Afrique seront encore et toujours pris à partie, un par un, et violés et exploités par les membres de la Trinité. De plus, Kadhafi exigeait des pouvoirs accrus pour les petits pays aux Nations Unies.

- L’affirmation du fils de Kadhafi, Saif el-Islam, que la Libye avait participé au financement de la campagne électorale de Sarkozy (6) et pourrait humilier le président français et expliquerait son obsession à vouloir se positionner comme un acteur majeur de la mise en place d’une zone de restriction aérienne et d’autres mesures contre Kadhafi. Autre facteur qui a pu jouer, la France a été affaiblie dans ses anciennes colonies et néo-colonies en Afrique et au Moyen orient, en partie à cause de l’influence de Kadhafi.

- Kadhafi a été un soutien important de la cause palestinienne et un critique de la politique d’Israël. A plusieurs reprises il s’en est pris aux autres pays africains et arabes, et occidentaux, pour ne pas être à la hauteur de son discours ou de sa politique, une raison supplémentaire pour expliquer son impopularité auprès des dirigeants, toutes tendances confondues.

- En janvier 2009, Kadhafi a fait savoir qu’il envisageait de nationaliser les compagnies pétrolière étrangères en Libye (7). Il avait aussi une autre carte dans la manche : la possibilité de faire appel à des compagnies pétrolières Russes, Chinoises ou Indiennes. Au cours de la période actuelle d’hostilités, il a proposé à ces pays de compenser le manque à gagner dans la production de pétrole. Mais cela n’arrivera pas. La Trinité cherchera au contraire à privatiser la compagne nationale du pétrole, remettant ainsi la richesse pétrolière de la Libye entre des mains privées étrangères.

- L’Empire Américain est attentif à toute menace envers son hégémonie. Au cours de l’histoire récente, l’empire a été préoccupé principalement par la Russie et la Chine. La China a des investissements considérables dans l’énergie et la construction, en Libye et ailleurs en Afrique. L’Américain moyen ne le sait pas et s’en fiche. L’impérialiste américain moyen, lui, ne s’en fiche pas du tout, ne serait-ce que parce que de plus en plus de voix s’élèvent pour exiger des réductions dans le budget militaire et qu’il est donc essentiel de trouver et désigner de nouveaux et puissants « ennemis ».

- Pour d’autres raisons, voir l’article Why Regime Change in Libya ? (Pourquoi un Changement de Régime en Libye ?) http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=25... par Ismael Hossein-zadeh, ainsi que les câbles de Wikileaks - référence 07TRIPOLI967 11-15-07 http://wikileaks.org/cable/2007/11/07TRIPOLI967.html (on y trouvera une complainte du « nationalisme relatif aux matières premières » de la Libye)

(...)

William BLUM

http://killinghope.org/bblum6/aer97.html

Traduction « ah, c’est dommage d’apprendre tout ça après le massacre. On fera plus attention la prochaine fois, c’est promis » par VD pour le Grand Soir avec probablement les fautes et coquilles habituelles.

(1) For example, see : The Telegraph (London), August 30, 2011 : "Abdel-Hakim al-Hasidi, the Libyan rebel leader, has said jihadists who fought against allied troops in Iraq are on the front lines of the battle against Muammar Gaddafi’s regime." There is a plethora of other reports detailing the ties between the rebels and radical Islamist groups.

(2) Washington Post, August 31, 2011

(3) McClatchy Newspapers, February 20, 2011

(4) Wikipedia, Timeline of the 2011 Libyan civil war, February 19, 2011 http://en.wikipedia.org/wiki/Timeline_of_the_2011_Libyan_civ...

(5) The Guardian (London), June 25, 2007

(6) The Guardian (London), March 16, 2011

(7) Reuters, January 21, 2009

William BLUM

URL de cet article 14541
http://www.legrandsoir.info/la-libye-et-le-monde-dans-lequel-nous-vivons.html



3-4 Le Grand Soir

Voici les nouveautés de la semaine :

La guerre de l'OTAN contre la Libye est une guerre contre le développement de l'Afrique (Countercurrents)

par Rebel Griot

"L’Afrique est la clé du développement économique mondial" ; ce récent titre du Washington Post est d’une honnêteté rafraîchissante, mais pas vraiment un scoop. La main d’oeuvre et les ressources africaines —comme vous le dirait n’importe quel historien économique décent— sont la clé du développement économique mondial depuis des siècles. Quand les Européens ont découvert l’Amérique il y a 500 ans, leur système économique s’est disséminé à vive allure. Les puissances européennes ont pris de plus en plus (...) lire la suite

Libye : le piège

par Djamel LABIDI

Il fallait s’y attendre : la prise de Tripoli a aiguisé les appétits de l’OTAN envers d’autres pays arabes. Dans les pays arabes, dont l’Algérie, elle a redonné vigueur aux partisans de l’ingérence occidentale. Ayant craint, un moment, l’enlisement de l’OTAN en Libye, ils manifestent d’autant plus leur joie à cet évènement. Ils y voient la confirmation de la justesse de leurs thèses sur "le bien fondé de cette ingérence du moment qu’elle débarrasse la Libye d’un tyran".. Mais peut-on s’en réjouir. (...) lire la suite

Le Rapport Anti-Empire

La Libye et le monde dans lequel nous vivons

par William BLUM

« Pourquoi nous attaquez-vous ? Pourquoi tuez-vous nos enfants ? Pourquoi détruisez-vous nos infrastructures ? » - intervention télévisée de Kadhafi, 30 avril 2011 Quelques heures plus tard, l’OTAN frappait Tripoli, tuant le fils de Kadhafi, Saif al-Arab, 29 ans, et trois de ses petites-filles, la plus âgée n’avait pas 12 ans, ainsi que plusieurs amis et voisins. Dans son intervention télévisée, Kadhafi a demandé à l’OTAN un cessez-le-feu pour négocier, après six semaines de bombardements et d’attaques (...) lire la suite

Les tyrans pétroliers dans le monde.

par COMAGUER, Francisco VIELMA

(COMAGUER : ) Nous avons choisi de traduire et de diffuser ci-après l’article d’un sociologue vénézuélien mis en ligne la semaine dernière car il est intéressant à plusieurs titres : - Il souligne que tout pays détenteur d’une matière première stratégique pour la puissance impérialiste dominante et ses alliés est sous surveillance et que selon la politique qu’il mène pour la gestion de cette ressource nationale il va tomber ou non dans la catégorie des « tyrans » ou rester un « ami ». - Le classement (...) lire la suite

La vengeance d'Israël contre les enfants qui jettent des pierres (The Independent)

par Catrina STEWART

Catrina Stewart a vu une vidéo qui dévoile toute la brutalité des interrogatoires des jeunes Palestiniens. L’enfant, frêle et de petite taille lutte pour rester éveillé. Sa tête dodeline et à moment donné tombe sur sa poitrine. "Lève la tête ! Lève la tête !" hurle un de ceux qui l’interrogent en le giflant. Mais à ce stade le gamin s’en moque car, depuis qu’il a été arraché à sa famille à la pointe du pistolet à 2H du matin, cela fait 12 heures qu’il ne dort pas. "Laissez-moi partir" supplie-t-il en pleurant, (...) lire la suite

Comment Al-Qaeda est arrivé à régner sur Tripoli (Asia Times)

par Pepe ESCOBAR

Son nom est Abdelhakim Belhaj. Certains au Moyen-orient ont peut-être entendu parler de lui mais en occident et ailleurs son nom est pratiquement inconnu. Alors voici une séance de rattrapage. Parce que l’histoire de comment un agent d’Al-Qaeda a pu se retrouver haut-commandant militaire à Tripoli va – une fois de plus – briser l’immense champ de miroirs qu’est « la guerre contre le terrorisme » et compromettre sérieusement la propagande patiemment concoctée par l’OTAN sur son « intervention (...) lire la suite

Manipuler le soutien populaire en Libye, ou l’art des médias de prendre les gens pour des nuls

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Depuis six mois, les mass médias s’évertuent à entretenir l’idée que les bombardements de l’OTAN sur la Libye visent à protéger des civils de la brutalité des forces de Kadhafi et à leur apporter paix et démocratie. Pour entretenir cette vue des choses, quelques prises de liberté avec l’évocation des faits se sont imposées. Tout d’abord, quelques rappels de faits indiscutés. En dépit des frasques de son dirigeant en place depuis 42 ans – contre 59 ans pour la reine Elisabeth d’Angleterre et 43 ans pour le (...) lire la suite

BREVES

Cuba rejette le CNT de Libye et rappelle ses diplomates à Tripoli

Le gouvernement cubain refuse de reconnaître le Conseil national de transition (CNT) de Libye, et a rappelé ses diplomates à Tripoli, a indiqué samedi le ministère cubain des Affaires étrangères. "Cuba ne reconnaît pas le CNT ni aucune autre autorité provisoire, et ne devra reconnaître qu’un (...) lire la suite

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3 Annexe

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" Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19


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